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dimanche 21 octobre 2018

Une remarquable exposition d'histoire du livre

«Ex bibliotheca.
Les livres retrouvés de l’Académie protestante de Saumur»

Exposition organisée par
Le Mans, 19 oct. 2018-19 janv. 2019

L’exposition retrace l’histoire de l’une des plus importantes institutions intellectuelles et éducatives du XVIIe siècle, l’Académie protestante de Saumur.
Fondée en 1599 par Philippe Duplessis-Mornay, l’Académie fut un haut lieu des Églises réformées de France et le principal centre de formation des pasteurs du nord du royaume. Foyer théologique novateur, elle rayonna à travers l’Europe par l’influence de ses professeurs et élèves mais fut aussi à l’origine de violentes controverses. Supprimée par Louis XIV en 1685, dix mois avant la révocation de l’Édit de Nantes, elle voit sa bibliothèque saisie puis vendue: celle-ci sombre alors dans un oubli séculaire.
Une découverte capitale
La découverte fortuite d’un livre conservé à la Médiathèque du Mans, provenant du fonds de l'abbaye Saint-Vincent mais ayant appartenu à Louis Cappel, professeur à l’Académie, est à l’origine de la vaste enquête menée par Thomas Guillemin, chercheur associé au laboratoire TEMOS (Université d’Angers-CNRS). Réalisée dans les principaux fonds de la région, à la Médiathèque du Mans pour l’ensemble le plus significatif, et à la Médiathèque de Saumur-Val de Loire notamment, cette recherche a permis de mettre au jour les fragments des bibliothèques de plusieurs professeurs mais aussi de celle de l’Académie, tous d’un intérêt primordial pour la compréhension de l’histoire de l’institution.
Un ensemble exceptionnel
Sont réunis pour la première fois depuis le XVIIe siècle, cahiers d’étudiants, livres de prix, pièces d’archives, ouvrages pour certains très annotés comportant les ex-libris ou ex-dono des plus illustres professeurs de l’Académie – John Cameron, Louis Cappel, Moïse Amyraut, Tanneguy Le Fèvre, William Doull. Cet ensemble est enrichi par le prêt de pièces de premier plan issues de collections publiques et privées, comme l’inventaire original de la bibliothèque de l’Académie (Archives nationales de France), un portrait de Philippe Duplessis-Mornay (Château-Musée de Saumur), et l’exceptionnel midrash vénitien du xvie siècle qui a appartenu à Louis Cappel (Médiathèque de Saumur).
Une grande figure: Louis Cappel
L’exposition explore en six sections les méthodes d’enseignement et les spécificités de l’Académie, lieu de formation et foyer d’innovations théologiques. Elle évoque également l’«École de Saumur», courant théologique original du calvinisme européen qui jouera un rôle fondamental dans l’évolution du protestantisme moderne. De cette passionnante aventure intellectuelle se dégage en particulier la figure de Louis Cappel, théologien majeur de la première moitié du XVIIe siècle. La présentation de trois ouvrages inédits entrés en sa possession permet de découvrir la démarche par laquelle il révolutionne l’exégèse biblique.
De la naissance au déclin d’une institution phare de l’histoire du protestantisme français, se dessinent les contours de plusieurs bibliothèques qui réapparaissent après une éclipse de trois siècles et demi.

Du 19 octobre 2018 au 19 janvier 2019
Médiathèque Louis-Aragon
54 Rue du Port, 72000 Le Mans. Tél. 02 43 47 48 74
Ouverture : Mardi, mercredi et vendredi : 10h-18h30. Jeudi : 13h30-18h30. Samedi : 10h-17h. Entrée gratuite.
Inbformation communiquée par Madame Sophie Renaudin, conservateur des bibliothèques, responsable des fonds patrimoniaux de la Médiathèque du Mans.

lundi 16 avril 2018

En 1495, le voyage de Compostelle

Le petit livret consacré par Hermann Künig aux routes de Compostelle et publié probablement par Prüss et Grüninger à Strasbourg peu après 1495, est, sous sa forme modeste, d’une richesse extrême, tant pour l’histoire du livre que pour celle des voyages, des pèlerinages et des transferts culturels:
Wallfahrt und Strass zu St. Jacob, [Strasbourg, Johann Prüss et Johann (Reinhard) Grüninger, post 26 juill. 1495] (GW, M 16476).
Quelques remarques préliminaires: l’opuscule se présente en format in-quarto, et il compte douze feuillets non chiffrés, dont une image du pèlerin, laquelle est répétée trois fois. Nous connaissons un seul exemplaire conservé de cette petite brochure, à la Bibliothèque nationale de Berlin (accessible en ligne).
L’auteur est un moine de l’abbaye de Vacha, une petite ville située sur la Werra, à l’ouest de la Thuringe: Vacha est une étape sur l’un des principaux itinéraires européens, celui de la Via regia conduisant de la région du Rhin et du Main vers l’est de l’Europe, par Eisenach, Erfurt et Leipzig, le grand marché des foires. Künig lui-même est un servite de Marie, qui apparaît ponctuellement dans les sources d’archives, et qui aurait peut-être accompli son pèlerinage en 1486 –mais nous tiendrions bien plutôt pour les années 1495-1496, puisque le voyageur mentionne qu’Amboise abrite le tombeau du fils du roi de France, et que le dauphin Charles Orland est précisément décédé, à l’âge de trois ans, à la fin de l’année 1495 au château d'Amboise…Plus tard, le tombeau sera transporté à la cathédrale de Tours.
L’ouvrage serait donc publié au plus tôt en 1496: on pourrait s’étonner qu’il sorte des presses d’un atelier strasbourgeois, donc assez éloigné de la Thuringe, mais, d’une part, la capitale de l’Alsace constitue l’un des grands centres de typographie en Europe à la fin du XVe siècle; d’autre part, Künig ne serait peut-être jamais rentré à Vacha, et il se serait arrêté plus à l’ouest; enfin, en tout état de cause, la clientèle visée par les éditeurs est celle des pèlerins allemands, dont un grand nombre passe évidemment par le Long pont (lange Brücke) traversant le Rhin à Strasbourg.
La présentation se fait en deux temps: à l’aller, l’auteur décrit la «route d'en-haut» (Oberstraße), qui conduit d’Einsiedeln, en Suisse, à Chambéry, puis à Valence, avant de poursuivre vers l’Espagne. Pour le retour en revanche, il propose la «route d'en-bas» (Unterstraße), qui remonte d’Espagne vers Bordeaux, Tours, Paris et Bruxelles, pour aboutir enfin à Aix-la-Chapelle. Le circuit permet de visiter les plus grandes églises de pèlerinage en dehors de Rome et de l’Italie: Einsiedeln, mais aussi Saint-Martin de Tours, sans oublier Aix-la-Chapelle ni, bien sûr, Compostelle.
Le récit est très bref, et se concentre d’abord sur les églises et autres lieux de dévotion, sur l’itinéraire (avec la présence des ponts, etc.), et sur les conditions matérielles du voyage: l’auteur fait souvent allusion aux dangers qui guettent le pèlerin isolé, il mentionne l’existence des auberges et des «hôpitaux», il donne parfois son avis sur l’accueil qui s'y trouve réservé, et il attire l’attention sur les taxes et autres octrois, et sur les problèmes de change. Parfois, il rapporte une légende, par exemple à propos du Mont Pilate, sur le lac des Quatre Cantons, et du cadavre supposé de Pilate qui y aurait été transporté: la piété la plus sincère n’entre nullement en contradiction avec des formes de pensée naïves et qui touchent au surnaturel païen…
Certes, on est parfois quelque peu perplexe devant le caractère succinct de l’information: sur la route du retour, le pèlerin arrive à Burgos. En quittant la ville par la porte Saint-Nicolas, il prendra à droite à la bifurcation, et «arrivera directement à Strasbourg» –soit un itinéraire de quelque 1400 km sans plus de précisions.
Mais trois éléments nous retiendront plus particulièrement. D’abord, le gîte: dès lors qu’il sort des pays germanophones, le voyageur est content de trouver des auberges «allemandes» sur sa route. Que Genève soit une ville «propre» semble déjà acquis à la fin du XVe siècle, mais il faut surtout prendre gîte dans la première maison hors la ville, chez Peter von Freiburg (Fryburg)
où tu trouves à boire et à manger en suffisance,
et où, en plus, l’hôte t’aidera pour toutes tes affaires. L’image de saint Jacques est suspendue à gauche de la porte d’entrée.
Le deuxième ordre de remarques concerne les noms de lieu: notre voyageur remonte depuis Bordeaux, et arrive sur la Loire, mais la graphie parfois surprenante des toponymes déroute le lecteur moderne. C'est que le texte rend compte de ce que le voyageur a entendu, avec l’accent d’outre Rhin. Il rentre d’abord à Thorß (Tours) (1), que l’on appelle en welch (en roman) Thuron, et d’où l’on peut gagner directement la Lorraine. Dans l’immédiat, il faut remonter la Loire, passer par Amboß (Amboise), puis gagner Blese (Blois) et par plusieurs autres villes que l’auteur ne détaille pas. La dernière de celles-ci accueille la cour d’un évêque –probablement Meung, possession des évêques d’Orléans– et on y recevra peut-être une aumône. Et, enfin, c’est Orliens (Orléans) une «belle ville».
On ne peut pas passer sous silence le commentaire sur Paris, en cette toute fin du XVe siècle:
Après cela, tu arrives bientôt à Paris, / Cette ville où se rendent tous ceux qui veulent devenir savants
Dans les arts, ou dans le droit canon et romain. / Sur la terre, je n’ai jamais vu une ville semblable.
On devine l’admiration de Künig, même si celui-ci confond et si l’enseignement du droit romain est en réalité interdit à Paris –mais se pratique à Orléans, où il n'en a pourtant rien dit, non plus que des Allemands membres de la Natio Germanica.
Notre dernière remarque concerne les difficultés du voyage à l’étranger: l’auteur souligne à plusieurs reprises combien il faut être attentif à ne pas se faire gruger, et l’impossibilité de se faire comprendre explique, n’en doutons pas, son attention à signaler les «bonnes auberges» entendons celles tenues par des compatriotes de confiance. Sur la route du retour, il y a comme un soupir de soulagement, lorsqu’il s’agit d’arriver en Lorraine (à Metz, ou à Widersdorf = Vergaville), et
Là, tu pourras parler avec les gens.
Enfin!...
Un document exceptionnel, bien loin de l’Itinéraire de Breydenbach et de ses compagnons et dont le propos est complètement différent: c’est un petit opuscule, que l’on pourra se procurer en route en passant par Strasbourg, pour un prix raisonnable, et que l’on emportera sans complications. Bien sûr, il est inutile d’y insister, mais il est bien clair que ces pèlerins sans grandes ressources et exposés à tous les risques d’un voyage lointain, sont désormais alphabétisés, et suffisamment acculturés pour que l’imprimé leur soit devenu un objet d’usage relativement banal...

1) Rappelons que la prononciation de l'allemand est accentuée, et que les s finaux ne sont pas muets. Le voyageur a peut-être lu Tours, et il transcrit Thorss. Il faut aussi tenir compte du rôle du compositeur strasbourgeois. Plus loin, nous lirons pareillement Stampoß (Étampes), avant d'arriver à Hamyens (Amiens), après avoir quitté Paris par le nord.

samedi 17 mars 2018

Conférence d'histoire du livre

 
École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre

  Lundi 19 mars 2018
16h-18h
La bibliothèque de la "Nation Germanique"
de l'université d'Orléans (fin)
par
Monsieur Frédéric Barbier
directeur d'études

Reliure aux armes de la Nation Gemanique d'Orléans (© Médiathèque d'Orléans)

La conférence donnera aussi l’occasion d’évoquer la figure d’un intermédiaire culturel appartenant au petit monde du livre : Pierre Trepperel, lequel exerce comme libraire juré de l'université d'Orléans.
Fils du libraire parisien et marchand grossier en soie Jean (II) Trepperel, il est apparenté aux familles de libraires Janot, Le Noir et de Marnef. En 1545, Trepperel exerce à Angers, cette adresse apparaissant sur une édition à son nom du Théâtre des bons engins de Guillaume de La Perrière. Mais, dès avant le 3 août 1547, il est établi libraire à Orléans, où il succède en 1558 au libraire François Gueiard en qualité de receveur général de l'université. Trepperel travaille aussi de manière occasionnelle en association avec l'imprimeur orléanais Éloi Gibier.
Calviniste, il signe un acte de soumission au roi le 8 août 1570, mais, d'après le témoignage du juriste strasbourgeois Johann Wilhelm Botzheim, il est massacré lors de la Saint-Barthélemy (fin août 1572), alors même qu'il entre dans une église pour abjurer. Les actes de l'université confirment son décès à la date du 8 oct. 1572. Sa veuve se remarie avec le libraire Jean Courtin.

Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26).
Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

dimanche 11 mars 2018

 
École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre

  Lundi 12 mars 2018
16h-18h
La bibliothèque de la "Nation Germanique"
de l'université d'Orléans
par
Monsieur Frédéric Barbier
directeur d'études

Par suite du retard pris au fil de la discussion de la semaine dernière, la conférence qui devait initialement avoir lieu le 5 sera en définitive présentée le 12 mars. 
Orléans avant 1568 (Bibliothèque d'Orléans, ICO G 144)

Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26).
Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

jeudi 1 mars 2018

 
École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre

  Lundi 5 mars 2018
16h-18h
La bibliothèque de la "Nation Germanique"
de l'université d'Orléans
par
Monsieur Frédéric Barbier
directeur d'études

Plan d'Orléans (détail), vers 1575.

Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26).
Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

mardi 15 août 2017

La vallée bénédictine

Sur la Loire et sur ses rivières affluentes, nous sommes dans un haut-pays du monachisme occidental, et tout particulièrement de l’ordre bénédictin. La commémoration de la naissance de saint Martin de Tours, en 2016, nous donne l'occasion de revenir sur une facette très importante de notre paysage culturel.
Nous voici d’abord à Tours, la ville de saint Martin, et l’une des capitales de l’Église des Gaules et de France. Martin naît en 316 en Pannonie (Szombathely), dans la plaine de l'actuelle Hongrie. Comme son père, c’est un militaire, qui est en Gaule pour y accomplir son service. C’est là qu’il se convertit définitivement, et qu’il rejoint en 356 l’évêque de Poitiers, saint Hilaire. Il fonde aux portes de la ville une petite communauté régulière, à Ligugé, mais sa réputation est telle que les habitants de Tours l’élisent comme leur évêque (371).
Saint Martin n’abandonne pas pour autant la vie érémitique, et il se retire volontiers dans des grottes au-dessus de la rive droite de la Loire. Pourtant, là aussi, son renom est tel qu’il est bientôt imité par des dizaines de disciples, qui s’installent dans les grottes du coteau et dans des cabanes: c’est l’origine de Marmoutier (< majus monasterum, le grand monastère).
Si le christianisme a tôt pénétré la Gaule à partir de la côte méditerranéenne et de la vallée du Rhône, il est resté d'abord une religion pratiquée dans les centres urbains, et par les élites. Les campagnes sont en retrait, et c’est précisément en faveur de leur évangélisation que se déploie l’activité principale de saint Martin. Il décède d’ailleurs au cours d’une visite pastorale, en 396, dans le village de Candes, sur la rive gauche de la Loire –mais les habitants de Tours viendront s’emparer de la dépouille pour lui donner une sépulture dans leur ville.
Candes Saint-Martin, port des bords de Loire.
Son successeur au siège épiscopal fera élever une petite chapelle sur son tombeau, où l’évêque Perpetuus (461-491) entreprendra la construction d’une basilique. Il s’agit de faire de Tours l’une des capitales religieuses de la Gaule, en exaltant le rôle de son apôtre et en organisant sa sépulture comme un centre de pèlerinage. L’abbaye Saint-Julien de Tours est quant à elle fondée par l’évêque Grégoire de Tours autour de l'année 575.
Le monachisme est né en Orient, d'abord sous la forme de l'érémitisme (le moine est seul, selon l'image de l'ermite dans le désert), puis du cénobitisme (les ermites se rassemblent pour constituer une communauté, qui va se doter de règles de vie). L’essor de sa pratique en Gaule se fait par le biais de processus divers de transfert à partir de la Méditerranée orientale. La donne change au VIIe siècle, avec l’intervention d’une personnalité exceptionnelle, celle de saint Benoît: certes, l'action de saint Benoît se déploie dans la péninsule italienne, mais, paradoxalement, la région de la Loire occupe aussi une place essentielle dans la tradition bénédictine à l’époque mérovingienne.
Remontons en effet le fleuve depuis Tours sur une centaine de kilomètres, et nous rencontrons le souvenir du fondateur du monachisme d’Occident lui-même. Né en Ombrie (vers 485), d’abord étudiant à Rome, puis retiré comme ermite dans les collines du Latium (près de Subiaco, localité bien connue des historiens du livre), Benoît décédera vers 547 dans son monastère du Mont-Cassin. Pour les Chrétiens d’Occident, il est considéré comme le fondateur de la tradition monastique: sa Règle fixe les trois services auxquels le moine se consacrera quotidiennement, le service de Dieu, le travail manuel et les tâches intellectuelles –la lecture et la méditation de la Bible, des Pères et des auteurs spirituels.
Le Mont-Cassin a été détruit par les Lombards à la fin du VIe siècle, et il est tombé en décadence. L’abbaye de Fleury-s/Loire, légèrement en amont d’Orléans, a été fondée en 630, et elle se trouve bientôt à la tête d’un patrimoine important. L'abbé Mommole, venu au Mont-Cassin vers 670, y redécouvre le tombeau de saint Benoît et en fait transporter les reliques dans son abbaye – aujourd’hui, Saint-Benoît-s/Loire.
Fleury-s/Loire
La tradition veut que le disciple le plus proche de saint Benoît, saint Maur († vers 584), ait dans l’intervalle été envoyé en Gaule pour y diffuser la règle bénédictine, et qu’il y ait fondé le premier monastère bénédictin: et nous voici à nouveau immédiatement sur le fleuve, à Glanfeuil (actuelle commune de Le Thoureil), sur le site d’une ancienne villa gallo-romaine.
Comme on le sait, la figure de saint Maur inspirera bien plus tard une nouvelle Congrégation bénédictine fondée au tout début du règne de Louis XIII (1618): le rôle des Mauristes est fondamental pour la science historique en général, mais d'abord pour tout ce qui concerne les archives, les manuscrits et les imprimés anciens. 
Glanfeuil.
Dans l’immédiat, la diffusion de la règle de saint Benoît vient surtout d’une volonté politique, lorsque les souverains carolingiens travaillent à réformer l’Église et décident pour ce faire de généraliser la règle dans les abbayes et monastères de l’empire. Rien de surprenant si les fondations bénédictines, abbayes et prieurés, se multiplient dans la région, et si elles y jouent un rôle considérable dans la diffusion de la civilisation du livre: voici Marmoutier, l’une des plus riches abbayes de la France d’Ancien Régime; Saint-Martin de Tours, dont Alcuin lui-même sera abbé au tournant du IXe siècle; voici encore, en remontant les rivière de l'Indre et de l’Indrois, Cormery, fille de Saint-Martin à la fin du VIIIe siècle; un peu plus haut encore, et nous arrivons à Villeloin, fondée au IXe siècle d’abord comme fille de Cormery, devenue abbaye de plein droit en 965. La route bénédictine se poursuit à Preuilly, fondée au tournant du XIe siècle (1001), après laquelle nous entrons dans le diocèse de Poitiers. Vers le sud, c'est Ligugé, déjà mentionné, et, vers le nord, ce sont les grandes fondations du Mans (Saint-Vincent et La Couture), et l'abbaye fondée vers 1010 à Solesmes, non loin de Sablé-s/Sarthe.
Rien de surprenant non plus si cette densité de maisons religieuses s’accompagne d’une grande richesse en bibliothèques, tant pour les manuscrits que pour les livres imprimés. Les collections aujourd’hui conservées, et qui proviennent pour l’essentiel des confiscations de l’époque révolutionnaire, restent là pour nous en porter témoignage, malgré les pertes et destructions qui ont pu se succéder au cours des âges...

jeudi 20 juillet 2017

Une bibliothèque d'université aux XVIe-XVIIIe siècles (2)

Les membres des «nations germaniques» des différentes universités du Centre de la France (Orléans, Bourges et Poitiers) ont bénéficié de privilèges qui peuvent surprendre. En 1555, Conrad Marius, qui vient de Mayence, est étudiant à Poitiers quand il est  arrêté pour «avoir vescu selon la forme et religion qu’il dict estre gardée en son pays d’Allemaigne». Mais, à la requête qui lui est présentée lors de son séjour à Saint-Germain-en-Laye, le roi Henri II ordonne que Marius soit libéré, et cela pour des raisons éminemment politiques: il faut en effet préserver les «alliances, confédéracions et amytiez d’entre nous et les princes et estats dudict païs d’Allemagne et Saint Empire duquel ledict Marius est natif».
Bien plus tard, sous Louis XIV, la Nation Germanique d’Orléans publie chez Antoine Rousselet le catalogue des livres de sa bibliothèque (1664).
La page de titre en est ornée d’un petit bois représentant un aigle bicéphale. On sait par ailleurs que les exemplaires de la bibliothèque elle-mêmes ont souvent été reliés (avec estampage à chaud et marque d'appartenance sur les plats: Liber inclitae Nationis Germanicae in Academia Aurelianensi). Certains portent des ex dono manuscrits (Inclytae nationi germ. dono dedit Joannes De Cordes, Tornacensis pro tempore Procurator an. 1599, prim. decemb., par ex.). Pour un exemplaire en ligne, cliquer ici.
La bibliothèque possède quelques instruments scientifiques (des globes et une sphère armillaire) et, surtout, sa vocation s’est considérablement élargie depuis les origines. Alors qu'il s’agissait avant tout d’une collection juridique, nous sommes désormais devant un ensemble de 2626 titres, pratiquement tous des imprimés, répartis par grandes classes systématiques, puis par formats, avec un numéro d’ordre. La référence liminaire à Juste Lipse, plus encore la précision du sous-tri selon quatre formats (in folio, in quarto, in octavo, in duodecimo et decimo-sexto) laissent à penser que le rédacteur avait de bonnes connaissances de la science bibliographique dans son ensemble.
La tradition orléanaise s’impose toujours, et le droit représente, en 1664, la première série systématique, avec 780 titres (juridici). Parmi les classiques, on remarque les Expositiones de Sébastien Brant, données à Lyon par R. Odet en 1622, et achetées en quatre exemplaires par la bibliothèque (p. 24, n° 62).
Cependant, le droit est désormais suivi par les deux grandes sections de ce que nous pourrions appeler les sciences humaines :
- 569 titres relèvent en effet du domaine «géographie et histoire», qui constitue la série moderne par excellence. Cette section (où l’on trouve aussi un certain nombre d’historiens anciens, à commencer par César, Tacite, etc.) semble être la plus ouverte sur le plan de la géographie typographique et des langues d’impression.
- Les humanités s’inscrivent à un niveau de 504 titres (humaniores): il s’agit d’éditions des classiques de l’Antiquité (parfois acquis en plusieurs exemplaires), mais aussi de titres plus récents, comme les Essais de Montaigne dans la très belle édition d’Abel l’Angelier de 1595 (p. 35, n° 38. Deux exemplaires probablement d’une autre édition, p. 37, n° 44, et sept d’une troisième édition, p. 43, n° 217. Montaigne est déjà un classique).
Les trois sous-séries suivantes atteignent des niveaux plus faibles :
- 264 titres de théologie, dont un certain nombre d’exemplaires de la Bible, et surtout du Nouveau Testament en latin, en flamand, en italien et en français (par moins de quatorze exemplaires pour cette dernière édition: cf p. 7, n° 5). Les Loci communes de Mélanchthon, Bâle, 1561 (VD16, M 3664) sont classés dans la théologie.
- 184 titres de sciences politiques (politici). Cette section, dont le propos s’articule bien évidemment avec le domaine juridique mais qui intègre aussi la science militaire, est tout particulièrement signifiante pour l'historien, en ce qu’elle rend compte d'une théorie politique alors en pleine phase de modernisation. Parmi les points significatifs, le fait que la Nation Germanique ait acquis le texte de la République de Jean Bodin, en deux exemplaires, non pas dans l’original français, mais dans l’édition latine de 1586 (p. 47, n° 2).
Le catalogue se referme sur deux sections très intéressantes, qui relèvent du domaine littéraire au sens large. Les «romans» constituent un ensemble autonome, et ils sont dans leur grande majorité en français, mais aussi en italien. Il s’agit de titres bien connus (L’Astrée…), parfois aussi de titres plus négligés (comme Le Gascon extravagant, publié, de manière emblématique, l’année même de la sortie du Discours de la méthode). Nous serions volontiers disposés à voir dans cet ensemble de textes les prodromes d’un service de la «récréation» organisé en parallèle à la «bibliothèque d’études». La dernière section est ce que nous pourrions désigner comme celle des usuels: dictionnaires de la langue (dont un certain nombre de dictionnaires de l’allemand), puis dictionnaires juridiques et autres, et grammaires (des langues hébraïque, grecque, latine, française, italienne et flamande, cette dernière apparemment dans une édition de Londres, 1652).
Les deux domaines scientifiques des mathématiques (65 titres) et de la médecine (50 titres) s’inscrivent à des niveaux bien moindres.
Il serait très intéressant de rentrer dans le détail du catalogue, pour envisager, notamment, d'où les exemplaires peuvent venir, et pour essayer de retracer une conjoncture d’ensemble de la collection. Nous ne le ferons pas ici, mais ne pouvons que souligner le fait: il n’y a que peu de titres antérieurs à 1550. Dans la mesure où la bibliothèque en tant qu’institution n’a été mise en place que dans la seconde moitié du XVIe siècle, les ouvrages qui ont très certainement circulé à Orléans antérieurement appartenaient à titre privé à l’un ou à l’autre des membres de la Nation Germanique. En revanche, le catalogue de 1664 présente un certain nombre de titres a priori condamnés, et dont la publicité ne peut qu’étonner dans la France louis-quatorzienne. Citons un exemplaire de la Bible donnée par Froschauer à Zurich en 1543 (VD16, B 2619) à partir de la version d’Érasme et avec la collaboration de Bullinger; la concordance évangélique de Calvin, Genève, Conrad Badius, 1555, édition dédiée au Magistrat de Francfort; ou encore plusieurs Bibles allemandes de Luther, et la Hauspostilla du même auteur, Wittenberg, 1578 (VD16, ZV 10135).
Les lieux d’édition ne sont pas toujours indiqués mais, derrière Lyon et Paris figure en retrait un certain nombre de villes de province (Rouen, etc., voire Saumur) et de l’étranger (Anvers et Leyde, Francfort, Strasbourg, Helmstedt, Bâle, Genève, etc.). En définitive, il s'agit d'un ensemble remarquable, conçu et rassemblé dans le souci de remplir les services d'une véritable bibliothèque universitaire, dans laquelle les volumes les plus demandés seront acquis en plusieurs exemplaires. Un certain nombre de ces exemplaires est aujourd'hui conservé à la Bibliothèque d'Orléans: on ne peut que regretter d'autant plus que le catalogue en ligne de celle-ci ne permette pas de les identifier, que le site Internet de l'établissement ne propose pas de commentaires sur les pièces les plus importantes qui y sont conservées, et que l'onglet renvoyant à l'histoire de la Bibliothèque ne fonctionne pas...

mercredi 12 juillet 2017

Une bibliothèque d'université aux XVIe-XVIIIe siècles

L’exposition qui se déroule actuellement à Orléans (Archives départementales du Loiret) sur les débuts du protestantisme dans la région met fort justement l’accent sur le rôle de la Nation Germanique de l’Université dans le processus de transfert.
Rappelons que les écoles de droit existent à Orléans au moins depuis 1235 (la bulle Semper specula avait interdit, en 1219, l’enseignement du droit civil à Paris), et qu’elles sont élevées au rang d’université par la bulle Inter cetera de 1306. Elles jouent dès lors le rôle de double faculté de droit pour les Parisiens, le droit canon (on est doctor decretorum) et le droit civil (avec le titre de doctor legum, ou, le cas échéant, de doctor utriusque, alias docteur dans les deux droits).
Reliure aux armes de la Nation Germanique (Bibliothèque d'Orléans)
Dans les universités médiévales, les étudiants sont répartis en «Nations», dont le nombre est d’ailleurs variable: la Nation Germanique d’Orléans regroupe ceux qui viennent de la géographie du Saint-Empire, peu à peu élargie aux «anciens Pays-Bas» (jusqu’en Artois) et aux régions germanophones hors l’Empire (notamment les cantons suisses). Elle constitue longtemps la «nation» la plus nombreuse à Orléans, avant d’entrer peu à peu en décadence, surtout à la suite de l’édit de Fontainebleau. Le dernier étudiant «germanique» quitte Orléans en 1734. Quant à l’Université elle-même, elle est dissoute en 1793…
La Nation Germanique possède peut-être une dizaine de livres au début du XVIe siècle, et l’institutionnalisation de sa bibliothèque se fait à partir de la décennie 1560. Le projet prend corps lorsque le procurateur Obertus Giphanius et son confrère Hugo Blotius s'en chargent. Mais la décision est difficile, comme le souligne Giphanius: «Tantae molis erat Germanos condere libros» (Deuxième Livre, p. XLV). L'argument qui l'emporte intervient lorsque les tout-puissants docteurs-régents de l’Université déclarent mettre à la disposition de la Nation, pour sa bibliothèque, une «pièce située au-dessus de la chambre de la librairie» , rue de l’Escripvainerie, juste sous l’horloge de l’Université.
Pourtant, une visite sur les lieux convainc la Nation de ce que le local est inapproprié. En novembre 1566, les livres sont donc d’abord rangés dans la maison du pharmacien Charles d’Aise, bedeau (pedellus) de la Nation. Puis ils seront transférés un temps dans la maison du nouveau procurateur, Georgius Korman ab Menneburg (1567). Par la suite, les livres reviendront  dans la maison du bedeau, où l’on estime qu’ils seront plus en sécurité (2 oct. 1567: à la suite de la prise de la ville par les Protestants).
En 1571, le bedeau se plaint de ne plus pouvoir conserver la bibliothèque chez lui, et les livres sont transportés chez le procurateur Christophorus Schell, avant que la Nation ne décide de louer une pièce (cubiculum) dans la maison de son messager, le tailleur Martinus Antonius, de Nimègue. L’assemblée du 7 juin 1572 met en place les premiers statuts de la bibliothèque. En 1580, celle-ci est déménagée dans la maison que le tailleur Blanchet occupe dans l’enceinte de l’église Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, rue de l’Université. Elle est alors confiée à un assesseur-bibliothécaire, Maximilianus Martinus Stella, tandis qu’un règlement est promulgué (1582). Dans le même temps, le fonds s’élargit progressivement au-delà du seul domaine des sciences juridiques.
En 1585, la bibliothèque déménage à nouveau, pour s’installer chez Vrain-Moireau, cordonnier, au coin des rues de Bourgogne et des Gobelets, au premier étage. La pièce sert aussi aux réunions de travail pour l’administration et pour l’enregistrement des nouveaux membres inscrits à la Nation.
Il est fascinant de voir la Nation Germanique publier, en 1664, un premier catalogue de sa bibliothèque – jusque là, les catalogues étaient restés manuscrits:
Catalogus librorum qui Aureliae in Bibliotheca Germanicae Nationis extant, éd. Emmichius Nedergordius, Orléans, Antoine Rousselet, 1664.
Il s’agit d’une plaquette de quelque 80 pages, dans laquelle les livres sont présentés systématiquement, et sous-classés par formats – ce qui correspond bien évidemment au classement topographique dans la salle. Le catalogue est introduit par une citation de Juste Lipse (Syntagma de bibliothecis), puis par la préface du Sénat de la Nation Germanique, et par une dédicace au bibliothécaire, Emmerich Neelergord. La présentation du catalogue montre que les volumes étaient très certainement rangés sur des rayonnages, sauf quelques-uns de format trop grand, disposés sur des tables et des pupitres, à côté de deux globes (céleste et terrestre) et d'une sphère armillaire.
Le contenu de la bibliothèque, soit quelque 2100 titres, se signale désormais par sa diversité: la section la plus riche est certes toujours celle du droit (780 titres), mais elle est désormais suivie par la littérature (plus de 500 titres), et par la théologie Nous reviendrons, dans notre prochain billet, sur la présence d’un certain nombre de titres remarquables dans les collections de la Nation Germanique...

Rappelons que es registres conservés ont fait l'objet d'une édition scientifique particulièrement précieuse:
Les Livres des procurateurs de la nation germanique de l’ancienne université d’Orléans, 1444-1602.
Tome I. Premier livre des procurateurs, Leiden, Brill.
Première partie, Texte des rapports des procurateurs [AD Loiret, D 213], éd. Cornelia M. Ridderikhoff, Hilde De Ridder-Symoens, 1971.
Seconde partie, Biographies des étudiants, éd. Detlef Illmer, Hilde De Ridder-Symoens, Cornelia M. Ridderikhoff,
Vol. I, 1444-1515, 1978.
Vol. II, 1516-1546, 1980.
Vol. III. Tables, additions et corrections, illustrations, 1985.
Deuxième livre des procurateurs de la nation germanique de l’ancienne université d’Orléans, 1546-1567. Première partie, vol. I [II], éd. Cornelia M. Ridderikhoff, Leiden, Brill, 1988 [la deuxième partie n'a pas été publiée].
Troisième livre des procurateurs de la nation germanique de l’ancienne université d’Orléans, 1567-1587. Texte des rapports des procurateurs, éd. Hilde De Ridder-Symoens, Cornelia M. Ridderikhoff, Leiden, Boston, Brill, 2013.
Quatrième livre des procurateurs de la nation germanique de l’ancienne université d’Orléans, 1587-1602. Texte des rapports des procurateurs, éd. Hilde De Ridder-Symoens, Cornelia M. Ridderikhoff, Leiden, Boston, Brill, 2015.

mercredi 5 juillet 2017

Une exposition à Orléans

Exposition
«Les débuts du protestantisme dans le Loiret»,
du 19 juin au 28 juillet 2017

Dans le cadre du 500e anniversaire de l'affichage des 95 thèses de Martin Luther en 1517, les Archives départementales du Loiret présentent du 19 juin au 28 juillet 2017, du lundi au vendredi, de 9 heures à 17 heures, l'exposition:
«Les débuts du protestantisme dans le Loiret».
À cette occasion, de nombreux documents, provenant des Archives départementales, de la Médiathèque d'Orléans et de l'association «Mémoire protestante en Orléanais», sont présentés:
-des plans anciens d'Orléans, des gravures anciennes, des portraits, la maquette du temple de Bionne, des livres rares, des documents administratifs du XVIe siècle et des manuscrits, dont les magnifiques enluminures des registres des procurateurs de la Nation germanique qui accueillit, au sein de l'Université d'Orléans au XVIe siècle, de nombreux étudiants luthériens.
Ces documents portent un éclairage original sur l'accueil des idées nouvelles dans l'Orléanais, favorisé notamment par le creuset d'humanisme qu'était alors l'Université, par le développement de la chose écrite, ainsi que par l'entrée de grandes familles nobles dans l’Église réformée.
L'exposition est présentée à l’occasion du 500e anniversaire de l’affichage des 95 Thèses de Martin Luther, le 31 octobre 1517 à Wittenberg. En quelques années cette volonté de réforme de la vie spirituelle et ecclésiastique, devenue la Réforme, parcourut toute l’Europe et eut des répercussions profondes sur la politique, la société et la culture, jusqu’à provoquer déchirements et guerres.
Plan d'Orléans, vers 1575
Dans le cadre de cette commémoration, le Département a souhaité jeter un éclairage particulier sur l’accueil des idées nouvelles dans l’Orléanais. On n'a pas cherché à évoquer la forme des nouvelles croyances, leur contenu et leur évolution, mais plutôt leur diffusion. Le propos de l’exposition vise précisément à s’interroger sur les facteurs qui ont favorisé un développement rapide et exceptionnel de la Réforme dans cette terre chérie par les «rois très chrétiens». Au travers de documents parfois prestigieux, parfois issus de la pratique administrative, l’exposition s’attache à mettre en valeur le rôle de l’Université et des étudiants germaniques qui la fréquentent, de l’élite cultivée et des grandes familles nobles, mais aussi des prédicateurs et des professionnels du livre.
Le propos s’arrête aux années 1560-1562, lorsque les tensions larvées entre catholiques et protestants se transforment brutalement en guerres civiles ouvertes: s’ouvre alors en effet une série de huit conflits qui ravagèrent le royaume jusqu’à la fin du XVIe siècle. Et encore, la paix chèrement gagnée en 1598 par la promulgation de l’Édit de Nantes n’apaisa-t-elle que peu les esprits, avant d’être balayée par la révocation de 1685.
Vous pouvez consulter le livret accompagnant l'exposition en cliquant ici [PDF - 2 Mo]
Retrouvez les magnifiques enluminures des registres des Procurateurs de la Nation germanique sur place et sur notre tableau Pinterest.
Communiqué par les Archives départementales du Loiret. 

jeudi 27 avril 2017

Le temps caractéristique (4)

Poursuivons un instant sur le «temps caractéristique», pour attirer l’attention sur un phénomène apparemment contradictoire: le raccourcissement du temps caractéristique a pour effet, paradoxalement, de renforcer les inégalités spatiales –et sociales.
Nous avons évoqué dans le dernier billet les transformations qui se produisent dans l’Allemagne de la Réforme où, en quelques semaine, il est devenu possible non seulement de rédiger et de diffuser un texte imprimé, mais aussi d’y répondre et d’engager éventuellement une polémique par le biais du média. Lorsque le libraire-imprimeur de Bâle, Adam Petri, publie, sans doute dans les premiers mois de 1518, une édition des 95 Thèses innovant radicalement sur la forme (il s’agit non plus d’un placard, comme à Leipzig et à Nuremberg, mais d’un petit quarto de quelques feuillets), il précise, en tête du texte, l’objet qui est le sien :
Quare petit ut qui non possunt verbis praesentes nobiscum disceptare, agant id literis absentes [= C’est pourquoi il demande à ceux qui ne peuvent pas discuter directement en paroles avec nous, de le faire de loin, par le biais de l’écrit].
La circulation est très facilitée dans deux cas de figures et, d’abord, par la proximité des grands routes et des principaux itinéraires: c’est par leur biais que transitent les voyageurs, diplomates, négociants, étudiants et autres, c'est eux que suivent les correspondances et les nouvelles, mais aussi les marchandises (dont les livres) à travers l’Europe, par voie de terre ou de mer. Au début du XVIe siècle, la traversée de la côte espagnole à Naples peut ne demander que quatre jours, et les 600 km de la route postale de Malines à Augsbourg représentent vingt-trois relais, soit une distance qui peut être parcourue en moins d’une semaine.
Le second dispositif, évidemment lié au premier, distingue les géographies les plus avancées, celles où la densité de population est supérieure, où la richesse est plus grande et où le maillage du réseau des petites villes et des villes moyennes est plus serré –au premier chef, la géographie de la grande dorsale européenne conduisant des Pays-Bas à l’Italie du Nord par la vallée du Rhin et les cols des Alpes. Les échanges y sont renforcées, de nouvelles pratiques sont rendues possible, par ex. le développement des correspondances privées.
La nouvelle de la mort de Claude de France à Blois le 26 juillet 1524 arrive à Paris dès le 28 (190km: 95km/jour). De même, le désastre de Pavie (24 février 1525) est-il connu dans la capitale dès le 7 mars, soit onze jours après l’événement, pour un peu moins de 900km (82km/jour, malgré la traversée des Alpes).
A contrario, nous voici dans la géographie de l’écart, un mot digne d'être médité: la distance Paris-Cherbourg représente quelque 350km, qui peuvent être parcourus en quatre jours. Le sire de Gouberville, dans son manoir du Mesnil-au-Val, n’est guère éloigné que d’une douzaine de kilomètres de la capitale du Cotentin: pourtant, lorsque Henri II meurt brutalement à Paris, le 30 juin 1559, il n’apprend la nouvelle que fortuitement, par un proche allé à Cherbourg, le 17 juillet (les 350km ont donc été parcourus en 17 jours, soit à peine une vingtaine de kilomètres par jour, et un décrochage radical entre la ville centre et le plat-pays).
Bien évidemment, il faut prendre en considération le décalage entre le courrier le plus rapide (un courrier annonçant la défaite et la capture eu roi…) et le rythme des échanges ordinaires: pour autant, l’opposition entre géographies plus ou moins favorisées n’en reste pas moins très profonde. Cette opposition reste encore d’actualité en France à partir des années 1740, lorsque s’engage la «grande mutation» des routes avec la construction du réseau des nouvelles routes royales: en 1776, on a construit 14 000km de «nouvelles chaussées», qui rejoignent la capitale aux frontières du royaume et aux chefs-lieux des différentes généralités, mais aussi entre elles les grandes villes de province.
Le résultat est une accélération et une densification très sensibles des échanges, phénomène qui accompagne, pour Guy Arbellot, «le processus de libération physique et intellectuelle qui devait amener les Français au seuil de la Révolution». Si les échanges ordinaires suivent les rythmes anciens, soit au plus une cinquantaine de kilomètres par jour, les cartes isochrones publiées par Guy Arbellot montrent que, sur une période de quinze ans, les nouvelles diligences ont divisé par deux les durées des grands trajets et abouti à une intégration bien plus grande de la géographie du royaume (cf cliché).
Cartes isochrones des grandes routes du royaume, 1765 et 1780 (© Guy Arbellot, sur le site Persée)
Les changements sont immenses. Dans sa bourgade de La Fontaine-Saint-Martin, Louis Simon date la mutation du moment où il a «vu aligner la grande route du Mans à La Flèche à travers les champs les prés et les landes». Et d’ajouter :
Avant que les routes fussent faites, le peuple n’était habillé que de serge sur fil, encore les plus aisés. Les autres n’étaient habillés que de toile barrée noir et blanc et quelques uns de breluche. Ce sont les grandes routes qui ont facilité le commerce et qui nous ont procuré les marchandises étrangères attendu, que les transports n’étaient [plus] si chers…
P. A. Demachy, Vue de Tours depuis le pont de la Loire, 1787 (© Musée des Beaux-Arts)
La rupture est encore plus sensible dans les centre principaux, dont la configuration est fréquemment bouleversée par l’arrivée de la route. Celle-ci déboule en tranchée au-dessus de Tours, sur la rive droite de la Loire, en 1757, le pont sur le fleuve est achevé en 1779, et le nouvel axe majeur de la ville, la rue Royale, a été ouvert dans son prolongement dès 1777. En quelques années, l’urbanisation, jusque-là orientée sur le quai de Loire, pivote de 90°, l’axe de référence devenant celui de la route de Paris. On entre désormais en ville par le nord, où une  place monumentale est aménagée, avec le nouvel Hôtel-de-Ville élevé en 1776.
Pourtant, dès que l’on s’écarte des grands itinéraires, la situation change du tout au tout, quand nous quittons l’espace des échanges et de l’information modernes pour celui de l’oralité, de la rumeur, des fake news et des «peurs». La rupture est celle de la géographie: même si Arthur Young s'étonnera du «manque de circulation» qu'il observe en France par rapport à l'Angleterre, l'espace moderne fonctionne d'abord comme un système en réseau, quand l'espace traditionnel reste constitué par un emboîtement de surfaces plus ou moins fermées.

Guy Arbellot, « La grande mutation des routes de France au XVIIIe siècle », dans AESC, 1973 (28), p. 765-791.

lundi 13 février 2017

En France, sous la Révolution: inventer les bibliothèques

La période de la Révolution marque bien évidemment une césure radicale dans l’histoire des bibliothèques françaises. L’abolition des privilèges, décidée dans la nuit du 4 août 1789, entraîne de fait la disparition de la société tripartite organisée par ordres. Par suite, les décrets des 2-4 novembre 1789 mettent les biens de l’Église «sous la main de la Nation», à charge pour celle-ci d’en tirer les revenus suffisants pour rétribuer les prêtres, pour prendre en charge un certain nombre de fonctions nouvelles et pour administrer les bâtiments. Mais personne n’a anticipé l’ampleur des problèmes, encore moins lorsque les premiers biens nationaux sont proposés à la vente, et qu’il faut vider les lieux.
Soit l’exemple de la riche province de Touraine. La ville même de Tours vient d’être complètement restructurée par la traversée de la  route royale, achevée par le Pont de Pierre, en 1779: elle s’organise désormais non plus par rapport au fleuve, mais par rapport à un axe Nord-Sud qui relie les deux cités originelles, du bourg Saint-Martin et de la cathédrale Saint-Gatien. L’archevêché est l’un des principaux de l’Église de France, tandis que les deux grands chapitres, de Saint-Gatien et de Saint-Martin constituent des institutions prestigieuses et très fortunées. Le troisième grand établissement religieux est celui de Marmoutier, sur la rive droite du fleuve. Ces trois communautés représentent l'essentiel des confiscations faites en matière de livres, quand le directoire du nouveau département fait procéder à la mise sous scellés des archives et des bibliothèques, dont on entreprend le catalogage. À Marmoutier, le travail est confié à Dom Jean-Joseph Abrassart (1759-1800), tourangeau d’origines, secrétaire du chapitre et bibliothécaire, et comme tel signataire du Cahier de doléances présenté par le chapitre aux États Généraux. Les archives sont quant elles remises à l’ancien archiviste de Saint-Gatien, promu archiviste du district.
Les collections de livres, sont d’abord réunies en désordre dans le «dépôt littéraire» du cloître Saint-Martin, avant que le district ne décide, en novembre 1792, de faire surseoir à la vente du couvent des Filles de l’Union chrétienne pour y établir les deux nouvelles institutions, d’une part, la Bibliothèque, alors encore enrichie à la suite des confiscations des biens des émigrés; d’autre part, le «Dépôt d’arts et de sciences», alias le Musée. Dom Abrassart reste en charge des livres.
Même si l’urgence domine, les affaires sont souvent conduites par les héritiers de certaines dynasties bourgeoises d’Ancien Régime. Les Veau-Delaunay en sont l’exemple, depuis Louis Veau-Delaunay, receveur municipal de Tours († 1744); son fils est député de la paroisse Saint-Hilaire de 1757 à 1764; le petit-fils, Athanase (1751-1814), est un juriste, mais qui se pique d'écrire, et qui s’engage pleinement dans l’action publique au niveau de sa ville. Siégeant à l’Assemblée des notables à partir de 1787, il est membre du corps de ville au début de la Révolution, puis membre du directoire du département. Bibliophile (nous conservons le catalogue de sa bibliothèque : Bibl. de Tours, ms 1699), il rédige en février 1793 un rapport en vue de prendre toutes les dispositions nécessaires pour transformer le dépôt littéraire de Tours en bibliothèque ouverte au public…
Le département fait alors transporter les volumes au troisième étage du superbe palais de l’Archevêché, où la bibliothèque est effectivement ouverte, trois jours par semaine de 10 à 14h à compter du 21 octobre suivant. Abrassart tient le discours inaugurale, et poursuit activement le catalogue du fonds (Bibl. de Tours, ms 1482).
Le décret du 25 février 1795 impose de créer une École centrale par département, et d’y intégrer Bibliothèque et Musée: à Tours, l’École sera elle aussi établie dans l’ancien archevêché, et confiée à la direction de Veau-Delaunay. Abrassard reste en place, mais son suicide soudain, à quarante et un ans, entraîne la nomination d'un bibliothécaire que l’on dira «d’occasion», Jean-Louis Chalmel, dont toute la carrière s’est faite dans différentes instances administratives, et jusqu’au Conseil des Cinq cents.
Le bouleversement majeur survient lorsque les Écoles centrales sont supprimées, et surtout lorsque la signature du Concordat suppose de restituer une partie de ses biens confisqués à l’Église, dont précisément le palais… (5 mars 1803). Les collections, 30 à 35000 volumes, sont alors stockées en désordre à la Visitation, puis, lorsque le préfet décide à son tour d’y transférer ses services, dans sept «salles basses» de l’ancienne Intendance, et laissés pratiquement à l’abandon (1808). Quant à Chalmel, il est destitué en 1807… 
Le palais archiépiscopal, à l'ombre de la cathédrale
Des autorités locales soumises à de très fortes pressions, et qui doivent organiser de manière stable une administration nouvelle; des embarras financiers permanents et une urgence quotidienne en matière de maintien de l’ordre, de sécurité et d’approvisionnement; une présence très sourcilleuse de l’État, mais un désordre longtemps induit par des changements politiques brutaux et très profonds: il est presque inévitable que, dans cette conjoncture, la gestion des livres confisqués et la mise en place de bibliothèques au sens propre, n’apparaissent que comme une obligation secondaire, et les livres eux-mêmes comme une variable d'ajustement. Nous sommes dans l'ordre de l'improvisation.
Dans le cas d’une grande ville comme Tours, la situation est a priori moins mauvaise, parce que l’on dispose effectivement d’un certain nombre de compétences nécessaires à la fonction de bibliothécaire. Pourtant, la stabilisation ne se fera que très lentement. Depuis 1811, la Bibliothèque fonctionne à nouveau, même si médiocrement, quand Amand Mame acquiert en 1825 le bâtiment de l’ancienne Intendance pour y établir son imprimerie... Malgré les efforts d’organisation, les pertes ne cessent pas, et Libri lui-même  «visitera» le dépôt de Tours, dont il soustraira encore quelques pièces particulièrement exceptionnelles, dont un Pentateuque  du VIIe siècle…
La reconnaissance de la spécificité d’une Bibliothèque publique supposerait de disposer d’un local spécifique et adapté à ses fonctions, d'un budget et et d’un personnel spécialisé: un phénomène qui ne s’imposera en fait qu’à partir de la seconde moitié du XIXe siècle.

samedi 3 décembre 2016

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre


Lundi 5 décembre 2016
16h-18h
Le livre et la Réforme: retour sur un séminaire
et projet d'exposition  (2)

par 
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études

Théodore de Bèze dédie ses Poemata à Melchior Wolmar
Parmi les institutions ayant facilité le transfert de la foi luthérienne des pays allemands vers la France, l’université d’Orléans occupe une place majeure. De fait, depuis le début du XIVe siècle (bulles de 1306 et de 1309), Orléans s’impose comme la principale université d'Europe, avec Bologne, où l’on enseigne le droit romain. Or, la possibilité, pour les jeunes gens, de faire une carrière profitable dans les administrations ou dans la justice (y compris au sein de l’Église) est de plus en plus soumise à la condition d’avoir reçu une formation dans ce domaine.
Du coup, les étudiants affluent, dont une proportion importante d’étrangers venus surtout de l’Europe du nord. La «Nation» de France est bien évidemment la plus importante, qui réunit tous ceux qui sont originaires du bassin parisien et des régions voisines, mais la «Nation germanique» s’impose comme la plus prestigieuse, de par la richesse et la qualité de ses membres. Regroupant les étudiants venus des pays allemands et de l’Europe médiane, mais aussi de la Suisse et des «anciens Pays-Bas», elle compte 940 membres pour la première moitié du XVIe siècle (et culminera à quelque 6200 pour la première moitié du XVIIe siècle). On sait qu’elle possède une bibliothèque exceptionnelle, mais elle entretient aussi un messager régulier avec les pays allemands, avec lesquels on échange correspondances, paquets (dont des livres) et nouvelles récentes. 
Bien entendu, le renouveau des études juridiques, au début du XVIe siècle, s’appuie aussi sur l’essor de l’humanisme, avec le recours à la tradition antique et aux textes originaux
Rien de surprenant si certains enseignants d’Orléans sont, eux aussi, originaires d’Allemagne. Nous avons déjà évoqué sur ce blog la figure de Melchior Rufus Wolmar (Volmar, Volckmar). Il est né en 1497 à Rottweil (Wurtemberg), mais a été élevé à Berne, où il fréquente l’école latine anciennement créée par Heinrich Heynlin de Lapide (Jean de La Pierre). Étudiant à Tübingen (1514), il y rencontre probablement Mélanchthon, avant de venir à Fribourg, puis à Paris en 1520. Dans la capitale du royaume, Wolmar, élève de Nicolas Bérauld (lui-même né à Orléans vers 1470), se forme au grec, puis il passe sa licence (1522) et commence à enseigner. Parmi les autres élèves de Bérauld, il a peut-être entrevu la silhouette d’un tout jeune homme, né à Orléans en 1509 et venu poursuivre sa formation en 1521 à Paris, à savoir Étienne Dolet.
Proche de Lefèvre d’Étaples, Wolmar travaille alors peut-être pour Gilles de Gourmont, lequel donne en 1523, son premier titre, un commentaire sur les deux premiers livres de l’Iliade. En 1527, le voici à Orléans, où il tient une école bientôt réputée. Deux ans plus tard, Wolmar est appelé par la duchesse de Berry, Marguerite d’Angoulême, pour enseigner le grec à Bourges. À Orléans comme à Bourges, sa maison devient un lieu de rencontre pour les étudiants allemands et suisses… dont le jeune Conrad Gessner en 1534. Mais, cette même année, l’Affaire des Placards pousse le royaume dans une tragique phase de répression de la Réforme naissante, et Wolmar part brutalement pour la Suisse, puis pour l’Allemagne (Eisenach et Tübingen). 

Bien entendu, le renouveau des études juridiques, au début du XVIe siècle, s’appuie aussi sur l’essor de l’humanisme, avec le recours à la tradition antique et aux textes originaux.
Parmi les étudiants venus à Orléans poursuivre des études susceptibles de leur assurer une carrière profitable, certains s’imposeront comme des grandes figures de l’humanisme et de la Réforme. Guillaume Budé (1467-1540) est un ancien d’Orléans, et Érasme se réfugie lui aussi à Orléans, en 1500, pour échapper à une épidémie de peste: il n’aura pas un jugement très favorable sur les enseignements, mais il descend, en ville, chez son compatriote Jacques Voecht, alias Tutor, originaire de Louvain, docteur en droit, et qui fera plus tard une carrière de magistrat à Anvers.
Pierre de l’Estoile compte parmi les maîtres les plus célèbres de la Faculté de droit. C’est notamment pour suivre son enseignement qu’un jeune Picard s’inscrit à l’Université en 1528: Jean Calvin (1509-1564), ancien des collèges de la Marche et de Montaigu à Paris, est destiné par son père à une carrière dans l’administration. Il a déjà rencontré Wolmar à Paris, il le retrouve à Orléans et il le suivra un temps à Bourges. Calvin est reçu docteur en droit à Orléans en 1533. Parmi ses amis, nous retrouvons le jeune Théodore de Bèze (1519-1605), pensionnaire et élève de Wolmar, qu’il suivra lui aussi à Bourges… Licencié en droit à Orléans en 1539, Théodore de Bèze se réfugie à son tour en Suisse à compter de 1548: il remerciera son maître en lui dédiant ses Poemata (Paris, Conrad Bade, pour Robert Estienne, 1548), et il lui adressera surtout la belle lettre liminaire figurant en tête de sa Confessio christianae fidei ([Genève], Jean Bonnefoy, 1560)… 

 
Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (190 avenue de France, 75013 Paris, 1er étage).
 

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).