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dimanche 2 septembre 2018

Le bibliographe et le Saint-Empire

Voici un petit volume, d’apparence modeste mais dont le contenu est important pour l’histoire intellectuelle de l’Europe. En l’examinant de plus près, nous vérifions ce que nous soupçonnions, à savoir qu’il pose toutes sortes de problèmes à l’historien du livre. Inutile de préciser, avant que de poursuivre, que certains de ces problèmes sont peut-être d’ores et déjà résolus par tel ou tel savant: nous sommes très reconnaissants pour toutes les informations que l’on voudra bien nous transmettre à ce sujet, et nous remercions grandement ceux qui l'ont déjà fait et grâce auxquels nous améliorons notre fiche (cf infra la rubrique "Commentaires").
Mais venons-en au fait. Il s’agit de:
Monzambano, Severinus de –, Veronensis [pseud. Samuel Pufendorf], De Statu imperii Germanici, ad Laelium fratrem, dominum Trezolani, liber unus. Editio nova, emendata & aucta, Veronae, apud Franciscum Giulium [Leiden, Hackius], 1668, [24-]275 p., [5] p. bl., 12°.
La première édition du classique de Pufendorf sort à l'adresse de Genève, «apud Petrum Columesium», en 1667. Cette édition est reprise dès la même année, à l'adresse de Vérone, Giulius (VD17 1:668379E). Dans notre exemplaire, également à l’adresse de Vérone mais daté de 1668, la vignette de titre représentant une sphère armillaire, se présente à nouveau (cf cliché 2).
Par opposition à l’édition de 1667, celle-ci s'ouvre par un titre gravé en taille-douce, et portant la date de 1668: l’aigle impérial protège de ses deux ailes déployées les huit électorats existant alors (cf cliché 1). Dans la colonne de gauche, en montant, les trois archevêques-électeurs (Mayence, Cologne et Trèves); en haut, le roi de Bohême (c’est-à-dire l’empereur). Dans la colonne de droite, à nouveau de bas en haut, le duc de Bavière, le margrave de Brandebourg, le duc de Saxe et le comte palatin.
La visée politique de l’image est évidente, et donne une dimension nouvelle au livre de Pufendorf.
Mais, pourquoi Genève, et pourquoi Vérone? Dans le dernier tiers du XVIIe siècle, un enseignant de Heidelberg dispose de... sinon mille, du moins une vingtaine d'autres possibilités plus commodes et plus efficaces pour publier, sans dire rien des difficultés éventuelles d'ordre confessionnel (l'auteur est évidemment un réformé luthérien, ce qui ne correspond ni au schéma de Genève, ni à celui de Vérone). Bref: quoi qu'on en dise, nous sommes très vraisemblablement devant deux fausses adresses.
Restons sur notre édition de 1668. Bien sûr, la sphère armillaire est connue comme la marque typographique de Daniel et de Louis Elzevier, même si elle sera reprise par un certain nombre d’ateliers typographiques européens. Ces arguments laissent à penser que l’édition a été réalisée dans une ville des Provinces-Unies (où Pufendorf séjourne en 1659-1660), et non pas... à Berlin, comme le suggère le VD17. En fait, la référence au répertoire de Willems donne l'adresse de Leyde, chez Hackius, et siignale que l'édition figurerait effectivement dans le catalogue Elzevier de 1674.
Dans les premières années qui suivent la publication, il existe plusieurs autres éditions du même texte, données à la fausse adresse de «Eleutheropoli, Apud Bonifacium Verinum, 1668», et à celle d'Utopie, chez Nemo  (1). La dédicace à «Laelius» renvoie quant à elle à Esaias Pufendorf, le frère aîné de l’auteur (1628-1689), entré au service du roi de Suède.

L’auteur, Samuel Pufendorf, né à Dorfchemnitz en 1632, est fils de pasteur. Élève à la Fürstenschule de Grimma, puis étudiant à Leipzig et à Iéna, il s’oriente vers l’étude du droit public. Magister artium (1658), il est d’abord diplomate, puis professeur de droit à l’université de Palatinat à Heidelberg (première chaire allemande consacrée au «droit de la nature et des gens»), avant d’être appelé à l’Academia Carolina de Lund. Historiographe royal de Suède, puis historiographe de la maison de Brandebourg à Berlin, Pufendorf meurt dans cette ville en 1694. Son cursus est très représentatif de ce que peut être le statut de l’homme de lettres ou du savant dans l’Allemagne du XVIIe siècle. Quant à son rôle, il est décisif, dans la mesure où c’est lui qui établit d’abord le plus nettement la distinction entre le «droit naturel» et le « droit divin » (cf Paul Hazard, La Crise de conscience, p. 189-190): Pufendorf est l’un des principaux chercheurs à l’origine de l’essor de la Kameralistik (les sciences politiques) en Allemagne au XVIIIe siècle.
Qu’est-ce que l’Empire (le Saint-Empire), telle est la question posée par l’auteur dans son De Statu, une génération après la conclusion de la Guerre de Trente ans et la signature des traités de Westphalie (1648). Historiquement –entendons, depuis le IXe siècle–, l’empereur personnifie la seconde «tête» de la chrétienté (societas christiana), aux côtés du pape. Au début de la période moderne, il reste le suzerain théorique des différents pouvoirs répartis dans les frontières du «Saint-Empire de nation germanique», mais il possède aussi directement un certain nombre de territoires qui sont la base de sa puissance «réelle» et qui se trouvent surtout localisés dans la géographie du Danube.
Même si la dignité impériale est pratiquement attachée à la maison de Habsbourg depuis 1439, l’empereur reste en principe un souverain élu par le collège des sept princes-électeurs, laïques ou ecclésiastiques, dont le premier est l’archevêque-électeur de Mayence, primat de Germanie et archi-chancelier d’Empire (2). L’assise politique de l’Empire est située en Allemagne méridionale et sur la vallée du Rhin, avec Francfort/M. (pour l’élection et pour le couronnement), avec aussi avec les villes qui accueillent un certain nombre de diètes (Reichstag) particulièrement importantes, etc.
Certes, l’Empire perdure tout au long de l’Ancien Régime, mais l’avenir s’écrira ailleurs que dans une utopie devant laquelle Charles Quint lui-même finira par abdiquer: il s’agit de la «territorialisation», soit la constitution d’entités politiques qui deviennent pratiquement indépendantes et dont la puissance est assise sur le contrôle d’un certain territoire (on en comptera plus de trois cents à la fin de l’Ancien Régime). Ce sont, d’une part, des principautés laïques, mais aussi les trois archevêchés «rhénans» et, enfin, les villes «libres et impériales», qui sont autant de petites républiques… On remarquera d'ailleurs qu’un nombre important des ces États est aussi soumis à l’élection: en principe, les chapitres élisent les titulaires des sièges de prélats, tandis que les Magistrats urbains sont généralement cooptés. La juxtaposition d’entités politiques multiples, la persistance d’une pratique de l’élection et la disparition de l'unité confessionnelle posent bel et bien la question de l'existence même de l'Empire, mais inscrivent aussi la négociation et la diplomatie dans la tradition politique allemande.
Pufendorf constate dans son livre que la constitution politique de l'Allemagne échappe aux descriptions classiques et normatives héritées de la tradition aristotélicienne: le Saint-Empire combine des éléments relevant des catégories politiques classiques, la monarchie, l’aristocratie et la démocratie, et devient une entité inclassable, «tantum non monstro simile». Il survit pour autant, avec ses propres institutions et fonctions en grande partie issues des dispositions prises à la diète de Worms de 1495: la diète siège de manière permanente à Ratisbonne (Regensburg) à partir de 1663, tandis que la Chambre impériale de justice (Reichskammergericht), d’abord établie à Spire (Speier), est plus tard déplacée à Wetzlar.

Outre celle des fausses adresses, dont la solution relève d’une étude plus précise de bibliographie matérielle (et surtout: quid de Genève? (4)), notre petit volume pose encore bien des questions au bibliographe: pourquoi le choix de Monzambano, que représente la référence à Vérone (3), etc.? Il serait en outre très intéressant de voir comment la problématique de l’état de l’Allemagne et de la signification de l’institution impériale s’impose comme une problématique européenne, et comment le livre de Pufendorf, destiné d’abord au public transnational des clercs, fait très vite l’objet de traductions à partir du latin: en allemand dès 1667, puis en français (1669), etc. Les commentateurs parlent de 300 000 exemplaires des œuvres de Pufendorf diffusés jusqu’en 1710, mais, on le voit, il reste visiblement du travail pour le bibliographe...  
L’exemplaire que nous avons sous les yeux porte une reliure en vélin rigide, du XVIIe siècle. Mention ms sur le dos: «Monzambano de Statu Imper.»; «herman»; «1668 Veronae Giuli». Cachet au titre: «Bibliotheca episcopatus alba-regalensis» (Székesfehérvár / Stuhlweissenburg, dont l’évêché est fondé en 1777). Mention ms d’ex dono [notre ami István Monok nous signale: «Ex dono J[acobi] Kostka ». Il y a énormément de Kostka en territoire allemand ou polonais, et en Hongrie avec la graphie «Kosztka». Je crois que l'inscription est du 17e siècle»]. Notre collègue nous signale aussi, pour préciser le contexte intellectuel, l'intérêt du recueil dirigé par Joseph S. Freedman, Die Zeit um 1670: eine Wende in der europäischen Geschichte, Wiesbaden, Harrassowitz, 2016 ("Wolfenbütteler Forschungen", 142), notamment l'introduction, et l'article de Jan Schröder, "Erneurerung der Rechtswissenschaft im späten 17. Jahrhhundert", p. 213-230.
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Notes
1) Quand les commentateurs, voire les catalogueurs, n’ignorent pas la pratique des fausses adresses, les identifications qu’ils proposent sont pour la plupart directement reprises de Weller (Die Falschen und fingierten Druckorten, p. 176), lequel donne, pour les premières éditions du De Statu, les correspondances suivantes : Vérone = Berlin ; Genève = La Haye ; Eleutheropolis = La Haye ; Utopia = Iena. Nous ne croyons pas un instant à l’hypothèse qui fait identifier dans certains OPAC Eleutheropolis avec Freistadt (Eleutheropolis Tessinensis), hypothèse probablement inspirée de l’étymologie (eleutheros = libre) et reprise par Deschamps.
2) Dans la tradition, le souverain est élu par acclamation du peuple, mais l’élection est accaparée par les grands, puis par les sept princes-électeurs: la Bulle d’or octroyée par Charles IV (1356) confirme de jure ce qui était établi de facto. Dans un deuxième temps, le souverain sera couronné empereur par le pape. L’élection de Charles Quint, en 1519, marque l’apogée de la logique du marchandage entre les grandes familles, mais le couronnement impérial de Bologne, en 1530, sera le dernier à être célébré par le pape.
3) Peut-être une référence implicite à la tradition juridique du droit romain? Monzambano désigne en effet une bourgade à quelques kilomètres du lac de Garde, sur le Mincio et non loin de Vérone. Nous connaissons par ailleurs le petit bourg de Terzolas, dans la région du Val de Trente, alors même que Vérone se place au débouché de ce qui reste le principal itinéraire entre le Saint-Empire et l’Italie (par le col du Brenner). Malgré la concentration des lieux dans la géographie de l'Italie du nord, l'hypothèse d'une référence au droit romain semble pourtant bien compliquée... 
4) Le service de l'inventaire rétrospectif des collections de la BnF, dirigé par Jean-Dominique Mellot et dont nous avions attiré l'attention sur le cas «Monzambano», vient de corriger les fiches des trois exemplaires du De Statu publiés en 1667-1668 et conservés dans l'établissement

dimanche 29 avril 2018

Iconographie du livre et des lecteurs

Nous avons parlé ici même à plusieurs reprises de l’iconographie du livre et de tout ce qui se rapporte au livre, à travers des analyses de tableaux mettant en scène l’Annonciation, le Christ devant les docteurs, le livre qui tombe, ou encore d’autres thèmes –nous avons aussi, à l’occasion, présenté des sculptures, par ex. à propos de la Vierge lisant. Il est d’autant plus agréable pour nous de signaler la conférence tenue sur cette question, au Musée du Prado (Madrid), par notre collègue Madame Maria Luisa López-Vidriero. Comme chacun sait, Madame López-Vidriero est conservateur général des bibliothèques, et elle dirige la Bibliothèque du Palais royal de Madrid. Sa conférence est disponible en ligne.
Mais prenons maintenant, par pur plaisir, un autre exemple de cette même approche, exemple qui ne fera pas partie des somptueuses collections madrilènes: il s’agit du célèbre «Autel de Torgau», peint par Lucas Cranach l’Ancien et aujourd’hui conservé à la Fondation Städel de Francfort. Le tableau, un triptyque, est daté de 1509, et il met en scène La Sainte parenté, formule à entendre comme désignant la famille «large» du Christ: outre les parents, la figure majeure est celle de sainte Anne, qui se serait mariée trois fois, et aurait eu un certain nombre d’enfants, tous liés aux débuts du christianisme. Au centre du volet principal, la Vierge Marie, avec Joseph en arrière sur la gauche; à gauche de la Vierge (à droite pour le spectateur), sainte Anne est en robe rouge, et tient le Christ dans les bras. Au niveau supérieur, trois personnages observent la scène: il s’agit des trois époux de sainte Anne, Joachim, Cléophas et Salomas (Salomé).
© Städelsches Kunstinstitut Frankfurt a/Main, Inv. 1398
En arrière du thème religieux, se profile la dimension politique de l’œuvre: au centre, parmi les époux de sainte Anne, on reconnaît la figure de l’empereur Maximilien, tandis que la famille des princes de Saxe (les Wettin) est elle-même intégrée à la généalogie du Christ. Voici en effet, sur les deux volets du triptyque, les deux demi-sœurs de Marie, et leurs époux: à gauche, Alphée se présente sous la physionomie du prince électeur Frédéric (III) le Sage (1463-1523), le propre patron de Cranach (lequel est peintre de la cour électorale depuis 1504); et, sur le volet de droite, Zébédée a reçu celle du frère et futur successeur de Frédéric (III), le duc Jean (plus tard, Jean Ier le Constant (der Beständige), 1468-1532). Leurs deux enfants, saint Jean l’Évangéliste et saint Jacques le Majeur, jouent à leurs pieds. Par la disposition du tableau, les princes de Saxe proclament leur loyauté à l’égard de l’empereur Maximilien (si l'on s'en tient à la généalogie ici mise en scène, ils sont comme les gendres de l'empereur), en même temps qu’ils participent à la famille mythique du Christ...
Notre propos n’est pas de nous étendre sur les phénomènes dont le célèbre tableau donne implicitement témoignage: le succès du motif de la Sainte Parenté à la fin du Moyen Âge et au début de l’époque moderne, surtout dans les pays allemands, l’importance de la famille large, le statut et le rôle de la femme, voire la présence d’une dimension sacrée dans le cadre de la vie quotidienne.
Mais c’est la figure du duc Jean qui nous retiendra pour finir, avec une perspective touchant à l’anthropologie: dans une architecture antiquisante inspirée des idées humanistes, le duc est assis près d’une fenêtre, dans son somptueux manteau de cour. Il tient ouvert dans les mains un grand volume in-folio, dont la reliure de velours rouge est protégée par une série de boulons de cuivre, et il est plongé dans la lecture. La position du lecteur n’est pas celle, bien plus fréquemment mise en scène, de l’intellectuel, père de l’Eglise ou docteur de l’université, représenté avec un certain nombre de ses attributs (les lunettes…) face à sa table de travail: le duc, confortablement assis, est complètement absorbé dans le volume qu’il tient dans les mains, et aucun autre livre ne se donne à voir dans la pièce. Le thème général du retable laisse à penser qu’il s’agirait d’un texte à caractère religieux, mais le format exclut le petit livre de piété, et l’épaisseur exclut l’hypothèse de la Bible elle-même. Avouons-le, nous pourrions bien plutôt penser à un livre de cour (peut-être même un recueil de généalogie ?): en tous les cas, c’est un objet remarquable, dont la somptuosité illustre la distinction du pouvoir et du prince absolu.
La lecture, bientôt l’organisation d’une bibliothèque et, à terme, son ouverture au public, s’imposent alors peu à peu comme des attributs du pouvoir dans les principautés territoriales modernes. 
 
NB- Attention! La conférence de l'EPHE initialement prévue le 30 avril prochain n'aura pas lieu, par suite de problèmes relatifs à la gestion administrative des salles. 

vendredi 27 octobre 2017

Nouvelle publication

Ex oriente amicitia. Mélanges offerts à Frédéric Barbier à l’occasion de son 65e anniversaire, éd. Claire Madl, István Monok,
Budapest, Magyar Tudományos Akadémia Könyvtár és Információs Központ, 2017,
420 p., ill.
(«L’Europe en réseaux. Contributions à l’histoire de la culture écrite, 1650-1918», VII).
ISBN, 978-963-7451-31-7

István Monok, «Frédéric Barbier, un historien du livre qui sait où se trouve l’Europe centrale»
Sándor Csernus, «Naissance d’un adage flexible et aujourd’hui de retour: ‘la Hongrie, rempart de la chrétienté’»
Attila Verók, «Der Bibliothekskatalog als historische Quelle für die Ideengeschichte? Realität, Schwirigkeiten, Perspektiven, an einem Beispiel aus Siebenbürgen»
Ágnes Dukkon, «Le cheminement dans l’Europe des XVIe et XVIIe siècles du Calendrier historial, un type de publication populaire»
Ildikó Sz. Kristóf, «Anthropologie dans le calendrier: la représentation des curiosités de la nature et des peuples exotiques dans les calendriers de Nagyszombat (Trnava), 1676-1773»
István Monok, «L’aristocratie de Hongrie et de Transylvanie aux XVIIe et XVIIIe siècles et le ‘livre pour tous’»
Martin Svatos, «La Bibliotheca bohemica et la Nova collectio scriptorum rerum Bohemicarum de Magnoald Ziegelbauer, OSB. Un regard extérieur sur l’histoire et l’historiographie du royaume de Bohème »
Marie-Élisabeth Ducreux, «Qu’est-ce qu’un propre des saints dans les « pays de l’empereur » après le concile de Trente? Une comparaison des livres d’offices liturgiques imprimés aux XVIIe et XVIIIe siècles»
Claire Madl, «Langue et édition scolaire en Bohême au temps de la réforme de Marie-Thérèse. Retour sur une grande question et de petits livres»
Olga Granasztói, «Éloge du roi de Prusse. Les connotations politiques d’un succès de librairie: la Hongrie et la Prusse entre 1787-1790»
Olga Penke, «La traduction hongroise de La Nouvelle Héloïse. Un transfert culturel manqué»
Doina Hendre Biró, «Le contexte politique et les conditions d’achat de l’ancienne imprimerie des jésuites par Ignace Batthyány, évêque de Transylvanie»
Andrea Seidler, «Aubruchstimmung. Die Gründung des preßburgischen Ungarischen Magazins (1781-1787). Versuch einer Dokumentation»
Norbert Bachleitner, «Die österreichische Zensur, 1751-1848»
Eva Mârza, Iacob Mârza, «Le catalogue de la bibliothèque des thélogiens roumains de Budapest, 1890-1891»

vendredi 29 septembre 2017

La bibliothèque d'une ancienne résidence

En Allemagne du nord, le Holstein est un pays de conquête: d’abord occupée par les Slaves, la région est progressivement christianisée avec la fondation d’un archevêché de mission à Brême et à Hambourg. L’évêché d’Oldenburg (Holst.) est créé dans la seconde moitié du Xe siècle, avant d’être déplacé à Lubeck en 1163. La colonisation du pays par les Saxons est alors en cours, et l’évêque installe sur le site d’Eutin des émigrés venus des Pays-Bas. La ville, qui accueillera le prince-évêque à la suite de son départ de Lubeck, reçoit le statut municipal en 1257.
À la suite de la Réforme (1560), le pouvoir passe à la dynastie ducale des Holstein-Gottorf, qui prennent le titre de «princes-évêques» –un cas unique dans la géographie de l’Allemagne luthérienne. La petite principauté réussira à perdurer jusqu’en 1806, en profitant des luttes d’influence entre ses puissants voisins, le Danemark et la Suède, puis la Russie. Dans l'intervalle, les Holstein-Gottorf sont aussi montés sur le trône d'Oldenburg (1773), aujourd'hui en Basse-Saxe.
Carte du Holstein, dans le Theatrum d'Ortelius, 1603
(Nota: la carte tirée du Theatrum orbis terrarum d'Ortelius au début du XVIIe siècle permet de localiser les deux duchés de Schleswig et de Holstein, au nord de l'Elbe. On repère aisément les villes de Hambourg et de Lubeck, qui tiennent les débouchés respectivement sur la mer du Nord et sur la Baltique. Oldenburg (Oldenborch) et Eutin (Oytin) sont situées au nord de Lubeck).

Dans un agréable environnement semé de lacs, la ville historique d’Eutin a ainsi pu conserver les caractéristiques qui sont celle d’une «ville de résidence»: d’un côté, le château, ancienne forteresse réaménagée à l'époque moderne, et son quartier; de l’autre, la ville, organisée autour de la place du marché; enfin, les parcs princiers, eux-mêmes adossés au lac. L’architecture fait une large place à la brique, avec un très bel ensemble de maisons à colombages.
Bien évidemment, les princes-évêques possédaient une petite bibliothèque privée installée au château, et ils l’enrichissent tout particulièrement à l’époque des Lumières (ce qui explique l’importance des titres en français). Cependant, lorsque la principauté est réunie au grand-duché d’Oldenburg, le souverain tend à s’installer à demeure dans cette dernière ville: Eutin conserve le statut de résidence estivale, mais la première bibliothèque publique est effectivement fondée à Oldenburg en 1792.
Au début du XIXe siècle, le souverain souhaite créer une seconde bibliothèque publique dans sa résidence d'Eutin. Le fonds sera constitué par la réunion de trois bibliothèques privées, dont celle des princes-évêques de Lubeck, et la bibliothèque ouvre au public en 1837. Elle comptera quelque 30 000 volumes à la veille de la Première Guerre mondiale. Depuis 1994, elle est installée dans l’ancienne «Kavalierhaus», face au château. Le fonds ancien est tout particulièrement riche pour le XVIIIe siècle, avec comme points forts l’histoire et la géographie de la région, mais aussi la littérature des Lumières et les récits de voyages –la bibliothèque abrite d’ailleurs un centre d’études spécialisé dans ce dernier domaine. Une bibliothèque de lecture publique (Kreisbibliothek) existe parallèlement.

Notice sur la bibliothèque d’Eutin dans le Handbuch de Bernhard Fabian :
http://fabian.sub.uni-goettingen.de/fabian?Eutiner_Landesbibliothek
Site de la Landesbibliothek d'Eutin:
http://www.lb-eutin.de/index.php?id=291
Colloque e 2017 consacré aux «voyages bibliographiques»:
http://histoire-du-livre.blogspot.de/2017/08/colloque-dhistoire-du-livre_23.html 

Le château des princes-évêques, dans un ancien site fortifié

mercredi 23 août 2017

Colloque d'histoire du livre

Tagung „Bibliotheksreisen“
Vorläufiges Programm

Eutiner Landesbibliothek
Mittwoch, 27. September 2017
Anreise der TeilnehmerInnen


Donnerstag, 28. September 2017
09:30
Eröffnung der Tagung
Grußworte: Landrat Reinhard Sager; Dr. Frank Baudach, Leiter der Eutiner Landesbibliothek

Einleitung: Prof. Dr. Axel E. Walter, Leiter der Forschungsstelle für historische Reisekultur
10:15  Eröffnungsvortrag Prof. Dr. Konrad Vössing (Universität Köln): "Bibliotheksreisen in der Antike"
11:00  Kaffeepause
11:30  Prof. Dr. Andris Levans (Universität Riga, Lettland): Sequntur libri quondam archiepiscopi Rigensis. Zur Büchersammlung Friedrichs von Pernstein – Unterwegs zwischen Avignon und Riga im 14. Jahrhundert"
12:15 Prof. Dr. Hans-Walter Stork (Erzbischöfliche Akademische Bibliothek Paderborn): [über Nikolaus von Kues]
13:00 Mittagspause

14:30 Prof. Dr. Anthony Bale (Birkbeck, University of London, Vereinigtes Königreich): "The Pilgrim’s Library project: Books and Reading on the Medieval Route to and from Jerusalem and Rome"
15:15 Martin Schaller / Jan Rörden (Austrian Institute of Technology, Wien): "Fremdwahrnehmungen in Reiseberichten 1500-1875: Eine Projektskizze"
16:00 Kaffeepause
16:45 Dr. Thomas Stäcker (Herzog August Bibliothek, Wolfenbüttel): "Von größter Wichtigkeit muss es sein, uns den Bibliothekar geneigt zu machen. Hilfestellungen zu erfolgreichen Bibliotheksreisen in der Frühen Neuzeit"
18:00 Stehempfang
19:30 öffentlicher Abendvortrag (Kreisbibliothek Eutin)
Prof. Dr. Drs. h.c. em. Klaus Garber (Universität Osnabrück): "Reisen in die Schatzhäuser des Geistes. Eindrücke und Ergenisse aus drei Jahrzehnten Forschungsreisen in die Bibliotheken Mittel- und Osteuropas"


Freitag, 29. September 2017
09:30 Prof. Dr. István Monok (Universität Szeged, Ungarn): "Frühneuzeitliche Berichte ungarländischer Studenten über Besuche europäischer Bibliotheken"
10:15 Prof. Dr. Włodomierz Zientara (Universität Toruń, Polen): "[Polnische Bibliotheksreisende in der Frühen Neuzeit]
11:00 Kaffeepause
11:30 Mag. Mariusz Brzeziński (Czartoryski Bibliothek Krakau, Polen): "Reisende polnische adlige Frauen im 18. Jahrhundert und ihre Kuriositätensammlungen"
12:15 Prof. Dr. Arvydas Pacevičius (Universität Vilnius, Litauen): "From curiosities to scholarly communication: Library travels and enlightenment. The case of Lithuania"
13:00 Mittagspause

14:30 Samuel Karp (Universität Hamburg): "Eine Apotheke des Geistes. Die Nürnberger Stadtbibliothek als interkonfessioneller Raum in einer jesuitischen Reisebeschreibung (1660)"
15:15 Prof. Dr. Attila Verók (Károly-Eszterházy-Universität Eger/Erlau, Ungarn): [über die Bibliotheksreisen des siebenbürgisch-sächsischen Universalgelehrten Martin Schmeizel (1679-1747)]
16:00 Kaffeepause
16:30 PD Mag. Dr. Thomas Wallnig (Universität Wien, Österreich): "Benediktinergelehrte auf Bibliotheksreise: Bernhard und Hieronymus Pez unterwegs in Österreich und Oberdeutschland, c. 1710-30"
17:15 Prof. Dr. Dr. h. c. Frédéric Barbier (Paris): "Die Bibliotheken in der „Literarischen Reise“ von den Mauristen (Voyage littéraire de deux religieux bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, Paris, 1717-1724, 3 Bde.)"
18:00 Bibliotheksführung
19:00 Gemeinsames Abendessen


Samstag, 30. September 2017
09:30 Dr. Winfried Siebers (Universität Osnabrück): "Die „Literarischen Reisen“ von Georg Wilhelm Zapf"
10:15 Dr. Jost Eickmeyer (Freie Universität Berlin): "Professionelle Bücherjagd im 17. und 19. Jahrhundert. Bollandisten und MGH-Mitarbeiter als Bibliotheksreisende in Italien"
11:00 Kaffeepause
11:30 PD Dr. Andreas Keller (Universität Potsdam): "Reisebibliothek und Bibliotheksreise: Erudition und Mobilität im Zweiten Kaiserreich (1871-1914)"
12:15 Abschlussdiskussion
13:00 Ende der Tagung

vendredi 4 août 2017

Colloque d'histoire du livre

Jahrestagung des Wolfenbütteler Arbeitskreises
für Bibliotheks-, Buch- und Mediengeschichte

Reformation und Bücher:
Zentren der Ideen, Zentren der Buchproduktion 

Wolfenbüttel, 25. bis 27. September 2017

Zahlreiche Konferenzen und Publikationen beschäftigten sich vor allem anlässlich des Luther-Jahres mit den Zentren der Reformation, mit den sie gestaltenden Persönlichkeiten und den Strategien der Zusammenarbeit zwischen den Akteuren und den Druckern/Verlegern. Die neue Kommunikationspolitik der Reformation wurde und wird intensiv diskutiert.
Doch wir haben bislang keine ausreichenden, die einstigen Grenzen übergreifenden Informationen darüber, welchen Einflüssen sich die thematische Ausrichtung der Bucheditionen in den jeweiligen Zentren verdankte, wann und wie sich die den humanistischen Ideen folgende Editionspraxis veränderte und auf eine neue, in Fragen der Konfession Stellung beziehende Richtung zusteuerte.
Wir wissen nicht, wie sich dieser Wandel in den produktiven Zentren (Wittenberg, Heidelberg, Zürich, Basel und in anderen Universitätsstädten) und in den die Einflüsse rezipierenden Kulturen vollzog (beispielsweise in Schlesien, im Baltikum, im Königreich Ungarn und in Siebenbürgen).
Wie hat die katholisch geprägte Welt auf diese Herausforderung reagiert? Was hat sie von der humanistischen Tradition erhalten, was von protestantischer Seite adaptiert? Worin blieb sie orthodox, veränderungsresistent? Wie hat sich die Buchproduktion zum Beispiel in Wien entwickelt, nach dem Tod dort agierender, in ihrem Leseverhalten als tolerant einzustufender Gelehrter und Theologen? Wie haben sich die Lesestoffe in der Umgebung des Hofes verändert? Wie wirken sich die Veränderungen, die Trident hervorrief, auf das jeweilige geistige Umfeld von Seiten der Buchproduktion und Rezeption aus?
Die rasche Rekatholisierung in Europa verdankte sich politischen Kräften: Wie zeigt sich dieses Machverhältnis nun in der Buchgeschichte?
Die Reaktion von protestantischer Seite auf die erstarkende, sich neu definierende katholische Kirche und deren Buchproduktion und Kulturpolitik entwickelte sich in zwei Richtungen: in eine tolerante und in eine orthodoxe. Es stellt sich die Frage, welchen der Wege die Zentren wählten. Wie verfuhr die tolerante Ausrichtung mit dem Erbe des Humanismus? Kam es zu einer Wiederbelebung? Wie ist es um späte humanistische Bewegungen bestellt?
Dies sind die Fragen, wie wir gerne in der zweitägigen, internationalen Konferenz erörtern würden.
La Bibelsaal, où se tiendra le colloque

Moderation und Tagungsorganisation:
Prof. Dr. Andrea Seidler (Wien) und Prof. Dr. István Monok (Budapest) 

Programm
Montag, 25.09.2017
13:30–14:00 Begrüßung (Dr. Sven Kuttner, München; Prof. Dr. Andrea Seidler, Wien)
14:00–14:45 Die Zürcher Buchkultur im 16. Jahrhundert (Urs Leu, Zürich)
14:45–15:30 Die Paratexte der frühreformatorischen Drucke am Oberrhein (1517- 1550) und deren Produktion und Rezeption in Humanistischen Kreisen (Valentina Sebastiani, Wolfenbüttel)
15:30–16:00 Kaffeepause
16:00–16:45 Buchstadt Straßburg im Spannungsfeld der Reformation, 1517- 1538/1541 (Frédéric Barbier, Paris)
18.00 Sitzung des Geschäftsausschusses (Leibnizhaus) 

Dienstag, 26.09.2017
09:00–09:45 „Like arms and weapons“. Jesuit book production in Catholic Reformation Age (Natale Vacalebre, Philadelphia)
09:45–10:30 Reformation in Wien und die damit zusammenhängenden Drucke (Karl Vocelka, Wien)
10:30–11:00 Kaffeepause
11:00–11:45 Ein Reformator aus Innerösterreich: Primus Truber und der südslawische Buchdruck (Karl Schwarz, Wien)
11:45–12:30 Blotius Digital: Skizzen einer digitalen Katalogedition zum Frühbestand der Hofbibliothek (Martin Krickl, Wien)
12:30–14:00 Mittagspause

14:00–14:45 Änderungen der thematischen Zusammenstellung ungarländischer Schulbibliotheken im ersten Jahrhundert der protestantischen Reformation (István Monok, Budapest)
14:45–15:30 Die Osmanen unterstützen die Evangelischen? Über die Reformation unter der Türkenherrschaft (von Melanchthon bis Bullinger) (Zoltán Csepregi, Budapest)
15:30–16:00 Kaffeepause
16:00–16:45 Schlesische Buchproduktion im Jahrhundert der Reformation (Detlef Haberland, Oldenburg)
ab 18:00 kleiner Empfang

Mittwoch, 27.09.2017
09:00–10:00 Nachwuchsforum: Ausgelesen, abgestempelt, aufgespürt. NS-Bestände in oberfränkischen Universitätsbibliotheken
(Tessa Sauerwein, Bamberg)
10:00–10:30 Kaffeepause
10:30–11:15 „Im Lichte des Evangeliums“ – Quellen zur Reformationsgeschichte in Livland aus der 1524 gegründeten Bibliotheca Rigensis (Aija Taimina, Riga)
11:15–12:00 Abschlussdiskussion

mercredi 12 juillet 2017

Une bibliothèque d'université aux XVIe-XVIIIe siècles

L’exposition qui se déroule actuellement à Orléans (Archives départementales du Loiret) sur les débuts du protestantisme dans la région met fort justement l’accent sur le rôle de la Nation Germanique de l’Université dans le processus de transfert.
Rappelons que les écoles de droit existent à Orléans au moins depuis 1235 (la bulle Semper specula avait interdit, en 1219, l’enseignement du droit civil à Paris), et qu’elles sont élevées au rang d’université par la bulle Inter cetera de 1306. Elles jouent dès lors le rôle de double faculté de droit pour les Parisiens, le droit canon (on est doctor decretorum) et le droit civil (avec le titre de doctor legum, ou, le cas échéant, de doctor utriusque, alias docteur dans les deux droits).
Reliure aux armes de la Nation Germanique (Bibliothèque d'Orléans)
Dans les universités médiévales, les étudiants sont répartis en «Nations», dont le nombre est d’ailleurs variable: la Nation Germanique d’Orléans regroupe ceux qui viennent de la géographie du Saint-Empire, peu à peu élargie aux «anciens Pays-Bas» (jusqu’en Artois) et aux régions germanophones hors l’Empire (notamment les cantons suisses). Elle constitue longtemps la «nation» la plus nombreuse à Orléans, avant d’entrer peu à peu en décadence, surtout à la suite de l’édit de Fontainebleau. Le dernier étudiant «germanique» quitte Orléans en 1734. Quant à l’Université elle-même, elle est dissoute en 1793…
La Nation Germanique possède peut-être une dizaine de livres au début du XVIe siècle, et l’institutionnalisation de sa bibliothèque se fait à partir de la décennie 1560. Le projet prend corps lorsque le procurateur Obertus Giphanius et son confrère Hugo Blotius s'en chargent. Mais la décision est difficile, comme le souligne Giphanius: «Tantae molis erat Germanos condere libros» (Deuxième Livre, p. XLV). L'argument qui l'emporte intervient lorsque les tout-puissants docteurs-régents de l’Université déclarent mettre à la disposition de la Nation, pour sa bibliothèque, une «pièce située au-dessus de la chambre de la librairie» , rue de l’Escripvainerie, juste sous l’horloge de l’Université.
Pourtant, une visite sur les lieux convainc la Nation de ce que le local est inapproprié. En novembre 1566, les livres sont donc d’abord rangés dans la maison du pharmacien Charles d’Aise, bedeau (pedellus) de la Nation. Puis ils seront transférés un temps dans la maison du nouveau procurateur, Georgius Korman ab Menneburg (1567). Par la suite, les livres reviendront  dans la maison du bedeau, où l’on estime qu’ils seront plus en sécurité (2 oct. 1567: à la suite de la prise de la ville par les Protestants).
En 1571, le bedeau se plaint de ne plus pouvoir conserver la bibliothèque chez lui, et les livres sont transportés chez le procurateur Christophorus Schell, avant que la Nation ne décide de louer une pièce (cubiculum) dans la maison de son messager, le tailleur Martinus Antonius, de Nimègue. L’assemblée du 7 juin 1572 met en place les premiers statuts de la bibliothèque. En 1580, celle-ci est déménagée dans la maison que le tailleur Blanchet occupe dans l’enceinte de l’église Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, rue de l’Université. Elle est alors confiée à un assesseur-bibliothécaire, Maximilianus Martinus Stella, tandis qu’un règlement est promulgué (1582). Dans le même temps, le fonds s’élargit progressivement au-delà du seul domaine des sciences juridiques.
En 1585, la bibliothèque déménage à nouveau, pour s’installer chez Vrain-Moireau, cordonnier, au coin des rues de Bourgogne et des Gobelets, au premier étage. La pièce sert aussi aux réunions de travail pour l’administration et pour l’enregistrement des nouveaux membres inscrits à la Nation.
Il est fascinant de voir la Nation Germanique publier, en 1664, un premier catalogue de sa bibliothèque – jusque là, les catalogues étaient restés manuscrits:
Catalogus librorum qui Aureliae in Bibliotheca Germanicae Nationis extant, éd. Emmichius Nedergordius, Orléans, Antoine Rousselet, 1664.
Il s’agit d’une plaquette de quelque 80 pages, dans laquelle les livres sont présentés systématiquement, et sous-classés par formats – ce qui correspond bien évidemment au classement topographique dans la salle. Le catalogue est introduit par une citation de Juste Lipse (Syntagma de bibliothecis), puis par la préface du Sénat de la Nation Germanique, et par une dédicace au bibliothécaire, Emmerich Neelergord. La présentation du catalogue montre que les volumes étaient très certainement rangés sur des rayonnages, sauf quelques-uns de format trop grand, disposés sur des tables et des pupitres, à côté de deux globes (céleste et terrestre) et d'une sphère armillaire.
Le contenu de la bibliothèque, soit quelque 2100 titres, se signale désormais par sa diversité: la section la plus riche est certes toujours celle du droit (780 titres), mais elle est désormais suivie par la littérature (plus de 500 titres), et par la théologie Nous reviendrons, dans notre prochain billet, sur la présence d’un certain nombre de titres remarquables dans les collections de la Nation Germanique...

Rappelons que es registres conservés ont fait l'objet d'une édition scientifique particulièrement précieuse:
Les Livres des procurateurs de la nation germanique de l’ancienne université d’Orléans, 1444-1602.
Tome I. Premier livre des procurateurs, Leiden, Brill.
Première partie, Texte des rapports des procurateurs [AD Loiret, D 213], éd. Cornelia M. Ridderikhoff, Hilde De Ridder-Symoens, 1971.
Seconde partie, Biographies des étudiants, éd. Detlef Illmer, Hilde De Ridder-Symoens, Cornelia M. Ridderikhoff,
Vol. I, 1444-1515, 1978.
Vol. II, 1516-1546, 1980.
Vol. III. Tables, additions et corrections, illustrations, 1985.
Deuxième livre des procurateurs de la nation germanique de l’ancienne université d’Orléans, 1546-1567. Première partie, vol. I [II], éd. Cornelia M. Ridderikhoff, Leiden, Brill, 1988 [la deuxième partie n'a pas été publiée].
Troisième livre des procurateurs de la nation germanique de l’ancienne université d’Orléans, 1567-1587. Texte des rapports des procurateurs, éd. Hilde De Ridder-Symoens, Cornelia M. Ridderikhoff, Leiden, Boston, Brill, 2013.
Quatrième livre des procurateurs de la nation germanique de l’ancienne université d’Orléans, 1587-1602. Texte des rapports des procurateurs, éd. Hilde De Ridder-Symoens, Cornelia M. Ridderikhoff, Leiden, Boston, Brill, 2015.

mercredi 14 juin 2017

Journée d'études sur l'histoire de la Réforme

Aspekte der Reformationsforschung
Zur Wirkung der Reformation im deutsch-französischen Grenzgebiet 

Öffentliche Tagung in der
Stadtbibliothek Trier
Freitag, 23. Juni 2017

 
Vorträge:
10:00 Uhr
Prof. Dr. Claudine Moulin (Trier):
„Martinus Luther D – Zur Sprach- und Kulturgeschichte einer Unterschrift“

11:00 Uhr
Prof. Dr. Wolfgang Schmid:
„Katholiken und Protestanten in Trier: Alltag und Fest im Kulturkampf“

Mittagspause

14:30 Uhr
Prof. Fréderic Barbier (Paris):
„Die Anfänge der Reformation in Frankreich: kulturelle Transfers und Buchgeschichte, 1517 – 1523“

Führung
15:30 Uhr
Führung durch die Ausstellung „Caspar Olevian, die Reformation und Trier“
mit Prof. Dr. Gunther Franz

Ausstellung
Das Jahr 2017 steht im besonderen Fokus des 500-jährigen Reformations- festes. Dabei soll auch an das Wirken des aus Trier stammenden Reformators Caspar Olevian und an die Spuren der Reformation in Trier erinnert werden.
Die Ausstellung „Caspar Olevian, die Reformation und Trier“ ist eine Kooperation von Stadtbibliothek Trier, Universität Trier, Trier Center for Digital Humanities (TCDH) an der Universität Trier, Wissenschaftsallianz Trier e.V., Caspar-Olevian-Gesellschaft e.V. sowie Evangelischem Kirchenkreis Trier.
Begleitet und erweitert wird die analoge Ausstellung durch das virtuelle Caspar Olevian Portal (www.caspar-olevian-portal.de), auf dem sich neben den Exponaten umfangreiche weitere Informationen zum Leben und Wirken des Trierer Reformators finden.
Die Ausstellung im Foyer der Stadtbibliothek ist Montag bis Freitag von 9 bis 17 Uhr und Samstag bis Sonntag von 10 bis 17 Uhr geöffnet (Freitag, 7. April 2017, bis Dienstag, 4. Juli 2017). Der Eintritt ist frei. Der aufwendig gestaltete Begleitband zur Ausstellung Caspar Olevian, die Reformation und Trier – Katalog zur Ausstellung in der Stadtbibliothek Trier zum 500. Reformationsjubiläum 2017 und zur virtuellen Ausstellung im Rahmen des Caspar-Olevian-Portals, herausgegeben vom Evangelischen Kirchenkreis Trier, mit Beiträgen von Gunther Franz, Vera Hildenbrandt und Andreas Mühling, ist ab sofort über den Buch- handel zu beziehen und kostet 19,90 Euro. 

Performance
18:00 Uhr Liquid Penguin Ensemble:
DER FALL SOLA
Neueste Sendbriefe vom Dolmetschen
Martin Luther hat vor 500 Jahren die Bibel in verständliche deutsche Sprache übersetzt. Interpretation war dazu notwendig – die immer auch falsch liegen kann – und ein großer Vorrat an neuen Wörtern für Dinge und Zusammenhänge, die das Deutsche zuvor noch nicht hat ausdrücken können. Inspiriert von Luthers Sendbrief vom Dolmetschen hat das Liquid Penguin Ensemble eine Performance zum Reformationsjubiläum 2017 entwickelt und schlägt darin den Bogen bis in unsere vielsprachige europäische Gegenwart: vier Musikerinnen und Musiker, eine Sprecherin und n live-Zeichner erschaffen – unterstützt von einem Chor – ein vergnügliches sprachlich-musikalisch- bildliches Übersetzungsspiel, das viele der in Europa erklingenden Sprachen einbezieht.
mit Monika Bagdonaite (Viola), Julien Blondel (Violoncello), Stefan Scheib (Komposition, Kontrabass, Zuspiel), Kaori Nomura (Piano/Flügel), Katharina Bihler (Text, Stimme), Klaus Harth (live- Zeichnung) und Chorsängerinnen und -Sänger aus Trier; Holger Stedem (Sounddesign), Ulrich Schneider (Licht/Raum), Marcus Droß (dramaturgische Beratung)

Stadtbibliothek und Stadtarchiv Trier Weberbach 25
54290 Trier
Tel: 0651 718 1429
Fax:0651 718 1428
E-Mail: stadtbibliothek@trier.de  
www.stadtbibliothek-weberbach.de

dimanche 4 juin 2017

1517-1521: le nouvel ordre des médias

Que la Réforme protestante constitue un phénomène étroitement lié à l’utilisation du nouveau média de la typographie en caractères mobiles est une caractéristique déjà reconnue par les contemporains eux-mêmes. Le point est repris par beaucoup d’auteurs sous l’Ancien Régime et au XIXe siècle, tandis que les travaux conduits par Elisabeth Eisenstein à partir de la décennie 1970 ont permis d’actualiser cette problématique (Elisabeth Eisenstein, The Printing Revolution in early modern Europe, Cambridge, 1983).
Aujourd’hui, le modèle développé par les historiens du livre articule deux axes principaux d’analyse: si le rôle déterminant du média de l’imprimé est effectivement reconnu, c'est dans une perspective qui met l'accent sur la dynamique de la transformation. De fait, l’irruption de la Réforme introduit dans une large mesure à l’instauration d’une nouvelle «économie des médias». Parmi les caractéristiques majeures de celle-ci, la plus importante réside dans la montée en puissance des Flugschriften, et dans l’émergence rapide d'un espace public que l'on pourrait à bien des égards dire moderne, en ce sens qu'il est articulé autour de l'imprimé. Encore une fois, les contemporains en prennent conscience très rapidement, qui entreprennent de mobiliser systématiquement les techniques de la médiatisation nouvelle, au service, d’abord, de la cause réformée –bientôt aussi au service de ses adversaires, tenant de l’orthodoxie romaine (on pense ici tout particulièrement à Thomas Murner).
Pour autant, un versant spécifique de la problématique est resté curieusement négligé par l'histoire du livre: il s’agit de la question des transferts culturels. Nous n’avons pas à revenir ici sur la problématique générale d’un modèle épistémologique qui, depuis quelques décennies, s’est imposé dans la recherche historique. Si l’écrit, l’imprimé et les médias jouent un rôle décisif dans le fonctionnement même des processus de transferts culturels, il n’en reste pas moins que la problématique de la diffusion des mouvements de Réforme apparus en Allemagne, mais aussi en Suisse, etc., au début du XVIe siècle, n’a pas été réellement envisagée à cette aune.
Le phénomène est pourtant au moins ambivalent. Reprenons la chronologie: nous sommes, d’abord, devant un projet de réforme conduit à l’intérieur de l’Église, par des clercs dont la principale langue d’expression est le latin. L'objet de la discussion, autrement dit les différentes thèses de Luther, n'est pas au sens propre un objet «étranger», lorsqu'il est soumis au tribunal de Sorbonne, en 1520-1521: les pièces en latin circulent sans difficultés dans le monde des universitaires et des clercs, et elles seront même le cas échéant reproduites par des imprimeurs parisiens. La controverse se développe pour la plus grande partie dans un cadre transnational.
La Detrminatio de 1521, éd. parisienne
Mais très rapidement, le glissement s’opère: non seulement les liens avec Rome sont désormais rompus, mais Luther et son entourage tendent à s’adresser directement à l’«homme du commun» et donc à s’exprimer en vernaculaire. Alors même que la primauté du siège de Rome est remise en cause, la dimension révolutionnaire du choix de la langue ne peut pas être sous-estimée: permettre à chacun de lire les textes sacrés revient à supprimer la médiation du clerc, donc implicitement à abandonner la tripartition traditionnelle de la société et à engager la disparition du clergé en tant que premier ordre. Dès lors, on comprend pourquoi la condamnation par la Faculté de Paris ne devrait pas faire de doute: en ce début du XVIe siècle, la Faculté n'est-elle pas toujours détentrice de l'autorité morale de la chrétienté, et ne constitue-t-elle pas une véritable école professionnelle supérieure, chargée de fournir à l'Église universelle des théologiens parfaitement formés? La condamnation ouvre bientôt le temps de la répression, et les premiers bûchers s'allument devant Notre-Dame dès 1523...
Arrêtons-nous ici simplement sur le seul problème linguistique posé dans le cadre des transferts: quel sera le retentissement possible de textes publiés en vernaculaire (en allemand), dès lors que l’on abordera une géographie extérieure au monde germanophone? La question vaut tout particulièrement pour la France, où l’allemand reste, en ce début du XVIe siècle, une langue  très peu répandue en dehors des cercles d’immigrés, lesquels sont surtout présents dans les milieux de l’université, du négoce et, bien sûr, de l’imprimerie et de la librairie…
Lorsque Pantagruel rencontre pour la première fois Panurge, sur la route du pont de Charenton, celui-ci lui semble être un mendiant et lui répond d’abord en allemand, qualifié de «barragouin» inintelligible: À quoy respondit Pantagruel: «Mon amy, je n'entens poinct ce barragouin; pour tant, si voulez qu'on vous entende, parlez aultre langaige…» À Wittenberg comme dans d'autres villes allemandes, et comme à Paris et à Lyon, l'élargissement du public des lecteurs et l'essor de la médiatisation moderne ouvrent désormais aussi le temps des traducteurs, d'une autre réflexion sur le fonctionnement de la langue –et de la mise en place de «librairies» qui deviendront progressivement des «librairies» nationales. On le voit, il est difficile de sous-estimer l'importance des conséquences induites par la nouvelle économie qui est celle du livre réformé.

vendredi 17 mars 2017

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études,
IVe section 
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 20 mars 2017
16h-18h
Réguler le média: contrefaçon, censure et privilège
dans le Saint-Empire, de la «première révolution du livre»
à la Réforme luthérienne (1455-1522),
par
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études

L’expansion rapide de la typographie en caractères mobiles dans les villes allemandes à partir de 1455 marque le temps d’une «révolution du livre» dans laquelle l’innovation se propage successivement sur tous les différents plans. Revenons un moment sur sa typologie, en rappelant l’antériorité de l’innovation de procédé, à laquelle succède l’innovation de produit. Mais il apparaît peu à peu évident que c’est une nouvelle branche d’activités qui se met en place dans son ensemble, et qui bouleverse en profondeur les modes de fonctionnement des sociétés occidentales: l’innovation concerne aussi les pratiques du travail intellectuel et de la lecture, de même que celles des nouveaux professionnels du livre.
La production en nombre croissant de documents imprimés de toutes sortes, livres proprement dits, pièces, plaquettes, images, etc., implique à moyen terme la mise en place de structures adaptées de diffusion: à côté des foires, des pratiques de démarchage et autres, les librairies de détail apparaissent peu à peu dans les premières décennies du XVIe siècle. Bien évidemment, les pratiques de lecture sont modifiées en profondeur par ces phénomènes très complexes.
Mention de privilège octroyé par la ville de Leipzig, 1518

Un domaine particulier doit encore être pris en considération, souvent négligés des historiens du livre, et qui est celui de la régulation: l’invention du nouveau média se fait d’abord dans une logique de complète liberté, mais, bientôt, le besoin se fait sentir, d’encadrer la production –et la diffusion– des imprimés. Les contrefaçons sont rapidement légions, qui permettent de re-produire à moindres frais d’éventuelles publications à succès (l’exemple du Narrenschiff, la Nef des fous, est à cet égard bien connu). En réaction, les professionnels sont attentifs à renforcer la protection de leurs investissements, en cherchant à obtenir des privilèges qui leur assurent l’exclusivité pour un titre ou pour un ensemble de titres dans une géographie donnée et pendant un délai plus ou moins long.
Si les auteurs sont surtout sensibles à une forme de droit moral (certains auteurs à succès ne veulent pas se voir attribuer des textes qui ne sont pas d’eux), les intérêts de l’Église et des pouvoirs politiques interviennent aussi. Les autorités religieuses, à commencer par la papauté, mais aussi les prélats (archevêques et évêques) et certaines universités, cherchent à empêcher la production et la diffusion de textes qu’elles estiment subversifs, mais, pour appliquer leurs décisions, elles doivent généralement faire appel aux pouvoirs séculiers. Ces derniers, de leur côté, sont soumis à des concurrences complexes, tandis que le contrôle des publications est de plus en plus perçu comme un élément de la puissance territoriale.
La conférence se penchera sur le cas particulier qui est celui du Saint-Empire et des pays germanophones, comme constituant autour de 1500 la géographie de l’imprimé par excellence (celle où l’invention est née, et celle où la production est alors la plus importante), mais aussi la géographie où apparaissent d’abord les phénomènes liés à la Réforme luthérienne et à son articulation avec la «publicité» –entendons, avec la médiatisation moderne.

Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (190 avenue de France, 75013 Paris, 1er étage).

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).