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vendredi 28 juin 2019

La parole en images

L’image est fixe et se donne à voir, quand la parole est fluide, et se donne à proférer et (ou) à entendre. Dans un article suggestif relatif au Moyen Âge classique (les XIIe et XIIIe siècles), Isabelle Toinet souligne que le premier stade de visibilité de la parole réside dans la représentation de la bouche ouverte, ou d’un certain geste de la main, ou encore d’un phylactère.
La visite du magnifique Musée Unterlinden de Colmar nous propose plusieurs exemples venant à l’appui de cette typologie. Dans les années 1520, le retable de Kientzheim, attribué au «Maître HSR», met ainsi en scène quatre épisodes de la vie du Christ, dont la représentation de l’enfant âgé de douze ans et discutant avec les docteurs du Temple (voir aussi ici). L’épisode est rapporté par l’apôtre Luc (2, 42-49): ici, le jeune garçon est assis dans la chaire dominant l’assemblée et d’où, le livre ouvert devant lui, il tend l’index droit vers les auditeurs. C’est la gestuelle qui parle, d’autant plus que la bouche du Christ reste close –peut-être parce que, comme le suggère Isabelle Toinet, la représentation de la bouche ouverte «exprime souvent un rang social inférieur, une nature mauvaise ou méchante» (Musée Unterlinden, Legs Fleischhauer, S8.24).
L’hypothèse est confirmée par une autre représentation de la même scène figurant sur un panneau du retable des Dominicains (Musée Unterlinden, 88.RP.453: atelier de Schongauer, vers 1480): les deux personnages qui ouvrent la bouche sont effectivement deux docteurs, donc connotés de manière négative, et l’un d’eux semble même tirer la langue.
Bien entendu, un autre procédé permettant de rendre visuellement le déroulé du discours est fourni par l’utilisation de phylactères. Le même retable nous en offre une illustration très remarquable, avec les deux panneaux représentant l’Annonciation. Le symbolisme de l’image est très complexe (une chasse mystique), mais nous nous arrêterons aujourd’hui à la seule présence du texte et à la figuration de la parole. D’un panneau à l’autre, le cadre est celui d’un jardin clos (hortus conclusus), enfermé derrière une muraille crénelée. La vierge est représentée sur le panneau de droite (la scène se lit donc de gauche à droite: cf cliché 2).
 Sur le panneau de gauche, celui qui nous retiendra principalement, l’archange vient d’arriver, il est agenouillé, mais dans la tenue et dans la posture d’un chasseur (il porte une lance, souffle dans une trompe et tient quatre lévriers en laisse) (cliché 1). Les phylactères présentent deux types d’inscriptions.
1) Les unes fonctionnent à la manière de légendes, et servent donc à expliciter la signification de tel ou tel symbole figurant dans une représentation effectivement très complexe, et qu’il convient de décoder: ce sont des légendes (< legenda), au sens moderne du terme. Au-dessus de la porte fermée du jardin, l’inscription «Porta clausa» est une allusion à la virginité de Marie, tout en renvoyant à la prophétie d’Ézéchiel, 44, 1:
Et l’Eternel me dit: cette porte sera fermée et ne s’ouvrira point, et personne n’y passera. Car l’Éternel, le Dieu d’Israël, est entré par là. Elle restera fermée.
De même, la fontaine est-elle surmontée d’un phylactère portant les deux mots: «Fons signatus» (= la source intacte), nouvelle allusion à la virginité de Marie, en même temps que renvoi à un passage du Cantique des cantiques Tu es un jardin fermé, ma sœur, ma fiancée, Une source fermée, une fontaine scellée», Cant. 4, 12). Enfin, quatre phylactères précisent les qualités (et les noms?) des lévriers, lesquels personnifient les vertus théologales conduites par l’ange: la vérité, la paix, la justice et la miséricorde.
2) Les autres phylactères relèvent de la parole mise en image. L’ange agenouillé tient en effet une trompe de chasse, d’où sort en se déroulant progressivement un double phylactère: «Ave gratia plena Dominus tecū» reprend l’annonce de l’évangile de Luc. Le dispositif est celui, classique, de très nombreuses Annonciations (3), mais l’originalité du panneau de Colmar réside dans le fait que l’épisode prend la forme d’une chasse symbolique, et que l’ange s’exprime comme physiquement par le biais d’un instrument –il est  représenté comme un messager, qui proclame l'annonce à son de trompe.
Le même dispositif se retrouve dans une très remarquable Annonication en criblé, attribuée au «Monogrammiste D», personnage que la BnF identifie comme un artiste de la seconde moitié du XVe siècle ayant travaillé dans la région du Rhin inférieur (4) (cliché 3). Les similitudes avec le retable de Colmar sont absolument flagrantes (mais la scène est en miroir), de sorte qu’il semble plausible que la gravure ait été connue dans l’atelier de Schongauer. Poursuivons l’enquête: la complexité des modes et des circuits de diffusion d’un motif iconographique alors très en vogue (5) est encore davantage mise en évidence par la découverte à Lunebourg d’un fragment de pièce d’argile en relief permettant de reporter ce même motif, légèrement simplifié, sur toutes sortes de support, du papier… à la pâtisserie.
Faire entendre par l’image la Parole incarnée qui se manifeste à travers les différents épisodes du Nouveau Testament, et renvoyer dans le même temps à la praefiguratio explicitée par les exégètes de l’Ancien Testament, tel est l’objectif de nos artistes rhénans. Dans le même temps, la complexité de l’image et de ses différents niveaux de signification rend impossible de suivre l’hypothèse selon laquelle les représentations iconographiques s’adressent aux humbles, à ceux «qui ne savent pas lire». Un article (inédit en allemand) du regretté Rudolf Schenda explicite cette thèse, qui n’a rien perdu de son actualité scientifique (6).

Notes
1) Isabelle Toinet, «La parole incarnée: voir la parole dans les images aux XIIe et XIIIe siècles», dans Médiévales, 22-23 (1992/1), p. 13-30.
2) Lat. tadif signatus = bien gardé, intact (Gaffiot).
3) En revanche, le phylactère figurant sur la ligne en-dessous ne relève pas du discours, mais il explicite l’annonce: Ecce virgo concipiet (Mathieu, 1-23).
4) La gravure est reproduite dans la thèse de Bruno Faidutti, Images et connaissance de la licorne (Paris XII, 1996, ici t. I, p. 52), mais l’auteur ne fournit malheureusement aucun élément qui permette de situer l’original.
5) Didier Jugan s’interroge notamment sur la possibilité de considérer le thème comme «un thème marial précurseur de l’immaculée conception?» (communication au Colloque INHA : L’immaculée conception de la Vierge, histoire et représentations figurées du Moyen Âge à la Contre-Réforme, Paris, 2009).
6) Rudolf Schenda, «La lecture des images et l’iconisation du peuple», trad. Frédéric Barbier, dans Revue fr. d’histoire du livre, 114-115 (2002), p. 13-30 (et l’éditorial in memoriam, p. 5-12).

lundi 23 juillet 2018

Mélancolie de l'homme médiatisé

La Renaissance constitue une période très généralement connotée positivement: des changements majeurs introduisent aux temps modernes, qu’il s’agisse de géographie (les grandes découvertes), de technique (avec notamment l’invention de la typographie en caractères mobiles) ou d’esthétique (en peinture, sculpture, architecture, etc.). La «Lettre de Gargantua à Pantagruel» est regardée comme le texte emblématique, qui rend compte d’une analyse construite par les contemporains eux-mêmes et soulignant l’importance de la multiplication des livres dans la rupture avec «l’infélicité et calamité des Goths»:
Le tems n’estoit tant idoine ne commode es lettres comme est de présent. [Il] estoit encore ténébreux et sentant l’infélicité et calamité des Gothz, (…). Maintenant, toutes disciplines sont restituées, les langues instaurées (…); les impressions tant élégantes et correctes en usance (…) ont esté inventées de mon eage par inspiration divine (…). Tout le monde est plein de gens savans, de précepteurs très doctes, de librairies très amples…
Pourtant, l’effet d’optique joue aussi, et cette période que nous imaginons placée sous le sceau de l’inventivité et de l’optimisme, est aussi soumise à des événements tragiques et à des crises particulièrement profondes. Il n’est que de citer les épidémies (la Grande Peste), les guerres interminables, les crises sociales parfois gravissimes, sans oublier la crise religieuse elle-même, ni, surtout à partir du milieu du XVe siècle, la chute de Constantinople et la progression apparemment irrésistible des Ottomans...
Le monde semble irrémédiablement déséquilibré, entre la contestation des deux pouvoirs suprêmes traditionnels (le pape et l’empereur), la concurrence entre les principautés ou les États, les menaces extérieure et les tensions de toutes sortes qui se font partout sentir. C’est toute une société nouvelle et un nouveau mode de vie qui doivent alors être inventés, ce qui ne se fera qu’avec du temps, et à travers nombre de difficultés.
S’agissant toujours de la Renaissance, on a beaucoup parlé, et sur ce blog même, de la montée en puissance de la piété individuelle (la devotio moderna), du souci omniprésent du salut et de la croyance selon laquelle la fin du monde, l’Apocalypse, est prochaine. Confrontés à des changements majeurs et souvent inquiétants (y compris sur le plan économique, voire macro-économique), les uns et les autres cherchent refuge en se tournant vers d’autres perspectives, celles de la foi, mais aussi parfois de la tristesse ou de la mélancolie. La poésie française donne ainsi quantité d’exemples d’un phénomène général, depuis Charles d’Orléans jusqu’à Ronsard et à du Bellay:
Le monde est ennuyé de moy / Et moy pareillement de lui (Charles d’Orléans, Rondeaux, 187).
Pour les uns, le repli sur soi-même constitue en effet une première forme de réponse au sentiment d’absence et de vide. D’autres, que l’on désignera comme les moralistes (mais aussi, par exemple, les prédicateurs), s’élèvent contre ce qu’ils regardent comme une marque de faiblesse et d’égoïsme, voire comme un péché, parce que celui qui s’abandonne à la mélancolie se détourne de la figure de Dieu en s’abîmant dans son désespoir isolé. D’autres encore se laissent aller, et se livrent aux plaisirs immédiats propres à leur condition terrestre –ce sont les fous, mis en scène par Sébastien Brant, ceux qui amassent sans fin les richesses, qui se goinfrent et qui s’enivrent, qui tombent dans une coquetterie ridicule et, plus généralement, qui courent derrière un bien illusoire. Ne croyons pas, d’ailleurs, que cette typologie beaucoup trop sommaire soit exclusive: le même individu passera d’un état à l’autre, comme le fera Luther.
Après plusieurs autres, Jean Delumeau nous a expliqué que «la mélancolie aussi a une histoire», et que cette histoire connaît un moment particulier d’apogée à l’époque de la Renaissance: l’ennui et le spleen ne sont pas une invention du romantisme (de Goethe à Emma Bovary...) quand, au tournant des années 1500, la mélancolie est déjà à l’ordre du jour, que mettent en scène les plus grands artistes du temps –Dürer (1514), mais aussi Lukas Cranach, pour ne citer que deux figures majeures. Dans le même temps, elle est considérée comme une maladie (la maladie de la bile noire), qui doit être combattue par une activité redoublée, par le travail, par le sport et par le jeu, par les plaisirs de la table et de l’amour…
La mélancolie et sa guérison seront ainsi mises en scène par Mathias Gerung (1500-1570) dans son tableau «La mélancolie au jardin de la vie», datée de 1558 (Staatliche Kunsthalle Karlsruhe): le personnage principal, au centre du tableau, représente une figure féminine ailée, la tête appuyée sur la main gauche (la pose classique de la mélancolie). Partout à son entour, les hommes s’affairent, dans de multiples scènes de la vie quotidienne, avec un grand nombre de jeux (les boules, le tournoi, le tir à l’arc, la danse, etc.), mais aussi les saltimbanques, le banquet ou encore la maison de plaisirs, le repas en musique et en galante compagnie, et les rendez-vous amoureux. En arrière-plan, quelques scènes de travail, avec les moissonneurs et les laboureurs puis, plus loin, le troupeau de moutons, pour finir avec l’extraction minière (plusieurs de ces petites scènes sont clairement inspirées d’œuvres antérieures). 
"Melancolia 1558" (© SKH Karlsruhe)
Dernier problème, mais non des moindres, qui doit être envisagé: si la folie est le lot de l’humanité dans son ensemble (chacun, à l’occasion, se livrera inconsidérément au plaisir gratuit, voire au mal), la mélancolie ne peut directement concerner qu’une minorité –d’une certaine manière, elle est un sentiment aristocratique. Comme nous l’avons vu, les premiers témoignages en sont apportés par un prince du sang, et, s’agissant toujours du royaume de France, nous restons globalement dans le monde des privilégiés. Dans le monde germanique aussi, le tableau de Gerung  aussi se donner à comprendre comme une illustration des activités «courtoises», alors que l’homme du commun, surtout en milieu rural, est bien trop accaparé par le souci immédiat du quotidien pour se laisser aller à des considérations aussi gratuites…: il ne saurait avoir le recul nécessaire pour se regarder lui-même vivre. 
Caractéristique de la petite société de ceux qui participent à la civilisation de l’écrit, qui lisent, qui écrivent... et qui ont du temps, la mélancolie apparaît ainsi comme un sentiment de dépression fondamentalement lié à la médiatisation (à la «contemplation du miroir» et de l'image), et à la nouvelle conjoncture des médias entre le XIVe siècle (la «révolution scribale» de Pierre Chaunu) et le XVIe. 

Le colloque qui se tiendra à l’initiative de nos collègue Renaud Adam et Chiara Lastraioli les 20 et 21 septembre prochain à Tours, sur le thème de «Lost in Renaissance» (détails ici), abordera certains aspects de ces tensions très sensibles au tournant de l’époque moderne: il s’agira de la «face sombre» de l’innovation et de la difficulté à la surmonter. La Renaissance est bien évidemment marquée par des découvertes majeures, mais aussi par des processus très profonds de reconfiguration, impliquant l'inquiétude, l’abandon et l’oubli.

dimanche 25 mars 2018

Conférence d'histoire du livre

 
École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre

  Lundi 26 mars 2018
16h-18h
L'auteur et la première révolution
du livre
par
Monsieur Frédéric Barbier
directeur d'études


Si l’histoire du livre elle aussi est désormais devenue une «histoire à part entière», sa pratique soulève deux problèmes difficiles. D’abord, elle n’a pas toujours réussi à regrouper le faisceau des compétences nécessaires, entre «historiens» et «littéraires», sociologues, sémiologues ou encore spécialistes des communications, voire entre médiévistes et modernistes ou contemporanéistes –sans oublier les responsables en charge des collections patrimoniales de livres, qui sont de fait les premiers à être informés directement sur le sujet.
Ensuite, l’histoire du livre constitue une partie de l’étude des médias et des systèmes de médiatisation, mais la configuration nouvelle prise progressivement par ceux-ci amène à des analyses elles aussi renouvelées (il se pose la question de la chronologie, des transferts culturels, et surtout celle de la pérennité de paradigmes comme texte, littérature, auteur, etc.).
Jusqu’à présent, le problème de l’auteur a sans doute été abordé par les historiens du livre, mais de manière peut-être relativement marginale, ce que peut pour partie expliquer le détour de l’historiographie. Avec les libraires érudits, les savants amateurs et les philologues, qui ont de fait été les premier «historiens du livre», on a d’abord privilégié l’histoire de la production imprimée, puis celle des professionnels du livre (les imprimeurs et leurs ateliers). Dans un second temps, l’histoire du livre a intégré les problématiques d’histoire économique (Febvre et Martin: «le livre, cette marchandise»), avant, enfin, d’envisager la question de la lecture et de ses pratiques, mais selon des catégories qui ne sont pas toujours absolument convaincantes pour l'historien du livre.
Malgré des travaux importants, l’étude historique du champ littéraire est donc restée relativement négligée, surtout dans une perspective comparative. L’enjeu central de la conférence consistera à évaluer les conditions de changement de la catégorie de l’auteur en Europe dans les années 1450-1520, soit sur un délai de deux générations environ.

Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26).
Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

samedi 15 octobre 2016

Exposition à la Bibliothèque Mazarine

L'exposition
Des livres et des lettres: ouvrages épistolaires entre Italie et France
de la Renaissance à l'âge baroque
a été inaugurée dans le cadre du colloque L'Écriture épistolaire entre Renaissance et âge baroque: pratiques, enjeux, pistes de recherche (Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle & Bibliothèque Mazarine, 13-14 octobre 2016).
 
Le genre épistolaire est un phénomène éditorial étroitement lié à la culture de la Renaissance italienne. Comme Montaigne l’avait déjà remarqué («Ce sont grandes imprimeurs de lettres que les Italiens!», Essais, I XL), dès la fin du XVe siècle, de nombreux « livres de lettres » sortirent des ateliers les plus importants de Venise, Rome et Florence. Des épistoliers en latin furent publiés, de Cicéron à saint Jérôme, sans oublier les Familiares de Pétrarque, véritable monument de l’écriture épistolaire de l’humanisme européen.
Toutefois, à côté de ces classiques et de plusieurs manuels d’écriture épistolaire proposés par les imprimeries, de nouveaux enjeux se dessinent autour du genre épistolaire au milieu du XVIe siècle. À partir des Lettres de l’Arétin (1538), le «livre de lettre» devient un objet complexe: rédigé en italien («in lingua volgare»), il est le le lieu où l’homme de lettres expose au public sa propre image et son réseau de connaissances –au prix de quelques corrections par rapport aux textes réellement envoyés. L’évolution de ce genre éditorial, qui touche toute l’Europe, entraîne aussi une diversification formelle: la lettre peut paraître en recueil ou seule, sous la forme d’un «canard» relatant des événements récents, ou comme un document officiel issu des chancelleries d’État, publié avec ou sans l’autorisation des intéressés et dévoilant les coulisses de l’histoire.
L’important fonds de littérature épistolaire de la Bibliothèque Mazarine a été enrichi récemment par la collection de Jeannine Basso (1927-2015), chercheuse en littérature italienne et auteure d’une thèse consacrée aux «Livres de lettres» à la Renaissance (1982). Le résultat le plus connu de ses recherches, Le genre épistolaire en langue italienne, 1538-1662 (Rome, Nancy, 1990), est un ouvrage de référence pour les études italiennes.

Exposition présentée à l’occasion du colloque international L’écriture épistolaire entre Renaissance et âge baroque: pratiques, enjeux, pistes de recherche (Université Sorbonne Nouvelle Paris 3 - Bibliothèque Mazarine, 13-14 octobre 2016).
Plus d'information: http://www.bibliotheque-mazarine.fr/fr/evenements/expositions/liste-des-expositions/des-livres-et-des-lettres-ouvrages-epistolaires-entre-italie-et-france-de-la-renaissance-a-l-age-baroque
(Communiqué par la Bibliothèque Mazarine)

dimanche 28 août 2016

La bibliothèque de Cracovie

Vue de Cracovie, Liber Chronicarum de 1493 (exemplaire de la BSB). La vue est orientée vers le sud: la ville est dominée par la colline du Wavel, avec le château royal et la cathédrale. En contrebas, on distingue l'église des Franciscains: le Collegium majus est non loin, tandis que l'on devine la grande place du Marché. La ville de Kasimierz a été fondée en 1335. Également fortifiée, elle sera plus tard intégrée comme un quartier de Cracovie.

Peu de maisons peuvent prétendre illustrer avec pertinence à travers plus de six siècle, comme le fait la bibliothèque de l’université de Cracovie, un certain nombre de phénomènes majeurs de la modernité européenne: de la modernité induite par les nouvelles institutions d’enseignement à la modernité de la grande ville cumulant les fonctions de direction, puis à la construction de la nationalité à travers son patrimoine intellectuel –et livresque.

De fait, l’université de Cracovie est l’une des premières d’Europe centrale, après Prague, certes, mais un an avant Vienne: elle a été fondée en effet en 1364 par Casimir III le Grand (†1370), dernier souverain polonais de la dynastie des Piast. Son existence réelle ne date cependant que de la fin du XIVe siècle, sous le règne d’Edwige de Hongrie, princesse de la dynastie angevine († 1399), et de son époux Vladislav II Jagellon, grand-duc de Lituanie. En 1400, l’institution est réorganisée sur le modèle de l'université de Paris. L'évêque de Cracovie est parallèlement chancelier de l'université.
La concentration de clercs, d'administrateurs, de diplomates, etc., se traduit par le renforcement des échanges avec les autres grands centres européens, à commencer par l'Italie et Rome: dans les premières décennies du XVe siècle, la ville de la Vistule s'impose comme le premier centre du royaume où s'implantent les influences de l'humanisme italien et de la Renaissance.
Comme il est habituel, il n’existe pas de bibliothèque universitaire, mais des bibliothèques attachées aux différents collèges et facultés. La principale est instituée auprès du Collegium majus (voir cllché ici), fondé en 1400 et toujours conservé aujourd’hui: elle est consacrée aux deux facultés, de la théologie et des «arts». Réorganisée à la suite de l’incendie de 1492, elle possède quelque 3000 volumes dans les premières décennies du XVIe siècle, abrités dans une grande salle au premier étage du bâtiment. Jusqu’au XVIIIe siècle, l’utilisation en sera réservée aux seuls professeurs.
Jean Le Laboureur visitera la bibliothèque en 1644, alors qu’il accompagne la nouvelle reine de Pologne, Louise Marie de Gonzague. Fleury, docteur de Sorbonne et confesseur de la reine, appartient à la suite de celle-ci. Il visite alors Cracovie, où il est reçu à l’université et où on lui montre la
bibliothèque, qui est composée d’une chambre et d’une grande salle. L’on y entre par une porte de fer : elle est entourée de tablettes, & pleine de pupiltres chargez de livres qui sont enchaînez, affin qu’on ne les puisse transporter sans congé (1) (Jean Le Laboureur, Relation du voyage de la royne de Pologne…, Paris, Veuve Jean Camusat et Pierre Le Petit, 1647, p. 43).
Porte de la Bibliothèque
Dans les premières années du XVIe siècle, la bibliothèque de Cracovie est placée sous la responsabilité d’un professeur, lequel porte le titre de Pater librorum, avant que des bibliothécaires ne soient nommés au XVIIIe siècle. Selon l’usage, les enrichissements viennent d’abord des dons et legs: le legs de l’évêque Piotr Tomicki († 1535), celui de Jan Ponetowski ( † 1585), celui du roi Sigismond II Auguste († 1592), celui encore de Piotr Wolski (†1590), évêque de Pock. Pourtant, la mise en place d’un budget régulier consacré aux acquisitions est relativement précoce, puisqu’elle date de 1559: elle est à rapporter à l’initiative de Benedykt von Kozmin, alors vice-chancelier de l’université.
Peu à peu, l’accroissement des collections imposera à la bibliothèque de s’étendre à l’ensemble des bâtiments du collège, même si d’autres collections existent conjointement dans le cadre de l’université. La bibliothèque du Collegium minus est ainsi fondée en 1449, et elle semble constituée par des exemplaires retirés du Collegium majus. La Faculté de droit a aussi une bibliothèque, de même qu’un certain nombre de « bourses » correspondant pratiquement à des collèges: Collegium Jerusalem, Bursa hungarica, etc.
La seconde moitié du XVIIe siècle est pourtant une période particulièrement sombre, avec notamment les «guerres du nord» et l’occupation de Cracovie par les Suédois. La bibliothèque ne sera réorganisée qu’à compter de 1777, sous l’impulsion de la très remarquable Commission pour l’éducation nationale (Komisja Edukacji Narodowej): elle est alors enrichie de l’ancienne bibliothèque des jésuites de Cracovie, et compte quelque 32000 livres imprimés, et un petit peu moins de 2000 manuscrits. De nouveaux enrichissements interviennent avec l’entrée des bibliothèques du primat Micha Poniatowski, de l’évêque Adam Grabwski, de Józef Bogucicki, etc., mais le renouveau date surtout de la gestion de Jerzy Samuel Bandtkie († 1838), slavisant, enseignant de bibliographie, et auteur d’une histoire de la bibliothèque.
Paradoxalement, cette renaissance se développe alors que nous sommes à l’époque du troisième partage de la Pologne, lequel a abouti à la disparition de la Pologne indépendante au profit de la Prusse, de l’Autriche et de la Russie: la «Pologne du Congrès» [de Vienne] constitue en un grand-duché dont la capitale est Varsovie et qui est alors intégré au royaume des tsars. 
Grande salle de la Bibliothèque, transformée en Musée de l'université
À Cracovie, le successeur de Bandtkie à la tête de la bibliothèque est Jósef Muczkowski, professeur de bibliographie et parallèlement en charge de l’imprimerie de l’université († 1858). Karol Estreicher († 1906) est ensuite le principal responsable de la bibliothèque, et il joue un rôle majeur dans le domaine de la construction de la nationalité polonaise. Auteur de la monumentale Bibliographie polonaise, il est particulièrement attentif à tout ce qui peut toucher l’héritage intellectuel de la Pologne: sous sa gestion, les Polnica passent de 25000 à plus de 80000 titres, et la bibliothèque de Cracovie assure, de fait, la fonction d’une bibliothèque nationale (la Bibliothèque nationale de Pologne ne sera créée à Varsovie qu'en 1926). En 1904, elle est riche de quelque 300 000 unités bibliographiques.
La «porte de fer» remarquée par Le Laboureur est toujours conservée aujourd’hui, mais les anciennes salles de la bibliothèque abritent désormais le musée de l’université –avouons que trop peu de choses sont présentées, qui soient relatives à la bibliothèque et aux livres. Que dire pourtant, sinon que nous ne pouvons que regretter que nos propres universités (mais aussi nos autres établissements d’enseignement supérieur, à commencer par l’ENS de la rue d’Ulm) n’aient apparemment aucun souci de leur tradition ni de leur patrimoine historique? On chercherait en vain, à Paris, un local consacré à l’histoire d’une des premières et des principales universités européennes depuis le XIIe siècle siècle, et à la bibliothèque de son principal collège, celui de la Sorbonne (vers 1257), dont l’influence a pourtant été décisive non seulement en France, mais aussi dans un certain nombre de pays… 

1) Un schéma quelque peu daté, par conséquent, alors même que le nouveau dispositif de la grande salle à rayonnages a commencé à se répandre en Europe, à Rome, à Milan et à Paris.

Note bibliographique: Metropolen und Kulturtransfer im 15./16/. Jahrhundert: Prag, Krakau, Danzig, Wien, éd. Andrea Langer, Georg Michels, Stuttgart, Franz Steiner Verlag, 2001. 

samedi 30 avril 2016

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre


Lundi 2 mai 2016
16h-18h
À Wolfenbüttel: Réforme religieuse, modernisation politique...
et bibliothèque sous le règne du duc Julius

par 
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études

Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (190 avenue de France, 75013 Paris, 1er étage).

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

mercredi 20 février 2013

Conférence d'histoire du livre

Qui écrit?
Regards croisés sur le livre, XVIe - XVIIIe siècle
Séminaire 2012-2013

La prochaine séance du séminaire aura lieu
le mercredi 20 février
à 17h

Anne Raffarin-Dupuis, Paris IV, EA "Rome et ses Renaissances"
 
Les Epigrammata antiquae urbis (1521)
Une œuvre collective pour une publication unique?

La séance a lieu à l'École normale supérieure de Lyon, site Descartes
15, parvis Descartes
métro Gerland
salle F 103

Entrée libre sans inscription

Martine Furno, Raphaële Mouren

Communiqué par Raphaële Mouren


Rappel:
Les Actes du séminaire 2007-2011 viennent de paraître:
Auteur, traducteur, collaborateur, imprimeur... qui écrit?
sous la direction de Martine Furno et Raphaële Mouren
Paris, Classiques Garnier, 2013, 329 p.

jeudi 24 janvier 2013

Conférence d'histoire du livre

Qui écrit?
Regards croisés sur le livre, XVIe - XVIIIe siècle
Séminaire 2012-2013

La prochaine séance du séminaire aura lieu
le mercredi 23 janvier
à 17h

Nora Viet, Université de Clermont-Ferrand
«Esopus auctor pluralis»
Partage de l’auctorialité dans les fabliers humanistes de la première Renaissance

La séance a lieu à l'École normale supérieure de Lyon, site Descartes
15, parvis Descartes
métro Gerland
salle F05

Entrée libre sans inscription

Martine Furno, Raphaële Mouren


Les Actes du séminaire 2007-2011 viennent de paraître:
Auteur, traducteur, collaborateur, imprimeur... qui écrit?
sous la direction de Martine Furno et Raphaële Mouren
Paris, Classiques Garnier, 2013, 329 p.

jeudi 17 janvier 2013

À la découverte (par erreur!) du Nouveau Monde

La conférence d’Histoire et civilisation du livre de l’École pratique des Hautes Études (IVe Section) ouvrira, le lundi 21 janvier prochain, une série de cinq conférences consacrées à l’histoire du livre au Brésil. La conférence a été et reste trop attirée par un tropisme oriental (l’Europe centrale et orientale), pour ne pas regarder comme très heureuse l’occasion qui lui est ainsi offerte de renverser son horizon.
À Belem, près de Lisbonne, la représentation d'une caravelle
La première séance constituera une séance d’«Introduction à l’histoire du (livre au) Brésil». Elle aura pour objet de familiariser les auditeurs avec une géographie et une chronologie souvent mal connues de nos concitoyens. Les quatre conférences suivantes porteront spécifiquement sur l’histoire brésilienne du livre, et seront tenues par Madame Marisa Midori De Aecto, professeur d’histoire du livre à l’université fédérale de São Paulo, directeur d'études invité étranger à l'École pratique des Hautes Études.
Nous envisagerons notamment, au titre de l’introduction, la problématique des découvertes, elles-mêmes étroitement liées à la connaissance livresque. L’œuvre de Ptolémée d’Alexandrie était évidemment connue des Byzantins, mais aussi des Arabes, et elle est traduite en arabe au IXe siècle. Les curiosités nouvelles pour la Grèce antique font qu’un manuscrit grec de Ptolémée est apporté de Constantinople à Florence au début du XIVe siècle. Il est traduit en latin par Jacobus de Angelo, et les copies se multiplient rapidement. Dans le même temps, Pierre d’Ailly rédige son Imago mundi (L'Image du monde), elle aussi appelée à un grand succès.
Les Indes rêvées déduites des constructions de Ptolémée
Or, pour Ptolémée, qui reprend l’enseignement d’Aristote, l’univers tourne autour de la terre, laquelle est effectivement sphérique, mais fixe. L’influence du savant d’Alexandrie, par le biais du livre, est absolument considérable: outre les manuscrits, la première édition imprimée de la Cosmographie sera donnée en latin à Vicence dès 1475, mais sans cartes. Six autres suivront jusqu’à la fin du XVe siècle, dont celles de Bologne (1477) et d’Ulm (1482), la première d’Allemagne à être illustrée de cartes gravée (Claudius Ptolemaeus, Cosmographiae liber…, Ulm, Leonardus Hol, 1482).
Les éditions de John of Hollywood (Johannes de Sacro Bosco) et de Hartmann Schedel sont elles aussi illustrées de gravures représentant des sphères construites d’après les conceptions aristotélo–ptolémaïques (Hartmann Schedel, Liber chronicarum, Nürnberg, Anton Koberger, 1493). Au XVe siècle, l’idée de la sphéricité de la terre est admise, d’où se déduit l’hypothèse qui consiste à gagner l’Orient (Indes orientales, Chine et Japon) en partant vers l’ouest. C’est ce principe que Christophe Colomb met en œuvre lorsque, après plusieurs tentatives pour monter une expédition, il quitte Palos, le 3 août 1492, pour son grand voyage de découverte.
Mais de découverte, il n’est pas immédiatement question, même quand on prend pied dans le Nouveau Monde. Les conceptions ptoléméennes ont en effet pour résultat de surestimer considérablement la masse représentée par le continent eurasiatique (qui s’étendrait sur quelque 180° de longitude). Par suite, lorsque Colomb, après quelque deux mois d'une très brillante navigation, débarque dans les Bahamas, il croit avoir déjà dépassé... la position du Japon, qu’il cherchera un temps en revenant vers l’est, à partir de Cuba (cf cliché 2, et note infra).
De Insulis nuper in mare Indico repertis
Pour autant, l’idée que les «îles récemment découvertes» constituent un bloc de terres nouvelles, dont la position et la structure restent pratiquement tout à préciser, est déjà implicite dans la Lettre de l’amiral, publiée à Barcelone dès 1493 et rééditée ou traduite au moins neuf fois à la période incunable (par ex. De Insulis nuper in mari Indico repertis, Basel, Johann Bergmann, de Olpe, 1494).
En 1507 enfin, à Saint-Dié, Conrad Waldseemüller (1470-1518) publie sa Cosmographie, où il désigne du nom d’Amérique le nouveau continent. Le même donne à Strasbourg en 1513 une carte du Nouveau Monde (Tabula terrae novae) dans une traduction de Ptolémée, puis, trois ans plus tard, un atlas maritime de douze planches gravées (Carta marina) précisant l’état des connaissances à cette date (Strasbourg, Johann Grüninger, 1516).
Quant à la découverte du Brésil lui-même… nous en reparlerons le 21.

Note sur le cliché 2. La carte représente, en fond, la position réelle des continents; en surimpression, la position des continents d'après la mappemonde de Martin Behaim (1492), donc à la veille de la découverte de l'Amérique: on reconnaît le Japon (Cipango), l'archipel des Philippines (à hauteur de l'Amérique du sud), et l'Extrême-Orient asiatique (Source: Atlas historico de la América del Descubrimiento, Madrid, 2004, p. 60).

mardi 4 décembre 2012

Conférence d'histoire du livre à Lyon

 Qui écrit? Regards croisés sur le livre,
XVIe - XVIIIe siècle

Séminaire 2012-2013

La première séance du séminaire aura lieu le
mercredi 5 décembre 2012
à 17h

Sabine Lardon (Université Lyon 3 Jean Moulin):
Présentation du projet de corpus EVE (Émergence des vernaculaires en Europe)
Textes en question, état des travaux, travaux en ligne

Enssib, salle N.1.28
Entrée libre sans inscription
17-21 bd du 11 novembre 1918
69623 Villeurbanne Cedex
(Tramway T1, arrêt Lyon 1; Bus 59 ou 70 arrêt Stalingrad Parc

Responsables du séminaire: Martine Furno, Raphaële Mouren

Note bibliographique: Histoire et civilisation du livre. Revue internationale, 2008, 4, 373 p.: Les Langues imprimées. Cette publication a reçu le label de l’Unesco au titre de l’Année internationale des langues.

lundi 10 septembre 2012

Colloque d'histoire du livre

Bibliothèques et collections
17–19 septembre 2012,
Clare College, Cambridge
lundi 17 septembre
14h00 Ouverture du colloque (Bennett Room, Forbes-Mellon Library)
Séance du Gruppo di studio sul Cinquecento francese: Bibliothèques en feu
14h15 Isabelle de Conihout (Bibliothèque Mazarine) et Pascal Ract-Madoux : «La bibliothèque des Villeroy à Conflans : de la formation à la dispersion»
14h50 Anna Maria Raugei (Università di Pisa) : «Gian Vincenzo Pinellei (1535–1601): ses livres, ses amis»

15h25 Discussion
15h45 Pause
16h15 Rosanna Gorris Camos (Università di Verona) : «‘Una notte d’inferno’: autour de l’incendie de la Bibliothèque nationale de Turin: livres détruits, livres rescapés»
16h50 Discussion
19h00 Apéritif
19h30 Dîner

mardi 18 septembre
Séance du Centre for the Study of the Renaissance, University of Warwick:
Encyclopaedic Libraries
9h15 David A. Lines (Warwick University): «A Collection for Study and Research: Ulisse Aldrovandi’s Library»
9h50 Eva Del Soldato (University of Warwick): «Simone Porzio and Benedetto Varchi: two libraries, two destinies»
10h25 Discussion
10.45 Pause
11h15 Karen Limper-Herz (British Library): «Jacques-Auguste de Thou and his bookbindings»
11h50 Ingrid De Smet (University of Warwick): «Clandestine books and confessional fault-lines in and around the Bibliotheca Thuana»
12h25 Discussion
13h00 Déjeuner

Séance IANLS/Cambridge French Colloquia:
La bibliothèque de Montaigne
14h00 Alain Legros (CESR, Tours): «La bibliothèque du jeune Montaigne selon ses notes de lecture antérieures aux Essais (Térence, Giraldi, Lucrèce, Gilles)»
14h35 Barbara Pistilli (Università di Urbino): «Dai “Grecs” agli Essais: un Lessico greco-latino ignorato della “librairie” di Montaigne»
15h10 Marco Sgattoni (Università di Urbino): «I libri prohibiti di Montaigne»
15h45 Discussion
16h00 Pause

Séance SFDES : Architecture des bibliothèques
16h30 Raphaële Mouren (ENSSIB, Lyon): «Naissance de la bibliothèque publique»
17h05 Marie-Luce Demonet (CESR, Tours): titre à préciser
17h40 Discussion
19h00 Apéritif
19h30 Dîner

mercredi 19 septembre
Séances de la Société canadienne d’études de la Renaissance
et de l’Atelier XVIe siècle de l’Université de Paris-Sorbonne:
La bibliothèque retrouvée de Rabelais
9h00 Olivier Pédeflous (Université de Paris IV–Sorbonne, Fondation Thiers): «La bibliothèque de Rabelais à l’aune de la génétique des textes»
9h35 Raphaël Cappellen (CESR, Tours): «Les traités de Tiraqueau dans la bibliothèque de Rabelais : entre lecture(s) et coécriture»
10h10 Jean Céard (Université de Paris X-Nanterre), lue par Claude La Charité: «Rabelais, lecteur de Coelius Rhodiginus»
10h45 Discussion
11h00 Pause
11h30 Claude La Charité (Université de Québec à Rimouski): «Rabelais, lecteur d’Hippocrate dans le Gargantua, l’Almanach de 1535 et le Tiers Livre»
12h05 Romain Menini (Université de Paris IV–Sorbonne): «Le dernier Plutarque de Rabelais»
12h40 Discussion et Clôture
13h00 Déjeuner

mardi 28 février 2012

Séminaire d'histoire du livre à Lyon

Qui écrit ? Regards croisés sur le livre

Le séminaire
Qui écrit ? Regards croisés sur le livre,
organisé dans le cadre du CERPHI, UMR 5037.

se tient désormais à
l'Ecole normale supérieure de Lyon,
site Descartes, salle F103 (salle F112 le 29 mars), à 17h.
15, Parvis René Descartes
69007 Lyon
(métro Debourg)


Deuxième séance
  29 février 2012


La figure du secrétaire à la Renaissance,
par
(Harvard Univ., Cambridge, Mass.)




Martine Furno, Raphaële Mouren, responsables du séminaire
(Cliché ci-dessus:  Cornelis Engebrechtsz, La vocation de l'apôtre Mathieu, Musées de Berlin, Kat. Nr. 609, détail).

lundi 23 janvier 2012

Histoire du livre: un séminaire lyonnais

Qui écrit ? Regards croisés sur le livre

En 2012, nous proposons un nouveau séminaire:

Qui écrit ? Regards croisés sur le livre,
organisé dans le cadre du CERPHI, UMR 5037.

Ce séminaire se tient désormais à
l'Ecole normale supérieure de Lyon,
site Descartes, salle F103 (salle F112 le 29 mars), à 17h.
15, Parvis René Descartes
69007 Lyon
(métro Debourg)

Première séance
25 janvier 2012


La translittération comme révélateur des responsabilités multiples:
l'exemple des manuels d'hébreu à la Renaissance,
par
Antoine Torrens
(Université de Lyon-Enssib, Lyon)




Martine Furno, Raphaële Mouren, responsables du séminaire

lundi 20 juin 2011

Colloque d'histoire du livre à Tours

Le LIVe Colloque International d’Études Humanistes aura lieu à Tours (Centre d'études supérieures de l'humanisme et de la Renaissance) du 27 juin au 1er juillet prochain. Son thème se rattache directement à l'histoire du livre:

«Passeurs de textes: gens du livre et gens de lettres à la Renaissance».

Un « passeur » a pour mission de faire franchir un obstacle, de transporter, de façon plus ou moins licite ou clandestine, quelqu’un ou quelque chose –en l’occurrence un texte, nécessairement incarné dans une matérialité, celle que lui donne en particulier le livre, manuscrit ou imprimé. Dans la mesure où, à la Renaissance, c’est par les textes que circulent et se transmettent les nouveaux savoirs, qu’ils soient issus de découvertes empiriques (Nouveau Monde notamment) ou de la redécouverte des textes antiques, il peut être fructueux de revenir sur les questions suivantes: comment et sous quelle forme ces textes ont-ils circulé? Comment ont-ils pu franchir les frontières géographiques, mais aussi les barrières linguistiques ou mentales? Quels itinéraires ont-ils empruntés, et quel a été leur impact sur le public européen? Quels ont été les acteurs, les transmetteurs, les passeurs de ces textes divers? Pourquoi et comment ont-ils joué ce rôle?
Dans le prolongement de la réflexion engagée, à l’occasion du colloque international intitulé Passeurs de textes: imprimeurs et libraires à l’âge de l’Humanisme (CESR / École des Chartes, avec la collaboration de la Bibliothèque Sainte-Geneviève et du Musée de la maison d’Érasme, Paris, 30-31 mars 2009), sur les protagonistes de la transmission des savoirs à la Renaissance, ce nouveau volet se propose d’élargir l’enquête à un spectre plus large, qui engloberait non seulement les imprimeurs et les libraires, mais également les voyageurs et les colporteurs, les savants, les
philologues et les traducteurs. Il s’avère en effet que de multiples érudits, collectionneurs, artistes et artisans ont contribué, à l’intérieur comme à l’extérieur des ateliers des libraires, à la circulation des textes, façonnant
peu à peu le patrimoine commun de la culture de la Renaissance.
Tous ces acteurs du livre, en dépit de leurs différences, voire de leurs divergences, partagent le geste commun du «passeur», qui met à disposition du public, parfois à grands frais et à grands risques, un texte susceptible de participer à la culture renouvelée qui s’élabore alors.
Véritables médiateurs, ils apparaissent autant comme ceux qui construisent ou recueillent un héritage (textes nouveaux ou textes anciens remis en lumière, traduits, commentés) que comme ceux qui le transmettent. Passer le savoir, c’est produire ces objets par lesquels le savoir se donne ; c’est en permettre la circulation sociale, culturelle, géographique. Alors que le premier volet de la réflexion questionnait le rapport de ces passeurs à l’humanisme, ce colloque aurait l’ambition d’interroger, loin de toute tentation purement biographique, le statut de ces «passeurs de textes», acteurs souvent obscurs, dans le champ particulier de la République des lettres au XVIe siècle: ils se situent, pour reprendre des termes empruntés à Bourdieu, au carrefour d’une «logique culturelle et d’une logique économique». Les études de cas tenteront de mieux déterminer les lignes de partage ou les tensions qui peuvent naître entre ces deux logiques. Quel rôle ces passeurs jouent-ils par rapport aux textes antiques, par rapport aux auteurs contemporains, ou même les uns par rapport aux autres? Quels critères les guident-ils dans le choix des textes qu’ils mettent en lumière? Sollicitent-ils, provoquent-ils ou traduisent-ils les souhaits des autres? S’agit-il pour eux de servir un savoir acquis ou de conquérir de nouveaux publics?
On pourra également questionner le lieu de savoir singulier qu’ils construisent, que ce soit dans l’officine du libraire, lieu de production du savoir, voire de rencontres érudites, ou par le biais des réseaux, espaces de diffusion
de ce savoir -réseaux aussi bien commerciaux que politiques et institutionnels, culturels ou académiques. Il s’agira tout autant de dessiner des lieux matériels que de saisir un espace social et culturel, où des cercles d’acteurs
se déploient selon une géométrie variable, en contribuant chacun selon son rôle, son savoir et son savoir-faire ou sa technique, à la mise en commun et à la diffusion d’une nouvelle culture.
Une place particulière sera accordée à un «passeur de textes» singulier, dont 2011 voit la célébration nationale. Il s’agit de Claude Garamont, graveur et fondeur de caractères à l’origine des fameux «Grecs du Roi» et de la célèbre police «Garamond», qui a fait l’objet de nombreuses réinterprétations à l’époque contemporaine. Outre la postérité de Claude Garamont, il s’agira de procurer un état de la science le concernant, mais aussi d’étudier à nouveaux frais, à travers le vaste réseau qu’il a tissé, les figures plus ou moins explorées de Conrad Néobar,
Pierre Du Châtel, Ange Vergèce, Christophe Plantin, Antoine Augereau et bien d’autres encore. La journée spécifiquement dédiée à Garamont permettra en outre de réfléchir aux inventions et aux choix typographiques du temps, ainsi qu’à leur influence sur la transmission des textes: le caractère ne permet-il pas, lui aussi, à sa manière, de faire passer les textes?

Le colloque est organisé par Christine Bénévent (CESR, Université de Tours), Isabelle Diu (École nationale des Chartes) et Chiara Latraioli (CESR, Université de Tours). Le texte de présentation ci-dessus est tiré de l'Argumentaire du colloque.
Détails et programme du colloque à télécharger (PDF).
Et un billet récent consacré aux intermédiaires culturels (même si la problématique n'est pas exactement celle des passeurs de textes).