vendredi 8 novembre 2019

À Tours, une exposition sur Balzac

Balzac et sa joyeuse Touraine
Trésors de la Bibliothèque municipale de Tours

Après l’exposition du Musée des Beaux-Arts de Tours consacrée à la statuaire érigée en hommage à Balzac, et celle des Archives municipales consacrée aux rapports entre Balzac et la ville de Tours, la Bibliothèque municipale présente au Musée des Beaux-Arts une nouvelle exposition, traitant cette fois des rapports entre Balzac et la Touraine. À travers une sélection de documents issus des collections précieuses de la Bibliothèque (épreuves corrigées du roman Béatrix, correspondances, éditions originales ou bibliophiliques), mais aussi quelques documents prestigieux prêtés par la Bibliothèque nationale de France (manuscrit d’Une Ténébreuse affaire) et le Musée Balzac de Saché (épreuves corrigées du Lys dans la vallée, correspondances), le public découvrira les liens qui unissent l’écrivain à sa province natale et la manière dont il la met en scène dans son œuvre...
Si la naissance en 1799 d’Honoré de Balzac à Tours est due aux hasards de l’affectation de son père Bernard-François dans l’administration des vivres, les liens ainsi créés entre le futur écrivain et sa ville natale seront profonds et durables. Placé en nourrice à Saint-Cyr, puis en pension au collège de Vendôme, le jeune Balzac quitte Tours à l’automne 1814 pour suivre son père, muté à Paris. De 1821 à 1848, il revient en Touraine une douzaine de fois, pour des séjours qui s’étendent de quelques jours à plusieurs mois. Son lieu de prédilection est le château de Saché, où l’accueillent les époux Margonne, liés de longue date à ses parents. 
La Touraine de Balzac (© Musée de Saché)
À plusieurs reprises, Balzac envisage d’acquérir une propriété en Touraine, pour y revenir plus aisément: d’abord la Grenadière (à Saint-Cyr-s/Loire), avec Mme de Berny, puis le château de Moncontour, avec Mme Hanska. Mais la mort rattrapera l’écrivain avant que ce projet ne puisse se concrétiser.
Au sein d’une œuvre prolifique, une vingtaine de romans ou de nouvelles de Balzac voient tout ou partie de l’action se dérouler en Touraine ou dans un Val de Loire élargi. Les plus importants paraissent dans la première moitié des années 1830: Les Deux amis (1830), La Grande Bretèche (1831), Maître Cornélius (1831), La Grenadière (1832), Le Médecin de campagne (1833), L’Illustre Gaudissart (1833). La langue artificielle des Contes drolatiques (1832 à 1837), mêlant termes médiévaux et néologismes, ainsi que leur ton résolument comique et paillard, rebutent les lecteurs. Balzac laisse inachevée cette œuvre évoquant la Touraine idéalisée du Moyen Age et de la Renaissance.
Inscrit dans son époque, Le Curé de Tours (1832) oppose à travers les personnages de l’abbé Troubert, de Sophie Gamard et de l’abbé Birotteau, la mesquinerie et la méchanceté à la bêtise et à l’indolence. L’action se déroule dans le quartier du cloître Saint-Gatien, dont Balzac dépeint l’atmosphère comme silencieuse et mortifère. Le Lys dans la vallée (1836) enfin, véritable hymne à la Touraine, est le dernier roman à prendre pour cadre la province natale de l’écrivain.
Les Cent contes drolatiques (© Musée de Saché)
La Touraine de Balzac apparaît comme une sorte de paradis terrestre, où il fait si bon vivre que les esprits et les caractères s’émoussent dans une torpeur évoquant l’Orient fantasmé des Romantiques. Le Tourangeau qui veut réussir n’a dès lors d’autre choix que de quitter sa province natale, comme le fit l’écrivain lui-même. La Loire, indissociable de la ville de Tours, présentée comme une seconde Venise, donne lieu à de nombreuses évocations. Le lyrisme y rejoint la description très concrète d’un fleuve bruissant d’activités humaines.
La Touraine de Balzac est aussi celle des châteaux, des églises ou des vieux hôtels, héritages d’un passé que l’on redécouvre alors même qu’il disparaît sous la pioche des démolisseurs. «Balzac archéologue» est aussi l’un des précurseurs du tourisme culturel dans sa province d’origine.
Enfin, l’écrivain dresse le portrait de certains types tourangeaux: le noble nostalgique de l’Ancien Régime, comme M. de Mortsauf dans Le Lys dans la vallée; le notable de village, enrichi par ses activités et profitant de la vie comme Vernier, l’ancien teinturier de Vouvray, dans L’Illustre Gaudissart; ou encore le prêtre, avec les figures si contrastées des abbés Troubert et Birotteau, dans Le Curé de Tours.
La Touraine et le Val de Loire s’inscrivent aussi dans la grande Histoire de France avec les personnages célèbres que constituent Louis XI et Catherine de Médicis. Depuis le succès du roman Quentin Durward de Walter Scott, la figure de ce roi connaît un engouement considérable, auquel Balzac cède dans ses Contes drolatiques et dans Maître Cornélius. Le château du Plessis commence à attirer l’attention des historiens. La vision que l’écrivain offre de Catherine de Médicis tranche sur celle de ses contemporains: au-delà de l’intrigante assoiffée de pouvoir, il présente une femme d’État qui a su sauver la couronne à une époque particulièrement troublée. 
La canne de M. de Balzac (© Musée de Saché)
Balzac se fait aussi l’écho d’affaires survenues en Touraine et qui ont défrayé la chronique judiciaire et politique au niveau national: l’enlèvement du sénateur d’Indre-et-Loire Clément de Ris dans son château à Azay-sur-Cher en 1800 lui inspire directement le roman Une Ténébreuse affaire (1841). L’assassinat en 1825 de l’écrivain et pamphlétaire Paul-Louis Courier par ses domestiques fournit quant à lui la trame du roman inachevé Les Paysans (1844).

Espace de projection
La Touraine de Balzac: 50 ans d’éditions illustrées
Un espace de projection propose au sein de l’exposition une sélection d’illustrations extraites des œuvres tourangelles de l’écrivain. Moins connus que leurs célèbres aînés du XIXe siècle –Daumier, Gavarni, Bertall, Doré ou Grandville–, les illustrateurs rassemblés dans cette sélection, actifs dans la première moitié du XXe siècle, ont pour nom Vladimir Néchoumoff, Charles Picart Le Doux, Henri Rivoire, Jean Gradassi, Georges Pichard ou Édouard Toudouze, pour n'en citer que quelques-uns. Qu'ils pratiquent le dessin, la gravure ou la peinture, ces artistes ont su accompagner le récit balzacien dans des compositions très personnelles. Peignant les tourments de personnages entraînés dans le drame romanesque, ils les font évoluer au gré des textes dans des paysages de Touraine et des bords de Loire plus ou moins réalistes.
Nous vous invitons à (re)découvrir ces éditions du siècle dernier illustrées avec talent. Toutes les éditions reproduites sont conservées et consultables à la Bibliothèque municipale de Tours.
Durée de la projection : 13 minutes.

Programmation culturelle
Visite commentée de l’exposition par le commissaire tous les samedis à 14h30 du 9 novembre au 8 février (hors vacances scolaires).
Visite commentée pour les groupes
Visite guidée pour des groupes de 20 personnes maximum, 45 € pour la conférence + 3 € par personne.
Sur réservation auprès de Monsieur Régis Rech: r.rech@bm-tours.fr

Conférences: Une heure, une œuvre
- Samedi 30 novembre: Mme Aline Mura-Brunel, professeure des universités en littérature française des 19e et 20e siècles présentera «Le Curé de Tours: une histoire du temps présent».
- Samedi 1er février: Mme Isabelle Lamy, responsable du Musée Balzac au château de Saché, interviendra sur le sujet «Honoré de Balzac: mon adresse est à Saché».

Public scolaire
- Dossier pédagogique.
- Une rencontre pour les enseignants est programmée le mercredi 13 novembre. Elle leur permettra de venir en visite libre avec leur classe.

Programmation pour le jeune public
- Un espace enfants prendra place dans l’exposition.
- Samedi 11 janvier, 14h30-17h: Adolescents en création / Mang’Art pour les 12-15 ans. Les adolescents, accompagnés par un médiateur et un auteur de bande dessinée (Philippe de La Fuente), décryptent deux illustrations dans l’exposition Balzac et la Touraine puis les interprètent en atelier à la façon d’une vignette de manga.
Visite et atelier: 5€ par adolescent
Réservation obligatoire sur www.mba.tours.fr, rubrique Visites et ateliers.

Communiqué par Monsieur Régis Rech, que nous remercions chaleureusement ici.

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