Ex oriente amicitia. Mélanges offerts à Frédéric Barbier à l’occasion de son 65e anniversaire,
éd. Claire Madl, István Monok,
Budapest, Magyar Tudományos Akadémia Könyvtár és Információs Központ, 2017,
420 p., ill.
(«L’Europe en réseaux. Contributions à l’histoire de la culture écrite, 1650-1918», VII).
ISBN, 978-963-7451-31-7
István Monok, «Frédéric Barbier, un historien du livre qui sait où se trouve l’Europe centrale»
Sándor Csernus, «Naissance d’un adage flexible et aujourd’hui de retour: ‘la Hongrie, rempart de la chrétienté’»
Attila Verók, «Der Bibliothekskatalog als historische Quelle für die Ideengeschichte? Realität, Schwirigkeiten, Perspektiven, an einem Beispiel aus Siebenbürgen»
Ágnes Dukkon, «Le cheminement dans l’Europe des XVIe et XVIIe siècles du Calendrier historial, un type de publication populaire»
Ildikó Sz. Kristóf, «Anthropologie dans le calendrier: la représentation des curiosités de la nature et des peuples exotiques dans les calendriers de Nagyszombat (Trnava), 1676-1773»
István Monok, «L’aristocratie de Hongrie et de Transylvanie aux XVIIe et XVIIIe siècles et le ‘livre pour tous’»
Martin Svatos, «La Bibliotheca bohemica et la Nova collectio scriptorum rerum Bohemicarum de Magnoald Ziegelbauer, OSB. Un regard extérieur sur l’histoire et l’historiographie du royaume de Bohème »
Marie-Élisabeth Ducreux, «Qu’est-ce qu’un propre des saints dans les « pays de l’empereur » après le concile de Trente? Une comparaison des livres d’offices liturgiques imprimés aux XVIIe et XVIIIe siècles»
Claire Madl, «Langue et édition scolaire en Bohême au temps de la réforme de Marie-Thérèse. Retour sur une grande question et de petits livres»
Olga Granasztói, «Éloge du roi de Prusse. Les connotations politiques d’un succès de librairie: la Hongrie et la Prusse entre 1787-1790»
Olga Penke, «La traduction hongroise de La Nouvelle Héloïse. Un transfert culturel manqué»
Doina Hendre Biró, «Le contexte politique et les conditions d’achat de l’ancienne imprimerie des jésuites par Ignace Batthyány, évêque de Transylvanie»
Andrea Seidler, «Aubruchstimmung. Die Gründung des preßburgischen Ungarischen Magazins (1781-1787). Versuch einer Dokumentation»
Norbert Bachleitner, «Die österreichische Zensur, 1751-1848»
Eva Mârza, Iacob Mârza, «Le catalogue de la bibliothèque des thélogiens roumains de Budapest, 1890-1891»
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vendredi 27 octobre 2017
mercredi 23 décembre 2015
En Allemagne moyenne (2)
Rien de surprenant si l’espace de la vallée du Main et de ses prolongements constitue un espace d’innovation, et de longue date attaché à l’écrit et au livre. La présence d’un grand nombre de riches institutions religieuses, églises, chapitres et maisons régulières, s’accompagne de l’existence de bibliothèques manuscrites souvent importantes: nous ne citerons ici que les cisterciens de Langheim, dont la maison est fondée sous l’évêque Otto Ier de Bamberg, en 1132. Par ailleurs, dès la fin du XVe siècle, les foires de Francfort s’imposent comme l’un des points naturels de rencontre des professionnels de la branche nouvelle de la typographie et de la distribution des livres imprimés.
Revenons à Bamberg, sur la haute vallée du Main, alors que règne le prince-évêque Georg von Schaumberg. Si chacun connaît les célébrissimes Chroniques de Nuremberg, on sait moins que la famille de l’un des artistes responsables de l’illustration vient, précisément, de Bamberg: Cuntz Pleydenwurff est en effet à la tête d’un atelier important de peintres dans cette ville, où son fils Hans (vers 1420-1472), reçoit une première formation avant un très probable voyage en Flandre. C’est ce dernier qui peint notamment une scène de la prédication de Johannes Capistran en 1451 sur la colline de la cathédrale de Bamberg (cf cliché ci-contre). Six ans plus tard, il s’installe à Nuremberg, où il commence à travailler et à former des élèves –parmi ceux-ci, Michael Wohlgemut, qui travaillera avec Anton Koberger et avec le jeune Dürer.
Bamberg attire aussi un homme jeune, peut-être d’ailleurs originaire de Francfort, et qui a pu se former à la typographie à l’école de Gutenberg à Mayence –beaucoup de points d’interrogation, on le voit. Alors que Gutenberg est en difficultés, Albrecht Pfister gagne en effet Bamberg, où il commence à imprimer au plus tard en 1459. La documentation archivistique fait pratiquement défaut, mais on lui attribue la paternité de la célèbre Bible à 36 lignes, peut-être commencée à Mayence: pour un livre aussi rare, la présence de douze exemplaires aujourd’hui conservés, même si parfois très incomplets, dans les bibliothèques de la région, constitue un indicateur significatif (à Bamberg, Cobourg, Erlangen, Nuremberg, Wurtzbourg, et dans plusieurs autres villes de moindre importance).
Les hypothèses sur la suite des événements n’ont pas fait défaut: Gutenberg est en procès avec ses financiers, et perd la maîtrise de son atelier en 1455. Il a pu se transporter lui-même à Bamberg, ou y envoyer des ouvriers pour terminer sa Bible à 36 lignes: les fontes utilisées pour ce travail viennent en effet de Mayence, mais on ne sait pas exactement dans quelles conditions s’est fait le transfert. Le rôle de Pfister est tout aussi incertain, selon qu’il était lui-même typographe, ou qu’il s’est formé à Bamberg avec des «anciens» de Mayence avant de lancer son propre atelier. On devine aussi, en arrière-plan, l’intervention de l’évêque, élu en 1459 et qui aurait soutenu l’installation des imprimeurs –le titre de secrétaire de l’évêque octroyé à Pfister assure à celui-ci une position officielle.
Mais Pfister est surtout connu pour ses innovations. Dans les années 1460, il va en effet publier une dizaines de pièces aujourd’hui connues: sa production a certainement été plus importante, d’autant qu’un certain nombre d’autres pièces imprimées avec les mêmes caractères, Lettres d’indulgence, Calendriers, etc., pourrait aussi lui être attribué. Toutes relèvent d’une forme de littérature de diffusion relativement large, et la grande majorité est en langue vernaculaire. C’est le Livre des quatre histoire (Histoire de Joseph, etc.) et le Procès de Bélial, ce sont surtout Le Laboureur de Bohème (Der Ackermann von Böhmen: cf cliché) et les fables de l’Edelstein. La Bible des pauvres, dont nous conservons des témoignages de deux éditions au moins publiées par Pfister, est en revanche en latin.
Enfin, Pfister est le premier typographe qui a enrichi ses textes en y intégrant des gravures sur bois.
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| Der Ackermann von Böhmen (exemplaire numérisé) |
Enfin, Pfister est le premier typographe qui a enrichi ses textes en y intégrant des gravures sur bois.
Son activité semble pourtant s’arrêter en 1463, et lui-même serait décédé trois ans plus tard, sans que l’affaire ne soit reprise –peut-être parce que les premières fontes sont alors trop usées pour pouvoir continuer d’être employées. Pourtant, le modèle de Bamberg se retrouve en partie au-delà de la ligne de crête: une dizaine d’années en effet après la disparition de Pfister, l’imprimerie s’établit en Bohème, à Pilsen, où un imprimeur anonyme donnera, autour de 1475-1476, le Nouveau Testament, l’Histoire de la chute de Troie et la Légende dorée, tous titres en tchèque… C’est peu de dire, on le voit, que, lorsque nous abordons cette géographie de l’Allemagne moyenne et de la Bohème, nous sommes en effet dans un monde innovant, où l’alphabétisation du plus grand nombre constitue déjà un phénomène bien avancé, et où la diffusion en langue vernaculaire occupe une position remarquable.
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samedi 19 décembre 2015
En Allemagne "moyenne" (1)
L’historien en général, et l’historien du livre en particulier, a tout intérêt à avoir quelques notions de géographie: lorsque nous donnons à des étudiants un cours sur l’invention de l’imprimerie par Gutenberg, des noms de villes reviennent régulièrement. En France, une certaine proportion des étudiants sait, du moins devrait-elle savoir, où se trouve Strasbourg. Si nous parlons de Mayence, nous voici sans doute déjà dans un monde plus incertain, pour ne rien dire de la troisième ville d’imprimerie, Bamberg. Seule une minorité d’étudiants saura situer Bamberg comme une ville aux confins de la Bohème, mais sans guère plus de précisions.
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Trois grands bassins fluviaux s’y rencontrent, le Rhin à l’ouest, le Danube au sud et l’Elbe à l’est. Nous sommes aussi, rappelons-le, à la frontière historique de deux grands blocs de population, les Germains et les Slaves, ces derniers s’établissant au VIe siècle dans le bassin supérieur de l’Elbe (l’actuelle République tchèque).
Il faut le reconnaître, cet espace qui est celui du bassin du Main est un espace compliqué, même si le concept de «paysage culturel», sur lequel nous sommes déjà revenus à plusieurs reprises, s’applique aussi à la géographie de l’Allemagne moyenne et de ses prolongements. Nous sommes dans un pays de massifs anciens, fermé vers l’est par une ligne de hauteurs assez médiocres, mais dont la traversée est difficile: la Forêt de Bohème au sud (max. inférieur à 1000m), le Fichtelgebirge au centre (1053m), les Monts métallifères (Erzgebirge) au nord (max. 1250m). Les hautes vallées sont sinueuses et souvent étroites, la forêt omniprésente, le climat rude pendant une large partie de l'année.
En venant de l’Ouest, la principale voie d’accès est celle du Main. La rivière se fraie difficilement un chemin depuis les hauteurs de la Forêt de Bohème en direction de son confluent –légèrement en aval de Francfort. À une vingtaine de kilomètres de Bayreuth, l’une de ses sources est toute proche des sources de la Saale, qui coule vers le nord, et de l’Eger, qui se dirige vers la Bohème. Rien de surprenant si la vallée du Main est dominée depuis le Xe siècle par des villes de négoce puissantes, devenues sièges d’évêchés, et qui abritent en outre un artisanat très développé: Bamberg, précisément, mais aussi Wurtzbourg –sans négliger d’autres centres moins importants, mais toujours actifs, Schweinfurt, Kitzingen, Aschaffenburg ou encore Offenbach.
La présence de ces villes, et de nombreuses autres, est essentielle, parce qu’elles constituent en elles-mêmes des espaces d’acculturation, parce qu’elles possèdent des institutions d’enseignement bientôt relativement développées, et parce qu’elles innervent et enrichissent leur plat pays. Nous n’en voudrons ici que deux exemples: à Amorbach, sur un tout petit affluent du Main (la Mud), Johann Welcker, né autour de 1440, est très probablement le fils du bourgmestre de la ville. Il fera ses études à Paris, avant de gagner Bâle en 1478, et d’y entreprendre, sous le nom de sa ville de naissance (Amerbach), une carrière d’imprimeur libraire –on connaît la suite. À l’autre extrémité de notre géographie, et une génération plus tard, nous voici à Kronach, légèrement à l’est de Cobourg, aux pieds de la Forêt de Thuringe: c’est là que naît en 1472 Lucas, fils d’un bourgeois établi dans cette petite ville. Il la quittera bientôt, pour gagner Vienne, puis Wittenberg, et pour faire, lui aussi sous le nom de sa ville de naissance (Cranach), la carrière que l’on sait, de plus en plus en articulation avec les industries du livre.
Bamberg n’est pas exactement sur le Main, mais bien sur son principal affluent, la Regnitz, qui descend des massifs de Franconie, et qui ouvre un passage vers le bassin du Danube. Nous sommes ici devant une autre frontière, historique celle-là: en Rhétie (l’Allemagne méridionale romaine) le limes se calait peu ou prou sur la vallée du Danube, avec Ratisbonne (Regensburg) comme principal point d’appui et, en arrière, Augsbourg. La grande ville contrôlant cette route est celle de Nuremberg, qui tient aussi la route de Pilsen et de Prague (par la Berounka, affluente de la Moldau, et donc sous-affluente de l’Elbe).
Bamberg n’est pas exactement sur le Main, mais bien sur son principal affluent, la Regnitz, qui descend des massifs de Franconie, et qui ouvre un passage vers le bassin du Danube. Nous sommes ici devant une autre frontière, historique celle-là: en Rhétie (l’Allemagne méridionale romaine) le limes se calait peu ou prou sur la vallée du Danube, avec Ratisbonne (Regensburg) comme principal point d’appui et, en arrière, Augsbourg. La grande ville contrôlant cette route est celle de Nuremberg, qui tient aussi la route de Pilsen et de Prague (par la Berounka, affluente de la Moldau, et donc sous-affluente de l’Elbe).
Ne nous attardons pas sur la complexité de cette géographie sur le plan politique: elle est dominée, à la fin du Moyen Âge, par les deux puissances majeures que sont le roi de Bohème et l’empereur, mais le pouvoir effectif appartient bien plutôt aux princes-évêques, aux villes libres et impériales, et à quelques grandes dynasties nobiliaires, dont les margraves de Bayreuth. Soulignons plutôt combien nous sommes dans un espace ouvert aussi bien sur les pays du nord que sur le Rhin et l’Europe occidentale, sur la Bohème sur la géographie du Danube, et sur l’Italie: richesses, influences et sensibilités de toutes sortes s’y entrecroisent et s’y retrouvent. Est-il besoin de dire que le «voyageur bibliographe» d’aujourd’hui s’y trouve lui aussi dans un monde béni des dieux: les bibliothèques richissimes se succèdent, de Wurtzbourg à Nuremberg, à Erlangen et à Bamberg, avec son fabuleux fonds de manuscrits et ses quelque 3500 incunables…
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jeudi 5 novembre 2015
Le livre de voyage, ou l’invention d’un modèle éditorial à Mayence au XVe siècle
Que les récits de voyage constituent une branche importante de l’économie de la «librairie», nous le savons. Que cette importance remonte pratiquement aux origines de la typographie en caractères mobiles, et qu’un idéaltype publié en 1486 donne les principales caractéristiques des livres de voyage dans le plus long terme, reste relativement plus méconnu.
Il faut d’abord rappeler que le voyage ne débouchera qu’exceptionnellement sur un récit, et encore plus exceptionnellement sur un récit publié. Sans parler de ceux qui migrent pour se mettre à l’abri ou pour chercher de meilleurs conditions de vie, la grande majorité des voyageurs occidentaux se déplace pour son travail (des négociants, des étudiants, des diplomates et autres envoyés), ou pour des raisons religieuses (effectuer un pèlerinage). Certains adressent le cas échéant une relation en forme de correspondance à ceux qui les ont mandatés (c’est le cas, par ex., des ambassadeurs vénitiens du XVe siècle), mais le plus grand nombre ne ressent tout simplement pas l’envie de consigner son expérience par écrit.
Bernhard von Breydenbach, Peregrinatio in Terram Sanctam, Mainz, Ehrhard Reuwich, 11 II 1486, 2° (HC 3956*, GW 5075).
L’illustration de l’ouvrage est exceptionnelle, avec en particulier plusieurs planches xylographiées présentées en dépliant, et dont la plus grande reproduit une magnifique vue de Venise. Par suite, cette édition constitue un témoignage clé sur l’évolution du statut de l’artiste au tournant du XVe siècle: l’adresse éditoriale est en effet celle de Reuwich, de même que, quelques années plus tard, Albrecht Dürer publiera sous son nom propre un certain nombre de ses œuvres, au premier rang desquelles la célébrissime Apocalypse.
Breydenbach et Reuwich ont certainement conçu dès avant leur départ, peut-être à Mayence même, le projet de publier, ce pour quoi le premier tient un journal tandis que le second prend des croquis qui seront gravés après leur retour: ils seront aidés, pour l’édition proprement dite, par Martin Rad, dominicain à Pforzheim. Pour les auteurs, il faut «donner à voir» non seulement les monuments, mais aussi les scènes et les paysages devant lesquels ils se trouvent, sans parler des échantillons d’histoire naturelle: il y a, dans le récit une dimension religieuse certaine, mais aussi une perspective encyclopédiste qui fonde, bien évidemment, la volonté de publier. Les deux caractéristiques que nous soulignons, l’initiative prise par le ou les auteurs sur le plan éditorial, et la présence d’illustrations en nombre, restent fréquemment présentes dans les livres de voyage produits par la «librairie d’Ancien Régime».
Le deuxième enseignement de notre titre concerne expressément la problématique des transferts culturels. De fait, le texte de Breydenbach est d’abord donné en latin, ce qui est la règle à l’époque, mais, à peine quatre mois plus tard, il sort en langue vernaculaire allemande, toujours à l’adresse de Mayence. Peter Schöffer dispose de capacités de production suffisantes pour publier deux titres matériellement importants dans un délai remarquablement bref:
Bernhard von Breydenbach, Peregrinatio in Terram Sanctam [allemand], Mainz, Ehrhard Reuwich, 21 VI 1486, 2° (H 3959*, GW 5077).
Même si nous ne savons rien des chiffres de tirage, l’opération éditoriale se révèle très vite un succès, et des contrefaçons sont bientôt repérées, à Augsbourg chez Anton Sorg en 1488 (texte allemand: HC 3960*), et à Spire par Peter Drach en 1490 (texte latin: HC 3957*). Très vite, l’ouvrage est traduit en flamand, peut-être par Reuwich lui-même, et publié toujours à l’adresse de Mayence (1488) (HCR 3963). La traduction française, par Nicolas Le Huen, est imprimée à Lyon chez Topié et Heremberck cette même année 1488 –Le Huen avait, lui aussi, fait le pèlerinage de Jérusalem:
Bernhard von Breydenbach, Des saintes pérégrinationes de Jérusalem, trad. Nicolas Le Huen, Lyon, Michel Topié et Jacques Heremberck, 1488 (C 1338 = 3538, GW 5080).
Cette édition constituerait le premier titre où apparaissent en France des gravures non plus sur bois (comme l’original mayençais), mais en taille-douce. Une seconde édition sort, toujours à Lyon, mais chez Gaspard Ortuin, en 1489: les seize gravures en sont cette fois imprimées avec les bois de la première édition mayençaise, bois apparemment cédés par Schoeffer à son collègue. On y trouve le premier alphabet arabe imprimé, ainsi que cinq autres alphabets orientaux plus ou moins déformés (chaldéen, hébreu, turc et grec):
Bernhard von Breydenbach, Saint voiage et pelerinage de la cité saincte de Hierusalem, trad. Jean de Hersin, Lyon, Gaspard Ortuin, 1489 (HC 3961, GW 05079).
Arrêtons-nous un instant sur ces figures lyonnaises, qui illustrent une nouvelle fois le rôle des petits groupes de «passeurs culturels» ayant fait en partie la fortune de la «librairie» de la ville au XVe siècle. La communauté des immigrés allemands tient alors une place centrale dans le petit monde des imprimeurs lyonnais, où les liens sont très étroits entre Lyon, Genève, Bâle et les villes d’Allemagne du sud et de la vallée du Rhin. Mais, à leurs côtés, voici les clercs, comme précisément un Jean de Hersin, docteur en théologie de l’Université de Paris et prieur des Ermites de Saint-Augustin à Lyon –on pourrait aussi penser aux médecins actifs dans la ville. Ce milieu d’intermédiaires culturels se réunit autour des ateliers d’imprimerie, et son rôle est d’autant plus grand que Lyon n’est pas une ville universitaire, et que les participants impulsent un certain nombre de projets et d’innovations.
On connaît encore deux autres traductions de Breydenbach en vernaculaire. La première est donnée en tchèque par Mikulás Bakalár à Pilsen, la capitale de la Bohème occidentale, en 1498:
Bernhard von Breydenbach, Peregrinatio in Terram sanctam [tchèque], Pilsen, Mikulás Bakalár, 1498 (GW 0508210N). Deux exemplaires seulement de cette édition sont aujourd’hui connus, tous deux conservés à Prague.
La dernière traduction du récit de Breydenbach au XVe siècle est celle préparée par Martin Martinez de Ampies en espagnol, et imprimée par Paul Hurus dans la capitale du royaume d'Aragon, Saragosse, cette même année 1498 (H 3965, GW 5082). Signalons que Hurus est un autre émigré allemand, et qu’il serait peut-être lié aux imprimeurs et libraires Huss de Lyon… Pour finir, les gravures de certaines éditions de Breydenbach sont réemployées dans des titres largement postérieurs: une traduction allemande du Commentaire de Giovio sur les affaires turques, traduction réimprimée à Augsbourg en 1538, présente, par exemple, quelques illustrations reprises de l’édition incunable de Breydenbach publiée à Spire (Edoardo Barbieri).
Comme pour le Narrenschiff (la Nef des fous) de Sébastien Brant (1494), la succession des éditions, contrefaçons et traductions de Breydenbach témoigne du mouvement complexe articulant désormais, entendons à la fin du XVe siècle, déconstruction de la «scripturalité universelle latine», montée en puissance des publications en langue vernaculaire et construction progressive de «marchés» du livre qui tendront de plus en plus à s’organiser selon la géographie des langues. Le livre de voyage intéresse, d’emblée, un public transnational, qu’il convient de mobiliser par la mise en œuvre de procédures éditoriales bien spécifiques, procédures dont le récit de Breydenbach donne le modèle.
H. W. Davies, Bernhard von Breydenbach and his journey to the holy land, 1483-1484, London, 1911.
Il faut d’abord rappeler que le voyage ne débouchera qu’exceptionnellement sur un récit, et encore plus exceptionnellement sur un récit publié. Sans parler de ceux qui migrent pour se mettre à l’abri ou pour chercher de meilleurs conditions de vie, la grande majorité des voyageurs occidentaux se déplace pour son travail (des négociants, des étudiants, des diplomates et autres envoyés), ou pour des raisons religieuses (effectuer un pèlerinage). Certains adressent le cas échéant une relation en forme de correspondance à ceux qui les ont mandatés (c’est le cas, par ex., des ambassadeurs vénitiens du XVe siècle), mais le plus grand nombre ne ressent tout simplement pas l’envie de consigner son expérience par écrit.
Issu d’une famille de nobles hessois, Bernhard von Breydenbach (vers 1440-1497) passe le doctorat en droit à Erfurt, avant de s’engager dans une brillante carrière d’homme d’Église: chanoine métropolitain de Mayence, il est en outre titulaire d’un certain nombre d’autres bénéfices et charges, y compris comme principal administrateur de l’électorat archiépiscopal. En 1483, il accompagne le comte Johann zu Solms pour effectuer le voyage de Terre Sainte. Parmi les autres compagnons du périple, on soulignera la présence du peintre et dessinateur Erhard Reuwich. Le petit groupe s’embarque à Venise.
De retour en Allemagne, Breydenbach publie son récit de la Peregrinatio in Terram Sanctam en 1486, récit tiré sur les presses de Peter Schoeffer à Mayence, mais à la suite d’une commande d’Ehrard Reuwich. Celui-ci, originaire d’Utrecht, a illustré le texte, et peut-être avancé les fonds pour la publication : Bernhard von Breydenbach, Peregrinatio in Terram Sanctam, Mainz, Ehrhard Reuwich, 11 II 1486, 2° (HC 3956*, GW 5075).
L’illustration de l’ouvrage est exceptionnelle, avec en particulier plusieurs planches xylographiées présentées en dépliant, et dont la plus grande reproduit une magnifique vue de Venise. Par suite, cette édition constitue un témoignage clé sur l’évolution du statut de l’artiste au tournant du XVe siècle: l’adresse éditoriale est en effet celle de Reuwich, de même que, quelques années plus tard, Albrecht Dürer publiera sous son nom propre un certain nombre de ses œuvres, au premier rang desquelles la célébrissime Apocalypse.
Breydenbach et Reuwich ont certainement conçu dès avant leur départ, peut-être à Mayence même, le projet de publier, ce pour quoi le premier tient un journal tandis que le second prend des croquis qui seront gravés après leur retour: ils seront aidés, pour l’édition proprement dite, par Martin Rad, dominicain à Pforzheim. Pour les auteurs, il faut «donner à voir» non seulement les monuments, mais aussi les scènes et les paysages devant lesquels ils se trouvent, sans parler des échantillons d’histoire naturelle: il y a, dans le récit une dimension religieuse certaine, mais aussi une perspective encyclopédiste qui fonde, bien évidemment, la volonté de publier. Les deux caractéristiques que nous soulignons, l’initiative prise par le ou les auteurs sur le plan éditorial, et la présence d’illustrations en nombre, restent fréquemment présentes dans les livres de voyage produits par la «librairie d’Ancien Régime».
Le deuxième enseignement de notre titre concerne expressément la problématique des transferts culturels. De fait, le texte de Breydenbach est d’abord donné en latin, ce qui est la règle à l’époque, mais, à peine quatre mois plus tard, il sort en langue vernaculaire allemande, toujours à l’adresse de Mayence. Peter Schöffer dispose de capacités de production suffisantes pour publier deux titres matériellement importants dans un délai remarquablement bref:
Bernhard von Breydenbach, Peregrinatio in Terram Sanctam [allemand], Mainz, Ehrhard Reuwich, 21 VI 1486, 2° (H 3959*, GW 5077).
Même si nous ne savons rien des chiffres de tirage, l’opération éditoriale se révèle très vite un succès, et des contrefaçons sont bientôt repérées, à Augsbourg chez Anton Sorg en 1488 (texte allemand: HC 3960*), et à Spire par Peter Drach en 1490 (texte latin: HC 3957*). Très vite, l’ouvrage est traduit en flamand, peut-être par Reuwich lui-même, et publié toujours à l’adresse de Mayence (1488) (HCR 3963). La traduction française, par Nicolas Le Huen, est imprimée à Lyon chez Topié et Heremberck cette même année 1488 –Le Huen avait, lui aussi, fait le pèlerinage de Jérusalem:
Bernhard von Breydenbach, Des saintes pérégrinationes de Jérusalem, trad. Nicolas Le Huen, Lyon, Michel Topié et Jacques Heremberck, 1488 (C 1338 = 3538, GW 5080).
Cette édition constituerait le premier titre où apparaissent en France des gravures non plus sur bois (comme l’original mayençais), mais en taille-douce. Une seconde édition sort, toujours à Lyon, mais chez Gaspard Ortuin, en 1489: les seize gravures en sont cette fois imprimées avec les bois de la première édition mayençaise, bois apparemment cédés par Schoeffer à son collègue. On y trouve le premier alphabet arabe imprimé, ainsi que cinq autres alphabets orientaux plus ou moins déformés (chaldéen, hébreu, turc et grec): Bernhard von Breydenbach, Saint voiage et pelerinage de la cité saincte de Hierusalem, trad. Jean de Hersin, Lyon, Gaspard Ortuin, 1489 (HC 3961, GW 05079).
Arrêtons-nous un instant sur ces figures lyonnaises, qui illustrent une nouvelle fois le rôle des petits groupes de «passeurs culturels» ayant fait en partie la fortune de la «librairie» de la ville au XVe siècle. La communauté des immigrés allemands tient alors une place centrale dans le petit monde des imprimeurs lyonnais, où les liens sont très étroits entre Lyon, Genève, Bâle et les villes d’Allemagne du sud et de la vallée du Rhin. Mais, à leurs côtés, voici les clercs, comme précisément un Jean de Hersin, docteur en théologie de l’Université de Paris et prieur des Ermites de Saint-Augustin à Lyon –on pourrait aussi penser aux médecins actifs dans la ville. Ce milieu d’intermédiaires culturels se réunit autour des ateliers d’imprimerie, et son rôle est d’autant plus grand que Lyon n’est pas une ville universitaire, et que les participants impulsent un certain nombre de projets et d’innovations.
On connaît encore deux autres traductions de Breydenbach en vernaculaire. La première est donnée en tchèque par Mikulás Bakalár à Pilsen, la capitale de la Bohème occidentale, en 1498:
Bernhard von Breydenbach, Peregrinatio in Terram sanctam [tchèque], Pilsen, Mikulás Bakalár, 1498 (GW 0508210N). Deux exemplaires seulement de cette édition sont aujourd’hui connus, tous deux conservés à Prague.
La dernière traduction du récit de Breydenbach au XVe siècle est celle préparée par Martin Martinez de Ampies en espagnol, et imprimée par Paul Hurus dans la capitale du royaume d'Aragon, Saragosse, cette même année 1498 (H 3965, GW 5082). Signalons que Hurus est un autre émigré allemand, et qu’il serait peut-être lié aux imprimeurs et libraires Huss de Lyon… Pour finir, les gravures de certaines éditions de Breydenbach sont réemployées dans des titres largement postérieurs: une traduction allemande du Commentaire de Giovio sur les affaires turques, traduction réimprimée à Augsbourg en 1538, présente, par exemple, quelques illustrations reprises de l’édition incunable de Breydenbach publiée à Spire (Edoardo Barbieri).
Comme pour le Narrenschiff (la Nef des fous) de Sébastien Brant (1494), la succession des éditions, contrefaçons et traductions de Breydenbach témoigne du mouvement complexe articulant désormais, entendons à la fin du XVe siècle, déconstruction de la «scripturalité universelle latine», montée en puissance des publications en langue vernaculaire et construction progressive de «marchés» du livre qui tendront de plus en plus à s’organiser selon la géographie des langues. Le livre de voyage intéresse, d’emblée, un public transnational, qu’il convient de mobiliser par la mise en œuvre de procédures éditoriales bien spécifiques, procédures dont le récit de Breydenbach donne le modèle.
H. W. Davies, Bernhard von Breydenbach and his journey to the holy land, 1483-1484, London, 1911.
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jeudi 24 avril 2014
Une superbe bibliothèque du XVIe siècle
Toujours en Bohême, la petite ville de Březnice (Bresnitz) possède un très intéressant château dont les origines remontent à l’époque gothique.
Georges de Lokšan, qui s'établit en Bohême en 1523 comme secrétaire de Louis de Jagellon, est le fondateur moderne de Březnice, alors réaménagé dans le style de la Renaissance. Mais le roi de Bohême et de Hongrie, successeur de Mathias Corvin, meurt à Mohács trois ans plus tard. La veuve de Georges, Catherine (Katharina) Adler, vient de Spire, et est apparentée aux richissimes Welser d’Augsbourg. C'est elle qui crée la bibliothèque du château, et qui poursuit la reconstruction de celui-ci en faisant venir des architectes italiens. Leur petit-fils obtiendra le titre de «seigneur» de Bohême en 1604.
Nous sommes dans un environnement protestant, ce qui explique que, au moment de la Montagne Blanche (1621), l'un des descendants quitte la Bohême avec l’électeur palatin Frédéric V, tandis que le deuxième se voit confisquer le château, et que le dernier se convertit au catholicisme… Le château est cédé au procureur royal alors requis dans le procès des nobles révoltés (1622) (Adaukt Genissek, baron von Augezd). Plus tard, château et domaine passeront aux Kolowrat-Krakowský: le comte Joseph Maria Kolowrat-Krakowský, baron von Újezd (1746-1824), donnera au Musée national de Prague un premier ensemble de 96 manuscrits de Breznitz, et il sera imité par son fils, Johann Nepomuk Karl. Ce dernier étant décédé sans enfants, la propriété passera enfin à la famille hongroise des Pálffy von Erdöd, et les 90 derniers manuscrits de Breznitz seront cédés par ceux-ci en 1893 au Musée national.
Les livres ne sont plus là, mais le château de Březnice conserve aujourd'hui la plus ancienne bibliothèque existant en République tchèque: dans une belle salle du premier étage, aux poutres peintes et aux murs décorés de fresques, deux armoires fermées abritent la collection de livres –il y a de la place pour quelque cent cinquante volumes. En face, devant une étroite fenêtre, une table servant de bureau pouvait être utilisée par celui qui souhaitait travailler sur les volumes.
Voici donc un monument de l’histoire des bibliothèques, d’autant plus précieux que les aménagements mobiliers remontant aux premières décennies du XVIe siècle sont aujourd’hui devenus rarissimes, et qu’il s’agit d’une bibliothèque privée, dans un environnement politico-culturel à tous égards remarquable.
Bibliographie: Fabian Handbuch.
Merci à Mme Claire Madl pour ses éclaircissements sur une histoire… compliquée.
Georges de Lokšan, qui s'établit en Bohême en 1523 comme secrétaire de Louis de Jagellon, est le fondateur moderne de Březnice, alors réaménagé dans le style de la Renaissance. Mais le roi de Bohême et de Hongrie, successeur de Mathias Corvin, meurt à Mohács trois ans plus tard. La veuve de Georges, Catherine (Katharina) Adler, vient de Spire, et est apparentée aux richissimes Welser d’Augsbourg. C'est elle qui crée la bibliothèque du château, et qui poursuit la reconstruction de celui-ci en faisant venir des architectes italiens. Leur petit-fils obtiendra le titre de «seigneur» de Bohême en 1604.
Nous sommes dans un environnement protestant, ce qui explique que, au moment de la Montagne Blanche (1621), l'un des descendants quitte la Bohême avec l’électeur palatin Frédéric V, tandis que le deuxième se voit confisquer le château, et que le dernier se convertit au catholicisme… Le château est cédé au procureur royal alors requis dans le procès des nobles révoltés (1622) (Adaukt Genissek, baron von Augezd). Plus tard, château et domaine passeront aux Kolowrat-Krakowský: le comte Joseph Maria Kolowrat-Krakowský, baron von Újezd (1746-1824), donnera au Musée national de Prague un premier ensemble de 96 manuscrits de Breznitz, et il sera imité par son fils, Johann Nepomuk Karl. Ce dernier étant décédé sans enfants, la propriété passera enfin à la famille hongroise des Pálffy von Erdöd, et les 90 derniers manuscrits de Breznitz seront cédés par ceux-ci en 1893 au Musée national.
Les livres ne sont plus là, mais le château de Březnice conserve aujourd'hui la plus ancienne bibliothèque existant en République tchèque: dans une belle salle du premier étage, aux poutres peintes et aux murs décorés de fresques, deux armoires fermées abritent la collection de livres –il y a de la place pour quelque cent cinquante volumes. En face, devant une étroite fenêtre, une table servant de bureau pouvait être utilisée par celui qui souhaitait travailler sur les volumes.
Voici donc un monument de l’histoire des bibliothèques, d’autant plus précieux que les aménagements mobiliers remontant aux premières décennies du XVIe siècle sont aujourd’hui devenus rarissimes, et qu’il s’agit d’une bibliothèque privée, dans un environnement politico-culturel à tous égards remarquable.
Bibliographie: Fabian Handbuch.
Merci à Mme Claire Madl pour ses éclaircissements sur une histoire… compliquée.
lundi 14 avril 2014
Colloque d'histoire des bibliothèques à Prague
Bibliothèques, bibliothécaires, lecteurs
Colloque international en commémoration
du 95e anniversaire de la loi
sur les Bibliothèques publiques
et en
l’honneur de Jan Thon
17-18 avril 2014
Programme (programme détaillé en tchèque)
Jeudi, 17 Avril 2014 Lieu: Archives littéraires du Musée de la littérature nationale
9:00-9:30 Enregistrement des participants 9:30-9:45 Cérémonie d'ouverture
9:45-10:45 Bibliothèques et transferts culturels: l'exemple de Strasbourg, 1538-1918, par Monsieur Frédéric Barbier (EPHE/CNRS)
10:45-11:00 Discussion
11:00-11:15 Pause
11:15-12 :45 L’institution de la bibliothèque (I) (Président: T. Pavlicek). Interventions de J. Pokorny, C. Madl, M. Fapšo, V. Brožová, M. Ducháček
12:45-13:05 Discussion
13h05-14h15 Pause déjeuner
14:15-15:50 L’institution de la bibliothèque (II) (Modérateur: T. Rehak). Interventions de J. Hnilica, A. Míšková, P. Čáslavová, A. Petruželková
15:35-15:50 Discussion
15h50-16h05 Pause
16h05-17h25 Les bibliothécaires et leurs destins (Modérateur M. Sekera). Interventions de Renata Ferklová, L. Nivnická, R. Jančar, Miloš Sládek
17:25-17:40 Discussion
17h45 Clôture
Vendredi 18 Avril 2014
Lieu: Bibliothèque municipale de Prague, petite salle
8:30-9:00 Enregistrement des participants
9:00-9:20 Mot de bienvenue et d'ouverture (T. Rehak, M. Losíková)
9:25-10:15 Education et lecture (Modérateur: J. Štěrbová). Interventions de Jiří Trávníček, E. Mikulášek, Z. Houšková
10:15-10:30 Pause
10:30-12:35 Bibliothèques et éducation: aujourd'hui et demain (Modérateur: J. Štěrbová). Interventions de I. Mikulášek, E. Měřínská, T. Rehak, Z. Houšková, M. Krčál, J. Skládaná, K. Rovná
12:20-12:35 Discussion
12:35-13:30 Pause déjeuner
13:30-14:50 Bibliothèques et bibliothécaires aujourd'hui et demain (Modérateur: J. Pokorny) . Interventions de V. Richter, P. Škyřík, V. Peslerová, M. Hache
14h50-15h00 Discussion
15h00 Clôture
Faculté de pédagogie de l'Université Charles de Prague
Archives littéraires de la Littérature nationale
Bibliothèque municipale
Centre de recherche français en sciences sociales (CEFRES)
Libellés :
bibliothèque,
Bohême,
Programme de recherche ou de manifestation,
public
jeudi 6 février 2014
Publication de la thèse de Claire Madl: histoire du livre et des Lumières en Bohème
Claire Madl,
«Tous les goûts à la fois». Les engagements d’un aristocrate éclairé de Bohême,
Genève, Droz, 2013,
X-467 p., ill., cartes, graph.
(«Histoire et civilisation du livre», 33)
ISBN 9 782600 013574
Nous tenons en main, avec quelques années de retard, le livre de Claire Madl, livre qui correspond à la publication d’une thèse de doctorat soutenue en 2007 à l’Ecole pratique des Hautes Etudes. La thèse était consacrée à un noble éclairé de Bohème, le comte Franz Anton von Hartig (1758-1797), et à son rapport au livre et à l’écrit. Le titre a évolué pour devenir celui que nous découvrons aujourd’hui, l’information a été actualisée en fonction des recherches les plus récentes, mais la base de la recherche est bien la même.
Les historiens du livre et les spécialistes de l’Europe des Habsbourg connaissent de longue date le nom de Claire Madl (voir par ex. sur ce blog): Claire Madl s’est imposée à la fois comme une spécialiste de l’histoire socio-politique de l’Europe centrale, et comme une «intermédiaire culturelle» très efficace entre la République tchèque, l’Autriche, l’Allemagne et la France. Elle a organisé ou co-organisé un grand nombre de manifestations scientifiques tenues à Prague, ses compétences linguistiques lui ont permis de donner des travaux de traduction appréciés, tandis qu’elle a conduit parallèlement une activité discrète, mais d’autant plus utile, en tant qu’éditrice.
Parfaitement informée sur l’historiographie tchèque, allemande et française concernant les Lumières et l’histoire du livre des Lumières, Madame Madl est d’abord une historienne du livre, qui dispose de toutes les connaissances d’expertise de ce champ (bibliographie matérielle, étude des particularités d’exemplaires, construction de la documentation par la critique des sources –par exemple s’agissant des catalogues de bibliothèque, etc.). Elle conjugue ainsi un ensemble très rare de compétences précieuses, qui font qu'elle s’impose comme une figure aujourd'hui reconnue dans un domaine difficile de la recherche historique.
Le volume qui vient de sortir, et qui est destiné à brève échéance à devenir un classique, donne une parfaite illustration de ce que devrait être la recherche fondamentale en histoire: un texte précis, détaillé, mais efficace et toujours élégant, par lequel l’auteur conduit le lecteur nécessairement moins informé tout au long de son raisonnement. Après une quinzaine de pages d’introduction, trois grandes parties, et neuf chapitres équilibrés, organisent l’ensemble, selon un plan chronologique qui se déroule au fil de la biographie du comte:
1) Dans Ouverture par les savoirs: le cosmopolitisme comme tradition familiale et principe d’éducation, l’auteur reprend l’itinéraire d’une famille qui s'engage dans la diplomatie et dans le service de l’Etat –à une époque et dans une géographie où le modèle politique de l’Empire se trouve de fait concurrencé par la montée en puissance de la logique de territorialisation (les Etats héréditaires de la Maison de Habsbourg). L’écrit et le livre sont constamment présents au fil des pages, mais le chapitre consacré à la bibliothèque familiale constitue réellement un modèle d’étude d’un type de sources trop souvent malmenées: Madame Madl y associe une approche statistique globale avec l’histoire de la collection, et avec l’étude fine des exemplaires eux-mêmes et des pratiques et représentations dont ils portent témoignage.
2) La deuxième partie, Un espace à sa mesure: l’Europe des lettrés, l’Europe des diplomates, constitue pour nous, à nouveau, un ensemble d’une qualité remarquable. Les grands thèmes et les pratiques de l’Europe éclairée y sont présentés en suivant le fil de la biographie du comte. L’auteur y traite d’abord de la problématique des réseaux lettrés, et de l’insertion de Hartig comme l’un de leurs acteurs, par le biais de l’écriture (avec une étude de l’intertextualité et des lectures préliminaires, p. 166-175). Puis c’est le temps des «affaires» et du «service», pour lesquels les compétences et l’efficacité s’appuient sur la qualité de la formation et de l’information, c’est-à-dire à nouveau sur l’écrit et sur l’imprimé.
3) La dernière partie (Terrains d’action restreints pour un accès à l’universel) nous dévoile une autre échelle de l’engagement social de Hartig: il s’agit non plus de l’Europe cosmopolite, mais de la Bohème, et des domaines et propriétés que la famille y possède. Le comte se lance dans l’agronomie et dans l’économie rurale, mais il s’intéresse aussi aux jardins, tandis que des perspectives nouvelles pénètrent ses préoccupations, avec les sciences et les techniques, mais aussi avec la question de l’identité tchèque. Hartig meurt alors qu’il n’a pas quarante ans: le neuvième et dernier chapitre que nous propose Madame Madl présente le temps de la maladie, les réflexions de Hartig sur sa propre expérience, et les voies qu’il s’ouvre pour se survivre à lui-même –notamment par le recueil des Moralische Gedichte qu’il s’emploie à constituer.
L’ouvrage est complété par un état des sources et de la bibliographie, qui prouve, s’il en était besoin, l’ampleur de l’information réunie pour l’enquête; par un jeu d’annexes (généalogie, bibliographie des publications et des écrits de Franz von Hartig); par un index nominum; enfin, par une trentaine d’illustrations signifiantes et tout particulièrement exploitées dans le texte.
Une grande thèse, qui prend la forme d’un livre exemplaire, parce que l’auteur y combine étude de cas et souci constant de la contextualisation; parce qu’il associe la précision du discours scientifique à des qualités constantes de finesse et de sensibilité (nous avons coutume de souligner le fait que l'empathie est aussi une modalité de la connaissance); et parce que l’écriture efficace rend partout et toujours aisément accessible les résultats d’une recherche fondamentale à tous égards exceptionnelle.
«Tous les goûts à la fois». Les engagements d’un aristocrate éclairé de Bohême,
Genève, Droz, 2013,
X-467 p., ill., cartes, graph.
(«Histoire et civilisation du livre», 33)
ISBN 9 782600 013574
Nous tenons en main, avec quelques années de retard, le livre de Claire Madl, livre qui correspond à la publication d’une thèse de doctorat soutenue en 2007 à l’Ecole pratique des Hautes Etudes. La thèse était consacrée à un noble éclairé de Bohème, le comte Franz Anton von Hartig (1758-1797), et à son rapport au livre et à l’écrit. Le titre a évolué pour devenir celui que nous découvrons aujourd’hui, l’information a été actualisée en fonction des recherches les plus récentes, mais la base de la recherche est bien la même.
Les historiens du livre et les spécialistes de l’Europe des Habsbourg connaissent de longue date le nom de Claire Madl (voir par ex. sur ce blog): Claire Madl s’est imposée à la fois comme une spécialiste de l’histoire socio-politique de l’Europe centrale, et comme une «intermédiaire culturelle» très efficace entre la République tchèque, l’Autriche, l’Allemagne et la France. Elle a organisé ou co-organisé un grand nombre de manifestations scientifiques tenues à Prague, ses compétences linguistiques lui ont permis de donner des travaux de traduction appréciés, tandis qu’elle a conduit parallèlement une activité discrète, mais d’autant plus utile, en tant qu’éditrice.
Parfaitement informée sur l’historiographie tchèque, allemande et française concernant les Lumières et l’histoire du livre des Lumières, Madame Madl est d’abord une historienne du livre, qui dispose de toutes les connaissances d’expertise de ce champ (bibliographie matérielle, étude des particularités d’exemplaires, construction de la documentation par la critique des sources –par exemple s’agissant des catalogues de bibliothèque, etc.). Elle conjugue ainsi un ensemble très rare de compétences précieuses, qui font qu'elle s’impose comme une figure aujourd'hui reconnue dans un domaine difficile de la recherche historique.
Le volume qui vient de sortir, et qui est destiné à brève échéance à devenir un classique, donne une parfaite illustration de ce que devrait être la recherche fondamentale en histoire: un texte précis, détaillé, mais efficace et toujours élégant, par lequel l’auteur conduit le lecteur nécessairement moins informé tout au long de son raisonnement. Après une quinzaine de pages d’introduction, trois grandes parties, et neuf chapitres équilibrés, organisent l’ensemble, selon un plan chronologique qui se déroule au fil de la biographie du comte:
1) Dans Ouverture par les savoirs: le cosmopolitisme comme tradition familiale et principe d’éducation, l’auteur reprend l’itinéraire d’une famille qui s'engage dans la diplomatie et dans le service de l’Etat –à une époque et dans une géographie où le modèle politique de l’Empire se trouve de fait concurrencé par la montée en puissance de la logique de territorialisation (les Etats héréditaires de la Maison de Habsbourg). L’écrit et le livre sont constamment présents au fil des pages, mais le chapitre consacré à la bibliothèque familiale constitue réellement un modèle d’étude d’un type de sources trop souvent malmenées: Madame Madl y associe une approche statistique globale avec l’histoire de la collection, et avec l’étude fine des exemplaires eux-mêmes et des pratiques et représentations dont ils portent témoignage.
2) La deuxième partie, Un espace à sa mesure: l’Europe des lettrés, l’Europe des diplomates, constitue pour nous, à nouveau, un ensemble d’une qualité remarquable. Les grands thèmes et les pratiques de l’Europe éclairée y sont présentés en suivant le fil de la biographie du comte. L’auteur y traite d’abord de la problématique des réseaux lettrés, et de l’insertion de Hartig comme l’un de leurs acteurs, par le biais de l’écriture (avec une étude de l’intertextualité et des lectures préliminaires, p. 166-175). Puis c’est le temps des «affaires» et du «service», pour lesquels les compétences et l’efficacité s’appuient sur la qualité de la formation et de l’information, c’est-à-dire à nouveau sur l’écrit et sur l’imprimé.
3) La dernière partie (Terrains d’action restreints pour un accès à l’universel) nous dévoile une autre échelle de l’engagement social de Hartig: il s’agit non plus de l’Europe cosmopolite, mais de la Bohème, et des domaines et propriétés que la famille y possède. Le comte se lance dans l’agronomie et dans l’économie rurale, mais il s’intéresse aussi aux jardins, tandis que des perspectives nouvelles pénètrent ses préoccupations, avec les sciences et les techniques, mais aussi avec la question de l’identité tchèque. Hartig meurt alors qu’il n’a pas quarante ans: le neuvième et dernier chapitre que nous propose Madame Madl présente le temps de la maladie, les réflexions de Hartig sur sa propre expérience, et les voies qu’il s’ouvre pour se survivre à lui-même –notamment par le recueil des Moralische Gedichte qu’il s’emploie à constituer.
L’ouvrage est complété par un état des sources et de la bibliographie, qui prouve, s’il en était besoin, l’ampleur de l’information réunie pour l’enquête; par un jeu d’annexes (généalogie, bibliographie des publications et des écrits de Franz von Hartig); par un index nominum; enfin, par une trentaine d’illustrations signifiantes et tout particulièrement exploitées dans le texte.
Une grande thèse, qui prend la forme d’un livre exemplaire, parce que l’auteur y combine étude de cas et souci constant de la contextualisation; parce qu’il associe la précision du discours scientifique à des qualités constantes de finesse et de sensibilité (nous avons coutume de souligner le fait que l'empathie est aussi une modalité de la connaissance); et parce que l’écriture efficace rend partout et toujours aisément accessible les résultats d’une recherche fondamentale à tous égards exceptionnelle.
samedi 23 mars 2013
Conférence d'histoire du livre
École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre
Conférence d'histoire et civilisation du livre
Lundi 25 mars 2013
16h-17h45 *
Les bibliothèques et la Guerre de Trente ans (fin)
Les bibliothèques et la Guerre de Trente ans (fin)
par
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études
Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte
Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette
ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de
Rennes et place du Luxembourg).Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études
![]() |
| À Prague, la bibliothèque du Clementinum |
* La conférence du 25 mars se terminera à 17h45, le directeur d'études devant se rendre à Grenoble le soir même.
Nota:
La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les
lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. Pendant la
fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France,
75013 Paris (1er étage). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans
les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les
livrets du Programme des conférences 2012-2013.
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand).
Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).
Libellés :
Allemagne,
bibliothèque,
Bohême,
Conférence EPHE,
XVIIe siècle
dimanche 17 mars 2013
Conférence d'histoire du livre
École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre
Conférence d'histoire et civilisation du livre
Lundi 18 mars 2013
16h-18h
Les bibliothèques et la Guerre de Trente ans
Les bibliothèques et la Guerre de Trente ans
par
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études
Nota:
La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les
lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. Pendant la
fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France,
75013 Paris (1er étage). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans
les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les
livrets du Programme des conférences 2012-2013.Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études
![]() |
| La seconde défenestration de Prague, au château royal |
Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand).
Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).
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XVIIe siècle
mardi 4 septembre 2012
Retour à Strahov
De la Contre-Réforme aux développements du joséphisme, peu de bibliothèques comme celle des Prémontrés de Strahov, aux portes de Prague, fonctionnent comme le miroir des évolutions en cours. Rappelons ici que ce sont les Prémontrés de Steinfeld, dans l’Eifel, qui s’installent à Strahov, sur une colline en arrière du château de Prague, en 1142, et qui y construisent peu à peu les bâtiments du monastère. Un scriptorium et une bibliothèque sont bientôt organisés, mais le véritable décollage de la bibliothèque date surtout du XVIIe siècle.
Le règne de l’abbé Jan Lohelius (1586-1612), plus tard archevêque de Prague, marque un premier temps de renouveau: l’abbé fait affecter à la bibliothèque un capital de 1000 Groschen destiné aux achats de livres, les collections s’accroissent progressivement au cours du XVIIe siècle, et l’ensemble des bâtiments du monastère est progressivement restructuré. En 1678, la bibliothèque possède 5564 volumes: une nouvelle salle, l’actuelle Salle de Théologie, est construite sous le règne de l’abbé Hieronymus Hirnhain, par l’architecte Orsi de Orsini de 1671 à 1679 (elle sera prolongée en 1721, pour accueillir les accroissements de livres). La salle est perpendiculaire à l’église, avec un aménagement en bibliothèque murale (cf. cliché).
Les rayonnages, surmontés d’ornements dorés, datent pour l’essentiel de 1632, dans un décor de stucs et de fresques rococo peintes par le frère František Nosecký et mettant en scène l’ascension de la Vierge, différentes figures illustrant les modalités de la connaissance et son articulation avec la Révélation, et un certain nombre de sentences morales. La salle abrite aussi une collection de globes, dont certains de l’atelier amstellodamois de Blaeu. Le fonds est de 11 023 volumes en 1756, de sorte que les accroissements survenus dans la seconde moitié du siècle imposent bientôt d’étendre les locaux disponibles.
Une seconde salle, la Salle de Philosophie, sera par conséquent construite en symétrie à la fin du XVIIIe siècle, dans une conjoncture intellectuelle radicalement renouvelée: les deux bâtiments de la bibliothèque déterminent ainsi les grands côtés d'une cour quadrangulaire jouxtant l'église.
Les réformes engagées par Joseph II à Vienne toucheront en effet très directement le monde des bibliothèques: c’est la mise en œuvre de la «philosophie», avec les décrets établissant la tolérance religieuse, la liberté de publication, l’enseignement obligatoire, etc., en même temps qu’avec l'application systématique d’une rationalité politique qui se heurtera à des oppositions résolues (entre autres, contre l’emploi généralisé de l’allemand dans l’administration). Un très grand nombre de maisons religieuses sont fermées par Joseph II, ce qui implique le transfert ou la dévolution de leurs collections de livres.
Lorsque les Prémontrés de Strahov souhaitent, à l’inverse, agrandir leur bibliothèque, l’abbé Wenzel (Venceslas) Meyer, lui-même franc-maçon, adopte pour la façade un style néo-classique organisé autour du portrait de l’empereur en médaillon. L’accord de Vienne ayant été obtenu, Ignaz Palliardi présente les plans du nouveau bâtiment, lequel est élevé en deux ans seulement (1782-1784): c’est l’actuelle Salle de Philosophie (cf. cliché), avec des rayonnages muraux en noyer, sur deux niveaux séparés par une galerie. Le mobilier a été transporté du monastère de Louka, en Moravie du Sud, lequel avait été fermé.
Le style adopté est désormais le style classique, et l’ensemble surmonté par une fresque monumentale dans laquelle Anton Maulpertsch développe une histoire de la pensée (1794): d’un côté, l’Ancien Testament, avec l’Arche d’alliance et les Tables de la Loi; de l’autre, le Nouveau Testament, avec l’autel du «Dieu inconnu» croisé par l’apôtre Paul à Athènes. La «véritable sagesse» symbolisée par le peintre est celle de la connaissance éclairée par la Révélation, et la fresque met aussi en scène les deux personnages de Diderot et de Voltaire qui illustrent l’échec d’une philosophie réduite à ses seules forces...
| À Strahov: la Salle de Théologie |
Les rayonnages, surmontés d’ornements dorés, datent pour l’essentiel de 1632, dans un décor de stucs et de fresques rococo peintes par le frère František Nosecký et mettant en scène l’ascension de la Vierge, différentes figures illustrant les modalités de la connaissance et son articulation avec la Révélation, et un certain nombre de sentences morales. La salle abrite aussi une collection de globes, dont certains de l’atelier amstellodamois de Blaeu. Le fonds est de 11 023 volumes en 1756, de sorte que les accroissements survenus dans la seconde moitié du siècle imposent bientôt d’étendre les locaux disponibles.
Une seconde salle, la Salle de Philosophie, sera par conséquent construite en symétrie à la fin du XVIIIe siècle, dans une conjoncture intellectuelle radicalement renouvelée: les deux bâtiments de la bibliothèque déterminent ainsi les grands côtés d'une cour quadrangulaire jouxtant l'église.
Lorsque les Prémontrés de Strahov souhaitent, à l’inverse, agrandir leur bibliothèque, l’abbé Wenzel (Venceslas) Meyer, lui-même franc-maçon, adopte pour la façade un style néo-classique organisé autour du portrait de l’empereur en médaillon. L’accord de Vienne ayant été obtenu, Ignaz Palliardi présente les plans du nouveau bâtiment, lequel est élevé en deux ans seulement (1782-1784): c’est l’actuelle Salle de Philosophie (cf. cliché), avec des rayonnages muraux en noyer, sur deux niveaux séparés par une galerie. Le mobilier a été transporté du monastère de Louka, en Moravie du Sud, lequel avait été fermé.
Le style adopté est désormais le style classique, et l’ensemble surmonté par une fresque monumentale dans laquelle Anton Maulpertsch développe une histoire de la pensée (1794): d’un côté, l’Ancien Testament, avec l’Arche d’alliance et les Tables de la Loi; de l’autre, le Nouveau Testament, avec l’autel du «Dieu inconnu» croisé par l’apôtre Paul à Athènes. La «véritable sagesse» symbolisée par le peintre est celle de la connaissance éclairée par la Révélation, et la fresque met aussi en scène les deux personnages de Diderot et de Voltaire qui illustrent l’échec d’une philosophie réduite à ses seules forces...
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mardi 28 août 2012
De palais en châteaux en Bohème, Moravie et Autriche
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| Le château d'été des Liechstenstein à Lednice (Eisgrub) |
Le statut spécifique du Liechtenstein est évident si l’on considère que cet État a pour nom celui de sa famille régnante: le château de Liechtenstein, d’où vient le nom au XIIe siècle, est situé non pas dans la principauté, mais en Basse-Autriche, non loin de la Forêt Viennoise (Wienerwald).
Car l’histoire du Liechtenstein est d’abord l’histoire d’une famille, dont l’ascension décisive date des XVIIe et XVIIIe siècles. Lorsque la Diète de Bohème appelle sur le trône l’électeur palatin, calviniste, Frédéric V, c’est la rupture avec l’empereur. Les révoltés sont cependant écrasés à la bataille de la Montagne Blanche (1620): la reprise en main passe par la mise à l’écart des grandes familles compromises, remplacées par des fidèles de l’empereur, ainsi que par une reconquête catholique dès lors systématiquement conduite. Cette nouvelle haute noblesse est internationale, de sorte que ses bibliothèques aussi seront des bibliothèques, certes catholiques, mais surtout plus généralement européennes que bohémiennes ou moraves.
C'est un euphémisme que de dire que les Liechtenstein figurent parmi les principaux bénéficiaires du nouveau cours politique: Karl von Liechtenstein est nommé gouverneur de Bohème, il préside la commission chargée des confiscations après 1620 et c’est lui qui fait exécuter les meneurs de l’opposition à l’empereur. Rien d’étonnant si la famille est bientôt à la tête de domaines considérables, en Bohème, Moravie, Basse-Autriche, Styrie, etc. –au total, plusieurs milliers de kilomètres carrés, des dizaines de châteaux, de villes, de bourgs et de villages, sans compter les palais de Prague et de Vienne.
![]() |
| Palais Liechtenstein, Prague |
Bien évidemment, ces différentes résidences ont possédé et possèdent encore des collections d’art et des bibliothèques qui ont parfois été très riches: le catalogue des Liechtenstein a été publié par Johann Bohatta à Vienne en 1931, en trois volumes. À Vienne précisément, la bibliothèque remonte à Hartmann II von Liechtenstein († 1585), qui possédait quelque 230 titres à son décès. À Eisgrub, le prince Aloïs Joseph II († 1858) et son fils Johann II († 1929) réorganisent la bibliothèque: une partie sera déménagée en 1943, une partie détruite, et le reste confisqué, avec le domaine, par la Tchécoslovaquie en 1945. Ce qui est conservé aujourd’hui représente environ 6700 volumes, datant pour l’essentiel du XIXe siècle, avec comme points forts les beaux-arts, l’architecture, mais aussi les arts militaires et l’agronomie.
À Prague, le palais Liechtenstein abrite aujourd’hui le conservatoire national de musique. À Vienne enfin, la somptueuse bibliothèque est conservée, et toujours ouverte à la visite.
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| Au Palais Liechtenstein à Vienne: la bibliothèque (© palaisliechtenstein.com) |
Après l’épisode tragique de la guerre de Trente ans, les «bibliothèques de château» sont pour l’essentiel conservées, jusqu’aux confiscations tchécoslovaques des années 1945 et 1948 –encore certaines restent-elles alors sur place. C’est le service des «Bibliothèques de château», auprès du Musée national à Prague, qui le plus souvent sera chargé de leur gestion, puis de leur restitution après la chute du Mur de Berlin. Ces événements sont parfois toujours à l’origine de contestations juridiques, comme… entre la République tchèque et le Liechtenstein à propos des domaines de Moravie du sud. Bref, quand d’aventure on passe par le Liechtenstein, ou par la République tchèque, on visite effectivement une page de l’histoire européenne qui intéresse très directement l’historien du livre.
Outre les notices figurant dans le répertoire de Bernhard Fabian, voir : Evelin Oberhammer, « Die fürstlich Liechtensteinische Fideikommisbibliothek », dans Archives et bibliothèques de Belgique, LXIII, 1992, p. 181-189.
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vendredi 24 août 2012
La Guerre de Trente ans et l'histoire du livre
La tradition d’une historiographie trop étroitement nationale a une certaine tendance à faire négliger, en France, la question de la Guerre de Trente ans, laquelle constitue pourtant un des épisodes majeurs de l’histoire de l’Europe moderne. Au passage, le fait attire une fois de plus notre attention sur le danger présenté par des étiquettes que leur simple énonciation fait apparaître comme «naturelles», c’est-à-dire comme «normales». Notre tradition met l’accent sur les «guerres de Religion», qui prennent fin dans les dernières années du XVIe siècle, et elle considère la Guerre de Trente ans comme sorte de manifestation extérieure d’une politique conduite par des cardinaux ministres avant tout attentifs à assurer le pouvoir royal.
La réalité est bien différente, et la crise religieuse ouverte par le déclenchement de la Réforme protestante beaucoup plus ancienne et beaucoup plus complexe. L’historiographie de la Bohème est là pour nous rappeler que Jan Hus (vers 1370-1415) est considéré par les chercheurs tchèques comme l’un des initiateurs du protestantisme. Au XVIe siècle, les luttes (politiques) entre les princes allemands et l’empereur recouvrent aussi des oppositions religieuses, de même que la «Guerre de quatre-vingts ans» déclenchée par Guillaume le Taciturne aux Pays-Bas en 1568. Dans cet ensemble, la Guerre de Trente ans à proprement parler, ouverte par la seconde défenestration de Prague et qui se referme avec les traités de Westphalie (1648), marque le moment paroxystique, mais elle ne constitue certes pas un phénomène isolé.
Nous pourrions considérer ici le rôle de la guerre dans le développement d’une «publicistique» très moderne, appuyée, comme celle de Luther, sur les petites pièces et sur la propagande imprimée, puis, nouveauté, sur les périodiques (la Gazette!). Pourtant, l’historien du livre est aussi frappé par un phénomène original, que l’on observe certes antérieurement mais qui semble prendre alors une dimension nouvelle: il s’agit du déplacement de bibliothèques entières, que les vainqueurs s’approprient. Nous savons que la bibliothèque de Charles V était passée, au XVe siècle, dans les mains du comte de Bedford, tandis que l’intervention des Français en Italie s’accompagne du transfert de collections majeures, comme celle des rois de Naples.
Mais la crise religieuse semble donner au phénomène une dimension encore plus accentuée. Après la défenestration de Prague (1618), les États de Bohème et de Moravie offrent la couronne royale à l’électeur Frédéric V de Palatinat, calviniste, et gendre de Jacques Ier d’Angleterre. La défaite de la Montagne Blanche (8 nov. 1620) met brutalement un terme à la révolte, et ouvre une période de reprise en main, appuyée sur le transfert des richesses (les grandes familles tchèques sont remplacées par des fidèles de l’empereur) et sur l’essor systématique de la Contre-Réforme, le catholicisme étant défini comme religion d’État. Éphémère «roi d’un hiver», l’électeur palatin se réfugie à La Haye. La guerre, pourtant, va se poursuivre, et même s’étendre, par suite de l’intervention des puissances étrangères, le Danemark d’abord, bientôt la Suède, sans oublier la France.
À Heidelberg, la Bibliotheca Palatina est alors l’une des plus riches d’Europe. Lorsque le comte Tilly s’empare de la ville, le 16 septembre 1622, la bibliothèque fait partie du butin des vainqueurs –l’empereur, le pape et Maximilien Ier de Bavière. On sait que le pape dépêche à Heidelberg son bibliothécaire Leone Allacci, et que la Palatina sera pour finir transférée à Rome, où elle intègre les collections pontificales. L’entrée en guerre de la Suède est marquée par de nouveaux transferts. Les souverains veulent aussi enrichir la bibliothèque royale de Stockholm, et ils s’emparent d’une partie de grandes collections d’Allemagne, et surtout des pays baltes et de Bohême-Moravie (Olmütz, Nikolsburg (avec les livres d’András Dudith), Krumau, Brünn, Prague, etc.). L’occupation de Munich par les Suédois, en 1632, entraînera encore le transfert à Gotha d’un certain nombre de volumes de la bibliothèque de Bavière, l'une des principales du temps.
Encore en 1648, alors que les négociations vont aboutir à Osnabrück, les Suédois s'emparent du château de Prague et de la ville de Malá Strana, et expédient à Stockholm une énorme quantité d'objets précieux correspondant surtout à l'essentiel des collections de Rodolphe II. La reine elle-même manifeste son intérêt pressant:
«Je vous prie [d'] envoyer pour mon compte la bibliothèque et les raretés qui se trouvent à Prague. Vous savez que ces objets sont les seuls auxquels je porte un grand intérêt.» Parmi ces trésors figure le célèbre Codex Argenteus, manuscrit copié à Ravenne, peut-être pour Théodoric, et donnant une partie de la Bible gothique d'Ulfila.
Ces acquisitions permettent aux bibliothèques du nord (au premier chef Copenhague et Stockholm) de s’imposer parmi les plus riches de l’Europe moderne. Elles se poursuivent lorsque la richissime bibliothèque des Prémontrés de Strahov, aux portes de Prague, se trouve à son tour ponctionnée de quelques dix-neuf caisses de livres, expédiées par un régiment finnois au service de la Suède à l’Academia Aboensis de Turku –ces volumes seront malheureusement détruits à la suite de l’incendie de la bibliothèque au début du XIXe siècle. Rappelons d’ailleurs qu’une partie des fonds suédois rejoindra en définitive la Vaticane, lorsque le pape Alexandre VIII réussira, en 1689, à acquérir une grande partie de la bibliothèque de la reine Christine.
Il reste à s’interroger sur les causes de cet intérêt qui fait considérer les collections de livres en tant que telles comme partie du butin de guerre. Entre le modèle des princes humanistes italiens et celui des souverains absolutistes de l’Europe moderne, la bibliothèque est désormais en charge d’un nouveau statut politique: elle témoigne de la richesse de son propriétaire, de sa distinction en tant que «prince des lettres et des muses», et de son attention à appuyer sur la tradition écrite la modernisation de ses États, le cas échéant dans le cadre d’une université. L’hypothèse qui fait de la bibliothèque un objet politique, en articulant plus systématiquement sa constitution et son enrichissement avec la gloire du prince et avec la rationalité de l’action publique, demanderait pourtant à être vérifiée, et précisée.
| Au Château de Prague, "la" fenêtre de 1618 |
Nous pourrions considérer ici le rôle de la guerre dans le développement d’une «publicistique» très moderne, appuyée, comme celle de Luther, sur les petites pièces et sur la propagande imprimée, puis, nouveauté, sur les périodiques (la Gazette!). Pourtant, l’historien du livre est aussi frappé par un phénomène original, que l’on observe certes antérieurement mais qui semble prendre alors une dimension nouvelle: il s’agit du déplacement de bibliothèques entières, que les vainqueurs s’approprient. Nous savons que la bibliothèque de Charles V était passée, au XVe siècle, dans les mains du comte de Bedford, tandis que l’intervention des Français en Italie s’accompagne du transfert de collections majeures, comme celle des rois de Naples.
Mais la crise religieuse semble donner au phénomène une dimension encore plus accentuée. Après la défenestration de Prague (1618), les États de Bohème et de Moravie offrent la couronne royale à l’électeur Frédéric V de Palatinat, calviniste, et gendre de Jacques Ier d’Angleterre. La défaite de la Montagne Blanche (8 nov. 1620) met brutalement un terme à la révolte, et ouvre une période de reprise en main, appuyée sur le transfert des richesses (les grandes familles tchèques sont remplacées par des fidèles de l’empereur) et sur l’essor systématique de la Contre-Réforme, le catholicisme étant défini comme religion d’État. Éphémère «roi d’un hiver», l’électeur palatin se réfugie à La Haye. La guerre, pourtant, va se poursuivre, et même s’étendre, par suite de l’intervention des puissances étrangères, le Danemark d’abord, bientôt la Suède, sans oublier la France.
| La seconde défenestration de Prague, 1618 |
Encore en 1648, alors que les négociations vont aboutir à Osnabrück, les Suédois s'emparent du château de Prague et de la ville de Malá Strana, et expédient à Stockholm une énorme quantité d'objets précieux correspondant surtout à l'essentiel des collections de Rodolphe II. La reine elle-même manifeste son intérêt pressant:
«Je vous prie [d'] envoyer pour mon compte la bibliothèque et les raretés qui se trouvent à Prague. Vous savez que ces objets sont les seuls auxquels je porte un grand intérêt.» Parmi ces trésors figure le célèbre Codex Argenteus, manuscrit copié à Ravenne, peut-être pour Théodoric, et donnant une partie de la Bible gothique d'Ulfila.
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| La Bible d'Ulfila, bibl. de l'Université d'Uppsala |
Il reste à s’interroger sur les causes de cet intérêt qui fait considérer les collections de livres en tant que telles comme partie du butin de guerre. Entre le modèle des princes humanistes italiens et celui des souverains absolutistes de l’Europe moderne, la bibliothèque est désormais en charge d’un nouveau statut politique: elle témoigne de la richesse de son propriétaire, de sa distinction en tant que «prince des lettres et des muses», et de son attention à appuyer sur la tradition écrite la modernisation de ses États, le cas échéant dans le cadre d’une université. L’hypothèse qui fait de la bibliothèque un objet politique, en articulant plus systématiquement sa constitution et son enrichissement avec la gloire du prince et avec la rationalité de l’action publique, demanderait pourtant à être vérifiée, et précisée.
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vendredi 18 novembre 2011
Conférence d'histoire du livre
IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre
Lundi 21 novembre 2011
14h-16h
La librairie scolaire sous l'Ancien Régime (1),
par
Mme Emmanuelle Chapron,
maître de conférences à l’université d’Aix,
chargée de conférences à l’EPHE
16h-18h
maître de conférences à l’université d’Aix,
chargée de conférences à l’EPHE
16h-18h
Les bibliothèques en Bohême au siècle des Lumières.
Représentation aristocratique et ouverture au public,
par
Mme Claire Madl,
docteur de l’EPHE,
responsable de la bibliothèque du CEFRES (Prague)
responsable de la bibliothèque du CEFRES (Prague)
Nota:
La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h.
Pendant la fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage, salle 123).
Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2011-2012.
Transports en commun: Métro, ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare ((250 m. à pied). Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Un petit peu plus éloignés: Métro, ligne 14, station Bibliothèque François Mitterrand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterrand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterand).
Calendrier complet des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).
(Cliché: la bibliothèque Nostitz à Prague).
(Cliché: la bibliothèque Nostitz à Prague).
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samedi 24 septembre 2011
Actes du symposium de Bucarest, 2010
Viennent de paraître: les Actes du IIIe Symposium international d’histoire du livre tenu à Bucarest en 2010, en 4 impressionnants volumes sous emboîtage, soit plus de 2000 pages au total ! Les volumes sont répartis de la manière suivante:
1- Histoire et civilisation du livre, 516 pages.
2- Bibliothéconomie et sciences de l’information, 242 pages.
3- Études euro- et afro-asiatiques, 755 pages.
4- Latinité orientale, 636 pages.
Le volume I, coordonné par Frédéric Barbier, traite notamment de la problématique de la langue en tant que langue imprimée. Il prend ainsi la suite de la quatrième livraison de Histoire et civilisation du livre. Revue internationale (2008), qu’il vient enrichir et compléter de manière particulièrement heureuse pour une géographie souvent méconnue en Europe occidentale.
Table du volume I, Histoire et civilisation du livre (ordre alphabétique des auteurs)
- Frédéric Barbier, «Construction et réception du texte imprimé en Occident, XIVe-XXe siècle : le problème de la langue»
- Daniel Baric, «Oubli d’une écriture, mort d’une langue –résurrection par l’imprimé? Le cas du glagolitique et du végliote, île de Veglia / Krk (XIXe-XXe siècle»
- Monica Breazu, «L’usage des devises au XVIe siècle en France dans le livre imprimé»
- Vera Tchentsova, «La correspondance du patriarche d’Antioche Athanase IV Dabbās avec la cour russe: à propos de l’imprimerie arabe d’Alep»
- Carmen Cocea, «Les Mille et une nuits en version roumaine: que reste-t-il à faire?»
- Maria Danilov, «About Macarie’s Liturghier (1508) discovered in Bessarabia at the end of 19th century»
- Nadia Danova, «Sur le chemin difficile de la modernisation: notes sur la censure dans les Balkans aux XVIIIe-XIXe siècles»
- Marisa Midori Deaecto, «Édition et idées de révolution au Brésil (1830-1848)»
- Andrea De Pasquale, «Exoticis linguis: le edizioni di Giambattista Bodoni in caratteri orientali»
- Marie-Pierre Dion Turkovics, «Les langues et le livre: le manuscrit 150 de la Bibliothèque de Valenciennes»
- Vincenza Grassi, «A survey of Arab-Islamic studies published at the university of Naples L’Orientale»
- Martin Haeuser, «Les cultures européennes et l’avenir»
- Jacques Hellemans, «Le commerce international de la librairie belge au XIXe siècle: l’affaire des réimpressions»
- Doina Hendre Biro, «Les Batthyány et les livres français de leurs bibliothèques»
- Sabine Juratic, «Francophonie et commerce du livre en Europe de l’Est et du Sud-Est au XVIIIe siècle: quelques questions»
- Otto Lankhorst, «La francophonie dans la librairie hollandaise aux XVIIe et XVIIIe siècles»
- Catherine Bertho Lavenir, «Nouvelles technologies et question de la langue: les blogs littéraires et les langues dominées. L’exemple du Québec»
- Doina Lemny, «Brancusi, la tentation de l’illustration»
- Maria-Luisa Lopez-Vidriero, «Contraintes des gens du livre et du marché lecteur espagnol: le français comme affaire»
- Claire Madl, «Les réseaux francophones du libraire praguois Gerle (1770-1790)»
- Olimpia Mitric, «Valeurs bibliophiliques dans la langue française présente en Bucovine (XVIIe-XVIIIe siècles»
- István Monok, «Boldizsár Batthyány, un homme de culture française»
- Raphaële Mouren, «Choix de langues et stratégies éditoriales au milieu du XVIe siècle»
- Ioan Maria Oros, «Livre et propriétaire, un binôme symbolique, ou Sur le statut du donateur»
- Radu G. Pãun, «Paradoxe des langues: des usages du français dans le premier XIXe siècle roumain»
- Popi Polemi, «Le livre grec dans les milieux balkaniques à la veille de la Révolution nationale: l’exemple des prospectus et des listes de souscripteurs»
- Geoffrey Roper, «England and the printing of texts fir the Orthodox Christians in Greek and Arabic, 17th-18th centuries
- Virgiliu Z. Teodorescu, « Contributions to the biographie of the author of the book Podud Mogoṣoaiei»
- Marie-Hélène Tesnière, «Vitalité et rayonnement du français en Europe à la fin du Moyen Âge: l’exemple de la librairie de Charles V»
- Radu Ṣtefan Vergati, «Des documents, des incunables et des livres traitant des universités médiévales européennes, XIIIe-XVIIIe siècle»
- Attila Verók, «Ungarländische Geschichtsschreibung mit französischer Manier in Deutschland? Französische Gesinnungselemente im Lebenswerk Martin Schmeizels»
Quelques articles d’histoire du livre sont aussi publiés dans le volume II, et, d’une manière générale, l’historien des cultures trouvera beaucoup à glaner dans l’ensemble des quatre volumes.
Éditeur: Bibliothèque de Bucarest, ISSN 2068-9756
NB: les auteurs, notamment les auteurs qui ne sont pas roumains et qui souhaitent obtenir leur exemplaire, doivent s'adresser directement à la Bibliothèque métropolitaine de Bucarest.
1- Histoire et civilisation du livre, 516 pages.
2- Bibliothéconomie et sciences de l’information, 242 pages.
3- Études euro- et afro-asiatiques, 755 pages.
4- Latinité orientale, 636 pages.
Le volume I, coordonné par Frédéric Barbier, traite notamment de la problématique de la langue en tant que langue imprimée. Il prend ainsi la suite de la quatrième livraison de Histoire et civilisation du livre. Revue internationale (2008), qu’il vient enrichir et compléter de manière particulièrement heureuse pour une géographie souvent méconnue en Europe occidentale.
Table du volume I, Histoire et civilisation du livre (ordre alphabétique des auteurs)
- Frédéric Barbier, «Construction et réception du texte imprimé en Occident, XIVe-XXe siècle : le problème de la langue»
- Daniel Baric, «Oubli d’une écriture, mort d’une langue –résurrection par l’imprimé? Le cas du glagolitique et du végliote, île de Veglia / Krk (XIXe-XXe siècle»
- Monica Breazu, «L’usage des devises au XVIe siècle en France dans le livre imprimé»
- Vera Tchentsova, «La correspondance du patriarche d’Antioche Athanase IV Dabbās avec la cour russe: à propos de l’imprimerie arabe d’Alep»
- Carmen Cocea, «Les Mille et une nuits en version roumaine: que reste-t-il à faire?»
- Maria Danilov, «About Macarie’s Liturghier (1508) discovered in Bessarabia at the end of 19th century»
- Nadia Danova, «Sur le chemin difficile de la modernisation: notes sur la censure dans les Balkans aux XVIIIe-XIXe siècles»
- Marisa Midori Deaecto, «Édition et idées de révolution au Brésil (1830-1848)»
- Andrea De Pasquale, «Exoticis linguis: le edizioni di Giambattista Bodoni in caratteri orientali»
- Marie-Pierre Dion Turkovics, «Les langues et le livre: le manuscrit 150 de la Bibliothèque de Valenciennes»
- Vincenza Grassi, «A survey of Arab-Islamic studies published at the university of Naples L’Orientale»
- Martin Haeuser, «Les cultures européennes et l’avenir»
- Jacques Hellemans, «Le commerce international de la librairie belge au XIXe siècle: l’affaire des réimpressions»
- Doina Hendre Biro, «Les Batthyány et les livres français de leurs bibliothèques»
- Sabine Juratic, «Francophonie et commerce du livre en Europe de l’Est et du Sud-Est au XVIIIe siècle: quelques questions»
- Otto Lankhorst, «La francophonie dans la librairie hollandaise aux XVIIe et XVIIIe siècles»
- Catherine Bertho Lavenir, «Nouvelles technologies et question de la langue: les blogs littéraires et les langues dominées. L’exemple du Québec»
- Doina Lemny, «Brancusi, la tentation de l’illustration»
- Maria-Luisa Lopez-Vidriero, «Contraintes des gens du livre et du marché lecteur espagnol: le français comme affaire»
- Claire Madl, «Les réseaux francophones du libraire praguois Gerle (1770-1790)»
- Olimpia Mitric, «Valeurs bibliophiliques dans la langue française présente en Bucovine (XVIIe-XVIIIe siècles»
- István Monok, «Boldizsár Batthyány, un homme de culture française»
- Raphaële Mouren, «Choix de langues et stratégies éditoriales au milieu du XVIe siècle»
- Ioan Maria Oros, «Livre et propriétaire, un binôme symbolique, ou Sur le statut du donateur»
- Radu G. Pãun, «Paradoxe des langues: des usages du français dans le premier XIXe siècle roumain»
- Popi Polemi, «Le livre grec dans les milieux balkaniques à la veille de la Révolution nationale: l’exemple des prospectus et des listes de souscripteurs»
- Geoffrey Roper, «England and the printing of texts fir the Orthodox Christians in Greek and Arabic, 17th-18th centuries
- Virgiliu Z. Teodorescu, « Contributions to the biographie of the author of the book Podud Mogoṣoaiei»
- Marie-Hélène Tesnière, «Vitalité et rayonnement du français en Europe à la fin du Moyen Âge: l’exemple de la librairie de Charles V»
- Radu Ṣtefan Vergati, «Des documents, des incunables et des livres traitant des universités médiévales européennes, XIIIe-XVIIIe siècle»
- Attila Verók, «Ungarländische Geschichtsschreibung mit französischer Manier in Deutschland? Französische Gesinnungselemente im Lebenswerk Martin Schmeizels»
Quelques articles d’histoire du livre sont aussi publiés dans le volume II, et, d’une manière générale, l’historien des cultures trouvera beaucoup à glaner dans l’ensemble des quatre volumes.
Éditeur: Bibliothèque de Bucarest, ISSN 2068-9756
NB: les auteurs, notamment les auteurs qui ne sont pas roumains et qui souhaitent obtenir leur exemplaire, doivent s'adresser directement à la Bibliothèque métropolitaine de Bucarest.
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lundi 2 mai 2011
Promenade à Strahov
À Strahov, nous sommes dans un ancien faubourg de la ville, sur la rive gauche de la Vltava (la célèbre Moldau), où les moines de l’ordre de Prémontré s’installent en 1142, mais où une bibliothèque ne s’établit de manière durable qu’après la crise hussite. Encore à l’époque de la Guerre de Trente ans, une partie importante des collections est envoyée à Turku, en Finlande… C’est l’abbé Jan Lohelius, plus tard archevêque de Prague, qui fonde réellement la collection moderne.
Une première salle de bibliothèque, dite Salle de Théologie (Theologischer Bibliothekssaal), est élevée par l’architecte Giovanni Domenico Orsi de Orsini de 1671 à 1679, mais les locaux doivent être progressivement agrandis, avant qu’une seconde salle, destinée aux sciences profanes (la Philosophie, donc la Philosophischer Bibliothekssaal), ne soit construite en 1783-1786. Le bâtiment de la bibliothèque forme ainsi un ensemble autonome, organisé autour d'une cour, en arrière du couvent et de l’église. Les deux salles sont conçues sur le nouveau modèle de la bibliothèque des Lumières, combinant stockage (sur les rayonnages) et, au milieu, consultation des volumes: 16000 volumes environ dans la première salle, 50000 dans la seconde. La collection ancienne de Strahov (jusqu’au XIXe siècle inclus) comprend quelque 200000 volumes, dont 3286 manuscrits (l’Évangéliaire de Strahov a été copié à Tours vers 860) et environ 1500 incunables (tout particulièrement les rarissimes éditions produites en Bohême).
Strahov est justement célèbre pour la décoration de la bibliothèque. La salle de la Théologie est un modèle de bibliothèque baroque, alors que la salle de Philosophie est déjà aménagée de manière beaucoup plus sobre, et dans un style faisant penser au néo-classique. Les espaces de stockage y sont bien supérieurs (avec la galerie courant autour de la salle). En 1794, la salle est décorée de fresques par Franz Anton Maulpertsch (1724-1796), fresques qui retracent l’histoire de la pensée humaine dans l’optique moderne du joséphisme –l'histoire, de la Création de l’homme aux Lumières.
La représentation du Nouveau Testament est particulièrement intéressante, avec son autel «Au Dieu inconnu» (Ignoto Deo) faisant référence à un épisode de la vie de l’apôtre Paul lorsqu’il est à Athènes. Sur l’un des grands côtés de la fresque, les deux figures de Diderot et de Voltaire sont précipitées dans l’abîme (cf. cliché).
Le site Internet que nous signalons aujour- d’hui est réellement remarquable par les possibilités qu’il offre. La salle de Philosophie est présentée dans son ensemble, mais le logiciel permet de se déplacer à sa guise dans toutes les directions, et surtout de grossir tous les détails que l’on souhaite avec une qualité sans équivalent (par l’assemblage, nous dit-on, de 3000 clichés pris sur les lieux). Résultat: il est possible de lire individuellement les titres au dos de tous les volumes présent dans la salle (sauf si l’angle de vue ne convient pas). Une fois plus ou moins maîtrisée une manipulation qui peut devenir vertigineuse (les pilotes d’avions de chasse sont peut-être privilégiés à cet égard), on ne peut qu’admirer le résultat. On imagine aussi les possibilités que cette technique pourrait ouvrir à la recherche, par exemple en combinant les clichés des différents volumes avec les fiches catalographiques correspondantes, voire avec d’éventuels fichiers numériques. Et on imagine même la reconstitution possible de grandes bibliothèques disparues…
Bref, à vos claviers! Et signalons pour finir que la bibliothèque de Strahov fait l'objet d'une notice détaillée dans le Handbuch de Bernhard Fabian.
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