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dimanche 9 août 2015

Nouvelle publication: Pierre Benoit

Pierre Benoit, maître du roman d’aventures,
publié sous la direction d’Anne Struwe-Debeaux, préface de Gérard de Cortanze,
Paris, Hermann, 2015,
312 p., ill.
ISBN 978 2 7056 9081 6

Sommaire
Gérard de Cortanze, Préface
Anne Struve-Debeaux, Avant-propos
Frédéric Barbier, Pierre Benoit et l’histoire du livre
Luc Rasson, Modernité de Pierre Benoit?

L’aventure réinventée
Hossein Tengour, La prose de Pierre Benoit: entre roman d’aventure et récit poétique
Paul Kawczak, La mort de l’aventurier
Edith Perry, Mademoiselle de La Ferté: une poétique de l’ambiguïté 

L’autre, l’ailleurs
Jean Arrouye, Erromango, un bilan négatif de la colonisation
Hélène Tatsopoulou, Saint-Jean d’Acre de Pierre Benoit, à la croisée des cultures et des passions 

Aux sources de l’œuvre
Chantal Foucrier, L’Atlantide ou l’art d’accommoder les restes
Thierry Ozwald, Pierre Benoit, un disciple de Mérimée
Anne Struve-Debeaux, Réalité contemporaine et création littéraire dans Notre-Dame de Tortose
Stéphane Maltere, Ce que nous apprend un manuscrit de Pierre Benoit: le cas de La Sainte Vehme (1958)

La part de l’érudition
Catherine Helbert, La réception de Pierre Benoit par La NRF et Benjamin Crémieux. De l’éreintement… à la louange?
Jean-François Croz, Pierre Benoit et le monde savant: entre séduction et dérision

Adaptations cinématographiques
Erik Pesenti-Rossi, Antinéa au cinéma: mythe, pastiche, «normalité»
Peter Schulman, Le Lichtspiel saharien de Pabst: L’Atlantide sur le divan du désir

Regards d’écrivains
Henri Lhéritier, Une verticale de Pierre Benoit
Stéphane Héaume, Pour Pierre Benoit

jeudi 26 février 2015

La rentrée littéraire

La prochaine journée d’études organisée par la Bibliothèque nationale sur la «rentrée littéraire» nous donne l’occasion d’évoquer cette pratique en effet bien parisienne… et assez particulière. Le jeune Pierre Benoît revient sur son premier grand succès, le roman de Kœnigsmark, et sur sa quête de la reconnaissance –de fait, il n’a pas de fortune personnelle, ni de prébende administrative, de sorte que, s’il veut se consacrer à l’écriture, il lui faudra vivre de sa plume. Kœnigsmark sort… le 11 novembre 1918 –une telle date ne s’invente pas, pour un roman «germanique», voire germanophile.
Et notre jeune auteur, monté à Paris (selon la meilleure tradition française), d’entreprendre de se faire connaître. Quel meilleur moyen pour cela que de candidater à un prix littéraire, par exemple le Goncourt, inauguré quelques années plus tôt. Pierre Benoît reviendra sur cet épisode:
Quelle journée! Je la passai à déposer mon livre chez les membres de l’Académie Goncourt (…), les frères Rosny, Léon Daudet, Paul Margueritte, Élémir Bourges, Lucien Descaves, Gustave Geffroy, Henry Céard, Léon Hennique. (…) Je n’avais pas d’argent pour prendre un taxi, et ils habitaient tous dans des arrondissements différents! À partir de ce moment-là, les Français allaient tout de même reprendre le droit de se nourrir d’autre chose que de littérature héroïque. Ils ne s’en privèrent point. Et la chance de Koenigsmark a été de profiter de ces circonstances…
Gustave Geffroy, président de l'Académie Goncourt, par Paul Cézanne (coll. part.)
Il faut, en effet, «déposer» son livre, sinon faire des visites auprès des membres d’une «académie» quelque peu conservatrice: les noms cités par Pierre Benoît sont ceux des titulaires des différents «fauteuils» de l’Académie Goncourt en 1918, de Léon Daudet (1er fauteuil) à Lucien Descaves (10e fauteuil). L’Académie est alors présidée par Gustave Geffroy (8e fauteuil).
Il resterait à rechercher dans les annuaires de l’époque les adresses des différents jurés, pour retracer la carte des pérégrinations parisiennes de notre jeune provincial qui se lance dans les lettres.
On sait que Koenigsmark manquera de peu le Goncourt, avec 4 suffrages sur 10, face à Civilisation, de Georges Duhamel. Nous sommes effectivement au sortir de la Guerre, et le choix des jurés va vers ce récit poignant du quotidien d’un hôpital de campagne. Duhamel n’a pas souhaité publier sous son nom, mais sous le pseudonyme de Denis Thévenin. La cuvée des candidats au Goncourt de 1918 est d’ailleurs déjà prometteuse, puisque nous y trouvons aussi les noms d’André Maurois et de Jean Giraudoux…
Le Goncourt, aujourd'hui reconnu par tous, a pourtant commencé petitement, et sa notoriété ne s’est construite que très progressivement. Le premier lauréat a été John Antoine Nau, pour un roman assez étrange, Force ennemie, édité à compte d’auteur à Paris en 1903, et pour lequel Nau n'a apparemment fait aucune visite. Il s’agit de science fiction: le poète Veuly, après un temps d’égarement, se réveille à l’asile de Vassetot. Cherchant à échapper aux traitements qu’on lui fait subir, il se rend progressivement compte qu’il est habité par l’«esprit» néfaste d’un extra-terrestre qui a fui sa planète d’origine… Le Goncourt n’a encore aucun effet médiatique, et le médiocre succès de Force ennemie est comme résumé par la note peu amène portée par Eugène Pierre sur la page de garde de son exemplaire (auj. Bibliothèque de l'Institut de France):
C’est après avoir lu ce livre que l’on peut dire avec plus de vérité encore que Louis XIV devant les tableaux hollandais: Ôtez de ma vue ces affreux magots!
Il n’en sera déjà plus de même quelques années plus tard, quand le Goncourt sera devenu l'un des événements...  de la rentrée littéraire.

dimanche 1 juin 2014

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études,
IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 2 juin 2014
16h-18h

Pierre Benoît et l'histoire du livre

par

Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études

La [bibliothèque] tient une place si considérable dans ce récit qu’il me semble impossible de ne pas lui consacrer quelques détails. [Elle] est installée (…) dans la chapelle désaffectée. (…) Au milieu, une immense vitrine, avec les plus curieux échantillons de numismatique. (…) Cinq ou six lutrins ont été transformés en bureaux roulants, fort pratiques pour le travail (…). N’attendez pas que je vous donne le plus léger aperçu des richesses amoncelées ici depuis Gutenberg… (Koenigsmark).

NB La conférence sera suivie du traditionnel "pot" de fin d'année

Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (190 avenue de France, 75013 Paris, 1er étage). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2013-2014. Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg). Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterrand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterrand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand).

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

dimanche 12 août 2012

Kœnigsmark... une dernière fois

En complément de nos deux précédents billets, nous publions aujourd'hui la notice de la première édition de Kœnigsmark en poche.

Benoît, Pierre,
Kœnigsmark,
Paris, Albin Michel, 1952,
255 p., couv. ill. en coul., 165 x 110 mm.
(Le Livre de poche», 1).
(Impr. Brodart et Taupin, Paris-Coulommiers)

Édition 
Premier volume de la collection du «Livre de poche», à la date de création de celle-ci (3e trimestre 1952, date du dépôt légal).
Sur cette édition, voir Les Trois révolutions du livre [catal. expos. du CNAM], n° 125.
Observations
Titre sur la couverture dans un caractère gothique de fantaisie.
La page de titre est illustrée d’une petite vignette qui évoque le château de Neuschwanstein. En revanche, la Librairie générale française ne devant prendre la gestion de la collection que quelques mois plus tard, l’édition en poche se fait encore à l’adresse principale d’Albin Michel.
Le copyright d’Albin Michel, rappelé dans l'ouvrage, date de 1934, et il mentionne expressément les droits relatifs aux «représentations théâtrales» et aux «adaptations cinématographiques». De fait, une première adaptation du roman a été tournée par Léonce Perret dès 1923 (avec Huguette Duflos dans le rôle titre), et trois autres suivront, en 1935, 1953 (par suite du regain d'intérêt lié à la sortie en poche?) et 1968 (cette dernière réalisée pour l’ORTF).
L'achevé d'imprimer (avec la mention du dépôt légal) est à la date de septembre 1952, même si la collection ne sera effectivement lancée qu’en février 1953.
La quatrième de couverture donne la liste des treize autres titres prévus pour suivre Kœnigsmark dans la nouvelle collection.

NB: sur l'historique des collections de poche en France, et sur la controverse sur la «culture de poche» en  1964-1965, voir l'article de Bertrand Legendre.



jeudi 9 août 2012

Naissance du Livre de poche

Nous évoquions il y a quelques jours, à propos de Koenigsmark, la naissance du «Livre de proche», dont le roman de Pierre Benoit a constitué le numéro 1, en 1953. Il est curieux de constater qu’un épisode aussi important de l’histoire contemporaine du livre est resté jusqu’à présent très négligé par les spécialistes. À moins qu'il ne s'agisse, comme souvent, de la traditionnelle réaction initiale de repli des intellectuels mis en présence d'un nouveau mode de communication. Le fait que ce soit Beaubourg qui ait consacré une exposition à l'anniversaire de 2003 peut sans doute aussi, à cet égard, être regardé comme signifiant. Le projet de la collection vient de Henri Filipacchi (1900-1961), alors secrétaire général de la Librairie Hachette, et il s’inscrit dans la vague d’américanisation et de modernisation de la société française qui caractérise la période de l’après-guerre: proposer des ouvrages en réédition, en petit format, employant un papier médiocre et sous forme de volumes non plus en cahiers, mais massicotés et avec le dos collé. La couverture elle-même, illustrée et en quatre couleurs, est protégée par un verni de plastique. La combinaison de chiffres de tirage élevés et de coûts aussi bas que possible permet de vendre à très bon marché, en l’occurrence 150 «anciens francs», soit, rappelons-le, 1,50 «nouveaux francs».
Le livre «de poche» n’est pas certes une nouveauté dans l’édition occidentale, puisqu’on en fait souvent remonter le modèle à la collection de classiques d’Alde Manuce, sans parler, plus tard, des Elsevier et d’un certain nombre d’autres. Mais c’est au XIXe siècle, notamment avec le Français Charpentier, que les progrès de la technique permettent de coupler format de poche, baisse des coûts et tirages industriels, avec pour objectif de diminuer autant que possible les prix de vente. Le modèle de Charpentier est bientôt reproduit par toute la concurrence, jusqu’aux collections à très bon marché lancées par Arthème Fayard autour de 1900. La période de l’entre-deux-guerres est surtout marquée, dans cette perspective, par le lancement des «Penguins» en 1935, dont plus de trois millions d’exemplaires sont vendus en un an.
La quatrième de couverture de "Melle de la Ferté" dans la nouvelle collection
Il s’agit donc de quelque chose de connu, mais à quoi Filipacchi couple, dans son projet de 1952, une attention certaine pour le contenu: les textes sont des textes de qualité, et ils seront publiés in extenso, c’est-à-dire ni réduits, ni adaptés. Il s’agira «des œuvres les plus célèbres et les plus significatives des écrivains français et étrangers de notre époque». Dans le même temps, le principe d’employer des rotatives permet d’atteindre des chiffres de tirage très élevés (en l’occurrence, chez Brodart et Taupin à Coulommiers, près de Paris), de sorte que seront mis «à la portée de tous les lecteurs les chefs d’œuvre de la littérature contemporaine au prix le plus abordable».
La Librairie Hachette dépose la marque «Le Livre de poche», et le projet reçoit l’aval des principaux éditeurs français du temps, Gallimard et les autres, dont Albin Michel, qui lui confient un certain nombre de leurs titres: on l’a dit, Koenigsmark inaugurera la collection, lancée en février 1953, et la tradition veut que le volume ait été épuisé en moins d’une dizaine de jours et ait donc dû très rapidement faire l’objet d’une réimpression.D'où l'intérêt de distinguer les exemplaires effectivement issus du premier tirage.
Un exemplaire du numéro 15, Mademoiselle de La Ferté, toujours de Pierre Benoît, permet de faire un petit peu d’archéologie bibliographique. En regard du titre figure la liste des Œuvres de l’auteur, et le titre lui-même est illustré, de même que le début du texte. Au verso du titre, une note rappelle le Copyright pris par Albin Michel pour la première édition, en 1923 –Pierre Benoit était alors déjà l’auteur fétiche de la maison. À la fin du volume, quelques pages de catalogue présentent la nouvelle collection, dont quarante-six numéros sont prévus pour 1953. Le verso de la couverture donne la liste des quinze premiers volumes parus, et annonce les deux suivants, en l’occurrence des textes d’Hemingway et de Somerset Maugham.
Le succès du «Livre de poche» le fera bientôt passer sous la gestion d’une maison d’édition autonome, la Librairie générale française, établie par Hachette à Paris, dans le quartier de la Madeleine.

dimanche 5 août 2012

À la campagne: en relisant Pierre Benoit

À la campagne, l'été, nous reprenons la lecture de certains auteurs plus ou moins passés de mode, mais qui figuraient en bonne place dans le panthéon des bibliothèques d’il y a une cinquantaine d’années, et que l'on retrouve donc logiquement dans les collections de cette époque. La sortie récente d’une biographie de Pierre Benoit, même moins bonne qu’espéré, donne en outre l’occasion de reprendre un dossier intéressant l’historien du livre.
Voici un jeune homme sans fortune monté à Paris, selon les meilleurs clichés du temps, pour s’essayer à conquérir la gloire par l’écriture, et d’abord par la poésie –Pierre Benoit publie son premier livre, le recueil de poèmes de Diadumène, en 1914. Emporté, comme toute sa génération, dans la Grande Guerre, il est réformé pour raisons de santé au début de 1916. Il rentre alors à Paris, où il retrouve le poste qui lui «assurait la matérielle» au ministère de l’Instruction publique. Mais sa vie est dans l’écriture, et il commence, en pleine guerre, à écrire un roman… sur cette Allemagne qui va disparaître: l’Allemagne des petites principautés, en l’occurrence l’imaginaire grand-duché de Lautenbourg-Detmold.
Ce roman sera Koenigsmark.
Bornons-nous au domaine de l'histoire du livre, et laissons le contenu textuel de côté. Il faut d'abord, selon le système inventé au XIXe siècle, lancer le livre en le faisant paraître sous forme de feuilleton dans un périodique: Bolo Pacha accepte de le publier dans son Journal, quand il est arrêté, accusé d’espionnage et fusillé à Vincennes... La Baïonette [sic] et les éditions Fasquelle refusent de prendre le manuscrit, de même que plusieurs autres maisons. Pierre Benoit se tourne alors vers Francis Carco: la lecture du texte emporte son adhésion, et il obtient d’Alfred Vallette une publication sur trois livraisons du Mercure de France (de décembre 1917 à février 1918).
La deuxième étape consiste à publie le roman sous forme de livre. Disciple de Barrès, André Suarès fait passer Koenigsmark chez Émile-Paul: cette librairie fréquentée par la clientèle très choisie du Faubourg-Saint-Honoré et appartenant à Robert Émile-Paul développe progressivement une activité éditoriale surtout orientée vers le roman. Koenigsmark sort… le jour de l’armistice de 1918 et, malgré l’incongruité de la date, le succès est immédiat. L’auteur s’emploie à l'exploiter:
Quelle journée! Je la passai à déposer mon livre chez les membres de l’Académie Goncourt (…), les frères Rosny, Léon Daudet, Paul Margueritte, Élémir Bourges, Lucien Descaves, Gustave Geffroy, Henry Céard, Léon Hennique. (…) Je n’avais pas d’argent pour prendre un taxi, et ils habitaient tous dans des arrondissements différents! À partir de ce moment-là, les Français allaient tout de même reprendre le droit de se nourrir d’autre chose que de littérature héroïque. Ils ne s’en privèrent point. Et la chance de Koenigsmark a été de profiter de ces circonstances…
On sait que Koenigsmark ne recevra pas le Goncourt de 1918, mais de nouvelles perspectives se sont bel et bien ouvertes pour le jeune auteur. En effet, Albin Michel découvre le texte dans le Mercure, et demande à rencontrer Pierre Benoit, auquel il propose de publier son texte. Comme l’auteur est déjà sous contrat, il le fait signer pour son second roman, non encore écrit –ce sera L'Atlantide, qui sortira en avril 1919 et lui verse une mensualité de 400f. C’est le début d’une amitié qui se poursuivra, entre l’éditeur, ses enfants et l’auteur, jusqu’à la disparition de ce dernier. Émile-Paul donnera de nouvelles éditions de Koenigsmark en 1923, puis en 1926 et en 1931. La première édition à l’adresse d’Albin Michel date de 1929.
En définitive, peu de textes ont, comme Koenigsmark, une destinée aussi étroitement liée à la conjoncture générale de leur temps. Du point de vue du texte, d’abord: pour Pierre Benoit, la Première Guerre mondiale ferme tragiquement une époque, quand le sujet de son roman, et le choix même de concevoir une «histoire à raconter», renvoient à la tradition romanesque d'un passé désormais révolu. Du point de vue de l’histoire du livre, ensuite: le succès de Koenigsmark reflète un modèle de réussite, celle d’Albin Michel, dans lequel l’éditeur se lance par la publicité, tout en se fiant à son «flair» pour repérer les textes et les auteurs strictement inconnus, mais qui correspondront au goût de son public –une articulation qui n’exclut nullement l’attention donnée à la qualité d’écriture. Par ailleurs, les prix littéraires ont déjà acquis une fonction stratégique dans l’économie de l’édition.
Et, pour finir, Kœnigsmark (qui a aussi été adapté au cinéma) inaugurera, en France, la nouvelle collection du nouveau modèle éditorial représenté par le «Livre de poche». Le roman ouvre en effet la collection du «Livre de poche », dont il porte le n° 1, sorti le 9 février 1953. Il y aurait encore bien des choses à dire sur le rôle de l’Académie, sur la vie littéraire parisienne de l’entre-deux-guerres, et surtout sur le statut de l’auteur auquel son succès même interdira paradoxalement une reconnaissance définitive…, avant que de rouvrir le volume, et de se plonger dans les méandres d’une intrigue toujours captivante.

Gérard de Cortanze, Pierre Benoit, le romancier paradoxal, Paris, Albin Michel, 2012.