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jeudi 4 avril 2019

Colloque d'histoire du livre et des bibliothèques

Un colloque d'histoire du livre et des bibliothèques à Sárospatak (Hongrie):
cliquez sur le lien ci-dessous pour télécharger le fichier en PDF
https://drive.google.com/file/d/19XnCyJ-9IBrDEfFFmrR1tGKu3S3Xk3vK/view?usp=sharing

Bibliothèque de la Haute École calviniste de Sárospatak
 

mardi 26 mars 2019

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 1er avril 2019
16h-18h 
Les anciens catalogues de vente
et leurs instruments bibliographiques aux Pays-Bas
par
Monsieur Otto Lankhorst,
conservateur au Erfgoecentum
Nederlands Klossoterleven Sint Agatha 

A propos d'un livre: les Questiones Quodlibeticæ
d'Adrien d'Utrecht (Louvain, 1515)
par 
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études émérite

Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26).
Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.
Calendrier prévisionnel des conférences.

mercredi 22 février 2017

Conférence d'histoire du livre


Catalogue Treuttel et Würtz, [circa 1830]
École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre


Lundi 27 janvier 2017
16h-18h
Une richissime collection de catalogues de libraires
et d'éditeurs (XVIe-XXIe siècle):
le fond Q10 de la Bibliothèque nationale de France
par
Monsieur Jean-Dominique Mellot,
conservateur général à la Bibliothèque nationale de France
avec la participation de Madame Marie Galvez,
conservateur à la Bibliothèque nationale de France
(Département Littérature et Arts) 

"Décidément, j'aime les catalogues. C'est presqu'aussi beau qu'un indicateur de chemin-de-fer, on y voyage. On y prend une vue assez juste de l'humanité, celle qui pense" (Gaston Gallimard). 

"Je ne sais pas de lecture plus facile, plus attrayante, plus douce, que celle d'un catalogue" (Anatole France, Le Crime de Sylvestre Bonnard).

Et toujours, le catalogue des catalogues (de bibliothèques, de libraires, de ventes, etc.)
 

 Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (190 avenue de France, 75013 Paris, 1er étage).
 
Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

samedi 30 mai 2015

Encore la mise en texte

Les développements de la civilisation écrite au cours des âges se sont accompagnés de la mise en place progressive de toutes sortes de dispositifs permettant de repérer, de décrire, de manipuler et de communiquer les contenus textuels. L’historien du livre est familier d’un certain nombre d’entre eux, surtout s’ils concernent les livres en cahiers, alias les codex.
1- Les uns, que nous appellerons les dispositifs internes, se sont trouvés intégrés au document lui-même.
1.1 Voici, d'abord, le plus évident: les tables, sommaires et autres index, la désignation bibliographique sous la forme d’une page de titre normalisée, la foliotation ou la pagination (et leur utilisation...), les titres courants, etc. Leur premier objectif est de l’ordre de l’identification et du repérage: identifier le texte comme étant celui que l’on veut consulter, le cas échéant «se faire une idée» de sa structure et y repérer tel ou tel fragment, qu’il s’agisse de poursuivre sa lecture, ou au contraire de consulter un passage que l’on suppose pertinent.
1.2 Les choix de mise en page contribuent surtout à la «clarification» du texte, avec des éléments comme la mise en paragraphes, l’emploi des blancs, le saut de page, le chapitrage, etc. Nous laissons ici de côté tout ce qui relève de la typographie proprement dite, mais il est bien évident que l’utilisation d’une certaine fonte incorpore aussi des éléments d’information sur telle ou telle composante du texte: la hiérarchie des titres et des sous-titres (en capitales, petites capitales, etc.), la présence d’une citation (en plus petit corps), l’intégration de références bibliographiques (avec un titre qui sera cité en italiques), etc. (Cf cliché ci-contre: rubrication, lettre ornée manuscrite, et corps du texte imprimé).
1.3 Un dernier ensemble de dispositifs internes, moins généralisé, se rencontre aussi, qui vise à l’enrichissement du texte.
1.3.1 Ce sont d’abord les éléments proprement textuels du paratexte (en premier lieu les pièces liminaires, préface, etc.), les commentaires éventuels (dans la logique de la glose médiévale) et, surtout, les notes, elles-mêmes parfois structurées en différents niveaux (ce que montrerait de manière paradigmatique un ouvrage comme l’Histoire de l’imprimerie de Prosper Marchand, en 1740).
1.3.2 Les illustrations interviennent le cas échéant ici, et leur articulation avec le texte est particulièrement complexe: une illustration scientifique (comme celle de la Zoologie de Gesner) vise à reproduire ce qui se trouve décrit dans le texte, quand une illustration d’évocation entretient avec celui-ci des rapports d’une grande variété. Dürer fait ainsi de l’Apocalypse une lecture que l’on pourra dire littérale (1498), quand certaines planches du Voyage pittoresque de la Grèce, de Choiseul, visent plutôt à une forme d’enrichissement, en évoquant un paysage, ou l’ambiance quotidienne du voyage. Il convient aussi de prendre en considération les éléments textuels accompagnant éventuellement l’illustration, à commencer par son titre. 
La voûte de la station "Concorde", dans le métro de Paris, permet de comprendre comment la disposition matérielle des lettres et des mots (sans blancs insérés entre les mots, ni signe diacritique d'aucune sorte) rend inintelligible la "lecture silencieuse" d'un texte par ailleurs parfaitement connu et d'une lisibilité absolue. Pour comprendre le texte, il faut le lire, ou le "penser", à voix haute.
2- Venons en maintenant aux dispositifs externes, c’est-à-dire extérieurs à l’ouvrage proprement dit dont il s’agit. Nous retrouvons la même typologie que nous venons d’évoquer.
2.1 La fonction principale d’un premier ensemble d'éléments est en effet de l’ordre du repérage: ce sont les répertoires, bibliographies et autres catalogues, dont le contenu, la forme matérielle et la structure intellectuelle se déploient selon une typologie très variée –celle dont l’exposition De l’argile au nuage avait entrepris l’exploration, y compris s’agissant de la matérialité des supports (registres, fichiers, livres imprimés, etc., jusqu'aux catalogues informatisés). À ce niveau, la question se pose toujours, de savoir à quoi il s’agit de renvoyer: soit les contenus en tant que contenus (comme pour une bibliographie: mais il se posera la question des recueils et des périodiques), soit les exemplaires donnant les contenus à lire, et supposant par suite des techniques spécifiques de repérage, qu’il s’agisse de la cote ou des indications portées sur l’exemplaire lui-même (auteur et titre, étiquettes éventuelles, etc.).
2.2 Nous ne mentionnerons que pour mémoire le second groupe d’éléments externes, dont l’analyse relève plus des problématique d’histoire (sociale) du livre ou d’histoire proprement littéraire: ce sont les comptes rendus et autres recensions, les commentaires, éventuellement la publicité, voire les éléments intertextuels, autrement dit relatifs au surgissement d’un certain texte dans un autre texte, que ce soit de manière explicite ou implicite.
Il est bien évident que nous ne traçons ici que les plus grandes lignes d’une typologie qui reste à étudier plus précisément. Il est bien évident aussi que la problématique des outils permettant de manipuler l’information est plus que jamais aujourd’hui d’actualité, à l’heure des nouveaux médias et de la virtualisation: les choix qui se font, et qui privilégient tel ou tel pratique ou dispositif par rapport à tel autre, engagent aussi les modes de penser, voire engagent la construction même et l'élaboration des connaissances.
Terminons en disant que, ici peut-être plus qu’ailleurs, se fait sentir le besoin d’une chronologie précise et relativement détaillée de l’apparition et de l’essor des différents éléments que nous avons évoqués. Ajoutons encore un mot, en clin d’œil: à titre de démonstration et de «travaux pratiques», nous avons donné au présent billet une forme que nous n’apprécions jamais dans un texte imprimé, mais qui a le mérite de mettre en évidence –un peu trop– la hiérarchisation du discours. On constate au passage comment le texte discursif, s'il suit un certain cadre matériel, pourrait directement refléter la construction d'un tableau.

dimanche 29 mars 2015

Conférences d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 30 mars 2015
14h-16h

En France au XVIIIe siècle:
les bibliothèques publient leur catalogue
par
Madame Emmanuelle Chapron,
chargée de conférences

La Bibliothèque Mazarine accueille jusqu'en mai 2015 une très belle exposition sur les catalogues de bibliothèques. C'est l'occasion de revenir sur un épisode de cette histoire. En France, au XVIIIe siècle, une trentaine de catalogues de bibliothèques sont publiés. Le corpus bouscule d’emblée l'idée reçue d'une relation évidente entre la publication (du catalogue) et la publicité (de la bibliothèque) : la moitié des collections qui font l’objet de catalogues ne sont pas publiques, quand la plupart de celles qui le sont s’épargnent cet investissement coûteux et rapidement obsolète. La question des enjeux de l’opération est donc posée: que publie le catalogue ?

La conférence ordinaire de 16h à 18h est remise au mercredi 1er avril à la même heure. Elle se tiendra à la Bibliothèque Mazarine, où nous visiterons l'exposition De l'argile au nuage consacrée aux catalogues de bibliothèque. La présentation sera assurée par Monsieur Yann Sordet, directeur de la Bibliothèque Mazarine, et par Monsieur Frédéric Barbier, directeur d'études, tous deux commissaires de l'exposition.
Pour des raisons de sécurité, les auditeurs qui souhaitent participer à cette visite sont invités à s'inscrire à l'avance (frederic.barbier@ens.fr). Le rendez-vous est fixé à 16h à la Bibliothèque.

Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (190 avenue de France, 75013 Paris, 1er étage, salle 115).
 

Accès les plus proches (250 m. à pied)
Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare.
Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterrand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterrand. Bus: 62 et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand Avenue de France) et 64.

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

mardi 3 mars 2015

Les catalogues: un livre, une exposition double

De l’argile au nuage. Une archéologie des catalogues (IIe millénaire av. J.-C.-XXIe siècle),
Paris, Bibliothèque Mazarine, Bibliothèque de Genève, Éditions des Cendres, 2015,
429 p., ill.
ISBN 979 10 90853 05 8 / 978 2 86742 230 0
Ouvrage réalisé à l’occasion des expositions organisée par la Bibliothèque Mazarine et la Bibliothèque de Genève (…). Paris, 13 mars-13 mai 2015. Genève, 18 septembre-21 novembre 2015.
Commissariat: Frédéric Barbier, Thierry Dubois, Yann Sordet
Ouvrage publié avec le soutien du Labex TransferS

Sommaire
Préface (Gabriel de Broglie, chancelier de l’Institut de France)
Préface (Sami Kanaan, maire de Genève)
Le livre des livres. Introduction (Frédéric Barbier, Yann Sordet, Alexandre Vanautgaerden)
Pour une histoire des catalogues de livres: matérialités, formes, usages (Yann Sordet)
Accéder au livre et au texte dans l’Occident latin du Ve au XVe siècle (Anne-Marie Turcan-Verkerk)
Catalogues et classifications à l’âge de l’imprimé (Valérie Neveu)
La place des catalogues de bibliothèques dans la diffusion de l’information sur les livres (XVIe-XVIIIe siècle) (Isabelle Pantin)
Les réseaux de l’information bibliographique dans l’Italie des Lumières: normalisation et unification (Andrea De Pasquale)
Le fonctionnement des bibliothèques au miroir de leur catalogue: trois formes de sociabilité de la lecture dans la Suisse du Siècle des Lumières (Thierry Dubois)
Bibliographie et Historia litteraria (Jean-Pierre Vittu)
Catalogues et transferts culturels (Frédéric Barbier)
Fiches et fichiers à l’ère industrielle (Europe, États-Unis, XIXe-XXe siècle) (Mélanie Roche)
Le catalogue des temps modernes, entre discipline et dissémination (Françoise Bourdon, Gildas Illien, Mélanie Roche)

Un catalogue de catalogues: notices des 70 pièces exposées, par Renaud Adam, Michael I. Allen, Frédéric Barbier, Livia Castelli, Emmanuelle Chapron, Jean-Marc Chatelain, Marie-Luce Demonet, Andrea De Pasquale, Thierry Dubois, Max Engammare, Gilbert Fournier, Ernst Gamillscheg, Élaine Gilboy, John Goldfinch, Paule Hochuli Dubuis, André Jammes, Isabelle Jeger, Rémi Jimenes, Otto S. Lankhorst, Patrick Latour, Véronique Meyer, István Monok, Donatella Nebbiai, Ève Netchine, Valérie Neveu, Florent Palluault, Isabelle Pantin, Pierre Petitmengin, Goran Proot, Fabienne Queyroux, Ursula Rautenberg, Anne-Caroline Rendu-Loisel, Lucien Reynhout, Yann Sordet, Marie-Hélène Tesnière, Anne-Marie Turcan-Verkerk, Toshinori Uetani, Alexandre Vanautgaerden, Jérôme Van Wijland, Dominique Varry, Jean-Piere Vittu, Françoise Waquet, Nikolaus Weichselbaumer

Bibliographie, index nominum et locorum 


mardi 30 décembre 2014

Là-bas... Les merveilleux nuages

La richesse des informations de toutes sortes disponibles sur Internet s’accroît tous les jours, au point que les problèmes de logistique (maîtriser les masses de données de manière à pouvoir les utiliser judicieusement) deviennent réellement stratégiques. L’économie d’un blog comme celui-ci est originale, puisqu’il s’agit de publier soit des billets d’information (annonçant une nouvelle publication, un séminaire, un colloque, etc.), soit des billets plus généraux, traitant, dans un format réduit (en général moins de 5000 signes) mais souvent avec une ou plusieurs illustrations, de tel ou tel sujet au choix. Il y a, dans cette économie de l’écriture, quelque chose qui fait penser à la tactique de la cavalerie légère: on se porte rapidement sur un point, avant de se replier et de se porter sur un autre. Liberté et rapidité en sont les deux caractéristiques principales.
L’inconvénient est connu: il n’y a pas de suivi dans les thématiques de publication, de sorte que le lecteur ne peut pas savoir si tel ou tel sujet susceptible de l’intéresser a été ou non abordé par le blog. Les anciens «libellés» que nous utilisions étaient trop généraux pour servir pratiquement à quelque chose, tandis que la fonction «Recherche» (disponible dans la colonne de droite) ne répond pas pleinement à cette problématique. C'est pourquoi nous avons entrepris de mettre en place un nouvel outil, sous la forme d’un «nuage de tags».
Puisque les nuages et autres cloud sont à la mode... quelques nuages estivaux dans la campagne de Touraine
Le vocabulaire des informaticiens est relativement imprécis: dans la pratique, le tag (qui désigne en principe un graffiti servant de signature) correspond ici à une étiquette, ou mieux, à ce que nous appellerions un «mot matières». Il s’agira donc pour nous d’affecter au contenu de chaque billet un ou plusieurs descriptifs (désignés comme des «libellés» dans le logiciel utilisé) susceptibles de le décrire. Le classement des tags par ordre alphabétique (en réalité, plus ou moins alphabétique) aboutit à fournir une sorte d'index des matières, dans lequel le module de chaque terme augmente en fonction de sa fréquence de citation. En définitive, une procédure très efficace, mais qui nécessite bien évidemment de balayer l’ensemble des billets pour affecter à chacun les tags correspondants, et qui suppose, pour l’administrateur du blog, de prendre un certain nombre de précautions.
La question, classique en bibliothéconomie, est celle du thesaurus: comment choisir les descriptifs de la manière la plus cohérente et la plus efficace? Certaines remarques sont de bon sens: il est inutile que les descriptifs soient trop nombreux, de manière à ce que le nuage reste d’utilisation assez facile; inversement, il ne faut pas se limiter à un nombre trop réduit, sauf à ne rien décrire qui soit pratiquement utilisable. L'intérêt du procédé est de ne pas se limiter au lexique utilisé dans les textes du blog: on peut notamment inclure certains intitulés généraux, qui permettent, peut-être, de regrouper plusieurs textes disjoints mais abordant des problématiques ou des sujets analogues (par ex. «Anthropologie»).
Nous revendiquons la subjectivité de nos choix, qui correspond à une forme de liberté, mais qui ne va pas sans inconvénients: tel descriptif pourrait s’appliquer aussi à un texte auquel il n’est pas attribué, etc. (les choses peuvent se corriger selon qu’on les repère). C’est par souci de la cohérence que nous avons fait entrer dans le thesaurus (alias le nuage) des descriptifs que l’on trouverait aussi bien par la fonction «Recherche» (par ex.: «Strasbourg»): le «nuage» ne renvoie pas à toutes les occurrences du mot «Strasbourg» dans tous les textes, mais seulement aux textes dans lesquels «Strasbourg» apparaît comme le ou l’un des sujets principaux.
Le procédé lui-même pourrait être amélioré: par ex., il est apparemment impossible de poser des questions associant plusieurs tags, comme «bibliothèque» et «XVIIIe siècle»;  de même, on ne peut pas insérer de renvois d’une vedette à l’autre (par ex. de «Renaissance» à «XVe siècle»); ou encore : les lettres accentués (éditeurs) sont rejetées par le classement alphabétique. Pourtant, tel qu’il est aujourd’hui disponible, le nuage constitue à nos yeux un précieux outil permettant de mieux maîtriser une information par nature très dispersée (rien n’empêche d’ailleurs de l’utiliser parallèlement à la fonction classique «Rechercher dans ce blog»).

NB- Nous procédons par rétroconversion (selon la bonne pratique bibliothéconomique!). À ce jour (12 janv. 2015), le nuage concerne les billets publiés depuis le 1er janvier 2011.

mercredi 10 décembre 2014

En 2014, un catalogue de libraire

La trajectoire des livres et des textes change d’une époque à l’autre: tel texte en langue vernaculaire, par exemple un roman (le Tristan) ou encore le Calendrier des bergers, les contes de fées, etc., s’adresse d’abord, aux XVe et XVIe siècles, à la clientèle distinguée de la cour et des grands; mais la modernité se déplace et, au XVIIe siècle, notre texte intégrera les collections dites «populaires» qui sont celles de la Bibliothèque bleue. À partir de la fin du XVIIIe siècle, les curiosités se déplacent à nouveau, et le voici qui devient susceptible d’intéresser un lectorat plus recherché, voire, parfois, d’intégrer la problématique d’élaboration de la «littérature nationale» et faire l’objet d’études philologiques, codicologiques et autres plus ou moins poussées.
Pourquoi cet exorde? Parce que ce que nous disons des textes littéraires concerne aussi d’autres domaines, dont celui, bien plus spécialisé, des catalogues et autres instruments du travail bibliographique. Une bibliographie courante (les catalogues des foires de Francfort, qui sont assimilables à des recensements des livres disponibles), un catalogue de libraire (les différents catalogues de Debure au XVIIIe siècle), un catalogue de ventes aux enchères, intègrent parfois presque dès leur parution le corpus des usuels bibliographiques de références dans les collections privées et publiques. Il en va de même avec un catalogue de bibliothèque, à commencer par celui de la Bodléienne en 1605, dont l’objectif est, a priori, de fournir l’information sur les ouvrages disponibles dans le fonds, mais  servira aussi à fixer à travers toute l'Europe savante le corpus canonique d’une bibliothèque savante.
Une enseigne, proche de Saint-Germain-des-Prés
Le dernier catalogue de la Librairie Paul Jammes, à Paris (n° 291, automne 2014) répond pleinement à ce modèle: sous le titres Les Livres, il nous propose 328 notices savantes décrivant un corpus à la fois exemplaire (de Gesner (n° 314) au Code de la librairie de 1744 (n° 283 et 284), etc.) et par essence éphémère –puisque le propre de cette collection sera d’être dispersée au plus vite. Le catalogue est divisé en neuf sections thématiques (de l’écriture… à la censure, à la suppression et à la destruction des livres), munies d’un index nominum destiné à faciliter identification et localisation. S’il est inutile de préciser que les notices se signalent par leur caractère de précision érudite, il convient pourtant de signaler que notre fascicule est introduit par une note («Primauté du livre») dans laquelle André Jammes lui-même insiste sur l’indispensable complémentarité entre les médias numériques, extraordinaire outil de travail, et le recours à l’exemplaire imprimé lui-même.
Nul doute que ce catalogue ne soit conservé par les amateurs, bibliophiles, bibliographes et bibliothécaires au titre d’instrument de travail, et ne rejoigne sur leurs rayonnages la série des catalogues antérieurs de la même librairie, dont nous retrouvons d’ailleurs certains ici-même (cf n° 308). Lorsqu’Henri-Jean Martin évoquait, devant de jeunes élèves quelque peu interloqués, les grandes figures de «libraires érudits» des XVIIIe et XIXe siècles (un Debure, un Née La Rochelle, et bien d’autres, sans oublier le «Père France»), il n’ajoutait pas, par discrétion sans doute, que cet idéaltype du grand connaisseur à la fois savant et obligeant se rencontrait toujours aujourd’hui, même si peut-être plus rarement.
Il n'est pas inutile de répéter certaines choses: alors même qu'une partie croissante du commerce du livre tend à se faire par la voie électronique, la publication de catalogues imprimés reste, s'agissant de livres anciens, le moyen idéal d'identifier tel ou tel titre, et de s'instruire. Rappelons en outre les travaux proprement scientifiques du même André Jammes, depuis l'étude sur le caractère Grandjean d’abord publiée en 1961 jusqu’au catalogue exemplaire de l’exposition Didot de 1998, au travail sur le «dossier Libri» et à la monographie récente (2012) consacrée à L’Imprimerie polytype (Paris, Éditions des Cendres, 67 p., ill.).

mardi 4 novembre 2014

Trois conférences d'histoire du livre

Frédéric Barbier
directeur d'études à l'École pratique des Hautes Études
(conférence d'Histoire et civilisation du livre)

Trois conférences d'histoire du livre

Montréal, Université de Montréal


Lundi 24 novembre, 17h
L'abbaye d’Elnone / Saint-Amand et sa bibliothèque, VIIe-XVIe siècle
Centre d'études médiévales / Carrefour des arts et des sciences

Mardi 25 novembre, 12h
La Nef des fous au XVe siècle:
programme éditorial, statut du texte et problématique de la réception
Bibliothèque des livres rares et des collections spéciales

Mercredi 26 novembre, 11h45
«De l'argile au nuage»: une archéologie du catalogue de bibliothèque
École de bibliothéconomie et des sciences de l'information (EBSI)

vendredi 11 juillet 2014

Les frontières du savoir

Nous ne sommes certes pas des adeptes absolument convaincus d'une histoire des idées (Begriffsgeschichte) qui ne soit pas une histoire spécialisée, parce que celle-ci, tout comme certains autres domaines de la recherche historique, paraît souvent trop déconnectée par rapport aux conditions les plus générales de fonctionnement des sociétés: l’effort indispensable de contextualisation se limite à proposer d’entrée une analyse d’histoire généralement politique et sociale dont l’articulation avec l’histoire des idées et des productions intellectuelles ou artistiques reste très incertaine.
Par certains de ses choix, la cultural history aujourd’hui si fort à la mode, vise à remédier à cette insuffisance, tout en élargissant fort justement la perspective aux champs souvent négligés de l’anthropologie historique. Mais l’histoire du livre «revisitée» pour rester dans les anglicismes, répond aussi, et de longue date, aux désidérata de la recherche: la recherche a montré que les pratiques d’utilisation (lecture, etc.) et le contenu textuel lui-même dépendent fondamentalement des supports utilisés, entendons, des médias et de leur économie. Bien évidemment, l’étude des supports inclut la problématique de la «mise en livre» et de son articulation avec une «mise en texte» qui se déploie, quant à elle, sur toute la typologie des formes d’appropriation.
L’histoire des bibliothèques permet aussi d’approcher le système que nous avons ailleurs désigné comme celui de la «logistique de l’intelligence», et à l’importance duquel nous sommes d’autant plus sensibles que les sociétés occidentales des débuts du IIIe millénaire sont précisément engagées à cet égard dans des transformations absolument considérables. Posons l’axiome d’entrée: si, aujourd’hui, les mutations de l’économie de l’information et de la communication entraînent, facilitent et accélèrent le changement de notre système général de penser dans des proportions que nous avons du mal à nous représenter, il n’y a pas de raison d’imaginer que les choses se sont passées différemment, dans le principe, au cours des siècles écoulés.
Sur le plan historique, les bibliothèques ont un rôle décisif pour la formation et pour l’étude, mais aussi pour l’essor d’une recherche qui se limite de moins en moins à la théologie, pour toucher aux domaines de la littérature, mais aussi de la politique et de l’administration, des sciences (la médecine), ou encore de la géographie. Bornons-nous à deux exemples particulièrement révélateurs: nous savons que la bibliothèque royale organisée par Charles V (1338-1380) dans la tour de la librairie au Louvre avait aussi pour objectif de mettre à la disposition du roi et de ses proches la documentation susceptible de soutenir l’effort de théorisation du pouvoir monarchique. Deux générations plus tard, l’infant Henri le Navigateur (1394-1460) organise au Cap Saint-Vincent, non loin de Lagos, un arsenal maritime et un véritable centre de recherche spécialisé dans la navigation hauturière: bientôt, ce seront les découvertes ou rédecouvertes des îles de la Macaronésie (Madère et Porto Santo) et des Açores, puis la descente de la côte d’Afrique occidentale en direction du cap de Bonne Espérance et de l’Océan indien…
Autant de phénomènes que l’invention de Gutenberg, au milieu du XVe siècle, va puissamment dynamiser, dans la mesure où elle ouvre peu à peu à l’externalisation systématique de la mémoire dans les livres désormais imprimés, et où la masse de ceux-ci s’accroît dans des proportions spectaculaires. De nouvelles formes et de nouvelles pratiques de gestion et d’utilisation s’imposent bientôt, si l’on veut maîtriser des gisements de textes (nous parlerions aujourd’hui de data) qui deviennent de plus en plus riches: une collection de 2000 volumes, comme celle de la Sorbonne, était l’une des plus riches du monde dans la première moitié du XVe siècle. Un siècle plus tard, nous en sommes effectivement, dans les grandes bibliothèques (celle d’un Fernand Colomb à Séville), à compter par milliers, voire par dizaines de milliers de volumes.
Des techniques sont donc mises au point, qui optimisent la gestion des masses de données au niveau non seulement des collections, mais aussi des exemplaires. La désignation des textes est progressivement normalisée, sur la base d’une étiquette associant les deux indications, du titre et de l’auteur, puis, peu à peu, les données relatives à l’édition, à l’adresse (le libraire, chez lequel on se procurera le volume) et à la date, avec le cas échéant enfin des éléments complémentaires de description, tels que la présence d’un paratexte plus ou moins développé (« avec une préface de… », etc.), ou encore celle d’une table ou d’un index. Ces données sont reprises dans des catalogues de bibliothèque et dans des catalogues de livres, qui permettent d’identifier et de localiser les textes, voire, parfois, de descendre au niveau des contenus.
Le duc August dans sa bibliothèque de Wolfenbüttel
Mais les contenus sont aussi analysés au niveau des volumes eux-mêmes, par l’ensemble de procédures mises en place à partir de la fin du XVe siècle, et dont le Liber chronicarum de 1493 donne un exemple spectaculaire: la foliotation (puis la pagination) imprimée, les titres courants plus ou moins détaillés, les tables et les index alphabétiques. Le principe fondamental, complètement nouveau par rapport aux habitudes de la scolastique, est celui d’analyser le discours non plus en fonction de son contenu, mais par rapport à la série des éléments (les feuillets) constitutifs du support (voir ici sur le feuillet et la page).
De manière pratiquement conjointe, c’est l’élaboration et la publication des premiers usuels spécialisés visant à faciliter encore l’identification des textes et de leurs auteurs: il s’agit de bibliographies spécialisées imprimées, dont la première serait celle consacrée par Johann Tritheim aux auteurs ecclésiastiques (De scritporibus ecclesasticis, Basel, Johann Amerbach, 1494). Ici, l’acte de la publication est absolument stratégique, qui témoigne de l’existence d’un public dispersé de plusieurs centaines de lecteurs, ayant adopté les procédures nouvelles de travail intellectuel. Ces chercheurs souhaitent avoir à disposition un ouvrage de synthèse leur fournissant les connaissances de base sur les auteurs et sur les textes dont ils ont besoin, selon une logique qui est déjà celle d’une accessibilité sur le mode de la déconcentration.
Anticipons sur ce qui suivra: les pré-Réformateurs, les Réformateurs eux-mêmes et, à terme, les tenants de la Contre-Réforme catholique font de l’enseignement et de la bibliothèque un élément-clé de leur action: des bibliothèques modernes sont organisées dans les nouveaux établissements d’enseignement, comme la Haute École de Strasbourg, et la question de leur ouverture se pose de plus en plus à la fin du XVIe au début du XVIIe siècle, à Leyde, à Oxford, ou encore à Milan et à Rome. Pour une part, c’est la modernité à l’œuvre sur la base des outils fournis par le média de l’imprimé, qui ouvre aux possibilité d'une innovation intellectuelle dont, avec Pierre Chaunu, nous situerions l’apogée avec la première génération du XVIIe siècle (le «miracle de 1630»).

vendredi 28 février 2014

Conférences d'histoire du livre

École pratique des hautes études,
IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre


Lundi 3 mars 2014 

14h-16h
Histoire de la librairie pédagogique à Paris au XVIIIe siècle
Livre scolaire et pratiques commerciales (1):
les catalogues de libraires
 par
Madame Emmanuelle Chapron,
maître de conférences à l'Université de Provence,
 membre de l'Institut universitaire de France,
chargée de conférences à l'EPHE 

16h-18h  
Des bâtiments nouveaux pour des bibliothèques nouvelles (fin)
Histoire des bibliothèques de Strasbourg (1)
par
Monsieur Frédéric Barbier
   
Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (190 avenue de France, 75013 Paris, 1er étage). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2013-2014. Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg). Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterrand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterrand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand). 
Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).
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jeudi 23 janvier 2014

Nouvelle publication: catalogue d'incunables

Aujourd’hui, où la norme est celle du catalogue (et du catalogue collectif) en ligne, la publication d’un catalogue «classique» d’incunables (nous voulons dire, un catalogue imprimé) se justifie-t-elle? Le tout récent Catalogue des incunables de la Bibliothèque de l’Académie hongroise des sciences nous démontre que oui, et cela d’autant plus que, avec ses quelque 1200 unités, la collection de l’Académie est la seconde du pays après celle de la Bibliothèque nationale.
Le Catalogue s’ouvre par une importante préface (en anglais) sur l’histoire de la collection. On sait en effet le rôle fondateur de l’Académie des sciences dans la construction de la nation hongroise. L’entreprise de réforme et de modernisation impulsée par le corégent, puis empereur Joseph II visait à instituer un Etat centralisé sur le modèle français, Etat organisé autour de sa capitale de Vienne, et dans lequel la  langue officielle serait l’allemand. Mais, avec la mort de l’empereur (1790) et le déclenchement de la Révolution française, la conjoncture se renverse: alors que toutes les forces du pays devront bientôt être rassemblées contre un ennemi extérieur très décidé, il faut se montrer d’autant plus prudent que les réformes éclairées du joséphisme ont suscité des oppositions dans l’Église, au sein de la haute noblesse et auprès des représentants des différentes «nationalités».
A côté de la Bibliothèque nationale (Bibliotheca Regnicolaris) fondée en 1802, l’Académie hongroise des sciences (1825) constituera la seconde institution savante centrale de la nation en construction, et, comme pour la Bibliothèque, l’initiative est prise non pas par le souverain (l’empereur de Vienne est aussi roi de Hongrie), mais par les représentants de la plus haute noblesse: le comte Istvan Széchényi est la figure centrale, et le premier président de la nouvelle Académie sera le comte Jozsef Teleki (1790-1855) (cliquer ici pour s'informer sur les bibliothèques des Teleki). L’institution s’adjoint bientôt une bibliothèque, dont la caractéristique est d’avoir été principalement constituée par les dons des grands magnats, membres de l’Académie et qui, en l'absence d'une cour royale, s'attribuent le rôle de fondateurs et d'organisateurs de la nation
Comme nous le rappelle la précieuse introduction au catalogue (p. 7-17), il s’agit d’abord des Teleki, avec quelque quatre cents incunables. Les bibliothèques de György Rath (1828-1905) et des comtes Antal, Sandor et Ferenc Vigyazo sont également à la base de la collection, tandis que d’autres dons sont aussi à noter (parmi lesquels Imre Jancso, et un certain nombre d'autres). L’introduction résume les caractéristiques du fonds actuel des incunables, mais elle donne surtout de très précieuses informations sur les sources d’archives qui peuvent s’y rapporter (anciens catalogues, et quelques factures correspondant à des achats plus ou moins spectaculaires, comme le montre l’illustration 1b).
Il y a quelques temps déjà (!) que l’intérêt majeur des incunabulistes s’est en effet déplacé, de la simple identification bibliophilique des éditions vers les particularités des exemplaires, particularités bien trop rarement reprises par les fiches catalographiques, et donc la plupart du temps par les catalogues numérisés. Pourtant, ce sont précisément ces particularités qui nous apportent le plus d'informations sur l'histoire sociale des livres et des textes. Le Catalogue des incunables de la Bibliothèque de l’Académie hongroise des sciences répond de la manière la plus heureuse à cette insuffisance, en donnant toutes les précisions possibles sur la provenance, etc., des exemplaires conservés, en décrivant le cas échéant la reliure avec la plus grande exactitude, et en publiant in fine un certain nombre d'excellentes reproductions en couleurs.
Exemplaire de Guy de Chauliac, provenant de la bibliothèque de Hartmann Schedel
Nous voici par conséquent devant un volume qui correspond aux critères les plus récents de la recherche scientifique, et qui attire l’attention sur un fonds trop souvent ignoré, notamment en Occident. Alors, oui, les catalogues «sur papier» constituent encore des outils irremplaçables, quand ils ont cette qualité et quand ils complètent notre information pour des points sur lesquels les données des catalogues informatisés sont très largement insuffisantes –au passage, nous nous permettrons de rappeler que nous attendons toujours la conclusion de l’entreprise pleine de promesses des Catalogues régionaux des incunables des bibliothèques de France… 

Catalogue of Incunables of the Library and Information Centre of the Hungarian Academy of Sciences (…). INC-MTA,
éd. Marianne Rozsondai, Béla Rozsondai,
Budapest, Argumentum Publischinh House, 2013,
458 p., pl. en coul., rel.
ISBN 978-963-446-695-6

dimanche 5 janvier 2014

Une page d'iconologie

Titre gravé
La bibliothèque de la nouvelle université de Leyde (1575) a déjà été présentée ici: dans son environnement réformé, elle poursuit le triple objectif, de servir la science (il faut par conséquent des collections de qualité, et qui soient actualisées), d’aider à la compréhension de la Parole divine, et de contribuer à la cohésion de la communauté. C’est pour répondre à ce dernier impératif que la bibliothèque se signale comme étant la première à publier le catalogue de ses collections, dès la fin du XVIe siècle: Nomenclator autorum omnium quorum libri vel manuscripti vel typis expressi extant in Bibliotheca Academica Lugduno-Batavae. Cum epistola de origine ejus atque usu (Lugduni Batavorum, apud Franciscum Raphelengium, 1595). Ce répertoire va faire date, qui sert d’ouvrage de références dans un très grand nombre de bibliothèques de recherche (au même titre que le catalogue d’Oxford), et qui sera régulièrement réédité et augmenté (exemplaire numérisé).
L’édition de 1716 est particulièrement remarquable, par l’ampleur de la collection (le catalogue lui-même fait plus de 500p.), par les pratiques bibliothéconomiques mises en œuvre (avec notamment le cadre de classement systématique, complété par un index alphabétique), et par le soin donné à la publication. En tête, un titre gravé met en scène, d’une certaine façon, le projet de bibliothèque idéale, dans un environnement architectonique particulièrement soigné.

Le cabinet du physicien
Au centre de la salle, la figure de Minerve symbolise la sagesse et la connaissance, avec la chouette athénienne à ses pieds. Plus qu'une allusion au pouvoir pontifical, les clés figurant sur le piédestal de la statue renverraient à l’idée d’ouverture vers la sagesse que donne la connaissance, en l'occurrence la connaissance par les livres. Cette figure de la sagesse est classique, qui reflète bien évidemment le modèle antique, et qui constitue à la fois le pivot du microcosme de la bibliothèque, donc celui de l’univers des connaissances, et celui du macrocosme, l'univers réel. Les portraits des savants, et celui du prince fondateur de l’institution, décorent la salle comme autant de témoignages de la valeur de la virtus : les illustres, alias ceux qui ont effectivement consacré leur vie à l’idéal de la connaissance (et de la connaissance partagée), constituent autant d'exempla et l’on se doit autant que possible de les imiter.
En avant de la scène, deux figures féminines se font face, dans lesquelles nous pensons retrouver une variante du thème classique de la Révélation et de la connaissance rationnelle: la Révélation, à gauche, est plongée dans l’Ecriture, dont le texte est éclairé par le rayon de la vérité que darde l’œil omniscient environné de nuages. face à elle, la connaissance humaine tient de la main droite le miroir symbole de la prudence (prudentia), et de la gauche, un livre fermé. Appuyé à son siège, le caducée (la baguette ailée et entourée de deux serpents antagonistes) symbolise l’éloquence, la paix et les échanges toujours profitables.
Examinons maintenant l’arrière-plan de ces trois figures principales. Une monumentale colonnade structure l’espace des rayonnages à livres. Le soubassement montre que nous sommes toujours sur le modèle de l’Académie, ou du Musée: quatre représentations mettent en effet en scène les grands domaines du savoir, avec le laboratoire du physicien (ou de l’apothicaire?), le théâtre anatomique, l’observatoire astronomique et le cabinet de naturalia (?). Le soubassement prend d’ailleurs la figure d’un livre à-demi ouvert.
Terminons par la bibliothèque elle-même, qui se déploie en arrière-plan sur deux niveaux séparés par une sorte de balcon: le modèle est analogue à celui de nombreuses bibliothèques des XVIIe et XVIIIe siècles, à commencer par la Mazarine à Paris. Trois détails sont plus particulièrement frappants.

Conversations savantes
D’abord, de tous côtés, ce sont les silhouettes de personnages en train de discuter ou de converser les uns avec les autres. Ces silhouettes sont là pour nous rappeler que la bibliothèque (ou le Musée) est autant un espace de lecture qu’un espace de rencontre et d’échanges, parce que chaque amateur ou spécialiste sait qu’il y retrouvera tel ou tel de ses collègues, et que de la rencontre naîtra la lumière. N'y donne-t-on pas, à l'occasion, des cours publics? Le second détail qui nous arrête est celui des échelles impressionnantes (on évaluera leur hauteur à quelque 6m), que les lecteurs (ou, peut-être, les bibliothécaires?) empruntent pour accéder à tel ou tel volume qu’ils souhaitent. Il paraît bien difficile de ne pas y voir la métaphore classique, de l’accession progressive à la connaissance par la lecture et par le travail.
Le dernier détail, plus subtile, relève de la communication: les rayonnages en haut des travées sont en effet grillagés, ce qui nous rappelle que la bibliothèque, même publique, n’est pas pour autant le lieu de la libre communication. S’ils ne sont pas dans un cabinet séparé, les livres interdits seront rangés en haut des travées, c’est-à-dire pratiquement hors de vue et hors de portée, surtout si on prend la précaution de placer la tranche à l’extérieur. Et, dans notre bibliothèque modèle, ils sont en définitive abrités derrière des grillages, comme on peut l'observer dans un certain nombre de bibliothèques anciennes heureusement conservées aujourd'hui, par exemple à Kalocsa...

jeudi 9 mai 2013

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 13 mai 2013
 
16h-18h
La logistique des livres:
une histoire du catalogue de bibliothèque,
au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime(fin)

par
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études

Nous terminerons ce jour l'étude des catalogues de bibliothèques, et envisagerons notamment celui de Cîteaux (Bib. Dijon, ms 610).

La Bourgogne est très riche en fondations religieuses, avec des diocèses très anciens (nous sommes sur la route au nord de Lyon…) et des maisons régulières particulièrement puissantes. Guillaume d’Aquitaine, comte de Mâcon, fonde ainsi Cluny en 910, et l’abbaye, qui jouit d’une totale indépendance, connaîtra un développement spectaculaire jusqu’à l’apogée du XIIe siècle. Sa richesse même est à l’origine de la réforme impulsée par saint Bernard, lorsqu’il vient à Cîteaux en 1112, avant d'être élu abbé de Clairvaux trois ans plus tard. Parmi les autres «filles» de Cîteaux figure Pontigny.
Même si les rénovateurs successifs de l’ordre bénédictin étaient d'abord réservés à l’égard du travail intellectuel, celui-ci s’impose bientôt dans les nouvelles fondations, tant chez les Clunisiens que chez les Cisterciens. Nous sommes, à Cîteaux, dans le diocèse de Chalon (Chalon-s/Saône). La bibliothèque est établie dans un cloître proche des cellules des copistes, avant qu’on ne la déplace dans une grande salle au premier étage.
Nous avons déjà eu l’occasion de rencontrer l’abbé Jean de Cirey, personnalité exceptionnelle, intellectuel et enseignant, élu à Cîteaux en 1476, et qui jouera aussi un rôle politique non négligeable. C’est sur son ordre que, en 1480, est dressé le catalogue des livres possédés par l’abbaye. Ce catalogue est copié sur parchemin, sur deux colonnes, avec des incipit rubriqués et des initiales alternant le rouge et le bleu. Mais s'agit-il réellement d'un catalogue? Le volume, qui identifie quelque 1200 manuscrits et imprimés, correspond plutôt à un inventaire, dans la mesure où il donne le détail des livres déposés dans tous les locaux de l’abbaye, voire en-dehors de celle-ci...

Et encore: une date à ne pas oublier, celle du 6 juin prochain, jour de notre séance foraine à la bibliothèque d'Auxerre.

mercredi 3 avril 2013

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 8 avril 2013
16h-18h
La logistique des livres:
une histoire du catalogue de bibliothèque,
au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime
par
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études

Catalogue de la bibliothèque de Saint-Victor de Paris (© Bibl. Mazarine)
Nota: La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. Pendant la fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2012-2013.
Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand).
Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).