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lundi 16 juillet 2018

Le voyage des bibliothèques

Une bien agréable circonstance a mis dans nos mains une très belle taille-douce représentant la Bibliothèque impériale de Vienne à la fin du XVIIe siècle (cf cliché). On lira ci-dessous quelques observations que la gravure suggère. 
À la fin du XVIIe siècle, Vienne est une ville frontière, à une cinquantaine de kilomètres à l'ouest de la Leitha (1), et qui se trouve encore assiégée, certes pour la dernière fois, par les Turcs en 1683. Mais, lorsque le grand-vizir Kara Mustapha doit lever le siège (12 septembre), après avoir bloqué la ville pendant deux mois, c’est le début du reflux séculaire du Ottomans le long du Danube et vers l’Europe orientale: la paix signée par Eugène de Savoie à Karlowitz (1699) symbolise le passage à la conjoncture nouvelle, qui entérine notamment la reconquête de la Hongrie et de la Transylvanie, et qui voit parallèlement la transformation profonde de Vienne.
Élu, non sans difficultés, en 1658, Léopold Ier avait déjà entrepris de faire de Vienne une capitale, et donné une attention très réelle à la Bibliothèque de la cour (Hofbibliothek): celle-ci a été confiée en 1663 à un savant de renom, le Hambourgeois Peter Lambeck, qui travaille dès lors activement à la réorganisation et au catalogage des collections, ainsi qu’à la rédaction d’une histoire de l’institution. Charles Patin, qui a dû quitter la France pour s’établir en définitive à Padoue, d’où il accomplit un certain nombre de voyages d’étude dans les bibliothèques et autres institutions savantes du continent, dira son admiration en découvrant la bibliothèque de Vienne (1676):
Je visitay derechef ses admirables trésors, mais particulièrement ceux des livres et médailles. J’y vis une infinité de précieux manuscrits en toutes sortes de langues et de matières, tant antiques que modernes, sans lesquels on ne sçauroit, ce me semble, rien écrire. (…) Monsieur Lambécius, qui en a la garde comme bibliothécaire, m’y fit toute la faveur que je désirois : son nom est connu et aimé de tous ceux qui aiment les belles lettres… (2).
Patin avait été précédé à Vienne par le médecin ordinaire du roi Charles II d’Angleterre, Edward Brown, lequel effectue pendant cinq ans un tour de l’Europe (1668-1673), en portant une attention particulière à l’Europe centrale et orientale. Dès son retour, il en donne le récit en anglais (Londres, 1673). Celui-ci est traduit en français et publié à Paris l’année suivante (3), puis en flamand en 1682 et, enfin, en allemand, à Nuremberg en 1686 (VD17: 1: 071394Q). La curiosité du public explique qu’une deuxième édition flamande sorte à Amsterdam en 1696 (4).
La Bibliothèque de Vienne attire toute l’attention du voyageur, qui y est reçu par Lambeck:
Ce Petrus Lambecius (…) m’a fait la grâce de me faire non seulement voir la plus grande partie des meilleurs & des plus beaux de ces livres, aussi bien que tout ce qu’il y avoit de plus rare ; mais mesme il m’a permis d’en emporter chez moy quelques-uns dont j’avois besoin pour quelque temps : & lorsque je fus prendre congé de luy (…), il me donna un cathalogue de près de cent manuscrits qui traitent de chymie & qui sont dans cette bibliothèque (5).
L’édition amstellodamoise de 1682 est enrichie de gravures en taille-douce, dont l’une, signée de Jan Van Luyken (Amsterdam, 1649-1712), représente la Bibliothèque impériale, avec la légende «De Kayserlike Bibliotken en Rariteyt Kamer» (La bibliothèque impériale et la chambre des raretés). La planche est reprise dans la réédition de 1696, avec l’ajout d’une mention gravée dans le coin supérieure droit: «f. 221». Il semblerait qu’un certain nombre d’exemplaires de l’illustration ait fait l’objet d’un tirage indépendant, pour être vendus sous forme d’estampes. En effet, celles-ci ne sont pas pliées, mais portent l’indication de la pagination.
La scène se présente comme un théâtre: il ne s’agit pas d’une bibliothèque réelle, mais bien d’une bibliothèque idéalisée. Dans une architecture monumentale, une première salle, immense, est tapissée de rayonnages et de livres, jusqu’à une hauteur vertigineuse. Quelques personnages montés sur des échelles sortent des volumes, qu’ils lisent ou qu’ils tendent à ceux qui souhaitent les consulter. Sur la droite de la scène, un groupe de savants converse autour d’une table. Au premier plan, l’empereur, identifié par sa couronne et par sa traîne portée par deux pages, pénètre dans la bibliothèque: il y est accueilli par les gestes déférents d’un personnage que l’on peut identifier comme Lambeck lui-même. Des gardes armés se tiennent en arrière.
Mais cette première salle ouvre sur une perspective: une autre salle se présente en effet, aussi monumentale que celle de la bibliothèque. Elle abrite apparemment des collections de naturalia, rangées dans des meubles ou, pour les pièces plus importantes, accrochées au mur. Enfin, le troisième plan est celui d’un jardin extérieur, que l’on peut identifier comme un jardin botanique, et où l’on devine de petites silhouettes se promenant.
Certes, l’artiste hollandais n’a jamais visité Vienne (mais il connaissait très probablement certaines des bibliothèques de son pays), et la représentation est donc absolument fictive: c’est une mise en scène du pouvoir du souverain, à travers l’un de ses attributs les plus importants, celui du pouvoir comme protecteur des sciences, des lettres et des arts –le prince est le prince de la guerre, mais aussi le prince des muses. La gravure actualise le modèle du Musée d’Alexandrie, avec une perspective irréaliste (une vingtaine de rayonnages superposés!), faisant apparaître la bibliothèque comme le temple grandiose du savoir universel. Ce savoir livresque, que l’on assimile à l’historia litteraria, sera complété par la connaissance de l’historia naturalis mise en scène dans la deuxième salle et dans le jardin.
On remarquera que la gravure de 1682 est copiée avec précision pour illustrer l’édition nurembergeoise de 1686.
Déjà, Léopold Ier songeait à réaménager la bibliothèque impériale, pour lui donner, dans la Hofburg, un local à la fois plus approprié et plus représentatif, mais le projet ne pourra aboutir par suite des difficultés financières récurrentes. C’est son successeur, Charles VI, qui lance, l’année même de son accession au trône (1711), un programme urbanistique de très grande envergure, dans le but de donner à Vienne sa figure de véritable capitale de l’Empire et, implicitement, de deuxième capitale du monde chrétien (avec Rome): la Bibliothèque impériale et royale de la cour (KuK Hofbibliothek) en constitue l’une des pièces maîtresses, et elle est le second bâtiment nouveau entrepris après celui de l’église Saint-Charles Borromée (Karlskirche).
Voici donc une gravure qui attire d’abord l’œil par son sujet et par sa qualité esthétique, mais dont l’examen plus précis permet de mettre en évidence un certain nombre de phénomènes qui caractérisent la conjoncture des années 1700: l’affirmation du pouvoir des Habsbourg à partir de leurs territoires héréditaires (6), le rôle renforcé de la bibliothèque moderne dans la construction politique, la tradition du Musée sur le modèle d’Alexandrie, sans oublier le passage dans la nouvelle conjoncture européenne engagée par le repli ottoman (soit un mouvement qui ne s’achèvera qu’en 1919). Mais on pourra aussi penser à l’essor des curiosités savantes en Europe et à l’intérêt pour les voyages, sans oublier, in fine, les manifestations d’une politique éditoriale très réfléchie, qu’il s’agisse de lancer des traductions ou de rentabiliser ses investissements en rééditant les textes ou en diffusant sous forme d’estampes les gravures incluses dans tel ou tel volume. Encore quelques décennies, et le chevalier de Jaucourt consacrera une part importante de l’article «Vienne» de l’Encyclopédie à la description de la Bibliothèque: celle-ci, ouverte à tous depuis 1726, est désormais reconnue comme l’une des plus riches d’Europe, elle est installée dans un bâtiment grandiose organisé autour d’une coupole monumentale, et Vienne s’impose alors à tous comme l’une des grandes capitales des Lumières.

Notes
(1) La Leitha marque la frontière à la fois de l’Empire et du royaume de Hongrie (voir ici une carte sommaire), dont la plus grande partie est occupée par les Turcs depuis les premières décennies du XVIe siècle.
(2) Charles Patin, Relations historiques et curieuses de voyages en Allemagne, Angleterre, Hollande, Bohême, Suisse, &c, par C.P.D.M. [Charles Patin, doctor medicinae] de la Faculté de Paris, nelle éd., Rouen, Jacques Lucas, 1676.
(3) Edward Brown, Relation de plusieurs voyages, faits en Hongrie, Servie, Bulgarie, Macédoine, Thésalie, Austriche, Styrie, Carinthie, Carniole & Frivoli, Paris, Gervais Clouzier, 1674. Frontispice en taille-douce par Cossin d'après Mignard, et 9 planches d’ill.
(4) Edward Brown, Naauwkeurige en gedenkwaardige reysen (…) door Nederlande, Duytsland, Hongarijen, Servien, Bulgarien, Macedonien, Thessalien, Oostenr[ijk]., Stierm[ark]., Carinthien, Carniole en Frioul, Amsterdam, Jan ten Hoorn, 1696. L’édition compte seize gravures.
(5) La traduction française est sensiblement abrégée. La présentation de la bibliothèque est bien plus précise dans la traduction allemande de 1686 (p. 242 et suiv.).
(6) On pourrait même dire que le triomphe de la «territorialisation» à l’autrichienne traduit aussi le déclin de l’idée impériale. On se rappelle de ce que rapporte Goethe du couronnement de Joseph II, auquel il assiste à Francfort en 1764 (Poésie et vérité).

vendredi 23 octobre 2015

Prosopographie et histoire du livre

La signification possible de concepts pourtant à la mode reste parfois incertaine, et cela non seulement chez les politiciens (dont c’est trop souvent la marque de fabrique), mais aussi chez certains spécialistes, dont les historiens. Ne parlons pas de la «mémoire» ni des «lieux de mémoire», encore moins de l’«identité» ou de la «mondialisation», mais soulignons le fait que, par exemple, une «histoire mondiale» n’est pas une «histoire globale» du livre, et que son projet ne se limite pas à la juxtaposer plus ou moins habilement des histoires du livre rédigées par pays, ou regroupées sur des critères plus ou moins artificiels.
La prosopographie aussi apparaît parfois comme l’un de ces concepts flous, elle qui était à la mode voici une vingtaine d’années, qui s’est trouvée par la suite un petit peu délaissée, mais qui aujourd’hui revient peut-être sur le devant de la scène. De ce regain de faveur, nous ne prendrons pour preuve que le séminaire «La prosopographie, objets et méthodes» organisé entre l’ENS de Lyon et l’Université de Paris I. Gabriel Garotte cite Claire Lemercier et Emmanuelle Picard, lorsqu’il explique que la prosopographie serait «une sorte de style de recherche, quelque chose de moins nettement défini en tout cas qu’une méthode, de moins rigide qu’un courant ou une école».
Il n’est pas utile de revenir sur l’étymologie du terme, qui relève de la rhétorique: la prosopographie désigne la description physique d’une personne. Le terme est repris par les historiens antiquisants, notamment en Allemagne, lorsqu’ils se lancent dans la réalisation de dictionnaires recensant les individus membres d’un certain groupe social, appartenant à une certaine famille ou habitant une certaine ville ou région. Paul Poralla consacre sa thèse à la «Prosopographie des Lacédémoniens», thèse publiée à Breslau à la veille de la Première Guerre mondiale (Prosopographie der Lakedämonier bis auf die Zeit Alexanders des Grossen). Le modèle de ces recherches est donné, en France, par le travail consacré par Claude Nicolet à l’ordre équestre dans la Rome républicaine: le premier volume envisage les définitions juridiques et les structures sociales de l’ordre équestre de 312 à 43 av. J.-C., tandis que le second constitue une Prosopographie des chevaliers romains, le tout ne représentant pas moins de 1150 pages (Claude Nicolet, L’Ordre équestre à l'époque républicaine (312-43 av. J.-C.). I. Définitions juridiques et structures sociales ; II. Prosopographie des chevaliers romains, Paris, 1966-1974, 2 vol., 1150 p. (BEFAR, 207 et 270)).
On le voit, la prosopographie ne s’identifie pas, pour l’historien, à un simple dictionnaire biographique : elle suppose, bien évidemment, un travail considérable de reconstruction biographique érudite d’un groupe de population, mais cette reconstruction sera conduite selon un cadre en principe normalisé (autrement dit, sur la base d'une fiche-type), de manière à autoriser, autant que possible, un traitement sériel des données ainsi rassemblées. Le fichier des biographies pourra certes être publié, mais il ne débouchera sur un travail prosopographique que s’il fait l’objet d’une exploitation relativement poussée, souvent dans une perspective d’histoire sociale au sens le plus large, ou dans une perspective d’anthropologie historique (centrée par exemple sur l’histoire des familles, sur le rôle des femmes, ou encore sur l’histoire de la formation et de l’apprentissage).
Dans cet ordre d'idées, que pouvons-nous dire des travaux réalisés en Allemagne et dans les pays germanophones dans le domaine de la prosopographie de ce que nous avions appelé les «gens du livre»? Laissons de côté la définition même du corpus étudié, et les deux problèmes de savoir de quelle géographie il s’agit, et comment se définit sur le plan fonctionnel la «librairie allemande» (il convient toujours de se garder de trop respecter le «politiquement correct», et de transposer dans le passé des catégories du présent). Les principaux titres cités relèvent moins de travaux de prosopographie stricto sensu que de dictionnaires biographiques. De même, ils privilégient le plus souvent le monde des imprimeurs (Buchdrucker), ce qui est peut-être moins gênant dans la tradition allemande que dans d’autres géographies, mais n’en entraîne pas moins le fait que les libraires de détail et autres diffuseurs restent quelque peu négligés.

La tradition allemande des dictionnaires d’imprimeurs est ancienne, mais toujours très vivante. Les grands classiques sont connus de tous. Soit, par ordre chronologique des périodes décrites:
Ferdinand Geldner donne, en 1968-1970, les deux volumes de son dictionnaire des imprimeurs allemands du XVe siècle: Die deutschen Inkunabeldrucker, Stuttgart, Hiersemann, 2 vol. I- Das deutsche Sprachgebiet, 1968. II- Die fremden Sprachgebiete, 1970. Le classement suit l'ordre alphabétique des villes, ce qui est resté une tradition allemande.
Ce travail reprend les données fournies par Konrad Haebler, lequel avait publié dès 1924 son «dictionnaire des imprimeurs allemands du XVe siècle à l’étranger» (Die Deutschen Buchdrucker des XV. Jahrhunderts im Auslande, München, Jacques Rosenthal, 1924). À titre personnel, signalons que nous avons beaucoup utilisé ces grands répertoires pour l’étude des migrations professionnelles dans une perspective d’anthropologie historique:
Frédéric Barbier, «Émigration et transferts culturels: les typographes allemands et les débuts de l’imprimerie en France au XVe siècle», dans Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Comptes rendu des séances de l’année 2011, janvier-mars, Paris, diff. De Boccard, 2011 [sic pour 2012], p. 651-679. Point de vue élargi dans : id., «Émigration et transferts culturels dans la « librairie » aux époques moderne et contemporaine: le cas de l’Allemagne et de la France», dans Mobilità dei mestieri del livro tra quattrocento e seicento, dir. Marco Santoro, Samanta Segatori, Pisa, Roma, Fabrizio Serra, 2013, p. 39-54 («Biblioteca di Paratesto», 8).
Les deux siècles qui suivent sont couverts par les classiques de Josef Benzing, Die deutschen Buchdrucker des 16. und 17. Jts im deutschen Sprachgebiet, 2e éd., Wiesbaden, Harrassowitz, 1982. Id., Die deutschen Verleger des 16. und 17. Jts im deutschen Sprachgebiet, Frankfurt-a/Main, Buchhändler Vereiningung, 1977. Le premier titre a fait l’objet d’une refonte intégrale, avec mise à jour, avec le volume exemplaire de Christophe Reske, Die Buchdrucker des 16. und 17. Jts im deutschen Sprachgesbiet. Auf der Grundlage des gleichnamigen Werkes von Josef Benzing, Wiesbaden, Harrassowitz, 2007, XXXI-1090 p. («Beiträge zum Buch-und Bibliothekswesen», 51).
David Paisey ne donne qu’une liste beaucoup plus brève, qui s’apparente à une table, mais dont le propos est de recenser les imprimeurs, libraires et éditeurs allemands de la première moitié du XVIIIe siècle: David L. Paisey, Deutsche Buchdrucker, Buchhändler und Verleger, 1701-1750, Wiesbaden, Otto Harrasowitz, 1988 («Beiträge zum Buch- und Bibliothekswesen», 26).
Bien entendu, il y faudrait citer ici nombre d’autres titres, dont les références figurent dans la bibliographie des grands manuels. On doit aussi renvoyer aux synthèses présentant la situation de l’histoire du livre outre-Rhin, notamment les deux volumes Buchwissenschaft in Deutschland. Ein Jandbuch, dir. Ursula Rautenberg, Berlin, New York, Walther de Gruyter, 2010, 2 vol. (surtout t. I, 2e partie: «Forschungsberichte»).

Notre dernier ordre d’observations portera sur les «autres sources» susceptible d’être mobilisées dans la perspective d’un travail de prosopographie. Il n’est pas utile de s’arrêter sur les multiples monographies, histoires de la «librairie» dans telle ou telle ville ou région, ou monographies d’entreprise (par ex. le travail exemplaire consacré par Bernhard Fischer à Johann Friedrich Cotta:
Bernhard Fischer, Der Verlger Johann Friedrich Cotta. Chronologische Verlagsbibliographie, 1787-1832, aus den Quellen bearbeitet, Marbach, Deutsche Schillergesellschaft; München, K.-G. Saur, 2003, 3 vol.
Mais, on le voit, la masse des données à prendre en compte s’accroît dans des proportions telles que la réalisation d’une prosopographie se fait de plus en plus problématique pour le XVIIIe siècle, puis pour l’époque contemporaine. À cet égard, un certain nombre de sources sérielles est pourtant mobilisable, sources parmi lesquelles nous mentionnerons d'abord les grandes séries de dictionnaires biographiques (Allgemeine deutsche Biographie, et la compilation nouvelle de la Neue deutsche Biographie), mais aussi les annuaires professionnels dont les séries sont pratiquement continues depuis les années 1820 en Allemagne: Otto August Schulz, Allgemeines Adressbuch für den deutsche Buchhandel, Leipzig, Schulz, 1839->
En Autriche, la série est moins complète: Adressbuch für den österreichischen Buch–, Kunst– u. Musikalienhandel, éd. Perles, Wien, 1863, etc.
Bien évidemment, les sources disponibles sur Internet sont aujourd'hui omniprésentes, par ex. sur les marques typographiques, ou encore sur les reliures anciennes, etc. Les données mobilisables par le biais des OPAC et des catalogues collectifs (INKA, VD16, VD17 et VD18) fournissent des masses d’informations jusque là pratiquement inaccessibles: il devient possible, comme l’a en partie fait Reske, de croiser les éléments fournis par les répertoires biographiques proprement dit, les informations nouvelles collectées depuis leur parution, et les séries bibliographiques que l’on aura collectées sur Internet.
Une dernière remarque, pour finir: dans le domaine de l’histoire du livre, la prosopographie suppose une certaine forme d’expertise. Il faut être en mesure de faire la critique des sources, pour savoir ce qu’elles peuvent représenter (ou non), donc il faut avoir une idée du régime de la librairie, ou encore de l’histoire des collections, voire de l’histoire générale et de la géographie historique. Il faut être formé à la bibliographie matérielle. Il faut maîtriser un certain nombre de langues, à commencer par le latin, lingua franca de la librairie européenne et principale langue de publication, selon les géographies, au moins jusqu’à la Guerre de trente ans (mais aussi l’italien, l’allemand, le français, et l’espagnol, voire des langues de publication plus rares). Mentionnons pour mémoire les autres sciences auxiliaires, non sans insister pourtant le rôle de la paléographie, et sur les difficultés certaines que peut poser la lecture des archives allemandes jusqu’à la Première Guerre mondiale, sinon plus tard (la deustche Kurrentschrift).

mardi 18 mai 2010

Les langues en Bohème au XVIIIe siècle


Vendredi 21 mai 2010, 14h-16h
Cinquième séance du séminaire « Langues, livres, lecteurs
 »

Diffusion du livre français et pratiques linguistiques
dans la monarchie des Habsbourg au XVIIIe siècle
par
Madame Claire Madl (CeFres, Prague)

La diffusion du livre français au XVIIIe siècle est un phénomène aussi généralement connu que difficile à appréhender dans le détail. Dans la monarchie des Habsbourg, il doit être étudié au sein de pratiques plurilingues aux caractères spécifiques.
Dans un premier temps, il s’agira de définir et de caractériser la place du livre français dans les lectures des habitants des pays tchèques, d’évaluer les canaux d’approvisionnement en livres français et de dégager les différentes représentations attribuées aux langues en présence, en particulier le français. Les sources utilisées sont les inventaires de bibliothèques, bourgeoises ou nobles et les catalogues de libraires, mais aussi un certain nombre de témoignages explicites dont nous disposons sur la question de la langue.
Il est ensuite possible d’examiner la façon dont les individus usent de ces représentations dominantes, qu’ils s’y soumettent ou qu’ils les déjouent, pour donner à leurs écrits un caractère particulier dans lequel se lit la valeur qu’ils souhaitent accorder à la relation sociale établie par ce biais.

Le séminaire se tient dans la salle de réunion de l'Institut d'histoire moderne et contemporaine,
École normale supérieure, 45 rue d'Ulm, 75005 Paris (01 44 32 31 52).
Entrée libre dans la limite des places disponibles.

Informations sur le séminaire:
http://www.ihmc.ens.fr/Langues-livres-lecteurs-le.html
(Cliché: la vieille ville de Prague, vue prise depuis le Pont Charles. Cliché FB).

samedi 13 février 2010

Nouvelle publication

Nouvelle publication
Cinquante ans d’histoire du livre, de L’Apparition du livre (1958) à 2008. Bilans et projets, dir. Frédéric Barbier, István Monok,
Budapest, Országos Széchényi Könyvtár, 2009,
270 p.
(« Vernetztes Europa : Beiträge zur Kulturgeschichte des Buchwesens, 1650-1918 / L’Europe en réseaux : contribution à l’histoire de la culture écrite, 1650-1918 » ; 5).
ISBN 978-963-200-575-1

Contient : Frédéric Barbier, « Henri-Jean Martin et l’invention de la ‟ nouvelle histoire du livre ” » ; Thierry Claerr « Bilan de cinquante ans d’histoire du livre pour la France » ; Ursula Rautenberg, « Ein halbes Jahrhundert deutscher Buchforschung : die Entwicklungen im Überblick » ; Ernesto Milano, « Il libro in Italia dal secondo dopoguerra ai giorni nostri » ; Maria Luisa Vidriero, « Tras L’Apparition du livre : diez lustros de estudios Españoles en la balanza » ; Marie-Françoise Cachin, « Cinquante ans d’histoire du livre dans les Îles Britanniques » ; Wolfgang Undorf, « Research in Scandinavian 15th-18th centuries Book and Library History » ; Visturs Zanders, « Die Buchwissenschaft im Baltikum in den letzten 50 Jahren » ; Tatjana Dolgodrova, « « L’histoire du livre en Russie dans la seconde moitié du XXe siècle ; Johannes Frimmel, « Buchgeschichte im Zentrum Europas : Ungarn, Tschechien, die Slowakei, Slowenien, Kroatien, die Schweiz, Österreich » ; Bruno Racine, « Les bibliothèques nationales » ; Patrick Bazin, « Un nouveau tournant pour les bibliothèques patrimoniales françaises » ; Thomas Keiderling, « Die Institutionen der Buchwissenschaft in Deutschland » ; Sabine Juratic, « De la prosopographie à l’étude des réseaux du livre : bilan et perspectives de recherche » ; Dorrotya Lipták, « Zum Konzept einer historisch-sozialwissenschaftlicher buch-und pressewissenschaftlicher Forschung in Ungarn ».

Ce volume constitue l’édition des Actes du colloque international «Cinquante ans d’histoire du livre» tenu à la Bibliothèque nationale de Budapest en 2008.
On peut se procurer le volume à l’adresse internet suivante : kiadvany@oszk.hu

Cliché : Bibliothèque de l’École supérieure de Eger (Haute-Hongrie), avec son plafond baroque en trompe-l’œil.