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mercredi 12 juin 2019

À propos d'un livre...

Le dossier du Précis des procès-verbaux des administrations provinciales depuis 1779 jusqu’en 1788 est révélateur du fonctionnement de la «Librairie» dans le royaume de France à l’extrême-fin de l’Ancien Régime et au tout début de la Révolution:
Précis des procès-verbaux des administrations provinciales depuis 1779 jusqu’en 1788. Ouvrage contenant le résumé des objets traités dans les différens bureaux, tels que l'agriculture, les manufactures, le commerce, les milices, les haras, les pépinières, les chemins et canaux, la mendicité, les ateliers de charité, &c. Premier [Second] volume,
À Strasbourg, chez Levrault, imprimeur de l’Assemblée provinciale,
avec approbation et permission, M. DCC. LXXXVIII [1788],
2 vol., [4-]XXXI p., [1] p. bl.], 299 p., [1] p. bl.] + [2] p. bl., [2-]310 p., 8°.
Le projet poursuivi par le libraire-imprimeur, en l’occurrence Levrault, est celui de soutenir les réformes. Les procès-verbaux des Assemblées provinciales ont été publiés, en une série de 24 volumes in-4°, mais la diffusion d’un ensemble aussi important ne peut être que limitée:
Telle intéressante que soit la collection des procès-verbaux des assemblées provinciales, peu de personnes ont pu réunir 24 volumes in-4° imprimés dans plusieurs provinces; d’ailleurs, chaque assemblée ayant été obligée, pour l’instruction de tous ses membres qui composent les différentes subdivisions, de faire imprimer les édits, déclarations, règlements généraux & particuliers, les mêmes objets se trouvent nécessairement répétés dans chaque volume (t. I, «Préface»).
L'idée sera donc de donner une sorte de compendium des travaux et des propositions, sous la forme d’un Précis en deux volumes (le prix est probablement de 6 ll.). Le contenu sera présenté par «provinces», selon une disposition qui suit plus ou moins la géographie, de l’Alsace à l’Île-de-France, puis vers l’ouest, et enfin vers le sud. Le choix des extraits vise à proposer un tableau d’ensemble des principaux sujets abordés, tandis que la «Table des matières» insérée in fine permet de localiser les passages intéressant chacun d’eux. On le voit, il est bien certain que la préparation de l’édition a représenté un travail de rédaction très réel, et auquel on peut imaginer que le fils aîné du libraire-imprimeur a à nouveau directement participé.
De fait, François Levraut l’Aîné (1762-1821) est une figure-clef du milieu des réformateurs strasbourgeois. Cet ancien élève du Collège royal, puis de l’université, est licencié en droit en 1782, et sera trois ans plus tard secrétaire de l’intendant Antoine de Chaumont de la Galaizière. Très proche de Frédéric de Dietrich, il est président de la Société des Amis de la Constitution et procureur-syndic de la commune de Strasbourg (1790), puis député suppléant à l’Assemblée nationale (1791). Destitué en août 1792, il se réfugiera un temps à Bâle.
Le titre de notre ouvrage ne correspond pas exactement au contenu, puisqu’il s’agit bien des Procès verbaux des États Généraux, pour lesquels une permission tacite est accordée le 14 juillet 1788 (BnF, mss, fr. 21867, f° 106r°). L’arrêt du Conseil pris le lendemain annonce aussitôtla convocation prochaine des États Généraux, et invite chacun à communiquer les informations et remarques qu’il souhaite: le moment semble particulièrement propice pour une opération éditoriale d'envergure.
Deux lettres inédites de Jean-François Née de La Rochelle nous éclairent plus précisément sur la politique du libraire éditeur. La première est en date du 5 août 1788, et montre que les Strasbourgeois se sont tournés vers leur confrère parisien pour la diffusion de leur nouveau titre. Mais Née s’inquiète:
Je croyois que l’impression de l’ouvrage que vous me proposés avoit été suspendue ou arrêtée sur des représentations que j’ai su avoir été faites à Mgr le Garde des sceaux [Lamoignon de Basville]. Je ne présume cependant pas que vous ayez pris sur vous d’imprimer sans permission le Précis des procès-verbaux des assemblées provinciales, mais dans le cas où vous n’auriez aucune permission, avant de risquer un ballot adressez m’en un seul exemplaire par quelqu’ami: je ferai demander une permission simple ou tacite pour cet ouvrage en le présentant. Si vous êtes en règle, vous pouvez m’adresser 150 ex. de cet ouvrage, nom compris 8 ex. pour la Chambre syndicale et 5 ex. pour les journaux, lesquels 13 ex. tombent à la charge de celui qui imprime ou de l’auteur, ainsi que cela se pratique.
Je vous prie de n’en envoyer à aucun de mes confrères à Paris, et si vous pouvez mettre mon nom sur le frontispice, j’en serai fort aise. Il convient d’envoyer 75 ex. brochés, & le reste en feuilles.
C’est toute la stratégie de la distribution qui nous est ainsi détaillée: envoi à Paris de 150 exemplaires dont la moitié brochés et les autres en feuilles, outre les exemplaires destinés à la publicité (pour les «journaux») et ceux de la Chambre syndicale –sans oublier l’exclusivité du distributeur, et la possibilité de voir son nom apparaître sur la page de titre. Une lettre postérieure de trois semaines nous fait implicitement comprendre que les problèmes restent pourtant bien réels, et que l’ouvrage n’est effectivement pas autorisé, Née cherche à faire avancer le dossier, en «plaçant » le plus judicieusement possible les deux exemplaires qu’il a reçus:
J’ai fait remettre à M. Cottereau (1), secrétaire de M. de Malesherbes (2), l’un des deux. Le second a été remis à Mgr le Garde des sceaux avec une petite requête pour lui demander la permission de faire entrer dans Paris un nombre d’exemplaires de l’ouvrage.
Malheureusement, la réponse est négative,
très probablement parce que le titre semble n’avoir bénéficié que d’une permission du Magistrat de Strasbourg, ce qui ne peut à la fois que heurter la puissante corporation des professionnels parisiens, et indisposer une administration centrale toujours très attentive à faire respecter ses prérogatives. Du coup, Née suggère à ses correspondants de se faire appuyer par certaines autorités strasbourgeoises, en l’occurrence le syndic de l’Assemblée provinciale:
En l’état des choses, vous comprenez que je ne puis me charger du débit de ce livre, quoique j’ai eue l’espérance d’en placer une certaine quantité. Si vous avez quelque moyen de faire demander [et] d'obtenir par le syndic de l’Assemblée Provinciale de Strasbourg, soit à M. le Controlleur Général soit à M. le Lieutenant de Police, un ordre de faire retirer de la douane ledits livres sans passer par la Chambre syndicale, il est probable qu’on fermera les yeux sur le débit, surtout si on se dispense d’en faire l’annonce dans les journaux ; alors vous pourriez me les adresser, mais je vous préviens que ce sera à vos risques & périls, ne voulant pas me charger de l’événement.
En définitive, le Précis de Levrault est d’abord autorisé, puis interdit. Mirabeau (1749-1791) s’en indigne dans sa plaquette Sur la liberté de la presse, Londres [sic pour Paris], 1788, où il explique notamment, dans une note de la p. 2:
Le Roi a donné des Assemblées à la plupart de ses Provinces, & le précis des procès-verbaux de ces Assemblées [sic], ouvrage indispensable pour en saisir l’ensemble & pour en mettre les résultats à la portée de tous les Citoyens, ce précis, d’abord permis, puis suspendu, puis arrêté, ne peut franchir les barrières dont la Police, à l’envi de la Fiscalité, hérisse chaque Province du Royaume, où l’on semble vouloir mettre en quarantaine tous les livres pour les purifier de la vérité.
La note infrapaginale précise: C’est M. Levrault, imprimeur de Strasbourg, qui éprouve en ce moment cette iniquité. Cet Artiste, recommandable par ses talens & sur tout par sa probité délicate, a, indépendamment de ses principes, trop à perdre pour rien hasarder dans son état. Il n’a donc imprimé ce très-innocent recueil qu’après avoir rempli toutes les formalités qui lui sont prescrites; il n’en souffre pas moins une prohibition absolue & une perte considérable.
Dans ces circonstances, le titre ne pourra avoir qu’une distribution très réduite: le CCF signale des exemplaires aujourd'hui conservés à Bar-le-Duc, Colmar, Metz, Nancy, Rouen, Sélestat et Versailles –on ne peut évidemment qu’être frappé par la place ici tenue par les bibliothèques de l’est, preuve s’il en est de la difficulté de distribuer dans une géographie plus large un ouvrage qui n’est pas autorisé.
Ce même titre, nous le voyons pourtant réapparaître trois ans plus tard, alors que les problèmes de censure ne se posent plus dans les mêmes termes (cf cliché 2). L’adresse est devenue:
À Strasbourg, chez (Levrault, imprimeur du département
                                ( J-G. Treuttel, libraire
À Paris, chez Onfroy, libraire, rue Saint-Victor, n° 11 (4).
Avec approbation et permission.
Il semble très probable qu’il s’agit là d’un second «état» de l’édition de 1788, dont les exemplaires stockés à Strasbourg ont pu être muni d’une nouvelle page de titre. Désormais, le libraire-imprimeur a pris ses précautions, et il s’est associé avec son collègue Treuttel, spécialiste du grand commerce de librairie, et avec le parisien Onfroy. Le même titre réapparaît une troisième fois dans le Moniteur de 1794, cette fois à la double adresse de Strasbourg (Levrault) et de Fusch (Paris, rue des Mathurins, Maison de Cluny). Et le Moniteur de préciser:
Cet ouvrage fut imprimé en 1788; son objet était d'offrir des notions exactes du commerce, des manufactures et de l’agriculture française, et des améliorations dont ces diverses branches de prospérité publique étaient susceptibles. Quelques exemplaires en étaient à peine répandus, que M. Barentin, alors garde des sceaux, en fit défendre la vente sous les peines les plus fortes. Depuis, les orages révolutionnaires en ont suspendu la circulation…
En définitive, un dossier d’apparence modeste, mais qui nous fait toucher du doigt le rôle des notables réformateurs que sont certains imprimeurs-libraires à la fin de l’Ancien Régime, en même temps que les pratiques professionnelles de la librairie du temps (notamment, le souci de rentrer dans ses frais), sans oublier les oppositions politiques à leur niveau le plus élevé.

Notes
1) Personnage dont nous n’avons pu préciser l’identité. Plusieurs familles Cottereau sont connues à Chartres, etc., comme actives dans la branche de l’imprimerie-librairie. Par ailleurs, un certain Joseph Pierre Cottereau est fourrier de la Maison du roi en 1775.
2) Guillaume François de Lamoignon de Malesherbes (1721-1794), ancien directeur de la Librairie, et qui se tient alors quelque peu en retrait, même si toujours membre du Conseil du Roi. Le fait de s’adresser à Malesherbes répond à la recherche d’appuis. Le directeur général de la Librairie est à cette date Vidaud de la Tour, et il dépend du garde des sceaux Chrétien François de Lamoignon.
3) Charles Louis François de Paule de Barentin (1738-1819), successeur de Lamoignon comme garde des sceaux le 14 sept. 1788, apparaît comme une figure du camp conservateur.
4) Eugène Onfroy, gendre de Lottin, décédé en 1809: cf Delalain, p. 160.

mercredi 21 novembre 2018

Histoire d'un livre: la "Nef des fous"

Vient de paraître
Frédéric Barbier,
Histoire d’un livre: la Nef des fous, de Sébastien Brant,
Paris, Éd. des Cendres, 2018,
239 p., 51 ill. pour partie en coul.
ISBN : 978-2-86742-281-2 

4e de couverture
L’Histoire d’un livre, mais quel livre, puisqu’il s’agit de la célèbre Nef des fous de Sébastien Brant, publiée pour la première fois à Bâle en 1494. Pour Brant, les hommes sont des fous qui, embarqués dans leur voyage démentiel, courent vers leur condamnation. La Nef est illustrée par le jeune Dürer, ce qui ne contribue pas peu à sa célébrité. C’est à un autre genre de voyage auquel l’auteur nous convie, d’une édition à l’autre et d’un exemplaire à l’autre: ce livre, que l’on croyait connaître, se révèle bien plus complexe tant par son contenu textuel que par sa mise en livre et par toutes les pratiques qui, au fil des siècles, se sont déroulées à son entour. Une leçon d’histoire du livre, pour un livre qui restera toujours d’actualité.

Sommaire
Préface, par Michel Espagne
Avertissement
Chapitre I- Un monde nouveau
Moyen Âge et temps modernes
Sur le Rhin moyen
Le nouveau média
Chapitre II- Strasbourg et Bâle, autour de 1494
Sébastien Brant: Strasbourg
Sébastien Brant: Bâle
Des imprimeurs et des libraires
Le temps du carnaval
Chapitre III- La Nef des fous: un projet… et un texte
Dénoncer la folie universelle
La critique sociale
Chapitre IV- La Nef des fous: un texte… et un livre (1494)
Le projet éditorial: un livre en langue vernaculaire
Le projet éditorial: un livre d’images
La mise en livre
Chapitre V- Le paradigme de la Nef
Qu’est ce que la bibliographie ?
L’allemand, entre contrefaçons et nouvelles éditions
Les traductions
Chapitre VI- Le statut du texte
Un texte célèbre… donc instable
Au XVIe siècle : d’autres Nefs et d’autres fous
Variantes dans l’iconographie
VII- Réceptions de la Nef : le marché
La réception : problématique et méthodologie
Les publics de l’allemand
Les publics du latin
D’autres lecteurs
Les autres langues vernaculaires
Chapitre VIII- De la collection à la bibliophilie et à la problématique de l’identité
Les fondateurs
La haute bibliophilie
Le temps des philologues et des historiens
Conclusion
Postface, par István Monok
Notes, précédées d'une liste des abréviations
Légendes des illustrations
Bibliographie: Tableau récapitulatif des éditions de la Nef des fous
Bibliographie: répertoires et travaux scientifiques
Index locorum et nominum
Table des matières
 

dimanche 2 septembre 2018

Le bibliographe et le Saint-Empire

Voici un petit volume, d’apparence modeste mais dont le contenu est important pour l’histoire intellectuelle de l’Europe. En l’examinant de plus près, nous vérifions ce que nous soupçonnions, à savoir qu’il pose toutes sortes de problèmes à l’historien du livre. Inutile de préciser, avant que de poursuivre, que certains de ces problèmes sont peut-être d’ores et déjà résolus par tel ou tel savant: nous sommes très reconnaissants pour toutes les informations que l’on voudra bien nous transmettre à ce sujet, et nous remercions grandement ceux qui l'ont déjà fait et grâce auxquels nous améliorons notre fiche (cf infra la rubrique "Commentaires").
Mais venons-en au fait. Il s’agit de:
Monzambano, Severinus de –, Veronensis [pseud. Samuel Pufendorf], De Statu imperii Germanici, ad Laelium fratrem, dominum Trezolani, liber unus. Editio nova, emendata & aucta, Veronae, apud Franciscum Giulium [Leiden, Hackius], 1668, [24-]275 p., [5] p. bl., 12°.
La première édition du classique de Pufendorf sort à l'adresse de Genève, «apud Petrum Columesium», en 1667. Cette édition est reprise dès la même année, à l'adresse de Vérone, Giulius (VD17 1:668379E). Dans notre exemplaire, également à l’adresse de Vérone mais daté de 1668, la vignette de titre représentant une sphère armillaire, se présente à nouveau (cf cliché 2).
Par opposition à l’édition de 1667, celle-ci s'ouvre par un titre gravé en taille-douce, et portant la date de 1668: l’aigle impérial protège de ses deux ailes déployées les huit électorats existant alors (cf cliché 1). Dans la colonne de gauche, en montant, les trois archevêques-électeurs (Mayence, Cologne et Trèves); en haut, le roi de Bohême (c’est-à-dire l’empereur). Dans la colonne de droite, à nouveau de bas en haut, le duc de Bavière, le margrave de Brandebourg, le duc de Saxe et le comte palatin.
La visée politique de l’image est évidente, et donne une dimension nouvelle au livre de Pufendorf.
Mais, pourquoi Genève, et pourquoi Vérone? Dans le dernier tiers du XVIIe siècle, un enseignant de Heidelberg dispose de... sinon mille, du moins une vingtaine d'autres possibilités plus commodes et plus efficaces pour publier, sans dire rien des difficultés éventuelles d'ordre confessionnel (l'auteur est évidemment un réformé luthérien, ce qui ne correspond ni au schéma de Genève, ni à celui de Vérone). Bref: quoi qu'on en dise, nous sommes très vraisemblablement devant deux fausses adresses.
Restons sur notre édition de 1668. Bien sûr, la sphère armillaire est connue comme la marque typographique de Daniel et de Louis Elzevier, même si elle sera reprise par un certain nombre d’ateliers typographiques européens. Ces arguments laissent à penser que l’édition a été réalisée dans une ville des Provinces-Unies (où Pufendorf séjourne en 1659-1660), et non pas... à Berlin, comme le suggère le VD17. En fait, la référence au répertoire de Willems donne l'adresse de Leyde, chez Hackius, et siignale que l'édition figurerait effectivement dans le catalogue Elzevier de 1674.
Dans les premières années qui suivent la publication, il existe plusieurs autres éditions du même texte, données à la fausse adresse de «Eleutheropoli, Apud Bonifacium Verinum, 1668», et à celle d'Utopie, chez Nemo  (1). La dédicace à «Laelius» renvoie quant à elle à Esaias Pufendorf, le frère aîné de l’auteur (1628-1689), entré au service du roi de Suède.

L’auteur, Samuel Pufendorf, né à Dorfchemnitz en 1632, est fils de pasteur. Élève à la Fürstenschule de Grimma, puis étudiant à Leipzig et à Iéna, il s’oriente vers l’étude du droit public. Magister artium (1658), il est d’abord diplomate, puis professeur de droit à l’université de Palatinat à Heidelberg (première chaire allemande consacrée au «droit de la nature et des gens»), avant d’être appelé à l’Academia Carolina de Lund. Historiographe royal de Suède, puis historiographe de la maison de Brandebourg à Berlin, Pufendorf meurt dans cette ville en 1694. Son cursus est très représentatif de ce que peut être le statut de l’homme de lettres ou du savant dans l’Allemagne du XVIIe siècle. Quant à son rôle, il est décisif, dans la mesure où c’est lui qui établit d’abord le plus nettement la distinction entre le «droit naturel» et le « droit divin » (cf Paul Hazard, La Crise de conscience, p. 189-190): Pufendorf est l’un des principaux chercheurs à l’origine de l’essor de la Kameralistik (les sciences politiques) en Allemagne au XVIIIe siècle.
Qu’est-ce que l’Empire (le Saint-Empire), telle est la question posée par l’auteur dans son De Statu, une génération après la conclusion de la Guerre de Trente ans et la signature des traités de Westphalie (1648). Historiquement –entendons, depuis le IXe siècle–, l’empereur personnifie la seconde «tête» de la chrétienté (societas christiana), aux côtés du pape. Au début de la période moderne, il reste le suzerain théorique des différents pouvoirs répartis dans les frontières du «Saint-Empire de nation germanique», mais il possède aussi directement un certain nombre de territoires qui sont la base de sa puissance «réelle» et qui se trouvent surtout localisés dans la géographie du Danube.
Même si la dignité impériale est pratiquement attachée à la maison de Habsbourg depuis 1439, l’empereur reste en principe un souverain élu par le collège des sept princes-électeurs, laïques ou ecclésiastiques, dont le premier est l’archevêque-électeur de Mayence, primat de Germanie et archi-chancelier d’Empire (2). L’assise politique de l’Empire est située en Allemagne méridionale et sur la vallée du Rhin, avec Francfort/M. (pour l’élection et pour le couronnement), avec aussi avec les villes qui accueillent un certain nombre de diètes (Reichstag) particulièrement importantes, etc.
Certes, l’Empire perdure tout au long de l’Ancien Régime, mais l’avenir s’écrira ailleurs que dans une utopie devant laquelle Charles Quint lui-même finira par abdiquer: il s’agit de la «territorialisation», soit la constitution d’entités politiques qui deviennent pratiquement indépendantes et dont la puissance est assise sur le contrôle d’un certain territoire (on en comptera plus de trois cents à la fin de l’Ancien Régime). Ce sont, d’une part, des principautés laïques, mais aussi les trois archevêchés «rhénans» et, enfin, les villes «libres et impériales», qui sont autant de petites républiques… On remarquera d'ailleurs qu’un nombre important des ces États est aussi soumis à l’élection: en principe, les chapitres élisent les titulaires des sièges de prélats, tandis que les Magistrats urbains sont généralement cooptés. La juxtaposition d’entités politiques multiples, la persistance d’une pratique de l’élection et la disparition de l'unité confessionnelle posent bel et bien la question de l'existence même de l'Empire, mais inscrivent aussi la négociation et la diplomatie dans la tradition politique allemande.
Pufendorf constate dans son livre que la constitution politique de l'Allemagne échappe aux descriptions classiques et normatives héritées de la tradition aristotélicienne: le Saint-Empire combine des éléments relevant des catégories politiques classiques, la monarchie, l’aristocratie et la démocratie, et devient une entité inclassable, «tantum non monstro simile». Il survit pour autant, avec ses propres institutions et fonctions en grande partie issues des dispositions prises à la diète de Worms de 1495: la diète siège de manière permanente à Ratisbonne (Regensburg) à partir de 1663, tandis que la Chambre impériale de justice (Reichskammergericht), d’abord établie à Spire (Speier), est plus tard déplacée à Wetzlar.

Outre celle des fausses adresses, dont la solution relève d’une étude plus précise de bibliographie matérielle (et surtout: quid de Genève? (4)), notre petit volume pose encore bien des questions au bibliographe: pourquoi le choix de Monzambano, que représente la référence à Vérone (3), etc.? Il serait en outre très intéressant de voir comment la problématique de l’état de l’Allemagne et de la signification de l’institution impériale s’impose comme une problématique européenne, et comment le livre de Pufendorf, destiné d’abord au public transnational des clercs, fait très vite l’objet de traductions à partir du latin: en allemand dès 1667, puis en français (1669), etc. Les commentateurs parlent de 300 000 exemplaires des œuvres de Pufendorf diffusés jusqu’en 1710, mais, on le voit, il reste visiblement du travail pour le bibliographe...  
L’exemplaire que nous avons sous les yeux porte une reliure en vélin rigide, du XVIIe siècle. Mention ms sur le dos: «Monzambano de Statu Imper.»; «herman»; «1668 Veronae Giuli». Cachet au titre: «Bibliotheca episcopatus alba-regalensis» (Székesfehérvár / Stuhlweissenburg, dont l’évêché est fondé en 1777). Mention ms d’ex dono [notre ami István Monok nous signale: «Ex dono J[acobi] Kostka ». Il y a énormément de Kostka en territoire allemand ou polonais, et en Hongrie avec la graphie «Kosztka». Je crois que l'inscription est du 17e siècle»]. Notre collègue nous signale aussi, pour préciser le contexte intellectuel, l'intérêt du recueil dirigé par Joseph S. Freedman, Die Zeit um 1670: eine Wende in der europäischen Geschichte, Wiesbaden, Harrassowitz, 2016 ("Wolfenbütteler Forschungen", 142), notamment l'introduction, et l'article de Jan Schröder, "Erneurerung der Rechtswissenschaft im späten 17. Jahrhhundert", p. 213-230.
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Notes
1) Quand les commentateurs, voire les catalogueurs, n’ignorent pas la pratique des fausses adresses, les identifications qu’ils proposent sont pour la plupart directement reprises de Weller (Die Falschen und fingierten Druckorten, p. 176), lequel donne, pour les premières éditions du De Statu, les correspondances suivantes : Vérone = Berlin ; Genève = La Haye ; Eleutheropolis = La Haye ; Utopia = Iena. Nous ne croyons pas un instant à l’hypothèse qui fait identifier dans certains OPAC Eleutheropolis avec Freistadt (Eleutheropolis Tessinensis), hypothèse probablement inspirée de l’étymologie (eleutheros = libre) et reprise par Deschamps.
2) Dans la tradition, le souverain est élu par acclamation du peuple, mais l’élection est accaparée par les grands, puis par les sept princes-électeurs: la Bulle d’or octroyée par Charles IV (1356) confirme de jure ce qui était établi de facto. Dans un deuxième temps, le souverain sera couronné empereur par le pape. L’élection de Charles Quint, en 1519, marque l’apogée de la logique du marchandage entre les grandes familles, mais le couronnement impérial de Bologne, en 1530, sera le dernier à être célébré par le pape.
3) Peut-être une référence implicite à la tradition juridique du droit romain? Monzambano désigne en effet une bourgade à quelques kilomètres du lac de Garde, sur le Mincio et non loin de Vérone. Nous connaissons par ailleurs le petit bourg de Terzolas, dans la région du Val de Trente, alors même que Vérone se place au débouché de ce qui reste le principal itinéraire entre le Saint-Empire et l’Italie (par le col du Brenner). Malgré la concentration des lieux dans la géographie de l'Italie du nord, l'hypothèse d'une référence au droit romain semble pourtant bien compliquée... 
4) Le service de l'inventaire rétrospectif des collections de la BnF, dirigé par Jean-Dominique Mellot et dont nous avions attiré l'attention sur le cas «Monzambano», vient de corriger les fiches des trois exemplaires du De Statu publiés en 1667-1668 et conservés dans l'établissement

mardi 3 avril 2018

Un recueil d'hommages

Nous sommes heureux et honorés de pouvoir nous associer le plus chaleureusement à l’hommage rendu par un petit groupe de collègues au souvenir d’une bibliothécaire qui nous avait fait l’honneur de son amitié:
Études bibliographiques à la mémoire de Jeanne Veyrin-Forrer, éd. Wallace Kirsop,
Melbourne, Monash University, Ancora Press, 2017,
79 p., ill.

Table des matières:
Préface, par Wallace Kirsop.
Publications de Jeanne Veyrin-Forrer.
La question des styles en France pour les livres imprimés, par Jeanne Veyrin-Forrer.
Le partage de l’impression dans les ateliers parisiens du XVIIe siècle, par Alain Riffaud.
Rotrou et ses épîtres dédicatoires, deux nouveaux exemples, par Wallace Kirsop.
Dorat cartonné: Mes nouveaux torts de 1775, par Wallace Kirsop.

Nous avions, en son temps (2010), vivement regretté que la disparition d’une éminente collègue, aussi savante que dévouée, n’ait pas suscité davantage d’hommages ni de marques de reconnaissance. La brève préface que notre collègue Wallace Kirsop donne à la publication dont il est l’initiateur rappelle la figure admirable qui reste dans notre souvenir: Madame Veyrin-Forrer fut en effet une grande figure de notre discipline, à laquelle elle a apporté non seulement sa science, sa connaissance des recherches conduites dans le monde anglophone et sa disponibilité sans failles, mais aussi sa gentillesse. On le sait, son domaine de prédilection concernait ce que l’on allait bientôt appeler la «bibliographie matérielle», mais ses connaissances ne se limitaient certes pas à cette seule problématique –tous les anciens habitués de la Réserve de la rue de Richelieu le savent.

La diffusion de l’élégant petit volume nouvellement paru est assurée, en France, par les Éditions des Cendres, 8 rue des Cendriers, 75020 Paris (editionsdescendres@gmail com). Il offre en outre un complément de 76 numéros à la Bibliographie des travaux de Jeanne Veyrin-Forrer donnée en 1987 dans le cadre du recueil à elle offert par ses collègues et amis, La Lettre et le texte, aux éditions de l’École normale supérieure de jeunes filles.


Un cliché inédit: Jeanne Veyrin-Forrer préside la séance du colloque de Reggio (déc. 1979 ) au cours de laquelle le signataire du présent billet donne l'une de ses premières interventions à l'étranger.

mercredi 3 janvier 2018

Nouvelle publication

Frédéric Barbier,
«Entre le manuscrit et l’imprimé: les bibliothèques occidentales, XVe-XVIIe siècle»,
dans
Doce siglos de materialidad del libro : estudios sobre manuscritos e impresos entre los siglos VIII y XIX,
dir. Manuel José Pedraza Gracia,
Zaragoza, Prensas de la Universidad de Zaragoza, 2017, p. 186-206
(« In culpa est », 4).
ISBN 978-84-16935-63-5
Titivillus, le démon des copistes *
Cette annonce nous donne l’occasion de souligner le très grand intérêt scientifique non seulement de ce gros volume (606 p., et les illustrations), mais aussi de l’ensemble des publications produites par nos collègues historiens du livre à Salamanque (y compris la revue Titivillus: revista internacional sobre libro antiguo, laquelle est aussi présente sur Facebook).
On nous excusera de ne pas citer ici toutes les contributions du volume, mais de nous limiter à mentionner quelques thèmes relevant des XIVe-XVIe siècles (la publication suit l'ordre chronologique): le marché et la distribution des livres au bas Moyen Âge (Maria Jesús López Montilla); continuité et changement dans la transition du manuscrit à l’imprimé (Felix de La Fuente Andrés); les Manicules en fresques en Castille (Josemi Lorenzo Arribas); les traités de l’astrolabe entre manuscrit et imprimé (Azucena Hernández Pérez); la correction éditorial dans les impressions incunables de Castille (Maria Isabel de Páiz), etc.
Un des immenses avantages du volume réside dns le fait qu'il transcende la chronologie traditionnelle des universités, ce qui de fait devrait être la règle en histoire du livre: pour donner la mesure de l’ampleur de la fourchette ici envisagée indiquons que la dernière contribution traite de la publicité imprimée à Barcelone dans la seconde moitié du XIXe siècle (Isaura Solé Boladeras).
Les trois titres publiés précédemment dans la même série traitaient du Paratexte, du prix du livre en Espagne de 1543 à 1806, et des problèmes de commerce et de distribution.

* Titivillus, le démon des copistes, puis des compositeurs typographiques, recueille dans son sac toutes les coquilles et autres erreurs commises dans les livres, et les enregistre sur ses tablettes, de manière à pouvoir les présenter aux fautifs le jour du Jugement dernier...

jeudi 25 mai 2017

La forme des livres: volumina et codices

Une forme livresque s’est trouvée trop souvent négligée par les historiens du livre, notamment (mais pas uniquement) s’agissant de la période moderne: ce sont les rouleaux, auxquels été consacrée la première session du colloque de Trente.
Baudemond rédige la Vie de saint Amand
Nous avons pour habitude de présenter le remplacement du rouleau (volumen) par le livre en cahiers (codex) comme marquant un premier temps de rupture et d’innovation dans la tradition du livre en Occident –et l’on sait que cette substitution est définitivement acquise au IVe siècle de notre ère. Bien entendu, on a échafaudé un certain nombre d’hypothèses susceptibles de suggérer les causes pour lesquelles une innovation d’une telle importance survient précisément dans une phase de crise très profonde de la civilisation écrite. Ce peut être la rupture de l’approvisionnement en papyrus, ou plus vraisemblablement la montée en puissance d’une religion chrétienne de longue date attachée à la forme du codex –comme le montrent certains passages de la Bible elle-même, ou encore la «lunette de saint Laurent», dans le mausolée de Galla Placidia à Ravenne. Plus vraisemblablement encore une combinaison de différentes logiques.
Dans le même temps, les anciennes bibliothèques constituées de volumina disparaissent irrémédiablement, au profit de la nouvelle «bibliothèque» formée désormais par le «Livre des livres», la Bible. Bien entendu, nous changeons aussi d’ordre de grandeur (autrement dit, il y a infiniment moins de livres...).
S’agissant de la mise en livre, nous avons aussi souligné, sur ce blog même, la filiation significative entre la pagina du volumen et la «page» du livre en cahiers. Le rouleau apparaît souvent dans l’iconographie comme étant le support «naturel» de la prise de notes, quand l’auteur «inspiré» parle, ou démontre par l’exemple de sa vie: c’est le cas de l’abbé ou du moine rédigeant la vie du saint fondateur (cliché 1), comme ce sera le cas du scribe prenant au vol (... mais aussi du lecteur: cf cliché 2) la poésie de tel ou tel Minnesänger dans le Codex Manesse de Heidelberg (Giuseppe Frasso, Univ. cath. de Milan). Il ne paraîtrait pas déraisonnable de penser que, à l’heure où la forme du livre en cahiers s’est imposée de fait, le rouleau apparaisse comme chargé d’une signification spécifique, voire d’une certaine distinction (le rouleau ne peut pas être réduit à une simple «forme alternative», et plus ou moins transparente).
Le dispositif interne peut-être le plus fréquent s’agissant des rouleaux serait celui du volumen, sur lequel le texte se présente en colonnes successives copiées perpendiculairement à la longueur, quand le rotulus est  privilégié pour les documents d’archives. Pensons, par ex., à l’inventaire de la bibliothèque réunie par Charles V dans la tour de la Fauconnerie de son château du Louvre (BNF, ms Baluze, 397). L’inventaire en rouleau a apparemment été préparé pour constituer l’instrument de référence, destiné à être intégré dans le trésor royal, quand les inventaires en codex devaient plutôt servir d’instruments de travail. Les fonds de manuscrits des grandes bibliothèques patrimoniales conservent souvent des pièces qui ont en effet la forme de semblables rouleaux.
Marilena Maniacci (Univ. de Cassino) conduit un travail systématique de recensement et d’analyse comparée des rouleaux aujourd’hui connus –intégrant notamment un certain nombre de rouleaux orientaux, les rouleaux de la Torah et surtout les exemples fournis par la chrétienté occidentale. Ces documents, qui en règle générale portent des textes à caractère religieux, sont en effet justiciables non seulement d’une analyse statistique, mais aussi d’une étude codicologique systématique. Nous découvrons alors que les textes en rouleau se rencontrent en nombre, et jusqu’à une époque très récente, même si l’apogée semble avoir été atteint au XVe siècle, et même s’il n’est pas toujours facile de faire le départ entre un document d’archives et un «livre» au sens large du terme.
Esthétisation de la lecture, dans le Codex Manesse
C’est à un texte particulier que s’intéresse Marco Rainini (Univ. cath. de Milan), lorsqu’il présente la Généalogie du Christ de Pierre de Poitiers († 1205), un classique des bibliothèques médiévales. L’ouvrage lui-même a probablement été rédigé par son auteur en fonction même de la forme du rouleau. La mise en livre varie d’un manuscrit à l’autre, mais elle est généralement très complexe, avec une suite de colonnes juxtaposées dans le sens de la longueur, le tout combiné avec des motifs graphiques et des systèmes de représentation (tableaux, diagrammes, etc.) eux-mêmes très sophistiqués. Nous sommes sans doute devant un jeu de procédés mnémotechniques, mais aussi devant un modèle qui sera repris pour un certain nombre de généalogies princières (par ex. dans un rouleau de la Corviniana), voire pour certaines chroniques imprimées à la fin du XVe siècle. Paradoxalement, cette mise en livre très spécifique peut, en définitive, être assez facilement transposée dans le cadre d’un livre en cahiers.
Concluons simplement sur le fait que le support du rouleau ne peut que très rarement s’articuler avec la technique de la typographie en caractères mobiles. Même la Chronica chronicarum donnée à Paris pour Jean (II) Petit en 1521 serait plutôt destinée à l’affichage, comme le suggèrent les particularités d’exemplaire (cf cliché 3). Nous ne pouvons réellement que nous féliciter de voir un colloque international d’histoire du livre réserver d’entrée une place importante (la première des ses quatre sessions de travail) à une forme trop généralement négligée par les spécialistes. Le plaisir de la recherche et de l’échange est complet quand, de surcroît, ledit colloque se déroule dans le cadre somptueux du Palazzo Geremia, au cœur de la ville historique de Trente… 

dimanche 7 mai 2017

Colloque d'histoire du livre

IMAGO LIBRORUM 
Mille anni di forme del libro in Europa
 
Rovereto, Biblioteca Civica 
e
 Trento, Biblioteca Comunale

24-26 maggio 2017 
Rovereto
mercoledÏ 24 maggio
h. 17.00 Saluti e introduzione
Frédéric Barbier (CNRS, EPHE, Parigi) IMAGO LIBRORUM:  tra rappresentazione e immagine del libro
Gianmario Baldi Inaugurazione della esposizione IMAGO LIBRORUM presso la Biblioteca Civica
Le Palazzo Geremia de Trente
Trento, Palazzo Geremia
I sessione. giovedi 25 maggio
h. 9.00
Non di solo codex. Forme alternative del libro occidentale
Saluti e introduzione
Presiede Giorgio Antoniacomi (direttore della Biblioteca Comunale di Trento)

Marilena Maniaci (Univ. di Cassino) Rotoli medievali greci e latini (e non solo): tipologie, funzione, prospettive di ricerca
Don C. Skemer (Princeton Univ. Library) Magic Rolls and Folding Sheets: Physical Forms of Textual Amulets in the Middle Ages
Marco Rainini (Univ. Cattolica) Cronache medievali in rotolo: a partire dalla Genealogia Christi di Pietro di Poitiers
Giuseppe Frasso (Univ. Cattolica) Poesia in forma di rotolo
Gino Roncaglia (Univ. della Tuscia) Oltre il libro: le frontiere del testo digitale
Discussione 

II sessione giovedi 25 maggio
h. 14.30
La parola sul foglio: spazio e resa grafica
Presiede Giuseppe Frasso (Univ. Cattolica)

Saverio Campanini (Univ. di Bologna) La luce oltre la siepe. La Bibbia ebraica dal rotolo al libro
Ursula Stampfer (Abbazia di Novacella) Gli anni d’oro dello scrittorio di Novacella (1450-1525 ca.)
Donatella Frioli (Univ. di Trento) Prosa, poesia e illustrazione alla corte Malatestiana di Rimini
Paul F. Gehl (Curator Emeritus, Newberry Library Chicago), Teaching With Type: Design for the Renaissance Grammar Classroom
David McKitterick (già Cambridge Univ.) Collecting Early Printed Books for the Modern Printing Design
Discussione

III sessione, venerdi 26 maggio
h. 9.00
Dal testo al libro: organizzare e comunicare
Presiede Maria Cristina Misiti (MIUR)

Ursula Rautenberg (Univ. di Erlangen) Last words on the History of the Title-Page
Marco Palma (Univ. di Cassino) Forme e funzioni del colophon nel libro manoscritto e a stampa del XV secolo
Edoardo Barbieri (Univ. Cattolica) «Dinanzi a la quale poco si potrebe legere»: le rubriche negli incunaboli delle origini
Antonio Castillo Gómez (Univ. de Alcalá) «Para que todos la sepan y entiendan». Scrittura e immagine nei testi urbani effimeri nella Spagna della prima età moderna
Duccio Dogheria (MART di Rovereto) Dal Futurismo al futuro: editoria sperimentale Discussione

IV sessione venerdi 26 maggio
h. 14.30
Illustrare il testo / raffigurare il testo, ovvero la sfida tra parole e immagini
Presiede Andrea Giorgi (Univ. di Trento)

Mino Gabriele (Univ. di Udine) All’origine dei libri di emblemi: tra sapienza e iconologia
Marco Gozzi (Univ. di Trento) Suoni per figura: miniatura, musica e testo nel manoscritto liturgico
Giovanna Zaganelli (Univ. per Stranieri di Perugia) La relazione fra testo e immagini in alcuni Blockbücher del XV secolo
Lorena Dal Poz (Regione Veneto) Testo e immagine nei codici manoscritti e a stampa del vescovo di Trento Johannes Hinderbach
Martyna Urbaniak (Scuola Normale Superiore di Pisa) Per parole e per immagini: le illustrazioni dell’Orlando Furioso
Discussione e conclusioni

mardi 27 décembre 2016

Inventaire de fin d'année

Voici venu, en notre fin d’année 2016, le temps rituel des inventaires, et ces derniers concernent aussi l’histoire du livre en train de se faire…
Cf légende en bas de page
L’histoire du livre «à la française», développée notamment à partir de la publication de L’Apparition du livre de Lucien Febvre et Henri-Jean Martin (1), a d’abord été conduite par des historiens, lesquels ont privilégié la perspective de l’histoire économique et sociale. Dans le prolongement du classique de 1958, la thèse de doctorat sur Livre, pouvoir et société à Paris au XVIIe siècle démontrait la richesse de cette approche, et servait de matrice à un certain nombre de recherches postérieures, comme celles consacrées par Jean-Dominique Mellot au cas de Rouen (2).
Pourtant, si l’histoire économique et sociale était au cœur des travaux de l’«École des Annales», elle était aussi considérée par Lucien Febvre et par les héritiers de la Revue de synthèse comme devant contribuer à construire le socle d’une autre histoire, celle que l’on désignait alors comme l’histoire des idées et des mentalités. Reprenant le programme d’Henri Berr, Febvre explicite en ces termes l’objectif ultime de la recherche:
Inventorier d’abord dans son détail, puis recomposer pour l’époque étudiée le matériel mental dont disposaient les hommes de cette époque; par un puissant effort d’érudition mais aussi d’imagination, reconstituer l’univers, tout l’univers physique, intellectuel, moral, au milieu duquel chacune des générations qui l’ont précédé se sont mues… (3)
Ce schéma a tout particulièrement été mis en œuvre dans le champ de l’histoire du livre, lorsque l’on est passé de l’étude de la production et de sa branche d’activités (les imprimeries, les librairies et autres systèmes de distribution) à l’étude de la «consommation» des livres, alias de la lecture. L’histoire de la lecture a été d’abord abordée par le biais des études en partie appuyées sur la quantification: il s’agissait d’analyser le contenu des bibliothèques, dans la direction précocement ouverte par Daniel Mornet, ou encore de tracer la fresque d’une histoire de l’alphabétisation de la France dans le long terme (4).
Deux apports méthodologiques majeures sont en outre venus enrichir la réflexion en lui donnant une dimension interdisciplinaire: d’une part, les travaux d’une école de sociologie conduite par Pierre Bourdieu, avec notamment la publication de La Distinction; de l’autre, une perspective d’anthropologie historique, apportée par les recherches de Michel de Certeau, au premier rang desquelles son Invention du quotidien (5). La lecture n’est pas une simple question de contenu, mais aussi d’environnement, de capacités, de pratiques et de représentations. Plus récemment, l’histoire des bibliothèques, partie intégrante de l’histoire du livre et de la lecture, s’est développée dans la même orientation (6).
Enfin, Martin lui-même a ouvert à la «nouvelle histoire» du livre de la lecture une voie tout particulièrement originale, en l’articulant avec les apports de la bibliographie matérielle. Il avait été très frappé par la publication dans laquelle Wallace Kirsop montrait comment l’archéologie du livre imprimé permettait de revenir sur les catégories classiques d’édition, de texte et d’histoire des textes (7). La réflexion très novatrice de Kirsop, prolongée par Donald McKenzie, a inspiré en France des travaux aussi exemplaires que ceux consacrés par Alain Riffaud au XVIIe siècle des «grands classiques» (8). À la fois historien et bibliothécaire, c’est-à-dire praticien des livres (ce qui constitue une forme d’expertise devenue aujourd’hui bien trop rare), Martin a développé cette articulation pour aboutir à la catégorie nouvelle de la «mise en texte»: le contenu d’un livre ne saurait être une abstraction, mais il est construit et présenté à travers des ensembles complexes de dispositifs matériels qui se définissent les uns par rapport aux autres et qui sont eux-mêmes directement signifiants (9).
Inutile de préciser que la présentation trop brièvement proposée ici n’implique nullement, bien au contraire, que ces différentes approches soient les seules, encore moins qu’elles soient hermétiques les unes aux autres. Elles correspondent plutôt à une manière d’expérience, ou d’itinéraire personnel –à un inventaire, pour reprendre notre formule initiale. Il y aurait bien sûr beaucoup à dire sur les mutations des conditions de recherche induites depuis une génération par la montée en puissance des nouveaux outils informatiques. Mais nous terminerons en soulignant le fait que les années 1980 ont aussi été marquées, pour les historiens du livre, par un autre processus d’ouverture de leur paradigme scientifique.
En effet, l’histoire du livre en tant que discipline relevant du domaine des sciences humaines, s’était d’abord moulée dans le cadre général d’une histoire «nationale». La publication de l’Histoire de l’édition française a fait date, en ce qu’elle marquait l’aboutissement accompli d’un travail scientifique très riche, au moment même où son cadre de référence commençait à s’élargir, et où la validité de certaines catégories reçues a priori («nation», «peuple», voire «populaire», etc.) devenait plus évidemment problématique. Notre recherche s’est peu à peu ouverte aux expériences étrangères, par le biais du comparatisme, par l’invention de concepts nouveaux (comme celui de «transferts culturels» (10)), ou encore par l’apport de réflexions théoriques élaborées ailleurs… et si possible indépendamment des effets de mode.

Légende de l'ill.: Carl Siptzweg (1808-1885), Der Bücherwurm (Le rat de bibliothèque, ou Le bibliothécaire), 1850. Détail, et cliché inversé pour s'adapter à notre mise en page.
Notes
1- Lucien Febvre, Henri-Jean Martin, L’Apparition du livre, 3e éd., postface Frédéric Barbier, Paris, Albin Michel, 1999 (« Bibliothèque de l’Évolution de l’humanité »).
2- Henri-Jean Martin, Livre, pouvoir et société à Paris au XVIIe siècle (1598-1701), 1ère éd., Genève, Droz, 1969, 2 vol. Jean-Dominique Mellot, L’Édition rouennaise et ses marchés (vers 1600-vers 1730): dynamisme provincial et centralisme parisien, préf. Henri-Jean Martin, Paris, École nationale des chartes, 1998 (« Mémoires et documents de l’École des chartes »).
3- Lucien Febvre, «La psychologie et l’histoire», dans Encyclopédie française, t. VIII (1938), repris sous le titre de «Une vue d’ensemble: histoire et psychologie» dans Combats pour l’histoire, Paris, 1953.
4- Daniel Mornet, «Les enseignements des bibliothèques privées, 1750-1780», dans Revue d’histoire littéraire de la France, 17, 1910, p. 449-496. Mornet reprendra cette méthodologie, en la développant, avec ses Origines intellectuelles de la Révolution française (1ère éd., Paris, Armand Colin, 1933). L’Alphabétisation des Français, de Calvin à Jules Ferry, dir. François Furet, Jaques Ozouf, Paris, Éd. de Minuit, 1977, 2 vol. («Le Sens commun»).
5- Pierre Bourdieu, La Distinction. Critique sociale du jugement, Paris, Éd. de Minuit, 1982 («Le sens commun»). Michel de Certeau, L’Invention du quotidien, 1: arts de faire, 1ère éd., Paris, Gallimard, 1980 (le deuxième volume sera publié de manière posthume en 1990).
6- Frédéric Barbier, Histoire des bibliothèques, d’Alexandrie aux bibliothèques virtuelles, 2e éd. rev. et augm., Paris, Armand Colin, 2016 («Collection U»). On pourrait aussi penser à l’histoire des systèmes de classement et des catalogues : cf notamment De l’argile au nuage. Une archéologie des catalogues (IIe millénaire av. J.-C.-XXIe siècle), dir. Frédéric Barbier, Thierry Dubois, Yann Sordet, Paris, Bibliothèque Mazarine, Éd. des cendres; Genève, Bibliothèque de Genève, 2015.
7- Wallace Kirsop, Bibliographie matérielle et critique textuelle: pour une collaboration, Paris, Les Lettres modernes, 1970.
8- Donald Francis McKenzie, La Bibliographie et la sociologie des textes, trad. fr., Paris, Éd. du Cercle de la librairie, 1991. Alain Riffaud, La Ponctuation du théâtre imprimé au XVIIe siècle, Genève, Droz, 2007 («Travaux du Grand Siècle»). Id., Répertoire du théâtre français imprimé entre 1630 et 1660, ibid., 2009. Id., Une Archéologie du livre français moderne, préf. Isabelle Pantin, ibid., 2011. Mais on se reportera aussi aux nombreux articles d’Alain Riffaud, dont tout récemment: «Jean Ribou, le libraire éditeur de Molière», dans Histoire et civilisation du livre, 2014, X, p. 315-363. Il ne faudrait pas négliger ici le rôle de Jeanne Veyrin Forrer, dont un certain nombre d’articles est réuni dans le recueil La Lettre et le texte. Trente années de recherche sur l’histoire du livre, Paris, École normale supérieure de jeunes filles, 1987.
9- Les deux titres fondateurs sont bien évidemment: Mise en page et mise en texte du livre manuscrit, dir. Henri-Jean Martin, Jean Vezin, Paris, Cercle de la librairie, Promodis, 1990. Henri-Jean Martin, Mise en page et mise en texte du livre français. La naissance du livre moderne (XIVe-XVIIe siècle), Paris, Éd. du Cercle de la librairie, 2000.
10- Michel Espagne, «Transferts culturels et histoire du livre», dans Histoire et civilisation du livre, 2009, V, p. 201-218.

mardi 20 décembre 2016

Conférences d'histoire du livre

François Guizot, par Nadar (détail)
Les conférences du début de l’année 2017
en histoire du livre (9 janvier-2 février)


Lundi 9 janvier 2017, 16-18h
Conférence d’histoire et civilisation du livre, École pratique des Hautes études
Nouvelles recherches sur la Nef des fous (1),
par Monsieur Frédéric Barbier, directeur d’études

Jeudi 12 janvier, 17-19h
Labex TransferS, École normale supérieure.
Lire et écrire la Révolution française au Brésil au XIXe siècle: le cas de François Guizot (1). La réception de la Révolution française dans l’historiographie brésilienne : problématiques, approches et perspectives d’investigation,
par Madame Marisa Midori Deaecto, professeur à l’Université de Sao Paulo, professeur invitée à l’École normale supérieure (Labex TransferS)
Attention: pour cette conférence, voir la note en bas de page

Lundi 16 janvier, 16-18h
Conférence d’histoire et civilisation du livre, École pratique des Hautes études
Nouvelles recherches sur la Nef des fous (2),
par Monsieur Frédéric Barbier, directeur d’études

Jeudi 19 janvier, 17-19h
Labex TransferS, École normale supérieure, 
Lire et écrire la Révolution française au Brésil au XIXe siècle : le cas de François Guizot (2). Pour quoi le cas François Guizot ? Fortune éditoriale de De la démocratie en France dans le cadre des Révolutions de 1848,
par Madame Marisa Midori Deaecto, professeur à l’Université de Sao Paulo, professeur invitée à l’École normale supérieure (Labex TransferS)
Attention: pour cette conférence, voir la note en bas de page

Lundi 23 janvier, 16-18h
Conférence d’histoire et civilisation du livre, École pratique des Hautes études
Les Bibliothèques brésiliennes: une introduction historique,
par Madame Marisa Midori Deaecto, professeur à l’Université de Sao Paulo

Jeudi 26 janvier, 17-19h
Labex TransferS, École normale supérieure
Lire et écrire la Révolution française au Brésil au XIXe siècle: le cas de François Guizot (3). Lire et traduire François Guizot au Brésil: genres et paratextes éditoriaux,
par Madame Marisa Midori Deaecto, professeur à l’Université de Sao Paulo, professeur invitée à l’École normale supérieure (Labex TransferS)
Attention: pour cette conférence, voir la note en bas de page

Vendredi 27 janvier, 15h30
Institut de France, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres
Réception de la Nef des fous (Das Narrenschiff) aux XVe et XVIe siècles,
par Monsieur Frédéric Barbier, directeur d’études à l’École pratique des Hautes Études, directeur de recherche au CNRS (IHMC/ENS Ulm) 

Lundi 30 janvier, 16-18h
Conférence d’histoire et civilisation du livre, École pratique des Hautes études
Les Indiens du Nouveau Monde : récits, fêtes, œuvres d’art (XVIe-XXe siècle),
par Madame Marisa Midori Deaecto, professeur à l’Université de Sao Paulo

Jeudi 2 février, 17-19h 
Labex TransferS, École normale supérieure
Lire et écrire la Révolution française au Brésil au XIXe siècle : le cas de François Guizot (4). Monarchie et Démocratie : les dialogues France-Brésil, d’après les considérations de François Guizot et de Justiniano José da Rocha,
par Madame Marisa Midori Deaecto, professeur à l’Université de Sao Paulo, professeur invitée à l’École normale supérieure (Labex TransferS)
Attention: pour cette conférence, voir la note en bas de page

Adresses des conférences
École pratique des Hautes Études, 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage).
École normale supérieure, 45 rue d’Ulm, 75005 Paris (salle de l’IHMC, esc. C, 3e étage).
Institut de France, Académie des Inscriptions et Belles Lettres, 23 quai de Conti, 75006 Paris.

Note importante. Pour des raisons de capacité de la salle et de sécurité des bâtiments de l’École normale supérieure, l’assistance aux conférences tenues par Madame Marisa Deaecto dans le cadre du Labex TransferS est soumise à inscription préalable.
Les auditeurs sont invités à s’inscrire pour chaque séance, exclusivement par courriel, à l’adresse Internet suivante: frederic.barbier@ens.fr. Un accusé de réception leur sera envoyé en retour, et les réservations seront prises dans l’ordre chronologique des inscriptions. Nous vous remercions de votre compréhension.