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lundi 7 avril 2014

Journée d'études d'histoire du livre


Séminaire « Strasbourg et ses bibliothèques »
Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg
Institut d'études avancées de l’Université de Strasbourg

 9 avril 2014
«La BNU et ses collections spécialisées»

Journée d’études, sous la présidence de
M. Frédéric Barbier,
directeur de recherche au CNRS,
directeur d’études à l’EPHE,
membre de l’Institut d’études avancées de l’Université de Strasbourg

Le cabinet de curiosités dans la bibliothèque
Le syntagme de « bibliothèque » désigne d’abord une réalité physique, qu’il s’agisse du meuble, du local ou, par extension, de l’institution abritant, pour le sens commun, des livres, qui aujourd’hui sont en général des livres imprimés. On pourrait par conséquent penser qu’il est possible de définir la bibliothèque par ce qu’elle renferme.
Oui, certes, les bibliothèques conservent évidemment des collections de livres imprimés: mais elles existent bien avant l’imprimerie, tandis que, inveresement, les bibliothèques contemporaines conservent toujours des manuscrits plus ou moins anciens, qui font en général partie de leurs collections les plus précieuses. Les manuscrits sont le plus souvent classés par langues, et les fonds non-occidentaux occupent une place d’autant plus notable que les bibliothèques sont plus riches, comme le montre l’exemple de la BNU.
Mais on conservera aussi dans les bibliothèques toutes sortes d’objets qui ne sont pas des livres, ni même parfois des documents écrits, du document d’archives aux cartes géographiques, à l’objet de curiosités, aux peintures, bustes et sculptures, aux collections de numismatique, aux globes et autres instruments scientifiques, sans parler des nouveaux supports (DVD, etc.) et des nouveaux médias.
En fait, la bibliothèque a longtemps été considérée comme rassemblant une sorte d’inventaire du monde, dans la tradition du Musée ptolémaïque d’Alexandrie. Au XVIIe siècle, la Bibliothèque de l’abbaye de Sainte-Geneviève possède un cabinet de curiosités renommé, tandis que la Bibliothèque du roi devient, au XVIIIe siècle, un véritable centre de recherches, réunissant des savants aux compétences rares (hébraïsants, hellénistes, linguistes, historiens, numismates et autres «antiquaires»), accueillant des cours publics et étroitement liée aux Académies, notamment les Inscriptions et Belles Lettres.
C’est ce projet universaliste que le régime wilhelminien entreprend de mettre en œuvre à travers la reconstitution des collections de la nouvelle Bibliothèque de l’Université de Strasbourg après 1870. La journée d’études du 9 avril 2014 vise à explorer un certain nombre de ces fonds spéciaux, et des instruments de travail mis à la disposition des utilisateurs. 

14h-18h
Programme
14 h : Ouverture de la séance
14h15 : La collection papyrologique, par M. Paul Heilporn (professeur et directeur de l’Institut de payrologie, Université de Strasbourg)
14h45 : La collection de tablettes cunéiformes, par Mme Anne-Caroline Rendu-Loisel (chargée de cours, Université de Strasbourg ; collaboratrice de recherche FNS, Université de Genève)
15h15 : La collection orientaliste constituée par Julius Euting, par M. Daniel Bornemann (Direction de la conservation et du patrimoine, BNU)
15h45 : Discussion
16h : Pause
16h15 : Estampilles et poids musulmans en verre, par M. Claude Lorentz (Direction de la conservation et du patrimoine, BNU)
16h30 : Monnaies, médailles et sceaux, par M. Daniel Bornemann (Direction de la conservation et du patrimoine, BNU)
16h50 : Les collections iconographiques et cartographiques: Le fonds cartographique, par M. Gwenaël Citerin (Direction de la conservation et du patrimoine, BNU); Les affiches alsaciennes des 19e et 20e siècles, par M. Jérôme Schweitzer (Direction du développement des collections, BNU); Les affiches sur l’Europe, par M. Geoffrey Girost (Direction du développement des collections, BNU)
17h20 : Quelques autres fonds particuliers : Arthur de Gobineau, Marie Jaëll, Richard Wagner, Johann Wolfgang von Goethe, par M. Christophe Didier (adjoint de l’administrateur, BNU)
17h40 : Discussion et conclusion 

BNU, salle du conseil

Entrée libre dans la limite des places disponibles

mardi 13 septembre 2011

Lire la bibliothèque

Nous connaissions Gryphe, la revue des Bibliothèques de Lyon, mais nous regrettons de n’avoir pas signalé plus tôt La Revue de la BNU, alias de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg (information).
La Revue a été lancée au printemps 2010, et elle paraît deux fois par an sous forme d’un élégant in-quarto (environ 20 x 28 cm) illustré en couleurs. Chaque livraison (nous attendons la quatrième) comprend des rubriques régulières: «Le dossier» (un dossier thématique), «L’objet» (présentation détaillée d’un «objet» partie du patrimoine de la Bibliothèque, «L’inédit» (publication d’un texte inédit), «Portfolio» (cahier photographique), et des rubriques plus brèves («Actualités», «Acquisitions patrimoniales» et «Varia»). Un contenu éclectique, donc, et surtout d’une grande qualité.
Nous nous réjouissons de cette publication pour deux raisons en particulier.
Passons plus brièvement sur le premier point: nos bibliothèques sont trop isolées, aujourd’hui, des organismes de recherche, notamment universitaires, alors qu’elles constituent de fait de véritables laboratoires (surtout pour les sciences humaines), et qu’elles disposent d’un personnel hautement spécialisé dans des domaines rares et souvent absents de l’université. Elles sont considérées comme des prestataires de services, et les richesses et plus encore les compétences qu’elles renferment restent comme sous le boisseau. Toute initiative pour faire connaître ce capital irremplaçable, pour rapprocher la bibliothèque de son public, et surtout pour faire de l’institution un véritable acteur de la recherche ne peut qu’être saluée et encouragée, surtout s’il s’agit d’une initiative de qualité comme l’est la Revue de la BNU.
Le deuxième point est connu, mais la Revue de la BNU donne l’occasion d'y revenir. Les bibliothèques, au premier chef les bibliothèques de recherche et les bibliothèques patrimoniales, sont à la tête de richesses immenses, mais trop souvent mal mises en valeur, donc mal étudiées.
On pensera évidemment à tout ce qui relève du livre et de l’écrit, mais même à ce niveau la diversité est infinie: seul un petit nombre de spécialistes connaissent, par exemple, le fonds d’égyptologie de la BNU, avec ses ostraca et ses papyrus. Mais ce sont aussi des documents d’archives, des pièces d’archéologie, d’anciens «cabinets de curiosités» (comme à Sainte-Geneviève à Paris) ou encore des objets d’art ayant décoré ou décorant toujours les différentes salles de l'institution.
Le bâtiment de la bibliothèque est lui aussi hautement signifiant, pour les historiens en général et pour les historiens du livre en particulier: son architecture extérieure, bien sûr (signifiante, au pire, …de l’insignifiance et de la médiocrité, ce qui n’est évidemment pas le cas à Strasbourg). Mais aussi son dispositif intérieur: c'est la répartition des collections, ce sont les espaces ouverts ou non au public, spécialisés ou non, c'est la hiérarchie des services, ce sont le mobilier, les éléments décoratifs, etc. Autant d’indicateurs à interroger et à décoder, et qui informent celui qui sait les lire.
Sans oublier la localisation dans la ville, avec les questions de la visibilité et de l’accessibilité: à la BNU, nous voici dans le nouveau quartier «wilhelminien», élevé après 1870 tangentiellement au centre historique et conçu comme une proclamation de la réussite impériale sur les marches de l’Allemagne. Il y a, comme nous l’écrivions ailleurs, une «écologie» du livre et de la bibliothèque dans leur environnement.
Enfin, l’histoire de la bibliothèque est une composante du patrimoine immatériel de l’institution, et des personnalités ou des collectivités (souverain, collectionneur, ville, province, nation) auxquelles elle a appartenu (nous avions évoqué Colmar, Valenciennes, etc.). La bibliothèque est le produit d’une histoire, mais cette histoire constitue en retour l’arrière-plan qui permet de la comprendre, et d'en comprendre les composantes (jusqu'au niveau de l'exemplaire de tel ou tel texte).
La BNU n’échappe pas à la règle, en même temps qu’elle trace comme le miroir de relations franco-allemandes dont on sait la complexité et le caractère longtemps tragique. La richissime bibliothèque de Strasbourg a été détruite une première fois pendant le siège de 1870, puis ses fonds reconstitués à partir d’envois faits par les autres grandes bibliothèques allemandes. C’est donc à Strasbourg que l’on trouvera paradoxalement l’essentiel des fonds de Königsberg (40 000 titres), dont la bibliothèque a été détruite pendant la Seconde Guerre mondiale –Guerre mondiale au cours de laquelle une partie, heureusement moindre, des fonds strasbourgeois a à nouveau disparu.
L'épisode pousse au passage à interroger le concept de patrimoine: la BNU est aujourd’hui une composante très importante du patrimoine alsacien et strasbourgeois, mais ses collections patrimoniales ont en réalité fait l’objet d’une sorte de substitution massive.
Le statut et la désignation sont pareillement révélateurs: la bibliothèque de Strasbourg portait jusqu’en 1918 le titre de Bibliothèque impériale, universitaire et régionale (Kaiserliche Universitäts-und Landes Bibliothek), elle symbolisait comme le triomphe de l’Allemagne nouvelle et le terme même de Land était dans cette perspective chargé de sens (l’Alsace et la Lorraine du nord comme Reichsland) dont sa traduction française courante («régional») ne saurait donner la mesure. Quant à la désignation et au statut actuels de la BNU, ils sont, comme produits d’une histoire spécifique, un cas aujourd’hui unique dans le paysage des bibliothèques françaises.
Bref, la bibliothèque se donne à lire en tant que bibliothèque formant un tout dans le temps, et La Revue de la BNU nous propose pour ce faire un certain nombre de clés. Alors même que la BNU fait l’objet d’un programme massif de restauration et de restructuration, nous ne pouvons que nous réjouir de la prise de conscience des phénomènes auxquels le présent billet fait trop brièvement allusion. Nous reviendrons, dans notre prochain billet, sur la problématique du «Dossier» du premier numéro de la Revue, «Bibliothèques et identité visuelle», pour dire tout le bien que nous en pensons.