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dimanche 21 avril 2019

Appel à contributions

Appel à contributions

Maison méditerranéenne des sciences de l’homme, Aix-en-Provence,

14-15 novembre 2019

Programme Pépinière d’excellence «Archives en bibliothèques», Aix-Marseille Université UMR 7303 Telemme (AMU-CNRS)
École nationale supérieure des Sciences de l’information et des bibliothèques Centre Gabriel Naudé

 
Depuis les débuts de l’époque moderne, on trouve beaucoup de non-livres dans les bibliothèques, et en particulier des ensembles de papiers que l’on peut considérer comme des archives, parce qu’ils ont été rassemblés dans le cadre des activités ordinaires, savantes ou professionnelles, d’un individu ou d’une institution. L’étude de ces «papiers entre les livres» permet d’éclairer d’une manière nouvelle ce qui lie archives et bibliothèques, en mettant à distance le récit du «grand partage» des fonctions et des fonds documentaires entre les deux types d’institutions, hérité du XIXe siècle.
Le premier aspect de la réflexion concerne la manière dont ces ensembles ont été constitués, organisés et conservés du vivant de leur producteur. De l’humanisme tardif au collectionnisme du XIXe siècle, les pratiques intellectuelles et matérielles de la collecte, de la copie, du rangement, du classement et de l’inventaire se sont lentement transformées ; l’invention du fichier au tournant du XIXe siècle, puis de la photocopieuse, ont introduit des ruptures plus nettes dans l’allure des archives savantes. Le regard devra porter sur les formes de «mise en archive» opérées par les savants ou les administrateurs pour soustraire ces papiers au quotidien des activités, permettre leur mobilisation en cas de besoin ou leur conservation pérenne. On devra aussi s’intéresser aux relations entre ces ensembles de papier et la bibliothèque des livres, à partir des manipulations dont ils font l’objet, ou de la disposition matérielle des lieux et du mobilier. Le livre est lui-même un objet-frontière entre l’archive et la bibliothèque : on pense aux phénomènes d’incorporation de l’archive au manuscrit médiéval, à la confection des registres, ou aux livres parfois abondamment annotés ou interfoliés.

– Esprit malin, qu'exiges-tu de moi? Airain, marbre, parchemin, papier ? Faut-il écrire avec un style [stylet], un burin ou une plume ? Je t’en laisse le choix libre. 
– A quoi bon tout ce bavardage ? Pourquoi t’emporter avec tant de chaleur ? Il suffira du premier papier venu… (Goethe, Faust )
Le second aspect renvoie à la manière dont ces ensembles ont été traités à la mort de leur producteur. Dans les testaments, la transmission des papiers est souvent pensée indépendamment de celle des livres. Dès l’époque moderne, la question de leur devenir a été l’occasion de réfléchir aux fonctions respectives des dépôts d’archives et des bibliothèques «centrales» des États. On considèrera la manière dont les bibliothèques ont accueilli ces ensembles, les ont traités et éventuellement dissociés en fonction de critères extérieurs à la logique du recueil (séparation des pièces imprimées et manuscrites, des pièces authentiques et des copies), dont elles les ont catalogués et communiqués aux lecteurs. Il s’agit de se demander comment les bibliothèques pensent (ou ne pensent pas) ces archives comme telles, à l’intérieur d’un cadre politique ou réglementaire qui fixe progressivement les prérogatives des uns et des autres. La terminologie employée pour les désigner n’est pas indifférente : appelés «recueils» à l’époque moderne,«collections» au XIXe siècle, ces ensembles sont aujourd’hui souvent désignés comme des «fonds particuliers» ou des «archives». Il faudra aussi mesurer l’incidence qu’a pu avoir la mise en place de deux professions distinctes, de bibliothécaire et d’archiviste, sur l’appréciation de ces fonds documentaires.
Enfin, le troisième aspect intéresse les usages auxquels se prêtent ces fonds : usages historiens, mais aussi probatoires ou administratifs. Il pose la question du statut intellectuel et juridique des documents conservés hors des dépôts d’actes institués par la puissance publique, alors qu’ils en ont parfois été extraits.
Le colloque envisage donc l’histoire des relations entre archives et bibliothèques du point de vue du rôle para- ou quasi-archivistique joué par les bibliothèques sur le long terme, de la fin du Moyen Âge à nos jours. Il invite à ouvrir la réflexion vers d’autres types d’institutions qui gardent des archives au milieu d’artéfacts jugés dignes d’être conservés, cabinets et trésors, bureaux, musées ou maisons d’écrivains. Il vise à mettre à l’épreuve le schéma français en le confrontant à d’autres réalités européennes. Il s’interroge enfin sur la manière dont les mutations récentes, le développement des infrastructures numériques et des exigences d’interopérabilité des langages de description des documents écrits, ont permis de repenser le statut de ces papiers et de dépasser certains clivages.

 
Organisation: Emmanuelle Chapron (Aix Marseille Université), Véronique Ginouvès (MMSH), Fabienne Henryot (ENSSIB). 

 
Comité scientifique: Jean-François Bert (Université de Lausanne), Pierre Chastang (UVSQ), Maria Pia Donato (CNRS-IHMC), Olivier Poncet (École nationale des chartes), Yann Potin (Archives nationales-Université Paris-Nord-CERAL)

 
Date limite de soumission des propositions : 1er juin 2019

 
Les propositions (1 page), accompagnées d’un court CV, doivent être adressées à Emmanuelle Chapron (emmanuelle.chapron@univ-amu.fr) et Fabienne Henryot (fabienne.henryot@enssib.fr).
Les frais de transport et de séjour des participants seront pris en charge. Une publication des actes est prévue sous la forme d’un volume collectif.

mardi 10 février 2015

Bibliothèques scientifiques

La dernière livraison de la Revue de la BNU (2014, n° 10) intéresse non seulement l’historien du livre, mais aussi les spécialistes d’histoire des idées et d’histoire des sciences, puisque le dossier thématique en est consacré à «Des sciences et des bibliothèques» –par «sciences», il est entendu «sciences [dites] dures», qui sont le domaine de la recherche où les procédure de travail et de publication se trouvent aujourd’hui les plus impactées par l’essor des nouveaux médias. D’où la question: quel peut être le rôle de la documentation imprimée et des «bibliothèques scientifiques», à l’heure où la dématérialisation de l’information est pratiquement générale?
Christian Jacob rappelle très brièvement, en tête, le cas de ces textes scientifiques grecs qui nous sont parvenus, et dont un certain nombre date du IIIe siècle avant Jésus-Christ: le bibliothécaire d’Alexandrie, Ératosthène de Cyrène, aurait conduit au Musée une politique systématique d’acquisition des textes les plus importants dans les domaines scientifiques aussi. Christian Jacob pose notamment la question de l’articulation entre les sciences et l’histoire des sciences, la science aujourd’hui en construction ne ressentant pas toujours le besoin de faire référence à des ouvrages anciens, et correspondant à état dépassé des connaissances.
Le superbe portrait de Johann Kepler appartenant à la Fondation du Chapitre Saint-Thomas de Strasbourg a été offert à la bibliothèque de cette ville en 1627 par Matthias Bernegger, historien, philologue et mathématicien. Rappelons que Bernegger, qui possède lui-même une remarquable bibliothèque, sera notamment le traducteur et éditeur de Galilée en latin en 1635.
Un article consacré à la révolution scientifique du premier tiers du XVIIe siècle (ce que Pierre Chaunu appelait le «miracle de 1630») et aux réseaux de Johann Kepler reprend la problématique du rôle du média dans cette invention. La recherche s’appuie sur l’organisation de réseaux savants au sein desquels ce sont non seulement les hommes qui circulent, mais aussi les informations (par le biais de la correspondance) et les livres. Les bibliothèques réunies par certains princes ou très grands personnages, à Munich comme plus tard à Wolfenbüttel et, bien sûr aussi, à Paris, fonctionnent effectivement comme les laboratoires de la recherche. Une ville comme Strasbourg tient une place notable dans le dispositif, par ses établissements d’enseignement (la Haute École, devenue Université), par les recherches qui y sont conduites, par les collections de livres qui y sont disponibles, et par l’activité de ses professionnels de l’édition: on rappellera que c’est à Strasbourg que Galilée est pour la première fois traduit et publié en latin (1635), pour répondre à une commande des Elzevier de Leyde.
Stephan Waldhoff revient sur le rôle de «Leibniz bibliothécaire», en montrant comment les conceptions et les pratiques mises en place au début du XVIIe siècle s’approfondissent et se systématisent deux générations plus tard. Le projet de Leibniz (1646-1716) est celui de s’employer à accroître «le bien-être général», en entrant au service d’un prince et en construisant pour celui-ci l’instrument le plus accompli possible de rationalisation de l’action politique –entendons, une bibliothèque universelle, à laquelle serait appliquée un plan de classement systématique qui en ferait le «cosmos du savoir». Leibniz a commencé sa «carrière de bibliothécaire» à Mayence, au service de Johann Christian von Boineburg (1622-1672), principal ministre de l’électeur primat; mais Leibniz est surtout connu comme le bibliothécaire du duc de Hanovre, et surtout du duc de Wolfenbüttel (1691). La reconstruction de la bibliothèque selon le célèbre plan ovale qui fera l’admiration de Montesquieu date précisément de sa gestion –mais aucun document n'est connu à l'appui de la thèse selon laquelle Leibniz aurait joué un rôle quelconque dans ce programme architectural. 
Les conceptions de Leibniz associent le cabinet de curiosités, les archives et les «archives imprimées»,  la bibliothèque, pour construire l’instrument de travail intellectuel le plus complet et le plus efficace possible. C’est le même projet que suit le naturaliste et professeur d’université Jean Hermann (1738-1800) dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. L’article que lui consacre Dorothée Rusque développe cette pratique consistant à mettre en regard la bibliothèque (avec ses imprimés, mais aussi ses planches d’histoire naturelle) et la «collection de spécimens issus des trois règnes de la nature». L’étude des exemplaires conservés permet de suivre le travail du savant au quotidien, qui n’hésite pas à couvrir notes les marges de ses livres, voire à les interfolier pour y intégrer ses propres observations.
Un article d’Isabelle Laboulais est encore consacré à la bibliothèque de l’École des mines: l’auteur présente non seulement la genèse et les enjeux de la constitution et de l’organisation d’une collection spécialisée, mais aussi la problématique, bien plus rarement abordée, de l’espace de la bibliothèque (la salle de lecture) et de son mobilier (dont les boîtes du premier catalogue sur fiches). Un entretien avec Catherine Kounelis, responsable de la bibliothèque de l’École supérieure de physique et de chimie industrielle, un article sur le statut et le rôle de la bibliothèque scientifique à l’heure de la révolution numérique, et un autre entretien avec Jules Hoffmann, Prix Nobel de physiologie, complètent cette très intéressante livraison de la Revue de la BNU.
Il est sans doute logique, d’une certaine manière, que la réflexion sur les modalités du travail intellectuel soit plus particulièrement poussée dans les périodes de mutation du système des médias –en l’occurrence, la «troisième révolution du livre», celle qui nous fait passer dans le monde des médias numériques. Dans le même ordre d’idées, nous signalons ici l’ouverture prochaine de l’exposition De l’argile au nuage: une archéologie des catalogues [de bibliothèque], à la Bibliothèque Mazarine, le 12 mars prochain. De longue date, les historiens du livre sont attentifs au rôle du média dans la construction du texte et du sens: les travaux actuels sur ce que nous avons désigné comme la «logistique de l'intelligence» ne peuvent que les réjouir, et les conforter dans leur entreprise.

Patrick Boner, Miguel Granada, Édouard Mehl, «L’impulsion bibliothécaire de la révolution scientifique : livres et réseaux autour de Johannes Kepler». Stephan Waldhoff, «Leibniz bibliothécaire». Dorothée Rusque, «Construire et organiser le savoir naturaliste au XVIIIe siècle: la collection de livres de Jean Hermann». Isabelle Laboulais, «La bibliothèque de l’École des mines, lieu de savoir et lieu de mémoire pour les ingénieurs». «Un fonds patrimonial dans une bibliothèque d’ingénieurs : entretien avec Catherine Kunelis». Jean-Pierre Elloy, Morgan Magnin, «Le numérique: une bibliothèque universelle pour la création scientifique?». «La science se fait-elle encore dans les livres? Un entretien avec Jules Hoffmann, de l’Académie française, Prix Nobel de physiologie».

jeudi 26 juin 2014

Anthropologie du don de livres (2): un ecclésiastique bibliothécaire… et politicien

Nous revenons aujourd’hui sur la question du don de livres et de son analyse: la reconstitution de la Bibliothèque de Strasbourg après 1870 constitue à cet égard, comme nous l’avions dit, un exemple paradigmatique.
Nous sommes en pleine phase d’invention de la médiatisation moderne: la Guerre de 1870 elle-même avait été déclenchée presque par surprise, grâce à la réécriture par Bismarck de la célèbre dépêche d’Ems et à la manipulation de l'opinion qu'elle a permise. La reconstitution des collections livresques de Strasbourg se donne à lire dans la même perspective, et l’on est surpris d’observer, chez le savant philologue et bibliothécaire des princes de Fürstenberg qui en prend l'initiative, un art certain du lobbying et une science consommée des campagnes d’opinion conduites au service de son projet.
Barack établit en effet des listes de personnalités qu’il conviendrait d’intéresser à l’entreprise, il multiplie les appels successifs aux dons, il s’emploie à relancer et à élargir sa campagne en faisant appel à la presse périodique, et il n’hésite pas à écrire personnellement à telle ou telle figure tout particulièrement en vue. Les donateurs potentiels sont d’abord des bibliothécaires et des professionnels de la librairie, mais aussi des écrivains et des universitaires (Akademiker). Barack ne manque pas non plus de se tourner vers les autorités en place, qu’il s’agisse de Kuß, alors maire de Strasbourg, ou du comte Friedrich von Luxburg (1829-1905), désigné comme président de Basse-Alsace (Bezirkspräsident) –ce qui correspond à l'ancien poste de préfet du Bas-Rhin.
La  majorité des correspondants sollicités accepte bien évidemment d’apporter son appui, et de faire un don. Certains pourtant refusent, à l’image d’Anton Ruland, directeur de la bibliothèque de Wurzbourg. Il faut dire que Ruland (1809-1874) est une personnalité au moins… remarquable. Cet ancien étudiant en théologie (il passera le doctorat en 1834) est ordonné prêtre en 1832, mais il est appelé dès 1838 comme bibliothécaire à l’Université de Wurzbourg. Alors qu’il est brièvement chargé de la direction de l'établissement, sa volonté de réorganiser le service se heurte à de telles oppositions qu’on préfère l'éloigner en le nommant curé à Arnstein. Il ne sera pas, à Arnstein non plus, sans avoir quelques difficultés avec son évêque, en l'occurrence pour son intervention fracassante à propos de l'installation des Rédemptoristes en 1846 (cliché 1)...
Député sans interruption au Landtag de Bavière, à Munich, à compter de 1848, Ruland reprend, en 1850, la direction de la bibliothèque de Wurzbourg. Dans ces différentes charges il se signale par son activité sans relâche, par sa conception intransigeante du devoir et de l'honnêteté, mais aussi par son patriotisme bavarois: il a détesté la guerre austro-prussienne de 1866, au cours de laquelle la Bavière était alliée à l’Autriche, et il est opposé à l’entrée de la Bavière dans l’Empire en 1870, au point de se présenter alors au Landtag avec une grenade prussienne ramassée dans sa bibliothèque lors du siège de Wurzbourg quatre ans auparavant…
Rien de surprenant, on l’imagine, si le bouillant ecclésiastique, politicien et bibliothécaire, ne se rallie pas à l’entreprise de son collègue de Donaueschingen: il répond en effet à Barack, dès le 13 octobre en lui demandant de ne pas inscrire son nom parmi ceux des signataires de l’appel (cliché 2).
D’une part, il est, en tant que directeur d’une bibliothèque royale, une personnalité publique, qui ne saurait s’engager sans engager peu ou prou sa fonction elle-même. Si les choses se concrétisent, il aurait en tout état de cause besoin d’une autorisation officielle. Mais, surtout, le projet envisagé ne cadre pas avec ses idées –et on ne peut certes pas dire que Ruland mâche ses mots, ni qu'il soit un ami de la Prusse:
…Si Strasbourg reste sous la domination française, alors je vous rappelle la lettre du ministère français, qui décrit la destruction de la bibliothèque comme une «éternelle infamie attachée au nom du général prussien» et qui promet au nom de la France: «la bibliothèque de Strasbourg renaîtra riche et glorieuse». Que faire alors, si la France venait plus tard à expliquer qu’elle a repoussée avec mépris une aide financière allemande? Quelle serait alors notre position?
Mais si Strasbourg passe de manière permanente à la Prusse, alors (et je vous parle franchement) puisse la Prusse se charger elle-même de réparer son «éternelle infamie»! L’état d’esprit est tel aujourd’hui à Strasbourg que notre appel serait pour l’instant accueilli seulement avec un mépris apitoyé… (cf infra le texte original allemand).
Source: Archives BnuS
Les allusions concernent la correspondance échangée entre le recteur de Strasbourg et le ministère parisien dans les tout premiers jours de septembre 1870, correspondance publiée en partie par le Journal officiel et par les Débats. Elle trace, quelques semaines avant Barack, comme le contrepoint du futur projet de celui-ci, et témoigne une fois encore de toute la charge symbolique qu'il y a à rétablir la collection détruite:
Monsieur le Ministre,
L'incendie de la bibliothèque de Strasbourg, l’une des plus précieuses et des plus utiles de l’Europe par la rareté et le nombre de ses volumes, paraît être un fait accompli. La France reconstruira la ville de Strasbourg. J'ai l’honneur, Monsieur le Ministre, de vous prier de me mettre à même de pourvoir le plus tôt possible à la recomposition de sa bibliothèque.
Une ville qui possède cinq Facultés, des savants illustres, des étudiants nombreux, ne saurait rester sans bibliothèque dès qu'elle sera rentrée dans le calme. Je prends donc la liberté, Monsieur le Ministre, de vous demander les pouvoirs et les moyens nécessaires pour solliciter, sous votre autorisation, l’aide, le concours et les sacrifices patriotiques:
1) des riches dépôts de l’Instruction publique, des Lettres et des arts, de la Guerre et de l’Intérieur;
2) Des bibliothèques publiques de Paris et de la province qui voudraient disposer de leurs exemplaires en double;
3) Des sommités de la science et des lettres en ce qui concerne les exemplaires de leurs propres ouvrages ou les livres de leur bibliothèque dont ils pourraient se défaire;
4) De la librairie française tout entière, et des souscriptions de tous ceux qui s’intéressent aux malheurs et à l’héroïsme d’une ville si haut placée dans l’estime et les sympathies de l’Europe civilisée.
Ne serait-il pas possible, Monsieur le Ministre, de solliciter également, à cet effet, le concours généreux des bibliothèques et des écrivains des nations qui voudraient panser ainsi les blessures de la science française?

Texte allemand
...Bleibt Strassburg unter Frankreich, so errinere ich Sie an das Schreiben des Französischen Ministeriums, welches die Vernichtung dieser Bibliothek als eine «éternelle infamie attachée au nom du général prussien» bezeichnete und im Namen Frankreichs versprach: «la bibliothèque de Strasbourg renaîtra riche et glorieuse». Wie nun, wenn Frankreich später erklären würde, das es eine deutsche Subvention mit Verachtung abweise? Wie steh’n wir dann da?
Fällt aber Strassburg bleibend an Preussen, dann –ich rede aufrichtig– möge es selbst zur Tilgung seiner «éternelle infamie» beitragen! Auch ist die augenblickliche Stimmung Strassburgs eine solche, dass es unsern Aufruf nur mit mitleidiger Verachtung in diesem Momente aufnehmen würde…

jeudi 12 juin 2014

Le rôle du bibliothécaire

Un bibliothécaire savant… et quelque peu original, telle est la figure de Julius Euting (1839-1913), ancien étudiant en théologie à Tübingen, qui commence sa carrière comme bibliothécaire dans cette ville, mais qui sera surtout connu comme un linguiste, spécialiste des langues et civilisations du Proche-Orient. Dès 1871, il est appelé pour l’assister par le nouveau directeur de la Bibliothèque de Strasbourg, Karl August Barack. La bibliothèque est alors en cours de reconstitution après sa destruction totale par suite du bombardement allemand dans la nuit du 24 au 25 août 1870. D’abord «premier bibliothécaire», Euting intègre le corps des «bibliothécaires en chef» (Oberbibliothekar) en 1894, et il succédera à Barack après le décès de celui-ci en 1900.
"Je suis depuis mai 1883 pour deux ans en déplacement en Arabie..."
Pour autant, Euting reste d'abord reconnu comme un orientaliste, qui visite régulièrement la géographie de la Palestine à la péninsule arabique, qui est une figure familière des congrès d’orientalistes (depuis celui de Londres en 1874), et qui sera même muni d’une mission officielle de la chancellerie impériale pour repartir en Orient en 1883-1884 (on sait l'intérêt porté par l'Allemagne wilhelminienne aux territoires de l'empire ottoman). Il est possible que, dans cette carrière, le service de la Bibliothèque passe quelque peu à l’arrière-plan, même si Euting profite de ses voyages pour, le cas échéant, faire des acquisitions qu’il envoie ensuite à Strasbourg. Il écrit ainsi de Beyrouth, le 26 juin 1884:
«A Jérusalem, j’ai fait une bonne acquisition pour la bibliothèque. Pour 500f. au total, j’ai acheté auprès de la maison de banque Frutiger & Co un ensemble de manuscrits hébraïques, pour partie en mauvais état, pour partie en revanche très bien conservés…»
Euting retournera en Orient à de multiples reprises, y compris après avoir été nommé directeur de la Bibliothèque et professeur à l’Université de Strasbourg. Cette figure pittoresque de célibataire endurci est bien connue en ville. Il réunit une collection remarquable d’objets orientaux dans l’appartement de fonction qu’il réussira à garder jusqu’à son décès au Palais Rohan: l’essentiel est aujourd’hui conservé dans les collections publiques allemandes (le Linden-Museum de Stuttgart propose précisément une exposition Euting) et françaises (à la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg).
Amateur de randonnées, Euting est aussi l’un des fondateur et le premier président du Club Vosgien, et il se préoccupe, dès les années 1900, des dispositions, pour le moins originales à prendre à la suite de son décès. Le roi de Wurtemberg lui-même concède un terrain en pleine Forêt-Noire et, en 1913, après la mort à Strasbourg de l’ancien directeur, retraité depuis 1909, son corps est transporté à Stuttgart pour y être incinéré, et l’urne funéraire mise en place dans la montagne, au Mummelberg. Parallèlement, Euting a institué une fondation, dite «Fondation du moka» (Mokkastiftung), dont le rôle sera d’offrir à chaque pèlerin venu sur sa tombe une tasse de café à l’auberge voisine….
Un anniversaire auquel on ne pensait pas, ou la Mokkastittung réanimée, 175 ans plus tard
Rien de surprenant, on le devine, si la notice nécrologique consacrée à Euting par l’organe professionnel des bibliothèques allemandes, le Zentrallblatt für Bibliothekswesen, en 1913, rappelle les discussions soulevées par les choix d’un bibliothécaire effectivement original, mais qui se trouvait à la tête de la troisième bibliothèque allemande en importance (t. XXX, p. 136-137). La Mokkastiftung a, comme on peut bien l’imaginer, vu son capital disparaître à la suite de la Première Guerre mondiale, et la tradition de la tasse de café a été abandonnée, jusqu’à ce que la nouvelle «Société Euting» (Julius Euting Gesellschaft) s’emploie aujourd’hui à la réanimer. Quant à la question de savoir quel est le rôle premier d’un directeur de grande bibliothèque (mais aussi d’un directeur de musée, etc.), entre l’administration, la collecte des moyens financiers et le travail scientifique lui-même, c’est peu de dire qu’elle est aujourd’hui plus que jamais d’actualité…

mercredi 27 novembre 2013

Conférence IFLA

Le métier de bibliothécaire
25-26 août, 2014
Université de Lyon -
École nationale supérieure des sciences de l'informations et des bibliothèques
Lyon - Villeurbanne, France

Organisateurs: IFLA, Section des livres rares et des manuscrits, Centre Gabriel Naudé (EA 7286 - Enssib)

APPEL A COMMUNICATIONS 
La profession de bibliothécaire a existé depuis les temps anciens et a subi de nombreux changements. Ceux-ci ont été déterminés par l'histoire politique, religieuse, culturelle et intellectuelle des pays et des peuples concernés. Tout au long de son évolution, elle s'est trouvée à la fois en parallèle et en contradiction avec les forces culturelles et politiques dominantes.
Le but de la conférence est de fournir une histoire comparée de la profession. Nous chercherons non seulement à mettre en évidence non seulement l'histoire des pratiques et de leurs motivations, mais aussi à réfléchir sur le plan théorique aux conceptions divergentes que peuvent avoir les bibliothécaires quant à leur double rôle, comme gardiens de la connaissance, et comme intermédiaires facilitant l’accès de celle-ci à un certain nombre de publics spécifiques.
Les propositions peuvent mettre l’accent sur les sujets suivants:

- le développement de la formation bibliothéconomique
- les publications professionnelles
- les réflexions théoriques
- les actions et activités des groupes et des organisations
- le développement organisationnel et institutionnel
- les ruptures et les continuités, qui reflètent la tension entre les attentes des bibliothécaires et celles de leur public
- le rôle de l'IFLA et des associations nationales et internationales
- l’internationalisation de la profession.
Les organisateurs réunissent actuellement des crédits permettant de soutenir financièrement certain participants qui en auraient besoin pour assister à la conférence. Soyez assez aimable pour préciser dans votre demande si vous êtes dans ce cas.
Raphaële Mouren, Steven W. Witt

 
Les résumés de 1000 caractères maximum, accompagnés d’un bref curriculum vitae des auteurs, doivent être déposés sur le site http://histlibr2014.sciencesconf.org 

Pour soumettre une proposition, il suffit de créer un compte (gratuit) sur la gauche de la page d'accueil . La date limite de dépôt est le 30 novembre 2013.
L'inscription à la conférence est gratuite, mais obligatoire.
(Communiqué par Raphaële Mouren, trad. F. Barbier)

 
Cliché: Le Bibliothécaire. "Lire des poètes... Pour cela on n'a besoin que de temps... Mais les cataloguer... Là, il faut du génie".

lundi 8 juillet 2013

Disparition d'un bibliothécaire

Paul Raabe vient de s’éteindre, le vendredi 5 juillet dernier à Wolfenbüttel, à l’âge de quatre-vingt-six ans. Avec lui disparaît une des figures de bibliothécaire et d’historien du livre les plus remarquables de ces dernières décennies. Le cursus de Paul Raabe n’est pas connu de chacun, surtout en France: il est un homme d’Allemagne du nord, né à Oldenburg en 1927, bibliothécaire diplômé en 1951, puis étudiant d’histoire et de germanistique à Hambourg. Selon la tradition allemande, ses premières années professionnelles se font comme assistant, avant qu’il ne soutienne sa thèse en 1957, sur la correspondance de Hölderlin. Il sera docteur habilité en 1967. Paul Raabe va dès lors s’orienter plus nettement vers les bibliothèques, en devenant bibliothécaire de l’«Archive littéraire allemande» –cette institution exceptionnelle et trop peu connue en France– à Marbach.
Mais la carrière de Paul Raabe se confond à compter de 1968 avec la direction de la Bibliothèque de Wolfenbüttel (Herzog August Bibliothek), dont il saura faire un centre d’études mondialement reconnu. Il n’est pas inutile de rappeler ici que Wolfenbüttel est la petite «résidence» de la principauté de Brunswick Wolfenbüttel, et que les souverains y ont organisé à partir de la seconde moitié du XVIe et surtout au XVIIe siècle une des plus importantes, sinon la plus riche des bibliothèques de l’Europe du temps. Plus tard, la bibliothèque sera notamment dirigée par Leibnitz et par Lessing, Montesquieu en admirera les aménagements tandis que Stendhal y sera dépêché, sous l’Empire napoléonien, pour y saisir les pièces principales et les expédier à Paris…
Il n’est pas inopportun non plus de rappeler que, dans les décennies d’après-guerre, Wolfenbüttel était une ville relativement petite (50 000 hab.), sans aucune importance politique ni administrative (la principauté avait évidemment disparu), sans université, et surtout située au bout du monde. Adossée au rideau de fer, elle n’avait en effet plus d’arrière-pays, et on n’y arrivait qu’après un périple plus ou moins long sur des lignes ferroviaires de plus en plus secondaires. La situation économique se ressentait évidemment d’une position géographique devenue problématique.
Paul Raabe a su prendre à bras le corps les difficultés qui se posaient à lui. Entouré par une équipe d’abord bien réduite, il a réussi à rassembler les compétences, les appuis et les soutiens (dont ceux, décisifs, de la Fondation Volkswagen), pour enrichir, réaménager et étendre d’année en année la Bibliothèque. Celle-ci s’est imposée à partir de la décennie 1970 comme un centre international de recherche sur l’histoire de la culture et des idées en Europe du XVe au XIXe siècle, et comme un pôle de l'histoire du livre.
Parallèlement, la Bibliothèque a accueilli un nombre croissant de rencontres et de colloques, elle a impulsé une série impressionnante de collections éditoriales, tandis qu’un système très efficace de bourses de recherche permettait, et permet toujours, de financer le séjour de nombreux chercheurs plus ou moins avancés, pour travailler sur les collections de Wolfenbüttel.
Nous ne nous étendrons pas sur la carrière très riche de Paul Raabe. Celui-ci nous aura en définitive enseigné bien des choses, dont les principales, paradoxalement, ne se rapportent peut-être pas à l’histoire du livre. Elle nous aura confirmé ce dont nous sommes convaincus: ce qui, dans nos domaines, fait le grand administrateur, c’est moins la tristement célèbre et banale «bonne gouvernance» et la rationalisation systématique, que la volonté d’avancer, l’engagement permanent, et le respect en toute occasion de la liberté absolue de la pensée et de la recherche. Il nous aura encore excellemment montré ce que nous savons aussi: être un grand administrateur n’interdit en rien d’être aussi un grand chercheur, et un grand animateur de la recherche.
Paul Raabe aura pratiqué des années durant cette hospitalité extraordinaire qui a fait de Wolfenbüttel aussi «l’auberge de l’Europe», et notamment de l’Europe des historiens du livre. Toujours attentif à ses hôtes, mettant à leur disposition tous les moyens et tous les talents qu’il avait réunis, il était lui-même d’une culture bibliographique et historique étonnante Mais il était aussi un connaisseur reconnu en matière d’art graphique contemporain, et sa maison, la «Maison du directeur», où il recevait volontiers les participants des colloques, était à cet égard un véritable musée. Dans tous les domaines, le directeur était un «facilitateur»: nous ajouterons que ce rôle a été par lui exercé, avec une discrétion qui explique son efficacité, au niveau le plus élevé, lorsqu’il s’est agi d’aider au rapprochement Est-Ouest et de travailler à la possible réunification de l’Allemagne –et de l’Europe.
Paul Raabe était une personnalité impressionnante, et que nous admirions. Il a poursuivi son œuvre à Wolfenbüttel jusqu’en 1992, mais son action ne s’est pas interrompue avec la retraite. En effet, il s’est alors engagé, avec son énergie coutumière, pour la réhabilitation des Fondations Francke à Halle, et pour la restauration de leur bibliothèque exceptionnelle. Celle-ci par bonheur était restée pratiquement oubliée du régime communiste, ce qui lui a permis d’être conservée sur place, même si dans des conditions de plus en plus difficiles, jusqu’à la chute du Mur. Et, à Halle aussi, l’action de Paul Raabe s’est révélée d’une efficacité impressionnante.
Les dernières années de Paul Raabe avaient malheureusement été assombries par la disparition de son épouse, Mechthild. Aujourd’hui, les chercheurs, historiens et historiens du livre s'inclinent avec tristesse, mais aussi avec respect et avec reconnaissance, sur le souvenir de celui qui fut un des grands bibliothécaires et un des grands humanistes de notre époque.

jeudi 7 mars 2013

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 11 mars 2013
16h-18h
Antoine-Alexandre Barbier,
bibliothécaire de l'empereur
par
Monsieur Charles-Éloi Vial,
conservateur à la Bibliothèque nationale de France

À La Malmaison: le bureau de Napoléon Ier
Nota: La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. Pendant la fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2012-2013.
Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand).
Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

vendredi 4 novembre 2011

Histoire du livre en Roumanie

Nous avons souvent regretté le fait que, en France, le petit monde des bibliothèques soit longtemps resté négligé par la recherche, tout particulièrement pour ce qui regarde le fonctionnement interne de la bibliothèque, l’organisation de son espace, son mobilier, la gestion de ses collections, les pratiques d’utilisation, etc., sans oublier ceux que l’on... oublie le plus fréquemment, à savoir le personnel et au premier chef les bibliothécaires. Nous avons déjà rencontré le personnage de Gilles Malet, nous avons évoqué le rôle de Pierre Claude François Daunou, des travaux existent, par exemple sur Léopold Delisle, des ressources sont disponibles sur Internet (par exemple le colloque de l’Enssib «Histoire des bibliothécaires»), et le détail des monographies publiées sur tel ou tel personnage serait sans fin. Mais, jusqu’à présent, pas d’étude systématique, contrairement à ce que l’on observe dans certains pays.
C’est ainsi que vient tout récemment de paraître un dictionnaire biographique des scientifiques du livre (les «bibliologues»), dont les bibliothécaires, ayant travaillé en Roumanie au XXe siècle :
Gheorghe Buluțǎ, Victor Petrescu, Emil Vasilescu,
Bibliologi Români. Dicționar,
Târgovişte, Editura Bibliotheca, 2011, 322 p., ill.
(«Informare comunicare»).
ISBN 978-973-712-591-0.
Le volume propose une introduction («Argument», p. 7-16) présentant le concept de bibliologie et son histoire dans la langue et dans la pensée de Roumanie. Il s’agit d’un concept lié d’abord aux travaux de bibliographie rétrospective, et à l’enseignement professionnel. Après la liste des abréviations s’ouvre la partie des notices biographiques elles-mêmes, données par ordre alphabétique (p. 19-257). Plusieurs compléments viennent en fin de volume: une présentation des périodiques spécialisés publiés en Roumanie (p. 258-274), une liste des associations professionnelles (p. 275-279), la bibliographie scientifique (livres, puis articles et contributions, p. 280-290). La fin du volume (p. 291 et suiv.) propose une présentation en anglais et en français, un index nominum, un index des titres de périodiques et des noms des associations (ces index ne s’imposaient pas, puisqu’ils suivent précisément l’ordre alphabétique des trois listes), enfin, une galerie de portraits et de photos.

lundi 14 février 2011

Conférences d'histoire du livre

École pratique des Hautes Études
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 21 février 2011
14h-16h
Histoire des bibliothèques à la période moderne:
les bibliothèques dans la ville (4)
Les bibliothèques méridionales (suite) :
savants et libraires en Provence et en Languedoc. Les bibliothèques et le travail savant
par
Madame Emmanuelle Chapron,
maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille
chargée de conférences à l’EPHE
16h-18h
Autour de 1800:
le bibliothécaire comme intellectuel
par
Monsieur Frédéric Barbier, directeur d'études
Nota: La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. Pendant la fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage, salle 123).
Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2010-2011.

Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterand).

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur ce blog).
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mardi 8 février 2011

Le bibliothécaire en intellectuel


Le bibliothécaire, comme le savant, est souvent un personnage caricatural, qui se tient comme en dehors du monde, perdu dans des livres pour lesquels il joue plus le rôle de cerbère que de passeur. On pensera ici à certains textes de Pérec, et il faut d’ailleurs bien avouer que tel ou tel de nos souvenirs de telle ou telle expérience dans une bibliothèque vient parfois renforcer le cliché (cf. illustration).
Mais, bien sûr, ce n’est là qu’un cliché. Durant une partie de l’histoire moderne et contemporaine, le rôle du bibliothécaire est au contraire essentiel dans la société de son temps. Il est en charge des livres à une époque où ceux-ci sont relativement rares, et surtout où ils constituent le socle sur lequel s’appuie la construction des savoirs, donc la promesse d’un progrès possible.
Cette configuration atteint l’un de ses moments les plus forts en France à la fin de l’Ancien Régime et sous la Révolution. Les livres contiennent la somme des expériences et des connaissances, ils sont comme un monde virtuel reproduisant le monde réel et permettant de le manipuler, et les bibliothèques fonctionnent donc comme les laboratoires de la civilisation et du progrès. La science des livres, désignée comme la bibliographie, parfois comme la bibliologie, est théorisée par certains auteurs comme la science des sciences. Bibliothécaire de la Haute-Saône, Gabriel Peignot écrit, dans son Manuel bibliographique publié en 1802-1804 (Paris, 2 vol., 1 vol. de suppl.):
«La Bibliologie, embrassant l'universalité des connaissances humaines, s'occupe particulièrement de leurs principes élémentaires, de leur origine, de leur histoire, de leur division, de leur classification et de tout ce qui a rapport à l'art de les peindre aux yeux et d'en conserver le souvenir par le moyen de signes (…). La Bibliographie (…) ne comprend, à proprement parler, que la description technique et la classification des livres, au lieu que la Bibliologie (qui est la théorie de la Bibliographie) présente l'analyse des connaissances humaines raisonnées, leurs rapports, leur enchaînement et leur division; approfondit tous les détails relatifs à l'art de la parole, de l'écriture et de l'imprimerie, et déroule les annales du monde littéraire pour y suivre pas à pas les progrès de l'esprit humain…»
On comprend dès lors que le bibliothécaire occupe une position  stratégique dans la société: spécialiste des livres, il en organise et administre les collections pour les rendre accessibles et intelligibles à ses contemporains. Son rôle concerne à la fois l’ordre du savoir et celui de la politique, puisque l’harmonisation  de la société, qui est le projet des Lumières, passe par l’approfondissement et la diffusion la plus large du savoir, donc des livres. Le futur bibliothécaire de la Bibliothèque du Panthéon, Pierre Claude François Daunou, expose en 1795 à barre de la Convention, en se référant à Condorcet:
«Le perfectionnement de l’état social (…) est le but le plus digne de l’activité de l’esprit humain; & vos élèves, en (…) étudiant l’histoire des sciences & des arts, (…) apprendront sur-tout à chérir la liberté, à détester & à vaincre toutes les tyrannies».
Rien de surprenant, dès lors, à rencontrer un certain nombre de bibliothécaires non pas reclus dans leurs fonds poussiéreux dont ils se feraient comme les gardiens jaloux, mais pleinement engagés dans la société et dans les débats contemporains.
Nous venons de mentionner Daunou, qui en est une figure emblématique (cf. son buste par David d'Angers: le bibliothécaire, «un héros de notre temps»): ce prêtre, enseignant de l’Oratoire, lecteur de Montesquieu et de Rousseau, est pleinement favorable aux réformes de 1789. Le voici député, d’abord à la Convention, et il sera le réformateur de l’Instruction publique et l’organisateur de la nouvelle (et éphémère) République romaine -une mission paradoxale pour un ancien ecclésiastique. Mais sa carrière le conduira aussi à devenir bibliothécaire du Panthéon (l’ancienne Bibliothèque Sainte-Geneviève, dont il enrichit les collections et dont il prépare le catalogue des incunables), garde général des Archives de l’Empire et professeur d’histoire au Collège de France.
Les années 1780-1820 marquent ainsi l’un des temps forts de la construction de la figure de l’intellectuel moderne. Alors que le livre (et les bibliothèques) sont toujours le principal média, le spécialiste des livres et des collections de livres, le bibliothécaire-bibliographe, apparaît comme un acteur engagé travaillant à l'organisation et à l'amélioration de la vie en société. Deux générations plus tard, la démocratie est établie, et le premier média est devenu celui de la presse périodique et des journaux: l'intellectuel est désormais un journaliste. Nous devrions nous attendre à ce qu'aujourd'hui, à l'heure de la «révolution des nouveaux médias», cette configuration change une nouvelle fois, mais ceci est une autre histoire, et elle nous reste à construire.

Cliché: rue Daunou, à Paris.  La figure du bibliothécaire est oubliée, au profit de celle de l"'historien" (sa chaire au Collège de France) et du "législateur". La spécificité de Daunou comme oratorien et comme bibliothécaire est ignorée, et la désignation choisie pour le qualifier s'avère finalement assez banale.

vendredi 4 février 2011

Conférences d'histoire du livre

École pratique des Hautes Études
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 7 février 2011
14h-16h
Histoire des bibliothèques à la période moderne (3):
les bibliothèques dans la ville (3)
Les bibliothèques des institutions scientifiques (suite et fin) : la mise en place d'instruments professionnels dans les écoles de chirurgie, musées d'histoire naturelle et hôpitaux au XVIIIe siècle. Les bibliothèques méridionales (1ère partie) : savants et bibliophiles, entre Aix et Montpellier.
par
Madame Emmanuelle Chapron,
maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille
chargée de conférences à l’EPHE
16h-18h
Le bibliothécaire en politique:
Pierre Claude François Daunou
par
Monsieur Frédéric Barbier, directeur d'études
Nota: La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. Pendant la fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage, salle 123).
Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2010-2011.

Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterand).

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur ce blog).

Cliché:  P. C. F. Daunou, buste par David d'Angers (Galerie David d'Angers, Angers. Cliché Fabrice Pluquet: http://www.trekearth.com/members/loupiot/).

mercredi 19 janvier 2011

Lundi 24 janvier 2011
14h-16h
Histoire des bibliothèques à la période moderne (2).
Les bibliothèques dans la ville (2) : les institutions scientifiques
par
Madame Emmanuelle Chapron,
maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille
chargée de conférences à l’EPHE
16h-18h
De l’étude à la tribune, les bibliothécaires à la période moderne: l'exemple de l'abbaye Sainte-Geneviève (fin)
par
Monsieur Frédéric Barbier, directeur d'études

Nota: La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. Pendant la fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage, salle 123).
Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2010-2011.

Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterand).

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur ce blog).

Cliché: immeuble du 190 ave de France, intérieur du bâtiment (cliché FB).

vendredi 14 janvier 2011

Conférence d'histoire du livre / Lecture in the history of the book


Lundi 17 janvier 2011

16h-18h
De l’étude à la tribune : les bibliothécaires à la période moderne (suite)
par
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études, directeur de recherche au CNRS


Nota: La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h.
Pendant la période intermédiaire où la Sorbonne est fermée, la conférence sera désormais abritée dans l'immeuble "Le France", 190 avenue de France, 75013 Paris (salle 123).
Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2010-2011.

Métro: ligne 6, station Quai de la Gare; ligne 14, station Bibliothèque François Mitterand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterand. Voir RATP Métro.
Bus 62 (arrêt: Bibliothèque François Mitterand Avenue de France), 64 (Bibliothèque François Mitterand) et 89 (arrêt: Émile Durkheim).Voir RATP Bus.

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur ce blog).
Cliché: une galerie de la Bibliothèque de l'abbaye Sainte-Geneviève au XVIIIe siècle.

jeudi 6 janvier 2011

Conférences d'histoire du livre / Lectures in the history of the book

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 10 janvier 2011

14h-16h
Histoire des bibliothèques à la période moderne (1).
Les bibliothèques dans la ville (1) : les collèges
par
Madame Emmanuelle Chapron,
maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille
chargée de conférences à l’EPHE

16h-18h
De l’étude à la tribune : les bibliothécaires à la période moderne
par
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études, directeur de recherche au CNRS


Nota: La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h.
Pendant la période intermédiaire où la Sorbonne est fermée mais où l'immeuble "Le France" n'est pas encore accessible, les conférences auront lieu au CROUS, 31 ave Georges Bernanos, 75005 Paris (RER B, station Port-Royal).
L'entrée se fait par le Centre sportif Jean Sarrailh à gauche du bâtiment du CROUS. Le secrétariat de la IVe Section est localisé au 10 rue de la Sorbonne, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2010-2011.
Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur ce blog)

Cliché: la bibliothèque du collège calviniste de Sárospatak (cliché F. Barbier). Sur cette bibliothèque, et sur la problématique qui s'y rattache, voir le billet.