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jeudi 16 mars 2017

La "salle Labrouste"

Mardi 21 mars 2017
17h30 - 18h30
Bibliothèque nationale de France

La Bibliothèque nationale de France a le plaisir de vous inviter à ses Rencontres de Gallica qui porteront sur la salle Labrouste.Cette manifestation sera animée par
Marie Galvez, archiviste paléographe, conservateur à la BnF, auteur d’une thèse d’École des Chartes consacrée à «La Bibliothèque nationale sous l’administration de Jules-Antoine Taschereau (1858-1874)»,
et par Marc Le Cœur, historien de l'art (École spéciale d'architecture, Paris), co-commissaire de l'exposition «Labrouste (1801-1875), architecte. La structure mise en lumière» (Paris, 2012 / New York, 2013).
Projet pour les lucarnes de la salle Labrouste (Alexandre Desgoffe)
La célèbre «salle Labrouste» de la Bibliothèque nationale, dont nous fêtons la rénovation et la réouverture en 2017, est représentée dans Gallica par des centaines de plans reproduits et légendés grâce à un important travail de numérisation et de recherche. Cette documentation témoigne de l’évolution de la réflexion de l’architecte Henri Labrouste et des différentes étapes de la construction d’une œuvre qui a marqué par sa modernité l’histoire de l’art du XIXe siècle.
Les annotations manuscrites figurant sur les dessins révèlent les remaniements effectués par l’architecte, parfois pour tenir compte des remarques de l’administrateur général, Jules-Antoine Taschereau, qui souhaitait être associé à l’élaboration du projet.
Cette rencontre de Gallica sera l’occasion de revenir sur le travail de ces deux acteurs essentiels de la réorganisation que connaît la Bibliothèque sous le Second Empire: Henri Labrouste et Jules-Antoine Taschereau.

BnF | François Mitterrand, Salle 70
Entrée libre
Information : 01 53 79 49 49 ou visites@bnf.fr
Information communiquée par Madame Marie Galvez.

mardi 4 octobre 2016

Les fondateurs des bibliothèques nationales

La publication récente d’un «beau livre» consacré aux collectionneurs et bibliophiles dont les livres constituent l’essentiel du fonds ancien de la Bibliothèque nationale de Hongrie nous amène à revenir aujourd’hui sur la question de la fondation des grandes bibliothèques nationales aux XVIIIe et XIXe siècle. Il s’agit de:
Collectors and collections. The treasures of the collections in the National Széchényi Library and the histories of the collections, éd. Lászlo Boka, Lidia Wendelin Ferenczy,
Budapest, Orszagos Széchényi Könyvtar, Kossuth Kiado, 2016
(ISBN: 9-789632-006567).
La signification politique de ce que devra être, ou non, un musée ou une bibliothèque s’articule avec la question de savoir à qui sera dévolu le rôle d’initiateur ou de mécène et de responsable. Le prince est d’autant plus attentif à s’approprier ce rôle que lui-même représente le cas échéant une dynastie nouvelle, à l’image d’un certain nombre de dynasties italiennes de la Renaissance, des Valois-Angoulême en France, et de plusieurs autres. En mettant l’accent sur le «capital culturel», chacun est attentif à légitimer une ascension politique encore récente, et peut-être fragile.
Dans d’autres systèmes pourtant, la concentration du pouvoir est moins sensible, et d’autres intermédiaires peuvent intervenir. Le modèle fondateur est ici celui de Londres où, à la fin du XVIIe siècle, l’avènement de Guillaume d’Orange et la concession du Bill of Rights (1689) consacrent un régime dans lequel le pouvoir est aux mains du Parlement (les Lords et les Communes), de l’aristocratie et de la haute bourgeoisie. Ce sont des représentants de ces différentes catégories sociales, et non pas une cour royale ou princière désormais en retrait, qui prennent en charge la fonction de «passeurs culturels»: les membres de la gentry entretiennent de très riches bibliothèques, des sociétés académiques sont fondées à Londres à partir de la seconde moitié du XVIIe siècle, jusqu’à ce que, en 1753, le Parlement accepte le legs de Hans Sloane, docteur en médecine, mais surtout président de la Royal Society, collectionneur et bibliophile. C’est la fondation du British Museum, dont la «Bibliothèque» constitue un département. Lorsque le roi George II lui cède une partie des collections royales, la Bibliothèque du British Museum devient bénéficiaire du Copyright concédé depuis 1709 à la Royal Library.
C’est ce modèle qui, de manière significative, est reproduit dans une partie de la géographie de l’Allemagne et de l’Europe centrale, alors même que le sentiment d’appartenance nationale tend à se développer mais que, dans des sociétés d’Ancien Régime, l’initiative reste en principe aux mains de la cour. Le fait qu’il n’existe pas de cour royale en Hongrie (puisque l’empereur de Vienne est roi de Hongrie) ne peut pas être sous-estimé, alors que les grands aristocrates hongrois constituent au cours du XVIIIe siècle des collections de livres de plus en plus importantes: ainsi des Batthyány, des Esterházy, des Festetich, des Illésházy, des Jankovich, des Nádasdy ou encore des Ráday et des Reviczki, pour reprendre une liste proposée par István Monok (1). C’est un de leurs représentants, le comte Ferenc Széchényi, qui, en 1802, demande l’autorisation, par le biais de la chancellerie hongroise de Vienne, de transmettre à la collectivité ses collections, surtout des livres et des documents graphiques, mais aussi d’autres objets (des médailles, et des échantillons de minéralogie). Le comte voulait constituer une collection de Hungarica, augmentée d’un fonds de titres récents permettant de mettre à la disposition de tous les titres les plus importants et les plus récents publiés en «Europe».
Le projet, favorablement reçu à Vienne, se concrétise avec la fondation de la Bibliotheca Hungarica Széchényiano-Regnicolaris (26 novembre 1802) et son installation à Budapest, d’abord dans des locaux occupés par un séminaire. Bientôt, la Bibliothèque sera constitutive d’un département du nouveau Musée national, et elle ne prendra son autonomie en tant que Bibliothèque nationale que bien plus tard. Parallèlement, l’Académie des sciences est fondée, toujours par un groupe de magnats, en 1825.
À Londres, les «passeurs» concentrent l’essentiel des pouvoirs, mais il n’en va pas de même à Budapest: il s’agit pour eux de cultiver un capital de distinction qui leur permette de contrebalancer l’absence du capital politique symbolique, lequel est concentré à Vienne. Et c’est ce processus dont l’ouvrage que nous signalons ici présente notamment les origines et les premiers développements.

(1) István Monok, « Le projet de Ferenc Széchényi et la fondation de la Bibliothèque nationale hongroise », dans Les Bibliothèques centrales et la construction des identités collectives, éd. Frédéric Barbier, István Monok, Leipzig, Leipziger Universitätsverlag, 2005, p. 87-100 («L’Europe en réseaux. Contributions à l’histoire de la culture écrite 1650-1918», III).
(2) Le cas de l’espace germanique est particulier, où les petites cours ont parfois un rôle décisif (on pense à Weimar), mais où interviennent aussi les professionnels de la librairie, libraires et éditeurs au premier rang.

jeudi 16 avril 2015

Une bibliothèque, deux bibliothèques, trois bibliothèques

Le Contrat social, traduit par Moreno et publié à Buenos Aires en 1810, "Pour l'instruction des jeunes Américains"

Il est difficile de trouver à la manzana de Buenos Aires le même charme qu’à celle de Córdoba –le cadre de la très grande ville moderne y est évidemment pour quelque chose. Nous sommes en plein centre, dans le quartier de Montserrat, une zone aux constructions très denses, et où la circulation automobile se fait bien difficilement oublier.

La Manzana de las Luces, selon son appellation traditionnelle, se développe autour de l’église Saint-Ignace et de l’ancien collège jésuite, ancien collège San Carlos et aujourd’hui Collège national de Buenos Aires: comme à Córdoba, le collège dépend administrativement de l’Université, mais il est installé dans des bâtiments qui datent des années de la Première Guerre mondiale. Parmi les autres institutions un temps abritées dans cet ensemble de bâtiments figure aussi la première Bibliothèque nationale d’Argentine, au coin des rues Perú et Alsina. Dite Biblioteca Pública de Buenos Aires, elle a été instituée par la Junte de 1810, mais elle ouvre en réalité deux ans plus tard. Il convient de citer encore l’Université de Buenos Aires, fondée quant à elle en 1821. 
De la Loterie... à la Bibliothèque
La Bibliothèque s’enrichit surtout par l’intégration des fonds de l’ancien collège royal, et par les dons de particuliers: l’évêque de Buenos Aires, Manuel Azamor y Ramírez (1733-1796), était venu d’Espagne avec une collection de quelques mille volumes, qu’il lègue à sa mort à une future bibliothèque publique. Le Père Luis Chorroarín (1757-1823), lui-même ancien professeur, puis recteur du Collège, donne aussi ses livres, et soutient financièrement la Bibliothèque à ses débuts. Manuel Belgrano (1770-1820) fait de même, tandis que l’on transporte à Buenos Aires les exemplaires de l’ancienne bibliothèque jésuite de Córdoba –ils ont été «restitués» il y a quelques années, du moins pour ceux qui avaient une marque de provenance.
L’institution de la Bibliothèque est d’abord confiée à une personnalité remarquable, Mariano Moreno (1778-1811), lui-même ancien élève du Collège San Carlos, et avocat. Mais Moreno est surtout un homme politique: ce secrétaire d’État à la guerre à l’époque de la Première Junte est le principal théoricien du nouveau Gouvernement, et le fondateur du premier périodique argentin, la Gazeta de Buenos Aires. La Bibliothèque nationale porte aujourd’hui son nom, même si Moreno meurt au cours d’une traversée de l’Atlantique pour se rendre en Angleterre, quelques mois avant l’ouverture officielle de l'institution. La vétusté et le caractère inadapté des locaux, de même que l’absence de budget régulier, rendent difficiles les premières années de fonctionnement, Chorroarín assurant la direction jusqu’au début des années 1820. Pourtant, on estime le fonds alors disponible à quelque 17 000 volumes.
La Bibliothèque prend l’appellation officielle de Bibliothèque nationale en 1884, et elle connaît un développement considérable pendant la longue période (plus de quarante ans!) où le Toulousain Paul Groussac en est  directeur (1885-1929). L’institution déménage alors pour un bâtiment nouveau, de style néo-classique, élevé initialement pour les bureaux de la loterie nationale et réaménagé par l’architecte italien Carlos Mora pour accueillir la Bibliothèque. C’est Jorge Luis Borges, directeur de 1955 à 1973, qui obtiendra en 1960 le vote d’une loi en vue d’installer la Bibliothèque dans un troisième bâtiment, plus vaste et mieux adapté, situé dans l’ancien quartier des Récollets (Recoleta): mais la nouvelle Bibliothèque ne sera en définitive inaugurée qu’en 1992, soit cent quatre-vingts après la première fondation à la manzana… Quant à son style architectural, c’est peu de dire qu'il est aux antipodes de celui des Jésuites!
Bibliothèque nationale d'Argentine
Que conclure d’une note aussi brève, sur une histoire qui nous est trop peu familière? On ne peut qu’être frappé, d’abord, par la chronologie: c’est toute une génération d’hommes relativement jeunes, nés le plus souvent dans les années 1770 et ayant généralement reçu une éducation poussée, qui s’engage, au début du XIXe siècle, dans la lutte pour l’indépendance et qui prend les rênes du nouvel État, dans des conditions particulièrement problématiques (une autre «époque des fondateurs», pour reprendre la formule allemande). Pour eux, les Lumières, donc le progrès et la modernité passent par l’imprimé: ils traduisent (Le Contrat social: cf cliché, exemplaire de la Biblioteca Mayor de Córdoba), ils écrivent, ils lancent des journaux… et ils fondent des bibliothèques. Quant à la Bibliothèque nationale, à travers ses métamorphoses de la Manzana de las Luces au quartier de Recoleta, elle fonctionne avant tout comme une institution clé de l’identité nationale. La présence, dans le petit parc en contrebas, de statues du couple Perón rappelle que le site est celui de l’ancienne résidence où Évita Perón est décédée, en 1952, et témoigne de ce que la symbolique des lieux est toujours restée sensible. 
NB- L'amateur d'histoire du livre admira, en face de l'église Saint-Ignace, le bâtiment historique de la librairie Ávila, que l'on pourrait appeler la librairie du Collège, et qui marque toujours un haut lieu du patrimoine historique et culturel de la ville.
Billet suivant: la ville idéale et sa bibliothèque (La Plata)
Librairie Ávila