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dimanche 27 janvier 2019

Nouvelle publication

Renaud Adam,
Vivre et imprimer dans les Pays-Bas méridionaux (des origines à la Réforme),
préf. Alexandre Vanautgaerden,
Turnhout, Brepols, 2018, 2 vol., XXXIII-349 + IX-235p.
(«Nugae humanisticae»)
ISBN 978-2-503-55015-2

Voici un livre qui honore son auteur, son éditeur et son directeur de collection. Les deux volumes publiés par notre collègue et ami Renaud Adam (plus de 600 pages au total) représentent «la version remaniée de [la] thèse soutenu à l’université de Liège» en juin 2011.
Nous dirons, d’abord, que l’ouvrage se place au point de rencontre de deux expériences historiographiques: d’une part, la richissime tradition bibliographique, bibliophilique et érudite des Pays-Bas en général et des Pays-Bas du sud en particulier; de l’autre, le renouveau de l’histoire du livre engagé par la publication de L’Apparition du livre en 1958. Nous saluons ici la tradition initiée par Henri-Jean Martin, et qui combine l’approche érudite (Martin avait été formé à l’École des chartes) et les perspectives nouvelles de l’«École des Annales», privilégiant d’abord l’histoire économique et sociale.
Le cadre géographique est posé: les «Pays-Bas du sud» désignent un ensemble de territoires pour l’essentiel issu du démembrement de l’ensemble bourguignon après la mort du Téméraire (1477), et qui se distinguent des «Pays-Bas du nord», les futurs Provinces-Unies depuis la révolte de 1568. Nous dirons, par commodité, qu’il s’agit de la géographique de la Belgique actuelle, y compris les territoires placés sous la domination du prince-évêque de Liège et la région du nord de la France (Flandre française et Hainaut). Le Prologue de l’ouvrage trace avec précision un tableau historiographique de l’histoire du livre dans cet espace essentiel, tableau dans lequel Prosper Marchand est toujours une figure-clé. La chronologie de l’étude s’étend, quant à elle, aux deux premières générations de la typographie en caractères mobiles, soit les décennies 1470-1520 –le terminus ad quem reste cependant relativement indécis.
Valenciennes, Jehan de Liège, [1500]
Disons au passage que nous sommes tout particulièrement heureux de voir réhabilitées deux habitudes qui n’auraient jamais dû être perdues.
D’abord, la description des phénomènes du passé n’a pas à s’insérer dans les catégories géographiques du présent, autrement dit à respecter les frontières politiques actuelles. À l’historien de faire le choix –et de justifier ce choix– de la géographie spécifique de ce qu’il souhaite étudier. Que la France du nord appartienne, au XVe siècle et même plus tard, aux «Pays-Bas du sud» ne pose aucun problème, de même que Strasbourg et l’Alsace appartiennent alors évidemment au monde germanique. Nous avons déjà évoqué cette question, mais  profitons du présent billet pour y revenir.
Ensuite, nous disposons, en français, d’un riche vocabulaire qui permet de désigner les pays et les localités de l’étranger, mais ce vocabulaire tend à tomber en désuétude, face à la montée en puissance de versions censées être plus respectueuses des identités locales, de leur politiquement correct –et de leurs errements. Avouons que nous avons plaisir à retrouver les toponymes de «Malines», de «Bois-le-Duc» ou encore d’«Audenarde», quand ce n’est pas celui de «Louvain»… Autant d’usages qui n’ont rien à voir avec un quelconque nationalisme borné, mais qui témoignent de la culture historique de l’auteur et de celui qui le lit.
Nous reviendrons plus longuement sur le contenu de la somme exemplaire publiée par Renaud Adam, mais nous bornerons à dire, aujourd’hui, que ces deux volumes devraient être intégrés dans les usuels de références non seulement des bibliothèques patrimoniales situées dans le Nord- Pas-de-Calais, mais aussi des principales bibliothèques patrimoniales de la capitale et des autres départements de la France «de l’intérieur».


Sommaire abrégé des deux volumes
Tome I : Des hommes, des ateliers et des villes
[Pièces liminaires : Préface, Avant-Propos]
Prologue
1ère partie: Le métier d’imprimeur
1) L’organisation du métier; 2) L’atelier, espace de fabrication; 3) Distribution et consommation
2e partie: L’espace social [var.: Le groupe social]
1) Les imprimeurs, une communauté homogène?
2) Le capital économique
3) La production intellectuelle
Conclusions
Annexes: carte de la diffusion des impressions du XVe siècle, plans d’Anvers, de Bruxelles et de Louvain Bibliographie
Index [nominum]

Tome II: Bilan historiographique et dictionnaire prosopographique
1ère partie: Les premiers établissements
1) Alost; 2) Louvain; 3) Bruges; 4) Bruxelles; 5) Audenarde et Gand; 6) Anvers; 7) Bois-le-Duc; 8) Essai comparatif: la production imprimée en 1473 et 1493
2e partie: Les débuts du XVIe siècle. Le calme avant la tempête: les anciens Pays-Bas avant le Réforme
1) Anvers; 2) Bruges, Bois-le-Duc, Bruxelles et Gand; 3) Valenciennes, Liège et Hesdin; 4) Louvain; 5) Essai comparatif: la production imprimée avant 1520
Conclusions
Dictionnaire prosopographique
Annexes (Bibliographie, Liste des graphiques, Index [nominum]).

dimanche 6 janvier 2019

L'économie des industries polygraphiques (3)

Il est temps d’ouvrir l’année nouvelle et, pour notre premier billet de 2019 (et le 801e de ce blog!), nous changerons d’échelle par rapport aux deux précédents billets, et passerons de la géographie générale de l’Europe à la topographie d’une ville en particulier.
Leipzig est située à l’intersection entre la «route royale» (la Via Regia, qui conduit de Francfort vers l’est) et la route de Nuremberg vers la Baltique, et elle constitue la porte vers les marches orientales de l’Empire et vers le monde slave. La ville est une ancienne ville de marchés, parmi lesquels deux sont particulièrement importants, à Pâques, et à la Saint-Michel. Après plusieurs autres privilèges, le privilège impérial de 1497 confirme l'existence d'une foire trisannuelle (également tenue pour le Nouvel An), et la place sous la protection de l'Empire.
La foire se tient d'abord dans des installations provisoires, baraques et tentes installées sur la place centrale, la place du Marché (Markt), adossée à l’Hôtel de ville (Altes Rathaus). Toutes sortes d’autres espaces urbains seront aussi occupés par le négoce de foire: le Marché aux chevaux (Roßmarkt), par lequel s’ouvre traditionnellement la foire, ou, plus tard, la place Augustus (Augustusplatz: la dénomination ne date que de 1837), ainsi que de nombreuses rues et toutes sortes d'espaces privés.
Geißler, L'échoppe du libraire de foire (© SGM, Leipzig)
La foire du livre n’existe pas encore en tant qu’entité indépendante, et les négociations «libraires» se poursuivent partout, dans la rue, sur les stands comme dans les auberges ou chez les professionnels en ville. Bien sûr, l’activité ne se limite pas au seul négoce que nous dirions «établi», et la foire attire aussi les petits revendeurs, colporteurs, bateleurs et autres artistes de rue.... Les auberges sont pleines, de tous côtés les portefaix se hâtent, tandis que les silhouettes pittoresques se rencontrent à chaque pas, que Geissler (1) ou Opiz (2) croqueront encore à la fin de l'Ancien Régime et au tournant du XIXe siècle –l’entrée en ville des maquignons et de leurs troupeaux, mais aussi… la petite échoppe du libraire d’occasion.
Cette dimension «pittoresque» avait déjà frappé le Francfortois Goethe (Poésie et vérité):
Lorsque j’arrivai à Leipzig, c’était tout juste le temps de la foire, d’où je tirai un plaisir très vif. (…) Je parcourus avec beaucoup d’intérêt la place et les boutiques. Mais ce qui attira principalement mon attention, ce furent les habitants des régions orientales, avec leurs singuliers costumes: les Polonais et les Russes, mais avant tout les Grecs, dont j’allais souvent avec plaisir regarder les figures imposantes et les nobles vêtements.

À terme pourtant, face à l’accroissement des affaires, le dispositif de la foire que l'on pourrait qualifier de «volante» est de moins en moins adapté: dans la deuxième moitié du XVIe siècle commencent à être aménagés ou construits les premiers immeubles spécialisés pour le négoce et pour la foire, en l’espèce des «maisons de foire» (Meßehäuser), dont moins d’une vingtaine sont aujourd’hui conservées, les plus récentes remontant au début du XXe siècle. Le Städtisches Kaufhaus sera achevé en 1901, et abrite bureaux d’intermédiaires, salles de réunion et espaces de stockage. 
Maison de commission et d'expédition Johann Christian Freygang
Dans le même temps, les pratiques du négoce en général, et celles du commerce de livres en particulier, se réorganisent, avec la mise en place du commerce de troc (Tauschhandel) entre les producteurs: dans le domaine des livres, le paiement au comptant ou à crédit laisse la place à un barème complexe, permettant d’échanger les uns contre les autres des stocks de feuilles imprimées. Cette pratique, qui perdurera jusque dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, évite la circulation des espèces et les frais de change, tout en élargissant pour un certain titre la géographie de sa diffusion.
Cour d'Auerbach (Auerbachshof), 1778 (© SGM, Leipzig).
Le troc a pour conséquence, sur le plan de la topographie urbaine, l’aménagement ou la construction d’un autre modèle d’immeubles, organisés autour d’une ou de plusieurs cours intérieures permettant la réception, la manipulation, le stockage et l’expédition des marchandises (les Messehöfe). Le stockage se fait dans les locaux de plain pied, mais aussi au dernier niveau, sous les grandes toitures, par l’intermédiaire de palans permettant de manipuler sacs, caisses, ballots et autres tonneaux. Les «cours» sont aussi des espaces de sociabilité et de vente au détail.


La plus belle aujourd’hui conservée est la Cour Barthel (Barthelshof), élevée au milieu du XVIIIe siècle sur le Markt pour le négociant-banquier Gottfried Barthel (1692-1759). Le Speckshof (du nom de Maximilian Speck von Sternburg, qui acquiert les lieux en 1815) correspond au même modèle, mais il sera reconstruit en 1909-1912, et ses cours intérieures couvertes en 1928, pour le transformer en passage.
La foire traditionnelle de la «librairie» était celle de Francfort, chaque année au printemps et à l’automne, mais la concurrence de Leipzig permet à cette ville de dépasser sa rivale, pour le volume des affaires, dans le dernier quart du XVIIe siècle. La «Vieille bourse du négoce» (Alte Handelsbörse) marque ce moment de rupture: le bâtiment a en effet été élevé par les négociants de la ville en 1678-1679 à côté de l’ancien Hôtel de ville (milieu du XVIe siècle), et il accueille notamment dès lors (jusqu’en 1886) la séance clôturant la foire du livre, celle, décisive, de la balance des comptes et des paiements (les retours se faisant dans les magasins eux-mêmes).
La Vieille Bourse (Alte Börse). A gauche, l'ancien Hötel de Ville (Rathaus)
Avec l’industrialisation engagée au XIXe siècle, la production et les échanges de librairie changent à nouveau d’échelle: par suite, les activités du livre et de la presse vont tendre à se concentrer aux mains d’entreprises de plus en plus spécialisées, qu’il n’est plus possible d’accueillir dans le centre historique de la ville ancienne. C’est alors l’émergence du «Quartier polygraphique» (das graphische Viertel), où se concentrent, sur une superficie de quelque 1,2km2, l’ensemble des activités de la chaîne, avec des bâtiments associant efficacité (des usines modernes) et représentation: l’un des plus emblématiques est le «Carré Reclam» (Reclam-Carree), un bloc imposant, une véritable forteresse quadrangulaire abritant tous les services du célèbre éditeur de la «Universal-Bibliothek».
Nouveau complexe du Speckshof
Un dernier type de bâtiments spécialisés dans le domaine du négoce apparaît aussi au tournant du XIXe au XXe siècle: les passages réunissent espaces d’exposition et de vente au détail ou en gros. Le Passage Mädler (Mädlerpassage), inauguré (comme la BUGRA) en 1914, en constitue l’un des exemples les plus accomplis, avec ses quelque 8000m2 de locaux.
Les deux-tiers du «Quartier polygraphique» seront détruits par les bombardements de 1942-1943, tandis que la mise en place du rideau de fer détruit aussi les bases de la «librairie» de Leipzig et ouvre le temps de la renaissance pour la plus grande foire du livre aujourd’hui, celle de Francfort.
L’un des agréments de l’historien quand il voyage réside dans le fait que le voyage dans l’espace recouvre aussi un voyage dans le temps. En se promenant dans la vieille ville de Leipzig, dans ce qui a été le «Quartier polygraphique» et jusqu’au cimetière proche –où se rassemblent encore les grandes dynasties d'imprimeurs et de libraires, nous retrouvons, malgré les destructions irrémédiables, les logiques de fonctionnement de la « librairie », et de la société plus large, au cours de plusieurs siècles. Nous pouvons faire les mêmes expériences à Paris, à Lyon, et dans un certain nombre d’autres villes: toujours et partout, il faut savoir s’informer, ouvrir les yeux et regarder (3). 

Notes
(1) Christian Friedrich Heinrich Geißler (Leipzig, 1770-1844), dessinateur et graveur.
(2) Georg Emanuel Opiz (Prague, 1775- Leipzig, 1841), écrivain, dessinateur et graveur.
(3) Le cas échéant en se reportant à un guide. Nous ne pouvons que recommander celui de Sabine Knopf, Der Leipziger Gutenbergweg. Geschichte und Topographie einer Buchstadt, Markkleeberg, Sachs-Verlag, 2000.

lundi 31 décembre 2018

L'économie des "industries polygraphiques" (2)

Pour le dernier jour de l’année 2018, nous poursuivons notre précédent billet consacré aux lignes de force de la géographie des activités polygraphiques à l’époque de la «librairie d’Ancien Régime». Ces lignes de force sont déterminées par des caractéristiques relevant de la géographie générale, mais aussi de l’histoire, et des différentes fonctions à l’œuvre au sein de la branche. Les ateliers typographiques y tiennent bien évidemment une place, moins pourtant que les structures assurant la diffusion et, à terme, moins que la branche de l'édition.
Dans un premier temps, au XVe siècle, les ateliers typographiques essaiment largement à travers l’Europe, mais, après trois ou quatre décennies, le processus de concentration est déjà engagé: un certain nombre de très grands ateliers concentre en effet une proportion croissante des opérations, et ils sont localisés dans quelques centres de premier plan. Parallèlement, le rôle des investisseurs et des capitalistes tend à monter en puissance, notamment à Venise: on rappellera, à titre d'exemple, le nom de Johann von Köln (Johannes de Colonia).
Le rôle de ces investisseurs peut parfois être assimilé à celui des libraires de fonds, comme le montre le cas de Johann Bergmann à Bâle à la fin du siècle. Bergmann, de fait, n’a jamais imprimé lui-même, mais il est à l’initiative de la publication de plusieurs titres novateurs et qui portent sa marque typographique: le plus célèbre est bien évidemment celui de la Nef des fous. Désormais, l’activité d’imprimerie relèvera souvent du travail à façon, tandis que le détaillant écoulera des publications qui ne sont pas les siennes. Au milieu du XIXe siècle, le grand éditeur Joseph Meyer ne fait pas autre chose que souligner la supériorité du statut et du rôle de l'éditeur, lorsqu’il avertit son fils, Hermann (1826-1909), lequel s’établit un temps à New York après les événements de 1848:
«La librairie d’assortiment (…) ferait de toi un détaillant, et userait tes forces dans de petites affaires et des soucis mesquins, qui devraient bientôt dégoûter un homme ayant ton ambition et tes capacités. C’est comme éditeur, comme commerçant en gros de livres, que tu te créeras un cercle d’activités, et c’est seulement de cette manière que tu pourras en trouver un qui te suffise et qui te satisfasse. Tu ne dois pas charrier des pierres comme journalier pour construire la tour de Babylone, (…) non! Tu dois être chef des travaux et architecte, et élever un temple pour l’ennoblissement et l’amélioration de cette fraction de l’humanité à laquelle est dévolue la mission de faire progresser et de défendre la civilisation.»
Hermann reviendra en définitive en Allemagne pour prendre la succession de son père, et c'est lui qui transportera l'entreprise familiale à Leipzig. Le monument funéraire élevé pour la famille  est à la gloire de l'édition: le profil du défunt surmonte la devise de sa Maison (Bildung macht frei = l'instruction rend libre) et, abritée par une grande palme, la mention de l'activité professionnelle (Verlagsbuchhaendler = éditeur).
Tombe de Hermann Meyer, Leipzig, Südfriedhof (détail)
Même si la modélisation suppose nécessairement de simplifier, essayons-nous maintenant à l’exercice consistant à proposer une typologie, même très sommaire, des villes d’imprimerie dans la période qui nous intéresse, celle des XVe-XIXe siècles –les éléments de statistique ne pourront se fonder que sur le nombre des titres publiés dans les différentes villes.
1) La première catégorie sera, bien évidemment, celle des centres principaux, véritables têtes de réseaux cumulant les avantages: l’Église et l’administration, l’université et les écoles, les hommes et les institutions du pouvoir, la disponibilité des capitaux, le contrôle de réseaux commerciaux étendus, etc. Le niveau global de population est évidemment un élément-clé, mais dont l’importance doit être relativisée: autour de 1500, Paris est une très grande ville au niveau européen, quand les centres allemands sont bien moins peuplés mais bénéficient d’une géographie plus favorable, et quand Naples, ville très peuplée mais située dans une géographie plus marginale, ne s’inscrit qu’à un niveau d’activité bien inférieur pour les presses typographiques. Cette géographie se déplace suivant les déplacements mêmes de la géographie économique d’ensemble, avec l’émergence des Provinces Unies à partir de la fin du XVIe siècle, puis celle de la capitale anglaise, Londres, au cours du XVIIIe siècle: rappelons que Londres s’inscrit au premier rang mondial pour les activités liées à l'imprimé en 1800.
2) Voici maintenant les centres plus secondaires, surtout présents en Allemagne et en Italie, beaucoup moins en France, où la concentration parisienne (et, dans une moindre mesure, lyonnaise), écrasera longtemps le paysage. En suivant Philippe Niéto, nous voyons surgir, après les quatre capitales de la librairie européenne des presses en 1500 (Paris, Venise, Leipzig et Lyon), une quinzaine d’autres villes, notamment dans la vallée du Rhin (Cologne, Spire, Strasbourg, Bâle), en Allemagne du sud (Augsbourg, Nuremberg) et en Italie septentrionale (Florence Milan, etc.). Dès lors que les échanges peuvent se faire assez rapidement, certaines de ces villes se font une spécialité de l’activité de contrefaçon, à l’image d’Augsbourg au XVe siècle, ou encore à l’image des «presses périphériques» qui encadrent le royaume de France au XVIIIe siècle.
3) Ce sont, enfin, les centres typographiques d’importance purement locale, dans lesquels l’activité des presses pourra être liée à une commande ponctuelle ou bien relever pour l’essentiel des travaux de ville et de la demande locale (les livres pour le collège, etc.). Dans certains cas, l’éloignement même explique leur installation, comme le montre l’exemple de Honter à la frontière de Transylvanie (Kronstadt) en 1539.
4) Enfin, voici les villes qui, paradoxalement, peuvent être les plus révélatrices, ces villes riches et actives, mais où il n’y a pas de presses avant le XVIe, voire avant le XVIIe siècle: dans le nord de la France actuelle, voire en Picardie, les presses ne s’implantent qu’à partir du XVIe siècle, alors même que l’Europe du Nord-Ouest est l’une des régions les plus développées du continent européen. C’est qu'il ne sert de rien d'imprimer, quand l’on se procure avec une grande facilité et rapidité les publications des ateliers rhénans, ou celles de Paris et de Lyon, voire de l’Italie. Il n’est que de rappeler ici que les bénédictins de Saint-Bertin de Saint-Omer se procurent, probablement dès le XVe siècle, leur exemplaire de la Bible à 42 lignes dont un volume est toujours conservé sur place aujourd’hui (2).
Bref, dans un nombre non négligeable de cas, les villes sans presses ne sont pas, bien au contraire, des villes sans livres. Répétons-le: la géographie du livre et de l'imprimé ne se résout pas dans une géographie des presses typographiques. Terminons en soulignant l'importance de la ligne de fracture qui fera passer d’une géographie (celle des coûts et des délais de transport) à une autre (celle des coûts d’exploitation): il s'agit de la révolution ferroviaire engagée à partir des décennies 1830-1840.
Notre troisième et dernier billet de cette série traitera de la topographie du livre dans la ville, à travers notamment l’exemple de Leipzig.

Notes
(1) Philippe Niéto, «Géographie des impressions européennes du XVe siècle», dans Le Berceau du livre : autour des incunables. Mélanges offerts au Professeur Pierre Aquilon par ses collègues, ses élèves et ses amis, Genève, Librairie Droz, 2003, p. 125-174.
(2) Frédéric Barbier, «Saint-Bertin et Gutenberg», dans Mélanges Aquilon, ouvr. cité, p. 55-78.

samedi 29 décembre 2018

L'économie des "industries polygraphiques" (1)

Il est étonnant de constater combien les historiens intéressés par le domaine des «industries polygraphiques» (nous prenons le terme d’industrie au sens le plus large) ont très souvent, jusqu’au XXe siècle, privilégié dans leur travail l’étude des ateliers d’imprimerie.
Certes, l’atelier d’imprimerie, avec son organisation complexe, ses travailleurs très particuliers (les singes, les ours, et les autres) et toute la mythologie qui l’accompagne constitue un espace emblématique, et qui ne peut qu’impressionner le profane. À certains égards, il apparaît comme le laboratoire où s’opère l’alchimie qui rendra accessible à tout lecteur tous les textes que l’on pourrait souhaiter. Son étude se justifie pleinement s’agissant des premières décennies de l’«art nouveau», et plus généralement d’histoire des techniques ou d’histoire de la production imprimée et des pratiques de fabrication – on pourra penser à l’exemple célèbre de la Société typographique de Neuchâtel dans les dernières décennies de l'Ancien Régime (1). Le fonctionnement de l'atelier constitue aussi un préliminaire indispensable aux travaux de bibliographie matérielle.
Pourtant, le cœur des activités de la branche ne réside bientôt plus dans les seules imprimeries, et leur étude devient au fil des générations insuffisante, surtout si l’on privilégie une perspective macro-économique. On le sait, la production d’imprimés marque une rupture quantitative radicale avec l’économie du manuscrit (plus de 30000 titres publiés entre 1454 et 1500), et bientôt les exemplaires s’accumulent dans les entrepôts des fabricants, alors même que les investissements nécessaires restent considérables: lorsque l’on a le matériel d’imprimerie, il faut se procurer un texte à reproduire, puis conduire tout le processus de fabrication (acheter le papier, payer les ouvriers, etc.) avant de pouvoir espérer vendre et rentrer dans ses frais. La grande affaire, c’est la diffusion, comme le montre déjà la mise en scène de la «Danse macabre des imprimeurs» publiée à Lyon autour de 1500.
Bien sûr, il existe des «librairies» dès avant Gutenberg, et des canaux par le biais desquels on peut se procurer des exemplaires de livres manuscrits: le classique des Roose nous éclaire sur la vigueur de la vente des manuscrits à Paris à la fin du Moyen Âge, tandis que François Villon, d’auberge en auberge, vend ses livres pour s’assurer du nécessaire :
À Gandeluz [Gandelu] lès La Ferté [La Ferté-Milon] / Là laissai-je mon ABC…
Mais le changement de régime est là. Les premiers imprimeurs, à commencer par Peter Schoeffer, assurent dès les années 1469-1470 la distribution de leur propre production, parfois aussi de celles de leurs confrères, notamment en publiant des listes de titres disponibles. L’exemplaire de la liste imprimée par Peter Schoeffer et aujourd’hui conservé à Munich (cf cliché), un simple placard, porte à la suite du texte imprimé une note manuscrite en latin qui nous éclaire sur les pratiques de la vente: «On trouvera le vendeur de ces livres à l’auberge dite À l’homme sauvage» – seul le nom de l’auberge est en allemand.
Cette auberge Zum wilden Mann est connue comme étant située à Nuremberg, sur le Marché au vin (Weinmarkt), une localisation qui ne saurait nous surprendre: d’une part, Nuremberg est un pôle commercial de toute première importance, où notre imprimeur mayençais espère trouver des débouchés pour ses titres; d’autre part, l’exemplaire de la liste provient de la bibliothèque du médecin et bibliophile nurembergeois Hartmann Schedel, l’auteur même des célébrissimes Chroniques. Au passage, on ne s’étonnera pas de l’extrême rareté de semblables documents anciens, dont la destination n’est évidemment pas d’être conservés dans les bibliothèques, sinon celle d'un savant amateur.
Quoi qu’il en soit, la procédure est clair: le «voyageur» de Fust est venu dans la capitale de la Franconie, où il s’est établi dans une auberge très connue au cœur de la ville (à l’emplacement actuel du 11 Weinmarkt), non loin de Saint-Sébald. Il fait distribuer son tract, en indiquant où on peut le rencontrer pour se procurer des exemplaires des titres cités –il suffit de compléter le tract pour qu’il puisse servir dans plusieurs villes successivement. Il est probable que le voyageur était accompagné par un ou plusieurs chariots transportant les exemplaires eux-mêmes destinés à la vent: les grandes auberges sont de véritables caravansérails, qui offrent toutes les facilités aux clients, y compris s'agissant des écuries et autres entrepôts.
Bref, les premiers espaces de vente, et de rencontres, ce sont les ateliers d’imprimerie eux-mêmes et les auberges (2), auxquels nous pouvons ajouter les marchés et les foires –comme le fait déjà Gutenberg à la foire de Francfort dès 1454 (3).
Mais une telle procédure ne saurait résoudre le problème à moyen terme et, peu à peu, c’est tout un secteur d’activités nouveau qui va émerger, celui de la distribution des imprimés, avec des structures permanentes (au premier chef, les librairies de détail) et des pratiques professionnelles complexes. Les premiers négociants en livres sont connus dans les décennies 1480-1490: ce sont, dans les pays allemands, les Buchführer, dont Ursula Rautenberg explique qu’ils peuvent être aussi bien des «voyageurs» (4) que, bientôt, des commerçants sédentaires plus ou moins spécialisés. Les librairies au sens moderne du terme commencent ainsi à être ouvertes à partir des années 1500 dans les villes les plus dynamiques.
Notre prochain billet traitera des paradoxes de la géographie des presses typographiques à travers la typologie des villes et autres localisations accueillant des ateliers d’imprimerie.

Notes
(1) La question de la lecture et de ses pratiques n'entre pas dans le champ du présent billet.
(2) Bien évidemment, les acheteurs aussi pourront se déplacer, et nous savons que, dès la décennie 1440, l’abbé de Saint-Aubert de Cambrai envoie un «messager» à Bruges pour se procurer un ou plusieurs exemplaires de petits livrets xylographiés, en l’occurrence un Doctrinal. Il en fera également acheter d’autres sur le marché de Valenciennes.
(3) Comme en témoigne la lettre de Piccolomini au cardinal Carvajal.
(4) Ce qui veut dire que le «voyageur» de Peter Schöffer pourrait lui aussi être qualifié de Buchführer. Cf l’article «Buchführer» dans Reclams Sachlexicon des Buches. Von der Handschrift zum E-Book, dir. Ursula Rautenberg, 3e éd., Stuttgart, Reclam, 2015, qui cite l’article fondamental de Heinrich Grimm, «Die Buchführer des deutschen Kulturbereichs und ihre Niederlassungsorte in der Zeitspanne 1490 bis um 1550», dans Archiv für Geschichte des Buchwesens, 7 (1967), col. 1153-1772.

dimanche 25 juin 2017

Un libraire érudit

Voici un petit ouvrage susceptible d’intéresser l’historien du livre:
Crapelet, Georges Adrien,
Études pratiques et littéraires sur la typographie, par G.-A. Crapelet, imprimeur. Tome premier,
À Paris, de l’imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard n° 9, MDCCCXXXVII (À Paris, à la librairie de P. Dufart, quai Malaquais n° 7, 1837),
[4-]VIII-407-[1] p., 8°.

Les Crapelet sont une famille originaire du village de Levécourt, situé entre Neuchâteau et Langres, où Antoine Crapelet est aubergiste. Son fils, Charles Crapelet, naît en 1762, et est envoyé par lui à 12 ans pour faire son apprentissage d’imprimeur à Paris: il entre d’abord chez Ballard, alors établi rue des Noyers, avant d’exercer à compter de 1780 comme «prote et correcteur» chez Jean Georges Antoine Stoupe, successeur de Le Breton, rue de la Harpe.
Il s’établit enfin à son compte en 1793, rue Saint-Jean de Beauvais, puis rue de la Harpe (1795). G.-A. Crapelet expliquera:
Lorsque mon père eut transporté son établissement dans le local occupé par Chardon, il lui fallut acheter en même tems les restes séculaires de son mobilier typographique, qui n’auroit pu être déplacé sans tomber en poussière. Il ne conserva que quelques corps de casseaux, avec marbres, et deux presses à boîte et à nerfs, premier modèle des presses, qui remontoit à l’invention de l’imprimerie : elles avoient bien cent cinquante ans d’existence, et firent encore pendant plus de quinze ans un bon service pour les épreuves, qu’un nouveau déménagement seul fit cesser (p. 179).
Charles Crapelet décède en 1809, et son fils, Georges-Adrien, né à Paris en 1789, lui succède. Il s’installera rue de Vaugirard à partir de 1811. Outre la conduite des affaires de l’imprimerie, Georges-Adrien Crapelet se consacre à l’écriture et à l’histoire littéraire, selon le modèle du libraire érudit. Initiateur de la «Collection des anciens monumens de l’histoire et de la langue françoise» en 1826, il est fait chevalier de la Légion d’honneur en 1828. Élu membre résident de la Société des Antiquaires de France en 1829 (il est présenté par Gabriel Peignot), il présidera cette société en 1834. Également l’un des fondateurs de la Société de l’histoire de France (1833), il en devient l’imprimeur attitré. Il donne ces Études pratiques et littéraires en 1837, mais ne pourra pas conduire son projet à son terme (seul le premier volume est paru).
Crapelet, dont la réussite s’était faite d’abord en tant que prote, revient longuement sur cette fonction au fil de ses pages, avec des chapitres comme «Des correcteurs»; «De la correction»; «De la correction des livres imprimés sur manuscrit ou sur copie imprimée d’auteurs vivans»; «De la correction des livres imprimés sur copie imprimée d’auteurs morts». Il revient aussi, p. 31 et suiv., sur les conditions dans lesquelles la Réforme a d’abord été diffusée en France:
Le bûcher fut toujours la dernière raison de la Sorbonne. Cela n’empécha pas les écrits du luthéranisme de se répandre par tout le royaume, et l’esprit de la réforme de s’intoduire même dans les écoles. La Sorbonne ne se lassoit pas de censurer, ni les luthériens d’écrire, ni le parlement de poursuivre les auteurs et distributeurs d’une multitude de mauvais livres…
Au fil du texte, parti à la recherche de toutes les curiosités relevant de l’histoire bibliographique et littéraire, Crapelet indique qu’il a visité Mayence au cours de l’été 1836 (p. II, note). Quelque années plus tard (1841), il cèdera son entreprise à son fils et à son gendre, Charles Auguste Lahure. Chargé par Villemain d’une mission en Italie, il meurt à Nice en 1842.
La page de titre de notre édition porte la charmante marque typographique « aux pensées », avec le phylactère portant la devise: «Elles ne peuvent plus mourir». 

Nathalie Clot, «Georges-Adrien Crapelet et la Collection des anciens monumens de l’histoire et de la langue françoise (1826-1835)», dans Mémoire des chevaliers. Édition, diffusion et réception des romans de chevalerie du XVIIe au XXe siècle, dir. Isabelle Diu, Élisabeth Parinet, Françoise Vieillard, Paris, École nationale des chartes, 2007, p. 105-118. L’auteur signale que la correspondance entre Crapelet et Gabriel Peignot à partir de 1821 est conservée à la BnF, ms. n. a. f. 11197.

samedi 21 mai 2016

À Rennes, une mémoire franco-allemande

L’Écomusée du Pays de Rennes propose, jusqu’au 28 août 2016, une exposition consacrée à Oberthür, imprimerie fondée en 1852 et que son succès a fait des décennies durant la première entreprise de ville. Passé sous la houlette de Néogravure en 1966, Oberthür, pourtant viable, est emporté par la chute du groupe en 1974, avant de devoir déposer définitivement le bilan en 1981.
L’exposition passe rapidement sur ce point, mais le nom de famille d’Oberthür nous ramène sur le Rhin à la fin du XVIIIe siècle, lorsque François Antoine Oberthür, né à Fulda en 1758, se marie à Strasbourg avec Marie Madeleine Hütter († 1854) et exerce comme perruquier dans cette ville (son père exerçait déjà la même profession, de même que son beau-père). Il décédera à Strasbourg, dans son domicile de la Grand’rue, en 1808.
Acte de décès de Marie-Madeleine Hütter, 1854 (Archives du Bas-Rhin, site Adeloch)
La Révolution donne un coup d’arrêt brutal à l’activité de perruquerie, et le fils de François Antoine, François Jacques Oberthür, né en 1793, s’oriente vers une tout autre branche d’activités: il se lance en effet dans le dessin et dans la gravure, puis dans l’édition lithographique. De son mariage avec Marguerite Salomé Kieffer naîtront deux enfants, François Charles (1818-1893) et Wilhelmina (1820- ?), mais la jeune épouse meurt en couches à en 1820, à vingt ans à peine.
Nous sommes pleinement dans un milieu transnational, et bilingue: son père vient d’Allemagne, et François Jacques Oberthür est lui-même appelé à Fribourg-en-Brisgau, où il enseigne la lithographie dans le cadre de l’Institut artistique (Kunstinstitut) de l’imprimerie-librairie Herder. Au lendemain de la chute de Napoléon, Barthomoläus Herder (1774-1839) a en effet pris pleinement  conscience du marché représenté par l’illustration, l’imagerie et la cartographie non seulement sur cuivre, mais aussi désormais en lithographie. La fondation de l’Institut artistique permet de former en dessin et en gravure un certain nombre de jeunes gens dans un domaine porteur. Parmi les jeunes apprentis, on note la présence des deux frères Franz Xaver et Hermann Winterhalter.
Dans les années qui suivent, François Jacques Oberthür se remarie avec Jeanne Caroline Zeitzmann, née à Iéna et elle-même fille d’imprimeur –les sources indiquent que le mariage a eu lieu à Gries, près de Bischwiller, mais nous n’en trouvons pas trace dans l’État civil de cette localité. Quoi qu’il en soit, Oberthür rentre en Alsace après son veuvage, et il s’établit comme miniaturiste et comme lithographe à Strasbourg, d’abord en association avec Boehm (1825), puis seul, à l’adresse de la rue des Dentelles (1828). Parmi les six enfants de ce deuxième lit, François Antoine lui succédera en 1861 comme imprimeur lithographe à Strasbourg, mais il est surtout connu pour son mariage avec Lucie Valentin, elle-même fille du nouveau préfet du Bas-Rhin nommé par le Gouvernement de la Défense nationale en 1870.
François Jacques Oberthür, Le Quai des bateliers à Strasbourg, 1840
Oberthür décède à Bischwiller en 1863. Le fondateur de la maison Oberthür de Rennes est en réalité son fils aîné, François Charles, lui aussi dessinateur et graveur. Après un apprentissage chez les frères Guérin et auprès du statuaire André Friedrich, il entre dans l’atelier paternel en 1831. Trois ans plus tard, il est choisi pour enseigner le dessin à la nouvelle École d’arts et métiers fondée à Strasbourg par Auguste Ratisbonne et alors dirigée par son fils Louis. Il peut être significatif d'observer que, si les confessions ne sont pas les mêmes (non plus que les niveaux de fortune!) entre les Oberthür et les Ratisbonne, l'histoire familiale est en revanche analogue. August Sussmann Hirsch Regensburger est en effet né à Fürth en 1770. Établi comme banquier et négociant à Strasbourg, il y préside le nouveau Consistoire israélite: le nom de Ratisbonne est choisi comme «nom définitif» de la famille à la suite du décret de Bayonne de 1808.
Mais revenons au jeune François Charles Oberthür, qui entreprend bientôt un périple pour compléter sa formation: il vient à Paris pour se perfectionner dans la lithographie, puis nous le retrouvons à Rennes, où il entre chez Marteville et Landais, imprimeurs lithographes. Cette étape sera décisive sur un double plan: d’une part, Landais propose au jeune homme, en 1842, de s’associer avec lui pour dix ans (Landais et Oberthür), avant de se retirer et de lui céder l’entreprise (1852). En 1844 d’autre part, Oberthür épouse Marie Hamelin, fille du libraire rennais François Marie Alexandre Hamelin. L’entreprise, qui s’adjoint une imprimerie typographique en 1854, est désormais lancée.
À côté des éclairages portés sur la conjoncture générale de la «librairie» en France au XIXe siècle, les Oberthür illustrent ainsi pleinement un certain nombre de logiques récurrentes dans le petit monde de l’émigration. Sans s’arrêter sur cette dimension de la monographie, l’exposition la prolonge pourtant en mettant l’accent sur des problématiques d’anthropologie historique particulièrement importantes, et qui touchent aussi bien au fonctionnement des solidarités qu’à l’esprit d’innovation, au modèle de la formation professionnelle, à l’articulation entre la famille et les affaires, aux conceptions paternalistes du fondateur de la «Maison de Rennes», au rôle des femmes ou encore à la vie quotidienne de la famille. 

Oberthür imprimeurs à Rennes, réd. Alison Clarke, Rennes, Écomusée du Pays de Rennes, 2015, 95 p., ill. ISBN 978-2-901429-38-8
Dominique Lerch, «Une famille de lithographes et ses implantations: la famille Oberthur à Strasbourg, Bischwiller et Rennes (vers1818, vers1893)», dans Le Vieux Papier, 341 (1996), pp. 289-304.

mardi 8 mars 2016

Imprimeurs et libraires: à propos de la géographie du livre

La publication de L’Apparition du livre, par Lucien Febvre et Henri-Jean Martin, en 1958, a imposé le fait que l’imprimé est aussi, et peut-être d’abord, une «marchandise». Avec l’invention de la typographie en caractères mobiles par Gutenberg au milieu du XVe siècle, se met en effet peu à peu en place une nouvelle logique de la production et de la diffusion. Parmi les catégories qui s’imposent au premier plan, celle de «marché» induit une reconfiguration radicale des rapports entre les différents acteurs de la nouvelle chaîne du livre: l’auteur et l’auteur secondaire, l’imprimeur (et ceux qu’il emploie), le capitaliste investisseur, le diffuseur et, in fine, le public des lecteurs, sans oublier les acteurs du pouvoir, dispensateurs de gratifications et de privilèges, instaurateurs aussi de dispositifs de surveillance et de contrôle –sans oublier non plus les acteurs d'autres branches conjointes d'activités, comme celle de la papeterie. 
Ces phénomènes se développent au sein de logiques spatiales dont les jeux imbriqués fonctionnent à la fois comme agents d’équilibre et comme facteurs de changement. L’Apparition du livre comprend deux cartes illustrant la distribution des ateliers d’imprimerie en Europe au XVe siècle, lesquelles deux cartes ont été largement reprises par d’autres auteurs, et ce jusqu’à aujourd’hui. Les données qu’elles compilent se trouvent pourtant être en partie dépassées, grâce en particulier aux apports provenant des nouvelles sources numériques massivement disponibles sous la forme de bases de données (comme les principaux catalogues collectifs d’incunables, l’ISTC, l’INKA et le GKW). Il y a quelques années, notre collègue Philippe Nieto a compilé les données relatives à la géographie des presses au XVe siècle, et présenté les principaux résultats de son travail dans un important article des Mélanges Pierre Aquilon (cf réf. infra).
Cet enrichissement massif de nos connaissances suggère un certain nombre d’observations, dont les premières abordent le problème de l’insertion d’une branche nouvelle d’activités –ce que l’on désignera plus tard comme les industries polygraphiques– dans une géographie donnée. Dans un premier temps, c’est la phase initiale de dissémination: observable d’abord jusqu’en 1470, elle est considérablement accélérée dans les décennies 1470 et 1480, quand «l’Europe entière se couvre d’ateliers». Dès la fin du XVe siècle, nous entrons pourtant dans une logique différente, marquée par un certain repli et par une concentration de plus en plus sensible (voir Niéto, carte n° 8, p. 153). Les ateliers qui ne peuvent se maintenir disparaissent, tandis que les principaux centres de production (rappelons que les quatre premiers centres sont, en 1500, Paris, Venise, Leipzig et Lyon) s’emparent d’une proportion croissante du marché (carte n° 11, p. 156).
Nous sommes dès lors devant une configuration géographique modernisée, marquée par trois caractéristiques majeures:
1) La «grande librairie» est aux mains d’un certain nombre d’ateliers de tout premier plan, lesquels sont installés dans des villes têtes de réseau(x).
2) Les différentes villes et les différents ateliers tendent dans une certaine mesure à se spécialiser. On remarquera, par ex., que les processus d’innovation se développent dans des villes qui doivent s’imposer dans une conjoncture éventuellement difficile: Lyon n’est pas ville d’université, et elle n’est pas le siège des organes de la monarchie, mais c’est à Lyon que l’on se lancera pour la première fois dans la production de livres imprimés en langue française et, s’agissant de la France, de livres imprimés intégrant des illustrations.
3) Les centres les moins importants auront tendance à n’abriter plus qu’une activité épisodique (comme celle d’un Jehan de Liège à Valenciennes), et surtout à s’orienter vers une production «de niche», ou vers une production que nous pourrions dire d’intérêt local ou régional.
Il serait bien sûr tout particulièrement précieux de poursuivre l’analyse à partir du XVIe siècle, sur la base des principaux catalogues collectifs aujourd’hui disponibles, à commencer par le VD16 et ses suites (VD17, VD18). Nous en restons pourtant à l’heure des desiderata, dans la mesure où les bases de données ne sont pas toujours compatibles entre elles, où des géographies entières ne font pas l’objet de catalogues collectifs suffisamment complets et fiables, et où, bien évidemment, la masse de la production à prendre en considération se trouve considérablement accrue par rapport au XVe siècle.
Pour autant, les trois caractéristiques qui tendent à s’imposer au tournant des années 1500 s’observent, peu ou prou et compte tenu des modifications de la conjoncture générale (on pense notamment aux effets induits par la géographie politique), tout au long de la «librairie d’Ancien Régime».
C’est ainsi par exemple que la géographie de l’imprimerie française au XVIIIe siècle se concentre dans la capitale, pour une part à cause de la politique mise en œuvre par la monarchie. Face à Paris la production provinciale sera en partie orientée vers des formes de spécialisation, ou vers la production intéressant la ville et sa région. Emmanuelle Chapron montrait, dans une récente conférence tenue à l’EPHE, comme une ville comme Limoges se spécialise, avec l’atelier des Barbou, dans la production de manuels scolaires diffusés dans la géographie relativement large du sud-ouest du royaume; de même, elle insistait sur le rôle cruciale du privilège d’imprimeur de l’intendance, de l’évêché, de l’université, du collège ou encore de la Ville, pour l’équilibre des petits ateliers typographiques locaux.
La «deuxième révolution du livre», marquée par la production de masse et par la mécanisation, puis par l’industrialisation, introduira de nouveaux et profonds bouleversements dans une géographie du livre dont le cadre de fonctionnement tend à s’élargir de plus en plus. Nulle doute que la «troisième révolution», celle actuelle des nouveaux médias, n’induise des changements encore plus radicaux, avec la reconfiguration de la chaîne de production, avec la mondialisation et avec la «transparence» nouvelle de l’espace.
Mais nous conclurons en insistant sur un autre point. Les historiens, surtout modernistes, étudiant la géographie du livre ont traditionnellement mis l’accent sur le rôle des ateliers typographiques. Sans vouloir en rien minimiser ce rôle, il n’en est pas moins évident qu'il faut prendre en considération les différentes fonctions remplies par les uns et par les autres. Dans les dernières décennies du XVe siècle, le pouvoir dans la branche passe déjà aux mains des capitalistes investisseurs, qui peuvent effectivement être des imprimeurs-libraires, souvent aussi de simples «libraires» (actifs dans la diffusion et dans l’édition), voire des personnages extérieurs au monde des professionnels proprement dit. Dans un nombre non négligeable de cas, le typographe est réduit à une forme de travail à façon, répondant à des commandes qui peuvent venir de géographies parfois relativement éloignées.
Colophon de Heinrich Gran, mentionnant que l'édition (ici, Pelbartus de Temeswar) a été commandée par Rynmann, 1504.
Même si Heinrich Gran jouit d’une aisance confortable à Haguenau à la fin du XVe et au début du XVIe siècle, ce n’est pas lui qui a l’initiative: comme imprimeur, il répond d’abord aux commandes qui lui sont passées depuis Augsbourg par Johann Rynmann (201 titres connus!). Rynmann, qui n’est pas lui-même imprimeur, passe d'ailleurs aussi des ordres à des ateliers de Strasbourg, de Bâle, de Nuremberg, et même de Venise.
Bref, la géographie économique de la «librairie d’Ancien Régime» ne recouvre certes pas la seule géographie typographique. L’accent doit aussi, sinon surtout, être mis sur les structures, sur les pratiques et sur les réseaux du financement et de la distribution, parce que ce sont ces derniers qui organisent le marché, et qui encadrent les conditions de la fabrication. Et, si nous nous placions du point de vue non pas de l’économie et du marché, mais de la réception et de la lecture, il conviendrait de prendre aussi en considération la présence ou non de bibliothèques et de collections de livres plus ou moins accessibles à un public élargi...

Philippe Niéto, «Géographie des impressions européennes du XVe siècle», dans Le Berceau du livre : autour des incunables. Études et essais offerts au Professeur Pierre Aquilon par ses élèves, ses collègues et ses amis, dir. Frédéric Barbier, Genève, Librairie Droz, 2004, p. 125-174 (RFHL, n° 118-121).
François-J. Himly, Atlas des villes médiévales d'Alsace, Strasbourg, Fédération des sociétés d'histoire et d'archéologie d'Alsace, 1970 (et en ligne ici).

mercredi 28 octobre 2015

À Debrecen: un Collège calviniste, une bibliothèque exceptionnelle

Comme à Strasbourg avec le collège de Jean Sturm, le Collège de Debrecen, fondé dans les années 1530, comprend deux institutions: un collège assure la formation secondaire, tandis que la Haute École de niveau universitaire offre des enseignements de théologie, belles lettres, droit et sciences de la nature. La structure, qui a pris la succession d’un collège franciscain, passe à la Réforme, et fait le choix du calvinisme en 1549, alors que Andras Dessy en est le recteur, et  la renommée de l‘établissement y attire bientôt des enseignants de l’université de Vienne.
Alors que la Hongrie centrale, avec la capitale royale de Buda, est peu à peu occupée par les Turcs à la suite de la défaite de Mohács (1526), la Transylvanie et la Hongrie orientale, avec Debrecen, sont reconnues comme une principauté indépendante, mais vassale des Turcs (1538). La diète transylvaine de Torda, en 1568, établit la liberté des quatre religions issues du christianisme occidental, les catholiques, les réformés, les calvinistes et les antitrinitaires (alias unitaires). Les orthodoxes, qui semblent être encore en nombre relativement limité, sont simplement tolérés, tandis que les musulmans ne s’implanteront jamais dans la principauté.
Debrecen, alors sous la domination de la famille Török, est une agglomération qui a le statut de marché, et elle connaît une période économiquement très florissante en tant que point de concentration des routes conduisant vers les Carpates en évitant les territoires ottomans: d’une part la route nord-sud, de la Baltique, de l’Allemagne du nord et de la Pologne vers la Transylvanie et Constantinople; de l’autre, les routes venues de Nuremberg, d’Augsbourg, de Vienne et de Hongrie supérieure (Cassovie).
Le rôle du surintendant calviniste Peter Méliusz est considérable (1558-1572). C’est lui qui accueille en 1561 le prototypographe de la ville, Gál Huszár, un ancien disciple de Mélanchton un temps emprisonné à Cassovie. Huszár, qui est venu avec son matériel, achève à Debrecen l’impression de son premier titre, qui est logiquement un recueil des Cantiques protestants (RMNy 160), et qu'il dédie à Melius. Le Conseil de la ville de Debrecen accueille l’atelier, et lui loue un local proche du collège (information sur les premiers imprimeurs ici).
Un an plus tard cependant, Huszár quitte pourtant Debrecen pour occuper un poste de pasteur à Komárom (Hongrie occidentale): apparemment, il aurait laissé sur place son matériel d’imprimeur, lequel est repris par le second imprimeur de la ville, Mihaly Török, en 1562. Celui-ci exercera pendant six ans, mais l’imprimeur principal est, dès 1563, Raphael Hoffhalter, avec du matériel en partie importé de Vienne. Les ateliers de András Komlós et de Rudolf Hoffhalter (le fils de Raphael), puis de la veuve de ce dernier continuent à fonctionner jusque dans la dernière décennie du XVIe siècle, et l'activité d'imprimerie se poursuit dès lors sans solution de continuité. 
La bibliothèque du Collège de Debrecen remonte aux origines mêmes de l’institution, mais elle ne se développe d’abord que très lentement, par suite de l’insuffisance des ressources financières et de la difficulté à se procurer des volumes imprimés en Occident. Une partie des exemplaires vient, bien évidemment, de la production imprimée locale, une autre représente les volumes rapportés par les étudiants après leurs études supérieures (à Wittenberg, etc.), une autre encore est fournie par les dons et les legs, au premier rang desquels ceux des enseignants et des pasteurs. Comme à Strasbourg, mais dans un environnement purement calviniste, la bibliothèque est confiée à un étudiant avancé, plus tard à un professeur, lequel prend le titre de « préfet ». 
La bibliothèque, comme le Collège, ont subi plusieurs destructions par suite d’incendies ou durant les guerres, l’une des plus tragiques se produisant lors de la reconquête du pays par les Habsbourg, au début du XVIIIe siècle. Pourtant, les responsables réussissent alors à mettre, au moins pour partie, leurs livres à l’abri, tandis que les collections sont considérablement enrichies au XVIIIe siècle. Aujourd’hui, la bibliothèque conserve 600 000 documents imprimés, quelque 35 000 pièces manuscrites, un riche fonds d’incunables, etc. : l’ISTC indique 143 exemplaires (le total est sensiblement supérieur), dont un bel ensemble de Bibles et de titres à caractère religieux, mais aussi des livres pratiques et des classiques de l’Antiquité (on signalera un superbe exemplaire de la Cosmographie de Ptolémée). Un grand nombre de ces éditions viennent de Venise, les autres de Bâle, d’Allemagne du sud et des villes italiennes.
Les exemplaires du XVIe sont aussi tout particulièrement intéressants: un ensemble spectaculaire d’éditions de Debrecen est présenté au Musée historique du Collège, tandis que la bibliothèque possède, par exemple, un extraordinaire recueil de Dürer (Überweisung der Messung, 1525, etc.) ayant appartenu à Willibald Pirckheimer, dans un état irréprochable et sous une reliure d’époque, estampée à froid et portant le nom de l’artiste… (voir le catalogue en ligne: le sigle de la bibliothèque du Collège est DRK).

mercredi 23 février 2011

Histoire du livre et théorie de la communication (2)


La formule de «chaîne du livre»  a en effet été proposée de longue date, pour essayer de rendre compte de la complexité que nous avons dite. Elle présente pourtant l’inconvénient de réintroduire, même sous forme d’une métaphore, l’idée d’une structure linéaire allant de la création (de l’écriture) à la consommation (à la lecture).
Plutôt que cette image, nous suggérons d’utiliser le concept de «système-livre», qui présente à nos yeux l’immense avantage de refléter la complexité toujours sous-jacente dans les phénomènes liés aux médias –autrement dit, aux moyens sociaux de communication. Rappelons la théorie structuraliste: nous désignons comme «système» l’ensemble clos des acteurs et des fonctions intervenant dans le processus de communication organisé autour de l’objet livre (ce terme entendu dans le sens le plus large).
Les acteurs sont globalement connus: les auteurs et tous ceux qui interviennent au niveau du texte (éditeurs, traducteurs, adaptateurs, etc.). Secrétaires et copistes sont aussi à prendre en considération ici. En arrière-plan, ce sont  les investisseurs et les libraires, qui commandent le travail à façon dans les ateliers typograhiques, et qui déterminent non seulement la politique éditoriale de la maison, mais aussi les caractéristiques formelles de la «mise en livre».
On sait que, jusqu’à l’invention des banques modernes au XIXe siècle, la problématique du financement recoupe largement celle de la diffusion: les premiers «éditeurs» sont, souvent, des négociants-banquiers, à l’image d’un Barthélemy Buyer, qui finance la première presse lyonnaise, qui choisit les titres à imprimer et qui en assure la diffusion. En effet, les réseaux contrôlés par le négociant-banquier sont aussi les plus appropriés pour la diffusion de ces nouveaux objets manufacturés que sont les livres imprimés.
L’atelier typographique et les éléments relevant de la fabrication matérielle sont évidemment à prendre en compte: les conditions de fabrication dépendent de l’environnement général, puisqu’il faut non seulement se procurer des matières premières (parchemin, papier, caractères typographiques, etc.) dans de bonnes conditions, mais aussi disposer d’un personnel fiable et dont la présence est à peu près régulièrement assurée. Le cas échéant interviennent encore les autres professionnels actifs au niveau de la fabrication (les graveurs…) ou de la finition (les relieurs).
Poursuivons notre balayage: voici tous les acteurs de la distribution, qu’il s’agisse du libraire de fonds et de l’éditeur, du libraire de détail, mais aussi du grossiste, du commissionnaire, du colporteur, du diffuseur non spécialisé (par ex. les grands magasins), des cabinets de lecture, des clubs de livres, etc., cette typologie variant en fonction des conditions propres qui sont celles du marché du livre à chaque moment et dans chaque géographie. Nous pourrions faire intervenir à ce niveau les bibliothécaires, puisque la bibliothèque constitue à partir du bas Moyen-Âge une institution assurant la lecture en «temps partagé» alors que la poussée de la demande ne peut pas être pleinement satisfaite par les structures de production et de diffusion pré-industrielles.
Le tableau se referme sur deux groupes d’acteurs importants: d’abord, les administrateurs, dont certains regroupent le petit monde des auteurs –par exemple les censeurs en France sous l’Ancien Régime et encore en partie au XIXe siècle. Ensuite et surtout, la société des lecteurs et l’éventail de leurs pratiques, deux catégories dont la typologie est particulièrement multiple et complexe. On sait que le texte n’est pas seul donné par le livre, mais que celui-ci contient bien autre chose qui relève de la «mise en livre» et qui trace comme l’horizon possible de l'appropriation de son contenu.
Dans tous les cas, le premier caractère à retenir est celui de l’intégration du système (le feed back), d’abord en lui-même (les différents acteurs et les différentes fonctions jouent de manière cohérente les uns par rapport aux autres), mais aussi par rapport à la société globale qui l’englobe. Le second caractère concerne les processus de réaction qui interviennent aux différents niveaux. Reprenons une dernière fois l’exemple du texte: ce qui sera donné à lire n’est pas le fait du seul auteur (mais de l’éditeur, des ouvriers typographes, etc.), tandis que la représentation que chacun se fait des opérations qu’il souhaite conduire oriente le contenu de ces opérations mêmes. Le texte sera rédigé et l’ouvrage publié, non seulement en fonction d’un projet intellectuel et de conditions matérielles plus ou moins contraignantes, mais aussi en fonction de ce que les uns et les autres supposent des attentes potentielles du public.
Dans tous les cas, l’intérêt de la catégorie de système réside précisément dans le double impératif, de garantir une cohérence interne, et de prendre en compte les actions et réactions constantes et très nombreuses entre les agents à l’œuvre dans ce cadre. Une première étape de la recherche pourrait consister à tracer les grands axes d’une typologie différenciée du «système-livre» en fonction de la conjoncture (de l’économie du manuscrit aux «révolutions» successives du livre), et en fonction des différentes spécificités d’ordre géographique ou culturel qui peuvent être celles de la librairie.

Cliché. Une scène, pour nous exotique, mais qui est caractéristique d'un certain "système-livre" à Paris dans les années 1880: la lecture d'une nouveauté, par son auteur, devant l'assemblée attentive d'un salon mondain. Nous sommes pratiquement dans un théâtre privé, ce que rappelle le titre de la gravure (ill. tirée du périodique La Vie parisienne, Paris, Librairie Charpentier).

dimanche 13 février 2011

Histoire du livre: souscription pour une monographie consacrée à Cazin


 Cazin, l’éponyme galvaudé

Un volume in-8° (14 x 22, 5 cm.), d’environ 360 pages, avec 1 frontispice, 1 tableau généalogique et 65 illustrations à pleine page, tiré à 300 exemplaires, dos carré, collé et cousu.
Fruit de plus de quinze années de recherches sur le célèbre libraire et éditeur parisien, d’origine rémoise, Hubert-Martin Cazin (1724-1795), cet ouvrage, préfacé par Christian Galantaris, libraire expert honoraire près la Cour d’appel de Paris, renouvelle la biographie et la bibliographie de Cazin pour lesquelles les bibliophiles, les libraires, les bibliothécaires et les universitaires ne disposent que d’un ouvrage fautif publié il y a un siècle et demi.

TABLE DES MATIÈRES
PRÉFACE
INTRODUCTION
CHAPITRE I. Les Bio-bibliographes de Cazin
1- Avant Brissart-Binet 
2- Brissart-Binet
3-  Après Brissart Binet
CHAPITRE II. Les Cazin à Reims avant Cazin (1673-1754)
CHAPITRE III. Cazin libraire à Reims (1755-1781)
1- Les Affaires bouillonnaises
2- Correspondance neuchâteloise
3- Débuts valadiens
CHAPITRE IV. Cazin libraire à Paris (1782-1795)
1- Associé de Valade (1782-1784)
2- Libraire rue des Noyers (1784-1785)
3- Libraire rue des Maçons (1786-1792)
4- Libraire rue du Coq (1792-1793)
5- Libraire rue Pavée (1793-1795)
CHAPITRE V. Les Cazin après Cazin
CHAPITRE VI. Identification des éditions in-18 de Cazin
1- Faux Cazins  
2- Reliure
3- Format.
4- Papier
5- Architecture de la page
6- Matériel typographique
7- Gravures
8- Catalogues et journaux contemporains
CHAPITRE VII. Les Éditions authentiques de Cazin
NOTES
SOURCES
REMERCIEMENTS
INDEX
LISTE DES SOUSCRIPTEURS

Jean-Paul Fontaine
Auteur :  Le Livre des livres (Paris, Hatier, 1994), Physiopathologie et terminologie médicale (Paris, Bertrand-Lacoste, 2005), Bibliolexique à l’usage de l’amateur de livres (Paris, Éditions des Cendres, 2007).
Coauteur : Jean Berque (1896-1954) illustrateur (Reims, Le Bibliophile rémois, 1992), Dictionnaire encyclopédique du livre (Paris, Cercle de la Librairie, 2002, A-D et 2005, E-M), Répertoire bibliographique des livres imprimés en France au xviie siècle (Baden-Baden & Bouxwiller, Valentin Koerner, 2005, t. XXVII, p. 73-171), Mélanges offerts à Christian Galantaris (Paris, Librairie Anne Lamort, 2009, p. 67-80).
Articles : Art & métiers du livre, Archives et bibliothèques de Belgique, Le Livre & l’estampe, Bulletin du bibliophile, Le Magazine du bibliophile, La Nouvelle Revue des livres anciens.
Éditeur : Le Bibliophile rémois (Reims, 1985-2004), Jacob (Max). Petite astrologie (Reims, Le Bibliophile rémois, 1989), Bidet (Nicolas). Traité sur la culture des vignes (Reims, Le Bibliophile rémois, 1991).
Coéditeur : La Nouvelle Revue des livres anciens (depuis 2009).

BULLETIN  DE  SOUSCRIPTION
(jusqu’au 31 mars 2011)

Nom, prénom, adresse postale
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France et Monaco : 29 + 6,80   = 35,80 €
Europe et Suisse   : 29 + 16,05 = 45,05 €
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¤ Par chèque : libellé au nom de La Nouvelle Revue des livres anciens, 3 B, rue des16e et 22e Dragons,  51100 Reims, France
¤ Par virement à la Société Générale :
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3 B, rue des 16e et 22e Dragons, F- 51100 Reims
tél. : 03.26.47.89.21  courriel : nrlanciens@gmail.com

(Communiqué par Jean-Paul Fontaine)
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