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lundi 8 novembre 2010

La traduction et les Lumières

langues, livres, lecteurs : le français et les lumieres
Séminaire de l’équipe Histoire du livre et de la médiation
Institut d’histoire moderne et contemporaine
(UMR 8066 CNRS/ENS)
 organisé par Frédéric Barbier et Sabine Juratic
Année universitaire 2010-2011
TRADUCTIONS ET TRADUCTEURS (fin XVIIe-début XIXe siècle).

 

2010

19 novembre
 Sabine Juratic (IHMC, CNRS/ENS), Introduction du séminaire. Traduction francophone, économie du livre et circulations culturelles au XVIIIe siècle : jalons pour une enquête.
10 décembre
Isabelle Havelange (IHMC, CNRS/ENS) et Isabelle Nières-Chevrel (Université de Rennes II), Traduire en français pour la jeunesse (1750-1830).
2011
14 janvier 
Annie Cointre (Université de Metz), Les traductions littéraires au XVIIIe siècle.
11 février
Nicole Pellegrin (IHMC et Université de Poitiers), Morellet et la traduction. Une relecture des Mémoires.
11 mars
Hans-Jürgen Lüsebrink (Universität des Saarlandes), Traductions et traducteurs d'un bestseller dans l'Europe des Lumières: l'Histoire des Deux Indes de Guillaume-Thomas Raynal.
8 avril
Frédéric Barbier (IHMC, CNRS/ENS et EPHE), Autour des langues imprimées et de la traduction (titre de l’intervention à préciser).
13 mai
Patrice Bret (Centre Alexandre Koyré-CRHST et IRSEM), Traduire les sciences au XVIIIe siècle.
10 juin 
Marie-Françoise Cachin (Université Paris 7 Denis Diderot), Traduction et transpositions culturelles.

Le séminaire se tient de 14 h. à 16 h. dans la salle de réunion de l’Institut d’histoire moderne et contemporaine, à l’Ecole normale supérieure, 45 rue d’Ulm 75005 Paris, Esc. D., 3e étage. Informations complémentaires: juratic@ens.fr.

mercredi 27 octobre 2010

Histoire du livre et théorie de l’innovation (2)

La profusion de recherches techniques visant à reproduire les textes témoigne de la conjoncture favorable de la branche autour de 1450: de tous côtés en Europe, on veut se procurer des livres, et l’invention de Gutenberg, dans les années 1452-1455, est le signal d’une multiplication rapide des ateliers d’imprimerie. Trois régions accueillent bientôt un semis de presses particulièrement dense : l’Allemagne méridionale, l’Italie du Nord et les anciens Pays-Bas. Dans le même temps, l’imprimerie atteint les franges de la chrétienté occidentale : des presses «gémissent» à Grenade à peine reconquise sur les Musulmans, mais aussi en Sicile, en Pologne (Cracovie) et dans la capitale hongroise de Buda.
La Scandinavie aussi est touchée : Johann Snell, peut-être né à Einbeck (au Sud de Hanovre) et étudiant à Rostock, aurait appris l’art typographique dans cette ville. Nous le retrouvons comme imprimeur à Lübeck (1480), à Odense (1482) et à Stockholm (1483-1484), avant qu’il ne revienne à Lübeck. On imprime aussi, même si de manière très épisodique, sur la côte de Dalmatie. L’essor se poursuit au début du XVIe siècle : le moine orthodoxe Makarios vient de Dalmatie à Venise pour y apprendre l’art typographique, et on commence à imprimer à Cetinje en 1493-1495, avant que la progression des Ottomans ne pousse Makarios à se replier en Valachie (Roumanie actuelle), où une presse semble bien exister à compter de 1508.
Mais la fin du XVe siècle est marquée par un processus de rationalisation et de concentration : les villes les moins actives tendent à s’effacer de la carte au profit des centres les plus importants. Cette concentration répond à une logique économique très prégnante : de 1495 à 1500, les vingt premières villes d’imprimerie en Europe assurent plus des trois-quarts de la production imprimée mesurée en nombre de titres –et près du tiers de la production sort des ateliers de Paris (18%) et de Venise (13%).
Parallèlement, la branche de la «librairie» –entendons, les activités du livre en général– tend à être de plus en plus dominée par ce que l’on appellera la librairie de fonds –autrement dit, l’édition– plus que par l’imprimerie. Ce sont les grands «libraires» et ceux qui disposent des capitaux suffisants qui prennent le contrôle –ils font d’ailleurs le cas échéant tourner une imprimerie, sans qu’il s’agisse en rien d’un impératif. Inversement, les imprimeurs indépendants tombent parfois au rang d’entrepreneurs à façon, qui exécutent les travaux à eux commandés par les donneurs d’ordre, libraires, mais aussi grands personnages (notamment prélats commandant des livres d’Église) et capitalistes investisseurs.
Un mot, enfin, du niveau global de production, qui donne la mesure du changement: la statistique des incunables recense environ 30000 titres publiés dans la seconde moitié du XVe siècle et aujourd’hui conservés. Sans tenir compte des pertes, si l’on évalue par hypothèse le tirage moyen à 500 exemplaires, ce ne sont pas moins de quinze millions de volumes (fourchette basse) qui sont mis en circulation en Europe en demi-siècle à peine, soit une masse hors de proportion avec ce que l’on pouvait rencontrer à l’époque du manuscrit.
Certains ouvrages sont des succès extraordinaires si l’on considère la succession de leurs éditions: le Manipulus curatorum (Manuel des curés) de Guy de Montrocher est un petit guide pratique pour les ecclésiastiques, publié pour la première vers 1473. Nous en connaissons cent vingt-deux éditions –encore ne s’agit-il à nouveau que d’une fourchette basse, qui ne peut prendre en compte les éditions disparues– soit, toujours au tirage moyen de 500, plus de 60000 exemplaires diffusés à travers l’Europe en un quart de siècle à peine… Dans un tout autre genre, le Narrenschiff (la Nef des fous) du strasbourgeois Sébastien Brant, est publié pour la première fois en 1494. Vingt-six éditions successives en sortent dès avant 1501 –soit quelque 13 000 exemplaire en six ans à peine. Quel que soit l’essor connu par la production des manuscrits durant le bas Moyen Âge, nous sommes avec l’imprimerie devant une rupture absolument radicale, et dont les contemporains ont eux-mêmes très tôt été conscients.

Parmi les conséquences de ces phénomènes, nous reviendrons pour finir sur l’importance de la crise de surproduction sensible dans les années 1470-1480, et sur le rôle de l’innovation de produit: l’invention du livre imprimé. Car si l’imprimerie est inventée au début de la décennie 1450, le livre imprimé en tant qu’objet innovant ne le sera en fait qu’une génération plus tard. Comme on disait dans les romans feuilletons… après un certain temps. Et... la suite au prochain (et dernier!) billet.

Clichés: 1) Vue de Buda, dans le Liber Chronicarum (Bibl. de Valenciennes); 2) Missel de Senj (Bibliothèque nationale de Hongrie); 3) Le quartier parisien des imprimeurs et des libraires, sur le plan de Truchet et Hoyau, au début du XVIe siècle (Bibl. cantonale et universitaire de Bâle): «l’imprimerie conquiert le monde» (Henri-Jean Martin).

mercredi 2 juin 2010

La folie des livres

Des récits au fil desquels le départ devient flou entre la vie réelle – celle du lecteur, et surtout celle de l'auteur – et l’histoire imaginaire – le texte lu. Des auteurs qui se retrouvent dans leurs propres textes et des personnages qui se matérialisent dans la vie de leur créateur – un procédé repris au cinéma et dans certaines bandes dessinées. Des textes hantés par des passages qui y reviennent comme en boucle jusqu’à déconstruire la linéarité naturelle de l’écriture, donc celle du temps. Des auteurs incertains, confondus avec des pseudonymes ou avec des apocryphes et qui, selon l’image ancienne, ne sont pas toujours les créateurs de ce qu’ils sont censés avoir écrit: l’auteur n’est-il pas l’interprète d’un autre monde, l’écriture ne touche-t-elle pas parfois à l’automatisme, le récit n’échappe-t-il pas toujours plus ou moins à son créateur ? Des machines produisant à la chaîne des textes promis au succès, parce qu’elles ont été programmées pour répondre à la perfection aux attentes même inconscientes des futurs lecteurs. Des bibliothèques effrayantes, écrasantes par leur masse vertigineuse et dont tous les volumes hurleraient
« leurs millions de mots en même temps et [dont] tous les cartons en révolte vomi[raient] leurs estampes et leurs dessins la fois » (Paul Valéry). Et, pour finir, des bibliomanes monomaniaques et des lecteurs drogués, fous de leurs livres au point que certains mourront d’une confusion qu’ils n’ont pas pu maîtriser.
C’est peu de dire que, sous des pathologies infiniment variées, la folie des livres est omniprésente dans les livres (souvent de manière comique) et dans le monde des livres, et qu’elle se rencontre aussi dans la vie. Trois citations éclaireront trois temps de l’histoire de l’édition, et donneront trois exemples de semblables confusions, parmi des milliers d’autres. Elles nous donneront aussi, peut-être, une occasion de relire des textes quelque peu négligés ou oubliés.

« Monsieur Dummler déclara que jusque-là il n’avait jamais compté de chat parmi ses auteurs ; qu’il ne croyait pas qu’aucun de ses confrères eût traité avec un écrivain de cette sorte ; mais qu’il voulait bien en faire l’essai.
On mit sous presse, l’éditeur reçut les premiers placards. Mais quel fut son effroi lorsqu’il s’aperçut qu’à tout instant l’histoire [du chat] Murr s’interrompait pour faire place à des pages totalement étrangères, appartenant à un livre qui devait contenir la biographie du Maître de chapelle Johannes Kreisler.
Après de longues recherches et bien des enquêtes, il découvrit enfin ce qui suit : lorsque le chat Murr se mit à écrire ses considérations sur la vie, il arracha sans plus de façons les pages d’un livre imprimé qu’il avait trouvé chez son maître ; et il en employa innocemment les feuillets, tant comme sous-mains que comme buvards. Ces pages restèrent dans le manuscrit et… on les imprima à la suite, comme si elles eussent appartenu à l’ouvrage.
C’est avec un sentiment de mélancolique humilité que l’éditeur se voit forcé d’avouer que cet affreux entremêlement de deux sujets étrangers est dû à sa seule légèreté : il devait évidemment, avant de donner le manuscrit du chat à l’impression, l’examiner d’un bout à l’autre ».
J. T. A. Hoffmann, Le Chat Murr, trad. fr. par Albert Béguin, nelle éd., Paris, Gallimard, 1983, p. 16-17.

« Un instant, regarde le numéro de la page. Ça alors ! De la page 32, tu es revenu à la page 17 ! Ce que tu prenais pour une recherche stylistique de l’auteur est une erreur de l’imprimerie : les mêmes pages ont été reprises deux fois. L’erreur a dû se produire au brochage : un livre est fait de cahiers, chaque cahier est une grande feuille où sont imprimées seize pages, que l’on replie en huit [sic] ; quand on procède à la reliure des cahiers, il peut se faire que dans un exemplaire se glissent deux cahiers identiques ; c’est un accident qui se produit de temps en temps ».
Italo Calvino, Si par une nuit d’hiver un voyageur, trad. de l’italien par Danièle Sallenave et François Wahl, Paris, Seuil, 1981 (et coll. Points, Seuil, 1982, p. 29).

« Il s’agissait en effet de déterminer le titre et le scénario du futur best seller, grâce à une analyse rigoureuse des succès de librairie de la saison précédente. Or, [l’ordinateur] Boomerang s’avérait incapable d’intégrer en un seul prototype toutes les données fournies par l’analyse (…).
Le rapport présentait quatre projets de romans. Il y avait d’abord, pour un tirage de 700000 exemplaires, un roman sentimental en édition populaire portant le titre de Vierge et dactylo. Venait ensuite, estimé à 550000 exemplaires, un gros roman médico-sentimental (…) à publier sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs. Il s’intitulait À l’ombre des stéthoscopes en fleurs. Le roman policier « noir » était représenté par L’Arsouille vise au bas-ventre : 400000 de tirage. Enfin, le quatrième projet était un roman qualifié d’« objectivo-phénoménologique » et qui devait être constitué par une série de phrases à la deuxième personne du pluriel du présent de l’indicatif, sans points ni virgules. Son titre était À propos de bottes. Le rapport le présentait comme limité à une élite de 300000 lecteurs, mais comme particulièrement adaptable à un cinéma athématique et non-représentatif ».
Robert Escarpit, Le Littératron, nelle éd., Paris, J’ai lu, 1967, p. 134.

Cliché: l'image classique de la folie par les livres, L'Ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche (...) avec les dessins de Gustave Doré gravés par H. Pisan, Paris, Librairie Hachette, 1863, 2 vol.

lundi 17 mai 2010

"Livres de large circulation"

Libri per tutti. Generi editoriali di larga circolazione tra antico regime et età contemporanea, éd. Lodovica Braida, Mario Infelise,
Torino [Turin], Utet Libreria, 2010,
VII-359 p., ill., index (pas d'ISBN?). 


Table:
« Libri per tutti » (Mario Infelise). 
1ère partie : « Tra oralità e scrittura ».
« I libri di cavalleria » (Marina Roggero); « “Scritti da  essercitare” : diffusione e usi dei libri di magia
in età moderna » (Federico Barbierato) ; « Voci tra le carte : libri di canzoni, leggere per cantare » (Tiziana Plebani).
2e partie : « Letture religiose ».
« L’“Arsenal devoto” : libri e letture religiose nell’età moderna » (Mario Rosa) ; « “Emuliamo i perversi”. Una strategia éditoriale cattolica nell’Italia dell’Ottocento » (Roberto Rusconi) ; « La battaglia degli almanacchi. Protestanti e cattolici nell’Italia libérale » (Maria Iolanda Palazzolo).
3e partie : « Nuove strategie e nuovi lettori ».
« La lettura romanzesca e la gran norma dell’interesse » (Giovanna Rosa) ; « “Popolo leggi !” : libri illustrati di largo consumo tra Otto e Novecento » (Giorgio Bacci) ; « “Scienza per tutti” » (Paola Govoni).
4e partie : « Libri per ragazzi e per la scuola ».
« Il libro di scuola tra editoria e pedagogia dell’Ottocento » (Giorgio Chiosso) ; « Editora “piccina” ? Libri per l’infanzia tra XIX e XX secolo » (Pino Boero) ; « Editoria scolastica e mercato librario nell’Italia del Novecento » (Monica Galfré).
5e partie : « La forma della distribuzione ».
« Molti libri, quanti lettori ? Le nuove vie della distribuzione » (Gabriele Turi) ; « La “Libreria della gente” : l’editoria di Demetra » (Aldo Cecconi).
6e partie : « I “Libri per tutti” nella storiografia ».
« Volksliteratur, Trivialliteratur, Kolportageliteratur : concettualizzazioni e prospettive comparatiste nella letteratura di larga circolazione (in Germania e in Francia) » (Hans-Jürgen Lüsebrink) ; « Testi di larga circolazione in Spagna tra antico regime ed età contemporanea » (Antonio Castillo Gómez) ; « Prodotti editoriali di larga circolazione : la via francese » (Jean-Yves Mollier) ; « Gli studi italiana sui “libri per tutti“ in antico regime. Tra storia sociale, storia del libro e storia della censura » (Lodovica Braida).
Voir aussi: http://milano.unicatt.it/events_3576.html
Voir aussi le billet publié à la date du 30 août.