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samedi 22 juin 2019

Un colloque et une exposition sur les Lumières

Pensées secrètes des académiciens 
Fontenelle & ses confrères

Colloque international
27-29 juin 2019

27 et 28 juin:  Institut de France (3 rue Mazarine et Grande Salle des séances)
 29 juin: en Sorbonne (Salle Louis Liard)

Buste de Fontenelle (© Musée des Beaux-Arts de Lyon)
Ce colloque traitera des relations des milieux académiques avec la pensée libre, hétérodoxe et clandestine au 18e siècle. Parallèlement à leurs activités intellectuelles publiques dans le domaine des sciences, de l’érudition et des Belles Lettres, une partie des académiciens et de leurs amis poursuivait en effet des échanges confidentiels sur des questions philosophiques et religieuses, échanges auxquels ils ne souhaitaient, ou ne pouvaient pas donner un caractère public.
C’est sur cette vie intellectuelle double que le colloque veut attirer l’attention. Il s’agira de mettre en évidence l’existence d’un groupe discret d’hommes de grande culture au sein des Académies de la fin du règne de Louis XIV à l’avènement de Louis XVI. Ce qui les rapproche, c’est une même inspiration critique fondée sur l’esprit d’examen, le refus des préjugés et le goût de l’érudition. Le colloque est accompagné d'une exposition, mettant en valeur l'exceptionnelle collection de manuscrits philosophiques clandestins de la Bibliothèque Mazarine.

Programme détaillé ici.

Colloque international organisé par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, la Bibliothèque Mazarine, le CELLF (Centre d’étude de la langue et des littératures françaises / Sorbonne Université) et La Lettre clandestine, avec le soutien de l’Institut de France.

Entrée libre dans la limite des places disponibles: contact@bibliotheque-mazarine.fr

Exposition

De la fin du XVIIe siècle au milieu du XVIIIe, de nombreux textes reflétant un courant de pensée érudit, critique et intellectuellement subversif ont circulé sous forme de copies manuscrites. Les recherches des dernières décennies ont montré que beaucoup de ces manuscrits, philosophiques et clandestins, ont des liens avec le milieu académique (Académie française, Académie des Inscriptions et Belles Lettres, Académie des Sciences).
Ils sont presque tous anonymes, et souvent composites, mais certains ont pour auteurs, réels ou supposés, des académiciens, tels que Fontenelle (1657-1757), l’abbé Jean Terrasson (1670-1750), Jean-Baptiste de Mirabaud (1675-1760), Nicolas Fréret (1688-1749), Jean Lévesque de Burigny (1692-1785), Voltaire (1694-1778), ou leurs amis, comme Boulainvilliers (1658-1722) et Dumarsais (1676-1756).
Ces manuscrits ont circulé au sein de milieux cultivés, par exemple dans l’entourage des ducs de Penthièvre ou dans celui de la famille du Châtelet, qui partageaient une même attitude critique fondée sur l’esprit d’examen, le refus des préjugés, le goût de l’érudition. Porteurs d’idées antireligieuses, ils ont été lus aussi dans un but de controverse et d’apologétique, ce qui explique leur présence dans les principales bibliothèques ecclésiastiques de Paris (Abbaye Saint-Victor, Séminaire de Saint-Sulpice...) comme chez le capucin Fulgence, le chanoine Joseph Dinouart, l’abbé Pierre-Jacques Sépher ou le protestant François Roux.
À partir de l’exceptionnel ensemble de ces manuscrits conservé à la Bibliothèque Mazarine et de documents rares provenant de collections particulières, l’exposition donne un aperçu des caractéristiques principales de ce corpus, et des relations des milieux académiques du XVIIIe siècle avec la pensée libre et hétérodoxe qu’ils véhiculent.

 
Commissariat de l'exposition: Geneviève Artigas-Menant (Université Paris-Est Créteil, CELLF-Sorbonne Université), Patrick Latour (Bibliothèque Mazarine)


Détails sur le calendrier et les horaires d'ouverture de l'exposition

Information communiquée par la Bibliothèque Mazarine (Monsieur Yann Sordet, directeur)

 

mardi 2 avril 2019

Un colloque d'histoire du livre

Programme du colloque 

«Être éditeur en France au XIXe siècle» 
 
 
L'éditeur érudit: Oscar Berger-Levrault dans son bureau de Nancy
Ce colloque, organisé par le groupe du projet ANR DEF19 (Dictionnaire des éditeurs français du XIXe siècle), se tiendra aux Archives nationales – Site de Pierrefitte-sur-Seine les 4 et 5 avril 2019.

Jeudi 4 avril, matinée

9h30     Accueil
10h Jean-Yves Mollier (UVSQ): Introduction générale
Session 1
Se lancer et prospérer dans l’édition

Présidence : Jean-Yves Mollier, UVSQ
10h25 Véronique Sarrazin (Univ. d’Angers) – Pourquoi et comment se lancer dans l’édition quand on domine le marché de l’imprimerie-librairie à l’échelle locale ? Les Degouy à Saumur, 1797-1830
10h50 Alice de Bremond d’Ars (École nationale des Chartes) – Eugène Renduel, les débuts d’un éditeur romantique
11h15 Stéphane Roy (Carleton University, Canada) – Jules Basset, figure méconnue de l’écosystème de l’édition au XIXe siècle


Jeudi 4 avril, après-midi
Session 2
Développer des réseaux internationaux 

Présidence: Viera Rebolledo-Dhuin, UVSQ
13h45 Lucia Granja (Université de Saõ Paulo) – Baptiste-Louis Garnier, entre Rio et Paris
14h10 Ana Peñas Ruiz (Université Complutense de Madrid) – Être femme, éditrice et porter un nom français en Espagne au XIXe siècle : le cas de Catherine-Clémentine Denné-Schmitz


Session 3
Éditer à l’ère de la photographie

Présidence: Anne-Sophie Aguilar, Univ. Paris Nanterre
15h10 Marie-Eve Bouillon et Sylvie Le Goëdec (Archives nationales) – Éditeurs photographes et collaborations institutionnelles au tournant du XXe siècle: l’exemple des Archives nationales
15h35 Laureline Meizel (Université Paris Nanterre/HiCSA) – Mesurer le devenir-éditeur des photograveurs, interroger le devenir-image de l'édition  le cas des frères Berthaud (1867- 1908)
Table ronde. Deux projets de dictionnaires des éditeurs Discutant: Jean-Dominique Mellot, BnF
16h20 Pura Fernández (Centro de Ciencias Humanas y sociales, Madrid) et Viera Rebolledo- Dhuin (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines) – Dialogue entre DEF19 et Editores y Editoriales Iberoamericanos (ss. XIX-XXI)


Vendredi 5 avril, matinée
Session 4
Éditer la musique: enjeux et archives

Présidence: Patricia Sorel, Univ. Paris Nanterre
9h30 Jean-François Botrel (Université Rennes-2) – Trois éditeurs de musique parisiens et un chansonnier breton autour de 1900
9h55 Marie-Ange Multrier-Fortin (éditions Musicales Fortin-Armiane) – Présentation des archives des Éditions musicales Fortin


Session 5 

Éditer pour des marchés spécifiques 
Présidence : Marie-Claire Boscq, UVSQ
10h55 Sophie Defrance (British Library) – Quelques acteurs de l'édition pour l'éducation secondaire des jeunes filles et leurs réseaux
11h20 Constance de Courrèges d’Agnos (Service historique de la Défense) – L’édition militaire au travers de deux portraits : les maisons Corréard (Paris) et Verronnais (Metz)
11h45 Flavien Bertran de Balanda (Sorbonne-Universités/CRH19) – Émile Babeuf (1785- 1842), un Nain tricolore à l’assaut de la légitimité


Contact : jean-charles.geslot@uvsq.fr

lundi 23 juillet 2018

Mélancolie de l'homme médiatisé

La Renaissance constitue une période très généralement connotée positivement: des changements majeurs introduisent aux temps modernes, qu’il s’agisse de géographie (les grandes découvertes), de technique (avec notamment l’invention de la typographie en caractères mobiles) ou d’esthétique (en peinture, sculpture, architecture, etc.). La «Lettre de Gargantua à Pantagruel» est regardée comme le texte emblématique, qui rend compte d’une analyse construite par les contemporains eux-mêmes et soulignant l’importance de la multiplication des livres dans la rupture avec «l’infélicité et calamité des Goths»:
Le tems n’estoit tant idoine ne commode es lettres comme est de présent. [Il] estoit encore ténébreux et sentant l’infélicité et calamité des Gothz, (…). Maintenant, toutes disciplines sont restituées, les langues instaurées (…); les impressions tant élégantes et correctes en usance (…) ont esté inventées de mon eage par inspiration divine (…). Tout le monde est plein de gens savans, de précepteurs très doctes, de librairies très amples…
Pourtant, l’effet d’optique joue aussi, et cette période que nous imaginons placée sous le sceau de l’inventivité et de l’optimisme, est aussi soumise à des événements tragiques et à des crises particulièrement profondes. Il n’est que de citer les épidémies (la Grande Peste), les guerres interminables, les crises sociales parfois gravissimes, sans oublier la crise religieuse elle-même, ni, surtout à partir du milieu du XVe siècle, la chute de Constantinople et la progression apparemment irrésistible des Ottomans...
Le monde semble irrémédiablement déséquilibré, entre la contestation des deux pouvoirs suprêmes traditionnels (le pape et l’empereur), la concurrence entre les principautés ou les États, les menaces extérieure et les tensions de toutes sortes qui se font partout sentir. C’est toute une société nouvelle et un nouveau mode de vie qui doivent alors être inventés, ce qui ne se fera qu’avec du temps, et à travers nombre de difficultés.
S’agissant toujours de la Renaissance, on a beaucoup parlé, et sur ce blog même, de la montée en puissance de la piété individuelle (la devotio moderna), du souci omniprésent du salut et de la croyance selon laquelle la fin du monde, l’Apocalypse, est prochaine. Confrontés à des changements majeurs et souvent inquiétants (y compris sur le plan économique, voire macro-économique), les uns et les autres cherchent refuge en se tournant vers d’autres perspectives, celles de la foi, mais aussi parfois de la tristesse ou de la mélancolie. La poésie française donne ainsi quantité d’exemples d’un phénomène général, depuis Charles d’Orléans jusqu’à Ronsard et à du Bellay:
Le monde est ennuyé de moy / Et moy pareillement de lui (Charles d’Orléans, Rondeaux, 187).
Pour les uns, le repli sur soi-même constitue en effet une première forme de réponse au sentiment d’absence et de vide. D’autres, que l’on désignera comme les moralistes (mais aussi, par exemple, les prédicateurs), s’élèvent contre ce qu’ils regardent comme une marque de faiblesse et d’égoïsme, voire comme un péché, parce que celui qui s’abandonne à la mélancolie se détourne de la figure de Dieu en s’abîmant dans son désespoir isolé. D’autres encore se laissent aller, et se livrent aux plaisirs immédiats propres à leur condition terrestre –ce sont les fous, mis en scène par Sébastien Brant, ceux qui amassent sans fin les richesses, qui se goinfrent et qui s’enivrent, qui tombent dans une coquetterie ridicule et, plus généralement, qui courent derrière un bien illusoire. Ne croyons pas, d’ailleurs, que cette typologie beaucoup trop sommaire soit exclusive: le même individu passera d’un état à l’autre, comme le fera Luther.
Après plusieurs autres, Jean Delumeau nous a expliqué que «la mélancolie aussi a une histoire», et que cette histoire connaît un moment particulier d’apogée à l’époque de la Renaissance: l’ennui et le spleen ne sont pas une invention du romantisme (de Goethe à Emma Bovary...) quand, au tournant des années 1500, la mélancolie est déjà à l’ordre du jour, que mettent en scène les plus grands artistes du temps –Dürer (1514), mais aussi Lukas Cranach, pour ne citer que deux figures majeures. Dans le même temps, elle est considérée comme une maladie (la maladie de la bile noire), qui doit être combattue par une activité redoublée, par le travail, par le sport et par le jeu, par les plaisirs de la table et de l’amour…
La mélancolie et sa guérison seront ainsi mises en scène par Mathias Gerung (1500-1570) dans son tableau «La mélancolie au jardin de la vie», datée de 1558 (Staatliche Kunsthalle Karlsruhe): le personnage principal, au centre du tableau, représente une figure féminine ailée, la tête appuyée sur la main gauche (la pose classique de la mélancolie). Partout à son entour, les hommes s’affairent, dans de multiples scènes de la vie quotidienne, avec un grand nombre de jeux (les boules, le tournoi, le tir à l’arc, la danse, etc.), mais aussi les saltimbanques, le banquet ou encore la maison de plaisirs, le repas en musique et en galante compagnie, et les rendez-vous amoureux. En arrière-plan, quelques scènes de travail, avec les moissonneurs et les laboureurs puis, plus loin, le troupeau de moutons, pour finir avec l’extraction minière (plusieurs de ces petites scènes sont clairement inspirées d’œuvres antérieures). 
"Melancolia 1558" (© SKH Karlsruhe)
Dernier problème, mais non des moindres, qui doit être envisagé: si la folie est le lot de l’humanité dans son ensemble (chacun, à l’occasion, se livrera inconsidérément au plaisir gratuit, voire au mal), la mélancolie ne peut directement concerner qu’une minorité –d’une certaine manière, elle est un sentiment aristocratique. Comme nous l’avons vu, les premiers témoignages en sont apportés par un prince du sang, et, s’agissant toujours du royaume de France, nous restons globalement dans le monde des privilégiés. Dans le monde germanique aussi, le tableau de Gerung  aussi se donner à comprendre comme une illustration des activités «courtoises», alors que l’homme du commun, surtout en milieu rural, est bien trop accaparé par le souci immédiat du quotidien pour se laisser aller à des considérations aussi gratuites…: il ne saurait avoir le recul nécessaire pour se regarder lui-même vivre. 
Caractéristique de la petite société de ceux qui participent à la civilisation de l’écrit, qui lisent, qui écrivent... et qui ont du temps, la mélancolie apparaît ainsi comme un sentiment de dépression fondamentalement lié à la médiatisation (à la «contemplation du miroir» et de l'image), et à la nouvelle conjoncture des médias entre le XIVe siècle (la «révolution scribale» de Pierre Chaunu) et le XVIe. 

Le colloque qui se tiendra à l’initiative de nos collègue Renaud Adam et Chiara Lastraioli les 20 et 21 septembre prochain à Tours, sur le thème de «Lost in Renaissance» (détails ici), abordera certains aspects de ces tensions très sensibles au tournant de l’époque moderne: il s’agira de la «face sombre» de l’innovation et de la difficulté à la surmonter. La Renaissance est bien évidemment marquée par des découvertes majeures, mais aussi par des processus très profonds de reconfiguration, impliquant l'inquiétude, l’abandon et l’oubli.

dimanche 25 juin 2017

Un libraire érudit

Voici un petit ouvrage susceptible d’intéresser l’historien du livre:
Crapelet, Georges Adrien,
Études pratiques et littéraires sur la typographie, par G.-A. Crapelet, imprimeur. Tome premier,
À Paris, de l’imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard n° 9, MDCCCXXXVII (À Paris, à la librairie de P. Dufart, quai Malaquais n° 7, 1837),
[4-]VIII-407-[1] p., 8°.

Les Crapelet sont une famille originaire du village de Levécourt, situé entre Neuchâteau et Langres, où Antoine Crapelet est aubergiste. Son fils, Charles Crapelet, naît en 1762, et est envoyé par lui à 12 ans pour faire son apprentissage d’imprimeur à Paris: il entre d’abord chez Ballard, alors établi rue des Noyers, avant d’exercer à compter de 1780 comme «prote et correcteur» chez Jean Georges Antoine Stoupe, successeur de Le Breton, rue de la Harpe.
Il s’établit enfin à son compte en 1793, rue Saint-Jean de Beauvais, puis rue de la Harpe (1795). G.-A. Crapelet expliquera:
Lorsque mon père eut transporté son établissement dans le local occupé par Chardon, il lui fallut acheter en même tems les restes séculaires de son mobilier typographique, qui n’auroit pu être déplacé sans tomber en poussière. Il ne conserva que quelques corps de casseaux, avec marbres, et deux presses à boîte et à nerfs, premier modèle des presses, qui remontoit à l’invention de l’imprimerie : elles avoient bien cent cinquante ans d’existence, et firent encore pendant plus de quinze ans un bon service pour les épreuves, qu’un nouveau déménagement seul fit cesser (p. 179).
Charles Crapelet décède en 1809, et son fils, Georges-Adrien, né à Paris en 1789, lui succède. Il s’installera rue de Vaugirard à partir de 1811. Outre la conduite des affaires de l’imprimerie, Georges-Adrien Crapelet se consacre à l’écriture et à l’histoire littéraire, selon le modèle du libraire érudit. Initiateur de la «Collection des anciens monumens de l’histoire et de la langue françoise» en 1826, il est fait chevalier de la Légion d’honneur en 1828. Élu membre résident de la Société des Antiquaires de France en 1829 (il est présenté par Gabriel Peignot), il présidera cette société en 1834. Également l’un des fondateurs de la Société de l’histoire de France (1833), il en devient l’imprimeur attitré. Il donne ces Études pratiques et littéraires en 1837, mais ne pourra pas conduire son projet à son terme (seul le premier volume est paru).
Crapelet, dont la réussite s’était faite d’abord en tant que prote, revient longuement sur cette fonction au fil de ses pages, avec des chapitres comme «Des correcteurs»; «De la correction»; «De la correction des livres imprimés sur manuscrit ou sur copie imprimée d’auteurs vivans»; «De la correction des livres imprimés sur copie imprimée d’auteurs morts». Il revient aussi, p. 31 et suiv., sur les conditions dans lesquelles la Réforme a d’abord été diffusée en France:
Le bûcher fut toujours la dernière raison de la Sorbonne. Cela n’empécha pas les écrits du luthéranisme de se répandre par tout le royaume, et l’esprit de la réforme de s’intoduire même dans les écoles. La Sorbonne ne se lassoit pas de censurer, ni les luthériens d’écrire, ni le parlement de poursuivre les auteurs et distributeurs d’une multitude de mauvais livres…
Au fil du texte, parti à la recherche de toutes les curiosités relevant de l’histoire bibliographique et littéraire, Crapelet indique qu’il a visité Mayence au cours de l’été 1836 (p. II, note). Quelque années plus tard (1841), il cèdera son entreprise à son fils et à son gendre, Charles Auguste Lahure. Chargé par Villemain d’une mission en Italie, il meurt à Nice en 1842.
La page de titre de notre édition porte la charmante marque typographique « aux pensées », avec le phylactère portant la devise: «Elles ne peuvent plus mourir». 

Nathalie Clot, «Georges-Adrien Crapelet et la Collection des anciens monumens de l’histoire et de la langue françoise (1826-1835)», dans Mémoire des chevaliers. Édition, diffusion et réception des romans de chevalerie du XVIIe au XXe siècle, dir. Isabelle Diu, Élisabeth Parinet, Françoise Vieillard, Paris, École nationale des chartes, 2007, p. 105-118. L’auteur signale que la correspondance entre Crapelet et Gabriel Peignot à partir de 1821 est conservée à la BnF, ms. n. a. f. 11197.

dimanche 9 août 2015

Nouvelle publication: Pierre Benoit

Pierre Benoit, maître du roman d’aventures,
publié sous la direction d’Anne Struwe-Debeaux, préface de Gérard de Cortanze,
Paris, Hermann, 2015,
312 p., ill.
ISBN 978 2 7056 9081 6

Sommaire
Gérard de Cortanze, Préface
Anne Struve-Debeaux, Avant-propos
Frédéric Barbier, Pierre Benoit et l’histoire du livre
Luc Rasson, Modernité de Pierre Benoit?

L’aventure réinventée
Hossein Tengour, La prose de Pierre Benoit: entre roman d’aventure et récit poétique
Paul Kawczak, La mort de l’aventurier
Edith Perry, Mademoiselle de La Ferté: une poétique de l’ambiguïté 

L’autre, l’ailleurs
Jean Arrouye, Erromango, un bilan négatif de la colonisation
Hélène Tatsopoulou, Saint-Jean d’Acre de Pierre Benoit, à la croisée des cultures et des passions 

Aux sources de l’œuvre
Chantal Foucrier, L’Atlantide ou l’art d’accommoder les restes
Thierry Ozwald, Pierre Benoit, un disciple de Mérimée
Anne Struve-Debeaux, Réalité contemporaine et création littéraire dans Notre-Dame de Tortose
Stéphane Maltere, Ce que nous apprend un manuscrit de Pierre Benoit: le cas de La Sainte Vehme (1958)

La part de l’érudition
Catherine Helbert, La réception de Pierre Benoit par La NRF et Benjamin Crémieux. De l’éreintement… à la louange?
Jean-François Croz, Pierre Benoit et le monde savant: entre séduction et dérision

Adaptations cinématographiques
Erik Pesenti-Rossi, Antinéa au cinéma: mythe, pastiche, «normalité»
Peter Schulman, Le Lichtspiel saharien de Pabst: L’Atlantide sur le divan du désir

Regards d’écrivains
Henri Lhéritier, Une verticale de Pierre Benoit
Stéphane Héaume, Pour Pierre Benoit

vendredi 30 janvier 2015

Les archives des bibliothèques

Les archives des bibliothèques sont une source négligée, mais dont les richesses sont réellement très grandes. À la Bibliothèque de l’Université de Bâle, dont le détail des catalogues d’archives est en grande partie disponible en ligne, le fonds de la correspondance reçue est tout particulièrement intéressant, avec, entre autres, des lettres de libraires éditeurs attentifs à identifier les titres susceptibles d’être d’entrer dans leur catalogue (comme E. Augé à Rouen en 1880). Mais voici encore des lettres de personnalités du monde savant comme Karl Batsch (Heidelberg, 1879) ou encore Samuel Berger (Paris, 1879). Baudrier prépare son voyage de Lyon à Bâle, et il écrit au conservateur, Sieber, le 29 mai 1879:
Monsieur,
Mon compatriote et confrère en bibliophilie, M. Renard, a bien voulu vous demander si je ne vous serai [sic] pas importun en allant, vers le milieu de juin, étudier sous votre direction les précieux incunables de la Bibliothèque dont la surveillance vous est confiée. Vous avez eu l’obligeance de lui promettre pour moi le plus cordial accueil. Je ne veux pas attendre de l’avoir mis à l’épreuve pour vous en remercier. Il y avait au XVe siècle et au commencement du XVIe, entre nos deux villes, des relations bien plus intimes qu’elles ne le sont de nos jours. Je tiens pour certain que l’imprimerie nous est parvenue par l’intermédiaire de Bâle, et je tiens à examiner les monuments qui vous restent de ses débuts chez vous, pour les comparer avec les nôtres. Tel est le but principal du voyage dont, grâce à votre concours, j’espère revenir chargé de notes et de souvenirs précieux.
Je ne peux pas déterminer exactement l’époque de mon départ, étant obligé de faire coïncider mon absence avec les exigences de mes fonctions [Baudrier est président de la cour d'appel]. Je ne pense pas cependant me tromper de beaucoup en vous disant que j’aurai vraisemblablement le plaisir de vous voir dans quinze jours ou trois semaines.
Veuillez en attendant, Monsieur le Conservateur, agréer avec mes remerciements la bien vive expression de mes meilleurs sentiments (Archiv UB Basel, A-I 13a).
D’autres lettres suivront, en 1880, dans lesquelles Baudrier remercie le conservateur de son accueil… et lui demande de nouvelles précisions. Dans une lettre du 9 mars 1880, il le remercie de lui avoir déposé, lors de son passage à Lyon, un
délicieux plan de Bâle » : …Merci du Plan de Bâle. Il est parfait, et l’épreuve que vous me donnez est excellente. Je vois les cellules des anciens chartreux de la vallée de Sainte-Marguerite, et avec un peu d’imagination je pourrai me figurer que je distingue celle de Jean de la Pierre
Lettre du président Baudrier, 1879 (Univ. Bibl. Basel, Archiv)
Nos réseaux savants, qui recoupent des réseaux commerciaux (les livres aussi circulent) rassemblent des savants, mais aussi des bibliothécaires, des personnalités des différentes institutions universitaires ou autres (académies, sociétés savantes, etc.) et des libraires: à Francforts-s/Main, la grande librairie Baerntravaille notamment pour la Bibliothèque de Bâle, tandis qu’à Nancy Oscar Berger-Levrault poursuit sa collecte des éditions de thèses strasbourgeoises, et propose des échanges, et des services.
En somme, dans les bibliothèques, on trouve des livres, certes, et «bien d’autres choses», comme on me l’a un jour finement fait remarquer. Mais on trouve aussi ce que l’on y cherche trop peu, des archives, qu’il conviendrait d’abord de préserver en les conservant dans de bonnes conditions, en les classant, et en les cataloguant, avant de pouvoir les étudier. Nul doute que leurs apports seraient considérables s’agissant des pratiques du travail intellectuel, mais aussi de l’organisation et du fonctionnement des champs littéraire et scientifique parfois depuis le XVIIIe siècle –sans parler de l'archivistique elle-même, et des développements de la rationalité bureaucratique dans l'institution bibliothécaire.
Autant de fonds richissimes qui attendent d’être repérés, et exploités. 

Bibliogr.: Henri Baudrier, Une Visite à la Bibliothèque de l'Université de Bâle, par un bibliophile lyonnais, Lyon, À la Librairie ancienne d'Aug. Brun, 1880.

mardi 13 janvier 2015

Un colloque sur Don Quichotte

 
Portrait de l'auteur, dans l'éd. de Madrid, 1780
La problématique de l’histoire du livre est toujours par essence une problématique transversale, articulant histoire proprement dite, histoire littéraire, mais aussi histoire de l’art, etc. La question de la «littérature» est bien évidemment en son centre, à travers notamment le cas des figures et des œuvres fondatrices que peuvent représenter certains auteurs et certains textes: nous pensons aux «classiques» de la littérature française (la dernière livraison de Histoire et civilisation du livre propose un important article de notre collègue Alain Riffaud sur Molière et son «libraire éditeur»), mais nous pensons bien évidemment aussi à des figures fondatrices comme celles de Shakespeare, de Goethe –et de Cervantès.

Le texte du Don Quichotte intéresse de longue date tous les historiens du livre –et ce blog l’a d’ailleurs déjà évoqué: il s’agira aussi bien de la problématique de l’écriture et de la publication, que de celle de l’identité (Qu’est ce qu’une littérature nationale?), de la définition des auteurs et des textes «majeurs», de la représentation et de la lecture elle-même (à laquelle ce blog a déjà consacré un billet rapide). Nous annonçons avec le plus grand plaisir la prochaine journée d’étude organisée par l’université de Paris III, et accueillie, d’abord, par la Bibliothèque Mazarine, puis par le Collège d’Espagne (qui possède lui aussi une très intéressante bibliothèque, encore trop méconnue).
Pour télécharger le programme, cliquer ici (Attention: ces liens sont inclus dans des dossiers d'«actualités», et ne resteront disponibles que pour un délai très limité).
La première journée du colloque sera en outre l’occasion de présenter au public un ensemble de pièces relatives au Don Quichotte, et conservées dans les collections de la Bibliothèque Mazarine (voir le programme).

Quelques références d'histoire du livre, à la marge du sujet:
Qu'est-ce qu'une littérature nationale? Approches pour une théorie interculturelle du champ littéraire, dir. Michel Espagne, Michael Werner, Paris, Édition de la MSH, 1994 («Philologiques», III).
Jaroslava Kasparová, «La littérature espagnole du XVIe siècle et ses lecteurs tchèques des XVIe et XVIIe siècles», dans Revue française d'histoire du livre, 112-113, 2001, p. 73-105.
Jean-François Botrel, «La Biblioteca de Autores Españoles (1846-1878), ou la difficile construction d'un panthéon des lettres espagnoles», dans Histoire et civilisation du livre, t. IV, 2008 («Les langues imprimées» dir. F. Barbier), p. 201-221.
Sur l'iconographie de Cervantès:
http://cervantes.tamu.edu/V2/CPI/iconography//pres.html

jeudi 10 octobre 2013

Le jansénisme et l'histoire du livre

On excusera ce petit mot d’égo-histoire, pour introduire une note relative à une exposition récemment inaugurée à Paris: un choix en apparence d'autant plus paradoxal que le jansénisme a, certes, beaucoup à faire avec l'histoire du livre.
C’est pourtant en classe de seconde, dans un de ces grands lycées parisiens qui sont en eux-mêmes de véritables monuments historiques (en l’occurrence, à Charlemagne, au cœur du quartier du Marais), que nous avons eu l’occasion de découvrir Pascal, ses Provinciales… et le jansénisme. On imagine mal, quarante ans plus tard, comment il serait  aujourd'hui possible d’intéresser directement des jeunes gens d’une quinzaine d’années à des problématiques aussi particulières: moins celles de la Contre-Réforme, de la construction de l’absolutisme monarchique ou de la pédagogie jésuite, que la question centrale, celle de la grâce.
Pourtant, le fait est là: d’abord fascinés par la langue magnifique de Pascal et par la rhétorique des Provinciales, nous étions aussi touchés par la discussion sur la grâce, parce qu’elle nous interpellait sur les problèmes éternels, de la nature de l’homme, de son rapport à la divinité et de la manière pour chacun de conduire sa propre vie. C’était là, on le comprend, un idéal de curiosité qui permettait bientôt de s’embarquer pour la grande traversée des Pensées, dans laquelle nous nous lancions.
On a beaucoup dit, en partie à juste titre, que le manuel de français alors utilisé le plus couramment, celui de la collection «Lagarde et Michard» (sous titré «Les grands auteurs français du programme»), était médiocre. Il est certain qu’à un niveau d’études plus élevé, c’était un manuel insuffisant, fondé sur une succession d’extraits parfois très courts, et qui privilégiait précisément la théorie des «grands auteurs». Un petit coup d’œil dans le troisième volume («Le XVIIe siècle»), aujourd’hui toujours disponible dans notre bibliothèque, incite pourtant à plus d’indulgence.
L’ouvrage, sous sa couverture entoilée (et solide!) est resté familier, avec ses cahiers d’illustrations en couleurs que nous mémorisions à force de les avoir sous les yeux: le buste du Grand Condé par Coysevox et le portrait hollandais de Descartes, la Galerie du palais et ses libraires (déjà!), parfois aussi des images spectaculaires, mais hors de leur chronologie –le Serment des Horaces de David convoqué pour accompagner Corneille. Parmi ces images, deux étaient pour nous particulièrement frappantes: le portrait de Pascal, homme jeune, mais déjà un petit peu chauve et dont le teint jauni signifiait à nos yeux la maladie et la mort prochaine, et la reproduction du Mémorial, témoignage direct de la nuit d’extase où Pascal reçut une certitude que la plupart cherchent toujours. Se faire offrir, probablement pour Noël, le Pascal de «La Pléiade» a constitué l’étape suivante de cette découverte.
En somme, cette année scolaire 1966-1967 est aujourd'hui devenue une autre époque, celle où les enseignants fumaient en classe –notamment pendant les cours de lettres: français, latin, grec–, mais où il y avait des programmes assez cohérents pour être intelligibles et pour toucher les élèves. Grâce à eux, nous savions que Pascal était toujours notre contemporain, qui avait directement quelque chose à nous dire sur sa recherche la plus intime, et sur ces questions essentielles que nous nous posions nous aussi.
Par une claire après-midi d'hiver, le vallon de Port-Royal
Nous devions retrouver le jansénisme quelques années plus tard, mais dans le contexte complètement différent des études d’histoire, en classe de préparation, et dans le cadre d’une forme d’objectivité scientifique qui, en réalité, nous touchait moins que la découverte immédiate de textes aussi riches. Le jansénisme était devenu un phénomène à démonter, chose difficile dès lors qu'elle supposait une connaissance certaine en matière de théologie (une matière quelque peu négligée dans l’enseignement secondaire…). Elle supposait aussi une certaine familiarité à l’égard de l’environnement social et des rapports de forces à l’œuvre dans un monde, celui des XVIIe et XVIIIe siècles, pour nous à peu près étranger. La croyance au genius loci soutenait pourtant toujours l'empathie, et une visite à Port-Royal marquait une précieuse expérience. Bien plus récemment, nous avons d’ailleurs retrouvé le jansénisme, la politique –et l’histoire du livre– à l’occasion de la séance foraine d’Auxerre (juin 2013).
Il est surprenant que, dans un pays dans l’histoire duquel le jansénisme a tenu une telle place, son souvenir soit aujourd’hui relégué au rang de curiosité plus ou moins secondaire et inintelligible, qui en tous les cas n’a rien de réel à nous dire. On doit d’autant plus se féliciter de l’exposition que lui  consacre la Bibliothèque Mazarine, et qui se concentre sur les événements –et les publications– qui ont suivi la bulle Unigenitus de 1713. On y découvrira une soixantaine de pièces, de l’Augustinus (mais dans une édition rouennaise de 1643, trois ans après l’originale de Louvain) à la bulle de 1713, à l’affaire des convulsionnaires, sans oublier les célèbres et rarissimes Sarcellades, ou Harangues des habitans du village de Sarcelles
Ce billet aura sans doute pris une forme trop personnelle. On y verra une forme de piété et de reconnaissance, et surtout on se consolera en allant découvrir l’exposition présentée pour plusieurs semaines encore dans la salle historique de la Mazarine.

Communiqué- Le 3 octobre 1713 était officiellement présenté à Louis XIV un document qui allait déclencher en France une crise de vaste ampleur (…) La diffusion et la réception de la bulle Unigenitus s’accompagnèrent d’une production éditoriale massive et diversifiée. Textes officiels, défenses et contestations, disputes théologiques, pamphlets et libelles, gravures satiriques, récits de scandales… la production imprimée du temps, soigneusement collectée par certains de ses contemporains, témoigne aujourd’hui de l’ampleur de cette affaire. Elle constitue en cela un moment singulier de l’histoire de l’opinion et des médias en France.

Exposition organisée par la Bibliothèque Mazarine, en collaboration avec la Bibliothèque de la Société de Port-Royal. Commissaire: Stéphanie Rambaud
4 octobre – 20 décembre 2013, du lundi au vendredi, de 10h à 18h.
Entrée libre et gratuite
Bibliothèque Mazarine, 23 quai de Conti, 75006 Paris. Tel. : 01 44 41 44 66

lundi 25 juin 2012

L'Année Rousseau

Éditer Rousseau. Enjeux d’un corpus (1750-2012),
Lyon, ENS Éditions, Institut d’histoire du livre, 2012,
327 p., ill. ISBN 978 2 84788 343 5

Il y a bien longtemps que Wallace Kirsop initiait les chercheurs français aux plaisirs de la bibliographie matérielle, pour reprendre la traduction consacrée de la formule anglo-saxonne de physical bibliography. Mais, tel Jean le Baptiste, Wallace Kirsop a longtemps été une voix prêchant dans le désert, vox clamantis in deserto.
Cette constatation n’est plus d’actualité: les travaux sur nombre de titres (du Narrenschiff au Voyage pittoresque de la Grèce) montrent tout l’intérêt qu’il y a, pour celui qui étudie un certain texte, à examiner le plus grand nombre non seulement d’éditions possible où ledit texte est représenté, mais aussi d’exemplaires correspondant à ces éditions.
Le récent ouvrage de Philip Stewart répond à cet ordre du jour, en profitant de l’actualité (ne sommes-nous pas dans l’«Année Rousseau»?). Ce travail sur un auteur évidemment emblématique pose avant tout la question de savoir ce que sont des Œuvres complètes», et, en arrière-plan, celle relative au statut de l’auteur et au statut du texte (original, plus ou moins « falsifié », etc.). Les Œuvres de Rousseau sont longtemps l’une des affaires que l’on imagine les plus profitables pour la librairie, mais elles prennent une charge politique plus accentuée après la Révolution de 1789.

Sommaire
Introduction
Première partie. Rousseau, l’homme de ses livres. Vitam impendere libro?
1) La construction d’une œuvre (1739-1764). 2) Vers une édition «générale» (1764-1778). 3) La Collection complète de Genève (1778-1789). 4) La consécration révolutionnaire (1788-1801).
Deuxième partie. Une œuvre en héritage: faire plus, faire mieux.
1) Le siècle de Musset-Pathay (1817-1900). 2) Le métier d’éditeur. 3) De lettres en correspondances (1900-1995). 4) Jalons pour une relance (1920-1960). 5) Enfin la Pléiade (1959-1995).
Conclusion
Annexe ; bibliographie, index nominum.
Liste des illustrations ; liste des tableaux.

Bibliogr.: Carla Hesse, «Un livre fugitif» [le Contrat social], dans Histoire et civilisation du livre, 2011, VII, p. 355-367.