mercredi 12 juin 2019

À propos d'un livre...

Le dossier du Précis des procès-verbaux des administrations provinciales depuis 1779 jusqu’en 1788 est révélateur du fonctionnement de la «Librairie» dans le royaume de France à l’extrême-fin de l’Ancien Régime et au tout début de la Révolution:
Précis des procès-verbaux des administrations provinciales depuis 1779 jusqu’en 1788. Ouvrage contenant le résumé des objets traités dans les différens bureaux, tels que l'agriculture, les manufactures, le commerce, les milices, les haras, les pépinières, les chemins et canaux, la mendicité, les ateliers de charité, &c. Premier [Second] volume,
À Strasbourg, chez Levrault, imprimeur de l’Assemblée provinciale,
avec approbation et permission, M. DCC. LXXXVIII [1788],
2 vol., [4-]XXXI p., [1] p. bl.], 299 p., [1] p. bl.] + [2] p. bl., [2-]310 p., 8°.
Le projet poursuivi par le libraire-imprimeur, en l’occurrence Levrault, est celui de soutenir les réformes. Les procès-verbaux des Assemblées provinciales ont été publiés, en une série de 24 volumes in-4°, mais la diffusion d’un ensemble aussi important ne peut être que limitée:
Telle intéressante que soit la collection des procès-verbaux des assemblées provinciales, peu de personnes ont pu réunir 24 volumes in-4° imprimés dans plusieurs provinces; d’ailleurs, chaque assemblée ayant été obligée, pour l’instruction de tous ses membres qui composent les différentes subdivisions, de faire imprimer les édits, déclarations, règlements généraux & particuliers, les mêmes objets se trouvent nécessairement répétés dans chaque volume (t. I, «Préface»).
L'idée sera donc de donner une sorte de compendium des travaux et des propositions, sous la forme d’un Précis en deux volumes (le prix est probablement de 6 ll.). Le contenu sera présenté par «provinces», selon une disposition qui suit plus ou moins la géographie, de l’Alsace à l’Île-de-France, puis vers l’ouest, et enfin vers le sud. Le choix des extraits vise à proposer un tableau d’ensemble des principaux sujets abordés, tandis que la «Table des matières» insérée in fine permet de localiser les passages intéressant chacun d’eux. On le voit, il est bien certain que la préparation de l’édition a représenté un travail de rédaction très réel, et auquel on peut imaginer que le fils aîné du libraire-imprimeur a à nouveau directement participé.
De fait, François Levraut l’Aîné (1762-1821) est une figure-clef du milieu des réformateurs strasbourgeois. Cet ancien élève du Collège royal, puis de l’université, est licencié en droit en 1782, et sera trois ans plus tard secrétaire de l’intendant Antoine de Chaumont de la Galaizière. Très proche de Frédéric de Dietrich, il est président de la Société des Amis de la Constitution et procureur-syndic de la commune de Strasbourg (1790), puis député suppléant à l’Assemblée nationale (1791). Destitué en août 1792, il se réfugiera un temps à Bâle.
Le titre de notre ouvrage ne correspond pas exactement au contenu, puisqu’il s’agit bien des Procès verbaux des États Généraux, pour lesquels une permission tacite est accordée le 14 juillet 1788 (BnF, mss, fr. 21867, f° 106r°). L’arrêt du Conseil pris le lendemain annonce aussitôtla convocation prochaine des États Généraux, et invite chacun à communiquer les informations et remarques qu’il souhaite: le moment semble particulièrement propice pour une opération éditoriale d'envergure.
Deux lettres inédites de Jean-François Née de La Rochelle nous éclairent plus précisément sur la politique du libraire éditeur. La première est en date du 5 août 1788, et montre que les Strasbourgeois se sont tournés vers leur confrère parisien pour la diffusion de leur nouveau titre. Mais Née s’inquiète:
Je croyois que l’impression de l’ouvrage que vous me proposés avoit été suspendue ou arrêtée sur des représentations que j’ai su avoir été faites à Mgr le Garde des sceaux [Lamoignon de Basville]. Je ne présume cependant pas que vous ayez pris sur vous d’imprimer sans permission le Précis des procès-verbaux des assemblées provinciales, mais dans le cas où vous n’auriez aucune permission, avant de risquer un ballot adressez m’en un seul exemplaire par quelqu’ami: je ferai demander une permission simple ou tacite pour cet ouvrage en le présentant. Si vous êtes en règle, vous pouvez m’adresser 150 ex. de cet ouvrage, nom compris 8 ex. pour la Chambre syndicale et 5 ex. pour les journaux, lesquels 13 ex. tombent à la charge de celui qui imprime ou de l’auteur, ainsi que cela se pratique.
Je vous prie de n’en envoyer à aucun de mes confrères à Paris, et si vous pouvez mettre mon nom sur le frontispice, j’en serai fort aise. Il convient d’envoyer 75 ex. brochés, & le reste en feuilles.
C’est toute la stratégie de la distribution qui nous est ainsi détaillée: envoi à Paris de 150 exemplaires dont la moitié brochés et les autres en feuilles, outre les exemplaires destinés à la publicité (pour les «journaux») et ceux de la Chambre syndicale –sans oublier l’exclusivité du distributeur, et la possibilité de voir son nom apparaître sur la page de titre. Une lettre postérieure de trois semaines nous fait implicitement comprendre que les problèmes restent pourtant bien réels, et que l’ouvrage n’est effectivement pas autorisé, Née cherche à faire avancer le dossier, en «plaçant » le plus judicieusement possible les deux exemplaires qu’il a reçus:
J’ai fait remettre à M. Cottereau (1), secrétaire de M. de Malesherbes (2), l’un des deux. Le second a été remis à Mgr le Garde des sceaux avec une petite requête pour lui demander la permission de faire entrer dans Paris un nombre d’exemplaires de l’ouvrage.
Malheureusement, la réponse est négative,
très probablement parce que le titre semble n’avoir bénéficié que d’une permission du Magistrat de Strasbourg, ce qui ne peut à la fois que heurter la puissante corporation des professionnels parisiens, et indisposer une administration centrale toujours très attentive à faire respecter ses prérogatives. Du coup, Née suggère à ses correspondants de se faire appuyer par certaines autorités strasbourgeoises, en l’occurrence le syndic de l’Assemblée provinciale:
En l’état des choses, vous comprenez que je ne puis me charger du débit de ce livre, quoique j’ai eue l’espérance d’en placer une certaine quantité. Si vous avez quelque moyen de faire demander [et] d'obtenir par le syndic de l’Assemblée Provinciale de Strasbourg, soit à M. le Controlleur Général soit à M. le Lieutenant de Police, un ordre de faire retirer de la douane ledits livres sans passer par la Chambre syndicale, il est probable qu’on fermera les yeux sur le débit, surtout si on se dispense d’en faire l’annonce dans les journaux ; alors vous pourriez me les adresser, mais je vous préviens que ce sera à vos risques & périls, ne voulant pas me charger de l’événement.
En définitive, le Précis de Levrault est d’abord autorisé, puis interdit. Mirabeau (1749-1791) s’en indigne dans sa plaquette Sur la liberté de la presse, Londres [sic pour Paris], 1788, où il explique notamment, dans une note de la p. 2:
Le Roi a donné des Assemblées à la plupart de ses Provinces, & le précis des procès-verbaux de ces Assemblées [sic], ouvrage indispensable pour en saisir l’ensemble & pour en mettre les résultats à la portée de tous les Citoyens, ce précis, d’abord permis, puis suspendu, puis arrêté, ne peut franchir les barrières dont la Police, à l’envi de la Fiscalité, hérisse chaque Province du Royaume, où l’on semble vouloir mettre en quarantaine tous les livres pour les purifier de la vérité.
La note infrapaginale précise: C’est M. Levrault, imprimeur de Strasbourg, qui éprouve en ce moment cette iniquité. Cet Artiste, recommandable par ses talens & sur tout par sa probité délicate, a, indépendamment de ses principes, trop à perdre pour rien hasarder dans son état. Il n’a donc imprimé ce très-innocent recueil qu’après avoir rempli toutes les formalités qui lui sont prescrites; il n’en souffre pas moins une prohibition absolue & une perte considérable.
Dans ces circonstances, le titre ne pourra avoir qu’une distribution très réduite: le CCF signale des exemplaires aujourd'hui conservés à Bar-le-Duc, Colmar, Metz, Nancy, Rouen, Sélestat et Versailles –on ne peut évidemment qu’être frappé par la place ici tenue par les bibliothèques de l’est, preuve s’il en est de la difficulté de distribuer dans une géographie plus large un ouvrage qui n’est pas autorisé.
Ce même titre, nous le voyons pourtant réapparaître trois ans plus tard, alors que les problèmes de censure ne se posent plus dans les mêmes termes (cf cliché 2). L’adresse est devenue:
À Strasbourg, chez (Levrault, imprimeur du département
                                ( J-G. Treuttel, libraire
À Paris, chez Onfroy, libraire, rue Saint-Victor, n° 11 (4).
Avec approbation et permission.
Il semble très probable qu’il s’agit là d’un second «état» de l’édition de 1788, dont les exemplaires stockés à Strasbourg ont pu être muni d’une nouvelle page de titre. Désormais, le libraire-imprimeur a pris ses précautions, et il s’est associé avec son collègue Treuttel, spécialiste du grand commerce de librairie, et avec le parisien Onfroy. Le même titre réapparaît une troisième fois dans le Moniteur de 1794, cette fois à la double adresse de Strasbourg (Levrault) et de Fusch (Paris, rue des Mathurins, Maison de Cluny). Et le Moniteur de préciser:
Cet ouvrage fut imprimé en 1788; son objet était d'offrir des notions exactes du commerce, des manufactures et de l’agriculture française, et des améliorations dont ces diverses branches de prospérité publique étaient susceptibles. Quelques exemplaires en étaient à peine répandus, que M. Barentin, alors garde des sceaux, en fit défendre la vente sous les peines les plus fortes. Depuis, les orages révolutionnaires en ont suspendu la circulation…
En définitive, un dossier d’apparence modeste, mais qui nous fait toucher du doigt le rôle des notables réformateurs que sont certains imprimeurs-libraires à la fin de l’Ancien Régime, en même temps que les pratiques professionnelles de la librairie du temps (notamment, le souci de rentrer dans ses frais), sans oublier les oppositions politiques à leur niveau le plus élevé.

Notes
1) Personnage dont nous n’avons pu préciser l’identité. Plusieurs familles Cottereau sont connues à Chartres, etc., comme actives dans la branche de l’imprimerie-librairie. Par ailleurs, un certain Joseph Pierre Cottereau est fourrier de la Maison du roi en 1775.
2) Guillaume François de Lamoignon de Malesherbes (1721-1794), ancien directeur de la Librairie, et qui se tient alors quelque peu en retrait, même si toujours membre du Conseil du Roi. Le fait de s’adresser à Malesherbes répond à la recherche d’appuis. Le directeur général de la Librairie est à cette date Vidaud de la Tour, et il dépend du garde des sceaux Chrétien François de Lamoignon.
3) Charles Louis François de Paule de Barentin (1738-1819), successeur de Lamoignon comme garde des sceaux le 14 sept. 1788, apparaît comme une figure du camp conservateur.
4) Eugène Onfroy, gendre de Lottin, décédé en 1809: cf Delalain, p. 160.

jeudi 30 mai 2019

Ecce homo

Ecce homo, pratiquement le dernier texte publié par Nietzsche de son vivant, pose nombre de problèmes à l’historien du livre.
En effet, si Nietzsche a beaucoup publié, c’est la plupart du temps sans succès, et, lorsque ses œuvres ont été lues, elles ont le plus souvent été mal comprises. Non seulement il engage en 1884 des poursuites contre son éditeur, Ernst Schmeitzner (1851-1895), mais il doit assurer lui-même le financement de plusieurs de ses livres, qu’il ne peut parfois, faute de moyens, que faire tirer à un tout petit nombre d’exemplaires (40 exemplaires, par ex., pour la quatrième partie du Zarathoustra, en 1885, dont l’auteur ne distribuera finalement qu’une dizaine).
À partir de 1886, Ernst Wilhelm Fritzsch (1840-1902), surtout connu comme éditeur musical à Leipzig (il publie notamment le Musikalisches Wochenblatt), rachète pourtant à Schmeitzner ses stocks d’invendus, dont il entreprend de relancer la diffusion par différents procédés de «rajeunissement» (1). Nietzsche se brouillera avec lui à la suite de la publication du Cas Wagner, de sorte que, progressivement, son éditeur principal devient Constantin Georg Naumann (1842-1911).
Rédigé en trois semaines (du 15 octobre au 4 novembre 1888), le texte lui-même de Ecce homo concerne au premier chef l’économie du livre. Nietzsche entreprend en effet de se présenter lui-même et de présenter son œuvre au public. Stefan Zweig donnera une analyse particulièrement brillante d’un projet suscité par la difficulté de la réception de l’œuvre et par l’échec fondamental de l’auteur à se faire entendre (Le Combat avec le démon):
Jamais livres n’ont été le fruit d’un tel désir, d’une telle soif maladive et d’une telle impatience fiévreuses de réponse (…). Voici que, dans ses dernières heures, une colère apocalyptique s’empare de son esprit aux abois (…). Il a détruit tous les dieux, (…) il a détruit tous les autels; c’est pourquoi il se bâtit à lui-même son autel : l’Ecce homo, afin de se célébrer, afin de se fêter, lui que personne ne fête. Il entasse les pierres les plus colossales de la langue (…), il entonne avec enthousiasme son chant funèbre de l’ivresse et de l’exaltation (…). C’est tout d’abord une sorte de crépuscule (…); puis l’on entend vibrer un rire violent, méchant, fou, une gaîté de desperado qui vous brise l’âme : c’est le chant de l’Ecce homo (…). Puis, soudain, commence la danse, cette danse au-dessus de l’abîme –l’abîme de son propre anéantissement.
Comme on sait, à Turin quelques semaines plus tard (dans les premiers jours de 1889), Nietzsche sombre dans la folie, alors que les premières épreuves du livre lui ont été envoyées. L’incapacité de l’auteur à en suivre la publication interrompt celle-ci jusqu’à sa mort, à Weimar en 1900.
De manière paradoxale, cette dernière décennie du XIXe siècle devient précisément celle où la réception de Nietzsche change radicalement, et où sa pensée et ses œuvres acquièrent une audience croissante, en Allemagne, en France et dans d’autres pays. Concédons pourtant qu’il y a dans ce phénomène une part de mode, voire de mondanité –nous y revenons plus bas. Il ne nous appartient pas d’envisager ici la problématique de la philosophie développée dans Ecce homo, mais plus modestement de rappeler brièvement plusieurs faits intéressant l’histoire du livre.
D’abord, l’ouvrage ne sera publié, à Leipzig, que vingt ans après sa rédaction.
Ensuite, cette publication se fera sous l’autorité de la sœur du philosophe, Elisabeth Förster-Nietzsche, laquelle n’hésite pas à censurer le texte –cette version sera tout naturellement celle qui est traduite à l’extérieur, notamment en français par un Alsacien «réfugié», Henri Albert, pour le Mercure de France en 1908-1909 (2).
Enfin, de manière remarquable, la première édition de Ecce homo, d’abord prévue chez Schuster & Löffler, sera en définitive donnée à Leipzig dans le cadre des nouvelles «Éditions de l’Île» (Inselverlag) et sous une forme matérielle tout particulièrement soignée: Ecce homo est un des monuments du Jugendstil en typographie. La dimension de distinction par le biais de la bibliophilie est encore accentuée par le choix de numéroter les 1250 exemplaires, et de réserver un tirage de 150 exemplaires sur papier japon… (3):
Les trois éditions de Nietzsche réalisées par l’Inselvelag, Also sprach Zarathustra, Ecce homo (les deux titres en 1908) et Dionysos Dithyramben (1914), décorées par Henry van de Velde, appartiennent aujourd’hui au petit groupe des premières éditions de l’Île parmi les plus recherchées (Sarkowski, p. 131, trad. FB).
Restons nietzschéens: le texte même de Ecce homo ne saurait jamais se donner à comprendre comme texte, entendons comme une entité idéale, mais bien comme «texte à comprendre», autrement dit comme texte qui ne se donne à appréhender qu'à travers un certain dispositif matériel, et à travers une certaine économie du média.

Notes
1) Cf Martine Béland, «Les préfaces de Nietzsche : invitation à la philosophie comme expérience», dans Revue philosophique de la France et de l’étranger, 139 (2014 / 4), p. 495-512. Et, d’une manière générale, le récent Dictionnaire Nietzsche, dir. Dorian Astor, Paris, Robert Laffont, 2017 («Bouquins»).
2) Jacques Le Rider, Nietzsche en France. De la fin du XIXe siècle au temps présent, Paris, PUF, 1999. Nietzsche. Cent ans de réception française, dir. Jacques Le Rider, Paris, Éd. Suger, Université de Paris VIII, 1999.
3) Heinz Sarkowski, Wolgang Jeske, Siegfried Unseld, Der Insel Verlag. Die Geschichte des Verlags, Frankfurt a/Main, Leipzig, Insel, 1999, p. 131-139. Dans la préface de sa traduction de Ecce homo publiée quelques mois plus tard par le Mercure de France, Henri Albert explique que le « tirage restreint » de l’œuvre en Allemagne se trouve «déjà épuisé».

samedi 25 mai 2019

La modélisation par les globes

Il y a déjà un certain temps, nous rappelions ici-même tout l’intérêt qu’il y aurait à articuler une histoire des idées et des processus de connaissance, avec une histoire des pratiques et, surtout, avec une histoire d’un certain nombre de dispositifs formels et matériels grpace auxquels et à travers lesquels les constructions intellectuelles peuvent être élaborées. Henri-Jean Martin ne dit pas autre chose, lorsqu’il développe sa théorie de la «mise en texte» des imprimés: le texte sera plus ou moins adapté aux caractéristiques (matérielles, économiques, etc.) du support qui sera le sien, mais surtout, il ne peut se donner à lire qu’à travers ce support même. De même, Georges Duby explique-t-il qu’il y a une matérialité de l’écriture –entendons, que le processus d’écriture est pour partie le produit de ses propres conditions matérielles d’émergence et de fonctionnement.
Cette problématique, familière aux historiens du livre, peut être élargie, comme l’a montré l’exposition De l’argile au nuage: l’organisation, non pas seulement abstraite (logique de classement, etc.), mais surtout matérielle des catalogues, témoigne de ce que ceux-ci sont susceptibles d’un certain type d’interrogations ou de pratiques d’interrogation, à l’exclusion des autres. On pensera aussi à la pratique qui consiste à «fourrer» les exemplaires de feuillets blancs permettant de noter les futurs enrichissements ou corrections et répondant ainsi au besoin de renforcer l’efficacité du volume imprimé.
D’autres dispositifs sont bientôt en œuvre, dans lesquels l’outil de la virtualité apparaît dans toute sa puissance. De plus en plus, à la fin du Moyen Âge, on raisonne dans l’abstrait et en dehors des catégories transcendantes, de sorte que le monde peut se refléter dans un «monde de papier» qui permet de connaître et de manipuler le monde réel. Le travail sur la cartographie, l’astronomie, les sciences naturelles, etc., montre comment les propriétés du réel sont perçues comme apparentes, quand ses catégories véritables sont à la fois rationnelles et cachées.
Le globe de Behaim, qui reprend la vision du monde par Ptolémée (GNM, Nuremberg)
Lorsque Galilée (1564-1642) écrit que «la nature est écrite en langage mathématique», il pousse le raisonnement à son terme: la pensée s’organise sur la base de représentations qui permettent de faire fonctionner l’univers sensible à la manière d’un système de signes, en l’occurrence une modélisation mathématique. le concept de «monde de papier» désigne l’ensemble des catégories, modèles et artefacts liés à l’écrit et à l’aide desquels se pense le monde extérieur.
Des modèles sont alors construits, et l’on rappellera ici que le premier globe terrestre est fabriqué à Nuremberg, par Martin Behaim (lui-même élève de Regiomontanus) en 1492, l’année de la traversée transatlantique par le Gênois. Les applications de la représentation (de la modélisation) abstraite peuvent être d’une immense importance pratique: reprenant l’exemple de Behaim, on pensera à la découverte de Ptolémée par le biais de l’Imago mundi de Pierre d’Ailly (publiée par Johannes de Westfalia), et à la réflexion sur le modèle ptolémaïque de l’univers, laquelle aurait poussé les navigateurs à gagner les Indes orientales précisément en leur tournant le dos et en s’embarquant vers l’Ouest.
Instruments de connaissance, les globes fonctionnent aussi très tôt comme des symboles de pouvoir –l’orbe crucigère tenue par le Christ manifeste l’universalité de son règne. Dans les plus spectaculaires comme dans les plus modestes collections, les globes apparaissent à la fois en tant qu’instruments de la connaissance, en tant que témoignages du projet encyclopédique qui est celui de la bibliothèque «moderne», et en tant que signes du pouvoir: ainsi à l’Escorial, à la bibliothèque du Klementinum de Prague, au monastère de Saint-Gall, à la Bibliothèque nationale de France (les globes de Coronelli), ou encore, à l’autre extrémité du spectre, à la bibliothèque de la Natio Germanica de l’université d’Orléans. Le catalogue de celle-ci ne s’ouvre-t-il pas, en 1664, par la mention des globes (Globus cœlestis & terrestris) et de la sphère armillaire?

dimanche 19 mai 2019

Exposition sur la cartographie

Hors du monde. La carte et l’imaginaire [catalogue d’exposition], dir. Gwenaël Citérin, Annick Bohn,
Strasbourg, Bibliothèque nationale et universitaire, 2019, 186 p., ill.
ISBN 978-2-85923-081-4 

L’exposition inaugurée à la BNU de Strasbourg à la fin de la semaine dernière explore une thématique qui ne manque pas de fasciner –la cartographie et son histoire. Baudelaire n’oppose-t-il pas l’univers infini de l’imagination emportée par la carte, et l’univers fini qui est celui du monde réel:
Pour l’enfant enivré de cartes et d’estampes / L’univers est égal à son vaste appétit
Ah, que le monde est grand à la clarté des lampes / Aux yeux du souvenir, que le monde est petit («Le Voyage»).
Le projet de l’exposition se déploie en deux grandes parties. Il se donne nécessairement à comprendre comme un complément de l'exposition de cartographie historique déjà présentée par la BNU en 2016.

Dans un premier temps, les auteurs adoptent une perspective anhistorique, mais ils nous présentent un certain nombre de pièces historiques, les unes connues, les autres moins. Surtout, ils mettent déjà la focale sur l’imagination et sur le mythe, avec quatre dossiers spectaculaires, consacrés successivement à la cartographie de l’Amérique du XVe au XVIIIe siècle, aux sources du Nil, à la quête de l’Eldorado et à l’exploration des «cités perdues» du Mékong.
La seconde partie abandonne la perspective technique et scientifique de la cartographie, pour proposer une série d’études et de pièces consacrées aux cartographies imaginaires ou encore à des utilisations des cartes à des fins humoristiques, satiriques ou autres. Ce second volet, pour nous plus inattendu, a le mérite d’attirer l’attention sur des phénomènes plus rarement évoqués dans le cadre de manifestations scientifiques. Il fait ressortir à plusieurs reprises le fait que la carte est bien évidemment aussi un instrument politique –et parfois militaire.
Le survol de quelques-unes des pièces présentées fait ressortir des évolutions dans le long terme. La «carte» aura d’abord la forme d’un schéma synthétisant l’organisation d’un monde étendu à l’ensemble de la Création. Ce manuscrit d’Isidore de Séville datant du Xe siècle contient un croquis circulaire, avec les trois continents organisés autour de Jérusalem, et entourés des cercles successifs de l’Océan et de certains éléments d’astronomie (p. 15). Avouons au passage que nous regrettons l’absence de toute cote permettant de retrouver les pièces dans les collections où elles sont conservées, et éventuellement d’obtenir un certain nombre d’informations complémentaires.
Le deuxième temps est celui de la Renaissance, marqué par la redécouverte de Ptolémée, et par l’émergence d’un souci croissant d’objectivité: le réseau des méridiens et des parallèles doit permettre le repérage précis des lieux, et leur projection sur le plan à deux dimensions qui sera celui de la carte. L’exposition présente à ce sujet le superbe exemplaire du Ptolémée de 1482 conservé par la Médiathèque protestante de Strasbourg (p. 24-25: cf cliché). Galilée ne dit pas autre chose, lorsqu’il note, en 1632, que le livre de l’univers «est écrit dans une langue mathématique, et les caractères en sont les triangles, les cercles, et d'autres figures géométriques».
Bien entendu, dès lors qu’il s’agit de prendre des repères mathématiques, la qualité et la précision des instruments disponibles sont décisives. L’exposition a pu bénéficier d’une série de prêts consentis par l’Observatoire astronomique de Strasbourg, et qui viennent illustrer cette problématique de la manière la plus séduisante. On sait le rôle des progrès permis par les nouveaux chronomètres de marine au XVIIIe siècle, ou encore le caractères spectaculaire des travaux de triangulation conduits en France à partir du règne de Louis XIV. À ce propos, on peut se demander pourquoi les organisateurs de la l’exposition n’ont pas ajouté un ancien globe à leur présentation… (1)
Le troisième temps sera précisément celui de la mathématisation des cartes, en même temps que de la reconnaissance de l’inconnu comme tel. L’un des apports du catalogue concerne en effet le souci ancien des cartographes et des graveurs de «meubler» leurs représentations pour en faire autant que possible disparaître les vides: la carte d’Islande par Ortelius (1602) est d’une précision remarquable, mais la mer environnante est peuplée d’une série de monstres marins légendés, y compris pour ceux qui ne relèvent que de la pure imagination. La reconnaissance des «blancs» comme repérant une géographie qui reste à explorer traduit, à l’époque des Lumières, un déplacement du régime d’intelligibilité du savoir cartographique (2). Ajoutons d’ailleurs que, même à l’heure de la cartographie la plus scientifique, des éléments peuvent subsister, qui relèvent de la mythologie et de la tradition (comme le montre le riche dossier des sources du Nil).
La richesse du propos rend sans objet une quelconque volonté d’exhaustivité, à laquelle les organisateurs ne visaient d’ailleurs pas. Bien des points n’apparaissent que de manière presque implicite, qui pourraient faire l’objet de développements systématiques. Bornons-nous à deux exemples: à plusieurs reprises, les textes de présentation soulignent l’opposition entre les savants explorateurs –leur figure emblématique pourrait être celle de Humboldt– et les «géographes de cabinet», à l’image d’un d’Anville à Paris à la fin de l’Ancien Régime. Si la concurrence entre les uns et les autres est le cas échéant bien réelle, les cartes produites issues de la compilation de toutes les informations disponibles peuvent aussi bien concerner la géographie contemporaine que les restitutions historiques, notamment s’agissant de l’Antiquité classique.
Un deuxième ensemble de questions concerne la sémiologie graphique: on questionnera non seulement le lexique des éléments graphiques utilisé sur les cartes, mais aussi le choix des échelles, éventuellement des couleurs et des mots (la toponymie) sans négliger, in fine, l’objet même de la carte. Celle-ci peut en effet fournir un maximum d’informations à caractère topographique, mais elle peut aussi donner à voir un certain phénomène d’ordre sociologique ou autre (par ex., nous disposerons, dans les jours qui suivront le prochaines élections européennes, d’une pléiade de cartes analysant les résultats). Bien évidemment, la question de l’objectivité se pose dès lors dans des termes particuliers: les résultats que l’on fera apparaître à travers telle ou telle représentation graphique dépendent aussi du choix et de la définition des indicateurs que l’on choisit de croiser ou de privilégier.
Une dernière question reste ouverte: la carte est le résultat du travail d’une communauté de savants et de techniciens, de sorte que sa lecture par un public de non spécialistes posera éventuellement problème. Non seulement la question de la «pratique» de la carte est posée (pourquoi cartographier?), mais les nouveaux outils disponibles (le GPS) déplacent aussi de la manière la plus profonde le regard que nos sociétés contemporaines posent sur les cartes.

Notes
1) Le fronton du lycée Fustel de Coulanges, à Strasbourg, présente comme un résumé du programme d’enseignement proposé par les Jésuites dans le domaine de la géographie: on y voit en effet une sphère armillaire et un globe terrestre, un télescope, une équerre, etc., sans oublier plusieurs livres ouverts.
2) Ce travail sur les «blancs» prolonge celui conduit par Isabelle Laboulais il y a quelques années: Combler les blancs de la carte. Modalités et enjeux de la construction des savoirs géographiques (XVIIe - XXe siècle), dir. Isabelle Laboulais, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 2004.

lundi 13 mai 2019

Séance foraine 2019

ÉCOLE PRATIQUE DES HAUTES ÉTUDES,
IVe Section (Sciences historiques et philologiques)
Conférence d’Histoire et civilisation du livre

La séance foraine 2019, organisée à titre privé par la Conférence d’Histoire et civilisation du livre, se déroulera le mardi 21 mai prochain au château de Chantilly.
 
Le programme prévisionnel sera le suivant:
9h50 Rendez-vous devant les grilles du château de Chantilly. Les participants régulièrement inscrits la séance foraine bénéficieront d’un laisser-passer nominatif permettant la gratuité d’accès.
10h-12h30 Présentation du domaine et du château.
Le Cabinet des livres du duc d’Aumale et son fonds de manuscrits

12h30-14h Déjeuner

14h-16h
- Les imprimés du duc d’Aumale: l’émergence du roman en France autour de 1500
- Les imprimés du duc d’Aumale: à propos de quelques éditions de Montesquieu
Visite de l’exposition: «Architecture et Bibliophilie» (détails ici)
17h Clôture de la séance

La séance est organisée en collaboration avec la Bibliothèque du Musée Condé (Madame Marie-Pierre Dion, conservateur général). Elle bénéficiera de la participation de Madame Catherine Volpilhac-Auger, professeur à l’ENS de Lyon et spécialiste de Montesquieu.
NB- Les inscriptions sont closes.

La Bibliothèque du château de Chantilly constitue un exemple probablement unique en France, de conservatoire d’une ancienne bibliothèque princière. Elle illustre, à ce titre, un paradigme complexe articulant le rôle politique ambigu d’une très grande famille et la représentation d’une distinction à laquelle les livres rares et précieux contribuent bien évidemment pour une part.
On le sait, Chantilly est comme le conservatoire de l’histoire de quelques-unes des plus grandes familles de France, étroitement liées aux souverains, mais aussi tentées, jusqu’à la Fronde, par «l’aventure féodale»: les Bourbons, les Condé et les Montmorency.
Mais le personnage emblématique de Chantilly est naturellement le duc d’Aumale, cinquième fils de Louis-Philippe d’Orléans.
Né en 1822, il hérite très jeune (dès 1830 !) de la bibliothèque du dernier des Condé, le duc Louis Henri Joseph de Bourbon, dont la mort tragique (on l’a retrouvé pendu dans son château de Saint-Leu-la-Forêt le 30 août 1830) a défrayé la chronique. Mais Aumale ne commence à collectionner les livres et les objets d’art qu’à partir de 1848, à la faveur, si l’on peut dire, de son exil en Angleterre.
Son Cabinet de livres est dès lors le fruit d’une activité incessante de repérage et d’acquisitions, notamment dans les ventes publiques, activité poursuivie tout au long du XIXe siècle: le duc inaugure son entreprise en achetant à Bruxelles en 1850 un exemplaire de Petrus Comestor (Pierre Le Mangeur), mais il achète surtout plusieurs collections exceptionnelles (notamment les bibliothèques Standish en 1851 et les deux mille neuf cent dix articles de la collection Armand Cigongne en 1859), ainsi que des ensembles moins importants et des volumes isolés –dont les Très riches heures du duc de Berry, acquises en 1856, et, en 1891, les miniatures réalisées par Jehan Fouquet pour les Heures d’Étienne Chevalier. Aumale intervient dans la plupart des grandes ventes postérieures à 1851, les ventes Sébastiani, Lefèvre-Dellerange, Edward Vernon, de Bure, Renouard, Libri, etc.
Le duc manifeste un intérêt plus particulièrement poussé pour les livres les plus précieux, les plus anciens (les incunables de la collection Standish) et les plus rares, mais aussi pour le patrimoine littéraire français et pour l’art de la reliure.
Étant donné son mode de constitution, la collection de Chantilly, qui est la collection d’un richissime bibliophile du XIXe siècle, s’apparente dans son modèle aux plus grandes collections du monde anglo-saxon: elle est d’autant plus précieuse pour l’historien, historien de l’art, historien du livre ou historien de la littérature, qu’elle conserve nombre d’exemplaires très exceptionnels, voire uniques dans les fonds publics français, constitués pour l’essentiel à partir des saisies révolutionnaires.
Après 1871 (définitivement en 1889), Aumale peut rentrer en France, et il se consacre dès lors à la résurrection de Chantilly, dont il entreprend le catalogue des livres. Il lègue le domaine de Chantilly et les collections qui y sont conservées, dont les livres, à l’Institut de France. Il décède en 1897.

mardi 30 avril 2019

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'Histoire et civilisation du livre

Lundi 6 mai 2019
17h-19h

Les répertoires macabres
à l'épreuve de la diffusion imprimée (15e-16e s.).
À propos de l'exposition «Le Livre & la Mort»
par
Monsieur Yann Sordet,
directeur de la Bibliothèque Mazarine

NB- Attention au changement exceptionnel d’horaire et de lieu.
La conference se déroulera de 17 à 19h, en deux temps: 1) conférence de Monsieur Yann Sordet, en salle Franklin; 2) visite privée de l’exposition à partir de 18h.
Le rendez-vous est donné sur le parvis du Palais de l’Institut, 23 quai de Conti, 75006 Paris à 16h50. Il est impératif d’être ponctuels pour pouvoir pénétrer en groupe dans le Palais
Liber chronicarum, 1493, la Résurrection et le Jugement dernier (détail)

dimanche 21 avril 2019

Appel à contributions

Appel à contributions

Maison méditerranéenne des sciences de l’homme, Aix-en-Provence,

14-15 novembre 2019

Programme Pépinière d’excellence «Archives en bibliothèques», Aix-Marseille Université UMR 7303 Telemme (AMU-CNRS)
École nationale supérieure des Sciences de l’information et des bibliothèques Centre Gabriel Naudé

 
Depuis les débuts de l’époque moderne, on trouve beaucoup de non-livres dans les bibliothèques, et en particulier des ensembles de papiers que l’on peut considérer comme des archives, parce qu’ils ont été rassemblés dans le cadre des activités ordinaires, savantes ou professionnelles, d’un individu ou d’une institution. L’étude de ces «papiers entre les livres» permet d’éclairer d’une manière nouvelle ce qui lie archives et bibliothèques, en mettant à distance le récit du «grand partage» des fonctions et des fonds documentaires entre les deux types d’institutions, hérité du XIXe siècle.
Le premier aspect de la réflexion concerne la manière dont ces ensembles ont été constitués, organisés et conservés du vivant de leur producteur. De l’humanisme tardif au collectionnisme du XIXe siècle, les pratiques intellectuelles et matérielles de la collecte, de la copie, du rangement, du classement et de l’inventaire se sont lentement transformées ; l’invention du fichier au tournant du XIXe siècle, puis de la photocopieuse, ont introduit des ruptures plus nettes dans l’allure des archives savantes. Le regard devra porter sur les formes de «mise en archive» opérées par les savants ou les administrateurs pour soustraire ces papiers au quotidien des activités, permettre leur mobilisation en cas de besoin ou leur conservation pérenne. On devra aussi s’intéresser aux relations entre ces ensembles de papier et la bibliothèque des livres, à partir des manipulations dont ils font l’objet, ou de la disposition matérielle des lieux et du mobilier. Le livre est lui-même un objet-frontière entre l’archive et la bibliothèque : on pense aux phénomènes d’incorporation de l’archive au manuscrit médiéval, à la confection des registres, ou aux livres parfois abondamment annotés ou interfoliés.

– Esprit malin, qu'exiges-tu de moi? Airain, marbre, parchemin, papier ? Faut-il écrire avec un style [stylet], un burin ou une plume ? Je t’en laisse le choix libre. 
– A quoi bon tout ce bavardage ? Pourquoi t’emporter avec tant de chaleur ? Il suffira du premier papier venu… (Goethe, Faust )
Le second aspect renvoie à la manière dont ces ensembles ont été traités à la mort de leur producteur. Dans les testaments, la transmission des papiers est souvent pensée indépendamment de celle des livres. Dès l’époque moderne, la question de leur devenir a été l’occasion de réfléchir aux fonctions respectives des dépôts d’archives et des bibliothèques «centrales» des États. On considèrera la manière dont les bibliothèques ont accueilli ces ensembles, les ont traités et éventuellement dissociés en fonction de critères extérieurs à la logique du recueil (séparation des pièces imprimées et manuscrites, des pièces authentiques et des copies), dont elles les ont catalogués et communiqués aux lecteurs. Il s’agit de se demander comment les bibliothèques pensent (ou ne pensent pas) ces archives comme telles, à l’intérieur d’un cadre politique ou réglementaire qui fixe progressivement les prérogatives des uns et des autres. La terminologie employée pour les désigner n’est pas indifférente : appelés «recueils» à l’époque moderne,«collections» au XIXe siècle, ces ensembles sont aujourd’hui souvent désignés comme des «fonds particuliers» ou des «archives». Il faudra aussi mesurer l’incidence qu’a pu avoir la mise en place de deux professions distinctes, de bibliothécaire et d’archiviste, sur l’appréciation de ces fonds documentaires.
Enfin, le troisième aspect intéresse les usages auxquels se prêtent ces fonds : usages historiens, mais aussi probatoires ou administratifs. Il pose la question du statut intellectuel et juridique des documents conservés hors des dépôts d’actes institués par la puissance publique, alors qu’ils en ont parfois été extraits.
Le colloque envisage donc l’histoire des relations entre archives et bibliothèques du point de vue du rôle para- ou quasi-archivistique joué par les bibliothèques sur le long terme, de la fin du Moyen Âge à nos jours. Il invite à ouvrir la réflexion vers d’autres types d’institutions qui gardent des archives au milieu d’artéfacts jugés dignes d’être conservés, cabinets et trésors, bureaux, musées ou maisons d’écrivains. Il vise à mettre à l’épreuve le schéma français en le confrontant à d’autres réalités européennes. Il s’interroge enfin sur la manière dont les mutations récentes, le développement des infrastructures numériques et des exigences d’interopérabilité des langages de description des documents écrits, ont permis de repenser le statut de ces papiers et de dépasser certains clivages.

 
Organisation: Emmanuelle Chapron (Aix Marseille Université), Véronique Ginouvès (MMSH), Fabienne Henryot (ENSSIB). 

 
Comité scientifique: Jean-François Bert (Université de Lausanne), Pierre Chastang (UVSQ), Maria Pia Donato (CNRS-IHMC), Olivier Poncet (École nationale des chartes), Yann Potin (Archives nationales-Université Paris-Nord-CERAL)

 
Date limite de soumission des propositions : 1er juin 2019

 
Les propositions (1 page), accompagnées d’un court CV, doivent être adressées à Emmanuelle Chapron (emmanuelle.chapron@univ-amu.fr) et Fabienne Henryot (fabienne.henryot@enssib.fr).
Les frais de transport et de séjour des participants seront pris en charge. Une publication des actes est prévue sous la forme d’un volume collectif.

dimanche 7 avril 2019

Conférences d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 15 avril 2019
16h-18h 

A propos d'un livre: les Questiones Quodlibeticæ
d'Adrien d'Utrecht (Louvain, 1515)
par 
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études émérite

Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26).
Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.

Deux annonces à suivre, deux dates à cocher

lundi 6 mai 2019

Les répertoires macabres à l'épreuve de la diffusion imprimée (15e-16e s.)
Á propos de l'exposition "Le Livre & la Mort" (21 mars - 21 juin 2019)
par Monsieur Yann Sordet,
directeur de la Bibliothèque Mazarine
Attention: cette conférence aura lieu de 17h à 19h, au Palais de l’Institut (Bibliothèque Mazarine), 23 quai de Conti, 75270 Paris Cedex 06. Le rendez-vous est fixé à 17h, sur le parvis devant l'Institut.
 

mardi 21 mai 2019
Séance foraine de la conférence d’Histoire et civilisation du livre:

Le château de Chantilly et la Bibliothèque du Musée Condé.
Le programme détaillé de la séance sera proposé prochainement.

jeudi 4 avril 2019

Colloque d'histoire du livre et des bibliothèques

Un colloque d'histoire du livre et des bibliothèques à Sárospatak (Hongrie):
cliquez sur le lien ci-dessous pour télécharger le fichier en PDF
https://drive.google.com/file/d/19XnCyJ-9IBrDEfFFmrR1tGKu3S3Xk3vK/view?usp=sharing

Bibliothèque de la Haute École calviniste de Sárospatak
 

mardi 2 avril 2019

Un colloque d'histoire du livre

Programme du colloque 

«Être éditeur en France au XIXe siècle» 
 
 
L'éditeur érudit: Oscar Berger-Levrault dans son bureau de Nancy
Ce colloque, organisé par le groupe du projet ANR DEF19 (Dictionnaire des éditeurs français du XIXe siècle), se tiendra aux Archives nationales – Site de Pierrefitte-sur-Seine les 4 et 5 avril 2019.

Jeudi 4 avril, matinée

9h30     Accueil
10h Jean-Yves Mollier (UVSQ): Introduction générale
Session 1
Se lancer et prospérer dans l’édition

Présidence : Jean-Yves Mollier, UVSQ
10h25 Véronique Sarrazin (Univ. d’Angers) – Pourquoi et comment se lancer dans l’édition quand on domine le marché de l’imprimerie-librairie à l’échelle locale ? Les Degouy à Saumur, 1797-1830
10h50 Alice de Bremond d’Ars (École nationale des Chartes) – Eugène Renduel, les débuts d’un éditeur romantique
11h15 Stéphane Roy (Carleton University, Canada) – Jules Basset, figure méconnue de l’écosystème de l’édition au XIXe siècle


Jeudi 4 avril, après-midi
Session 2
Développer des réseaux internationaux 

Présidence: Viera Rebolledo-Dhuin, UVSQ
13h45 Lucia Granja (Université de Saõ Paulo) – Baptiste-Louis Garnier, entre Rio et Paris
14h10 Ana Peñas Ruiz (Université Complutense de Madrid) – Être femme, éditrice et porter un nom français en Espagne au XIXe siècle : le cas de Catherine-Clémentine Denné-Schmitz


Session 3
Éditer à l’ère de la photographie

Présidence: Anne-Sophie Aguilar, Univ. Paris Nanterre
15h10 Marie-Eve Bouillon et Sylvie Le Goëdec (Archives nationales) – Éditeurs photographes et collaborations institutionnelles au tournant du XXe siècle: l’exemple des Archives nationales
15h35 Laureline Meizel (Université Paris Nanterre/HiCSA) – Mesurer le devenir-éditeur des photograveurs, interroger le devenir-image de l'édition  le cas des frères Berthaud (1867- 1908)
Table ronde. Deux projets de dictionnaires des éditeurs Discutant: Jean-Dominique Mellot, BnF
16h20 Pura Fernández (Centro de Ciencias Humanas y sociales, Madrid) et Viera Rebolledo- Dhuin (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines) – Dialogue entre DEF19 et Editores y Editoriales Iberoamericanos (ss. XIX-XXI)


Vendredi 5 avril, matinée
Session 4
Éditer la musique: enjeux et archives

Présidence: Patricia Sorel, Univ. Paris Nanterre
9h30 Jean-François Botrel (Université Rennes-2) – Trois éditeurs de musique parisiens et un chansonnier breton autour de 1900
9h55 Marie-Ange Multrier-Fortin (éditions Musicales Fortin-Armiane) – Présentation des archives des Éditions musicales Fortin


Session 5 

Éditer pour des marchés spécifiques 
Présidence : Marie-Claire Boscq, UVSQ
10h55 Sophie Defrance (British Library) – Quelques acteurs de l'édition pour l'éducation secondaire des jeunes filles et leurs réseaux
11h20 Constance de Courrèges d’Agnos (Service historique de la Défense) – L’édition militaire au travers de deux portraits : les maisons Corréard (Paris) et Verronnais (Metz)
11h45 Flavien Bertran de Balanda (Sorbonne-Universités/CRH19) – Émile Babeuf (1785- 1842), un Nain tricolore à l’assaut de la légitimité


Contact : jean-charles.geslot@uvsq.fr