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mercredi 8 août 2018

Les nouvelles trompeuses ("fake news")

On nous parle beaucoup de fake news, ces temps-ci, en sous-entendant le plus souvent qu’il s’agit d’un phénomène nouveau.
Entendons-nous d’abord sur les mots: une fake news (le singulier existe-t-il?) n’est pas simplement une fausse nouvelle, mais Il faut entendre le terme dans un sens plus précis, à savoir comme désignant une information plus ou moins sciemment trompeuse. Cette information ne portera pas nécessairement sur quelque chose de récent (une «nouvelle»), mais elle est donnée dans l’intention d’orienter la pensée ou le jugement de celui auquel elle s’adresse, et elle relève de l’espace public: autrement dit, il s’agit d’un phénomène qui touche fondamentalement à la rhétorique de la médiatisation.
Bien entendu, la puissance qui est aujourd’hui celle des nouveaux médias et des réseaux sociaux fait prendre à ces phénomènes des formes spécifiques, et leur donne un pouvoir inédit: les débats sur la manipulation possible de l’opinion en témoignent, de même que l’engouement médiatique pour les récentes «affaires», à commencer, en France, par l’«affaire Benalla».
Les fake news sont d’autant plus dangereuses qu’elles bénéficient du fait que l’interface par laquelle fonctionnent les réseaux sociaux est un écran, soit un média «chaud», pour reprendre la terminologie de Marshall MacLuhan. Par suite, l’utilisateur / spectateur n’a qu’une très faible marge d’autonomie, et la question de la véracité, voire de la vraisemblance du contenu devient plus secondaire. Les fake news peuvent se résumer dans une affirmation ou dans une négation, sans plus de démonstration ni d’amorce de raisonnement: par ex., le Brexit permettra au Royaume-Uni d’économiser un milliard d’euros par mois (ou 10 milliards, ou 100 milliards, ou 1000 milliards, le chiffre n’a paradoxalement plus aucune importance, dès lors que l’on ne dit rien de ce qu'il représente ni de la manière dont on le calcule). La fake news est brève, par définition, elle a la longueur d’un tweet: la simple accusation fake news!, sans plus d'argumentation, suffit.
De tels phénomènes intéressent bien sûr le citoyen, mais aussi l’historien du livre et de la civilisation du livre et de l’écrit. Remontons au Moyen Âge. Une des difficultés de l’analyse provient de l’intentionnalité de la tromperie: la fake news suppose-t-elle que son émetteur ou celui qui la met en circulation sache qu’elle est fausse? La théologie permet de biaiser, en considérant que la responsabilité relève non pas de l’homme, mais du démon. Ce sont les faux prophètes (terme à prendre dans une acception large), inspirés par le démon, qui séduisent les foules et les individus pour les entraîner sur les voies de l’erreur –même si, bien sûr, la désignation de tel ou tel prophète comme «faux» relève aussi de l’institution et du rapport de force, comme le montre l’exemple tragique de Jan Huss. Le prophète est censé parler à la place de Dieu quand, pour le moraliste, le faux prophète dira seulement à l’homme ce que celui-ci souhaite entendre: ce sont les faux prophètes qui, dans la Nef des fous, poussent chacun à céder à la facilité, au plaisir et à un faux sentiment de sécurité (les Indulgences!). 
Le média principalement utilisé par les faux prophètes est celui de l’oralité et de la prédication (ce qui ne les empêche nullement, bien au contraire, de passer par le biais des nouveaux supports). L’activation en revanche de toutes les potentialités liées au nouveau média de l’imprimé se fera lentement à partir du XVe siècle finissant. L’historien ne peut que constater que la propagande moderne apparaît, en France dès cette époque: nous connaissons les canards imprimés donnant des nouvelles des expéditions royales en Italie, ou encore le récit d’une «entrée» dans telle ou telle ville. La propagande ne relève pas toujours de l’ordre de la fake news, dans la mesure où elle ne diffuse pas systématiquement des nouvelles fausses. L’invention de la Gazette par Richelieu et Théophraste Renaudot en 1631 se place ainsi dans l’ordre du contrôle plutôt que de la réécriture: les nouvelles vérifiées sont mises en circulation pat l’autorité publique, ce qui ne va pas sans un a priori favorable à la capacité de raisonnement logique attribuée à un lectorat il est vrai toujours très minoritaire...
Bien sûr, la tromperie joue aussi dans l’ordre de l’économie –et de l’escroquerie. Mais surtout, tous ces phénomènes prennent une dimension inédite en temps de crise religieuse, plus encore en temps de guerre. La Première Guerre mondiale constitue à cet égard un observatoire très remarquable, moins sur la question des dépêches officielles (les communiqués de l’État Major doivent être pris pour ce qu’il sont) que sur celle des mythes. Jean Richepin publie, dans Le Petit journal du 13 octobre 1914, une note sur les Allemands qui coupent systématiquement la main des enfants et des jeunes gens:
Qui de nous aurait l’abominable courage (…) d’emmener en captivité 4000 adolescents de 15 à 17 ans, comme ils viennent de le faire dans le Cambrésis, renouvelant ainsi les plus inhumaines pratiques de l’esclavage, et de couper le poing droit à ces combattants futurs, comme ils l’ont fait ailleurs, et enfin de renvoyer des prisonniers mutilés, comme ils l’ont fait récemment en Russie, où l’on a vu revenir des Cosaques les yeux crevés, sans nez et sans langue?
Gide s’inquiète de connaître la vérité sur ce dossier (il n'y parviendra pas), tandis que Romain Rolland s’insurge immédiatement:
Comment est-il possible qu’on laisse un Richepin écrire, dans Le Petit Journal, que les Allemands ont coupé la main droite à 4000 jeunes garçons de 15 à 17 ans, et autres sottises scélérates! Est-ce que de telles paroles ne risquent pas d’amener, de notre part, des cruautés réelles? Depuis le commencement de la guerre, chaque trait de barbarie a été amplifié cent fois; et naturellement il en a fait naître d’autres. C’est une suite de représailles. Jusqu’où n’iront-elles pas?... (Romain Rolland, Journal des années de guerre 1914-1919, Paris, Albin Michel, 1952, p. 93. Sur ce dossier, voir ici).
Ce qui est nouveau avec les technologies actuelles, et ce qui fonde en effet l’originalité des fake news par rapport à toutes les sortes de manipulations antérieures, ce sont la puissance du phénomène et son fonctionnement dans l’instantanéité: à la fois contempteur et producteur de fake news, le président des États-Unis intervient tous les jours sur Twitter, et il compte plusieurs dizaines de millions de lecteurs abonnés à son compte, qu'il touche ainsi immédiatement.
Concluons: pour les théologiens, le diable est à l’œuvre dans l’action des faux prophètes, mais aussi dans l’esprit de leurs auditeurs, prompts à accueillir ce qu’ils attendaient, même s’ils savent en définitive et au fond d'eux-mêmes que c’est faux. L’avertissement est d’importance, aujourd’hui où chacun est quotidiennement confronté à des fake news plus ou moins subtiles: c’est à nous à nous prémunir contre les tromperies, et à ne jamais perdre de vue que nous sommes responsables de ce que nous lisons –et de la signification que nous y apportons.

dimanche 9 août 2015

Nouvelle publication: Pierre Benoit

Pierre Benoit, maître du roman d’aventures,
publié sous la direction d’Anne Struwe-Debeaux, préface de Gérard de Cortanze,
Paris, Hermann, 2015,
312 p., ill.
ISBN 978 2 7056 9081 6

Sommaire
Gérard de Cortanze, Préface
Anne Struve-Debeaux, Avant-propos
Frédéric Barbier, Pierre Benoit et l’histoire du livre
Luc Rasson, Modernité de Pierre Benoit?

L’aventure réinventée
Hossein Tengour, La prose de Pierre Benoit: entre roman d’aventure et récit poétique
Paul Kawczak, La mort de l’aventurier
Edith Perry, Mademoiselle de La Ferté: une poétique de l’ambiguïté 

L’autre, l’ailleurs
Jean Arrouye, Erromango, un bilan négatif de la colonisation
Hélène Tatsopoulou, Saint-Jean d’Acre de Pierre Benoit, à la croisée des cultures et des passions 

Aux sources de l’œuvre
Chantal Foucrier, L’Atlantide ou l’art d’accommoder les restes
Thierry Ozwald, Pierre Benoit, un disciple de Mérimée
Anne Struve-Debeaux, Réalité contemporaine et création littéraire dans Notre-Dame de Tortose
Stéphane Maltere, Ce que nous apprend un manuscrit de Pierre Benoit: le cas de La Sainte Vehme (1958)

La part de l’érudition
Catherine Helbert, La réception de Pierre Benoit par La NRF et Benjamin Crémieux. De l’éreintement… à la louange?
Jean-François Croz, Pierre Benoit et le monde savant: entre séduction et dérision

Adaptations cinématographiques
Erik Pesenti-Rossi, Antinéa au cinéma: mythe, pastiche, «normalité»
Peter Schulman, Le Lichtspiel saharien de Pabst: L’Atlantide sur le divan du désir

Regards d’écrivains
Henri Lhéritier, Une verticale de Pierre Benoit
Stéphane Héaume, Pour Pierre Benoit

mardi 10 février 2015

Bibliothèques scientifiques

La dernière livraison de la Revue de la BNU (2014, n° 10) intéresse non seulement l’historien du livre, mais aussi les spécialistes d’histoire des idées et d’histoire des sciences, puisque le dossier thématique en est consacré à «Des sciences et des bibliothèques» –par «sciences», il est entendu «sciences [dites] dures», qui sont le domaine de la recherche où les procédure de travail et de publication se trouvent aujourd’hui les plus impactées par l’essor des nouveaux médias. D’où la question: quel peut être le rôle de la documentation imprimée et des «bibliothèques scientifiques», à l’heure où la dématérialisation de l’information est pratiquement générale?
Christian Jacob rappelle très brièvement, en tête, le cas de ces textes scientifiques grecs qui nous sont parvenus, et dont un certain nombre date du IIIe siècle avant Jésus-Christ: le bibliothécaire d’Alexandrie, Ératosthène de Cyrène, aurait conduit au Musée une politique systématique d’acquisition des textes les plus importants dans les domaines scientifiques aussi. Christian Jacob pose notamment la question de l’articulation entre les sciences et l’histoire des sciences, la science aujourd’hui en construction ne ressentant pas toujours le besoin de faire référence à des ouvrages anciens, et correspondant à état dépassé des connaissances.
Le superbe portrait de Johann Kepler appartenant à la Fondation du Chapitre Saint-Thomas de Strasbourg a été offert à la bibliothèque de cette ville en 1627 par Matthias Bernegger, historien, philologue et mathématicien. Rappelons que Bernegger, qui possède lui-même une remarquable bibliothèque, sera notamment le traducteur et éditeur de Galilée en latin en 1635.
Un article consacré à la révolution scientifique du premier tiers du XVIIe siècle (ce que Pierre Chaunu appelait le «miracle de 1630») et aux réseaux de Johann Kepler reprend la problématique du rôle du média dans cette invention. La recherche s’appuie sur l’organisation de réseaux savants au sein desquels ce sont non seulement les hommes qui circulent, mais aussi les informations (par le biais de la correspondance) et les livres. Les bibliothèques réunies par certains princes ou très grands personnages, à Munich comme plus tard à Wolfenbüttel et, bien sûr aussi, à Paris, fonctionnent effectivement comme les laboratoires de la recherche. Une ville comme Strasbourg tient une place notable dans le dispositif, par ses établissements d’enseignement (la Haute École, devenue Université), par les recherches qui y sont conduites, par les collections de livres qui y sont disponibles, et par l’activité de ses professionnels de l’édition: on rappellera que c’est à Strasbourg que Galilée est pour la première fois traduit et publié en latin (1635), pour répondre à une commande des Elzevier de Leyde.
Stephan Waldhoff revient sur le rôle de «Leibniz bibliothécaire», en montrant comment les conceptions et les pratiques mises en place au début du XVIIe siècle s’approfondissent et se systématisent deux générations plus tard. Le projet de Leibniz (1646-1716) est celui de s’employer à accroître «le bien-être général», en entrant au service d’un prince et en construisant pour celui-ci l’instrument le plus accompli possible de rationalisation de l’action politique –entendons, une bibliothèque universelle, à laquelle serait appliquée un plan de classement systématique qui en ferait le «cosmos du savoir». Leibniz a commencé sa «carrière de bibliothécaire» à Mayence, au service de Johann Christian von Boineburg (1622-1672), principal ministre de l’électeur primat; mais Leibniz est surtout connu comme le bibliothécaire du duc de Hanovre, et surtout du duc de Wolfenbüttel (1691). La reconstruction de la bibliothèque selon le célèbre plan ovale qui fera l’admiration de Montesquieu date précisément de sa gestion –mais aucun document n'est connu à l'appui de la thèse selon laquelle Leibniz aurait joué un rôle quelconque dans ce programme architectural. 
Les conceptions de Leibniz associent le cabinet de curiosités, les archives et les «archives imprimées»,  la bibliothèque, pour construire l’instrument de travail intellectuel le plus complet et le plus efficace possible. C’est le même projet que suit le naturaliste et professeur d’université Jean Hermann (1738-1800) dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. L’article que lui consacre Dorothée Rusque développe cette pratique consistant à mettre en regard la bibliothèque (avec ses imprimés, mais aussi ses planches d’histoire naturelle) et la «collection de spécimens issus des trois règnes de la nature». L’étude des exemplaires conservés permet de suivre le travail du savant au quotidien, qui n’hésite pas à couvrir notes les marges de ses livres, voire à les interfolier pour y intégrer ses propres observations.
Un article d’Isabelle Laboulais est encore consacré à la bibliothèque de l’École des mines: l’auteur présente non seulement la genèse et les enjeux de la constitution et de l’organisation d’une collection spécialisée, mais aussi la problématique, bien plus rarement abordée, de l’espace de la bibliothèque (la salle de lecture) et de son mobilier (dont les boîtes du premier catalogue sur fiches). Un entretien avec Catherine Kounelis, responsable de la bibliothèque de l’École supérieure de physique et de chimie industrielle, un article sur le statut et le rôle de la bibliothèque scientifique à l’heure de la révolution numérique, et un autre entretien avec Jules Hoffmann, Prix Nobel de physiologie, complètent cette très intéressante livraison de la Revue de la BNU.
Il est sans doute logique, d’une certaine manière, que la réflexion sur les modalités du travail intellectuel soit plus particulièrement poussée dans les périodes de mutation du système des médias –en l’occurrence, la «troisième révolution du livre», celle qui nous fait passer dans le monde des médias numériques. Dans le même ordre d’idées, nous signalons ici l’ouverture prochaine de l’exposition De l’argile au nuage: une archéologie des catalogues [de bibliothèque], à la Bibliothèque Mazarine, le 12 mars prochain. De longue date, les historiens du livre sont attentifs au rôle du média dans la construction du texte et du sens: les travaux actuels sur ce que nous avons désigné comme la «logistique de l'intelligence» ne peuvent que les réjouir, et les conforter dans leur entreprise.

Patrick Boner, Miguel Granada, Édouard Mehl, «L’impulsion bibliothécaire de la révolution scientifique : livres et réseaux autour de Johannes Kepler». Stephan Waldhoff, «Leibniz bibliothécaire». Dorothée Rusque, «Construire et organiser le savoir naturaliste au XVIIIe siècle: la collection de livres de Jean Hermann». Isabelle Laboulais, «La bibliothèque de l’École des mines, lieu de savoir et lieu de mémoire pour les ingénieurs». «Un fonds patrimonial dans une bibliothèque d’ingénieurs : entretien avec Catherine Kunelis». Jean-Pierre Elloy, Morgan Magnin, «Le numérique: une bibliothèque universelle pour la création scientifique?». «La science se fait-elle encore dans les livres? Un entretien avec Jules Hoffmann, de l’Académie française, Prix Nobel de physiologie».

samedi 10 janvier 2015

Histoire et civilisation du livre, tome X

Le numéro du jubilé!
Vient de paraître, en décembre 2014:
Histoire et civilisation du livre. Revue internationale,
tome X,
Genève, Librairie Droz, 2014,
488 p., ill.
ISSN 1661-4577

Sommaire 

Où en est l’histoire des bibliothèques? Dossier publié sous la direction de Frédéric Barbier 
Introduction, par Frédéric Barbier, p. 7
Livres et bibliothèques à Strasbourg et dans sa région du milieu du XVe siècle à la veille de la Réforme, par Georges Bischoff, p. 13
Una biblioteca nobiliare ai piedi delle Alpi. La raccolta libraria dei conti di Castel Thun tra XV e XIX secolo: un primo sguardo, par Giancarlo Petrella, p. 27
«Como un hospital bien ordenado». Alle origini del modello bibliotecario della Compagnia di Gesù, par Natale Vacalebre, p. 51
Le livre dans l’économie du don et la constitution des bibliothèques ecclésiastiques à l’époque moderne, par Fabienne Henryot, p. 69
Le premier acte de «donation au public» de la bibliothèque de Mazarin (1650), par Yann Sordet, p. 93
De la bibliothèque savante à la bibliothèque publique: collections et lecteurs à Venise au XVIIIe siècle, par Antonella Barzazi, p. 113
Schoepflin et les origines de la Bibliothèque de la Ville de Strasbourg, par Magali Jacquinez, p. 131
La création de la Bibliothèque royale publique de la Cour de Portugal: une responsabilité partagée, 1796-1803, par Maria Luísa Cabral, p. 143
La ville et les livres, ou comment former une bibliothèque? Notes historiques sur la formation et sur le catalogue de la première bibliothèque publique de São Paulo (1825-1887), par Marisa Midori Deaecto, p. 163
Diffusion du livre en français en Hongrie: bilan et perspectives des recherches sur les bibliothèques privées de l’aristocratie (1770-1810), par Olga Granasztói, p. 181
«Le rameau d’or et de science». La bibliothèque humaniste de l’architecte Joseph-Jean-Pascal Gay (1775-1832), par Philippe Dufieux, p. 207
Des musées dans les bibliothèques: le cas des bibliothèques d’État en Italie, XIXe-XXe siècle, par Andrea De Pasquale, p. 229
Ce que le numérique fait à l’histoire des bibliothèques: réflexions exploratoires, par Anne-Marie Bertrand, p. 255

Études d’histoire du livre, p. 267
Chambéry, Torino o Ginevra? Le (s)fortune editoriali di un criminalista del primo Seicento, par Rodolfo Savelli, p. 269
Un ouvrage technique français de la Bibliothèque bleue, le Bâtiment des recettes, par Geneviève Deblock, p. 289
Jean Ribou, le libraire éditeur de Molière, par Alain Riffaud, p. 315
Charles Chardin (1749-1826), libraire à Paris, par Livia Castelli, p. 365
La diffusion des connaissances utiles au XVIIIe siècle: Élie Bertrand, la Société économique d’Yverdon, sa bibliothèque et son cabinet de curiosités, par Thierry Dubois, p. 375

Livres, travaux et rencontres, p. 409
Un moment dans l’intimité de deux grandes dynasties de libraires: les Didot et les Jombert, entre Directoire et Premier Empire, à travers quinze lettres inédites, par Greta Kaucher, p. 411 

Comptes rendus, p. 459
François Jacob, Nicolas Morel, Nota Bene: de la musique avec Rousseau (Greta Kaucher), p. 461
Miriam Nicoli, Les Savants et les livres. Autour d’Albrecht von Haller (1708-1777) et Samuel-Auguste Tissot (1728-1797) (Greta Kaucher), p. 464
Klára Komorová, Knižnica Zachariáša Mošovského (István Monok), p. 467
Un Succès de librairie européen, l’Imitatio Christi, 1470-1850. Exposition organisée par la Bibliothèque Mazarine en collaboration avec la Bibliothèque Saint-Geneviève et la Bibliothèque nationale de France (…) 4 avril-6 juillet 2012. Commissariat et catalogue de Martine Delaveau, Yann Sordet (István Monok), p. 470.
Alain Bosson, L’Atelier typographique de Fribourg (Suisse). Bibliographie raisonnée des imprimés 1585-1816 (István Monok), p. 474
Un’istituzione dei Lumi: la biblioteca. Teoria, gestione e pratiche biblioteconomiche nell’Europa dei Lumi (Claire Madl), p. 478
Hans-Jürgen Lüsebrink, «Le livre aimé du peuple», les almanachs québécois de 1777 à nos jours (Jean-Marie Mouthon), p. 481
Yannick Portebois, Dorothy Speirs, Entre le livre et le journal (Anthony Glinoer), p. 483 

Tables des illustrations, p. 487

mardi 30 décembre 2014

Là-bas... Les merveilleux nuages

La richesse des informations de toutes sortes disponibles sur Internet s’accroît tous les jours, au point que les problèmes de logistique (maîtriser les masses de données de manière à pouvoir les utiliser judicieusement) deviennent réellement stratégiques. L’économie d’un blog comme celui-ci est originale, puisqu’il s’agit de publier soit des billets d’information (annonçant une nouvelle publication, un séminaire, un colloque, etc.), soit des billets plus généraux, traitant, dans un format réduit (en général moins de 5000 signes) mais souvent avec une ou plusieurs illustrations, de tel ou tel sujet au choix. Il y a, dans cette économie de l’écriture, quelque chose qui fait penser à la tactique de la cavalerie légère: on se porte rapidement sur un point, avant de se replier et de se porter sur un autre. Liberté et rapidité en sont les deux caractéristiques principales.
L’inconvénient est connu: il n’y a pas de suivi dans les thématiques de publication, de sorte que le lecteur ne peut pas savoir si tel ou tel sujet susceptible de l’intéresser a été ou non abordé par le blog. Les anciens «libellés» que nous utilisions étaient trop généraux pour servir pratiquement à quelque chose, tandis que la fonction «Recherche» (disponible dans la colonne de droite) ne répond pas pleinement à cette problématique. C'est pourquoi nous avons entrepris de mettre en place un nouvel outil, sous la forme d’un «nuage de tags».
Puisque les nuages et autres cloud sont à la mode... quelques nuages estivaux dans la campagne de Touraine
Le vocabulaire des informaticiens est relativement imprécis: dans la pratique, le tag (qui désigne en principe un graffiti servant de signature) correspond ici à une étiquette, ou mieux, à ce que nous appellerions un «mot matières». Il s’agira donc pour nous d’affecter au contenu de chaque billet un ou plusieurs descriptifs (désignés comme des «libellés» dans le logiciel utilisé) susceptibles de le décrire. Le classement des tags par ordre alphabétique (en réalité, plus ou moins alphabétique) aboutit à fournir une sorte d'index des matières, dans lequel le module de chaque terme augmente en fonction de sa fréquence de citation. En définitive, une procédure très efficace, mais qui nécessite bien évidemment de balayer l’ensemble des billets pour affecter à chacun les tags correspondants, et qui suppose, pour l’administrateur du blog, de prendre un certain nombre de précautions.
La question, classique en bibliothéconomie, est celle du thesaurus: comment choisir les descriptifs de la manière la plus cohérente et la plus efficace? Certaines remarques sont de bon sens: il est inutile que les descriptifs soient trop nombreux, de manière à ce que le nuage reste d’utilisation assez facile; inversement, il ne faut pas se limiter à un nombre trop réduit, sauf à ne rien décrire qui soit pratiquement utilisable. L'intérêt du procédé est de ne pas se limiter au lexique utilisé dans les textes du blog: on peut notamment inclure certains intitulés généraux, qui permettent, peut-être, de regrouper plusieurs textes disjoints mais abordant des problématiques ou des sujets analogues (par ex. «Anthropologie»).
Nous revendiquons la subjectivité de nos choix, qui correspond à une forme de liberté, mais qui ne va pas sans inconvénients: tel descriptif pourrait s’appliquer aussi à un texte auquel il n’est pas attribué, etc. (les choses peuvent se corriger selon qu’on les repère). C’est par souci de la cohérence que nous avons fait entrer dans le thesaurus (alias le nuage) des descriptifs que l’on trouverait aussi bien par la fonction «Recherche» (par ex.: «Strasbourg»): le «nuage» ne renvoie pas à toutes les occurrences du mot «Strasbourg» dans tous les textes, mais seulement aux textes dans lesquels «Strasbourg» apparaît comme le ou l’un des sujets principaux.
Le procédé lui-même pourrait être amélioré: par ex., il est apparemment impossible de poser des questions associant plusieurs tags, comme «bibliothèque» et «XVIIIe siècle»;  de même, on ne peut pas insérer de renvois d’une vedette à l’autre (par ex. de «Renaissance» à «XVe siècle»); ou encore : les lettres accentués (éditeurs) sont rejetées par le classement alphabétique. Pourtant, tel qu’il est aujourd’hui disponible, le nuage constitue à nos yeux un précieux outil permettant de mieux maîtriser une information par nature très dispersée (rien n’empêche d’ailleurs de l’utiliser parallèlement à la fonction classique «Rechercher dans ce blog»).

NB- Nous procédons par rétroconversion (selon la bonne pratique bibliothéconomique!). À ce jour (12 janv. 2015), le nuage concerne les billets publiés depuis le 1er janvier 2011.

jeudi 30 octobre 2014

Cours inaugural d'histoire du livre

Cours inaugural de Christophe Gauthier
Christophe Gauthier, professeur d'histoire de l'édition et des médias à l'époque contemporaine (XIXe-XXIe siècles) à l’École nationale des chartes, donne son cours inaugural intitulé
«Faire l’histoire des industries culturelles au temps de leur dématérialisation»
le mardi 4 novembre 2014, à 17 heures,
à l'École, 65 rue de Richelieu, 75002 Paris (salle Léopold-Delisle).
La chaire d’histoire de l’édition et des médias à l’époque contemporaine procède d’une tradition bien établie à l’École nationale des chartes. Ses enseignements associent non seulement l’histoire du livre, mais aussi de la presse et des médias sous toutes leurs formes, ainsi que l’histoire de la photographie et du cinéma, en somme la plus grande part des industries culturelles des deux derniers siècles. Au moment où triomphe non point tant le numérique que la dématérialisation des supports, l’histoire de ces objets culturels, qui sont aussi des biens de consommation, se trouve investie d’enjeux convergents.
En premier lieu, le terme d’industries culturelles constitue un dénominateur commun tendant à inscrire dans un processus d’industrialisation et de massification des agents (inventeurs, fabricants, producteurs), des objets et des usages, dont la photographie, le journal, le roman et le cinéma sont partie prenante à l’orée du XXe siècle. Cent ans plus tard, la disparition progressive du support –ou plutôt sa contingence– affecte l’ensemble des objets qui dominent le champ des industries culturelles. Alors que le siècle précédent avait vu triompher la représentation publique et le spectacle de masse, cet effacement a pour corrélat la dissémination des écrans, une proximité nouvelle avec des images désormais omniprésentes, mais inscrites dans un environnement domestique qui révolutionne les pratiques culturelles et leur appréhension.
Enfin, la dématérialisation des industries culturelles pose la question de leur collecte et de leur conservation; elle contribue à l’édification de nouveaux objets patrimoniaux qui, par contrecoup, interrogent la notion même de patrimoine.

lundi 6 octobre 2014

Le choc des générations


Quelques jours passés à Mayence sont l'occasion de revoir le Musée Gutenberg et d'évoquer le souvenir de saint Boniface, mais aussi de découvrir quelques dessins affichés dans sa vitrine par un libraire qui ne manque certes pas d'humour (le cliché est médiocre, parce qu'il est pris à travers la vitre, et en plein soleil).
Le premier de ces dessins met en scène un monsieur d'un certain âge, assis au milieu de sa bibliothèque, en train de lire. Il s'adresse à son fils, et lui dit avec émotion, en désignant les livres: "Tout cela t'appartiendra un jour". Mais le monsieur d'un certain âge parle en réalité tout seul: le petit garçon, assis par terre, appuyé sur le fauteuil, est quant à lui fasciné par ce qu'il voit sur la tablette qu'il tient dans les mains (on ne sait pas s'il lit un "@book", ou s'il est plongé dans les méandres de quelque jeu électronique).
A l'heure où le commerce de la librairie de détail se fait plus problématique (il est loin, le temps où la substitution d'une enseigne de mode à la librairie PUF du boulevard Saint-Michel avait choqué), notre libraire ne manque pas non plus d'un certain courage, en affichant ainsi une manière de prédiction peu réjouissante quant à l'avenir de sa branche d'activités. Le dessin ne propose-t-il pas, encore plus largement, une réflexion sur le cours de la vie humaine, et sur la difficulté de transmettre, même à ceux que nous aimons, quelque chose de notre univers de choix et de préférences?

lundi 7 mai 2012

Aux Pays-Bas: catalogues anciens et numérisation

Nous étions aux Pays-Bas, à Leyde, pour y découvrir la bibliothèque de l'université et la Bibliotheca Thysiana. Au nord du pays, la ville de Groningue (Groningen), chef-lieu de la province du même nom et ancienne cité hanséatique, est intégrée en 1536 dans les territoires soumis à Charles Quint. Mais Groningue participe dès 1579 à l’union d’Utrecht contre les Espagnols. Elle est siège d’une université, qui prend la suite du Lycée, à partir de 1614 (à terme, chaque province aura son université). Une bibliothèque est prévue, abritée au premier étage, dans une galerie de 30m sur 4m environ éclairée par six fenêtres. Sa gestion est confiée à un professeur: une première liste des titres disponibles est dressée en 1618-1619 par Nicolaus Mulerius, professeur de mathématiques et de médecine, et en charge de la bibliothèque. Ce catalogue fait l’objet d’un exemplaire de travail et d’un exemplaire calligraphié sous une belle reliure en peau de truie.
Les fonds de la bibliothèque seront d’abord constitués de dons et de legs, mais aussi à l’occasion des ventes qui se tiennent dans les villes des provinces méridionales, et surtout par le dépôt des collections religieuses sécularisées (1624). Lorsque les moyens le permettent, des acquisitions ponctuelles sont également effectuées. L’imprimeur de l’université a l’obligation de verser un exemplaire de chaque ouvrage qu’il publie, de même que les nouveaux professeurs. Le dispositif matériel est probablement analogue à celui de Leyde, les livres étant classés systématiquement en huit «pupitres» doubles (soit seize lettres, de A à Q), et enchaînés. On sait que la salle était aussi équipée d’une table, et décorée de globes et de portraits. Les pièces les plus précieuses, notamment les manuscrits, sont conservées dans une armoire fermée.
La bibliothèque est agrandie en 1667, un nouveau règlement est adopté l’année suivante, et le nouveau catalogue publié en 1669 (donc sensiblement après Leyde, en 1595, et Franeker, en 1601). Le dispositif des chaînes est probablement démonté dans les années 1655, quand les étudiants obtiennent un accès, même limité, à la collection. En dehors de l’université, la bibliothèque est aussi ouverte aux fonctionnaires de la ville et de la province, pasteurs, médecins, etc.
Le catalogue «calligraphié» de 1618-1619 a été digitalisé et est aujourd’hui disponible sur Internet d’une manière particulièrement commode. Les 405 notices sont normalisées: auteur, titre, adresse typographique, éventuellement quelques indications complémentaires. Il s’agit d’un exemplaire destiné à susciter les donations, comme le titre le précise.


On accède au document sur un site spécialisé:
http://syllabus.ub.rug.nl/index.html,

en cliquant sur le deuxième hier figurant dans le texte. Suivent le frontispice et le titre manuscrit (Syllabus librorum omnium in bibliotheca academica: cliché 1), puis la préface, enfin le détail des notices. Celles-ci s’ouvrent avec la section de théologie, qui commence elle-même par un exemplaire de la Bible polyglotte donnée par Plantin à Anvers (la Biblia Regia). Le site propose la transcription de la page manuscrite (ce que la qualité de l'écriture ne rend pas indispensable), et surtout, en cliquant sur chaque notice, une description bibliographique courte (dans la marge de droite: cliché 2). Un second «clic», sur la cote (pour la Biblia Regia, UKLU AA-1), permet d’accéder à la notice bibliographique complète de l’exemplaire considéré (cliché 3).
Voici un exemple remarquable d’ancien catalogue à la fois systématique et topographique, et de mise en œuvre élégante et efficace des nouveaux moyens de communication liés à Internet.
(Nous remercions notre collègue Monsieur Otto Lankhorst de nous avoir signalé le site du Syllabus de Groningue).

mercredi 2 mai 2012

Livre d'enfants et @books en Chine aujourd'hui

Englisch in der Wiege: Wie chinesische Verlage mit E-Produkten für die Kleinsten verdienen

Der Hype für alles, was Englisch, besser noch: Amerikanisch, ist, bestimmt seit fast zwei Jahrzehnten ungebrochen das Denken der aufstiegsorientierten Bevölkerungsschichten in China. Soziale Mobilität scheint immer noch am ehesten erreichbar durch die bestmöglichen Kindergärten, Schulen, Universitäten und ein Studium möglichst im angloamerikanischen Ausland. Bildung ist der Garant für eine „goldene“ Zukunft, was immer auch heißt: ein Leben im Reichtum in der Stadt, Materialismus scheint zurzeit die herrschende Ideologie zu sein. Das alles ist im kommunistischen Staat keineswegs umsonst oder nach Begabung zu haben: die Ärmeren und die Landbevölkerung, die nach UN-Zahlen mit 65 Dollar pro Jahr auskommen müssen, scheitern schon am Schulgeld für die Mittelschule, an harten und rigiden Aufnahmebedingungen für die wenigen Studienplätze und, wer herausragende Noten hat, möglicherweise an den hohen Studiengebühren. Zudem ist das Stadt-Land-Gefälle enorm, auch bei den Bildungschancen.
In kaum einem anderen Land investieren die Eltern eines kleinen Prinzen oder einer kleinen Prinzessin (man hat nur den oder die eine) so bereitwillig in alles was den Anschein hat, die Kinder auf den Weg zu Bildung und Aufstieg zu bringen. Das nutzt der Buchhandel. Wer sich in den letzten Jahren regelmäßig in chinesischen Buchhandlungen, zum Beispiel den Mega-Book-Stores in den Metropolstädten mit einer Fläche von mehreren zehntausend Quadratmetern umgesehen hat, kann dies bestätigen. Zwei bis drei Etagen, Regal an Regal, bleiben den „Textbooks“ (Schulbücher), den Übungsaufgaben und Musterlösungen für die Mittelschule (entspricht dem Gymnasium) und den Lernhilfen zum Selbststudium vorbehalten. Prominent vertreten sind die Sprachlehrbücher. Hier verstecken sich die eher bescheidenen Abteilungen für Deutsch, Französisch und Spanisch hinter der übermächtigen Konkurrenz des Englischen und Amerikanischen, die sogar die Sprache des Nachbarlands Japan übertrumpfen.
Aktuelle Trends: Schon die Allerkleinsten werden mit chinesisch-englischen Bilderbüchern und Spielen versorgt. Die liebevoll ausgestatteten, bunten Abteilungen in den Buchhandlungen sind übervoll davon, die Konkurrenz der Anbieter und der Produkte ist allerdings größer als die Ideenvielfalt. Heraus sticht das Minibuch für die Altersgruppe ab 0 Jahre, bestehend aus vier „Blättern“: zusammengeklebten bunten, mit Luft gefüllten Plastikkissen. Jede Seite ist bedruckt einem Bildchen, dazu gibt es die chinesischen Schriftzeichen und die englische Übersetzung. Kauend und leckend kann das Baby sich Schrift und Fremdsprache einverleiben. Verlegt hat das Buch der Future Verlag: ein Viererpack aus dem Future Publishing House kostet 39 Yuan (1 Euro sind 8,3 Yuan).
Im technikaffinen China ganz besonders beworben werden Kombinationsprodukte: ein „Talking pen“ und dazugehörige Plakate oder Bilderbücher. Bereits für die kleinsten Kinder gibt es große Plakate mit vielen Abbildungen, auch hier mit chinesischer und englischer Bezeichnung des dargestellten Gegenstands. Berührt das Kind mit dem elektronischen Stift das Bild oder die Schriftzeichen, hört es das englische oder chinesische Wort. Die Plakate gibt es zu unterschiedlichen Themenaus der unmittelbaren Lebenswelt der Kleinen. 69 Yuan kostet der Stift mit mehreren Plakaten. Für Kinder ab drei können die Eltern aus dem 21st Publishing House ein Luxusprodukt für 500 Yuan erstehen, drei Bilderbücher mit einem Stift, der Geschichten erzählt und Lieder vorspielt. Ein gut verdienender Angestellter der mittleren Ebene verdient zum Beispiel in einem Unternehmen in Shanghai 4.000 bis 5.000 Yuan. Allerdings differieren die Einkommen stark nach oben und unten.
Ähnliche Produkte gibt es auch aus deutschen Spieleverlagen, so aus dem Haus „Ravensburger“ die tiptoi-Serie, ein audiodigitales Lernsystem mit Büchern und Spielen. Dieses ist jedoch an die lernphysiologischen Fähigkeiten der jeweiligen Altersstufen angepasst. Die Starter-Sets sind für Kinder von vier bis acht Jahren konzipiert, erst ab sechs wird der Grundlagenwortschatz für die Grundschule angeboten.
Ursula Rautenberg (Erlangen)

Pour la traduction automatique de l'allemand, nous suggérons le site (il suffit de recopier le texte):
http://www.tradiweb.com/ta.htm
  

lundi 9 avril 2012

Histoire du livre et de la communication scientifique

Voici un titre trop modeste, et qui n'affiche pas tout l'intérêt du volume auquel il introduit:
Guylaine Beaudry,
La Communication scientifique et le numérique,
Paris, Lavoisier, 2011, 327 p., index, ill.
ISBN 978-2-7462-3133-7

Le livre que Madame Beaudry a tiré de son travail de thèse répond en effet à un désidérata permanent de la recherche, mais à un désidérata trop rarement concrétisé: il s'agit de l'interdisciplinarité, et en l'occurrence du souci d'inscrire dans une perspective pleinement historique un travail qui relève d'abord des sciences de l'information et de la documentation.
Chacun sait que les sciences dites "dures" sont particulièrement sensibles aux conditions de la publicité: il convient, d'une part, que les procédures de contrôle et de validation y soient le plus strictement respectées et, de l'autre, que les délais de publication soient réduits. Enfin, c'est peu de dire que ces conditions de fonctionnement peuvent avoir des implications financières extrêmement lourdes.
Le système des revues a des décennies durant prévalu dans le secteur des "sciences", avant que celui-ci ne bascule aujourd'hui dans la logique des nouveaux médias et du numérique.
Madame Beaudry est l'une de nos meilleures spécialistes de la problématique de l'information scientifique en nos débuts du IIIe millénaire, mais elle a précisément voulu inscrire son travail dans le long terme de l'histoire du livre et des médias: nous ne pouvons que lui en être reconnaissants, car la transdisciplinarité représente, toujours et partout, un véritable défi intellectuel, et d'abord pour celui qui s'y risque. Ayant par conséquent acquis une expertise très réelle dans un champ qui n'était pas a priori le sien, Madame Beaudry s'est donc attaché' à reprendre sa problématique en fonction de l'histoire même du domaine, recoupant histoire des idées, évolution des conditions de travail et de publication, et problématique de la lecture et de l'appropriation.
Le livre très convaincant de notre collègue canadienne reste un exemple trop rare, qui associe de la manière la plus heureuse la réflexion actuelle au soubassement historique, sans rien sacrifier des savoirs plus proprement bibliothéconomiques. En cela, l'auteur donne une leçon que l'on souhaiterait voir porter le plus largement possible.

Sommaire
Chapitre I- Regards historiques sur la révolution numérique
Chapitre II- Le livre savant au temps des premières universités
Chapitre III- Le livre savant imprimé
Chapitre IV- Le journal scientifique et la naissance d'un nouveau champ éditorial
Chapitre V- Historicité et contemporainéité des mutations de la communication scientifique
Chapitre VI- Production et évaluation du discours scientifique
Chapitre VII- Mutations sociales, économiques et organisationnelles des champs éditoriaux scientifiques du livre et de la revue

lundi 10 octobre 2011

Histoire du livre et virtualité

La constitution de sa documentation est une question évidemment capitale pour le chercheur en histoire du livre. Nous n'abordons pas aujourd'hui la question de la problématique, mais il est bien évident qu'elle est toujours présente en arrière-plan.
À côté de la bibliographie et des sources traditionnelles (exemplaires imprimés, sources d’archives, iconographie, textes littéraires, objets matériels comme des machines, des meubles, des immeubles, etc., toutes sources pour lesquelles Internet aussi doit être sollicité), il est devenu indispensable d’envisager la problématique des nouveaux médias.
En effet, la numérisation des exemplaires conservés de livres se développe toujours plus, et elle apporte des possibilités et des commodités incomparables de travail –par exemple pour identifier ou consulter un certain texte, ou encore pour comparer différentes éditions entre elles. Une des conséquences de cet essor concerne d’ailleurs la déconstruction de la bibliothèque au sens traditionnel du terme: la bibliothèque était ce lieu où se rencontraient les supports d’informations et les lecteurs; désormais, les lecteurs n’ont plus besoin systématiquement de se déplacer, et la bibliothèque virtuelle tend à se substituer à l’institution de la bibliothèque, ce qui n’est pas sans poser à celle-ci des problèmes de gestion parfois difficiles.
Mais une autre conséquence intéresse directement l’historien du livre: ce que transmet la bibliothèque virtuelle, c’est une reproduction du contenu du livre (du texte) par le biais d'une nouvelle interface. Or, nous savons que le texte en tant que «texte à lire» change d’un support à l’autre, tandis que la reproduction numérique fait en partie disparaître tout ce qui relève du contexte: le fonds auquel appartenait l’exemplaire reproduit, ou encore certaines marques d’usage, etc. La comparaison familière à l’historien du livre montre que nous sommes devant un processus de translittération, autrement dit de copie des anciens contenus sur des supports nouveaux, processus analogue dans son principe à celui du passage du volumen au codex, ou encore du manuscrit à l’imprimé. Les biais sont très importants, et il faut en avoir conscience.
La virtualité a un autre effet que l’on jugera quelque peu paradoxal: il s’agit de la sanctuarisation à laquelle sont de plus en plus soumis les originaux, les volumes eux-mêmes. Il devient en effet difficile d’avoir accès à un document original dès lors que celui-ci est numérisé, et cette difficulté s’accroît pour devenir presque insurmontable si l’exemplaire se trouve conservé dans une réserve (du type «Réserve des livres rares et précieux»).
Certaines pratiques imposées le cas échéant au lecteur relèvent d’ailleurs de la mise en scène, comme le fait de devoir mettre des gants (si possible blancs) pour manipuler certains livres: il s’agit de manifester la sacralité de l’objet, qui n’est plus utilisé pour lui-même et en tant que support d’un message, ou en tant qu’objet d’histoire, mais en tant qu’objet spécifique dont le premier et souvent unique caractère est celui de la rareté –ou de la rareté supposée. Rien de plus logique pourtant que cette théâtralité: le livre ancien, désormais partout disponible sous sa forme virtuelle, devient un objet étrange, voire étranger, sous sa forme matérielle.
Or, il est bien évident que l’historien du livre a affaire avec des livres en tant qu’objets: les livres forment un tout, dans lequel le contenu abstrait est indissociable d’une certaine forme matérielle. Le format, la typographie, la mise en page, l’illustration et tous les éléments relevant du paratexte contribuent à la constitution du message que le lecteur pourra (ou non) s’approprier.
Il est donc capital d’être sensibilisé au bon usage de la documentation: les fichiers numériques enrichissent infiniment la documentation disponible et permettent de gagner énormément de temps, mais il convient toujours de les contextualiser et de ne pas considérer qu’ils épuisent les sources. L’historien en général, et l’historien du livre en particulier, aura le cas échéant d’autres questions à poser auxquelles les reproductions numériques ne répondent pas, et pour lesquelles le recours à l’objet et la comparaison des objets restent indispensables.
On a coutume de dire que la bibliothèque est le laboratoire de l’historien, et ce laboratoire a connu dans les dernières décennies une dilatation et un enrichissement presque infinis. Pour autant, la démarche reste la même: les chercheurs réunissent les informations sur leur objet de recherche, mais ils doivent les critiquer et les exploiter en fonction de cet objet même, et c’est cette deuxième phase qui constitue les «informations» en «documents» d’histoire. Les données fournies par l’informatique n’échappent pas à la règle.

vendredi 8 juillet 2011

Bibliothèque et médiathèque

La «troisième révolution du livre», autrement dit la révolution des nouveaux médias, s’accompagne de la montée en puissance de la numérisation: de plus en plus de textes sont désormais disponibles sous une forme numérique, par le biais d’Internet, et personne ne s’en plaindra.
A contrario, la question qui se pose est, parfois, celle de la fonction des bibliothèques dites «publiques», voire des bibliothèques de recherche, dont un certain nombre voit effectivement ses chiffres de fréquentation stagner ou baisser: une difficulté évidente pour les responsables, à l’heure où les décideurs en matière de gestion suivent de plus en plus une logique fondée sur des indicateurs statistiques. Moins d’utilisateurs pour un service, ce serait un service moins pertinent, donc demandant moins d’investissements et de crédits: la spirale est facile à engager –le principal danger réside probablement d’ailleurs dans cette facilité elle-même.
Mais les bibliothèques ont une longue histoire derrière elles, et leur fonction a déjà beaucoup changé au fil du temps. À la période moderne (Renaissance, XVIe siècle), ce qui est d’abord mis en évidence, c'est un modèle dominé par les bibliothèques savantes, souvent privées, parfois appartenant à un prince ou à un souverain, et plus ou moins ouvertes à un public de chercheurs et d’«amis». Ces bibliothèques ont aussi une fonction de représentation, et on sait qu’elles sont parfois associées à des cabinets de curiosités plus ou moins extraordinaires.
Le rôle des bibliothèques savantes comme lieux de sociabilité (de travail, mais aussi de rencontre et de reconnaissance) se déploie progressivement au sein de la «République des Lettres» qui se constitue en Europe occidentale surtout à partir du XVIIe siècle. Les savants sont reçus dans les collections de toute l’Europe, et le paradigme de la bibliothèque ouverte au «public» s’impose, notamment en Italie, mais aussi en France avec les réflexions de Gabriel Naudé (1627):
«En vain celuy là s’efforce il (…) de faire quelque despense notable après les livres, qui n’a dessein d’en vouer & consacrer l’usage au public & de n’en desnier jamais la communication au moindre des hommes qui en pourra avoir besoin…»
Pourtant, la problématique change avec l’essor des Lumières, lorsque d’autres institutions se mettent en place pour répondre à une demande croissante en lectures et en informations: on pourra penser aux bibliothèques des académies et autres sociétés savantes (notamment les «Musées»), mais surtout aux cabinets de lecture et aux «bibliothèques tournantes», voire à certaines librairies. C’est que la discussion concerne désormais les questions du jour, relatives à la conduite des affaires publiques. Comme le soulignait Rudolf Vierhaus, les Lumières sont le temps de la «politique».
L’espace public en construction s’appuie certes toujours sur le média du livre, mais surtout des périodiques et autres «pièces» d’actualité, et sur un certain nombre d’espaces de sociabilité plus ou moins spécialisés –jusqu’à la rue elle-même, comme, à Paris, dans les jardins et les galeries du Palais-Royal.
On comprend que les théoriciens de la bibliographie et des bibliothèques, comme l’abbé Grégoire, soient particulièrement sensibles à la question de l’accessibilité des collections pour le plus grand nombre: avoir accès à l’imprimé, c’est avoir accès à l’espace public, cet élément décisif dans un système fondé sur la démocratie. Mais les contenus des collections saisies à la Révolution sur le clergé et sur les émigrés répondent en définitive assez mal à ce programme, et cette incohérence fonde l’ambigüité du statut des «bibliothèques publiques» en France au XIXe siècle. Si les bibliothèques des villes sont effectivement publiques, la conquête de la «lecture publique» reste longtemps à l’ordre du jour. L’exemple de Dole, que nous avons récemment évoqué, illustre bien cette évolution.
Laissons de côté la problématique de la bibliophilie, puis du patrimoine et de la patrimonialisation (sensible aussi chez l’abbé Grégoire). On conçoit les problèmes que pose aujourd’hui à nos bibliothèques la réorganisation de l’espace public autour de médias comme la radio, comme la télévision et de plus en plus comme Internet.
Le glissement sémantique qui se fait aujourd'hui lentement sentir autour du terme de médiathèque manifeste les évolutions en cours. Encore dans la seconde moitié du XXe siècle, la bibliothèque avait parfois conservé une image quelque peu archaïque, et cette impression s’accentue dans les années 1980, quand se généralise la discussion sur la fin de la «Galaxie Gutenberg». Du coup, il faut montrer que les bibliothèques sont de leur temps, et donc qu’elles proposent à leur public autre chose que les seuls imprimés: l’appellation de médiathèque est censée, en France, répondre à cette exigence et affirmer cette volonté d'ouverture.
Mais dans nos années 2010, la discussion concerne de plus en plus la nature du lien social, les identités collectives, les voies de la participation politique, les problèmes d’éducation, etc.: la médiathèque fonctionne certes toujours en tant qu’espace de travail et de «lectures» ou de découvertes, mais elle pourra aussi s’imposer comme lieu de rencontres, de formation, d’information et de discussion. La médiathèque, sur place ou à distance (par l’intermédiaire d’un portail sur Internet), aura ainsi à se positionner, surtout en milieu urbain, comme un espace-clé de la sociabilité «politique» en notre époque de la postmodernité. Comme au XVIIIe siècle, l'institution revisitée fonctionne bien comme l'interface entre ses utilisateurs et la masse des informations disponibles, sous quelque forme qu'elles se présentent, dans une perspective qui est celle de la participation.

Clichés: à Valenciennes, une médiathèque de notre temps. 1) La salle de l'ancienne bibliothèque des Jésuites. 2) La salle dite du patrimoine, pour la consultation des ouvrages du fonds ancien, des titres d'histoire régionale et locale et des documents des Archives municipales. 3) L'ancienne cour de la bibliothèque, couverte d'une imposante verrière et par laquelle se fait l'accès aux différents services de la «médiathèque».
Visite virtuelle de la bibliothèque de Valenciennes.

lundi 23 mai 2011

Les révolutions du livre, ou plaidoyer pour l'histoire

L’émergence des nouveaux médias produit une forme de fascination qui se donne à percevoir dans les formes du discours.
Les uns, ceux des intellectuels formés aux médias gutenbergiens, s’élèvent contre un système censé saper les fondements de toute culture, comme ils se sont élevés en leur temps contre la télévision, voire, quelques décennies auparavant, contre la bande dessinée –sans parler, dans les premières décennies du XVIe siècle, des attaques de certains humanistes contre l’imprimerie et sa capacité de mettre en circulation des éditions éventuellement médiocres.
Les autres, sensiblement plus nombreux, développent un véritable discours hagiographique que le plus souvent rien ne vient étayer au-delà des pétitions de principe. Régis Debray n’avait pas tort lorsqu’il dénonçait les dangers de cette fascination et la multiplication des «vaticinations des pensées de survol» qu'elle engendre -et qu'elle engendre d'autant plus facilement que ces pensées sont, logiquement, les plus faciles à médiatiser.
Nous ne voulons pas, par cet exorde trop brutal, nous ranger dans le camp de plus en plus minoritaire d’une hostilité a priori face aux nouveaux médias et à leur enchantement: le présent blog en témoigne. Il est bien certain qu’une «révolution» est aujourd’hui en marche, et, à des rythmes et sous des formes variables selon les environnements, les besoins, les représentations et les pratiques, nous sortons de plus en plus nettement de l’hégémonisme du système gutenbergien.
Pour autant, quelques précautions intellectuelles peuvent être prises. Bornons-nous à évoquer une image fréquemment rencontrée: le disque dur fonctionne aujourd'hui une extension du cerveau humain, comme le livre et la bibliothèque l’ont été en leur temps (et comme ils le restent toujours).
La chose est évidente, le cerveau n’ayant pas la capacité de stocker les masses de données conservées dans les bibliothèques ou dans les mémoires informatiques. Et nous ne sommes pas les premiers à être fascinés: la masse même des volumes a pareillement fasciné ceux qui nous ont précédés et qui leur ont élevé de véritables cathédrales destinées aussi à faire impression sur le visiteur (cliché: la Palatina de Parme en cathédrale de livres).
La tendance à l'externalisation ne date pas non plus des médias actuels, puisque Leroi-Gourhan nous a montré comment l’homme, depuis des centaines de milliers d’années, se caractérisait précisément par la fabrication de «prothèses» de toutes sortes. Dans le domaine qui nous intéresse, «l'écriture « externalise » la parole (la matérialise et la visualise), comme l'imprimé externalise l'écriture, le journal, le livre, l'écran, le journal, etc.» (Régis Debray).
On le voit, la simple description des phénomènes que nous vivons ne répond pas au propos de l’historien. La comparaison d’une époque à l’autre permet en revanche de repérer les forces sous-jacentes et d’observer que, si externalisation il y a, celle-ci répond d’une certaine manière à un déséquilibre préexistant. Depuis l'époque moderne, le moteur du changement n’est pas d’ordre intellectuel, mais, le plus souvent, d'ordre économique. Ainsi, la typographie en caractères mobiles s’impose-t-elle parce que les tensions sur le marché du manuscrit sont suffisantes pour faire espérer des gains importants de la mise au point d’une technique nouvelle de reproduction des textes.
Par ailleurs, l’historien du livre et des médias est sensible au fait que, si les évolutions du système sont impulsées par ce qui les précède, elles engagent ce qui les suit, et dans des directions que leurs initiateurs ne pouvaient pas nécessairement soupçonner. Avec le passage d’un «système» à l’autre (par ex., de la librairie d'Ancien Régime à la librairie industrielle de masse), c’est un ensemble de logiques relatives non seulement à la fabrication des livres, mais aussi à l’écriture, au statut de l’auteur et à celui des textes, à la protection des droits des uns et des autres, aux pratiques d’appropriation, voire aux catégories plus profondes du travail intellectuel, qui se trouve de proche en proche plus ou moins profondément reconfiguré.
Cette complexité explique pourquoi poser les questions en termes de causalité stricte n’est pas opératoire: le système des médias n’obéit pas à une rationalité d’ensemble; il tend certes à l’équilibre, mais il fonctionne comme un système en continuel déséquilibre sur un point ou sur un autre. C’est cette tension qui est à l’origine du changement, donc de l’histoire.
Un dernier mot, sur le risque de la formule toute faite: sous l’emprise de plus en plus hégémonique des nouveaux médias, nous sortirions en effet de la célèbre «Galaxie Gutenberg» pour assister à la «mort du livre». Or, non seulement le «livre» a pris des formes très variées au cours de l’histoire, des tablettes mésopotamiennes à la... tablette informatique, mais, depuis plusieurs siècles en Occident, l’instauration d’un nouveau média dominant n’a presque jamais conduit à la disparition du précédent –c’est ainsi que l’on n’a jamais publié autant de livres imprimés qu’à l’heure du triomphe de la télévision. La mort du livre nous laisse sceptiques, et encore plus la mort de l’histoire telle qu’elle a été annoncée… en son temps, qui n’est déjà plus le nôtre.
Oui, des mutations fondamentales sont aujourd’hui engagées, mais elles doivent être contextualisées et replacées dans leur environnement, qui est un environnement à long terme. Et ce travail d’historicisation, généralement peu spectaculaire, est précisément le travail… de l’historien.

vendredi 11 février 2011

Histoire du livre: un an de blog

Principales villes de consultation du blog "histoire-du-livre", février 2011
Voici un an que ce blog «histoire-du-livre» fonctionne. Nous avons publié à peu près cent cinquante billets, parfois de simples annonces (conférences, colloques, nouvelles parutions), parfois des billets abordant rapidement telle ou telle question relative à l’histoire du livre. Beaucoup de ces billets sont illustrés.
Le blog semble avoir acquis une certaine vitesse de croisière, puisqu’il reçoit plus de 1600 visites en moyenne par mois, et qu’il sort dans les toutes premières réponses à la question «histoire du livre» (entre guillemets) sur Google.
Les outils mis en place au début de ce mois (février 2011) pour suivre les consultations permettent de constater que la majorité des utilisateurs est francophone, mais que 40 à 50% d’entre eux ne réside pas en France. Nous avons des visiteurs sur les cinq continents, avec cependant une forte proportion en Europe et très peu en Extrême-Orient, en Asie du Sud et en Asie du Sud-Est (voir cliché). La moyenne des consultations est de deux pages, et le détail montre que, comme on pouvait s’y attendre, ce sont les pages de discussion qui restent le plus souvent consultées à long terme.
Selon la formule de Geoffrey Nunberg, on trouve de tout sur Internet, dont les chemins conduisent indifféremment à Rome ou à Disneyworld: en définitive, Internet manque surtout d’outils de manipulation qui soient à la fois commodes et transparents.
L’un des inconvénients majeurs de la structure d’un blog comme celui-ci est aussi de «noyer» les informations les plus anciennes au fur et à mesure que d’autres, plus récentes, s’empilent par dessus. Peut-être la mise à disposition d’un index pour un certain nombre de billets permettrait-elle de répondre pour partie à cette difficulté ? L’index ci-dessous reprend un certain nombre des billets publiés dans la trois premiers trimestres de 2010, soit de février à septembre inclus. Nous le compléterons aussi tôt que possible.

Albi
Le Berceau du livre imprimé. Autour des incunables
Bibliothèque de Colmar
Les Bibliothèques d’artistes
Bibliothèques de gare 
Les bibliothèques et leurs lecteurs
Bodoni
Guillaume Budé
Chine, écriture  
Chine, écriture
Chine, Pékin, librairie
Choiseul
Cinquante ans d’histoire du livre
La Danse macabre des imprimeurs
Destruction des livres
L'Erudition imaginaire
La Fabbrica del libro  
La Forêt des livres
Sébastien Gryphe
Histoire et civilisation du livre,
V (2010)
Histoire et civilisation du livre, sommaires
Hongrie, bibliographie
Hongrie, livre et identité nationale
Hongrie, Réforme catholique
Hongrie, Réforme protestante
Institut historique allemand de Paris
Langue vernaculaire

Langue vernaculaire
Langue vernaculaire
Dangers de la lecture
Lecture populaire
Lumières
Mame, imprimeurs-libraires
Musées du livre
Musées du livre
Das Narrenschiff (La Nef des fous)
Das Narrenschiff, folie, représentation
Nationalités
Charles Nodier
Paris, débuts de l’imprimerie
Pentecôte
Politiques et pratiques de la culture
Marcel Proust
Réforme protestante
Réforme protestante, commémoration
Révolutions du livre
Slovénie
Touraine
Trouville
Typographical fixity
Vidéo, nouveaux médias
Vidéo, volumen et codex
Volumen et codex
Voyages

mardi 1 février 2011

Une plateforme pour les comptes rendus

La Bibliothèque d'État de Bavière (Bayerische Staatsbibliothek) à Munich annonce la mise en ligne (depuis le 21 janvier dernier) de recensio.net, plateforme de recensions d'ouvrages pour la recherche historique européenne: http://www.recensio.net/front-page-fr
Dans la lignée fondée par les grandes revues bibliographiques de l'Ancien Régime, dont au premier chef le Journal des savants, recensio.net est conçu comme une plateforme plurilingue européenne destinée à héberger des recensions de travaux scientifiques d’histoire. Financé par l’Agence allemande pour la recherche (Deutsche Forschungsgemeinschaft), elle associe la Bibliothèque d’État de Bavière à Munich (BSB), l’Institut historique allemand de Paris (IHA) et l’Institut d’histoire européenne de Mayence (IEG).
Le projet repose sur trois axes principaux:
1) recensio.net rassemble d'abord des comptes rendus critiques «classiques». Mais les rédactions de revues classiques publiant des comptes rendus peuvent aussi donner à ceux-ci une plus grande visibilité en les mettant en ligne (en prépublication ou en postdocument). Le site n’exige pas l’exclusivité de ses contenus, mais a pour objectif de rassembler des comptes-rendus souvent épars et difficiles d’accès pour les mettre à la disposition de la communauté des chercheurs. Les comptes rendus sont référencés dans le catalogue thématique et par le biais du moteur de recherche de la plateforme.
2) recensio.net est en route en route vers le « web 2.0 », autrement dit vers le web participatif: en effet, les auteurs peuvent y publier les principales thèses développées dans leurs travaux (articles ou monographies). Des commentaires d’internautes filtrés par un modérateur donneront progressivement lieu à des recensions animées et interactives et à des discussions. Les ressources  scientifiques disponibles sur Internet peuvent aussi être signalées et évaluées, afin de prendre en compte un phénomène de développement continu. Ces procédures semblent plus adaptées aux nouvelles pratiques de travail: si les contraintes de temps empêchent souvent de rédiger un compte rendu en forme, l'ajout d'un commentaire en ligne permet de prendre plus rapidement position sur un aspect particulier de l’ouvrage, y compris dans une discipline connexe (par ex., la sociologie).
3) En règle générale, seuls les monographies ou les ouvrages en collaboration faisaient jusqu'à présent l'objet de comptes rendus. En offrant la possibilité de traiter d'articles isolés, parus dans des revues ou autres, recensio.net souhaite aider ce genre pourtant fondamental à acquérir une position plus centrale dans le discours scientifique.

recensio.net propose par conséquent: une visibilité des comptes rendus largement accrue par l’utilisation de la fonction recherche de la plateforme et par l’accès au catalogue OPAC; une nette accélération du processus de publication, permettant d’être plus en phase avec la parution de l’ouvrage commenté; et, au total, l’adaptation aux pratiques de lecture actuelles, différentes pour les recensions et pour les articles.
La Bibliothèque d’État de Bavière se charge d’enrichir les comptes rendus par l’ajout de métadonnées. Elle garantit le lien avec le catalogue OPAC de la Fédération des bibliothèques de Bavière (BVB), ainsi qu’un archivage pérenne des documents mis en ligne. Tous les contenus sont accessibles gratuitement sans limite de durée. Les comptes rendus critiques publiés se concentrent sur les travaux publiés en Europe et portant sur un ou sur plusieurs pays d’Europe. Les langues de navigation sur la plateforme sont l’allemand, l’anglais et le français, mais les comptes rendus peuvent être rédigés dans toute langue européenne.

Vous pouvez dès à présent participer au projet recensio.net: http://www.recensio.net/ueberuns-fr/mitmachen-bei-recensio.net.
N’hésitez pas à contacter le service: http://www.recensio.net/ueberuns-fr/kontakt
(Communiqué par Raphaële Mouren)