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samedi 3 novembre 2018

Nouvelle publication


Histoire et civilisation du livre. Revue internationale, n° 14
Genève, Droz, 2018
408 p., ill.

ISBN : 9782600059183.

PRÉSENTATION
Histoire et civilisation du livre. Revue internationale, fondée en 2005, couvre l’ensemble des problématiques de l’histoire du livre, du Moyen Âge à l’époque contemporaine: histoire sociale et économique de l’édition, histoire des médias et de la communication écrite, bibliographie matérielle, histoire des arts du livre, histoire des bibliothèques, de la lecture et des usages du livre, etc. Chaque numéro comprend une partie thématique, une partie de varia, et une partie de comptes rendus critiques.

Rédacteur en chef: Yann Sordet
Comité de rédaction: Mmes et MM. Frédéric Barbier (CNRS/EPHE), Christine Bénévent (École nationale des chartes), Emmanuelle Chapron (Aix-Marseille Université), Jean-Marc Chatelain (BNF), François Déroche (Institut de France / EPHE), Christophe Gauthier (École nationale des chartes), Sabine Juratic (CNRS), Jean-Dominique Mellot (BNF), Raphaële Mouren (Institut Warburg), Yann Sordet (Bibliothèque Mazarine), Marie-Hélène Tesnière (BNF), Dominique Varry (ENSSIB), Françoise Waquet (CNRS), Hanno Wijsman (IRHT).

Sommaire du n° XIV (2018)
BRUXELLES ET LE LIVRE (XVIe-XXe s.),
dossier éd. par Renaud Adam et Claude Sorgeloos
- Bruxelles et le livre: regards sur cinq siècles d’histoire (XVIe-XXe siècle) / Renaud Adam et Claude Sorgeloos
- Bruxelles dans l’historiographie du livre / Claude Sorgeloos
- Le commerce du livre à Bruxelles au XVIe siècle / Renaud Adam
- Une enquête de police dans les milieux du livre à Bruxelles en avril 1689 / Renaud Adam et Laurence Meunier
- La contrefaçon belge sans frontières: les imprimeurs bruxellois à l’assaut des marchés italiens et québécois / Jacques Hellemans
- Sur les traces des imprimeurs bruxellois dans l’entre-deux-guerres: l’imprimerie J. Felix et fils / Bruno Liesen
- Les Éditions Ysaÿe / Marie Cornaz
- Aperçu du champ éditorial bruxellois durant la seconde occupation allemande (1940-1944) / Michel Fincoeur

LA MÉDIATISATION DES RÉVOLTES EN EUROPE (XVe-XVIIIe s.),
dossier éd. par Stéphane Haffemayer
- Diffuser des lettres pour contracter des alliances: la communication des rebelles en Flandre et en Brabant au bas Moyen Âge / Jelle Haemers
- Rébellions et gazettes. La médiatisation des guerres des paysans en Autriche (1626) et en Suisse (1653) / Andreas Würgler
- «Great Conspiracy» et «Bloody Plot»: la médiatisation de la révolte irlandaise et le déclenchement de la guerre civile anglaise (1641-1642) / Stéphane Haffemayer
- La diplomatie d’une révolte entre information et publication: le cas des ambassades portugaises en France, 1642-1649 / Daniel Pimenta Oliveira de Carvalho
- Texts, publics, and networks of the Neapolitan Revolution of 1647-1648 / Davide Boerio
- For the True Religion and the Common Cause: Transnational Publicity for the War of the Camisards (1702-1705) / David de Boer
- «Rebelle malgré lui» – récits de réconciliation et de réintégration dans les biographies politiques britanniques du XVIIIe siècle / Monika Barget

ÉTUDES D’HISTOIRE DU LIVRE
- Observations sur le livre illustré imprimé à Bucarest (XVIe-XIXe siècle) / Anca Elisabeta Tatay et Cornel Tatai-Balta
- Damned usury, «Cologne», «1715» : Delusion or bona fide? Typographical evolution on title pages in the Southern Netherlands in the 18th century and its potential as a means of identification / Goran Proot
- L’affectation des bibliothèques confisquées à Rochefort, ville-arsenal de la Marine (1790-1803) / Olivier Desgranges
- Le livre à Strasbourg sous le Premier Empire / Nicolas Bourguinat

LIVRES, TRAVAUX ET RENCONTRES
Comptes rendus de:
Les Arts du texte (Lyon, 2016), El Libro españo en Londres (Valéncia, 2016), L’Industria del libro a Venezia durante la restaurazione (Firenze, 2016), Nundinarium Francofordiensium encomium (Genève, 2017), Humanisten edieren (Stuttgart, 2014), Images et révoltes dans le livre et dans l’estampe (Paris, 2016), Lesen. Ein interdisziplinärisches Handbuch (Berlin, 2015), Les Livres des maîtres de Sorbonne (Paris, 2017), Die Macht des Wortes. Reformation und Medienwandel (Regensburg, 2016), NON. Pamphlets, brûlots et autres textes polémiques (Besançon, 2016), Grundriss der Inkunabelkunde (Stuttgart, 2018), Strange bird. The Albatros Press and the Third Reich (New Haven, 2017), Wissensspeicher der Reformation (Halle, 2016).

lundi 2 novembre 2015

Les Saxons de Transylvanie et la culture livresque (XIIe-XVIIIe siècle)

Le vojvodat de Transylvanie est organisée au XIIe siècle, en particulier par Geza II, roi de Hongrie († 1162), mais son peuplement est probablement très lâche. C’est alors que des populations originaires de la vallée inférieure du Rhin (archevêchés de Cologne et de Trèves, évêché de Liège) commencent à s’installer dans le pays. Il est aussi possible que les premiers parmi les nouveaux colons soient passés à l’occasion de la deuxième croisade (1147-1149) en Europe centrale et orientale, avant de s'y fixer. La voie principale d’accès est celle du Danube, puis de la Tisza et du Körös. Vers le sud (Constantinople), le débouché le plus aisé se fait par la vallée de l’Olt (alld Alt) et le défilé de la Tour Rouge.
Au pays saxon: vue du haut du clocher de Probstdorf / Stejărișu
On désigne ces populations du terme générique de «Saxons» (alld Sachsen, lat. Saxones, hongr. Sász). Leur émigration se poursuivra au XIIIe siècle, après que le roi Andras II leur ait octroyé des lettres de privilège en 1224 (Goldener Freibrief): c’est l’origine du terme de «sept châteaux» (les villes de Hermannstadt / Sibiu, Kronstadt / Brassó, Klausenburg / Cluj, Mühlbach / Sebeș, Schäßburg / Sighișoara, Mediasch / Mediaș et Bistritz / Bistrița). L'appellation allemande de la Transylvanie se réfère à cette situation (Siebenbürgen), mais plus que de «châteaux», il conviendrait de parler de «sièges» (Stühle). De fait, les sept villes principales sont des pôles assurant de manière indépendante les fonctions essentielles d’administration et de justice: elles bénéficient, avec leurs plats-pays, d’une sorte de liberté collective.
Pour plusieurs d'entre elles, le succès vient de leur position à un point de contrôle stratégique des grandes routes commerciales: Oradea / Großwardein, dans les Partium, contrôle la principale voie d'accès vers l'intérieur du pays, par le Körös Rapide et le col du roi (Király hágó), route au débouché de laquelle on trouve précisément Klausenburg. De même, Kronstadt est située sur le versant nord du col permettant d'accéder à Sinaia et à la Valachie. A contrario, les Saxons s’établissent peu à peu aussi dans d’autres régions du bassin des Carpates.
Fragment du premier imprimé conservé en Transylvanie (© Bibl. Telekiana)
Ces Saxons forment l’une des «nations» (universitas) constitutives du vojvodat (puis de la principauté) au Moyen Âge et jusque dans les dernières décennies du XVIIIe siècle. Ils bénéficient de privilèges considérables, s’agissant des territoires qu’ils occupent (le Königsboden, «terre du roi»), ainsi que d'exemptions d’un certain nombre de charges (par ex., les droits de douane). En tant que «nation», ils ont une diète (Stände), et seront cosignataires de l’«Union des trois nations» (Unio trium nationum) constituée en 1437 pour contrer la montée du péril ottoman. Les célèbres églises fortifiées qui subsistent dans un grand nombre de villages (mais aussi les fortifications urbaines, par ex. à Hermannstadt) témoignent de la volonté de se prémunir contre les razzias ponctuellement effectuées dans tout le pays depuis les versants extérieurs des Carpates.
Dans le pays saxon, la langue usuelle est l’allemand (plus exactement, un dialecte allemand), tandis que l’économie s’appuie à la fois sur l’agriculture, l’élevage et la sylviculture, mais aussi sur l’exploitation minière (or, argent, sel) et sur le négoce. Ces différentes communautés feront rapidement, au XVIe siècle, le choix de la Réforme luthérienne. Kronstadt passe à la Réforme en 1542 (cliquer ici pour les détails), et l’Universitas Saxonum adopte en 1550 les dispositions prises dans cette ville. Le premier évêque luthérien (Superintendent), Paul Wiener, originaire de l'actuelle Slovénie, est nommé en 1553-1554 et l’Église luthérienne de Transylvanie est organisée en 1572 au synode de Mediasch. Son siège, d’abord établi à Hermannstadt, est alors transporté à Birthälm / Berthalmo, où il restera jusqu’en 1867, date de la signature du Compromis autro-hongrois. En 1568 enfin, la diète de Torda / Turda promulgue la liberté de culte (luthérien, calviniste et catholique, les orthodoxes étant seulement tolérés) dans la principauté –un exemple alors pratiquement unique en Europe.
Il n’y a rien de surprenant à ce que les communautés saxonnes jouent un rôle clé dans la diffusion de la culture écrite à travers le pays. L’essor du négoce s’appuie toujours sur l’écriture (pour la correspondance et pour la comptabilité), tandis que des jeunes gens sont envoyés par les villes (comme par certains nobles) pour poursuivre leurs études dans les universités occidentales, au premier rang desquelles Vienne. Bien entendu, les Saxons entretiennent des relations très régulières avec les pays allemands, où l'imprimerie est inventée et où elle commence d'abord à se répandre. Les premières presses typographiques apparaissent dans la province à Hermannstadt en 1525, avec l’atelier de Lukas Trapoldner et de Valentinus Corvinus. Les imprimeries se multiplient rapidement au XVIe siècle, alors que l’on commence aussi à travailler pour l’Église orthodoxe.
Palais Brukenthal à Hermannstadt / Sibiu
Bien entendu, l’instauration de la Réforme s’accompagne de la fondation d’écoles et de bibliothèques, et cela jusque dans les localités rurales: les travaux de recensement aujourd’hui largement avancés ont permis de retrouver, de mettre à l’abri et de cataloguer un grand nombre de ces petites collections de livres, parfois stockées dans les clochers des églises. Les villes plus importantes abritent, quant à elles, des institutions assurant l’enseignement secondaire (Gymnases), voire supérieur (Hautes Écoles), comme encore une fois à Kronstadt.
Un personnage illustre pleinement la réussite des grandes familles de la bourgeoisie négociante des villes saxonnes: il s’agit de Samuel Brukenthal (1726-1805), fils d’un administrateur royal, étudiant à Halle et Iéna, franc-maçon et intégré très jeune aux élites des Lumières européennes. Rentré en Transylvanie en 1745, il se marie avec la fille du maire (Bürgermeister) de Hermannstadt, ville dans laquelle il est reçu à la bourgeoisie. Il occupe d’abord un poste dans l’administration urbaine, avant d’être nommé membre d'une délégation envoyée auprès de Marie-Thérèse à Vienne en 1753.
Nommé conseiller de gouvernement, Brukenthal travaille à une réforme des impôts, et est anobli, puis il est nommé à la tête de la Chancellerie de Transylvanie à Vienne (1765). Parallèlement, il a peu à peu entrepris d’organiser sa propre collection de livres en bibliothèque ouverte, laquelle est confiée d’abord au jeune Samuel Hahnemann. En 1802, il prévoit par testament de léguer son palais (sur la grande place de la ville), ses collections d’art et sa bibliothèque à la communauté luthérienne de Hermannstadt: il décède l’année suivante, mais le «Musée Brukenthal» ne sera en réalité accessible au public qu’à partir de 1817. Il est aujourd’hui toujours conservé, même si on ne peut que regretter les difficultés de gestion qui touchent sa bibliothèque…
Samuel v. Brukenthal (© Bibliotheca Telekiana)

mardi 25 décembre 2012

Le "Voyage" de Lady Craven

La fin de l’Ancien Régime est marquée, en France comme dans un certain nombre d’autres pays du continent européen, par deux tendances importantes: d’une part, l’anglomanie, et par conséquent une certaine fascination pour les institutions et pour la société anglaises; d’autre part, le retour à l’antique, l’intérêt pour la Grèce ancienne, et par contrecoup pour l’empire ottoman. De ces deux tendances, le Voyage en Crimée et à Constantinople en 1786, de Lady Elisabeth Craven, donne une image fidèle.
Or, l’ouvrage présente plusieurs particularités remarquables du point de vue de l’histoire du livre. Rappelons, d’abord, que notre noble anglaise, née Berkeley en 1750, épouse Lord Craven en 1767, mais qu’elle s’en séparera une quinzaine d’années plus tard, pour entreprendre en 1786 un remarquable périple à travers l’Europe de son temps. Partie de Londres, la voici à Paris et à Tours, d'où elle gagne successivement Lyon, Marseille, Gênes et Florence, puis Venise, Vienne, Varsovie et Saint-Pétersbourg. Lady Craven descend alors vers le sud, pour gagner la Crimée via Moscou. Puis c'est la Mer Noire, et l'arrivée à Constantinople, où elle est reçue par le comte de Choiseul et d’où elle visite l’«Archipel» et Athènes. Elle rentrera en «Europe» par la Bulgarie, la Valachie («Buccorest»), la Transylvanie (Hermannstadt/ Sibiu) et à nouveau Vienne.
Le récit du voyage paraît en 1789, en anglais à Londres (Blackmer, n° 529). Cette même année, deux éditions françaises sont données concurremment à Paris, l’une chez Maradan (cf réf. infra), la seconde chez Durand Père et Fils. Cette dernière (rue Galande, Hôtel de Lesseville, n° 74) a fait l’objet d’une approbation par Mentelle, en date du 5 mai 1789, et d’un privilège du 13 mai, enregistré le 15. Le libraire est Pierre Étienne Germain Durand, dit Durand Père, lequel est signalé comme associé à son fils Pierre Noël au moins en 1788-1789, mais sera en faillite en décembre 1789 (Mellot / Quéval, 1478). Claude François Maradan (1762-1823) quant à lui est reçu libraire en décembre 1787, et il sera lui aussi en faillite, mais plus tard (novembre 1803). Il est «probablement apparenté au graveur parisien François Maradan» (Mellot / Quéval, n° 2588).
C’est l’édition Maradan, qui figure dans les notices du Journal des savants de juin-juillet 1789: une simple annonce dans la livraison de juin (p. 506), mais un long article critique, donné en juillet sous la plume d’Ameilhon –un nom d'ailleurs bien connu des historiens des bibliothèques (p. 532-540).
Le fait que cette édition soit celle analysée par le célèbre périodique nous fait penser qu’il s’agit bien de la première édition en français du Voyage de Lady Craven. Il est probable que l’édition est sortie, sous la fausse adresse de Londres et sans autorisation ni privilège, quelques semaines avant l'édition officielle, et donc sans doute en mai ou, au plus tard, en juin 1789. Maradan a pu bénéficier du fait que la traduction a été faite à Londres, si du moins la mention donnée au titre est véridique («Traduit de l’anglais par M. Guédon de Berchère, notaire à Londres»). 
Comme le rappelle Bernard Vouillot, «souvent éludée à la fin du XVIIIe siècle, la censure royale disparut dès 1789», et les mois de mai-juillet 1789 sont à Paris suffisamment riches en événements extraordinaires pour que la problématique du contrôle de la librairie passe quelque peu à l'arrière-plan des préoccupations du pouvoir... L’adresse fictive de Londres constitue d'ailleurs un autre indicateur intéressant, étudié notamment par C.-J. Mitchell (cf réf. infra). L’auteur explique en effet que l’indication de la rubrique «Londres» signifierait d’abord
qu’un ouvrage avait été publié auparavant à Londres [ou], plus généralement, (…) qu’[il] avait été auparavant publié en anglais. Des phrases comme «traduit de l’anglais» apparaissent dans les titres de douzaines d’ouvrages, mais on n’y retrouve que dix-huit auteurs britanniques sur 292 publiés à l’adresse « Londres » et figurant dans les catalogues de la British Library (p. 160).
Un des effets de l'anglomanie ambiante, et exploité comme tel par les libraires.
Mitchell souligne aussi que le nombre de ces adresses double en 1788 et 1789 par rapport à 1787, pour retomber ensuite presque complètement: «En étudiant les rubriques « Londres », nous étudions encore un autre des usages de l’Ancien Régime qui fut balayé par la Révolution» (p. 161). Enfin, il indique que Maradan figure précisément parmi les professionnels ayant le plus utilisé cette rubrique (à six reprises en quelques années, cf p. 163). Cette problématique de l'adresse comme élément de la publicité (au sens moderne du terme)  a été reprise par Jean-Dominique Mellot dans un article de la Revue française d’histoire du livre daté de 1998 (t. II, p. 33-68).
Dans le cas du Voyage de Lady Craven, nous sommes à la fois devant le transfert d'un texte primitivement donné en anglais et ensuite en français, et devant une technique publicitaire alors couramment utilisée par la librairie parisienne. On notera au passage le fait que l'édition Durand n'est, quant à elle, pas publiée sous la fausse rubrique de Londres.
Nous nous bornerons aujourd’hui à ce petit problème de bibliographie que posent le Voyage de Lady Craven et sa traduction, dont la première édition française serait donc celle de Maradan. Mais il y aurait encore beaucoup à dire sur le déroulement même du voyage, sur l’histoire du genre (une anglaise en voyage, qui plus est une anglaise divorcée, mais future margravine de Bayreuth-Ansbach), sur la découverte de l’autre (avec chez la noble Lady une forme de curiosité proto-anthropologique), voire sur la problématique des transferts culturels, de la traduction, des modes et des clichés (la représentation des Anglais à l’étranger, et celle des étrangers sous la plume de la voyageuse anglaise…).

Craven, Lady Elisabeth Berkeley, margravine d’Ansbach-Bayreuth, Voyage en Crimée et à Constantinople, en 1786, par Miladi Craven. Traduit de l’anglais par M. Guédon de Berchère, notaire à Londres. Enrichi de plusieurs cartes et gravures, À Londres, et se trouve à Paris, chez Maradan, Libraire, rue Saint-André-des-Arcs, Hôtel de Château-Vieux, 1789, [6-]443-[5]p., 1 carte et 6 pl. dépl., 8°(les 5 pages non chiffrées in fine proposent un extrait du catalogue du libraire).
C.-J. Mitchell, «La fausse rubrique «Londres» durant la Révolution française», dans Livre et Révolution. Colloque organisé par l’Institut d’histoire moderne et contemporaine (C.N.R.S.). Paris, Bibliothèque nationale, 20-22 mai 1987, dir. Frédéric Barbier, Claude Jolly, Sabine Juratic, Paris, Aux amateurs de livres, 1989, p. 157-164

jeudi 27 septembre 2012

Publication des Actes du symposium de Sinaia

Les Actes du IVe Symposium roumain d’histoire du livre viennent de paraître: ce symposium s’était tenu à Sinaia (Roumanie) du 20 au 23 septembre 2011, et portait sur
«Livres et bibliothèques de la noblesse, du Moyen Âge au XXe siècle». On ne peut que souligner la rapidité de l’édition des symoposium successifs organisés par nos collègues roumains. Dans ce volume, toutes les communications sauf une sont publiées en français.

Sommaire
Allocution, par Florin Rotaru directeur général de la Bibliothèque métropolitaine de Bucarest
Introduction: Livres et bibliothèques de la noblesse, du Moyen Âge au XXe siècle, par Frédéric Barbier
Sacra Parallela, par Rodica Paléologue
L’aristocratie centre-européenne des XVIe-XVIIe siècles, et ses goûts de lecture des romans de chevalerie publiés en espagnol, italien et français, par Jarošlava Kasparova
Les bibliothèques de la noblesse: l’œil vivant de son temps, par Jitka Radimska
Les livres de la noblesse, ou la noblesse des livres : la prééminence des armes ou des lettres sous la «Restauration» du Portugal, par Daniel Magalhães Porto Saraiva
Les nobles comme « passeurs culturels » et le rôle de l’imprimé en France aux XVIe-XIXe siècles: l’exemple des La Rochefoucauld, par Frédéric Barbier
Transformations linguistiques et thématiques dans les bibliothèques aristocratiques de la Hongrie du XVIIIe siècle, par István Monok
La bibliothèque Batthyaneum, fondée à Alba Julia par l’évêque de Transylvanie, le comte Ignaz Batthyány, par Doina Henri Biro
Lectures et bibliothèques de la noblesse dans les principautés roumaines (XVIIIe siècle): bilan et perspectives de recherches, par Radu G. Paun
Cantemir: bibliothèques réelles, bibliothèques imaginaires, par Ştefan Lemny
Les bibliothèques Kaunitz: des catalogues et des lectures multiples, par Christine Lebeau
Un grand commis bibliophile: le marquis de Méjanes, par Raphaële Mouren
Une place de bibliothécaire auprès d’un héros législateur ne doit pas être facile à remplir: les bibliothèques de Napoléon Ier, par Charles-Éloi Vial
Les éditions de Jean-Baptiste Bodoni dans les bibliothèques des nobles d’Europe au XIXe siècle, par Andrea De Pasquale
Les bibliothèques de la noblesse brésilienne au XIXe siècle: l’inventaire du marquis de Monte Alegre, par Marisa Midori De Aecto
Śrī Bavānrao Panta-Pratinidi (1868-1951), chief of Audh: Founder and Patron of Institutions and Libraries, par Shreenand L. Bapat
Cet ensemble de textes est complété par cinq «Études d’histoire du livre» consacrées l’histoire du livre en Roumanie, mais sans rapports avec le thème général de la noblesse. Le volume se présente sous la forme de Mélanges offerts à Frédéric Barbier pour son soixantième anniversaire, et il porte l’avant-titre: «In honorem professoris Frédéric Barbier 60».

Bibliothèque métropolitaine de Bucarest. Actes du symposium international Le livre, la Roumanie, l’Europe. 4e édition : 20-23 septembre 2011. Tome I: (…) Histoire et civilisation du livre, textes réunis et édités par Frédéric Barbier, Bucarest, Editura Biblioteca Bucureştilor, 2012, XVI-[2-]324 p., ill.
ISSN 2068 9756

mardi 25 septembre 2012

Nouvelle publication: "Livro"

La deuxième livraison de la revue
Livro. Revista do nucléo de studos do livro e da edição
vient de sortir à São Paolo.
Il s’agit d’un imposant volume de 480 pages, publié sous la direction de Plinio Martins Filho et de Marisa Midori De Aecto, et dont le contenu se répartit entre plusieurs grandes rubriques:
1- «Leituras», avec sept articles, notamment celui sur la censure (José Augusto dos Santos-Alves), sur les transferts culturels et l’histoire du livre (Michel Espagne), etc.
2- Le «Dossié» traite des techniques et des pratiques de production des livres: il accueille huit contributions, les unes rétrospectives (par ex. Raphaële Mouren, «Conceber e Fabricar un Livro: um Empreendimento de Equipe»), les autres relatives à des expériences contemporaines (par ex. Mayra Laudana, «Livro de Artista»).
3- Dans la section «Arquivo», nous trouvons quatre contributions, parmi lesquelles on remarque plus particulièrement un article de Dorothée de Bruchard sur William Morris, et une «Note» (Nota) de ce dernier.
4- La section «Acervo» traite des bibliothèques: les bibliothèques privées et la lecture à l’époque moderne (István Monok), la bibliothèque d’Urbino (Claudio Giordano), le récit d’un étonnant «Voyage à travers les anciennes bibliothèques de Transylvanie» (Marisa Midori De Aecto), la bibliothèque publique de Salvador de Bahia (Fabiano Cataldo de Azevedo) et «Le bibliothécaire» (Hugo Segawa)
5- Suivent plusieurs sections plus courtes: Almanaque (avec des textes plus littéraires), Memoria, Bibliomania (comptes rendus d’ouvrages, dont certains prennent la dimension de petits articles), Estante Editorial, Debate, Letra & Artes.
Nous ne pouvons que souligner la qualité du contenu, mais ce qui est au moins aussi remarquable, c’est la qualité formelle de la revue: la mise en pages est particulièrement soignée, les reproductions en couleurs ne manquent pas, chaque section est introduite par une page de titre imprimée en blanc sur fond noir, et l’ouvrage est scandé par des créations iconographiques d’artistes contemporains, qui en font pratiquement un livre de bibliophilie.
La qualité des textes rejoint la qualité formelle de la mise en livre, et l’ensemble fait à la fois l’honneur des éditeurs, et le plaisir des lecteurs.
ISSN 2179-801 X (août 2012)

mercredi 23 mai 2012

La nouvelle Bibliothèque nationale de Roumanie

Le 23 avril dernier, sous le titre de «Perspectives pour la culture: la Bibliothèque nationale de Roumanie», s'est déroulée l’inauguration du nouveau siège de la Bibliothèque nationale, dans un bâtiment de sept étages au 22, boulevard Unirii à Bucarest). Madame Elena Tîrziman, directrice générale, a présidé les manifestations scientifiques et culturelles qui ont marqué l'événement une semaine durant.
Parmi les débats, nous retiendrons: «Qu’est-ce qu’une bibliothèque? » (Elena Tîrziman), «Les bibliothèques publiques en Roumanie: formation, information, espace sociétal. Quelques portraits» (par des représentants des bibliothèques départementales), «L’enseignement bibliothéconomique en Roumanie: bilan et perspectives» (par des enseignants des universités de Bucarest, Sibiu, Timişoara et Braşov), «Les bibliothèques et leur rôle dans l’éducation» (par l’Association des Bibliothécaires de Roumanie), «Les bibliothèques et la propriété intellectuelle en Roumanie», et «La BNR et l’accès aux collections électroniques». L'architecture était également envisagée, comme il est logique, avec des conférence sur «Bâtiments des bibliothèques en Roumanie» (Pr. Nicolae Noica), et sur «La Bibliothèque de la Faculté de médecine vétérinaire, de Bucarest» (Letiţia Purdoiu).

Le colloque du «Cinquième centenaire du Tétra évangéliaire de Macarié (1512-2012)» a réuni les historiens du livre, dont Mihai Mitu, Gheorghe Chivu, Gheorghe Buluţă, Doru Bădăra et Elena Maria Schatz, ainsi que trois représentants de bibliothèques patrimoniales (Anca Andreescu, Collection Spéciales de la BNR; Policarp Chiţulescu, Bibliothèque du Saint Synode; Doina Hendre Biro, Bibliothèque Batthyaneum d’Alba Iulia). À la fin du colloque ont été présentés les derniers numéros de la Revue roumaine d’histoire du livre, de Biblioteca et de la Revue roumaine de conservation et de restauration du livre. Les démonstrations de restauration du papier, du parchemin et de la reliure, ont retenu un large public. Elles étaient faites par des spécialistes du Centre national de pathologie et de restauration du livre, et complétées par une conférence sur ce thème (Mariana Nesfântu). Sans oublier les démonstrations dans le domaine de l’électronique et de la numérisation des livres (Samsung, Kosson, ProQuest, E-nformation, Star Storage, Ebsco Publishing Quartz Matrix, etc).
D’autres manifestations culturelles ont encore enrichi le programme, notamment les deux conférences sur «Le tigre de papier: écrivains et livres», par le philosophe Gabriel Liiceanu, et «L’heure de littérature à la Bibliothèque nationale de Roumanie», par la poétesse Ana Blandiana, toutes deux avec comme modérateur le critique littéraire Alex Ştefănescu.
Enfin, plusieurs expositions étaient organisées, sur l’histoire du livre («Centres de production de livres roumains anciens»), sur la photographie («Mail-art: la bibliothèque dans toutes ses états») et sur les beaux-arts («Le livre, œuvre ouverte»; « Herbaryum- écriture»; «Couleurs des femmes»; « Marques de l’art religieux»). Trois autres expositions avaient été réalisées par des enfants, tandis que les manifestations comportaient un volet musical et un cycle de «Dialogues interculturels» (avec l’Italie comme premier invité).
Dans cette phase initiale, la Bibliothèque nationale de Roumanie met à la disposition de ses utilisateurs, les services suivants: 1) Information générale et inscription; 2) Catalogues et références; 3) Sept salles de travail (Littérature, Périodiques, Droit, Jeunesse, Dialogues culturels, Références (dictionnaires, encyclopédies, bibliographies nationales) et Cabinet bibliologique). Avant la fin de l’année doivent ouvrent ouvrir la Ludothèque et la Salle technique, avec 80 places. La BNR possède aussi des espaces d’exposition, des salles de conférence et un amphithéâtre de 380 places.
(Communiqué par Doina Hendre-Biro)

dimanche 13 mai 2012

Revue roumaine d'histoire du livre

Revista Romana de istoria cartii,
7e année, n° VII,
188 p., ill.
Revue publiée par la Bibliothèque de l’Académie de Roumanie, la Bibliothèque centrale et universitaire et la Bibliothèque nationale de Roumanie, sous la direction de Doru Bădără.
ISSN 1584 7896

Les articles de cette livraison sont publiés en anglais, français et roumain, avec des résumés.

Table
Un destin d’intellectuel au XVIe siècle: Étienne Dolet, par Frédéric Barbier
Constantin Karadja (1889-1950), homme de culture et diplomate, par Ileana Stănculescu
Un bibliophile moldave au début du XIXe siècle: le grand écuyer Ioan Balş, par Constantin Karadja
L’Octoi de Macarie, par Doru Bădără (suivi du compte rendu d’un ouvrage publié à l’occasion du cinquième centenaire du premier livre imprimé de musique liturgique en Roumanie)
In Honorem Gabriel Ştrempel, par Ştefan Ştefănescu
Nouveaux détails sur le Tetraevangelhie de Gavri Uric, 1429) (sur le ms Bodl. Canon Graeci 122), par Elena Ene D-Vasilescu
Notes bibliologiques (4) et (5), par Mihai Mitu
Luigi Fernando Marsigli et les Balkans, par Anna Angelova et Dimitar Vesselinov
Vasile Manole Buga, éditeur, épistate et directeur d’imprimerie à Bucarest et à Buzău (1819-1838), par Daniela Lupu
Livres provenant des bibliothèques roumaines médiévales conservés à la Bibliothèque du Saint Synode, par Policarp Chiţulescu
Le Troparion, la plus courte poésie hymnographique, par Alexandra Crăciunescu
Comptes rendus d’ouvrages
On notera particulièrement l’article consacré au grand écuyer Ioan Balş († 1839), descendant d’une famille noble de Bessarabie et qui s’est employé à organiser une bibliothèque moderne dans la capitale moldave. L’article est fondé sur l’édition de plusieurs lettres de Barbié du Bocage, qui a un temps joué le rôle d’intermédiaire pour le boyard.
Elles montrent que celui-ci étaient attentif à se procurer les nouveautés publiées en France et qui pouvaient intéresser la géographie de l’Europe du Sud-Est: il s’agit tout particulièrement d’ouvrages sur les antiquités grecques, sur la cartographie historique, sur les voyages, dont le Voyage pittoresque de la Grèce de Choiseul-Gouffier.
Les lettres informent de manière très pertinente sur les conditions matérielles des achats (avec les problèmes de paiements et d’expéditions à travers l’Europe); sur le rôle de personnes privées, comme Barbié du Bocage, dans les échanges de librairie au début du XIXe siècle; sur l’engagement d’un représentant d’une grande famille moldave au service de la modernisation du pays, et sur le rôle dévolu au livre et à l’éducation dans ce processus.
Enfin, les lettres nous apportent un éclairage inédit sur un certain nombre de figures que nous avons vu apparaître dans le cadre des relations entre la France et les «principautés» à la fin de l’Ancien Régime et au début du XIXe siècle: non seulement Barbié du Bocage lui-même, mais aussi Fleury, secrétaire de Choiseul-Gouffier, les agents consulaires français (dont Reinhart à Jassy), sans oublier D’Ansse de Villoison. Voici la preuve qu’il existe, outre les sources encore à explorer aux Archives diplomatiques de Paris (au premier chef, la correspondance consulaire), des sources inédites particulièrement riches dans la géographie concernée par cette problématique.

vendredi 4 novembre 2011

Histoire du livre en Roumanie

Nous avons souvent regretté le fait que, en France, le petit monde des bibliothèques soit longtemps resté négligé par la recherche, tout particulièrement pour ce qui regarde le fonctionnement interne de la bibliothèque, l’organisation de son espace, son mobilier, la gestion de ses collections, les pratiques d’utilisation, etc., sans oublier ceux que l’on... oublie le plus fréquemment, à savoir le personnel et au premier chef les bibliothécaires. Nous avons déjà rencontré le personnage de Gilles Malet, nous avons évoqué le rôle de Pierre Claude François Daunou, des travaux existent, par exemple sur Léopold Delisle, des ressources sont disponibles sur Internet (par exemple le colloque de l’Enssib «Histoire des bibliothécaires»), et le détail des monographies publiées sur tel ou tel personnage serait sans fin. Mais, jusqu’à présent, pas d’étude systématique, contrairement à ce que l’on observe dans certains pays.
C’est ainsi que vient tout récemment de paraître un dictionnaire biographique des scientifiques du livre (les «bibliologues»), dont les bibliothécaires, ayant travaillé en Roumanie au XXe siècle :
Gheorghe Buluțǎ, Victor Petrescu, Emil Vasilescu,
Bibliologi Români. Dicționar,
Târgovişte, Editura Bibliotheca, 2011, 322 p., ill.
(«Informare comunicare»).
ISBN 978-973-712-591-0.
Le volume propose une introduction («Argument», p. 7-16) présentant le concept de bibliologie et son histoire dans la langue et dans la pensée de Roumanie. Il s’agit d’un concept lié d’abord aux travaux de bibliographie rétrospective, et à l’enseignement professionnel. Après la liste des abréviations s’ouvre la partie des notices biographiques elles-mêmes, données par ordre alphabétique (p. 19-257). Plusieurs compléments viennent en fin de volume: une présentation des périodiques spécialisés publiés en Roumanie (p. 258-274), une liste des associations professionnelles (p. 275-279), la bibliographie scientifique (livres, puis articles et contributions, p. 280-290). La fin du volume (p. 291 et suiv.) propose une présentation en anglais et en français, un index nominum, un index des titres de périodiques et des noms des associations (ces index ne s’imposaient pas, puisqu’ils suivent précisément l’ordre alphabétique des trois listes), enfin, une galerie de portraits et de photos.

vendredi 7 octobre 2011

Le luthéranisme, le Livre et les livres

Pour la Réforme luthérienne, la Bible est la référence absolue: il convient donc de pousser à la lecture de la Bible, notamment en privé, et donc de promouvoir une alphabétisation la plus large possible. C’est dans ce but qu’un certain nombre de villes passées à la Réforme vont promouvoir le système des bibliothèques de communauté (Gemeindebibliothek), très souvent liées aux écoles, mais qui préfigurent aussi les bibliothèques municipales.
Alors qu’il est de retour à Wittenberg après le séjour à la Wartburg, Luther publie en 1524 une adresse aux Magistrats de toutes les villes allemandes (cliché 1) pour les engager à créer des écoles pour tous les enfants, filles et garçons, et à renouveler complètement le fonds de livres mis à leur disposition.
Le canon bibliographique nouveau est fondé d’abord sur la Bible (dans les trois langues bibliques, mais aussi en allemand et dans les autres langues modernes) et sur les commentaires de la Bible; il exclut un certain nombre de domaines, comme les Pères de l’Église ou encore le droit canon; mais il s’étend désormais plus largement au savoir profane, à la grammaire, aux classiques et aux traités spécialisés, par exemple sur la médecine. L'avance de l'Europe protestante en matière d'alphabétisation, voire de formation scolaire, trouve son origine dans ces prises de position.
Luther est vigoureusement aidé dans cette voie par Philippe Schwarzerd dit Mélanchton (1497-1560), personnalité relativement moins connue en France que dans l'espace germanophone et en Europe centrale. Originaire du Palatinat et très vite réputé sa connaissance du grec, Mélanchton est appelé en 1518 par le duc Frédéric le Sage pour enseigner cette langue à Wittenberg. Il est convaincu de l’importance morale de la formation intellectuelle, se forme à la théologie auprès de Luther, mais intervient dans toutes sortes de disciplines, du grec à l’histoire et à l’astronomie.
L’influence du «précepteur de la Germanie», est immense: Mélanchton publie lui-même un grand nombre de manuels pédagogiques, et son enseignement attire de nombreux étudiants allemands et étrangers à Wittenberg.
Fréquemment, les nouvelles écoles protestantes créées dans les villes prennent la suite d’anciennes écoles latines, y compris s’agissant de la bibliothèque. Les collections de livres sont en revanche considérablement augmentées par suite de la sécularisation des biens d’Église décidée par les princes et les villes passés à la Réforme. À Augsbourg, métropole de la Réforme dans le sud de l’Allemagne, le Magistrat décide ainsi, en 1537, d’ouvrir une Stadtbibliothek (Bibliothèque de la ville) à partir des collections sécularisées, et de consacrer un budget annuel de 50 florins pour son enrichissement. La bibliothèque est d’abord installée aux Dominicains, puis transportée près de l’école Sainte-Anne (1562), dont le recteur fait désormais office de bibliothécaire.
C’est ce modèle qui est importée par Johann Honter à Kronstadt (Brasov), ville peuplée par les Saxons allemands aux confins orientaux de la Transylvanie (clichés 2 et 4: bâtiment ayant succédé à l'ancienne bibliothèque, et aujourd'hui en attente de rénovation). Honter est né en 1498 à Kronstadt; de 1520 à 1533, il fait des études supérieures et voyage à l’ouest, notamment à Bâle (Bâle vient de passer à la Réforme et de chasser son évêque en 1527). Durant ce long périple, le royaume de Hongrie a été détruit par les Ottomans (1526), de sorte que la Transylvanie est désormais une principauté pratiquement indépendante, mais isolée à l’est de l’Europe.
Mais l’influence de Mélanchton touche aussi la Transylvanie, et 227 étudiants transylvains fréquentent d'ailleurs l’université de Wittenberg jusqu’en 1560. Rappelé par le Magistrat de Kronstadt en 1533 pour réorganiser les écoles en ville, Honter met en œuvre le modèle luthérien. Il crée dès 1534 une bibliothèque scolaire (Schulbibliothek), pour laquelle il commence lui-même à imprimer sans doute en 1539. Il correspond régulièrement avec Mélanchton, et onze éditions de Mélanchton sortent en Transylvanie entre 1548 et 1570, dont huit à Kronstadt et les trois autres Klausenburg (Cluj) (cliché 3).
L’école de Kronstadt, abritée dans le cloître de l’église, est installée dans un nouveau bâtiment en 1541. L’année suivante, alors que Buda est tombée aux mains des Ottomans, la ville franchit le pas et passe à la Réforme: Honter est nommé pasteur de la nouvelle communauté en 1544. C’est cette communauté, associant église réformée, école et bibliothèque (un temps aussi imprimerie) qui existe toujours aujourd’hui sous le nom de son premier pasteur (Honterusgemeinde).
Hic fuit bibliotheca scholæ Coronensis- Johannes Honterus- 1547


Martin Luther, An die Ratsherren aller Städte deutsches Landes, daß sie christliche Schulen aufrichten und halten sollen, Wittenberg, [M. Lotter, ou L. Cranach et C. Döring ?], 1524.

mercredi 28 septembre 2011

Un humaniste réformateur... et imprimeur

Au pied des Carpates, Brassov / Kronstadt (latin: Corona) tient un des passages les plus fréquentés à travers la montagne vers la Valachie, la mer Noire et Constantinople. Rien de surprenant à ce que la ville ait depuis le XIIe siècle été importante à la fois comme marché, comme étape, comme place forte contre les nomades et les Ottomans, et comme pôle culturel. Kronstadt est d’abord peuplée par les émigrants allemands, les Saxons de Transylvanie, et le visiteur qui la découvre aujourd’hui est en effet surpris par l’air de famille que le centre historique a avec une ville allemande ancienne (cliché 1: la place de l'Hôtel de ville).
Kronstadt passe à la Réforme au XVIe siècle, et l’église noire (Schwarze Kirche), au cœur de la ville, accueille le premier culte luthérien en 1542. Le moment est favorable, celui de l’éclatement du puissant royaume de Hongrie: la plaine du Danube est ottomane, les bribes du royaume indépendant sont à l’Ouest (autour de Presbourg), et la Transylvanie prend son autonomie en tant que principauté.
Le passage de Kronstadt à la Réforme est facilité par l’action d’un personnage hors du commun, Johann Honter (Johannes Honterus). Honter est né à Kronstadt à l’extrême fin du XVe siècle, et il se forme aux universités de Vienne et de Cracovie, avant de s’installer quelques temps à Bâle. C’est à Cracovie et à Bâle qu’il apprend la typographie et la gravure sur bois, et qu’il commence à publier, notamment une grammaire latine et surtout la première carte connue de Transylvanie. C’est aussi au cours de ce voyage qu’il découvre la Réforme.
Honter rentre à Kronstadt en 1533, avec le projet de favoriser l’implantation du luthéranisme, de développer les études humanistes et d’engager ainsi la ville et sa province dans un processus d’acculturation et de modernisation. Il fonde un collège humaniste, mais, surtout, il a rapporté du matériel typographique, et il obtient du Magistrat l’autorisation de créer un moulin à papier.
L’imprimerie fonctionne à partir de 1539, donnant notamment des manuels de piété et d’enseignement, ainsi que le Kirchenordnung (ordonnance) qui règle le fonctionnement de la nouvelle Église (luthérienne) des Saxons de Transylvanie (cliché 2). Un titre exceptionnel est celui de la Cosmographie de 1542, pour laquelle Honter grave lui-même treize cartes et qui sera largement rééditée dans l’Europe germanophone (cliché 3: la carte est celle de l'Europe du Sud-Est, et l'on reconnaît la Transylvanie au centre, région rehaussée en vert et encadrée par les Carpates). Tous ces titres sont de petits formats, mais d'une qualité d'exécution très remarquable.
Honter décède à Kronstadt en 1549. On ne peut qu’être frappé par l’ambition et par la cohérence du programme conçu et systéma- tiquement mis en œuvre par lui, programme dans lequel l’imprimé tient la place centrale et qui permet à Honter d’inscrire les marches de la Transylvanie dans le mouvement européen de l’humanisme réformé.
Le domicile de Honter est aujourd’hui conservé, le collège fonctionne toujours, tandis que les archives et la bibliothèque de l’Église (Honterusgemeinde) possèdent des séries archivistiques remontant à 1342, ainsi que plus de 2000 éditions imprimées antérieures au XIXe siècle – dont nombre de titres sortis des presses mêmes de Honter. Abrité contre l’Église noire, un monument commémoratif a été élevé en 1898, avec la statue du réformateur, tandis que la typographie est représentée sur l’une des faces du soubassement (cliché 4).

lundi 26 septembre 2011

En Transylvanie

La principauté de Transylvanie forme un ensemble très complexe. Abritée vers l’extérieur par l’arc des Carpates (Carpates du sud et Carpates de l’est), elle est un pays de plateaux et de collines, et surtout un véritable château d’eau pour les régions qui l’entourent. Dans ce cadre coexistent plusieurs «nations» et religions, les Hongrois et les Roumains, mais aussi les Saxons venus d’Allemagne, les Tsiganes, etc.
Vers l’Est, la Transylvanie, longtemps principauté vassale de la Porte, est comme encadrée par les deux principautés roumaines historiques, la Valachie (Bucarest) et la Moldavie (Iașy).
Comme nous le soulignions dans un précédent billet, la principauté possède de très remarquables bibliothèques anciennes, témoignage d’un passé particulièrement riche sur le plan culturel. À Alba Julia (Gyulafehérvár / Karlsburg), une imposante forteresse à la Vauban tient la frontière orientale face aux Ottomans, mais la cathédrale abrite les tombeaux de la famille Hunyadi, celle même du roi Matthias Corvin. Si l’on ajoute que c’est à Alba Iulia qu’a été votée, en 1918, l’union des trois provinces devant constituer la Roumanie nouvelle (Roumains et Saxons se sont prononcés pour le rattachement de la Transylvanie), on comprendra que nous sommes devant une ville chargée de lourds symboles.
Mais Alba Iulia conserve aussi une institution célèbre auprès des historiens du livre: il s’agit du Batthyaneum, du nom de son fondateur. Le comte Ignaz Batthyány naît en 1741 au château de Neméthújvár (auj. Güssing, en Autriche). Il fait ses études au collège des Piétistes de Pest, puis dans différents séminaires et universités, avant de passer son doctorat en théologie au Collegium Germanicum et Hungaricum à Rome. D’abord chanoine à Eger, puis grand-prévôt d’Esztergom (la primatiale de Hongrie), il est nommé évêque de Transylvanie en 1780 par Marie-Thérèse. La période est difficile, et marquée par les dispositions libérales prises par l’empereur Joseph II, en partie contre l’Église catholique.
Batthyány est pourtant un homme des Lumières, qui caresse le rêve de fonder à Alba Iulia une académie, dans les locaux de l’ancien couvent des Trinitaires.
L’entreprise restera inachevée, avec la création d’un observatoire en 1792, et le legs de la bibliothèque de l’évêque, en 1798: même si l’établissement ne peut pas être ouvert immédiatement, la collection est destinée à devenir une bibliothèque dite «publique». Parmi les pièces exceptionnelles conservées à Alba Iulia, on rappellera l’évangéliaire carolingien de Lorsch (la seconde partie est au Vatican) et un grand nombre de manuscrits, un fonds de quelque six cents incunables et un riche fonds d’imprimés anciens, parmi lesquels des monuments de la typographie roumaine –sans oublier la collection de numismatique.
Mais, fait encore plus étonnant, la bibliothèque elle-même, en tant que local, est conservée pratiquement sans modifications depuis le tout début du XIXe siècle, au deuxième étage de l’ancienne église: le cadre de classement systématique et les livres n’ont pas bougé, les rayonnages peints de gris s’alignent toujours le long de la salle, tandis qu’un deuxième niveau est accessible en mezzanine.
Le programme iconographique est en cours d’étude, qui associe des scènes faisant référence à la création de la bibliothèque, et des figures de grands auteurs de l’Antiquité, sans oublier le portraitdu fondateur.
La Bibliothèque a commémoré en 2011 le 270e anniversaire de la naissance d’Ignaz Batthyány, par la mise en place d’un impressionnant buste de l'évêque, par une exposition, et par la publication d’un riche volume d’études (textes en roumain, français, allemand, anglais et hongrois): Batthyaneum. Omagiu fondatorului Ignatius Sallestius de Batthyan (1741-1798), Bucureşti, Editura Bibliotecii Naṭionale a României, 2011, 273 p., ill. (ISBN 978 973 8366 18 3). Sous la direction de Doina Hendre-Biro, conservateur en charge de la Bibliothèque, c'est là un ensemble d’études parfaitement réussi, et destiné à prendre place parmi les usuels de toute collection encyclopédique d’histoire du livre.
Clichés de Transylvanie, septembre 2011.

samedi 24 septembre 2011

Actes du symposium de Bucarest, 2010

Viennent de paraître: les Actes du IIIe Symposium international d’histoire du livre tenu à Bucarest en 2010, en 4 impressionnants volumes sous emboîtage, soit plus de 2000 pages au total ! Les volumes sont répartis de la manière suivante:
1- Histoire et civilisation du livre, 516 pages.
2- Bibliothéconomie et sciences de l’information, 242 pages.
3- Études euro- et afro-asiatiques, 755 pages.
4- Latinité orientale, 636 pages.
Le volume I, coordonné par Frédéric Barbier, traite notamment de la problématique de la langue en tant que langue imprimée. Il prend ainsi la suite de la quatrième livraison de Histoire et civilisation du livre. Revue internationale (2008), qu’il vient enrichir et compléter de manière particulièrement heureuse pour une géographie souvent méconnue en Europe occidentale.

Table du volume I, Histoire et civilisation du livre (ordre alphabétique des auteurs)
- Frédéric Barbier, «Construction et réception du texte imprimé en Occident, XIVe-XXe siècle : le problème de la langue»
- Daniel Baric, «Oubli d’une écriture, mort d’une langue –résurrection par l’imprimé? Le cas du glagolitique et du végliote, île de Veglia / Krk (XIXe-XXe siècle»
- Monica Breazu, «L’usage des devises au XVIe siècle en France dans le livre imprimé»
- Vera Tchentsova, «La correspondance du patriarche d’Antioche Athanase IV Dabbās avec la cour russe: à propos de l’imprimerie arabe d’Alep»
- Carmen Cocea, «Les Mille et une nuits en version roumaine: que reste-t-il à faire?»
- Maria Danilov, «About Macarie’s Liturghier (1508) discovered in Bessarabia at the end of 19th century»
- Nadia Danova, «Sur le chemin difficile de la modernisation: notes sur la censure dans les Balkans aux XVIIIe-XIXe siècles»
- Marisa Midori Deaecto, «Édition et idées de révolution au Brésil (1830-1848)»
- Andrea De Pasquale, «Exoticis linguis: le edizioni di Giambattista Bodoni in caratteri orientali»
- Marie-Pierre Dion Turkovics, «Les langues et le livre: le manuscrit 150 de la Bibliothèque de Valenciennes»
- Vincenza Grassi, «A survey of Arab-Islamic studies published at the university of Naples L’Orientale»
- Martin Haeuser, «Les cultures européennes et l’avenir»
- Jacques Hellemans, «Le commerce international de la librairie belge au XIXe siècle: l’affaire des réimpressions»
- Doina Hendre Biro, «Les Batthyány et les livres français de leurs bibliothèques»
- Sabine Juratic, «Francophonie et commerce du livre en Europe de l’Est et du Sud-Est au XVIIIe siècle: quelques questions»
- Otto Lankhorst, «La francophonie dans la librairie hollandaise aux XVIIe et XVIIIe siècles»
- Catherine Bertho Lavenir, «Nouvelles technologies et question de la langue: les blogs littéraires et les langues dominées. L’exemple du Québec»
- Doina Lemny, «Brancusi, la tentation de l’illustration»
- Maria-Luisa Lopez-Vidriero, «Contraintes des gens du livre et du marché lecteur espagnol: le français comme affaire»
- Claire Madl, «Les réseaux francophones du libraire praguois Gerle (1770-1790)»
- Olimpia Mitric, «Valeurs bibliophiliques dans la langue française présente en Bucovine (XVIIe-XVIIIe siècles»
- István Monok, «Boldizsár Batthyány, un homme de culture française»
- Raphaële Mouren, «Choix de langues et stratégies éditoriales au milieu du XVIe siècle»
- Ioan Maria Oros, «Livre et propriétaire, un binôme symbolique, ou Sur le statut du donateur»
- Radu G. Pãun, «Paradoxe des langues: des usages du français dans le premier XIXe siècle roumain»
- Popi Polemi, «Le livre grec dans les milieux balkaniques à la veille de la Révolution nationale: l’exemple des prospectus et des listes de souscripteurs»
- Geoffrey Roper, «England and the printing of texts fir the Orthodox Christians in Greek and Arabic, 17th-18th centuries
- Virgiliu Z. Teodorescu, « Contributions to the biographie of the author of the book Podud Mogoṣoaiei»
- Marie-Hélène Tesnière, «Vitalité et rayonnement du français en Europe à la fin du Moyen Âge: l’exemple de la librairie de Charles V»
- Radu Ṣtefan Vergati, «Des documents, des incunables et des livres traitant des universités médiévales européennes, XIIIe-XVIIIe siècle»
- Attila Verók, «Ungarländische Geschichtsschreibung mit französischer Manier in Deutschland? Französische Gesinnungselemente im Lebenswerk Martin Schmeizels»

Quelques articles d’histoire du livre sont aussi publiés dans le volume II, et, d’une manière générale, l’historien des cultures trouvera beaucoup à glaner dans l’ensemble des quatre volumes.

Éditeur: Bibliothèque de Bucarest, ISSN 2068-9756
NB: les auteurs, notamment les auteurs qui ne sont pas roumains et qui souhaitent obtenir leur exemplaire, doivent s'adresser directement à la Bibliothèque métropolitaine de Bucarest.

mercredi 21 septembre 2011

Une institution exemplaire des Lumières

Au-delà des frontières traditionnelles du Saint-Empire, l’Europe centrale et orientale est longtemps caractérisée, du point de vue du livre, par une conjoncture difficile: ce sont des régions relativement éloignées des centres de la librairie occidentale, Francfort/Main, Leipzig, Venise, plus encore Paris, les Provinces-Unies ou Londres. D’autre part, une grande partie des territoires est occupée par les Ottomans et, jusque dans les dernières décennies du XVIIe siècle, Vienne reste, à une cinquantaine de kilomètres à peine de la frontière, constamment sous la menace d’une invasion.
La situation commence à changer autour de 1700, avec le premier grand recul ottoman et avec la progressive intégration de cette Europe danubienne dans les circuits occidentaux du livre. Pourtant, dans une géographie du rattrapage, le rôle d’un certain nombre d’intermédiaires reste essentiel: les grands prélats, et les nobles, qui reçoivent une formation universitaire, qui voyagent, qui rapportent ou font venir des livres, qui commencent à collectionner et qui réunissent des bibliothèques parfois remarquables.
Progressivement, ce sont ces mêmes personnalités qui assument le rôle de passeurs culturels, soutenant les processus de modernisation et la progressive élaboration des différentes identités collectives structurées autour de chaque langue.
Le comte Sámuel Teleki (1739-1822) voyage et étudie à Bâle, Leyde, Utrecht et Paris, il entre en relations avec les principaux représentants des Lumières. Devenu chancelier de Transylvanie, il séjourne le plus souvent à Vienne, et élabore alors le projet d’une institution originale.
Il s’agit de fonder, à Tîrgu Mureṣ (Marosvásárhely), petite ville de quelque 7000 habitants au centre des domaines des Teleki, une bibliothèque universelle et moderne, et de mettre celle-ci à la disposition du public –ce qui est le cas dès 1802 (Bibliotheca Telekiana).
De manière extraordinaire, l’ensemble du dispositif est aujourd’hui conservé (bâtiment, mobilier et l’essentiel des collections). Teleki fait en effet construire un bâtiment spécifique pour sa bibliothèque, dans une aile nouvelle du Palais Teleki, face au Collège Réformé. La grande salle de magasin se déploie sur deux niveaux, avec une mezzanine, tandis qu’une salle plus petite, chauffée par un beau poêle de faïence, accueille les lecteurs, et qu’un appartement est réservé pour le bibliothécaire.
La collection initialement réunie par le comte compte quelque 40000 volumes, parmi lesquels la plupart des titres des Lumières, mais aussi des imprimés relatifs à la Révolution française, etc. Le comte est aussi un amateur averti, qui a acquis, outre des manuscrits et 52 incunables, des exemplaires d’éditions rarissimes ou précieuses (par ex. les grands typographes, d’Alde Manuce à Bodoni). La bibliothèque de sa femme, décédée en 1797 (environ 2000 titres), est également intégrée.
Teleki s’efforce de faire connaître son entreprise, et le catalogue de la bibliothèque en quatre volumes est imprimé à Vienne de 1796 à 1819. Il n’est pas question de présenter ici de manière trop rapide le devenir de la bibliothèque. Bornons-nous à dire que la Telekiana s’est encore enrichie après la mort de son fondateur, et qu’elle est en ce moment l’objet d’une restauration très profonde, financée principalement par le département de Mures. Les travaux doivent s’achever à relativement court terme, les livres pourront regagner leurs rayonnages, et les chercheurs à nouveau travailler, dans des conditions bien meilleures, sur ce qui reste un des exemples les plus représentatifs des institutions «culturelles» de l’Europe des Lumières.

Clichés (septembre 2011) : 1) Façade du Palais sur la rue. La bibliothèque occupe la partie à droite de la porte cochère. 2) À l’intérieur de la bibliothèque, en travaux de restructuration. La mobilier en place est d’origine. 3) Un fer aux armoiries du comte.

dimanche 27 mars 2011

Histoire des bibliothèques en Europe à l'époque moderne

Istvan Monok
Les Bibliothèques et la lecture dans le Bassin des Carpates, 1526-1750,
276 p., index ("Bibliothèque d'études de l'Europe centrale", 4).

Plan du volume
Introduction
     -Les bibliophiles
Typologie des sources
     - Prolégomènes
     - Typologie
Les bibliothèques institutionnelles
     - Les collections des cours de Buda et de Gyulafehérvar
     - Bibliothèques municipales et bibliothèques à caractère laïc
     - Les bibliothèques scolaires
     - Bibliothèques ecclésiastiques
     - Les bibliothèques hongroises hors du Bassin des Carpates
Les bibliothèques privées de catégories supérieures
     - Les collections des cours seigneuriales
     - Les bibliothèques de la noblesse
     - Les bibliothèques des savants et érudits
     - Les bibliothèques de prélats
Les catégories moyennes de la société
     - Bibliothèques de prêtres catholiques et de pasteurs protestants
     - Collèges réformés et intellectuels
     - La bourgeoisie
Les langues de lecture
     - Une situation linguistique complexe
     - Le latin et les langues vernaculaires: analyse de la production
     - L'apport des sources d'archives
     - Les sensibilités religieuses
     - Une chronologie différenciée de la langue vernaculaire
Collectionneur ou lecteur? Les pratiques de la collection
Aperçu du XVIIIe siècle
     - Bibliothèques ecclésiastiques
     - Séculiers et réguliers
     - Bibliothèques scolaires
     - Bibliothèques laïques
     - Les seigneurs
Conclusion: l'histoire des lecteurs en Hongrie du XVIe au XVIIIe siècle
Bibliographie sélectionnée
Index des noms propres et des noms de lieu

Présentation de l'éditeur: "Le royaume de Hongrie, jadis l'une des grandes-puissances européennes, disposait, au début du XVIe siècle d'un cadre institutionnel de la culture comparable à ceux des États occidentaux. La Bibliotheca Corviniana, la collection du roi Mathias Corvin avait sans doute été l'une des bibliothèques plus importantes de l'époque. La conquête ottomane fit écrouler le pays : les établissements bibliothécaires soit s'anéantirent, soit se dotèrent, grâce au succès de la Réforme, de contenus tout nouveaux. Les Églises protestantes (luthérienne, calviniste et antitrinitarienne) réussirent à créer de nouvelles institutions dans ce pays qui devint, à la fin du XVIe siècle, majoritairement protestant. L'église catholique ne récupère ses positions perdues qu'au début du XVIIIe siècle. Notre livre se propose de fournir une synthèse de ces deux siècles du point de vue de l'histoire des bibliothèques et de l'histoire de la lecture."

samedi 2 octobre 2010

Histoire du livre: publication des Actes du deuxième symposium de Bucarest

Parution des actes du symposium "Le livre, la Roumanie, l'Europe": Lucrările Simpozionului internaţional Cartea, România, Europa (20-24 septembrie 2009), Bucureşti, Editura Bibliotheca Bucureştilor, 2010, 937 p., ill. (ISSN 2068 9756).

La parution en moins d'un an des actes du deuxième symposium international tenu à Bucarest en 2009 sur le thème "Le livre, la Roumanie, l'Europe", témoigne de l'efficacité de l'organisation mise en place par nos collègues roumains. Le gros volume de plus de 900 pages a pu être distribué aux participants au troisième symposium, qui vient précisément de se tenir à Bucarest (voir le billet du 25 septembre 2010).
Comme tous les ans, le symposium était organisé en trois sections principales, dont la première ("Histoire et civilisation du livre") nous intéresse particulièrement. Nous y retrouvons un certain nombre de communications qui fournissent de précieuses informations sur la situation de l'histoire du livre en Europe centrale et orientale: Jacques Bouchard (Montréal) traite ainsi de "La littérature roumaine d'expression grecque", tandis que Ioana Feodorov (Bucarest) aborde la problématique relative au patriarche d'Antioche Athanase III Dabbās (vers 1700), à son voyage en Valachie et à ses relations avec les pays roumains en général.
La littérature roumaine du tournant du XVIIIe au XIXe au siècle est traitée par Alin Mihai Gherman (Alba Julia). Olimpia Mitric (Suceava) poursuit son exploration des collections de la Bucovine historique (avec une précieuse bibliographie et des illustrations), et Victoria Aura Păuş (Bucarest) envisage une nouvelle fois (mais de manière sans doute quelque peu traditionnelle) la problématique de l'usage du français comme langue de culture en Roumanie.
Radu Ștefan Vergattti traite de "L'existence du diocèse catholique de Valachie". D'autres contributions abordent des points d'histoire du livre non directement liés à l'Europe orientale ("La marque typographique À la Vraie Religion: fortune d'un emblème protestant", par Monica Breazu). Par ailleurs, un certain nombre de contribution est publié en anglais.
La suite du volume présente les communications relatives aux deuxième ("Bibliothéconomie et sciences de l'information") et troisième sections ("Études europénnes et afro-asiatiques"). Enfin, un intéressant ensemble d'articles (pratiquement tous en anglais) traite de l'histoire de la latinité orientale, tandis que le directeur général M. Florin Rotaru présente en annexe du volume le programme de numérisation "DacoRomanica", alias la Bibliothèque digitale roumaine (voir aussi à l'adresse: DacoRomanica). Avec le symposium annuel et avec la publication des volumes successifs lui correspondant, Bucarest s'impose comme une place majeure où s'élabore l'histoire du livre en Europe orientale. Nous attendons avec impatience la quatrième édition du symposium, et la publication des actes du troisième symposium (sept. 2010).