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mercredi 24 décembre 2014
lundi 6 octobre 2014
Le choc des générations
Quelques jours passés à Mayence sont l'occasion de revoir le Musée Gutenberg et d'évoquer le souvenir de saint Boniface, mais aussi de découvrir quelques dessins affichés dans sa vitrine par un libraire qui ne manque certes pas d'humour (le cliché est médiocre, parce qu'il est pris à travers la vitre, et en plein soleil).
Le premier de ces dessins met en scène un monsieur d'un certain âge, assis au milieu de sa bibliothèque, en train de lire. Il s'adresse à son fils, et lui dit avec émotion, en désignant les livres: "Tout cela t'appartiendra un jour". Mais le monsieur d'un certain âge parle en réalité tout seul: le petit garçon, assis par terre, appuyé sur le fauteuil, est quant à lui fasciné par ce qu'il voit sur la tablette qu'il tient dans les mains (on ne sait pas s'il lit un "@book", ou s'il est plongé dans les méandres de quelque jeu électronique).
A l'heure où le commerce de la librairie de détail se fait plus problématique (il est loin, le temps où la substitution d'une enseigne de mode à la librairie PUF du boulevard Saint-Michel avait choqué), notre libraire ne manque pas non plus d'un certain courage, en affichant ainsi une manière de prédiction peu réjouissante quant à l'avenir de sa branche d'activités. Le dessin ne propose-t-il pas, encore plus largement, une réflexion sur le cours de la vie humaine, et sur la difficulté de transmettre, même à ceux que nous aimons, quelque chose de notre univers de choix et de préférences?
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Topographie et voyages
lundi 23 décembre 2013
Vœux de Noël
Joyeux Noël,et très bonne nouvelle année
2014!
Ein frohes Weihnachten
und ein glückliches Neues Jahr
2014!
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lundi 8 juillet 2013
Disparition d'un bibliothécaire
Paul Raabe vient de s’éteindre, le vendredi 5 juillet dernier à Wolfenbüttel, à l’âge de quatre-vingt-six ans. Avec lui disparaît une des figures de bibliothécaire et d’historien du livre les plus remarquables de ces dernières décennies. Le cursus de Paul Raabe n’est pas connu de chacun, surtout en France: il est un homme d’Allemagne du nord, né à Oldenburg en 1927, bibliothécaire diplômé en 1951, puis étudiant d’histoire et de germanistique à Hambourg. Selon la tradition allemande, ses premières années professionnelles se font comme assistant, avant qu’il ne soutienne sa thèse en 1957, sur la correspondance de Hölderlin. Il sera docteur habilité en 1967. Paul Raabe va dès lors s’orienter plus nettement vers les bibliothèques, en devenant bibliothécaire de l’«Archive littéraire allemande» –cette institution exceptionnelle et trop peu connue en France– à Marbach.
Mais la carrière de Paul Raabe se confond à compter de 1968 avec la direction de la Bibliothèque de Wolfenbüttel (Herzog August Bibliothek), dont il saura faire un centre d’études mondialement reconnu. Il n’est pas inutile de rappeler ici que Wolfenbüttel est la petite «résidence» de la principauté de Brunswick Wolfenbüttel, et que les souverains y ont organisé à partir de la seconde moitié du XVIe et surtout au XVIIe siècle une des plus importantes, sinon la plus riche des bibliothèques de l’Europe du temps. Plus tard, la bibliothèque sera notamment dirigée par Leibnitz et par Lessing, Montesquieu en admirera les aménagements tandis que Stendhal y sera dépêché, sous l’Empire napoléonien, pour y saisir les pièces principales et les expédier à Paris…
Il n’est pas inopportun non plus de rappeler que, dans les décennies d’après-guerre, Wolfenbüttel était une ville relativement petite (50 000 hab.), sans aucune importance politique ni administrative (la principauté avait évidemment disparu), sans université, et surtout située au bout du monde. Adossée au rideau de fer, elle n’avait en effet plus d’arrière-pays, et on n’y arrivait qu’après un périple plus ou moins long sur des lignes ferroviaires de plus en plus secondaires. La situation économique se ressentait évidemment d’une position géographique devenue problématique.
Paul Raabe a su prendre à bras le corps les difficultés qui se posaient à lui. Entouré par une équipe d’abord bien réduite, il a réussi à rassembler les compétences, les appuis et les soutiens (dont ceux, décisifs, de la Fondation Volkswagen), pour enrichir, réaménager et étendre d’année en année la Bibliothèque. Celle-ci s’est imposée à partir de la décennie 1970 comme un centre international de recherche sur l’histoire de la culture et des idées en Europe du XVe au XIXe siècle, et comme un pôle de l'histoire du livre.
Parallèlement, la Bibliothèque a accueilli un nombre croissant de rencontres et de colloques, elle a impulsé une série impressionnante de collections éditoriales, tandis qu’un système très efficace de bourses de recherche permettait, et permet toujours, de financer le séjour de nombreux chercheurs plus ou moins avancés, pour travailler sur les collections de Wolfenbüttel.
Nous ne nous étendrons pas sur la carrière très riche de Paul Raabe. Celui-ci nous aura en définitive enseigné bien des choses, dont les principales, paradoxalement, ne se rapportent peut-être pas à l’histoire du livre. Elle nous aura confirmé ce dont nous sommes convaincus: ce qui, dans nos domaines, fait le grand administrateur, c’est moins la tristement célèbre et banale «bonne gouvernance» et la rationalisation systématique, que la volonté d’avancer, l’engagement permanent, et le respect en toute occasion de la liberté absolue de la pensée et de la recherche. Il nous aura encore excellemment montré ce que nous savons aussi: être un grand administrateur n’interdit en rien d’être aussi un grand chercheur, et un grand animateur de la recherche.
Paul Raabe aura pratiqué des années durant cette hospitalité extraordinaire qui a fait de Wolfenbüttel aussi «l’auberge de l’Europe», et notamment de l’Europe des historiens du livre. Toujours attentif à ses hôtes, mettant à leur disposition tous les moyens et tous les talents qu’il avait réunis, il était lui-même d’une culture bibliographique et historique étonnante Mais il était aussi un connaisseur reconnu en matière d’art graphique contemporain, et sa maison, la «Maison du directeur», où il recevait volontiers les participants des colloques, était à cet égard un véritable musée. Dans tous les domaines, le directeur était un «facilitateur»: nous ajouterons que ce rôle a été par lui exercé, avec une discrétion qui explique son efficacité, au niveau le plus élevé, lorsqu’il s’est agi d’aider au rapprochement Est-Ouest et de travailler à la possible réunification de l’Allemagne –et de l’Europe.
Paul Raabe était une personnalité impressionnante, et que nous admirions. Il a poursuivi son œuvre à Wolfenbüttel jusqu’en 1992, mais son action ne s’est pas interrompue avec la retraite. En effet, il s’est alors engagé, avec son énergie coutumière, pour la réhabilitation des Fondations Francke à Halle, et pour la restauration de leur bibliothèque exceptionnelle. Celle-ci par bonheur était restée pratiquement oubliée du régime communiste, ce qui lui a permis d’être conservée sur place, même si dans des conditions de plus en plus difficiles, jusqu’à la chute du Mur. Et, à Halle aussi, l’action de Paul Raabe s’est révélée d’une efficacité impressionnante.
Les dernières années de Paul Raabe avaient malheureusement été assombries par la disparition de son épouse, Mechthild. Aujourd’hui, les chercheurs, historiens et historiens du livre s'inclinent avec tristesse, mais aussi avec respect et avec reconnaissance, sur le souvenir de celui qui fut un des grands bibliothécaires et un des grands humanistes de notre époque.
Mais la carrière de Paul Raabe se confond à compter de 1968 avec la direction de la Bibliothèque de Wolfenbüttel (Herzog August Bibliothek), dont il saura faire un centre d’études mondialement reconnu. Il n’est pas inutile de rappeler ici que Wolfenbüttel est la petite «résidence» de la principauté de Brunswick Wolfenbüttel, et que les souverains y ont organisé à partir de la seconde moitié du XVIe et surtout au XVIIe siècle une des plus importantes, sinon la plus riche des bibliothèques de l’Europe du temps. Plus tard, la bibliothèque sera notamment dirigée par Leibnitz et par Lessing, Montesquieu en admirera les aménagements tandis que Stendhal y sera dépêché, sous l’Empire napoléonien, pour y saisir les pièces principales et les expédier à Paris…
Il n’est pas inopportun non plus de rappeler que, dans les décennies d’après-guerre, Wolfenbüttel était une ville relativement petite (50 000 hab.), sans aucune importance politique ni administrative (la principauté avait évidemment disparu), sans université, et surtout située au bout du monde. Adossée au rideau de fer, elle n’avait en effet plus d’arrière-pays, et on n’y arrivait qu’après un périple plus ou moins long sur des lignes ferroviaires de plus en plus secondaires. La situation économique se ressentait évidemment d’une position géographique devenue problématique.
Paul Raabe a su prendre à bras le corps les difficultés qui se posaient à lui. Entouré par une équipe d’abord bien réduite, il a réussi à rassembler les compétences, les appuis et les soutiens (dont ceux, décisifs, de la Fondation Volkswagen), pour enrichir, réaménager et étendre d’année en année la Bibliothèque. Celle-ci s’est imposée à partir de la décennie 1970 comme un centre international de recherche sur l’histoire de la culture et des idées en Europe du XVe au XIXe siècle, et comme un pôle de l'histoire du livre.
Parallèlement, la Bibliothèque a accueilli un nombre croissant de rencontres et de colloques, elle a impulsé une série impressionnante de collections éditoriales, tandis qu’un système très efficace de bourses de recherche permettait, et permet toujours, de financer le séjour de nombreux chercheurs plus ou moins avancés, pour travailler sur les collections de Wolfenbüttel.
Nous ne nous étendrons pas sur la carrière très riche de Paul Raabe. Celui-ci nous aura en définitive enseigné bien des choses, dont les principales, paradoxalement, ne se rapportent peut-être pas à l’histoire du livre. Elle nous aura confirmé ce dont nous sommes convaincus: ce qui, dans nos domaines, fait le grand administrateur, c’est moins la tristement célèbre et banale «bonne gouvernance» et la rationalisation systématique, que la volonté d’avancer, l’engagement permanent, et le respect en toute occasion de la liberté absolue de la pensée et de la recherche. Il nous aura encore excellemment montré ce que nous savons aussi: être un grand administrateur n’interdit en rien d’être aussi un grand chercheur, et un grand animateur de la recherche.
Paul Raabe aura pratiqué des années durant cette hospitalité extraordinaire qui a fait de Wolfenbüttel aussi «l’auberge de l’Europe», et notamment de l’Europe des historiens du livre. Toujours attentif à ses hôtes, mettant à leur disposition tous les moyens et tous les talents qu’il avait réunis, il était lui-même d’une culture bibliographique et historique étonnante Mais il était aussi un connaisseur reconnu en matière d’art graphique contemporain, et sa maison, la «Maison du directeur», où il recevait volontiers les participants des colloques, était à cet égard un véritable musée. Dans tous les domaines, le directeur était un «facilitateur»: nous ajouterons que ce rôle a été par lui exercé, avec une discrétion qui explique son efficacité, au niveau le plus élevé, lorsqu’il s’est agi d’aider au rapprochement Est-Ouest et de travailler à la possible réunification de l’Allemagne –et de l’Europe.
Paul Raabe était une personnalité impressionnante, et que nous admirions. Il a poursuivi son œuvre à Wolfenbüttel jusqu’en 1992, mais son action ne s’est pas interrompue avec la retraite. En effet, il s’est alors engagé, avec son énergie coutumière, pour la réhabilitation des Fondations Francke à Halle, et pour la restauration de leur bibliothèque exceptionnelle. Celle-ci par bonheur était restée pratiquement oubliée du régime communiste, ce qui lui a permis d’être conservée sur place, même si dans des conditions de plus en plus difficiles, jusqu’à la chute du Mur. Et, à Halle aussi, l’action de Paul Raabe s’est révélée d’une efficacité impressionnante.
Les dernières années de Paul Raabe avaient malheureusement été assombries par la disparition de son épouse, Mechthild. Aujourd’hui, les chercheurs, historiens et historiens du livre s'inclinent avec tristesse, mais aussi avec respect et avec reconnaissance, sur le souvenir de celui qui fut un des grands bibliothécaires et un des grands humanistes de notre époque.
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vendredi 28 décembre 2012
dimanche 23 décembre 2012
jeudi 30 août 2012
Merci à tous!
L’administrateur du blog remercie tous les amis
qui lui ont envoyé leurs vœux le 27 août,
à l’occasion de ses soixante (!!!) ans.
À l’orée d’une nouvelle année universitaire,
et alors que les questions d’histoire
-et d’histoire du livre et des médias-
intéressent toujours plus nos contemporains,
il invite les uns et les autres
à participer encore plus étroitement
à la vie du blog.
Merci à tous!
vendredi 15 juin 2012
vendredi 13 avril 2012
Une devinette d'histoire du livre
Comment mieux commencer les vacances qu'avec une petite devinette que nous propose le site de la Bibliothèque du Musée Condé, au château de Chantilly?
"Quelle chose est au monde qui moins prouffite quand il est clos?"
"C'est ung livre"
Le site de la Bibliothèque explique que la devinette est tirée du manuscrit 654, manuscrit visiblement fort élégant, "écrit sur parchemin à Gand ou Bruges vers 1470, [et qui] est le plus ancien et le plus riche recueil de devinettes du Moyen Age", tout au moins s'agissant de l'espace francophone.
"Quelle chose est au monde qui moins prouffite quand il est clos?""C'est ung livre"
Le site de la Bibliothèque explique que la devinette est tirée du manuscrit 654, manuscrit visiblement fort élégant, "écrit sur parchemin à Gand ou Bruges vers 1470, [et qui] est le plus ancien et le plus riche recueil de devinettes du Moyen Age", tout au moins s'agissant de l'espace francophone.
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samedi 31 décembre 2011
samedi 24 décembre 2011
Vœux de fin d'année
jeudi 22 décembre 2011
La "Nef des fous", un livre de notre temps
Qui ne connaît le passage de Jean Paul, dans la Vie de Fixlein, où ce dernier se rit des «massorètes allemands». Les massorètes croient découvrir des significations cachées dans la statistique des textes, et ils comptent les lettres composant les livres sacrés. Ces opérations vaines sont susceptibles de développements infinis, et tout aussi vains, s'agissant de listes et d'états de toutes sortes:
[Fixlein] prit place parmi les massorètes allemands. Il soulignait tout à fait justement dans sa préface que les Juifs pouvaient être fiers de leur masora, qui leur disait avec quelle fréquence chaque lettre se présentait dans leur Bible, par exemple l’aleph 42377 fois, combien il s’y trouve de versets où se rencontrent toutes les consonnes (il y en a 26) ou seulement 24 (il y en a 3), combien l’on avait de versets dans lesquels apparaissent jusqu’à 42 mots et 160 consonnes (il n’y en a qu’un, Jérém. XXI, 7), quelle est la lettre du milieu dans chacun des livres (dans le Pentateuque, IIIe livre, Moïse, XI, 42, c’est le noble «V») ou même dans toute la Bible. Mais nous autres Chrétiens, où pouvons-nous montrer un massorète semblable pour la Bible de Luther? A-t-on examiné avec précision quel est le mot du milieu ou quelle est la lettre du milieu, quelle en est la voyelle la plus rare ou la plus fréquente?
Mille amis de la Bible quittent ce monde sans savoir que le «A» allemand se rencontre 323015 fois dans leur Bible (soit sept fois de plus que dans la Bible hébraïque). Je souhaiterais que des érudits bibliques parmi mes critiques indiquassent publiquement s’ils trouvent ce nombre inexact après avoir vérifié de plus près [Note: On a accédé à cette demande à Erlangen. L’«Institut biblique» de cette ville trouva, au lieu des 116301 «A» que Fixlein prétendait avoir trouvé avec une telle certitude dans la Bible le chiffre susmentionné de 323015, ce qui (chose étrange) est la somme de toutes les lettres du Koran].
Non, la manie du classement et des statistiques ne concerne pas que l'économie (dont on nous démontre tous les jours depuis des années combien elle est une science exacte) et les célèbres agences de notation. Partout, on mesure, on trie, et surtout on classe, dans tous les domaines, y compris les domaines les plus éloignés et les plus inattendus.
il faut le revendiquer ici: il n'y a pas de raison pour que l'histoire du livre reste seule en retrait sur la route du progrès. En ce premier jour de l'hiver, nous pouvons nous aussi nous livrer à cette activité si fort à la mode dans les bureaux chargés de la «bonne gouvernance», notamment s'agissant de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique: la bibliométrie.
Car beaucoup d'entre nous se livrent déjà, et avec le plaisir que l'on devine, à la bibliométrie, qui remplissent périodiquement des formulaires leur demandant tous les six mois de préciser combien ils ont écrit de livres depuis trente ou quarante ans, publié d'articles, dans quelle langue, dans des revues de quel type (on classe aussi les revues, bien sûr), etc., sans oublier d'indiquer combien de fois ils sont cités par tel ou tel moteur de recherches dont les procédures sont aussi lumineuses que les résultats. La logique est celle du théorème de Mathieu: on ne prête qu'aux riches, si un livre est un best-seller, c'est qu'il est meilleur que les autres (chacun le sait), ou, sur Internet, si un site est plus fréquenté, c'est qu'il est plus intéressant (admettons), et surtout plus riche et plus fiable.
On le devine, il s'agit de fonder les jugements sur des données objectives et prétendument signifiantes: à quoi reconnaît-on un bon chercheur, ou un bon enseignant du supérieur dans le domaine des sciences humaines? Certes pas à l'objet de sa recherche, ni au contenu de ce qu'il écrit, ni même à son retentissement, mais à des indicateurs extérieurs créés à cet effet: une comptabilité médiocre, et dont les fondements mêmes ne sont rien moins que «scientifiques». Accessoirement (mais est-ce si accessoire?), la bibliométrie permet de trier sans connaître; et sans lire.
Les outils disponibles sur le blog permettent de se livrer sans risques à cette activité grisante, et, par exemple, d'établir en quelques «clics» une liste des billets qui ont été les plus lus au cours de l'automne passé. Nous publions ci-dessous les douze premiers titres qui ressortent, par ordre décroissant du nombre des visites (du plus élevé au moins élevé).
1- EPHE: programme des conférences
2- Qu’est-ce qu’une bibliothèque?
3- Histoire de l’histoire du livre
4- Histoire du livre scolaire
5- Histoire du livre et virtualité
6- Les bibliothèques: modernité du XVIIe siècle
7- Une thèse sur l’histoire de la reliure et des bibliothèques
8- L’identité visuelle des bibliothèques
9- Actes du symposium de Bucarest
10- Les origines de la seconde révolution du livre
11- Histoire du livre et pratiques de lecture: les lunettes
12- Condorcet et les idéologues
Il ne s'agit pas de nier l'apport réel de semblables outils: par exemple, dans notre cas, on ne peut qu'être frappé par le fait qu'un certain nombre des billets ainsi sélectionnés concerne les bibliothèques, pour lesquelles s'observe un vrai courant d'intérêt. De manière plus évidente, il y a une certaine corrélation entre la date de mise en ligne et le chiffre des visites. En principe, les billets les plus anciens sont les plus visités, mais ce n'est pas toujours le cas: un des derniers billets mis en ligne, en l'occurrence sur les lunettes, figure déjà dans la liste après quelques jours à peine.
Mais nous pourrions affiner la recherche: sans revenir à la masora, nous pourrions préciser combien de fois chaque billet a été consulté quel jour, à quelle heure du jour et de la nuit, dans quel pays, dans quelle ville (il y a aussi une corrélation entre la localisation et l'heure de consultation: on observe par exemple que les Américains visitent le site pendant que les Européens dorment, ce qui, au passage, semble confirmer le phénomène de rotation de la terre, et par suite le caractère scientifique de la méthode), etc.
Nous aurions pourtant scrupule à lasser le lecteur: concluons en rappelant simplement que l'on peut aussi lire les autres textes, et les autres livres, ceux qui ont moins de succès mais qui n'en sont pas nécessairement plus ou moins intéressants -et, parmi ceux-ci, la Vie de Fixlein figure en bonne place.
Quant à la Nef des fous, encore une fois elle n'a pas vraiment perdu de son actualité.
[Fixlein] prit place parmi les massorètes allemands. Il soulignait tout à fait justement dans sa préface que les Juifs pouvaient être fiers de leur masora, qui leur disait avec quelle fréquence chaque lettre se présentait dans leur Bible, par exemple l’aleph 42377 fois, combien il s’y trouve de versets où se rencontrent toutes les consonnes (il y en a 26) ou seulement 24 (il y en a 3), combien l’on avait de versets dans lesquels apparaissent jusqu’à 42 mots et 160 consonnes (il n’y en a qu’un, Jérém. XXI, 7), quelle est la lettre du milieu dans chacun des livres (dans le Pentateuque, IIIe livre, Moïse, XI, 42, c’est le noble «V») ou même dans toute la Bible. Mais nous autres Chrétiens, où pouvons-nous montrer un massorète semblable pour la Bible de Luther? A-t-on examiné avec précision quel est le mot du milieu ou quelle est la lettre du milieu, quelle en est la voyelle la plus rare ou la plus fréquente?
Mille amis de la Bible quittent ce monde sans savoir que le «A» allemand se rencontre 323015 fois dans leur Bible (soit sept fois de plus que dans la Bible hébraïque). Je souhaiterais que des érudits bibliques parmi mes critiques indiquassent publiquement s’ils trouvent ce nombre inexact après avoir vérifié de plus près [Note: On a accédé à cette demande à Erlangen. L’«Institut biblique» de cette ville trouva, au lieu des 116301 «A» que Fixlein prétendait avoir trouvé avec une telle certitude dans la Bible le chiffre susmentionné de 323015, ce qui (chose étrange) est la somme de toutes les lettres du Koran].
Non, la manie du classement et des statistiques ne concerne pas que l'économie (dont on nous démontre tous les jours depuis des années combien elle est une science exacte) et les célèbres agences de notation. Partout, on mesure, on trie, et surtout on classe, dans tous les domaines, y compris les domaines les plus éloignés et les plus inattendus.
il faut le revendiquer ici: il n'y a pas de raison pour que l'histoire du livre reste seule en retrait sur la route du progrès. En ce premier jour de l'hiver, nous pouvons nous aussi nous livrer à cette activité si fort à la mode dans les bureaux chargés de la «bonne gouvernance», notamment s'agissant de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique: la bibliométrie.
Car beaucoup d'entre nous se livrent déjà, et avec le plaisir que l'on devine, à la bibliométrie, qui remplissent périodiquement des formulaires leur demandant tous les six mois de préciser combien ils ont écrit de livres depuis trente ou quarante ans, publié d'articles, dans quelle langue, dans des revues de quel type (on classe aussi les revues, bien sûr), etc., sans oublier d'indiquer combien de fois ils sont cités par tel ou tel moteur de recherches dont les procédures sont aussi lumineuses que les résultats. La logique est celle du théorème de Mathieu: on ne prête qu'aux riches, si un livre est un best-seller, c'est qu'il est meilleur que les autres (chacun le sait), ou, sur Internet, si un site est plus fréquenté, c'est qu'il est plus intéressant (admettons), et surtout plus riche et plus fiable.
On le devine, il s'agit de fonder les jugements sur des données objectives et prétendument signifiantes: à quoi reconnaît-on un bon chercheur, ou un bon enseignant du supérieur dans le domaine des sciences humaines? Certes pas à l'objet de sa recherche, ni au contenu de ce qu'il écrit, ni même à son retentissement, mais à des indicateurs extérieurs créés à cet effet: une comptabilité médiocre, et dont les fondements mêmes ne sont rien moins que «scientifiques». Accessoirement (mais est-ce si accessoire?), la bibliométrie permet de trier sans connaître; et sans lire.
Les outils disponibles sur le blog permettent de se livrer sans risques à cette activité grisante, et, par exemple, d'établir en quelques «clics» une liste des billets qui ont été les plus lus au cours de l'automne passé. Nous publions ci-dessous les douze premiers titres qui ressortent, par ordre décroissant du nombre des visites (du plus élevé au moins élevé).
1- EPHE: programme des conférences
2- Qu’est-ce qu’une bibliothèque?
3- Histoire de l’histoire du livre
4- Histoire du livre scolaire
5- Histoire du livre et virtualité
6- Les bibliothèques: modernité du XVIIe siècle
7- Une thèse sur l’histoire de la reliure et des bibliothèques
8- L’identité visuelle des bibliothèques
9- Actes du symposium de Bucarest
10- Les origines de la seconde révolution du livre
11- Histoire du livre et pratiques de lecture: les lunettes
12- Condorcet et les idéologues
Il ne s'agit pas de nier l'apport réel de semblables outils: par exemple, dans notre cas, on ne peut qu'être frappé par le fait qu'un certain nombre des billets ainsi sélectionnés concerne les bibliothèques, pour lesquelles s'observe un vrai courant d'intérêt. De manière plus évidente, il y a une certaine corrélation entre la date de mise en ligne et le chiffre des visites. En principe, les billets les plus anciens sont les plus visités, mais ce n'est pas toujours le cas: un des derniers billets mis en ligne, en l'occurrence sur les lunettes, figure déjà dans la liste après quelques jours à peine.
Mais nous pourrions affiner la recherche: sans revenir à la masora, nous pourrions préciser combien de fois chaque billet a été consulté quel jour, à quelle heure du jour et de la nuit, dans quel pays, dans quelle ville (il y a aussi une corrélation entre la localisation et l'heure de consultation: on observe par exemple que les Américains visitent le site pendant que les Européens dorment, ce qui, au passage, semble confirmer le phénomène de rotation de la terre, et par suite le caractère scientifique de la méthode), etc.
Nous aurions pourtant scrupule à lasser le lecteur: concluons en rappelant simplement que l'on peut aussi lire les autres textes, et les autres livres, ceux qui ont moins de succès mais qui n'en sont pas nécessairement plus ou moins intéressants -et, parmi ceux-ci, la Vie de Fixlein figure en bonne place.
Quant à la Nef des fous, encore une fois elle n'a pas vraiment perdu de son actualité.
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lundi 29 août 2011
Voyage de fin d'été
Voici un an, nous évoquions ici même «La Forêt des livres», cette manifestation hors du commun organisée dans le tout petit village de Chanceaux, aux portes de Loches. Aujourd’hui, nous la visitons en quelque sorte «de l’intérieur», en venant à Loches par le train spécial Paris-Loches (le seul train direct Paris-Loches de l’année) et en participant à l’événement.
Paris, ce dernier dimanche d’août, gare d’Austerlitz, 7h30 du matin. On circule comme on veut, seules quelques silhouettes se hâtent sur les trottoirs déserts. Puis, pour ne pas avoir à chercher une place, c'est un parking (affreux, souterrain, pratiquement vide). Et voici la gare, où le train n’est pas encore annoncé, ce qui permet un arrêt dans un café, boulevard de l’Hôpital, où se sont fraîchement réfugiés quelques voyageurs (moins frais) débarqués d’un train de nuit.
Le train est somptueux: pullmans et anciens wagons- restaurants, superbement restaurés et dont certains sont inscrits à l'inventaire des monuments historiques. L’organisation, précise et efficace, reste discrète, ce qui est bien agréable. Chacun a une voiture désignée (bien sûr, le choix dépend en partie de la qualité de l’hôte), mais les places sont libres (même si l’amitié est présente, ou la sympathie, on ne s’assied pas toujours non plus par hasard ici ou là).
Le wagon-restaurant «Riviera» se remplit lentement, de messieurs, parfois d’un certain âge, et de quelques plus rares (du moins dans notre wagon) représentantes du sexe féminin. Charme des élégantes lampes anciennes, des fenêtres à rideaux, des boiseries et du cuivre, des nappes et des couverts, à l’ère du jetable, du plastique et des serviettes en papier. Impression que tout le monde se connaît: des auteurs, certes, mais surtout certains auteurs, ceux qui passent à la radio ou à la télévision, surtout s'ils y tiennent une rubrique -sur la cuisine, sur les jardins et le jardinage, sur l'histoire, sur la littérature... À leurs côtés, des chanteurs qui viennent de publier leurs mémoires, des politiques (qui sont parfois des «locaux») ou anciens politiques (mais est-on jamais un ancien politique?) et même un (très distingué) prince consort. Les mécènes, ceux qui ont contribué à financer la journée, sont aussi là, ainsi que les communicants, et les photographes.
Hiérarchie des reconnaissances: on se fait un petit geste de salut, on s’arrête pour se serrer la main, on s’embrasse, on bavarde un instant, on s’assied pour une conversation plus longue. Pendant le petit déjeuner, on bavarde toujours, puis on lit la presse du week-end (Le Monde, Le Figaro, le JDD), certains s’endorment. L’organisateur passe, dans une superbe veste verte, un participant passera dans un pantalon rouge (il ferait presque penser aux soldats de 1914... si la pochette n’était pas assortie au pantalon).
Dehors, c’est la banlieue qui se déroule à vitesse réduite, avant que le train ne pique à travers la Beauce assiégée par les nuages d’un ciel omniprésent. Le plat-pays du blé, certes, mais où l’on cultive aussi en nombre toutes sortes de poteaux et de mats: poteaux électriques et téléphoniques, lignes à haute tension, éoliennes, sans oublier les vestiges de l’aérotrain, voire les châteaux d’eau et les énormes silos à blé.
Après Orléans, le paysage est plus agréable, puisque l’on domine la rive droite de la Loire –peu importe d’ailleurs, personne ne regarde. Dans le wagon, les téléphones commencent à apparaître, on fait connaissance (pour les «nouveaux», qui semblent de fait assez rares) et, sous couvert de bavarder, on échange des informations, on évoque des projets…
Le déjeuner arrive quand nous dépassons Tours pour nous engager sur la petite ligne de Loches. Encore une quarantaine de minutes, et nous serons devant la gare, avec la charmante vue sur l'Indre et sur le château et alors que le soleil annoncé commence à prendre enfin le dessus sur le temps jusqu’alors presque automnal.
Un court trajet en bus, et c’est Chanceaux, sa «forêt», ses livres et son allée d’écrivains dédicaçant sous les platanes. Dans le village, la foule est là. La «Forêt des livres», cette année encore, sera un succès, et le miracle se reproduit pour la seizième année consécutive: des milliers de visiteurs et de lecteurs, dans ce village isolé et qui, en temps normal, ne compte pas deux cents habitants.
Quant à l'historien, il a fait, certes, un petit peu d'ethnologie, mais il a surtout noué des connaissances, rencontré des lecteurs et passé, lui aussi, un dimanche de fin d'été des plus agréables... avec pour seul regret, celui de ne pouvoir pas cette fois-ci rester davantage en Lochois.
(Clichés FB. Voir d'autres clichés)
Paris, ce dernier dimanche d’août, gare d’Austerlitz, 7h30 du matin. On circule comme on veut, seules quelques silhouettes se hâtent sur les trottoirs déserts. Puis, pour ne pas avoir à chercher une place, c'est un parking (affreux, souterrain, pratiquement vide). Et voici la gare, où le train n’est pas encore annoncé, ce qui permet un arrêt dans un café, boulevard de l’Hôpital, où se sont fraîchement réfugiés quelques voyageurs (moins frais) débarqués d’un train de nuit.
Le train est somptueux: pullmans et anciens wagons- restaurants, superbement restaurés et dont certains sont inscrits à l'inventaire des monuments historiques. L’organisation, précise et efficace, reste discrète, ce qui est bien agréable. Chacun a une voiture désignée (bien sûr, le choix dépend en partie de la qualité de l’hôte), mais les places sont libres (même si l’amitié est présente, ou la sympathie, on ne s’assied pas toujours non plus par hasard ici ou là).
Le wagon-restaurant «Riviera» se remplit lentement, de messieurs, parfois d’un certain âge, et de quelques plus rares (du moins dans notre wagon) représentantes du sexe féminin. Charme des élégantes lampes anciennes, des fenêtres à rideaux, des boiseries et du cuivre, des nappes et des couverts, à l’ère du jetable, du plastique et des serviettes en papier. Impression que tout le monde se connaît: des auteurs, certes, mais surtout certains auteurs, ceux qui passent à la radio ou à la télévision, surtout s'ils y tiennent une rubrique -sur la cuisine, sur les jardins et le jardinage, sur l'histoire, sur la littérature... À leurs côtés, des chanteurs qui viennent de publier leurs mémoires, des politiques (qui sont parfois des «locaux») ou anciens politiques (mais est-on jamais un ancien politique?) et même un (très distingué) prince consort. Les mécènes, ceux qui ont contribué à financer la journée, sont aussi là, ainsi que les communicants, et les photographes.
Hiérarchie des reconnaissances: on se fait un petit geste de salut, on s’arrête pour se serrer la main, on s’embrasse, on bavarde un instant, on s’assied pour une conversation plus longue. Pendant le petit déjeuner, on bavarde toujours, puis on lit la presse du week-end (Le Monde, Le Figaro, le JDD), certains s’endorment. L’organisateur passe, dans une superbe veste verte, un participant passera dans un pantalon rouge (il ferait presque penser aux soldats de 1914... si la pochette n’était pas assortie au pantalon).
Dehors, c’est la banlieue qui se déroule à vitesse réduite, avant que le train ne pique à travers la Beauce assiégée par les nuages d’un ciel omniprésent. Le plat-pays du blé, certes, mais où l’on cultive aussi en nombre toutes sortes de poteaux et de mats: poteaux électriques et téléphoniques, lignes à haute tension, éoliennes, sans oublier les vestiges de l’aérotrain, voire les châteaux d’eau et les énormes silos à blé.
Après Orléans, le paysage est plus agréable, puisque l’on domine la rive droite de la Loire –peu importe d’ailleurs, personne ne regarde. Dans le wagon, les téléphones commencent à apparaître, on fait connaissance (pour les «nouveaux», qui semblent de fait assez rares) et, sous couvert de bavarder, on échange des informations, on évoque des projets…
Le déjeuner arrive quand nous dépassons Tours pour nous engager sur la petite ligne de Loches. Encore une quarantaine de minutes, et nous serons devant la gare, avec la charmante vue sur l'Indre et sur le château et alors que le soleil annoncé commence à prendre enfin le dessus sur le temps jusqu’alors presque automnal.
Un court trajet en bus, et c’est Chanceaux, sa «forêt», ses livres et son allée d’écrivains dédicaçant sous les platanes. Dans le village, la foule est là. La «Forêt des livres», cette année encore, sera un succès, et le miracle se reproduit pour la seizième année consécutive: des milliers de visiteurs et de lecteurs, dans ce village isolé et qui, en temps normal, ne compte pas deux cents habitants.
Quant à l'historien, il a fait, certes, un petit peu d'ethnologie, mais il a surtout noué des connaissances, rencontré des lecteurs et passé, lui aussi, un dimanche de fin d'été des plus agréables... avec pour seul regret, celui de ne pouvoir pas cette fois-ci rester davantage en Lochois.
(Clichés FB. Voir d'autres clichés)
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mercredi 13 juillet 2011
Molière et la langue
Le hasard d’une plaisante représentation des Fâcheux à la Corroierie du Liget nous fait retrouver un passage où Molière fait référence sur le mode humoristique au problème de la normalisation de la langue. Nous sommes le 17 août 1661 lorsque la pièce, une comédie-ballet, est présentée pour la première fois au roi dans les jardins du château de Vaux-le-Vicomte, à l’occasion des célèbres fêtes données par le surintendant Nicolas Fouquet –ces fêtes qui causeront sa perte. Mazarin est décédé quelques mois auparavant, et le règne personnel du jeune Louis XIV commence à peine.
On connaît le thème: Éraste est amoureux d’Orphise, avec laquelle il cherche à avoir un entretien, mais il en est constamment empêché par l’arrivée d’une succession de personnages, les «fâcheux», qui viennent l’importuner pour les raisons les plus diverses. C’est l’occasion pour Molière, qui assure lui-même les différents rôles de «fâcheux», de brosser une série de «caractères», dont celui de Caritidès («Fils des Grâces»), «français de nation, grec de profession», sans doute savant, mais surtout pédant et ridicule, lequel cherche à faire passer un placet au roi pour en obtenir une place de contrôleur des annonces et inscriptions partout affichées dans les rues de Paris. Le français utilisé dans ces multiples publicités serait en effet d'une qualité parfois... médiocre.
Les allusions à la problématique de la langue intéressent l’histoire littéraire et l’histoire du livre: la question passionne les salons du XVIIe siècle, et elle devient affaire d’État en 1635, avec la création de l’Académie française, placée sous le patronage de Louis XIII. La première édition du Dictionnaire de l’Académie sera publiée en 1694.
Mais la tirade de Molière fait aussi apparaître les «Allemands» en tant que premiers critiques des usages de la langue, tandis que la pièce elle-même permet de revenir sur la problématique de l’auteur, et sur celle du texte.
On sait en effet que le roi a pris du plaisir à la représentation, et qu’il a suggéré à Molière d’ajouter un autre portrait de «fâcheux», celui de M. de Soyecourt, grand veneur, chasseur passionné et qui fatigue tout le monde par ses récits interminables. Molière s’exécute, il s’informe auprès du grand veneur lui-même sur le vocabulaire spécialisé, et le portrait du chasseur, «Dorante», figure dans la nouvelle représentation qui sera donnée de la pièce une dizaine de jours plus tard à la cour à Fontainebleau. D'une représentation à l'autre, le texte a donc bougé.
L’édition originale sort à Paris chez Guillaume de Luyne, «au Palais, dans la salle des merciers», en 1662. L'auteur s'y présente lui-même en «fâcheux», lorsqu'il ouvre sur le mode plaisant sa dédicace au roi: «Sire, J'adjouste une scène à la comédie, & c'est une espèce de fascheux assez insuportable [sic], qu'un homme qui dédie un livre. Vostre majesté en sçait des nouvelles plus que personne de son royaume, & ce n'est pas d'aujourd'huy qu'elle se voit en bute à la furie des épistres dédicatoires»...
Texte du placet, acte III, scène 2:
Sire,
Votre très humble, très obéissant, très fidèle, et très savant sujet et serviteur, Caritidès, François de nation, Grec de profession, ayant considéré les grands et notables abus qui se commettent aux inscriptions des enseignes des maisons, boutiques, cabarets, jeux de boule, et autres lieux de votre bonne ville de Paris, en ce que certains ignorants compositeurs desdites inscriptions renversent, par une barbare, pernicieuse et détestable orthographe, toute sorte de sens et raison, sans aucun égard d'étymologie, analogie, énergie, ni allégorie quelconque, au grand scandale de la république des lettres, et de la nation françoise, qui se décrie et déshonore par lesdits abus et fautes grossières envers les étrangers, et notamment envers les Allemands, curieux lecteurs et inspectateurs desdites inscriptions
supplie humblement Votre Majesté de créer, pour le bien de son État et la gloire de son empire, une charge de contrôleur, intendant, correcteur, réviseur, et restaurateur général desdites inscriptions, et d'icelle honorer le suppliant, tant en considération de son rare et éminent savoir, que des grands et signalés services qu'il a rendus à l'État et à Votre Majesté en faisant l'anagramme de Votredite Majesté en françois, latin, grec, hébreu, syriaque, chaldéen, arabe…
On connaît le thème: Éraste est amoureux d’Orphise, avec laquelle il cherche à avoir un entretien, mais il en est constamment empêché par l’arrivée d’une succession de personnages, les «fâcheux», qui viennent l’importuner pour les raisons les plus diverses. C’est l’occasion pour Molière, qui assure lui-même les différents rôles de «fâcheux», de brosser une série de «caractères», dont celui de Caritidès («Fils des Grâces»), «français de nation, grec de profession», sans doute savant, mais surtout pédant et ridicule, lequel cherche à faire passer un placet au roi pour en obtenir une place de contrôleur des annonces et inscriptions partout affichées dans les rues de Paris. Le français utilisé dans ces multiples publicités serait en effet d'une qualité parfois... médiocre.
Les allusions à la problématique de la langue intéressent l’histoire littéraire et l’histoire du livre: la question passionne les salons du XVIIe siècle, et elle devient affaire d’État en 1635, avec la création de l’Académie française, placée sous le patronage de Louis XIII. La première édition du Dictionnaire de l’Académie sera publiée en 1694.
Mais la tirade de Molière fait aussi apparaître les «Allemands» en tant que premiers critiques des usages de la langue, tandis que la pièce elle-même permet de revenir sur la problématique de l’auteur, et sur celle du texte.
On sait en effet que le roi a pris du plaisir à la représentation, et qu’il a suggéré à Molière d’ajouter un autre portrait de «fâcheux», celui de M. de Soyecourt, grand veneur, chasseur passionné et qui fatigue tout le monde par ses récits interminables. Molière s’exécute, il s’informe auprès du grand veneur lui-même sur le vocabulaire spécialisé, et le portrait du chasseur, «Dorante», figure dans la nouvelle représentation qui sera donnée de la pièce une dizaine de jours plus tard à la cour à Fontainebleau. D'une représentation à l'autre, le texte a donc bougé.
L’édition originale sort à Paris chez Guillaume de Luyne, «au Palais, dans la salle des merciers», en 1662. L'auteur s'y présente lui-même en «fâcheux», lorsqu'il ouvre sur le mode plaisant sa dédicace au roi: «Sire, J'adjouste une scène à la comédie, & c'est une espèce de fascheux assez insuportable [sic], qu'un homme qui dédie un livre. Vostre majesté en sçait des nouvelles plus que personne de son royaume, & ce n'est pas d'aujourd'huy qu'elle se voit en bute à la furie des épistres dédicatoires»...
Texte du placet, acte III, scène 2:
Sire,
Votre très humble, très obéissant, très fidèle, et très savant sujet et serviteur, Caritidès, François de nation, Grec de profession, ayant considéré les grands et notables abus qui se commettent aux inscriptions des enseignes des maisons, boutiques, cabarets, jeux de boule, et autres lieux de votre bonne ville de Paris, en ce que certains ignorants compositeurs desdites inscriptions renversent, par une barbare, pernicieuse et détestable orthographe, toute sorte de sens et raison, sans aucun égard d'étymologie, analogie, énergie, ni allégorie quelconque, au grand scandale de la république des lettres, et de la nation françoise, qui se décrie et déshonore par lesdits abus et fautes grossières envers les étrangers, et notamment envers les Allemands, curieux lecteurs et inspectateurs desdites inscriptions
supplie humblement Votre Majesté de créer, pour le bien de son État et la gloire de son empire, une charge de contrôleur, intendant, correcteur, réviseur, et restaurateur général desdites inscriptions, et d'icelle honorer le suppliant, tant en considération de son rare et éminent savoir, que des grands et signalés services qu'il a rendus à l'État et à Votre Majesté en faisant l'anagramme de Votredite Majesté en françois, latin, grec, hébreu, syriaque, chaldéen, arabe…
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jeudi 27 janvier 2011
Histoire du livre: un support pédagogique...
Nous avons déjà mis en ligne deux petites vidéos humoristiques, la première sur le passage du volumen au codex au (autrement dit, sur les joies du changement de support), la seconde sur le caractère novateur de ce dernier ("révolution dans les médias: le dernier cri?"). En considérant que ce blog a pris depuis un moment une forme très, voire trop sérieuse, nous pensons qu'il peut être temps de mettre en ligne une nouvelle création, découverte un petit peu par hasard sur Internet: une vidéo grâce à laquelle on peut, encore une fois, faire des progrès en linguistique (aujourd'hui, non plus en norvégien ou en portugais, mais plus banalement en anglais), tout en révisant un certain nombre de données, malgré tout assez primaires, sur le personnage de Gutenberg et sur son rôle, sans oublier de s'initier aux nouvelles techniques pédagogiques venues, comme il se doit, du monde anglo-saxon. On appréciera au passage la qualité graphique du montage: Oh Johannes! Yeah Gutenberg! Une manière de commencer la journée avec entrain!
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dimanche 2 janvier 2011
2011: métamorphose du bandeau de titre
... 2011...
hier (dans l'Oberengadin)
... et aujourd'hui (par la fenêtre de mon bureau, alors que le soleil se lève sur Paris).
Encore une fois, bonne année à tous!
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jeudi 23 décembre 2010
Voeux de fin d'année
Avec mes meilleurs vœux
pour les fêtes de fin d'année!
Mit meinen allerbesten Wünschen
für frohe Weinachtstage!
Kellemes Karácsonyi Ünnepeket
és Boldog Új Évet!
Kellemes Karácsonyi Ünnepeket
és Boldog Új Évet!
mercredi 8 décembre 2010
Le temps de l'Avent
La Nativité constitue l’un des sujets classiques qui apparaît dans les livres d’Heures. Ces derniers sont des volumes au format réduit (petit quarto), dont la multiplication est liée au développement de la spiritualité laïque à la fin du Moyen Âge. Les Heures sont imitées des bréviaires, mais destinées à une clientèle de non clercs: on y trouvera des extraits des Écritures et de la liturgie, et des prières, le tout dans une forme particulièrement soignée (il n’est que de penser aux Très riches heures du duc de Berry). L’iconographie de l’Annonciation représente le plus souvent la Vierge lisant ses Heures au moment où l’ange lui apparaît. Mais on retrouve des Heures sur un très grand nombre de tableaux, comme l'admirable Vierge du chancelier Rolin, visible aujourd’hui au Louvre.
Avec l’essor de la typographie, le modèle des Heures de luxe n’est plus accessible seulement aux plus hauts personnages: il touche progressivement une clientèle toujours très aisée, mais un petit peu plus large. Il s’agit désormais de petits in-quarto, imprimés sur vélin, très illustrés et dont les initiales, voire les gravures, sont souvent peintes. Les Heures sont propres aux différents diocèses (leur destination apparaît notamment dans la liste des saints du calendrier), mais les Heures de Rome sont reçues dans toute la chrétienté.
La Vierge et le Christ sont au centre de l'image, alors que Joseph domine l'arrière-plan, où l'on voit aussi le bœuf et l'âne (on appréciera la justesse de la représentation de ce dernier à l'étable pendant l'hiver). Du côté du spectateur, les personnages venus adorer le Christ, et dont les noms gravés ont souvent été mal lus par les commentateurs: de gauche à droite, «Aloys», «Alison», «Gobin le Gay», «le Beau Roger», «Mahault» et «Ysanber» (on notera aussi la présence dans le groupe de deux bergers qui sont en fait des... bergères).
Les fonds en criblé et la finesse de la réalisation montrent qu'il s'agit d'une gravure qui n'a peut-être pas été réalisée sur bois, mais sur métal (en relief). On a, bien entendu, le sentiment de se trouver devant une manière de mise en scène dont la perspective est très soignée et qui fait penser aux «mystères» donnés au porche des églises. Les petits bois constituant l'encadrement sont inspirés de passages de l'Ancien Testament, et notamment du Cantique des Cantiques: «Viens avec moi du Liban, ma fiancée...» (IV, 8 et suiv.), ou encore: «Les fils de ma mère se sont irrités contre moi» (I, 6). Cette iconographie constitue ici une partie du cycle de la vie de la Vierge, tel que rapporté en particulier dans la Légende dorée de Jacques de Voragine.
Une des scènes représentées dans la bordure inférieure de la page concerne d'ailleurs l'épisode de l'Assomption dans lequel Marie fait remettre par un ange sa ceinture à Thomas, pour le convaincre de ce qu'il n'avait pas vu (Thomas n'avait pas assisté aux funérailles de la Vierge). Quant à la Sybille de Delphes, en bas à droite, elle est une figure classique d'une iconographie qui la place parfois sur le même plan que les prophètes de l'Ancien Testament: la Sybille représentée par Michel Ange au plafond de la Chapelle Sixtine, au cœur même du Vatican, est à cet égard particulièrement célèbre.
Cliché: Horae ad usum Romanum, Paris, Philippe Pigouchet, pour Simon Vostre, 22 août 1498, 4° (Bibliothèque municipale de Valenciennes, Inc. 18).
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lundi 15 novembre 2010
Retour en Hongrie et en Transylvanie (3)
Après un dîner dans l’ancienne poudrerie de la citadelle reconvertie en restaurant et une nuit reposante à l’hôtel Parc, nous quittons Alba Julia de bon matin par la route du Nord (N 1). La route remonte la large vallée de la Mureș, où le paysage de hauts plateaux apparaît très dénudé. La forêt a été exploitée de manière sauvage à l'époque de Ceaucescu, de sorte que nous nous demandons si elle aurait été alors pratiquement détruite, ou si le paysage naturel est plutôt celui de prairies et de landes que nous avons sous les yeux.
Une première étape nous fait découvrir l’ancienne église fortifiée d’Aiud (Nagyenyed / Straßburg), devenue temple calviniste (cliché 1). L'église surprend par la présence d’une petite enceinte qui permettait à la population de s’abriter en cas de danger. À l'inverse de ce que nous désignons en France sous le terme d’église fortifiée, cette disposition s’apparente plus à celle d’un petit château-fort dont l’église serait le donjon. Face au temple, le collège calviniste impressionne par l’ampleur de ses bâtiments du XVIIIe siècle. Il a été restitué à l’Église, de sorte qu'il fonctionne à nouveau aujourd’hui en tant qu'un établissement d’enseignement d'ailleurs réputé.
Après Torockó, nous reprenons la route 75 le long de la rivière Aries jusqu’à Câmpeni, dans un très beau paysage de moyennes montagnes. C’est à Câmpeni que nous bifurquons vers le Nord, par une route non revêtue (route 108), qui ressemble souvent plutôt à une piste et qui va nous conduire à travers le massif du Gyalu (Motzenland). Une quantité de très petites scieries témoigne de l’exploitation des superbes forêts (cliché 3), mais bientôt il n’y a pratiquement plus personne, et on ne rencontre que de minuscules bourgades dont on imagine l’isolement par temps de neige et en hiver.
À proximité du lac de Belis, nous sommes dans le département de Cluj. Huedin (Bánffyhunyad), où nous retrouvons la N. 1, possède une très belle église calviniste, qui a conservé son style d’origine avec plafond à caissons décorés du XVIe siècle (cliché 4).
Pourtant, la ville se fait aussi remarquer par ses stupéfiantes maisons construites par les chefs des communautés tziganes (les fameux Roms), et qui ne sont pour la plupart pas terminées (cliché 5).
Au-delà de Huedin, c’est la vallée de la Criș rapide (Schnelle Kreisch), avant qu’un petit col (Király hágó) ne nous fasse déboucher sur la plaine : nous traversons Oradea (Nagyvarad / Großwardein), admirant au passage sa cathédrale impressionnante et ses anciennes maisons de chanoines, et passons la frontière hongroise. Je prends le train à 18h27 à Szolnok, après avoir à nouveau traversé la Tisza (et donc en Cistibisquie!), pour Budapest Keleti, où je change pour Munich et Paris, et, après une excellente nuit en sleeping, je suis très confortablement Gare de l'Est le lendemain dimanche à 12h34.
Quelques autres clichés sur la Hongrie et la Transylvanie.
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dimanche 14 novembre 2010
Retour en Hongrie et en Transylvanie (2)
Après la journée (remarquable à plus d'un titre) passée à Eger, nous quittons donc la ville en pleine nuit, à 5 heures du matin, pour prendre la route du Nord, vers Békécsaba et la frontière roumaine après Gyula. La route 79A pique ensuite vers l’Est, à travers le pays totalement plat des Partium, tandis que les montagnes commencent à se détacher sur l’horizon. Nous remontons de plus ou moins loin la rivière de la Criş / Körös blanche (Weiße Kreisch), avant de quitter cet itinéraire à Valfurile pour suivre la route 76 en direction de Brad. Une crevaison nous retarde d’une heure environ.
Une fois passé Brad, nous entrons franchement dans le paysage montagneux de la Transylvanie au sens historique et géographique du terme, par la route 74, qui monte jusqu’à Abrud, avant de redescendre vers Alba Julia (Gyulafehérvár / Weißenburg), notre destination finale: nous y sommes à 13 heures, donc après quelque 7 heures de route. Même si le paysage forestier est superbe (cliché 1) et même si les routes ne sont pas mauvaises, elles ne sont pas non plus toujours bonnes, tant s’en faut, et on ne circule pas si facilement en Transylvanie…
Alba Julia se situe sur la grande rivière du Mureș / Maros, affluente de la Tisza. C’est une ville très importante aujourd’hui, et nous venons y visiter la bibliothèque du Batthyaneum (cliché 2). Le nom est dérivé de celui de la famille hongroise des Batthyány, elle-même divisée en trois branches, les princes, les comtes et les barons Batthyány. Boldizsár Batthyány (1537-1590), converti au protestantisme, possédait dans sa résidence de Güssing (Németújvár) une bibliothèque dont l’essentiel a été acheté à Francfort.
Mais les Batthyány reviennent bientôt au catholicisme: d’autres membres de la famille auront, au XVIIIe siècle, d’importantes bibliothèques, notamment le comte Adam Batthyány (1697-1782) et le prince Károly József Batthyány (1698-1772), dans sa résidence viennoise.
Le comte Ignaz Batthyány (1741-1798), après un cursus remarquable d’études achevées à Rome, est pendant une quinzaine d’années chanoine à Eger, où il aide l’évêque Esterházy à créer et à développer la bibliothèque de la Haute École par lui créée (Eger).
Nommé en 1781 évêque de Transylvanie en résidence à Weißenburg, il est le fondateur du Batthyaneum, un complexe comprenant observatoire astronomique, collections diverses (notamment numismatique et géologie) et bibliothèque. Une imprimerie catholique est aussi fondée. L’évêque enrichit les collections de livres grâce à diverses acquisitions, notamment celles des anciennes bibliothèques de Löcse, mais aussi de l’archevêque de Vienne Migazzi.
L’ensemble du complexe du Batthyaneum est entièrement abrité dans une église désaffectée, et dont la nef a été subdivisée en différents niveaux, la bibliothèque occupant le dernier de ceux-ci. L’aménagement intérieur, parfaitement conservé, date de la fin du XVIII siècle, et la décoration picturale est très remarquable, avec des figures allégoriques diverses (Minerve, etc.) et une suite de petites peintures sur le thème de la bibliothèque (cliché 3). Les collections peuvent atteindre quelque 50000 livres anciens, dont un riche fonds de manuscrits et plus de 500 incunables. La pièce la plus remarquable est le Codex aureus du IXe siècle.
On ne peut que regretter que, pour des raisons à la fois politiques et administratives, cet ensemble ne soit pas plus largement accessible au public –notre époque n’est apparemment pas aussi ouverte ni aussi confiante que pouvait l’être celle des Lumières. Le Batthyaneum constitue en effet un témoignage exceptionnel par sa richesse de la vie intellectuelle en Europe aux XVIIIe et XIXe siècles, en même temps qu’un ensemble patrimonial de tout premier plan. Il devrait bien évidemment être un des fleurons culturels d’une ville comme Alba Julia aujourd’hui.
L’historien du livre se rappellera que cette ville a aussi joué un rôle dans le domaine de l’imprimerie. En effet, plusieurs officines s’y succèdent depuis le XVIe siècle, dont certaines sont liées aux Rákóczi. La première imprimerie catholique de Hongrie avait été ouverte à Tyrnava en 1577, à l'initiative du primat Miklós Oláh, pour lutter contre la propagande calviniste. Après plusieurs épisodes, elle est confisquée par le prince de Transylvanie Gábor Bethlen, allié à l’Union protestante pendant la Guerre de Trente ans, et transférée à Gyulafehérvár en 1620 (sur cette histoire complexe, voir: Eva Mârza, Din Istoria tiparului românesc. Tipografia de la Alba Julia, 1577-1702, Sibiu, Editura Imago, 1998, 154 p., ill.).
Notre journée s’achève par la visite de la cathédrale d’Alba Julia, aujourd’hui archevêché. La nef abrite les sépultures d’un certain nombre de princes liés à la Transylvanie (dont János Hunyadi, le père de Mathias Corvin: cliché 4). Puis, c’est la découverte trop rapide de la gigantesque citadelle (22ha !) construite par les Autrichiens pour défendre leurs frontières orientales contre les Ottomans.
La citadelle fait l’objet d’un remarquable programme de restau- ration, laquelle pourra certes sembler parfois un petit peu trop radicale et se rapprocher plus de la reconstruction que de la restauration stricto sensu. Mais l’ensemble donne une idée de l’importance d’une place militaire comme l’ancienne Gyulyafehérvár pour l’Empire de Vienne, en même temps que de la montée en puissance des Habsbourg sur le plan politique au XVIIIe siècle. Cette présence d'une forteresse "à la Vauban" explique le changement du nom allemand de la ville de Weißenburg en Karlsburg.
Sur l’histoire de l’imprimerie au XVIe siècle en Transylvanie : Christian Rother, Siebenbürgen und der Buchdruck im 16. Jahrhundert ; mit einer Bibliographie « Siebenbürgen und der Buchdruck » ; mit einer Geleitwort von P[eter] Vodosek, Wiesbaden, Harrassowitz Verlag, 2002, XXIX-408 p., ill. (« Buchwissenschaftliche Beiträge aus dem Deutschen Bucharchiv München », 71). ISBN 3-447-04630-9.
Sur l'histoire de la Transylvanie en général: Kurze Geschichte Siebenbürgens, éd. Béla Köpeczi, Budapest, Akadémiai Kiadó, 1990, XVI-780 p., ill., cartes. ISBN 963-05-5667-7. Il existe une édition en français publiée à la même adresse en 1992 (Histoire de la Transylvanie).
Une fois passé Brad, nous entrons franchement dans le paysage montagneux de la Transylvanie au sens historique et géographique du terme, par la route 74, qui monte jusqu’à Abrud, avant de redescendre vers Alba Julia (Gyulafehérvár / Weißenburg), notre destination finale: nous y sommes à 13 heures, donc après quelque 7 heures de route. Même si le paysage forestier est superbe (cliché 1) et même si les routes ne sont pas mauvaises, elles ne sont pas non plus toujours bonnes, tant s’en faut, et on ne circule pas si facilement en Transylvanie…Alba Julia se situe sur la grande rivière du Mureș / Maros, affluente de la Tisza. C’est une ville très importante aujourd’hui, et nous venons y visiter la bibliothèque du Batthyaneum (cliché 2). Le nom est dérivé de celui de la famille hongroise des Batthyány, elle-même divisée en trois branches, les princes, les comtes et les barons Batthyány. Boldizsár Batthyány (1537-1590), converti au protestantisme, possédait dans sa résidence de Güssing (Németújvár) une bibliothèque dont l’essentiel a été acheté à Francfort.
Mais les Batthyány reviennent bientôt au catholicisme: d’autres membres de la famille auront, au XVIIIe siècle, d’importantes bibliothèques, notamment le comte Adam Batthyány (1697-1782) et le prince Károly József Batthyány (1698-1772), dans sa résidence viennoise.
Le comte Ignaz Batthyány (1741-1798), après un cursus remarquable d’études achevées à Rome, est pendant une quinzaine d’années chanoine à Eger, où il aide l’évêque Esterházy à créer et à développer la bibliothèque de la Haute École par lui créée (Eger).
Nommé en 1781 évêque de Transylvanie en résidence à Weißenburg, il est le fondateur du Batthyaneum, un complexe comprenant observatoire astronomique, collections diverses (notamment numismatique et géologie) et bibliothèque. Une imprimerie catholique est aussi fondée. L’évêque enrichit les collections de livres grâce à diverses acquisitions, notamment celles des anciennes bibliothèques de Löcse, mais aussi de l’archevêque de Vienne Migazzi.
L’ensemble du complexe du Batthyaneum est entièrement abrité dans une église désaffectée, et dont la nef a été subdivisée en différents niveaux, la bibliothèque occupant le dernier de ceux-ci. L’aménagement intérieur, parfaitement conservé, date de la fin du XVIII siècle, et la décoration picturale est très remarquable, avec des figures allégoriques diverses (Minerve, etc.) et une suite de petites peintures sur le thème de la bibliothèque (cliché 3). Les collections peuvent atteindre quelque 50000 livres anciens, dont un riche fonds de manuscrits et plus de 500 incunables. La pièce la plus remarquable est le Codex aureus du IXe siècle.
On ne peut que regretter que, pour des raisons à la fois politiques et administratives, cet ensemble ne soit pas plus largement accessible au public –notre époque n’est apparemment pas aussi ouverte ni aussi confiante que pouvait l’être celle des Lumières. Le Batthyaneum constitue en effet un témoignage exceptionnel par sa richesse de la vie intellectuelle en Europe aux XVIIIe et XIXe siècles, en même temps qu’un ensemble patrimonial de tout premier plan. Il devrait bien évidemment être un des fleurons culturels d’une ville comme Alba Julia aujourd’hui.
L’historien du livre se rappellera que cette ville a aussi joué un rôle dans le domaine de l’imprimerie. En effet, plusieurs officines s’y succèdent depuis le XVIe siècle, dont certaines sont liées aux Rákóczi. La première imprimerie catholique de Hongrie avait été ouverte à Tyrnava en 1577, à l'initiative du primat Miklós Oláh, pour lutter contre la propagande calviniste. Après plusieurs épisodes, elle est confisquée par le prince de Transylvanie Gábor Bethlen, allié à l’Union protestante pendant la Guerre de Trente ans, et transférée à Gyulafehérvár en 1620 (sur cette histoire complexe, voir: Eva Mârza, Din Istoria tiparului românesc. Tipografia de la Alba Julia, 1577-1702, Sibiu, Editura Imago, 1998, 154 p., ill.).
Notre journée s’achève par la visite de la cathédrale d’Alba Julia, aujourd’hui archevêché. La nef abrite les sépultures d’un certain nombre de princes liés à la Transylvanie (dont János Hunyadi, le père de Mathias Corvin: cliché 4). Puis, c’est la découverte trop rapide de la gigantesque citadelle (22ha !) construite par les Autrichiens pour défendre leurs frontières orientales contre les Ottomans.
La citadelle fait l’objet d’un remarquable programme de restau- ration, laquelle pourra certes sembler parfois un petit peu trop radicale et se rapprocher plus de la reconstruction que de la restauration stricto sensu. Mais l’ensemble donne une idée de l’importance d’une place militaire comme l’ancienne Gyulyafehérvár pour l’Empire de Vienne, en même temps que de la montée en puissance des Habsbourg sur le plan politique au XVIIIe siècle. Cette présence d'une forteresse "à la Vauban" explique le changement du nom allemand de la ville de Weißenburg en Karlsburg.
Sur l’histoire de l’imprimerie au XVIe siècle en Transylvanie : Christian Rother, Siebenbürgen und der Buchdruck im 16. Jahrhundert ; mit einer Bibliographie « Siebenbürgen und der Buchdruck » ; mit einer Geleitwort von P[eter] Vodosek, Wiesbaden, Harrassowitz Verlag, 2002, XXIX-408 p., ill. (« Buchwissenschaftliche Beiträge aus dem Deutschen Bucharchiv München », 71). ISBN 3-447-04630-9.
Sur l'histoire de la Transylvanie en général: Kurze Geschichte Siebenbürgens, éd. Béla Köpeczi, Budapest, Akadémiai Kiadó, 1990, XVI-780 p., ill., cartes. ISBN 963-05-5667-7. Il existe une édition en français publiée à la même adresse en 1992 (Histoire de la Transylvanie).
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