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vendredi 11 février 2011

Histoire du livre: un an de blog

Principales villes de consultation du blog "histoire-du-livre", février 2011
Voici un an que ce blog «histoire-du-livre» fonctionne. Nous avons publié à peu près cent cinquante billets, parfois de simples annonces (conférences, colloques, nouvelles parutions), parfois des billets abordant rapidement telle ou telle question relative à l’histoire du livre. Beaucoup de ces billets sont illustrés.
Le blog semble avoir acquis une certaine vitesse de croisière, puisqu’il reçoit plus de 1600 visites en moyenne par mois, et qu’il sort dans les toutes premières réponses à la question «histoire du livre» (entre guillemets) sur Google.
Les outils mis en place au début de ce mois (février 2011) pour suivre les consultations permettent de constater que la majorité des utilisateurs est francophone, mais que 40 à 50% d’entre eux ne réside pas en France. Nous avons des visiteurs sur les cinq continents, avec cependant une forte proportion en Europe et très peu en Extrême-Orient, en Asie du Sud et en Asie du Sud-Est (voir cliché). La moyenne des consultations est de deux pages, et le détail montre que, comme on pouvait s’y attendre, ce sont les pages de discussion qui restent le plus souvent consultées à long terme.
Selon la formule de Geoffrey Nunberg, on trouve de tout sur Internet, dont les chemins conduisent indifféremment à Rome ou à Disneyworld: en définitive, Internet manque surtout d’outils de manipulation qui soient à la fois commodes et transparents.
L’un des inconvénients majeurs de la structure d’un blog comme celui-ci est aussi de «noyer» les informations les plus anciennes au fur et à mesure que d’autres, plus récentes, s’empilent par dessus. Peut-être la mise à disposition d’un index pour un certain nombre de billets permettrait-elle de répondre pour partie à cette difficulté ? L’index ci-dessous reprend un certain nombre des billets publiés dans la trois premiers trimestres de 2010, soit de février à septembre inclus. Nous le compléterons aussi tôt que possible.

Albi
Le Berceau du livre imprimé. Autour des incunables
Bibliothèque de Colmar
Les Bibliothèques d’artistes
Bibliothèques de gare 
Les bibliothèques et leurs lecteurs
Bodoni
Guillaume Budé
Chine, écriture  
Chine, écriture
Chine, Pékin, librairie
Choiseul
Cinquante ans d’histoire du livre
La Danse macabre des imprimeurs
Destruction des livres
L'Erudition imaginaire
La Fabbrica del libro  
La Forêt des livres
Sébastien Gryphe
Histoire et civilisation du livre,
V (2010)
Histoire et civilisation du livre, sommaires
Hongrie, bibliographie
Hongrie, livre et identité nationale
Hongrie, Réforme catholique
Hongrie, Réforme protestante
Institut historique allemand de Paris
Langue vernaculaire

Langue vernaculaire
Langue vernaculaire
Dangers de la lecture
Lecture populaire
Lumières
Mame, imprimeurs-libraires
Musées du livre
Musées du livre
Das Narrenschiff (La Nef des fous)
Das Narrenschiff, folie, représentation
Nationalités
Charles Nodier
Paris, débuts de l’imprimerie
Pentecôte
Politiques et pratiques de la culture
Marcel Proust
Réforme protestante
Réforme protestante, commémoration
Révolutions du livre
Slovénie
Touraine
Trouville
Typographical fixity
Vidéo, nouveaux médias
Vidéo, volumen et codex
Volumen et codex
Voyages

samedi 17 juillet 2010

Où sont les musées du livre?

Nous avons parlé il y a quelques semaines du Musée des lettres et manuscrits à Paris, Force est de reconnaître que, un peu partout, se multiplient en France comme à l'étranger les exemples d’institutions visant à présenter au public d’aujourd’hui le patrimoine des textes et des livres. Si, au sein de ce mouvement, les bibliothèques restent paradoxalement en retrait, les musées spécialisés et autres maisons d’écrivains se rencontrent souvent.
Pour prendre l’exemple de la Touraine, le Musée Balzac du château de Saché met en scène «l’imaginaire balzacien» (museebalzac@cg37.fr), quand la maison natale de Rabelais à La Devinière veut articuler la figure même de l’écrivain avec son œuvre et sa région d’origine («Rabelais en son pays») (museerabelais@cg37.fr). D’autres sites célèbrent encore Ronsard, à La Riche, et Descartes, dans la ville de son enfance, La Haye-Descartes (musée@ville-descartes.fr), sans parler de Léonard de Vinci aux portes d’Amboise.
Certes, nous ne bouderons pas notre plaisir, même si la croyance, pour partie justifiée, au genius loci pousse aussi à organiser des animations invitant nos contemporains (moyennant finances…) à prendre la plume dans les lieux mêmes où telle ou telle figure reconnue de notre littérature a plus ou moins laissé sa trace…
Si nous ne pouvons que nous réjouir de cette floraison, il n’en reste pas moins que les «maisons d’écrivain» reproduisent un topos de l’histoire littéraire, en ce qu’elles mettent surtout en avant la double figure de l’écrivain et de son œuvre. Trop peu de choses, en général, sur ces considérations plus «terre à terre», mais d’autant plus fondamentales, sur lesquelles Lucien Febvre attirait pourtant déjà l’attention dans une note célèbre: les revenus assurés à l’auteur par son travail, ses stratégies d’écriture et de publication, son rapport à l’argent, pour ne rien dire du rôle d’autres acteurs du champ éditorial dans la création littéraire –à commencer par l’éditeur (d’une certaine manière, le Musée Balzac à Paris répond à ce désidérata).
Mais où sont, aujourd’hui, les musées de l’écrit et du livre, qui, en mettant en évidence les connexions existant entre système de communication, structure sociale et travail intellectuel, au cours de l’histoire, donneraient au visiteur un certain nombre de clés susceptibles de l’aider à connaître le passé – donc à comprendre le présent ? Des expériences se rencontrent, certes. Les plus nombreuses, peut-être, envisagent l’histoire de l’écrit sous l’angle privilégié de l’histoire des techniques – et l’un de leurs apports les plus notables est aussi de permettre la pérennité d’un certain nombre de savoir faire: pensons aux musées du papier, comme celui de Richard de Bas à Ambert; pensons surtout aux musées d‘histoire des techniques, dont le principal est évidemment, en France, le musée du CNAM à Paris –mais des structures secondaires existent aussi, dont la pérennité reste le plus souvent hypothétique, comme dans le cas du Musée de la typographie à Tours.
Une récente enquête a établi un recensement de ce type de structures à travers toute l’Europe, et elles sont bien plus nombreuses qu’on ne le croirait a priori.
Ne quittons pas la France. L’ambition du Musée de l’imprimerie à Lyon (www.imprimerie.lyon.fr)  dépasse le seul cadre des techniques pour se développer dans deux directions principales:
1) D’une part, il s’agit de proposer le fil d’une trajectoire d’ensemble, qui fait parcourir les étapes successives d’une histoire matérielle de l’écriture s’étendant de la préhistoire à l’époque contemporaine. Parmi les phénomènes mis en évidence, figure une constante de l’évolution récente, à savoir la dématérialisation progressive des instruments et des supports,  «du plomb au photon», puis «du photon au bit informatique».
2) La deuxième direction est à la fois la plus ambitieuse et la plus prometteuse : il s’agit d’articuler, dans la grande tradition de l’histoire du livre «à la française», la matérialité de l’«objet livre» et les effets que cette matérialité provoque dans la société plus large, qu’il s’agisse de l’écriture, de l’économie du livre, des pratiques de lecture et des systèmes de représentation qui peuvent leur correspondre. Là où la première section met en scène surtout des machines et des instruments de fabrication, la seconde s’appuie sur une très riche collection d’imprimés de toutes époques – parmi lesquels nous ne pouvons pas ne pas signaler un rarissime exemplaire des célèbres Placards de 1534.
Ajoutons que le Musée de l’imprimerie se veut aussi un musée vivant, et qu’il dispose notamment d’un atelier typographique propre. Enfin, il est un lieu de recherche, qui abrite, à côté de ses collections proprement dites, une riche bibliothèque spécialisée, et qui offre un certain nombre de commodités au spécialiste.
Pourtant, tous les responsables d’institutions culturelles le savent, la gestion d’une structure comme celle du Musée de l’imprimerie impose d’associer projet à long terme et conditions matérielles de fonctionnement au quotidien. Le Musée est établi dans de superbes locaux, au cœur de la presqu’île entre Rhône et Saône, et à proximité immédiate de ce haut lieu de la librairie lyonnaise ancienne que constituait la rue Mercière. Localisation idéale, mais finalement peu adaptée aux contraintes de la muséographie moderne, et à la présentation d’un certain nombre de pièces plus particulièrement encombrantes. À Lyon comme dans un certain nombre d’autres cas, un des défis à venir concerne précisément l’articulation entre le projet même du Musée et l’évolution d’une topographie urbaine en cours de profond renouvellement.
Ce petit billet consacré aux musées de l’écrit et du livre appellera sans nul doute ses propres prolongements.

Clichés : À Lyon, 1) La rue Mercière aujourd’hui ; 2) Cour intérieure du Musée de l’imprimerie ; 3) Une des salles de présentation (clichés F. Barbier).