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mardi 12 juin 2012

Nouvelle publication: la maison Mame

La maison Mame a déjà été mentionnée sur ce blog, (y compris d'agissant d'Hernani), et elle est l'une des maisons d'imprimerie, de librairie et d'édition les plus célèbres de France entre la seconde moitié du XVIIIe siècle et les années 2000. Malgré des travaux isolés, une monographie de grande ampleur faisait à ce jour défaut. Ce manque est comblé par la publication remarquable dont nous présentons ci-dessous le sommaire.
La ligne de recherche concernant la production imprimée «pour tous», dont Mame s'était fait une spécialité et sur laquelle il avait bâti un développement industriel particulièrement efficace, intéresse des genres et des titres très différents -du livre d'église à celui de piété (l'Imitation de Jésus-Christ!), aux textes de récréation, à la production scolaire, sans oublier le traité politique, etc.
Le prochain symposium d'histoire du livre, organisé en septembre à Mamaia (Roumanie), traitera précisément du thème, mais dans une perspective comparatiste et transnationale, qu'il s'agisse des professionnels (dont les auteurs), des textes, des livres ou des publics. Nulle doute que la maison Mame y soit évoquée, avec certaines des entreprises emblématiques de la période, en France comme dans d'autres pays. Un dossier y sera notamment présenté sur le chanoine Christoph Schmid (Schmidt), l'un des auteurs les plus prolifiques du second XVIIIe siècle, et dont bon nombre de titres se sont inscrits, pendant plus d'un siècle, parmi les best-sellers les plus étonnants de l'époque. Cette littérature moralisatrice, négligée par l'histoire littéraire, n'en constitue pas moins, comme le montre le «dossier Mame», un phénomène éditorial de toute première importance, et dont il importe de poursuivre l'étude.


Mame. Deux siècle d’édition pour la jeunesse, sous la direction de Cécile Boulaire. Préface de Jean-Yves Mollier,
Rennes, Presses universitaires de Rennes ; Tours, Presses universitaires François Rabelais, 2012, 560 p., ill.
(«Histoire»; «Perspectives historiques»)
ISBN 78-2-7535-1858-2

SOMMAIRE
Préface, par Jean-Yves Mollier
Introduction générale, par Cécile Boulaire

Première partie- Les fondateurs
Introduction: Un voyage dans les archives, par Michel Manson
Charles Pierre Mame à Angers: un fondateur, par Cécile Boulaire
La maison Mame à Angers (1807-1828), par Tangi Villerbu
Les Mame à Paris (1807-1837): l’échec d’une stratégie familiale de diversification, par Michel Manson
La bifurcation américaine de Charles Mathieu Mame (1815-1818), par Tangi Villerbu

Deuxième partie- L’installation dynastique
Installation d’Amand Mame à Tours: le contexte tourangeau, par Michel Manson
Amand Mame (1776-1848), par Chantal Dauchez
Alfred Mame (1811-1893), par Chantal Dauchez
Ernest Mame (1805-1883); Gustave Mame (1830-1893), par Chantal Dauchez
Paul Mame et ses fils, par Chantal Dauchez
La «Maison Alfred Mame et fils», Société Anonyme, par Michèle Piquard

Troisième partie- L’entreprise Mame et la question sociale
Introduction: L’entreprise Mame et la question sociale, par Tangi Villerbu
Les livres d’histoire de la maison Mame, supports de la doctrine du catholicisme social, de 1830 à 1880?, par Christian Amalvi
Cité ouvrière et institutions sociales, par Chantal Dauchez
Alfred Mame et la Commission d’enquête parlementaire sur les conditions du travail en France en 1873, par Martin Dumont
Mame et l’école publique (1870-1890): l’annonce d’une fracture éditoriale, par Marie-Françoise Boyer-Vidal

Quatrième partie- Mame propagateur de la foi
Introduction: Mame propagateur de la foi, par Tangi Villerbu
Des Bons Livres aux livres pour enfants: la création de la «Bibliothèque de la jeunesse chrétienne», par Michel Manson
La maison Mame et les Frères des écoles chrétiennes: une tumultueuse union, par Tangi Villerbu
Mame au Québec: importation et usages d’une littérature catholique française (1840-1960), par Tangi Villerbu
Les romans historiques chez Mame (1834-1914): faire revivre le passé à la lumière de la foi, par Michel Manson

Cinquième partie- Les collections
Introduction: L’ordre des collections, par Cécile Boulaire
La ligne éditoriale: auctorialité et sérialité éditoriale, par Matthieu Letourneux
Une logique de collections: de la «Bibliothèque de la jeunesse chrétienne» à la «Bibliothèque des petits enfants», par Cécile Boulaire
Raymond Pornin et le «Gymnase moral d’éducation»: être éditeur de livres pour enfants à Tours sous Alfred Mame, par Cécile Boulaire
Les séries Mame au XXe siècle siècle: organisation et auteurs, par Stéphane Tassi
Mutation des logiques de collections (1885-1940), par Marie-Pierre Litaudon
La Revue Mame (1894-1909), une publication académique, par Francis Marcoin

Sixième partie- Les genres
Introduction: Les genres, par Matthieu Letourneux
La «littérature» selon Mame?, par Cécile Boulaire
Mame, entre esthétique et éthique, par Matthieu Letourneux
De L’Ami des enfans à la «Bibliothèque des petits enfants»: rupture ou continuité?, par Annette Baudron
Mame à l’ère des pédagogues républicains, ou le poids d’un héritage éditorial (1870-1890), par Marie-Françoise Boyer-Vidal
Les romans d’aventures sont-ils très catholiques? Mame face au genre, entre contraintes sérielles et reformulations éditoriales, par Matthieu Letourneux
Un siècle de fictions coloniales pour la jeunesse (1830-1940), par Mathilde Lévêque

Septième partie- Écrire pour Mame
Introduction: Écrire pour Mame, par Mathilde Lévêque
Traduire pour Mame, par Mathilde Lévêque
À éditeur célèbre, écrivains obscurs?, par Cécile Boulaire et Mathilde Lévêque
Just-Jean-Étienne Roy, un polygraphe voué à Mame, par Cécile Boulaire
Hippolyte de Chavannes de La Giraudière: un auteur Mame, Clémence Lefay
Classicisme, naturalisme et passéisme: l’évolution du style Mame à travers quelques-uns de ses auteurs, par Stéphane Tassi

Huitième partie- Reliure, illustration, bibliophilie
Introduction: La forme visuelle des livres Mame, par François Fièvre
La reliure chez Mame: techniques de fabrication et esthétique (1840-1880), par Élisabeth Verdure
Amand Mame & Cie, un éditeur romantique pour enfants (1830-1850), par Olivia Voisin
John Arthur Quartley et les graveurs sur bois des éditions Mame à Tours, par Rémi Blachon
Les pratiques typographiques et bibliophiliques de la maison Mame au XIXe siècle, par François Fièvre
Illustration religieuse et ouvrages de prestige: Hallez, Doré, Tissot…, par Isabelle Saint-Martin
Brochages, cartonnages et percalines: les couvertures Mame de 1870 à 1940, par Stéphane Tassi

Neuvième partie- Mame au XXe siècle
Introduction: Mame au XXe siècle, par Cécile Boulaire
Les albums Mame dans l’entre-deux-guerres, par Marie-Pierre Litaudon
D’une usine l’autre: 1940-1953, destruction et reconstruction de l’usine Mame, par Caroline Gaume
L’imprimerie Mame à Tours, une usine moderne en bordure de Loire (1950-1953), par Christine Desmoulins
La maison Mame après la Seconde Guerre mondiale, par Michèle Piquard
Un Petit Prince devait paraître chez Mame…, par Marie-Pierre Litaudon

Conclusion: Fin de projet, ouverture de chantiers, par Tangi Villerbu et Matthieu Letourneux

dimanche 17 juillet 2011

Hernani, ou anatomie d'un titre

Une toute récente acquisition nous fait revenir sur ce véritable monument de l’histoire littéraire française qu’est Hernani. Pour l’historien du livre, sa signification se déploie au moins sur quatre plans.
1) D’abord, bien sûr, le plan de l’histoire littéraire, avec la théorisation du romantisme. La «Préface» de Cromwell (1827) avait exposé les idées du jeune Victor Hugo sur le drame et sur l'histoire littéraire: à l'âge du lyrisme correspond la Genèse, à l'épopée, Homère, au drame, Shakespeare. Le propre du drame, genre moderne par excellence, c'est précisément le mélange des genres, les contrastes, l'image reproduite de la nature humaine, le «grotesque» et un vers nouveau, qui réussir à faire appel à toutes les ressources de la prose.
Mais il reste à porter la jeune école sur la scène: et, ici, l’histoire littéraire rejoint l’histoire politique de la fin de la Restauration, comme l’éclaire la chronologie des faits.
2) Marion de Lorme avait été reçue sans vote par la Comédie française, avant d’être interdite par la censure (1re août 1829). Hugo se refuse à apporter des corrections, y compris après avoir été reçu par le roi et alors que les «ultras» reviennent au pouvoir, sous le ministère Polignac. Le triplement de la pension annuelle (de 2000 à 6000 francs) de l’auteur ne change pas sa détermination: il faut passer en force, et imposer la liberté –liberté d’écrire, et liberté de vivre en écrivant.
Le sujet d’Hernani est inspiré par l’Espagne, où le jeune Victor était venu en 1811: la rédaction en commence le 29 août, et la pièce est achevée dès le 24 septembre 1829. Le 30, Hernani est lu en privé. Même si l’accueil est relativement réservé, la pièce est reçue par acclamation le 5 octobre au Français (alors dirigé par le célèbre baron Taylor), avant d’être acceptée par la censure le 25 –quelques modifications mineures sont apportées au texte.
Mais les répétitions se font dans une ambiance de cabale. Hugo fait appel, pour soutenir son texte, aux jeunes gens des écoles, qui assureront sa «claque». On s’attendait à l’affrontement entre les «classiques» et la jeunesse attachée à la «liberté» de l’art. La première, au Théâtre français le 25 février 1830, a fait date dans la mémoire collective: c’est la «bataille d’Hernani».
La «Préface» de l’auteur prône l'avènement du libéralisme en littérature, et articule très directement la liberté dans l’art et la liberté en politique, c’est-à-dire «dans la société»:
Le romantisme, tant de fois mal défini, n'est, à tout prendre, et c'est la sa définition réelle si on ne l'envisage que sous son côté militant, que le libéralisme en littérature. (…) Bientôt, car l'œuvre est déjà bien avancée, le libéralisme littéraire ne sera pas moins populaire que le libéralisme politique. La liberté dans l'art, la liberté dans la société, voilà le double but auquel doivent tendre d'un même pas tous les esprits conséquents et logiques, (…) la liberté littéraire est fille de la liberté politique. Ce principe est celui du siècle, et prévaudra. Les Ultras de tout genre, classiques ou monarchique, auront beau se prêter secours pour refaire l'Ancien Régime de toutes pièces, société et littérature, chaque progrès du pays, chaque développement des intelligences, chaque pas de la liberté fera croûler tout ce qu'ils auront échafaudé (…). À peuple nouveau, art nouveau. Tout en admirant la littérature de Louis XIV, si bien adaptée à la monarchie, elle saura bien avoir sa littérature propre et personnelle et nationale, cette France actuelle, cette France du XIXe siècle à qui Mirabeau a fait sa liberté et Napoléon sa puissance (…). Cette voix haute et puissante du peuple, qui ressemble à celle de Dieu, veut désormais que la poésie ait la même devise que la politique : Tolérance et Liberté…
Le moment est exceptionnel: Notre-Dame de Paris sort le 16 mars et, quelques semaines plus tard, la Révolution de juillet (dont on rappellera qu’elle trouve son origine dans les ordonnances sur la presse périodique) semble apporter comme une confirmation et une consécration à la nouvelle école.
3) Hernani nous informe aussi sur le statut de l’auteur, en une période charnière, et sur ses rapports avec son libraire. Hugo, qui se défie de ses capacités en matière financière, demande en effet à son ami Paul Lacroix (le célèbre «bibliophile Jacob») s’il n’accepterait pas de se charger de ses intérêts dans les négociations avec les professionnels:
Je suis assailli de libraires. (…) Tout le monde me conseille de ne pas traiter moi-même, vu ma faiblesse et ma facilité en affaires d’argent. On m’engage à choisir un ami pour débattre avec les libraires. Cela vous ennuierait-il bien fort, cher ami, de me rendre ce service? En auriez-vous le temps? (lettre à Paul Lacroix, 27 février 1830, minuit).
Peu après la première, il vend son manuscrit à l’éditeur Mame et Delaunay-Vallée, et le texte est publié le 9 mars, au tirage considérable de 5000 exemplaires (la correction d’une coquille permet de distinguer un premier et un deuxième tirage). Tous les exemplaires doivent porter la signature de l’éditeur, mais c’est le mot « Hierro » qui figure, apposé en regard du titre par un timbre autographié de l’auteur: nouvelle affirmation d’un rapport de force, et allusion à la première, alors que les partisans du jeune Hugo devaient se reconnaître au mot de passe «nodo de hierro» (nœud de fer). Par ce détournement d’une pratique commerciale, chaque exemplaire devient ainsi comme un signe de reconnaissance et de participation, comme un manifeste destiné à tous les partisans de l’auteur et de ses idées.
En définitive, Hugo touchera 15 000 francs pour Hernani.
4) Enfin, Hernani illustre la montée de la médiatisation de masse, qui en fait un texte, certes, mais il devient surtout un emblème. La célèbre «bataille» n’a peut-être pas eu réellement lieu, mais Hernani est un «événement» et devient une manière de symbole, celui de la jeunesse libérale opposée aux conventions et à l’ordre préétabli: portraituré par Louis Reybaud, Jérôme Paturot sera bonnetier, mais, dans sa jeunesse, il a lui aussi rêvé de romantisme et de gloire littéraire. Son premier titre de gloire n’est-il pas d’avoir été chef de claque à Hernani?

Victor Hugo, Hernani ou l’Honneur castillan, drame, par Victor Hugo, représenté sur le Théâtre-Français le 25 février 1830, Paris, Mame et Delaunay-Vallée, libraires, rue Guénégaud, n° 23, 1830, [4-]VII p., [1] p., 154 p.
Édition originale, premier tirage, mis en vente le 9 mars 1830, quelques jours après la première (avec ou sans douze pages de catalogue éditorial in fine) (cf. cliché, page de titre. Collectio Quelleriana)

Note bibliogr.: E. Blewer, V. Hugo et les réalités du théâtre. La campagne d’Hernani (1829-1830). La crise des théâtres (1848-1849), thèse de doctorat, Paris XII, 1999. Voir aussi le site de l’équipe Hugo: http://groupugo.div.jussieu.fr

mercredi 16 mars 2011

Histoire de la Maison Mame


Cartonnage de Mame (coll. part.)
La maison Mame à Tours (1796-1975) :
deux siècles d'édition pour la jeunesse
Colloque, 17 et 18 mars 2011

Hôtel de Ville de Tours,
Salle des mariages



Colloque organisé par l'équipe de recherches INTRU
(« Interactions, Tranferts, Ruptures artistiques et culturels », JE 2527)
de l'Université François-Rabelais,
dans le cadre d'un appel à projets financé par l'Agence nationale de la recherche.
Responsable : Cécile Boulaire
9h30 Frédéric BARBIER (CNRS / EPHE), Ouverture
9h45 Cécile BOULAIRE, Le Projet Mame, une aventure de trois ans.

Heurs et malheurs d'une dynastie
10h Michel MANSON (Université Paris 13) : Les frères Mame à Paris (1807-1837) : l'échec d'une stratégie familiale de diversification
10h40 Tangi VILLERBU (Université de La Rochelle) : Charles Mame libraire new-yorkais, 1815-1817
11h20 Chantal DAUCHEZ (Université de Tours) : Alfred Mame et la papeterie de La Haye-Descartes
12h Françoise TAUTY (Université de Tours) : La politique philanthropique des Mame
12h40 pause déjeuner

Mame et la littérature pour la jeunesse – stratégies éditoriales
14h30 Annette BAUDRON (Docteur de l'université de Tours) : De l'Ami des enfants à la Bibliothèque des petits enfants: rupture ou continuité?
15h10 Cécile BOULAIRE (Université de Tours) : Qu'est-ce que la littérature pour enfants selon Mame ?
15h50 Matthieu LETOURNEUX (Université Paris Ouest) : Mame, entre esthétique et éthique
16h30 Francis MARCOIN (Centre Robinson, U.A. "Textes & Cultures", Université d'Artois) : La Revue Mame, une publication académique

Vendredi 18 mars
Mame et la littérature pour la jeunesse – marques idéologiques
9h Christian AMALVI (Université Montpellier III) : Les ouvrages d'histoire de Mame, support privilégié d'un catholicisme social en action (1830-1880) ?
9h40 Marie-Françoise BOYER-VIDAL (Musée national de l'éducation, Rouen) : Mame et l'école publique (1870-1890). L'annonce d'une fracture éditoriale
10h20 Mathilde LEVEQUE (Université Paris 13) : Un siècle de littérature coloniale chez Mame (1830-1940)
11h pause
L'écrit et l'image
11h10 François FIEVRE (Université de Tours) : Mame, typographie et bibliophilie.
11h50 Stéphane TASSI (Association des amis des livres, Tours) : Convergences des styles écrits et visuels chez Mame
12h30 pause déjeuner

14h Marie-Pierre LITAUDON (Docteur de l'université Rennes 2) : Les albums Mame de l'entre-deux guerres
L'entreprise Mame au XXe siècle
14h40 Michèle PIQUARD (CNRS) : La société Mame
15h20 Caroline GAUME (Tours) : D'une usine l'autre. 1940-1953, destruction et reconstruction de l'usine Mame
16h Christine DESMOULINS (Critique d'architecture, auteur d'une thèse sur Bernard Zehrfuss), : L'imprimerie Mame, une architecture industrielle moderne en bord de Loire
16h40 Matthieu LETOURNEUX, Tangi VILLERBU : Fin de projet, ouverture de chantiers
17h Clôture du colloque par Jean-Michel FOURNIER, doyen de l'UFR Lettres & Langue
18h30 à l'invitation de la Bibliothèque municipale de Tours, inauguration de l'exposition La maison Mame, deux siècles d'édition à Tours, au Château de Tours.

Url de référence : http://mameetfils.hypotheses.org/
Université François-Rabelais 3, rue des Tanneurs, 37041 Tours Cedex 01

dimanche 18 avril 2010

La ville des Mame


À Paris comme dans telle ou telle ville de province ou de l’étranger, le curieux rencontre ici et là des monuments, immeubles, statues, plaques commémoratives, monuments funéraires ou autres, liés au livre et aux gens du livre. En France, la ville de Tours n’échappe pas à la règle, grâce notamment à la maison Mame.
Venue d’Avignon, la famille Mame s’établit au XVIIIe siècle à Angers, mais c’est à Tours que la maison atteint un développement qui en fait, au XIXe siècle, une des premières entreprises de la branche dans le monde. Imprimeur et libraire de l’archevêque, Mame joue à fond la nouvelle carte de la rationalité industrielle. À côté de quelques titres spectaculaires (la Touraine illustrée par Gustave Doré, en 1865), la maison produit en masse des livres pour l’Église, paroissiens, etc., mais aussi une littérature «bien pensante» pour la jeunesse, livres scolaires et surtout livres d’étrennes présentés sous d’élégants cartonnages romantiques (en tête, la collection de la «Bibliothèque de la jeunesse»: cf cliché).
La grande usine Mame de Tours produit, en 1867, six millions de volumes par an, «chiffre auquel n'atteignaient point, il n'y a pas encore si longtemps, les presses réunies du monde entier…» Malheureusement, Tours est une ville relativement peu étendue, coincée entre la Loire et le Cher, et qui sera durement touchée lors des combats pour le contrôle de la Loire en 1940: parmi les immeubles rasés figurent la Bibliothèque municipale, mais aussi l’ancienne imprimerie Mame, plus tard reconstruite boulevard Preuilly.
Pourtant, la topographie urbaine rend compte aujourd’hui encore de la présence de la dynastie des grands imprimeurs-libraires dans la ville. Si l’ancienne usine a disparu, il n’en est pas de même de l’hôtel particulier d'Alfred Mame, aujourd’hui 19 rue Émile Zola. À quelques centaines de mètres de la cathédrale Saint-Gatien et de l’archevêché, l’ancien hôtel élevé en 1767 pour l’armateur nantais Lefebvre de Montfray (cf cliché) est acheté par Alfred Mame en 1872, qui le fait réaménager et y appose son monogramme au pignon de la façade principale –monogramme qui n’est pas sans faire penser à une marque d’imprimeur (cf cliché).

Tout différent est l’ensemble connu sous le nom de Cité Mame et établi sous le Second Empire un peu plus loin du centre, à l’ouest de la ville. Alfred Mame commande en effet à l’architecte Henri Racine soixante-deux maisons familiales indépendantes, élevées autour d’une place et destinées aux employés de la Maison. Cet ensemble existe toujours. Évitons pourtant les assimilations hâtives. Le paternalisme du grand industriel a certes une visée économique (il faut fixer la main d’œuvre) et renvoie à un modèle que l’on jugera quelque peu conservateur (il faut s’attacher la fidélité des ouvriers, favoriser la paix sociale et encourager un certain nombre de valeurs traditionnelles). Mais il correspond aussi à un véritable souci philanthropique: les loyers de la Cité Mame sont sensiblement inférieurs à la moyenne de l’époque, et le patron met en place un certain nombre de structures d’entraide et d’assurance, outre une boulangerie coopérative, etc. Les productions de Mame sont régulièrement distinguées lors des expositions universelles, mais Alfred Mame reçoit aussi, en 1867, un prix de 10000f. pour avoir créé un de ces «établissements modèles» rêvés par Napoléon III et «où règnent au plus haut degré l’harmonie sociale et le bien-être des ouvriers».

Le souvenir des Mame se rencontre encore ailleurs dans les environs de Tours: Alfred Mame constitue en effet autour de son château de Savonnières une des plus belles propriétés (400 ha!) du département. À Chanceaux en revanche, aux portes de Loches, nous sommes sur les terres des Schneider, fondateurs du Creusot: mais c'est là que, en 1904, Marie-Élisabeth Schneider épouse le jeune Armand Mame. Aujourd’hui, Chanceaux est connu pour accueillir chaque année la grande manifestation de la « Forêt des livres », manifestation dont l’organisateur, Gonzague Saint-Bris, descend lui-même des Mame.
Signalons pour finir le programme de recherche engagé depuis quelques années à Tours, sous la responsabilité de Cécile Boulaire: cf http://pagesperso-orange.fr/projet.mame, et http://mameetfils.hypotheses.org/.

(Clichés : 1) Médaillon aux initiales d’Alfred Mame ; 2) Hôtel Mame ; 3) Exemple de cartonnage sur un volume de la «Bibliothèque de la jeunesse». Clichés FB).