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mercredi 6 décembre 2017

Soutenance de thèse de doctorat

 Avis de soutenance de thèse de doctorat

Monsieur Qinghua LIU
soutiendra publiquement ses travaux de thèse intitulés
Missions et chrétientés en transition:
la paroisse urbaine de Pékin au XVIIIe siècle

Les travaux ont été dirigés par Monsieur Jean-Robert Armogathe

La soutenance est prévue pour le
vendredi 08 décembre 2017,
à 9h00

Lieu : Maison des Sciences de l'Homme, 54 boulevard Raspail, 75006 Paris,
salle EPHE AS1-09 (1er sous-sol, salle 9)

Jury
MM Jean-Robert ARMOGATHE, École Pratique des Hautes Études, directeur de la thèse
Luca GABBIANI, École française d’Extrême-Orient, pré-rapporteur
M. Vincent GOOSSAERT, École Pratique des Hautes Études, examinateur
M. Nicolas STANDAERT, Université catholique de Louvain, pré-rapporteur
 
Résumé :
Ce travail présente une histoire sociale de la paroisse du Beitang à Pékin.
La première partie montre l’évolution de la paroisse, depuis son émergence en 1688 dans la Cité impériale à sa fermeture en 1827. Après avoir rappelé les services rendus à la Cour par les jésuites suivant leurs divers «métiers», nous avons analysé la situation des jésuites de Pékin après 1773, au moment de la crise de la Compagnie en Europe et en Chine.
Les lazaristes arrivèrent en 1785 dans une situation de chaos où se trouvaient les jésuites et leur succédèrent à la Cour des Qing. À la suite des révoltes et des crises de l’Empire, l’état de la mission à Pékin devint de plus et plus fragile, et se posa alors le problème du maintien des chrétientés fragmentées avant l’expulsion des lazaristes par l’empereur mandchou.
La seconde partie illustre la constitution d’un réseau, d’une structure et de la vie religieuse d’une paroisse urbaine. En mettant en lumière la coopération de tous les membres de la paroisse, on voit comment cette communauté a pu établir et maintenir une église, une maison charitable et un séminaire dans la société locale. On y voit une religiosité chrétienne sous une forme française; mais d’autre part, elle rejoint également la tradition des diverses religions chinoises.
Nous avons présenté les formes de la piété, les missionnaires, les procureurs, les clergés indigènes et les laïcs dans toutes leurs fonctions pour former une paroisse active au centre ville, dans l’exercice de sa vie religieuse. Avec une liste des livres sacrés et livres de morale chrétiens de langue chinoise, les confréries et les laïcs jouèrent un rôle important dans cette vie, dans le contexte de la Révolution française où le nombre de missionnaires envoyés en Chine était particulièrement réduit.
Communiqué par Monsieur Liu.

dimanche 11 septembre 2016

À Saragosse, une extraordinaire bibliothèque ancienne

Saragosse, port fluvial dès l’époque romaine (Zaragoza dérive étymologiquement de Caesaraugusta), correspond à un site remarquable sur le plan des voies de communications, à mi-chemin entre les côtes atlantique et méditerranéenne, et tenant par ailleurs un des grands itinéraires entre les Pyrénées et la Castille. La ville est occupée par les Wisigoths, puis par les Arabes de 714 à 1118, avant d’être reprise par le roi d’Aragon. Capitale du royaume, elle devient également siège d’une province ecclésiastique en 1317. Mais la mise en place par Philippe d’une monarchie centralisée autour de Madrid (1561) inaugure une période dont la conjoncture est moins favorable à l’autonomie et aux «libertés» des anciennes capitales...
Bibliothèque du Séminaire royal San Carlos.
Dès 1547, les Jésuites sont appelés à Saragosse, où ils disposent d’abord d’une maison avec chapelle: l’implantation est progressivement étendue à partir de 1558, avec l’achat d’un immeuble élevé sur le site de l’ancienne Grande synagogue. Après nombre de difficultés (le moins que l’on puisse dire est que les Jésuites n’ont pas que des partisans dans le clergé de Saragosse!), l’ensemble monumental comprend à la fin du XVIe siècle la nouvelle église (construite à partir de 1574) et le collège, ce dernier organisé autour d’un cloître. En 1585, l’église est placée sous le vocable de l’Immaculée Conception, et la place devant le bâtiment prend  le nom de Plaza de la Compañia. Bien évidemment, le collège comprend bientôt une bibliothèque de travail.
Mais les jésuites sont chassés d'Espagne en 1767, et l’ensemble des bâtiments se trouve alors transformé en séminaire royal, sous le nom de saint Charles Borromée (en l’honneur du roi Charles III)
La bibliothèque monumentale est conservée en l’état, et on la découvre toujours aujourd’hui avec stupéfaction, «reclose» au cœur du complexe immobilier: une longue galerie de quelque 40m sur 7m, avec le sol carrelé et le plafond à poutres (l’ensemble a été renforcé d’éléments métalliques).
Les armoires anciennes sont courent tout le long des murs. Elles portent des tablettes mobiles, et sont protégées par des portes grillagées à serrure. Selon l’usage, le classement systématique correspond à la topographie des volumes: ceux-ci sont identifiés par une cote indiquant le numéro de la travée (les étiquettes figurent toujours en haut), celui du rayonnage et celui du volume lui-même. L’ensemble est peint dans une élégante couleur vert d’eau, et rehaussé de filets d’or.

Le mobilier comprend en outre le bureau du bibliothécaire, dans l’axe de la salle, quelques grandes tables de travail et un ensemble de fauteuils anciens. Nous avons surtout été frappés par la présence d’un petit meuble, que nous identifierions volontiers avec un brasero, de manière à réchauffer un temps soit peu l’atmosphère à la mauvaise saison (on imagine cette salle à la saison froide…). Une chose remarquable réside aussi dans l’absence de tout élément de décoration, en dehors du mobilier lui-même.
La bibliothèque ancienne, très riche, a été cataloguée par Luis Latre Jorro en 1943 (Manuscritos e incunables de la Biblioteca del Real Seminario sacerdotal de san Carlos de Zaragoza, Zaragoza, Artes gráficas E. Berdejo Casañal, 1943). Outre le fonds provenant des Jésuites, elle comprend aussi la superbe bibliothèque du marquis Manuel de Roda (1708-1782). Né à Saragosse et ancien étudiant de l’université, Roda est une personnalité centrale des Lumières espagnoles. Il comptera parmi les fondateurs de l’Académie royale d’histoire, mais ne se lancera dans une carrière politique qu’assez tard, d’abord comme ministre plénipotentiaire à Rome (1758). À son retour à Madrid, en 1765, il s’impose comme le principal ministre de Charles III, et sera de fait à l’initiative de l’expulsion des Jésuites. Dans le même temps, il s’efforce de travailler à une réforme de l’université, sans pouvoir cependant aboutir pleinement.
Détail des aménagements. Le petit meuble, au centre, est-il bien un brasero?
À Madrid, Roda était un bibliophile passionné. Il lègue sa magnifique bibliothèque au Séminaire de Saragosse, où elle est transportée après sa mort, avec certaines pièces du mobilier. Le legs a nécessité un privilège spécial permettant d’intégrer à la bibliothèque un certain nombre de titres interdits par l’Inquisition...
Il serait bien évidemment à souhaiter que cette extraordinaire richesse patrimoniale puisse être conservée sur place, et dans les meilleures conditions, mais qu'elle puisse aussi être ouverte et exploitée le plus largement par les historiens –et les historiens du livre. Nous remercions le directeur de la bibliothèque, D. Carlos Tartaj, de nous avoir autorisé à y travailler... sur les deux exemplaires du Narrenschiff conservés parmi les 84 incunables de la bibliothèque du Séminaire royal de Saragosse.

Bibliogr.: Antonio Gaspar-Galán, J. Fidel Corcuera-Manso, «Le fonds de la bibliothèque du marquis de Roda (Real Seminario de San Carlos de Zaragoza) sur la langue française», dans Cédilles. Revista de estudios franceses, n° 9 (avril 2013), p. 275-293.

dimanche 12 avril 2015

Au pays des jésuites

Une trop brève visite de l’Argentine pousse d’entrée à prendre la mesure de l’espace. Après la découverte de Saint-Domingue par Christophe Colomb en 1492, les navigateurs progressent le long de la côte atlantique vers le sud. En 1516, Juan Diaz de Solis atteint le Rio de la Plata, et quatre ans plus tard, le détroit de Magellan est reconnu, l’objectif étant toujours celui d’ouvrir la «route des Indes». Mais la signature du traité de Tordesillas (1494) aboutira à octroyer une grande partie de la façade atlantique du sous-continent au roi de Portugal. L’empire espagnol, qui s’organise à partir de Mexico et de Lima, sera, en dehors de l’Amérique centrale, davantage orienté vers le Pacifique, de sorte que les relations de la métropole sont particulièrement compliquées avec les territoires de l’actuelle Argentine. Malgré le site admirable du Rio de la Plata, le pays progressivement conquis dépend administrativement de la vice-royauté du Pérou (à Lima), tandis que les conflits perdurent avec les indigènes: l’Argentine reste un espace géo-politique marginal, dont la situation retarde sensiblement la mise en valeur.
Entrée du collège de Montserrat, manzana jésuite de Córdoba
Alors que Buenos Aires, fondée par Pedro de Mendoza en 1536, a dû être un temps abandonnée face à l’hostilité des Indiens, Córdoba, à 700 km à l’intérieur des terres, est fondée par Cabrera sur la route de Bolivie en 1574 –mais ce n'est à l'origine qu'un hameau de quelques dizaines d'habitants. Son essor ne date en effet que de l’arrivée de l'ordre des Jésuites...
Les deux premiers Pères, Angulo et Burzana, ont débarqué au Rio de la Plata en 1587, avant que l’ordre de saint Ignace ne s’établisse officiellement en 1599. Son premier objectif concerne bien évidemment l’activité missionnaire, mais il s'investit aussi dans le domaine de l'éducation et de l’enseignement. L'organisation administrative de l'ordre se déploie, elle aussi, d'abord à partir du Pérou, avant que ne soit fondée, en 1607, la nouvelle province du Paraguay (Paraquaria): il s’agit d’un territoire immense, puisqu'il inclut le sud du Brésil, la Bolivie, le Paraguay, l’Uruguay, le Chili et la partie colonisée de l’Argentine. Sa capitale est située à Córdoba.
Ce véritable renversement de la géographie institutionnelle encadrant les colonies espagnoles de l'Atlantique sud constitue un événement d'importance stratégique pour leur développement futur. Le renversement sera couronné par la création de la vice-royauté du Rio de la Plata, détachée de la vice-royauté du Pérou, en 1776. 
À Córdoba, les Pères fondent un collège en 1610/1613, avec le programme d’une université, et qui sera effectivement reconnu comme telle dix ans plus tard (1622): l’institution fonctionne sous l’appellation de Haute École (Colegio Máximo), et c’est la seconde fondation de ce type en Amérique du Sud. Aujourd’hui, la «manzana jésuite» de Córdoba désigne un complexe de bâtiments comprenant l’église, la résidence des Pères, les établissements d’enseignement et la bibliothèque. L’Université de Córdoba a conservé ce siège historique, par ailleurs inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Sur le modèle d’une Haute École, elle incorpore d’ailleurs toujours deux collèges d’enseignement secondaire, dont celui de Montserrat, fondé en 1687 et qui reste abrité dans ses superbes bâtiments de 1782.
La Biblioteca Mayor aujourd'hui
Dès les origines, les Pères veulent créer une bibliothèque, qui sous-tendrait leurs activités pédagogiques. Sans doute plus que par des achats directs, lesquels sont rendus particulièrement difficiles par l’éloignement, la bibliothèque de l’Université s’accroît par des legs et par des dons: le fondateur de l’Université, le frère Hernando de Trejo y Sanabria (1554-1614), évêque du Tucumán, donnera sa bibliothèque personnelle, de même que le premier évêque de Buenos Aires, Mgr Pedro Carranza, en 1625. Un catalogue des fonds est dressé en 1757, sous le titre de Index librorum bibliothecae Collegii Maximi, catalogue qui dénombre quelque 3000 titres en 6000 volumes (il a été récemment et savamment publié par Alfredo Fraschini). L’étude statistique du fonds montre que, comme on pouvait s’y attendre, environ 60% des titres relèvent du domaine de la religion au sens large. La Libreria Grande, alias Biblioteca mayor, a succédé à l’ancienne bibliothèque des Jésuites après une période de confusion survenue lors la destruction de l’ordre en Amérique du Sud (1767): outre une partie des fonds de livres, les archives de la bibliothèque sont aujourd’hui toujours conservées.
Estancia de Alta Gracia: façade de l'église
Mais la présence jésuite dans la géographie de l’actuelle Argentine ne se limite bien évidemment pas à la manzana de Cordoba. Il existe aussi une manzana à Buenos Aires, et des témoignages de l'activité des jésuites dans beaucoup d'autres villes. On sait que, entre les Pères et les indigènes, les relations sont beaucoup plus équilibrées que dans le reste du pays où règne le système quasi-esclavagiste de l’encomienda, de sorte que les Jésuites peuvent commencer à organiser de manière efficace l’exploitation des terres. Les six estancias fondées par eux autour de Córdoba constituent chacune le centre de domaines agricoles spécialisées, dont les revenus abondent le budget de l’ordre. Parmi elles, celle d’Alta Gracia, fondée en 1643 et orientée vers la production textile (laine), a été remarquablement restaurée, et permet de se représenter le rôle économique, mais aussi culturel et religieux, de ces pôles d’activités combinant à la fois auto-subsistance et intégration très efficace dans un réseau de structures spécialisées.
Rappelons pour finir que les Jésuites avaient aussi établi les célèbres «Réductions» du pays guarani, et que la première presse à imprimer ayant fonctionné en Argentine était précisément localisée dans la réduction de Loreto, fondée en 1631 et devenue progressivement l’une des plus importantes du pays. On comprend facilement, non seulement que la position dominante des Jésuites leur valait beaucoup de concurrences et d’inimitiés, voire de franche hostilité, par ex. de la part des trafiquants d’esclaves contre lesquels ils luttaient. On comprend aussi que leur emprise sur des territoires considérables, et même que leur réussite, ont pu pousser le roi Charles III d’Espagne à les chasser, et à confisquer leurs biens, en 1767… 
PS- Une note, en passant. Je suppose que la traduction française de Cordoue ne vaut que pour la ville espagnole de ce nom. Je conserve donc Córdoba pour désigner son homonyme argentine. 
Billet suivant: Buenos Aires et les métamorphoses de la Bibliothèque nationale

jeudi 16 juin 2011

Conférence d'histoire du livre

La ville de Dole, ancienne capitale de la « Comté de Bourgogne », accueillera la séance foraine de la conférence d’Histoire et civilisation du livre le 24 juin 2011 (quelques clichés de Dole).
La dernière conférence régulière de l'EPHE se tiendra le 20 juin dans les locaux de l’avenue de France, et sera l’occasion de proposer aux auditeurs une

Introduction à l’histoire du livre et des bibliothèques en Franche-Comté

Sur le plan historique, la Franche-Comté est une composante de l’ancien royaume de Lotharingie, royaume progressivement démembré et entré dans l’orbite de l’Empire allemand (Xe siècle). Nous sommes en Haute-Bourgogne, le pays au-delà de la Saône, longtemps disputé entre la France et l’Allemagne.
Dans un premier temps, la Comté entre dans les territoires rassemblés sous l'autorité des ducs Valois de Bourgogne, et sont donc tournés vers la France. Mais, après la mort tragique de Charles le Téméraire, le dernier «grand-duc d’Occident» (1477) et après le traité d’Arras (1483), la Comté revient dans les possessions des Habsbourg: le XVIe siècle est considéré comme l’«âge d’or» pour la province, qui s’administre de manière largement autonome, alors que les premières décennies du XVIIe siècle sont beaucoup plus difficiles.
Condé assiège en vain Dole en 1636 et les Français occupent Besançon en 1668, avant que le traité de Nimègue (1678) ne rattache définitivement la Franche-Comté à la France. Dole est alors puissamment fortifiée par Vauban.
La capitale historique de la Comté est en effet située à Dole, à peu près à mi-chemin de Dijon et de Besançon: mais Dijon est en Basse-Bourgogne, en-deçà de la Saône, tandis que Besançon a le statut de ville libre d’Empire et constitue donc une sorte de petite république autonome sous l’autorité lointaine de l’Empereur. Les ducs Valois de Bourgogne établissent à Dole les institutions en charge du pays, le Parlement et l’administration centrale, l’université (à partir de 1422), tandis qu'une Chambre des comptes y sera installée en 1494. L’université de Dole comprend quatre facultés (on sait qu’une seconde université bourguignonne est créée à Louvain pour les pays du Nord).
D’importantes maisons religieuses sont par ailleurs établies en ville (les Cisterciens et surtout les Franciscains): rien de surprenant à ce que la production et la circulation du manuscrit se développent dans les derniers siècles du Moyen Âge, ni à ce que la ville n’accueille un imprimeur itinérant d’origine allemande, Peter Metlinger, qui y donne en 1490 les Coutumes de Bourgogne).
La proximité des villes rhénanes, au premier rang desquelles il faut citer Bâle, explique que le livre soit largement présent à Dole au XVIe siècle, mais que la ville n’accueille un imprimeur à demeure que de manière relativement tardive: la problématique de la Contre-Réforme et la venue des jésuites (1582) jouent en l’occurrence un rôle décisif (cf. cliché). L’université est d’ailleurs réunie au collège jésuite en 1618.
Avec le rattachement de la Comté à la France, le Parlement, l’université, la Chambre des comptes et la Monnaie abandonnent Dole pour Besançon, où s'installe aussi le nouvel intendant: le temps de la capitale est révolu, et Dole suit, dans la dernière partie de l’Ancien Régime et au XIXe siècle, la conjoncture classique d’une petite ville du royaume: c’est la production imprimée parisienne qui s’impose, même si la relative proximité des frontières donne un rôle particulier au commerce et à la contrebande.

À partir de 16h, la conférence du 20 juin développera la conjoncture contrastée de la «librairie» doloise et comtoise; elle évoquera aussi le rôle important des papeteries établies dans le plat-pays, et abordera l’histoire de l’ancienne bibliothèque publique (aujourd’hui médiathèque) de Dole: la bibliothèque est voulue par Richardot de Choisey en 1786, mais les événements retardent sa fondation. Le conseil municipal en décide la création en janvier 1791, et elle ne sera effectivement ouverte qu’une vingtaine d’années plus tard. Outre les fonds provenant des confiscations révolutionnaires, la bibliothèque reçoit un certain nombre de dons ou fait des acquisitions importantes au XIXe siècle. D’abord installée dans l’ancien collège jésuite (Collège de l’Arc), elle est transportée en 2000 dans les magnifique locaux de l’hôtel-Dieu.
À partir de 17h environ aura lieu le traditionnel pot de fin d’année clôturant la conférence.
Toute personne intéressée sera la bienvenue.

La séance foraine se déroulera le vendredi 24 juin à Dole, selon le programme annoncé. La séance foraine est ouverte à toute personne intéressée, mais on est prié de s’inscrire auprès du secrétariat de l’IHMC par téléphone (01 44 32 31 52) ou par courriel (martine.grelot@ens.fr) avant le 21 juin prochain.

mardi 7 juin 2011

Séance foraine de Dole

ÉCOLE PRATIQUE DES HAUTES ÉTUDES
CONFERENCE D’HISTOIRE ET CIVILISATION DU LIVRE

Monsieur Frédéric Barbier, directeur d’études

Séance foraine, année 2010-2011

«La ville n’est pas fort grande, mais elle est riche & peuplée. Il y a une collégiale assez belle, qui étoit autrefois un prieuré de notre ordre; l’hôpital de l’hôtel Dieu est fort beau & bien bâti ; le collège des Jésuites est grand & nombreux ; leur bibliothèque est bien fournie de livres imprimez & peut passer pour une bonne bibliothèque. Devant la porte du collège, on voit une figure de saint Ignace de Loyola, avec cette inscription : Successori sancti Thomae» (Voyage littéraire de deux bénédictins…, I, p. 165).
La vieille ville de Dole se mire dans la rivière
La traditionnelle séance foraine, organisée à titre privé par la conférence d’Histoire et civilisation du livre de l’École pratique des Hautes Études, se déroulera cette année le vendredi 24 juin à la Médiathèque de Dole.
Dole est d’accès facile depuis Paris, par TGV direct ou avec changement à Dijon. La ligne à grande vitesse se débranche de la «ligne impériale» Paris-Marseille à hauteur de Villeneuve-St-Georges, mais elle la retrouve à Montbard, patrie de Buffon et où certains TGV s’arrêtent. Nous sommes désormais en Bourgogne, et traversons un agréable pays de collines: la forêt domine en hauteur, tandis que de petites localités s’abritent dans les creux. Les Laumes-Alésia nous fait ressouvenir d’un épisode historique célèbre, tandis que le point culminant de la ligne est atteint au tunnel de Blaisy-Bas… comme son nom l’indique. Au-delà, nous basculons du bassin de la Seine (et de la Manche) dans celui de la Saône, du Rhône… et de la Méditerranée. Après Dijon, c’est la traversée de la Saône, avant d’arriver à Dole.
«C’est une ville ancienne, située dans un pays agréable et fertile (…). Dole est une belle ville, ornée d’édifices magnifiques. Le principal est l’église Nostre Dame. Il y en a encore d’autres considérables ; diverses maisons religieuses & un collège de jésuites» (Moréri). Sur la vallée du Doubs, à l’orée de la forêt de Chaux, Dole, «ville d’art et d’histoire», est la porte de la Franche-Comté. Elle conserve aujourd’hui une très pittoresque ville ancienne développée autour de l’ancienne Place royale et de la collégiale Notre-Dame (cliché ci-contre).
Dole est la capitale historique de la Comté du XVe au XVIIe siècle (traité de Nimègue). Siège du Parlement, elle possédait une université fondée par le duc de Bourgogne en 1422, et un certain nombre de collèges (dont celui de Saint-Jérôme, pour des boursiers de Cluny, mais où descendront encore les «deux Bénédictins» en route pour leur Voyage littéraire). La vie intellectuelle y est fondamentalement marquée par la présence de l’université, où étudièrent notamment Granvelle, futur chancelier de Charles Quint, mais aussi André Alciat. Plusieurs maisons religieuses y sont aussi établies, notamment les Bénédictins, les Franciscains, les Cordeliers (depuis 1372) et les Minimes.
Ancien collège de l'Arc
Mais, à partir du XVIe siècle, Dole, qui appartient aux Habsbourg, apparaît d’abord comme un bastion du catholicisme face aux régions passées à la Réforme, qu’il s’agisse du luthéranisme (Montbéliard, Bâle, etc.) ou du calvinisme (Genève, Neuchâtel, etc.). Les jésuites y ouvrent une maison en 1582: le collège de l’Arc, dont les bâtiments sont conservés aujourd’hui et où la Bibliothèque municipale a été abritée jusqu’à son transfert dans les nouveaux locaux de l’hôtel-Dieu. C’est dans la même perspective de prosélytisme qu’un imprimeur est appelé de Lyon à Dole en 1587. En 1618, le collège est réuni à l’ancienne université (selon un modèle que l’on rencontre aussi à Prague…), avant de devenir collège royal après le départ de la Compagnie (ci-contre, la porte du collège).
Les conférences de l’année 2010-2011 à l’EPHE ont été en grande partie consacrées à l’histoire des bibliothèques, et la bibliothèque de Dôle constitue une excellente illustration de ce thème, qu’il s’agisse du rôle de l’université ou des collèges, ou de la mise en place d’une bibliothèque publique. De fait, le projet de bibliothèque publique remonte au legs Richardot de Choisy en 1786, et il est repris par la ville en 1791. L’établissement n’ouvrira en définitive ses portes qu’en 1810, dans l’ancien collège de l'Arc, et les collections s’enrichissent de dons ou d’acquisitions tout au long du XIXe siècle, dont le précieux fonds Casimir de Persan. Le premier catalogue manuscrit date de 1813, et comprend 6500 titres correspondant aux saisies révolutionnaires.
Ajoutons que la Médiathèque conserve un très bel ensemble de reliures précieuses (Dole est la ville natale de Bauzonnet, en 1820. Voir l’exposition virtuelle qui lui est consacrée).
Enfin, la Médiathèque de Dole est riche en exemplaires «de hasard», tout particulièrement dans le domaine du livre arabe.

NB- La dernière séance de la conférence d’«Histoire et civilisation du livre» se déroulera le lundi 20 juin à l’EPHE (bâtiment France), selon l’horaire habituel (16h-18h). Elle sera consacrée à une «Introduction à l’histoire du livre en Franche-Comté» (et notamment à Dole), introduction présentée par Monsieur Frédéric Barbier et qui constituera une préparation à la séance foraine du 24. Comme tous les ans, la conférence se clôturera par un pot amical de fin d’année, auquel chacun est convié.
L'ancien Hôtel-Dieu, qui abrite aujourd'hui la Médiathèque de Dole.

De Paris à Dole, nous vous proposons les horaires suivants (lorsqu’il faut changer à Dijon, les horaires sont indiqués. Les horaires sont donnés sous toutes réserves) :
Aller: Paris Gare de Lyon 6.58 (Dole: 9h07); 7.58 (Dijon: 9h35/48. Dole: 10h20); 8h28 (Dole: 10h32).
Retour: Dole 16h05 (Dijon: 16h38/52. Paris: 18h37); Dole 17h31 (Paris: 19h38); Dole 18h26 (Paris: 20h37); Dole 19h11 (Dijon: 19h40/20h20. Paris: 21h59); Dole: 21h07 (Paris: 23h15).

Selon notre habitude, nous avons rendez-vous à 10h50 à la Médiathèque de Dole, 2 rue Bauzonnet, 39100 Dole. La séance du matin se déroulera de 11h à 13h environ, et sera animée par les conservateurs de la Médiathèque et par Monsieur Jean Vezin, correspondant de l’Institut, directeur d’études à l’EPHE (présentation de la Bibliothèque, manuscrits et reliures des collections de Dole). Nous nous efforcerons de réserver un certain nombre de places pour déjeuner ensemble à proximité de l’hôtel-Dieu. La séance de l’après-midi se déroulera de 14h30 à 17h. environ, et sera animée toujours par les conservateurs de la Médiathèque, ainsi que par Monsieur Frédéric Barbier, directeur d’études, et par Monsieur Dominique Varry, professeur d’histoire du livre (livres imprimés des collections de Dole).

La participation à la séance foraine est ouverte à toute personne intéressée, dans la limite des places disponibles. On est prié de s’inscrire auprès du secrétariat de l’IHMC par téléphone (01 44 32 31 52) ou par courriel (martine.grelot@ens.fr) avant le 21 juin prochain.

Quelques clichés de Dole. Et, pour les amateurs, d'autres clichés sur les séances foraines de 2009 (Le Mans) et de 2010 (Amiens).