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mardi 25 août 2020

Michel de Marolles (4): les espaces du livre (2)

3- Le commerce des libraires, des savants et des littérateurs
Notre troisième angle d’analyse portera sur l’espace du livre dans la cité et sur le «commerce» de l’abbé avec les savants et autres littérateurs.
    Le «petit monde du livre»
    Un exemple rare est donné par cette scène croquée dans la grande salle du Palais d’Angers en 1633, et qui fait tout naturellement penser à la représentation de la Galerie du Palais par Abraham Bosse:
Je ne veux pas oublier que, nous étant allés promener au Palais, où il y a une grande salle, & m’étant arrêté à la boutique d’un libraire, où j’achetai des livres, un jeune homme du barreau, qui s’y étoit déjà acquis de la réputation, j’ai su depuis que c’étoit M. Ménage, me vint accoster & m’y fit voir ma traduction de Lucain, de la première édition (p. 96).
De fait, Gilles Ménage est né à Angers en 1613: il a donc vingt ans lorsqu’il rencontre Marolles, et vient d’être reçu l’année précédente comme avocat. Mais, comme on sait, le jeune homme a peu de goût pour le droit, au contraire des lettres –et nous le voyons en effet familier des librairies, et des parutions récentes, dont le Lucain de Marolles. Peu après cette rencontre, il «montera» à Paris pour y faire carrière.
Pourtant, lorsque l'abbé voyage, il ne dit pratiquement rien des éventuelles visites de bibliothèques ou, le cas échéant, de cabinets privés: par ex. la bibliothèque de Bourges n’est pas mentionnée à l’occasion de la visite des curiosités de la ville (p. 112). Nul doute, en définitive, que la sociabilité ne prime, et en l’occurrence les relations de personne à personne: il emploie d’ailleurs la formule de «République des lettres» pour désigner la société des auteurs, savants et amateurs dont il est lui-même partie (p. 191). De même, David Blondel est-il qualifié de «bibliothèque animée» (1): la visite d’une bibliothèque et la lecture de tel ou tel ouvrage sont évidemment bénéfiques, mais elles ne sauraient éclipser les rencontres faites à cette occasion, les conversations savantes que l’on peut alors conduire, etc.
C’est à ce titre que Marolles déplore, en 1651, la mort de Dupuis, «ce grand homme [qui] avoit soin de la Bibliothèque du Roy, avec M. de Saint-Sauveur son frère» (p. 190): il s’agit de Pierre et de son frère, Jacques Dupuy, prieur de Saint-Sauveur lès Bray. D’autres notes très brèves traitent de l’impression de petites plaquettes sur les affaires de Pologne, etc. (p. 208), mais, dans l’ensemble, les témoignages sur les rapports entre l’abbé et le petit monde des professionnels du livre n’apparaissent que rarement dans les Mémoires.
    Auteurs, littérateurs et savants
    La sociabilité littéraire et savante apparaît en revanche constamment au fil des pages, mais nous limiterons ici notre brève analyse à trois exemples, qui semblent plus particulièrement significatifs en même temps qu'il dessineraient le cadre d'une typologie sommaire. Michel de Marolles est très intéressé par la généalogie, à laquelle il consacre une partie importante de son livre. Nous l’avons vu se plonger dans les archives de la Maison de Nevers, réunissant plusieurs milliers de pages de copies, mais il suit aussi très attentivement les travaux en cours et la bibliographie récente. Ayant entrepris une généalogie de la noblesse de Touraine, et d’abord des familles alliées à la sienne, il vient à Valençay en 1635, où il retrouve précisément le spécialiste des généalogies scientifiques, en la personne de Pierre d’Hozier (1592-1660), qu’il avait déjà rencontré à Paris et qui avait été appelé par Jacques d’Étampes pour dresser la généalogie de sa famille (2):
Or, comme il m’asseura qu’il avoit aussi dessein de me voir en mon abbaye, je fus ravi de l’emmener avec moy; de le retenir le plus long-temps qu’il me fut possible & de l’accompagner chez Mons. le vicomte de Brigueuil & chez quelques-uns de mes proches où il voulut aller, aussi bien qu’à Loches & à Tours, où il n’avoit jamais esté (p. 102).
Mais c’est un tout autre personnage que l’abbé rencontrera l’année suivante, à l’occasion de son séjour à Nevers, où il est reçu par la princesse Marie et où il reste une semaine. Il emploie ses matinées à «voir les honnestes gens de la ville», à commencer par l’évêque. Pourtant, un matin, voici que se présente à son «hostellerie»
maître Adam Billaud [Billaut], menuisier, [qui] (me) vint saluer (…) par les ordres qui luy en furent donnés (p. 107).
Or, le menuisier est connu comme poète. Il présente ses vers à l’abbé, qui les admire, en parle à la duchesse, s’étonne de voir que l’auteur est jusqu’alors resté totalement inconnu, et propose d’aider à la publication de son travail. Pour lui, Maître Adam est «l’une des plus rares choses du siècle». En définitive, c’est par le truchement de Marolles que Les Chevilles de Me Adam menuisier de Nevers paraîtront à Paris, chez Toussaint Quinet, en 1644. Marolles en a donné la préface, dans laquelle il présente l’auteur et revient sur les circonstances de leur rencontre:
M’estant des premiers apperçeu de l’excelence d’un si beau naturel & voyant comme d’une façon particulière il estoit orné des dons de l’esprit poëtique, j’ay crû que je devois ce petit éloge à l’entrée de son livre pour témoignage de l’estime que j’ay toujours faite de luy (…). Du moins souviens-toy [,Lecteur,] qu’un menuisier sans autre estude que des outils de sa vacation est l’autheur de ces beaux vers, & que Dieu est toujours libre dispensateur de ses trésors (f. †iii r° et v°).
De manière inattendue, la maison d’Adam Billaut est elle aussi passée à la postérité pour avoir été choisie comme motif par Johan Barthold Jongkind au cours de l’un des séjours du peintre à Nevers en 1874 (Musée d’Amsterdam).

Enfin, notre dernier exemple nous amènera dans le monde du jansénisme et des querelles doctrinales. En 1632 en effet, rentrant de Tours à Villeloin, Marolles y retrouve l’abbé de Saint-Cyran, lui-même en route pour son abbaye: il s’agit évidemment de Jean Duvergier de Hauranne, titulaire de l’abbaye de Saint-Cyran,  mais qui n’y réside que rarement. L’abbaye est située à une vingtaine de kilomètres de Loches, en remontant l’Indre. Il n’est pas douteux que Marolles ait pour l’abbé de Saint-Cyran une très sincère admiration, et qu’il ne déplore «le crédit et l’animosité de ses ennemis» (p. 91, et les commentaires sur la mort de Saint-Cyran, p. 151) –on appréciera tout particulièrement de terme de «crédit»...
Une dizaine d’années plus tard, au cours d’un voyage à Forges où la princesse Marie prend les eaux (juin ? 1643), on leur montra «quelques feuilles du Livre de la fréquente communion de Monsieur Arnauld» (p. 145). Il s’agit très probablement de la première édition de l'ouvrage (3), à propos duquel Marolles souligne que sa réception a été considérablement favorisée par le scandale soulevé par ses adversaires. On pourra s’amuser du commentaire de l’abbé sur les conditions du succès de librairie:
Comme (…) cela fait un volume d’une assez juste grosseur, dont le sujet n’est pas le plus agréable du monde, je croy que si ses adversaires ne s’en fussent pas émus si fort qu’ils ont fait, cet ouvrage auroit eu beaucoup moins de débit qu’il n’a eu; parce qu’outre son propre mérite, il faut avouer que la contradiction a bien aidé à le faire connoistre & à le faire estimer.
L'abbé reviendra à plusieurs reprises sur la querelle du jansénisme dans la deuxième partie de son livre, notamment après la publication de l’Augustinus en 1640 (4). Alors que, en 1653, le pape Innocent X condamne «cinq propositions» soutenues par Jansen sur la question de la Grâce, l’abbé de Villeloin, discutant avec l’archevêque de Toulouse, souligne les difficultés de l’interprétation: une première question est de savoir si les propositions condamnées figurent effectivement dans le texte (et si oui, où et en quels termes exacts), une seconde, si elles reprennent ou non des propositions déjà faites par le docteur de l'Église…
L’abbé de Villeloin est résolument pieux, et attaché à la modération et à la concorde – on pourrait le qualifier de «politique». Cet ancien élève des Jésuites, mais admirateur d’un pasteur protestant comme Blondel, n’est certainement pas favorable à l’exacerbation de la controverse sur la Grâce, et il en rend d’abord responsables les adversaires de Jansenius. Que la querelle apparaisse à plusieurs reprises dans un récit de Mémoires qui sont a priori un récit personnel témoigne de la place qui est la sienne dans les préoccupations de notre savant abbé. Pourtant, s’agissant de l’espace du livre, nous nous bornerons à souligner brièvement trois points en manière de conclusion: 1) Le livre apparaît rarement au premier plan du récit, mais il est bien omniprésent dans le quotidien de l’abbé, qu’il s’agisse d’écriture, de lecture savante ou pieuse (pour autant qu’il soit possible de distinguer radicalement l’une de l’autre), voire de lecture de récréation, ou de discussion sur tel ou tel sujet. 2) Le premier objectif de l’imprimé est bien évidemment de transmettre un certain contenu, mais son utilisation a une signification anthropologique bien plus large: les dédicaces, la remise d’exemplaires, les préfaces et autres pièces liminaires sont autant de signes d’appartenance à une société choisie, déjà désignée comme la «République des lettres». Cette société inclut les personnes «de condition», et elle comprend, pour les raisons que nous avons dites, un certain nombre d’ecclésiastiques, mais elle accueille aussi de nouveaux venus sur la base de leurs seuls mérites –le «menuisier de Nevers» en est l'exemple le plus remarquable. 3) Et, dernier point, la sociabilité mondaine qui est celle de Marolles et à laquelle celui-ci sacrifie si volontiers recouvre une constellation de sensibilités et d’intérêts qui ne correspond nullement à ce que nous désignerions, aujourd’hui, comme les «people»: le savoir, voire l’érudition, mais surtout la piété et une certaine forme de morale policée y sont toujours essentiels.

Notes
1) Le pasteur David Blondel (Châlons, 1590- Amsterdam, 1655), historien de l’Église, généalogiste, appelé comme successeur de Voss à l’Athenaeum d’Amsterdam.
2) Anne Gérardot, Les Étampes, seigneurs de Valençay, XVe-XVIIIe siècle, Valençay, Les Cahiers de Valençay, 2019.
3) Antoine Arnauld, De la Fréquente communion, Paris, Antoine Vitré, 1643, [90-]790-[2] p., 4°. On sait que Saint-Cyran est à l’origine de la controverse, et que la publication du volume fait du Grand Arnauld le premier représentant du parti janséniste contre les Jésuites. Marolles commente: «De là sont nées en partie les grandes animositez pour la doctrine qui n’ont pas encore cessé; mais si nous avions un peu plus de charité, nous serions moins colères», avant de revenir sur les controverses dont on discute dans la petite société mondaine qui séjourne alors aux eaux.
4) Cornelius Jansenius, Cornelii Iansenii episcopi Iprensis Augustinus, Lovanii, typis Iacobi Zegeri, Anno M. DC. XL., 2°.

Cliché: Philippe de Champaigne, Portrait de l'abbé de Saint-Cyran (Musée des Granges, Port-Royal des Champs, D. 1962 1.001).
Précédents billets:  L'enfance de Michel de Marolles; Michel de Marolles (2); Michel de Marolles (3): les espaces du livre.


vendredi 14 février 2020

Aux bouches de l'Escaut au XVIe siècle

Certes, Anvers est la ville de Plantin, et nous reviendrons sur le sujet, en cette année commémorative de la naissance du célèbre imprimeur. Mais, en dehors du Musée Plantin, et de la superbe Bibliothèque de la Ville, nous rencontrons toujours des livres, dans nos pérégrinations ici et là à travers la métropole de l’Escaut, et parfois dans des endroits ou sous des formes parfois quelque peu inattendus.
La cathédrale Notre-Dame est située au cœur de la vieille ville, et non loin du fleuve. Son bâtiment nous fait ressouvenir de la conjoncture particulièrement complexe qui est celle d’Anvers au XVIe siècle: la construction en est lancée au milieu du XIVe siècle, et elle se trouve pratiquement achevée au début du règne de Charles Quint, alors même que la ville entre dans sa période la plus brillante (pour E. Sabbe, elle s’impose alors comme la «métropole de l’Occident» (1952) (1)).
La réorganisation administrative et religieuse culmine dans les années 1550: l’édit de 1549 (Pragmatique) proclame l'indivisibilité des Dix-sept provinces des Pays-Bas, tandis que l’abdication de Charles Quint (1556) porte sur le trône d’Espagne et des Pays-Bas espagnols son fils Philippe II. Une nouvelle hiérarchie religieuse est bientôt mise en place en «Germanie inférieure»: l’évêché de Cambrai, dont dépendait Anvers, se trouve démembré, tandis que Malines est érigé en archevêché, dont relèvera désormais le nouvel évêché d’Anvers –où Notre-Dame devient dès lors cathédrale.
La chaire de St-Charles-Borromée (anciennement Saint-Ignace)
Pour le pouvoir espagnol, il s’agit non seulement de réformer l’Église pour mieux répondre à l’essor de la Réforme dans la région, mais aussi de jeter les bases d’une structure qui soit indépendante vis-à-vis du royaume de France, et qui corresponde mieux aux frontières linguistiques (bulle Super universas, 1559)..., et cela même si, dans le même temps, le Magistrat d’Anvers reste toujours attentif à maintenir une forme de liberté et de tolérance évidemment favorable aux affaires. La ville sert de refuge aux Sépharades portugais depuis 1526, et la Réforme protestante progresse en outre rapidement dans les milieux négociants.
La crise iconoclaste qui éclate dans la région de Flandre occidentale en 1566 touche Anvers à l’été de la même année, et la cathédrale est alors dévastée. Deux ans plus tard, c’est la révolte ouverte des provinces du Nord contre Madrid, et le début de la Guerre de Quatre-vingts ans (jusqu’aux traités de Westphalie, en 1648). Encore dix ans, et la ville est mise à sac par des mercenaires espagnols qui n’avaient pas reçu leur solde (4-7 novembre 1576).
L’événement la poussera à se rapprocher des provinces révoltées et à rejoindre l’Union d’Utrecht (signée en 1579), dont elle devient de fait la capitale: en 1579, Guillaume d’Orange visite le «Compas d’or», siège de l’imprimerie-librairie de Christophe Plantin. Marquant la rupture définitive avec Madrid, la République des Provinces-Unies est fondée en 1581. Peu après, Plantin suit les conseils de Juste Lipse et transporte ses affaires à Leyde (1583), siège d’une université fondée par le stathouder, avant de gagner brièvement Cologne.
Mais Alexandre Farnèse, futur duc de Parme, conduit avec brio la reconquête des provinces du sud pour le roi d’Espagne: celle-ci se conclut par la chute d’Anvers, après un siège de plus de un an (1585). Désormais, les Pays-Bas méridionaux resteront dans le giron de l’Église de Rome, mais les fondements mêmes de la fortune d'Anvers tendent à s'effacer: les bouches de l’Escaut sont sous contrôle des Provinces-Unies, et une grande partie de la population se réfugie au nord. Pourtant, Christophe Plantin rentre alors dans sa patrie d’adoption, où il décède quatre ans plus tard et où il est inhumé dans la galerie circulaire du grand chœur de la cathédrale.
À Anvers même, nous entrons dans l’ordre de la «communication visuelle» développée dans le cadre de la reconquête catholique:
En 1585, lorsque les troupes espagnoles s’emparèrent de la cité qui avait été le moteur de la révolution conduite par les calvinistes contre le roi Philippe II, la matrice de signes, de symboles et d’institutions qui avait auparavant nourri la foi catholique avait été arrachée. Les monastères étaient fermés, les églises paroissiales dépouillées de leurs images et remises aux prêches calvinistes, les rues vidées des croix et des statues de la Vierge qui, jadis, avaient veillé sur elles, les processions en l’honneur des saints avaient disparu, le Saint-Sacrement avait été foulé aux pieds par les iconoclastes qui voulaient ainsi prouver que Dieu ne résidait pas dans les choses et que tout l’édifice de la foi catholique n’était rien d’autre que superstition idolâtrique. [Mais] à la fin du XVIIe siècle, Anvers s’était métamorphosée en une cité saturée des signes visuels du catholicisme romain, ceux-ci étant plus nombreux et déployés d’une manière plus systématique que tout ce qui avait pu exister au XVIe siècle (2).
Chaire de Saint-Charles Borromée (détail)
La reconquête s’appuie tout particulièrement sur l’ordre des Jésuites, installés à Anvers dès 1562, et qui y élèvent leur grande maison professe de Saint-Ignace en 1615-1621 –signalons que celle-ci abritera la société des Bollandistes jusqu’à la destruction des Jésuites, en 1773. Saint-Ignace d’Anvers marque, par sa magnificence même, le triomphe de l’Église de Rome sur l’hérésie, et le thème est plus particulièrement repris par la chaire de vérité, œuvre du sculpteur Jan Pieter Van Baurscheit l’Ancien au début du XVIIIe siècle (1718-1721): dans un superbe style baroque, la figure féminine personnifiant l’Église triomphante soutient la chaire. À ses pieds, un petit angelot frappe des foudres de la vérité le dragon de l’hérésie, entourés par ses livres condamnés…: une thématique qui se rencontre à plusieurs reprises à l’époque même des Lumières dans les territoires des Habsbourg, par exemple à la voûte d'une autre célébrissime église baroque, la Karlskirche de Vienne (achevée en 1737), ou encore dans la fresque décorant la bibliothèque de la nouvelle Haute École de Eger, en Hongrie. 

Note
(1) Étienne Sabbe, Anvers, métropole de l’Occident (1492-1566), Bruxelles, La Renaissance du livre, 1952 («Notre passé»).
(2) Jeffrey M. Muller, «Communication visuelle et confessionnalisation à Anvers au temps de la Contre-Réforme», dans Dix-septième siècle, 240 (2008/3), p. 441-482. 

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mercredi 6 décembre 2017

Soutenance de thèse de doctorat

 Avis de soutenance de thèse de doctorat

Monsieur Qinghua LIU
soutiendra publiquement ses travaux de thèse intitulés
Missions et chrétientés en transition:
la paroisse urbaine de Pékin au XVIIIe siècle

Les travaux ont été dirigés par Monsieur Jean-Robert Armogathe

La soutenance est prévue pour le
vendredi 08 décembre 2017,
à 9h00

Lieu : Maison des Sciences de l'Homme, 54 boulevard Raspail, 75006 Paris,
salle EPHE AS1-09 (1er sous-sol, salle 9)

Jury
MM Jean-Robert ARMOGATHE, École Pratique des Hautes Études, directeur de la thèse
Luca GABBIANI, École française d’Extrême-Orient, pré-rapporteur
M. Vincent GOOSSAERT, École Pratique des Hautes Études, examinateur
M. Nicolas STANDAERT, Université catholique de Louvain, pré-rapporteur
 
Résumé :
Ce travail présente une histoire sociale de la paroisse du Beitang à Pékin.
La première partie montre l’évolution de la paroisse, depuis son émergence en 1688 dans la Cité impériale à sa fermeture en 1827. Après avoir rappelé les services rendus à la Cour par les jésuites suivant leurs divers «métiers», nous avons analysé la situation des jésuites de Pékin après 1773, au moment de la crise de la Compagnie en Europe et en Chine.
Les lazaristes arrivèrent en 1785 dans une situation de chaos où se trouvaient les jésuites et leur succédèrent à la Cour des Qing. À la suite des révoltes et des crises de l’Empire, l’état de la mission à Pékin devint de plus et plus fragile, et se posa alors le problème du maintien des chrétientés fragmentées avant l’expulsion des lazaristes par l’empereur mandchou.
La seconde partie illustre la constitution d’un réseau, d’une structure et de la vie religieuse d’une paroisse urbaine. En mettant en lumière la coopération de tous les membres de la paroisse, on voit comment cette communauté a pu établir et maintenir une église, une maison charitable et un séminaire dans la société locale. On y voit une religiosité chrétienne sous une forme française; mais d’autre part, elle rejoint également la tradition des diverses religions chinoises.
Nous avons présenté les formes de la piété, les missionnaires, les procureurs, les clergés indigènes et les laïcs dans toutes leurs fonctions pour former une paroisse active au centre ville, dans l’exercice de sa vie religieuse. Avec une liste des livres sacrés et livres de morale chrétiens de langue chinoise, les confréries et les laïcs jouèrent un rôle important dans cette vie, dans le contexte de la Révolution française où le nombre de missionnaires envoyés en Chine était particulièrement réduit.
Communiqué par Monsieur Liu.

dimanche 11 septembre 2016

À Saragosse, une extraordinaire bibliothèque ancienne

Saragosse, port fluvial dès l’époque romaine (Zaragoza dérive étymologiquement de Caesaraugusta), correspond à un site remarquable sur le plan des voies de communications, à mi-chemin entre les côtes atlantique et méditerranéenne, et tenant par ailleurs un des grands itinéraires entre les Pyrénées et la Castille. La ville est occupée par les Wisigoths, puis par les Arabes de 714 à 1118, avant d’être reprise par le roi d’Aragon. Capitale du royaume, elle devient également siège d’une province ecclésiastique en 1317. Mais la mise en place par Philippe d’une monarchie centralisée autour de Madrid (1561) inaugure une période dont la conjoncture est moins favorable à l’autonomie et aux «libertés» des anciennes capitales...
Bibliothèque du Séminaire royal San Carlos.
Dès 1547, les Jésuites sont appelés à Saragosse, où ils disposent d’abord d’une maison avec chapelle: l’implantation est progressivement étendue à partir de 1558, avec l’achat d’un immeuble élevé sur le site de l’ancienne Grande synagogue. Après nombre de difficultés (le moins que l’on puisse dire est que les Jésuites n’ont pas que des partisans dans le clergé de Saragosse!), l’ensemble monumental comprend à la fin du XVIe siècle la nouvelle église (construite à partir de 1574) et le collège, ce dernier organisé autour d’un cloître. En 1585, l’église est placée sous le vocable de l’Immaculée Conception, et la place devant le bâtiment prend  le nom de Plaza de la Compañia. Bien évidemment, le collège comprend bientôt une bibliothèque de travail.
Mais les jésuites sont chassés d'Espagne en 1767, et l’ensemble des bâtiments se trouve alors transformé en séminaire royal, sous le nom de saint Charles Borromée (en l’honneur du roi Charles III)
La bibliothèque monumentale est conservée en l’état, et on la découvre toujours aujourd’hui avec stupéfaction, «reclose» au cœur du complexe immobilier: une longue galerie de quelque 40m sur 7m, avec le sol carrelé et le plafond à poutres (l’ensemble a été renforcé d’éléments métalliques).
Les armoires anciennes sont courent tout le long des murs. Elles portent des tablettes mobiles, et sont protégées par des portes grillagées à serrure. Selon l’usage, le classement systématique correspond à la topographie des volumes: ceux-ci sont identifiés par une cote indiquant le numéro de la travée (les étiquettes figurent toujours en haut), celui du rayonnage et celui du volume lui-même. L’ensemble est peint dans une élégante couleur vert d’eau, et rehaussé de filets d’or.

Le mobilier comprend en outre le bureau du bibliothécaire, dans l’axe de la salle, quelques grandes tables de travail et un ensemble de fauteuils anciens. Nous avons surtout été frappés par la présence d’un petit meuble, que nous identifierions volontiers avec un brasero, de manière à réchauffer un temps soit peu l’atmosphère à la mauvaise saison (on imagine cette salle à la saison froide…). Une chose remarquable réside aussi dans l’absence de tout élément de décoration, en dehors du mobilier lui-même.
La bibliothèque ancienne, très riche, a été cataloguée par Luis Latre Jorro en 1943 (Manuscritos e incunables de la Biblioteca del Real Seminario sacerdotal de san Carlos de Zaragoza, Zaragoza, Artes gráficas E. Berdejo Casañal, 1943). Outre le fonds provenant des Jésuites, elle comprend aussi la superbe bibliothèque du marquis Manuel de Roda (1708-1782). Né à Saragosse et ancien étudiant de l’université, Roda est une personnalité centrale des Lumières espagnoles. Il comptera parmi les fondateurs de l’Académie royale d’histoire, mais ne se lancera dans une carrière politique qu’assez tard, d’abord comme ministre plénipotentiaire à Rome (1758). À son retour à Madrid, en 1765, il s’impose comme le principal ministre de Charles III, et sera de fait à l’initiative de l’expulsion des Jésuites. Dans le même temps, il s’efforce de travailler à une réforme de l’université, sans pouvoir cependant aboutir pleinement.
Détail des aménagements. Le petit meuble, au centre, est-il bien un brasero?
À Madrid, Roda était un bibliophile passionné. Il lègue sa magnifique bibliothèque au Séminaire de Saragosse, où elle est transportée après sa mort, avec certaines pièces du mobilier. Le legs a nécessité un privilège spécial permettant d’intégrer à la bibliothèque un certain nombre de titres interdits par l’Inquisition...
Il serait bien évidemment à souhaiter que cette extraordinaire richesse patrimoniale puisse être conservée sur place, et dans les meilleures conditions, mais qu'elle puisse aussi être ouverte et exploitée le plus largement par les historiens –et les historiens du livre. Nous remercions le directeur de la bibliothèque, D. Carlos Tartaj, de nous avoir autorisé à y travailler... sur les deux exemplaires du Narrenschiff conservés parmi les 84 incunables de la bibliothèque du Séminaire royal de Saragosse.

Bibliogr.: Antonio Gaspar-Galán, J. Fidel Corcuera-Manso, «Le fonds de la bibliothèque du marquis de Roda (Real Seminario de San Carlos de Zaragoza) sur la langue française», dans Cédilles. Revista de estudios franceses, n° 9 (avril 2013), p. 275-293.

dimanche 12 avril 2015

Au pays des jésuites

Une trop brève visite de l’Argentine pousse d’entrée à prendre la mesure de l’espace. Après la découverte de Saint-Domingue par Christophe Colomb en 1492, les navigateurs progressent le long de la côte atlantique vers le sud. En 1516, Juan Diaz de Solis atteint le Rio de la Plata, et quatre ans plus tard, le détroit de Magellan est reconnu, l’objectif étant toujours celui d’ouvrir la «route des Indes». Mais la signature du traité de Tordesillas (1494) aboutira à octroyer une grande partie de la façade atlantique du sous-continent au roi de Portugal. L’empire espagnol, qui s’organise à partir de Mexico et de Lima, sera, en dehors de l’Amérique centrale, davantage orienté vers le Pacifique, de sorte que les relations de la métropole sont particulièrement compliquées avec les territoires de l’actuelle Argentine. Malgré le site admirable du Rio de la Plata, le pays progressivement conquis dépend administrativement de la vice-royauté du Pérou (à Lima), tandis que les conflits perdurent avec les indigènes: l’Argentine reste un espace géo-politique marginal, dont la situation retarde sensiblement la mise en valeur.
Entrée du collège de Montserrat, manzana jésuite de Córdoba
Alors que Buenos Aires, fondée par Pedro de Mendoza en 1536, a dû être un temps abandonnée face à l’hostilité des Indiens, Córdoba, à 700 km à l’intérieur des terres, est fondée par Cabrera sur la route de Bolivie en 1574 –mais ce n'est à l'origine qu'un hameau de quelques dizaines d'habitants. Son essor ne date en effet que de l’arrivée de l'ordre des Jésuites...
Les deux premiers Pères, Angulo et Burzana, ont débarqué au Rio de la Plata en 1587, avant que l’ordre de saint Ignace ne s’établisse officiellement en 1599. Son premier objectif concerne bien évidemment l’activité missionnaire, mais il s'investit aussi dans le domaine de l'éducation et de l’enseignement. L'organisation administrative de l'ordre se déploie, elle aussi, d'abord à partir du Pérou, avant que ne soit fondée, en 1607, la nouvelle province du Paraguay (Paraquaria): il s’agit d’un territoire immense, puisqu'il inclut le sud du Brésil, la Bolivie, le Paraguay, l’Uruguay, le Chili et la partie colonisée de l’Argentine. Sa capitale est située à Córdoba.
Ce véritable renversement de la géographie institutionnelle encadrant les colonies espagnoles de l'Atlantique sud constitue un événement d'importance stratégique pour leur développement futur. Le renversement sera couronné par la création de la vice-royauté du Rio de la Plata, détachée de la vice-royauté du Pérou, en 1776. 
À Córdoba, les Pères fondent un collège en 1610/1613, avec le programme d’une université, et qui sera effectivement reconnu comme telle dix ans plus tard (1622): l’institution fonctionne sous l’appellation de Haute École (Colegio Máximo), et c’est la seconde fondation de ce type en Amérique du Sud. Aujourd’hui, la «manzana jésuite» de Córdoba désigne un complexe de bâtiments comprenant l’église, la résidence des Pères, les établissements d’enseignement et la bibliothèque. L’Université de Córdoba a conservé ce siège historique, par ailleurs inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Sur le modèle d’une Haute École, elle incorpore d’ailleurs toujours deux collèges d’enseignement secondaire, dont celui de Montserrat, fondé en 1687 et qui reste abrité dans ses superbes bâtiments de 1782.
La Biblioteca Mayor aujourd'hui
Dès les origines, les Pères veulent créer une bibliothèque, qui sous-tendrait leurs activités pédagogiques. Sans doute plus que par des achats directs, lesquels sont rendus particulièrement difficiles par l’éloignement, la bibliothèque de l’Université s’accroît par des legs et par des dons: le fondateur de l’Université, le frère Hernando de Trejo y Sanabria (1554-1614), évêque du Tucumán, donnera sa bibliothèque personnelle, de même que le premier évêque de Buenos Aires, Mgr Pedro Carranza, en 1625. Un catalogue des fonds est dressé en 1757, sous le titre de Index librorum bibliothecae Collegii Maximi, catalogue qui dénombre quelque 3000 titres en 6000 volumes (il a été récemment et savamment publié par Alfredo Fraschini). L’étude statistique du fonds montre que, comme on pouvait s’y attendre, environ 60% des titres relèvent du domaine de la religion au sens large. La Libreria Grande, alias Biblioteca mayor, a succédé à l’ancienne bibliothèque des Jésuites après une période de confusion survenue lors la destruction de l’ordre en Amérique du Sud (1767): outre une partie des fonds de livres, les archives de la bibliothèque sont aujourd’hui toujours conservées.
Estancia de Alta Gracia: façade de l'église
Mais la présence jésuite dans la géographie de l’actuelle Argentine ne se limite bien évidemment pas à la manzana de Cordoba. Il existe aussi une manzana à Buenos Aires, et des témoignages de l'activité des jésuites dans beaucoup d'autres villes. On sait que, entre les Pères et les indigènes, les relations sont beaucoup plus équilibrées que dans le reste du pays où règne le système quasi-esclavagiste de l’encomienda, de sorte que les Jésuites peuvent commencer à organiser de manière efficace l’exploitation des terres. Les six estancias fondées par eux autour de Córdoba constituent chacune le centre de domaines agricoles spécialisées, dont les revenus abondent le budget de l’ordre. Parmi elles, celle d’Alta Gracia, fondée en 1643 et orientée vers la production textile (laine), a été remarquablement restaurée, et permet de se représenter le rôle économique, mais aussi culturel et religieux, de ces pôles d’activités combinant à la fois auto-subsistance et intégration très efficace dans un réseau de structures spécialisées.
Rappelons pour finir que les Jésuites avaient aussi établi les célèbres «Réductions» du pays guarani, et que la première presse à imprimer ayant fonctionné en Argentine était précisément localisée dans la réduction de Loreto, fondée en 1631 et devenue progressivement l’une des plus importantes du pays. On comprend facilement, non seulement que la position dominante des Jésuites leur valait beaucoup de concurrences et d’inimitiés, voire de franche hostilité, par ex. de la part des trafiquants d’esclaves contre lesquels ils luttaient. On comprend aussi que leur emprise sur des territoires considérables, et même que leur réussite, ont pu pousser le roi Charles III d’Espagne à les chasser, et à confisquer leurs biens, en 1767… 
PS- Une note, en passant. Je suppose que la traduction française de Cordoue ne vaut que pour la ville espagnole de ce nom. Je conserve donc Córdoba pour désigner son homonyme argentine. 
Billet suivant: Buenos Aires et les métamorphoses de la Bibliothèque nationale. 

jeudi 16 juin 2011

Conférence d'histoire du livre

La ville de Dole, ancienne capitale de la « Comté de Bourgogne », accueillera la séance foraine de la conférence d’Histoire et civilisation du livre le 24 juin 2011 (quelques clichés de Dole).
La dernière conférence régulière de l'EPHE se tiendra le 20 juin dans les locaux de l’avenue de France, et sera l’occasion de proposer aux auditeurs une

Introduction à l’histoire du livre et des bibliothèques en Franche-Comté

Sur le plan historique, la Franche-Comté est une composante de l’ancien royaume de Lotharingie, royaume progressivement démembré et entré dans l’orbite de l’Empire allemand (Xe siècle). Nous sommes en Haute-Bourgogne, le pays au-delà de la Saône, longtemps disputé entre la France et l’Allemagne.
Dans un premier temps, la Comté entre dans les territoires rassemblés sous l'autorité des ducs Valois de Bourgogne, et sont donc tournés vers la France. Mais, après la mort tragique de Charles le Téméraire, le dernier «grand-duc d’Occident» (1477) et après le traité d’Arras (1483), la Comté revient dans les possessions des Habsbourg: le XVIe siècle est considéré comme l’«âge d’or» pour la province, qui s’administre de manière largement autonome, alors que les premières décennies du XVIIe siècle sont beaucoup plus difficiles.
Condé assiège en vain Dole en 1636 et les Français occupent Besançon en 1668, avant que le traité de Nimègue (1678) ne rattache définitivement la Franche-Comté à la France. Dole est alors puissamment fortifiée par Vauban.
La capitale historique de la Comté est en effet située à Dole, à peu près à mi-chemin de Dijon et de Besançon: mais Dijon est en Basse-Bourgogne, en-deçà de la Saône, tandis que Besançon a le statut de ville libre d’Empire et constitue donc une sorte de petite république autonome sous l’autorité lointaine de l’Empereur. Les ducs Valois de Bourgogne établissent à Dole les institutions en charge du pays, le Parlement et l’administration centrale, l’université (à partir de 1422), tandis qu'une Chambre des comptes y sera installée en 1494. L’université de Dole comprend quatre facultés (on sait qu’une seconde université bourguignonne est créée à Louvain pour les pays du Nord).
D’importantes maisons religieuses sont par ailleurs établies en ville (les Cisterciens et surtout les Franciscains): rien de surprenant à ce que la production et la circulation du manuscrit se développent dans les derniers siècles du Moyen Âge, ni à ce que la ville n’accueille un imprimeur itinérant d’origine allemande, Peter Metlinger, qui y donne en 1490 les Coutumes de Bourgogne).
La proximité des villes rhénanes, au premier rang desquelles il faut citer Bâle, explique que le livre soit largement présent à Dole au XVIe siècle, mais que la ville n’accueille un imprimeur à demeure que de manière relativement tardive: la problématique de la Contre-Réforme et la venue des jésuites (1582) jouent en l’occurrence un rôle décisif (cf. cliché). L’université est d’ailleurs réunie au collège jésuite en 1618.
Avec le rattachement de la Comté à la France, le Parlement, l’université, la Chambre des comptes et la Monnaie abandonnent Dole pour Besançon, où s'installe aussi le nouvel intendant: le temps de la capitale est révolu, et Dole suit, dans la dernière partie de l’Ancien Régime et au XIXe siècle, la conjoncture classique d’une petite ville du royaume: c’est la production imprimée parisienne qui s’impose, même si la relative proximité des frontières donne un rôle particulier au commerce et à la contrebande.

À partir de 16h, la conférence du 20 juin développera la conjoncture contrastée de la «librairie» doloise et comtoise; elle évoquera aussi le rôle important des papeteries établies dans le plat-pays, et abordera l’histoire de l’ancienne bibliothèque publique (aujourd’hui médiathèque) de Dole: la bibliothèque est voulue par Richardot de Choisey en 1786, mais les événements retardent sa fondation. Le conseil municipal en décide la création en janvier 1791, et elle ne sera effectivement ouverte qu’une vingtaine d’années plus tard. Outre les fonds provenant des confiscations révolutionnaires, la bibliothèque reçoit un certain nombre de dons ou fait des acquisitions importantes au XIXe siècle. D’abord installée dans l’ancien collège jésuite (Collège de l’Arc), elle est transportée en 2000 dans les magnifique locaux de l’hôtel-Dieu.
À partir de 17h environ aura lieu le traditionnel pot de fin d’année clôturant la conférence.
Toute personne intéressée sera la bienvenue.

La séance foraine se déroulera le vendredi 24 juin à Dole, selon le programme annoncé. La séance foraine est ouverte à toute personne intéressée, mais on est prié de s’inscrire auprès du secrétariat de l’IHMC par téléphone (01 44 32 31 52) ou par courriel (martine.grelot@ens.fr) avant le 21 juin prochain.

mardi 7 juin 2011

Séance foraine de Dole

ÉCOLE PRATIQUE DES HAUTES ÉTUDES
CONFERENCE D’HISTOIRE ET CIVILISATION DU LIVRE

Monsieur Frédéric Barbier, directeur d’études

Séance foraine, année 2010-2011

«La ville n’est pas fort grande, mais elle est riche & peuplée. Il y a une collégiale assez belle, qui étoit autrefois un prieuré de notre ordre; l’hôpital de l’hôtel Dieu est fort beau & bien bâti ; le collège des Jésuites est grand & nombreux ; leur bibliothèque est bien fournie de livres imprimez & peut passer pour une bonne bibliothèque. Devant la porte du collège, on voit une figure de saint Ignace de Loyola, avec cette inscription : Successori sancti Thomae» (Voyage littéraire de deux bénédictins…, I, p. 165).
La vieille ville de Dole se mire dans la rivière
La traditionnelle séance foraine, organisée à titre privé par la conférence d’Histoire et civilisation du livre de l’École pratique des Hautes Études, se déroulera cette année le vendredi 24 juin à la Médiathèque de Dole.
Dole est d’accès facile depuis Paris, par TGV direct ou avec changement à Dijon. La ligne à grande vitesse se débranche de la «ligne impériale» Paris-Marseille à hauteur de Villeneuve-St-Georges, mais elle la retrouve à Montbard, patrie de Buffon et où certains TGV s’arrêtent. Nous sommes désormais en Bourgogne, et traversons un agréable pays de collines: la forêt domine en hauteur, tandis que de petites localités s’abritent dans les creux. Les Laumes-Alésia nous fait ressouvenir d’un épisode historique célèbre, tandis que le point culminant de la ligne est atteint au tunnel de Blaisy-Bas… comme son nom l’indique. Au-delà, nous basculons du bassin de la Seine (et de la Manche) dans celui de la Saône, du Rhône… et de la Méditerranée. Après Dijon, c’est la traversée de la Saône, avant d’arriver à Dole.
«C’est une ville ancienne, située dans un pays agréable et fertile (…). Dole est une belle ville, ornée d’édifices magnifiques. Le principal est l’église Nostre Dame. Il y en a encore d’autres considérables ; diverses maisons religieuses & un collège de jésuites» (Moréri). Sur la vallée du Doubs, à l’orée de la forêt de Chaux, Dole, «ville d’art et d’histoire», est la porte de la Franche-Comté. Elle conserve aujourd’hui une très pittoresque ville ancienne développée autour de l’ancienne Place royale et de la collégiale Notre-Dame (cliché ci-contre).
Dole est la capitale historique de la Comté du XVe au XVIIe siècle (traité de Nimègue). Siège du Parlement, elle possédait une université fondée par le duc de Bourgogne en 1422, et un certain nombre de collèges (dont celui de Saint-Jérôme, pour des boursiers de Cluny, mais où descendront encore les «deux Bénédictins» en route pour leur Voyage littéraire). La vie intellectuelle y est fondamentalement marquée par la présence de l’université, où étudièrent notamment Granvelle, futur chancelier de Charles Quint, mais aussi André Alciat. Plusieurs maisons religieuses y sont aussi établies, notamment les Bénédictins, les Franciscains, les Cordeliers (depuis 1372) et les Minimes.
Ancien collège de l'Arc
Mais, à partir du XVIe siècle, Dole, qui appartient aux Habsbourg, apparaît d’abord comme un bastion du catholicisme face aux régions passées à la Réforme, qu’il s’agisse du luthéranisme (Montbéliard, Bâle, etc.) ou du calvinisme (Genève, Neuchâtel, etc.). Les jésuites y ouvrent une maison en 1582: le collège de l’Arc, dont les bâtiments sont conservés aujourd’hui et où la Bibliothèque municipale a été abritée jusqu’à son transfert dans les nouveaux locaux de l’hôtel-Dieu. C’est dans la même perspective de prosélytisme qu’un imprimeur est appelé de Lyon à Dole en 1587. En 1618, le collège est réuni à l’ancienne université (selon un modèle que l’on rencontre aussi à Prague…), avant de devenir collège royal après le départ de la Compagnie (ci-contre, la porte du collège).
Les conférences de l’année 2010-2011 à l’EPHE ont été en grande partie consacrées à l’histoire des bibliothèques, et la bibliothèque de Dôle constitue une excellente illustration de ce thème, qu’il s’agisse du rôle de l’université ou des collèges, ou de la mise en place d’une bibliothèque publique. De fait, le projet de bibliothèque publique remonte au legs Richardot de Choisy en 1786, et il est repris par la ville en 1791. L’établissement n’ouvrira en définitive ses portes qu’en 1810, dans l’ancien collège de l'Arc, et les collections s’enrichissent de dons ou d’acquisitions tout au long du XIXe siècle, dont le précieux fonds Casimir de Persan. Le premier catalogue manuscrit date de 1813, et comprend 6500 titres correspondant aux saisies révolutionnaires.
Ajoutons que la Médiathèque conserve un très bel ensemble de reliures précieuses (Dole est la ville natale de Bauzonnet, en 1820. Voir l’exposition virtuelle qui lui est consacrée).
Enfin, la Médiathèque de Dole est riche en exemplaires «de hasard», tout particulièrement dans le domaine du livre arabe.

NB- La dernière séance de la conférence d’«Histoire et civilisation du livre» se déroulera le lundi 20 juin à l’EPHE (bâtiment France), selon l’horaire habituel (16h-18h). Elle sera consacrée à une «Introduction à l’histoire du livre en Franche-Comté» (et notamment à Dole), introduction présentée par Monsieur Frédéric Barbier et qui constituera une préparation à la séance foraine du 24. Comme tous les ans, la conférence se clôturera par un pot amical de fin d’année, auquel chacun est convié.
L'ancien Hôtel-Dieu, qui abrite aujourd'hui la Médiathèque de Dole.

De Paris à Dole, nous vous proposons les horaires suivants (lorsqu’il faut changer à Dijon, les horaires sont indiqués. Les horaires sont donnés sous toutes réserves) :
Aller: Paris Gare de Lyon 6.58 (Dole: 9h07); 7.58 (Dijon: 9h35/48. Dole: 10h20); 8h28 (Dole: 10h32).
Retour: Dole 16h05 (Dijon: 16h38/52. Paris: 18h37); Dole 17h31 (Paris: 19h38); Dole 18h26 (Paris: 20h37); Dole 19h11 (Dijon: 19h40/20h20. Paris: 21h59); Dole: 21h07 (Paris: 23h15).

Selon notre habitude, nous avons rendez-vous à 10h50 à la Médiathèque de Dole, 2 rue Bauzonnet, 39100 Dole. La séance du matin se déroulera de 11h à 13h environ, et sera animée par les conservateurs de la Médiathèque et par Monsieur Jean Vezin, correspondant de l’Institut, directeur d’études à l’EPHE (présentation de la Bibliothèque, manuscrits et reliures des collections de Dole). Nous nous efforcerons de réserver un certain nombre de places pour déjeuner ensemble à proximité de l’hôtel-Dieu. La séance de l’après-midi se déroulera de 14h30 à 17h. environ, et sera animée toujours par les conservateurs de la Médiathèque, ainsi que par Monsieur Frédéric Barbier, directeur d’études, et par Monsieur Dominique Varry, professeur d’histoire du livre (livres imprimés des collections de Dole).

La participation à la séance foraine est ouverte à toute personne intéressée, dans la limite des places disponibles. On est prié de s’inscrire auprès du secrétariat de l’IHMC par téléphone (01 44 32 31 52) ou par courriel (martine.grelot@ens.fr) avant le 21 juin prochain.

Quelques clichés de Dole. Et, pour les amateurs, d'autres clichés sur les séances foraines de 2009 (Le Mans) et de 2010 (Amiens).