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mardi 28 mars 2017

Colloque d'histoire des bibliothèques

Colloque d'histoire du livre et des bibliothèques
 
ARCHITECTURE, DÉCOR ET ICONOGRAPHIE
DES BIBLIOTHÈQUES AU XIXe SIÈCLE
 
Budapest, 6-8 avril 2017
Parlement de Hongrie, Salle «Béla Varga»

 
 Jeudi 6 avril
15h-15h30
Discours d’accueil, par István Bellavics, directeur général du Musée, de la Bibliothèque et du Centre d’accueil du Parlement,
et Szilárd Markója, directeur de la Bibliothèque du Parlement  

15h30-18h
Visite guidée du Parlement, par Józef Sisa, directeur de recherche, ancien directeur de l’Institut d’histoire des Arts du Centre de recherche en Sciences humaines de l’Académie des sciences de Hongrie 

18h Réception au Parlement 

Vendredi 7 avril
9h-9h15
Introduction,
par István Monok, directeur général des Archives et Bibliothèques de l’Académie des sciences de Hongrie
 
9h15-10h
Delacroix et les décors peints de la Bibliothèque du Sénat, Palais du Luxembourg : classicisme contre identité nationale?, par Jean-Michel Leniaud, directeur d’études à l’École pratique des Hautes Études, ancien directeur de l’École nationale des chartes, Paris

10h-10h35
En France, les bibliothèques en révolution: abandonner, aménager, construire, 1789-années 1830, par Frédéric Barbier, directeur d’études à l’École pratique des Hautes Études, directeur de recherche au CNRS (IHMC/ENS Ulm), Paris 

10h35-11h
La bibliothèque de la nouvelle Sorbonne, par Christian Hottin, conservateur en chef du patrimoine, Institut national du patrimoine, Paris 

11h10-11h40 Pause

11h40-12h15 
The Fideikommissbibliothek of the House of Habsburg-Lorraine: structural, decorative and functional aspects of its location, par Rainer Valenta, chercheur du programme «Die Habsburg-lothringische Familien Fideikommissbibliothek. Metamorphosen einer Sammlung» 

12h15-12h50
Trois modèles espagnols du XIXe siècle: la Bibliothèque nationale, la Bibliothèque du Sénat et la Bibliothèque royale, par Maria Luisa López-Vidriero-Abelló, directrice de la Biblioteca Reale, Madrid

12h50-14h30 Déjeuner au Parlement

14h30-15h05 
The Houses of the Library of the Hungarian Academy of Sciences between 1827 and 1988: The Architectural Profile of an Institution, par Gábor György Papp, chercheur à l’Institut d’Histoire des arts du Centre de recherches en Sciences humaines de l’Académie des Sciences de Hongrie

15h05-15h40 Library in the Country House: Social Representation and Use of Space in 19th Century Hungary, par Zsuzsa Sidó, chercheur à l’Institut d’Histoire des arts du Centre de recherches en Sciences humaines de l’Académie des Sciences de Hongrie 

16h15-16h50 Le réaménagement du Collegio Romano pour accueillir la nouvelle Bibliothèque nationale centrale de Rome, par Andrea De Pasquale, directeur général de la Bibliothèque nationale centrale de Rome 

16h15-16h50 Décorer une bibliothèque, embellir une ville: science, urbanisme et politique à Strasbourg, 1871-1918, par Christophe Didier, adjoint de l’Administrateur de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg

16h50-17h25 L’exportation d’un modèle: la Bibliothèque nationale du Brésil à Rio de Janeiro, par Marisa Midei Deaecto, membre de l’Institut d’études avancées de l’Université de Sao-Paulo (Brésil) 

18h Visite de la Bibliothèque métropolitaine Ervin Szábo, Budapest. Discours d’accueil par Péter Fodor, directeur général 

19h Réception à la Bibliothèque 

Samedi 8 avril
9h-9h40
La Biblioteca Corsiana, parcours et événements au XIXe siècle, par Marco Guardo, directeur de la Biblioteca Corsiana et de l’Academia dei Lincei, Rome

9h40-10h15
La bibliothèque du Parlement hongrois, par József Sisa, directeur de recherche, ancien directeur de l’Institut d’histoire des Arts du Centre de recherche en Sciences humaines de l’Académie des sciences de Hongrie

10h15-10h50 
The Central Library of the Budapest University of Technology (formely König Joseph Universität), par Bálint Ugry, chercheur, Institut d’histoire des Arts du Centre de recherche en Sciences humaines de l’Académie des sciences de Hongrie

10h50-11h30 Pause

11h30-12h05 
L’influence des grands travaux architecturaux des bibliothèques aux XIXe et XXe siècles en province: l’exemple de l’Inguimbertine à travers les projets de remaniements de ses bâtiments, par Jean-François Delmas, conservateur général de la Bibliothèque Inguimbertine, Carpentras 

12h05-12h40 
Les transformations du Batthyaneum, XIXe- débuts du XXe siècle: usage et architecture, par Doina Hendre Biró, conservateur de la Bibliothèque Batthyaneum, Alba Julia (Roumanie) 

12h40-13h
Conclusions, par Sándor Csernus, ancien directeur de l'Institut hongrois de Paris, directeur d’études à l’Université de Szeged 

13h-14h Déjeuner au Parlement 

14h-15h30
Visite guidée du Palais et de la Bibliothèque de l’Académie des Sciences de Hongrie, par Judith Faludy, chercheur, Institut d’histoire des Arts du Centre de recherche en Sciences humaines de l’Académie des sciences de Hongrie 

Le colloque est soutenu par le programme EFOP 3.6.1-16-2016-00001 de l’Université Esterházy de Eger 

mercredi 9 novembre 2016

Nouvelle publication sur l'histoire des bibliothèques

Vient de paraître:
Bibliothèques, décors, XVIIe-XIXe siècle,
dir. Frédéric Barbier, Andrea De Pasquale, István Monok,
Paris, Éditions des Cendres, 2016,
306 p., index, ill.en coul.
ISBN 978-2-86742-254-6

Table des matières
Frédéric Barbier, Bibliothèques, décors, XVIIe-XXIe siècle
Frédéric Barbier, Illustrer, persuader, servir: le décor des bibliothèques, 1627-1851
Elmar Mittler, Kunst oder Propaganda? Bibliothekarische Ausstattungsprogramme als Spiegel kultureller Entwicklungen und Kontroversen in Renaissance, Gegenreformation, Aufklärung und Klassizismus
Hans Petschar, Der Pruncksaal der Österreichichen Nationalbibliothek : zur Semiotik eines barocken Denkraumes
Andreas Gamerith, Klosterbibliotheken des Wiener Umlandes: alte und neue Motive
Michaela Seferisová Loudová, Ikonographie der Klosterbibliotheken in Tschechien, 1770-1790
Szabolcs Serfözö, Barocke Deckenmalereien in klosterbibliotheken des Paulinerordens in Mitteleuropa
Anna Jávor, Bücher und Fresken: die künstlerische Ausstattung von Barockbibliothecken in Ungarn
János Jernyei-Kiss, Die Welt der Bücher auf einem Deckenbild: Franz Sigrists Darstellung der Wissenschaften im Festsaal des Lyzeums in Erlau
Doina Hendre Biró, Le décor de la Bibliothèque et de l’Observatoire astronomique fondés par le comte Ignác Batthyány, évêque de Transylvanie, à la fin du XVIIIe siècle
Yann Sordet, D’un palais (1643) l’autre (1648): les bibliothèque(s) Mazarine(s) et leur décor
Fiammetta Sabba, I Saloni librari Borrominiani fra architettura e decoro
Andrea De Pasquale, L’histoire du livre dans le décor des bibliothèques d’Italie au XIXe siècle
Jean-Michel Leniaud, L’invention du programme d’une bibliothèque (1780-1930)
Alfredo Serrai, I vasi o saloni librari. Ermeneutica della iconografia bibliotecaria
Index locorum et nominum
Attention! Cet ouvrage poursuit la collection ouverte avec Bibliothèques, Strasbourg, origines-XXIe siècle. Il sera présenté officiellement à l'occasion du colloque international de Rome, à la Bibliothèque nationale centrale, le 16 novembre prochain en fin de matinée. En outre, il fait l’objet d’une édition allemande, sous l’égide de l’Académie des sciences de Hongrie (Budapest), et d’une édition italienne, sous l’égide de la Bibliothèque nationale centrale de Rome.

dimanche 11 septembre 2016

À Saragosse, une extraordinaire bibliothèque ancienne

Saragosse, port fluvial dès l’époque romaine (Zaragoza dérive étymologiquement de Caesaraugusta), correspond à un site remarquable sur le plan des voies de communications, à mi-chemin entre les côtes atlantique et méditerranéenne, et tenant par ailleurs un des grands itinéraires entre les Pyrénées et la Castille. La ville est occupée par les Wisigoths, puis par les Arabes de 714 à 1118, avant d’être reprise par le roi d’Aragon. Capitale du royaume, elle devient également siège d’une province ecclésiastique en 1317. Mais la mise en place par Philippe d’une monarchie centralisée autour de Madrid (1561) inaugure une période dont la conjoncture est moins favorable à l’autonomie et aux «libertés» des anciennes capitales...
Bibliothèque du Séminaire royal San Carlos.
Dès 1547, les Jésuites sont appelés à Saragosse, où ils disposent d’abord d’une maison avec chapelle: l’implantation est progressivement étendue à partir de 1558, avec l’achat d’un immeuble élevé sur le site de l’ancienne Grande synagogue. Après nombre de difficultés (le moins que l’on puisse dire est que les Jésuites n’ont pas que des partisans dans le clergé de Saragosse!), l’ensemble monumental comprend à la fin du XVIe siècle la nouvelle église (construite à partir de 1574) et le collège, ce dernier organisé autour d’un cloître. En 1585, l’église est placée sous le vocable de l’Immaculée Conception, et la place devant le bâtiment prend  le nom de Plaza de la Compañia. Bien évidemment, le collège comprend bientôt une bibliothèque de travail.
Mais les jésuites sont chassés d'Espagne en 1767, et l’ensemble des bâtiments se trouve alors transformé en séminaire royal, sous le nom de saint Charles Borromée (en l’honneur du roi Charles III)
La bibliothèque monumentale est conservée en l’état, et on la découvre toujours aujourd’hui avec stupéfaction, «reclose» au cœur du complexe immobilier: une longue galerie de quelque 40m sur 7m, avec le sol carrelé et le plafond à poutres (l’ensemble a été renforcé d’éléments métalliques).
Les armoires anciennes sont courent tout le long des murs. Elles portent des tablettes mobiles, et sont protégées par des portes grillagées à serrure. Selon l’usage, le classement systématique correspond à la topographie des volumes: ceux-ci sont identifiés par une cote indiquant le numéro de la travée (les étiquettes figurent toujours en haut), celui du rayonnage et celui du volume lui-même. L’ensemble est peint dans une élégante couleur vert d’eau, et rehaussé de filets d’or.

Le mobilier comprend en outre le bureau du bibliothécaire, dans l’axe de la salle, quelques grandes tables de travail et un ensemble de fauteuils anciens. Nous avons surtout été frappés par la présence d’un petit meuble, que nous identifierions volontiers avec un brasero, de manière à réchauffer un temps soit peu l’atmosphère à la mauvaise saison (on imagine cette salle à la saison froide…). Une chose remarquable réside aussi dans l’absence de tout élément de décoration, en dehors du mobilier lui-même.
La bibliothèque ancienne, très riche, a été cataloguée par Luis Latre Jorro en 1943 (Manuscritos e incunables de la Biblioteca del Real Seminario sacerdotal de san Carlos de Zaragoza, Zaragoza, Artes gráficas E. Berdejo Casañal, 1943). Outre le fonds provenant des Jésuites, elle comprend aussi la superbe bibliothèque du marquis Manuel de Roda (1708-1782). Né à Saragosse et ancien étudiant de l’université, Roda est une personnalité centrale des Lumières espagnoles. Il comptera parmi les fondateurs de l’Académie royale d’histoire, mais ne se lancera dans une carrière politique qu’assez tard, d’abord comme ministre plénipotentiaire à Rome (1758). À son retour à Madrid, en 1765, il s’impose comme le principal ministre de Charles III, et sera de fait à l’initiative de l’expulsion des Jésuites. Dans le même temps, il s’efforce de travailler à une réforme de l’université, sans pouvoir cependant aboutir pleinement.
Détail des aménagements. Le petit meuble, au centre, est-il bien un brasero?
À Madrid, Roda était un bibliophile passionné. Il lègue sa magnifique bibliothèque au Séminaire de Saragosse, où elle est transportée après sa mort, avec certaines pièces du mobilier. Le legs a nécessité un privilège spécial permettant d’intégrer à la bibliothèque un certain nombre de titres interdits par l’Inquisition...
Il serait bien évidemment à souhaiter que cette extraordinaire richesse patrimoniale puisse être conservée sur place, et dans les meilleures conditions, mais qu'elle puisse aussi être ouverte et exploitée le plus largement par les historiens –et les historiens du livre. Nous remercions le directeur de la bibliothèque, D. Carlos Tartaj, de nous avoir autorisé à y travailler... sur les deux exemplaires du Narrenschiff conservés parmi les 84 incunables de la bibliothèque du Séminaire royal de Saragosse.

Bibliogr.: Antonio Gaspar-Galán, J. Fidel Corcuera-Manso, «Le fonds de la bibliothèque du marquis de Roda (Real Seminario de San Carlos de Zaragoza) sur la langue française», dans Cédilles. Revista de estudios franceses, n° 9 (avril 2013), p. 275-293.

samedi 9 mai 2015

Colloque d'histoire du livre


Colloque international

Savoir / pouvoir : Les bibliothèques, de l’Antiquité à la modernité

Lundi 11 mai 2015 - Mercredi 13 mai 2015


Strasbourg - BNU (Auditorium) / Mulhouse - Campus Illberg
 

L’essor des bibliothèques, en Orient comme en Occident, constitue un phénomène majeur de culture et de civilisation. Quelles sont les raisons politiques, religieuses ou morales qui ont présidé à la fondation de ces établissements dédiés à l’élaboration, à la conservation et à la diffusion d’un savoir aussi bien profane que sacré? Quelle place occupent-ils aujourd’hui dans la cité 
Organisée dans le cadre de la réouverture de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg (BNU) rénovée, cette rencontre scientifique internationale et bi-site s’inscrit aussi dans le prolongement de l’exposition Métamorphoses, manifestation emblématique de l’entrée de la BNU dans une phase nouvelle de son développement.
Elle résulte d’un partenariat entre la BNU, le Labex Hastec, les responsables du programme IDEX «Translatio» de l’Université de Strasbourg et l’EA 4363/ILLE (Institut de recherches en langues et littératures européennes) de l’Université de Haute-Alsace/Mulhouse.

Programme

Lundi 11 mai 2015 – Pouvoir du lieu
Strasbourg (auditorium de la BNU)
Bâtiment-symbole, bâtiment-repère: la bibliothèque dans la cité,
son environnement urbain, son décor, son aménagement

10h00 Accueil des participants
10h30 Allocutions de bienvenue: Albert POIROT, Administrateur de la BNU; Alain BERETZ, Président de l’Université de Strasbourg; Laurent PERNOT, Membre de l’Institut, responsable du programme IDEX «Translatio»
11h00 Conférence inaugurale: Antonio LOPRIENO, Président de l’Université de Bâle, «Savoir et pouvoir dans la Bibliothèque égyptienne»
11h30 Philippe HOFFMANN, Directeur d’études à l’EPHE et Directeur du Labex Hastec, «Les écoles philosophiques néoplatoniciennes à la fin de l’Antiquité : programme d’enseignement et bibliothèques»
12h00 Discussion
12h30 Pause

14h00 Yann SORDET, Directeur de la Bibliothèque Mazarine, «Information, politique et bibliothéconomie dans l’Europe du XVIIe siècle : aux origines de la bibliothèque Mazarine»
14h30 Maria Luisa LOPEZ-VIDRIERO, Directrice de la Biblioteca del Palacio Real de Madrid, «Les bibliothèques de palais en Espagne jusqu’au 19e siècle»
15h00 Discussion
15h15 Pause
15h30 Andrea DE PASQUALE, Directeur général de la Bibliothèque nationale centrale de Rome, «La Bibliothèque nationale d’Italie, 40 ans après la construction du nouveau bâtiment: idéologie, architecture, décor»
16h00 Christophe DIDIER, Adjoint de l’Administrateur de la BNU, «Métamorphoses d’un lieu de savoir: l’exemple de la BNU»
16h30 Discussion
17h00 Visite commentée de l’exposition Métamorphoses 

Mardi 12 mai 2015 – Autorité du savoir
Mulhouse (Campus Illberg, salle du Conseil de l’ENSISA Lumière)
Le pouvoir intellectuel des bibliothèques,
l’évolution du lectorat et des pratiques, les usages du lieu

10h00 Accueil des participants
10h30 Allocutions de bienvenue: Christine GANGLOFF-ZIEGLER, Présidente de l’Université de Haute-Alsace; Peter SCHNYDER, Directeur de l’EA 4363 / ILLE.
11h00 Dominique CHARPIN, Professeur au Collège de France, «Les bibliothèques en Mésopotamie: des fonds de manuscrits privés aux bibliothèques royales»
11h30 Yves LEHMANN, Professeur à l’Université de Strasbourg, «Encyclopédisme documentaire et impérialisme planétaire dans l’Antiquité gréco-romaine»
12h00 Discussion
12h30 Pause

14h00 Robert BEDON, Professeur émérite à l’Université de Limoges, «Les bibliothèques en Gaule romaine. État de nos connaissances. Fonctions professionnelles, culturelles et politiques»
14h30 Stavros LAZARIS, Chercheur au CNRS, «Manuels d’enseignement dans une bibliothèque monastique du nord de la Grèce: le cas d’un livre illustré d’histoire naturelle et de morale chrétienne»
15h00 Discussion
15h15 Pause
15h30 Gilbert FOURNIER, Ingénieur de recherche au CNRS-IRHT, Biblissima, «Gens de savoir, gens de pouvoir. Les lecteurs étrangers du collège de Sorbonne (15e siècle)»
16h00 Élodie CUISSARD, Chargée de recherche documentaire à la BNU, «La vie et la bibliothèque de Richard François Philippe Brunck de Freundeck (1729-1803)»
16h30 Discussion
17h00 Présentation du projet de Learning center par Dominique MEYER-BOLZINGER, Vice-présidente CFVU de l’Université de Haute-Alsace / Mulhouse

Mercredi 13 mai 2015 – La bibliothèque comme institution
Strasbourg (auditorium de la BNU)
La bibliothèque perçue comme fondement d’un pouvoir ou d’un contre-pouvoir:
aspects juridiques ou religieux, patrimoine et collections, hommes de savoir / pouvoir…

9h00 Aude LEHMANN, Maître de conférences HDR à l’Université de Haute-Alsace / Mulhouse, «Autour du De bibliothecis de Varron: politique et culture dans la Rome césarienne»
9h30 Marilina GIANICO, ATER à l’Université de Haute-Alsace / Mulhouse, «D’une bibliothèque l’autre: réflexions sur l’histoire de la Bibliothèque Estense de Modène»
10h00 Discussion
Escalier principal de la "BNU nouvelle"
10h15 Pause
10h30 István MONOK, Professeur à l’Université de Szeged, Directeur général des Archives et Bibliothèques de l’Académie des sciences de Hongrie, «Économie et politique de la bibliothèque: la Hongrie de l’Ancien Régime»
11h00 Pedro CATEDRA, Professeur à l’Université de Salamanque, «Les bibliothèques collégiales et universitaires de l’Espagne des 15e et 16e siècles, dans un contexte européen»
11h30 Doina HENDRE BIRO, Conservateur de la Bibliothèque Batthyaneum Alba Iulia, filiale de la Bibliothèque nationale de Roumanie, «Bibliothèque, confession et identité collective: le Batthyaneum de Karlsburg / Alba Iulia»
12h00 Discussion
12h30 : Pause

14h00 Frédéric BARBIER, Directeur de recherche au CNRS et Directeur d’études à l’EPHE, «Les bibliothèques protestantes de l’époque baroque (16e–18e siècles)»
14h30 Pierre CASSELLE, Directeur de la Bibliothèque de l’Hôtel de Ville de Paris, «La Bibliothèque de l’Hôtel de Ville de Paris. 140 ans au service du pouvoir municipal»
15h00 Discussion avec la salle et conclusions (modérateur: Yves LEHMANN, coresponsable du programme IDEX « Translatio ») 

NB- Un manuel récent: Histoire des bibliothèques, d'Alexandrie aux bibliothèques virtuelles

jeudi 24 avril 2014

Une superbe bibliothèque du XVIe siècle

Toujours en Bohême, la petite ville de Březnice (Bresnitz) possède un très intéressant château dont les origines remontent à l’époque gothique.
Georges de Lokšan, qui s'établit en Bohême en 1523 comme secrétaire de Louis de Jagellon, est le fondateur moderne de Březnice, alors réaménagé dans le style de la Renaissance. Mais le roi de Bohême et de Hongrie, successeur de Mathias Corvin, meurt à Mohács trois ans plus tard. La veuve de Georges, Catherine (Katharina) Adler, vient de Spire, et est apparentée aux richissimes Welser d’Augsbourg. C'est elle qui crée la bibliothèque du château, et qui poursuit la reconstruction de celui-ci en faisant venir des architectes italiens. Leur petit-fils obtiendra le titre de «seigneur» de Bohême en 1604.
Nous sommes dans un environnement protestant, ce qui explique que, au moment de la Montagne Blanche (1621), l'un des descendants quitte la Bohême avec l’électeur palatin Frédéric V, tandis que le deuxième se voit confisquer le château, et que le dernier se convertit au catholicisme… Le château est cédé au procureur royal alors requis dans le procès des nobles révoltés (1622) (Adaukt Genissek, baron von Augezd). Plus tard, château et domaine passeront aux Kolowrat-Krakowský: le comte Joseph Maria Kolowrat-Krakowský, baron von Újezd (1746-1824), donnera au Musée national de Prague un premier ensemble de 96 manuscrits de Breznitz, et il sera imité par son fils, Johann Nepomuk Karl. Ce dernier étant décédé sans enfants, la propriété passera enfin à la famille hongroise des Pálffy von Erdöd, et les 90 derniers manuscrits de Breznitz seront cédés par ceux-ci en 1893 au Musée national.
 Les livres ne sont plus là, mais le château de Březnice conserve aujourd'hui la plus ancienne bibliothèque existant en République tchèque: dans une belle salle du premier étage, aux poutres peintes et aux murs décorés de fresques, deux armoires fermées abritent la collection de livres –il y a de la place pour quelque cent cinquante volumes. En face, devant une étroite fenêtre, une table servant de bureau pouvait être utilisée par celui qui souhaitait travailler sur les volumes.
Voici donc un monument de l’histoire des bibliothèques, d’autant plus précieux que les aménagements mobiliers remontant aux premières décennies du XVIe siècle sont aujourd’hui devenus rarissimes, et qu’il s’agit d’une bibliothèque privée, dans un environnement politico-culturel à tous égards remarquable.
Bibliographie: Fabian Handbuch.
Merci à Mme Claire Madl pour ses éclaircissements sur une histoire… compliquée.

samedi 25 janvier 2014

Une bibliothèque baroque des Lumières

Les collections livresques des Habsbourg sont bien évidemment anciennes (déjà à Ambras) et très riches, et l’on s’inquiète, à Vienne dans la seconde moitié du XVIIe siècle, de les abriter dans un cadre approprié. Mais l’entreprise ne pourra être menée à bien que dans les premières décennies du XVIIIe siècle, après que l’échec du siège de Vienne par les Turcs (1683) et le progressif éloignement de la frontière orientale aient permis de mettre la ville à l’abri, et d’y entreprendre les travaux d’aménagement qui doivent en faire la véritable capitale de l’Empire.
Le rôle du père de Marie-Thérèse, Charles VI (règne 1711-1740) est à cet égard décisif. La nouvelle «Bibliothèque de la cour» (Hofbibliothek) est achevée en 1726, et aussitôt ouverte au «public»: elle constitue l’un des premiers exemples au monde, d’un bâtiment conçu spécifiquement pour abriter une bibliothèque, et d’une collection princière dont l’accès n’est pas réservé aux seuls membres de la cour (Hof). 
Le modèle est celui de la galerie monumentale se développant de part et d’autre d’un grande salle centrale à coupole. Le dispositif architectonique et l’iconographie (les fresques sont achevées en 1730) exaltent à la fois la dignité éminente de la connaissance, et la figure du prince en tant qu’il est le protecteur des sciences et des arts, dont il favorise la diffusion parmi ses sujets –même si, bien évidemment, il s’agira d’abord des «lettrés» et des «savants». Une inscription antiquisante proclame, sur la façade, la gloire de l’Empereur, tandis que l’édifice est surmonté par le quadrige de Minerve (cliché 1).
Un monumental escalier conduit au premier étage, où la perspective de la «salle d’apparat» (Pruncksaal) ne peut qu’impressionner celui qui y pénètre (cliché 2). La grande statue de Charles VI est au centre de tout le dispositif (cliché 3). L’empereur est représenté en «Hercule des muses», ainsi que le proclame l’inscription du socle. Son effigie constitue le pivot autour duquel se déploient à la fois le bâtiment, et l’universalité de la connaissance contenue dans les livres (le classement est, bien évidemment, systématique): l'empereur est le souverain laïc du monde, dont le pape est le souverain spirituel. Autour de l’espace sous coupole, une série de statues aux effigies des princes de la maison de Habsbourg mettait en scène la gloire de la famille impériale (ces statues sont aujourd’hui déposées au château de Laxenburg). 
A l’aplomb exact de la statue de Charles VI, le sommet de la coupole centrale présente une figure ailée soutenant une couronne de laurier, tandis que deux personnages entourent un grand médaillon soutenu par un aigle et présentant le profil de l’empereur. Ce n’est bien sûr par le lieu de présenter ici, même sommairement, l’ensemble d’une iconographie aussi riche. Bornons-nous à un détail significatif, celui de la maquette de la bibliothèque que soutiennent plusieurs petits personnages, dans un geste analogue à celui de ces prélats et princes du Moyen Âge portant dans les bras la maquette de l’église qu’ils ont fait construire (cliché 4).
En charge de l’article «Vienne» dans l’Encyclopédie, le chevalier de Jaucourt souligne encore combien la ville, malgré les transformations, reste  éloignée, du moins aux yeux d’un Français, des canons définissant la «résidence» ou la «capitale» d’une grande puissance: Vienne
n'a pas l'agrément de ces villes dont les avenues charment par la variété des jardins, des maisons de plaisance & des autres ornements extérieurs qui sont les fruits d'une heureuse situation, que la sécurité de la paix porte avec soi. [Elle] n'a point de ces grandes rues qui font la beauté d'une ville; la rue même qui aboutit à la cour [auj. Kohlmarkt] n'est ni plus grande, ni plus large que les autres (…). L’église métropolitaine est d'une architecture gothique…
On appréciera cette dernière note s'agissant de la cathédrale Saint-Etienne, et la comparaison avec les appréciations louangeuses que Jaucourt décerne à la Bibliothèque est d’autant plus significative. 
Nous sommes ainsi devant le paradigme idéal de la bibliothèque des Lumières: la gloire du prince se construit non seulement parce qu’il est le protecteur des arts et des lettres, mais aussi parce qu’il joue le rôle du passeur, qui impulse le mouvement de diffusion du savoir et qui favorise le progrès. La façade de la Hofbibliothek portera à terme une seconde inscription, commémorant la restauration effectuée sur ordre de Joseph II et de Marie-Thérèse en 1769. L’étape complémentaire est celle de la publicité, par l’édition de catalogues imprimés, travail qui a en réalité déjà été commencé par Peter Lambeck (Peter Lambetius), préfet de la Bibliothèque impériale, avec les huit volumes de ses Commentariorum de (…) augustissima bibliotheca Caesarea Vindobonensi libri (Vienne, 1665-1679).
Le modèle politique du baroque évolue pourtant. Avec les Lumières, le rôle politique du média imprimé est tel que l’imitation, bientôt la concurrence, se développe entre ceux qui cherchent à s’attribuer le rôle actif de l’inventeur ou du «passeur». Les plus grands seigneurs entretiennent de somptueuses bibliothèques, soit comme un élément démonstratif de leur gloire (à l’image des Liechtenstein, pour ne pas quitter l’espace politique des Hasbourgs), soit, dans une perspective plus engagée, parce qu’ils veulent favoriser la construction de l’identité collective et la diffusion du progrès. Et ce seront bientôt, en France, les assemblées de la Révolution, qui s’emploieront, avec quelles difficultés!, à restituer les livres à la «Nation» dans ces nouvelles bibliothèques dont l’organisation se révélera, on le sait, plus que problématique… 

Tous nos remerciements vont à notre collègue et ami Monsieur Hans Petschar, directeur du département des arts graphiques et de la photographie à la Bibliothèque nationale autrichienne, pour ses savants commentaires et pour son obligeance à nous faire découvrir les détails de la Pruncksaal.

vendredi 3 janvier 2014

Conférence d'histoire du livre

Johann Gottlieb Millich, fondateur de la bibliothèque de Görlitz
École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre
 
Lundi 6 janvier 2014
 
16h-18h
Illustrer, persuader, servir:
le décor des bibliothèques,
1627-1851 (2)
par Monsieur Frédéric Barbier


Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (190 avenue de France, 75013 Paris, 1er étage). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2013-2014. Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg). Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterrand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterrand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand).
Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

dimanche 15 décembre 2013

Conférences d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre
 
Lundi 16 décembre 2013
14h-16h
Trajectoires éditoriales (2) : le Gradus ad Parnassum,
par Madame Emmanuelle Chapron

16h-18h
Illustrer, persuader, servir:
le décor des bibliothèques, 1627-1851
par Monsieur Frédéric Barbier


Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (190 avenue de France, 75013 Paris, 1er étage). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2013-2014. Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg). Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterrand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterrand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand).
Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

dimanche 8 décembre 2013

Conférences d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre
 
Lundi 9 décembre 2013

16h-18h
Illustrer, persuader, servir:
le décor des bibliothèques, 1627-1851
par Monsieur Frédéric Barbier

La Bibliothèque à l'ère industrielle: Ste-Geneviève, à Paris
De quoi parlons-nous, en définitive, lorsque nous parlons du «décor» à propos d’un bâtiment ou d’un local comme une bibliothèque? Le terme de décor prend, en français du moins, deux acceptions principales.
1) Il s’agit, d’abord, des éléments de tous ordres qui décorent, alias qui embellissent, un certain lieu, et dont l’objectif est le plaisir (delectatio) du visiteur. Ces éléments ont cependant aussi d’autres fonctions, souvent d’ordre démonstratif: mettre en évidence un certain nombre de concepts et de catégories, et qui touchent à la religion, à une construction abstraite (par ex. une branche de la connaissance), à la gloire d’une maison princière, etc.
2) Mais le décor désigne aussi un dispositif représentant un certain lieu, dans une acception qui est tout particulièrement celle du décor de théâtre: la représentation reproduit l’image de quelque chose qui lui est extérieur. Par métaphore, un paysage, une disposition d’urbanisme, ou autre pourra être décrit comme un décor, ou comme la représentation d’un décor (on connaît l’exemple de Rome). L’art baroque est tout particulièrement imprégné par l’idée de la représentation comme décor. Si cette acception semble a priori plus éloignée de notre problématique, elle s’y rencontre pourtant souvent, par la pratique des trompe l’œil (comme à Eger, mais aussi à la coupole du Clementinum de Prague), ou encore par la représentation des frondaisons (par ex. dans le hall d’entrée de la nouvelle Bibliothèque Sainte-Geneviève). Plus largement, le baroque étant souvent défini comme une forme d’expression théâtralisée, le dispositif du théâtre se donne logiquement à voir dans le décor des bibliothèques : le décor suggère la présence de quelque chose d’autre que ce que l’on sait être présent...

Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (190 avenue de France, 75013 Paris, 1er étage). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2013-2014. Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg). Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterrand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterrand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand).
Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

lundi 28 octobre 2013

Un colloque sur le décor des bibliothèques baroques

Le colloque organisé par Istvan Monok et Frédéric Barbier et qui vient de se tenir à Eger, dans la superbe salle historique de la bibliothèque du Lyzeum, a traité d'une problématique importante, celle du décor des bibliothèques, en l’occurrence du XVIIe au XIXe siècle.
Ce blog a abordé à plusieurs reprises la question du décor des bibliothèques, qui était restée relativement négligée, du moins en France, depuis les travaux fondateurs d’André Masson (on verra un certain nombre de ses articles, et surtout son livre Le Décor des bibliothèques, Genève, Droz, 1972). Une des difficultés majeures du sujet vient de ce qu’il met en jeu des domaines traditionnellement disjoints dans les structures de l’université et de la recherche: il faut faire se parler historiens du livre et des bibliothèques, certes, mais aussi historiens d’art, spécialistes de l’histoire des idées, de la littérature, etc. Le programme du colloque a permis, dans une certaine mesure, de confronter utilement des expériences venues de ces différents champs –pour ne rien dire de l’impératif que constitue pour nous la nécessité de conduire ces études dans une perspective transnationale.
Nous avons notamment pu reprendre à grands traits la chronologie, pour en souligner certaines spécificités. Le premier temps est celui de la tradition et des autorités: la pensée médiévale se réfère à un corpus nombre de figures fondatrices et d’auctoritates qui seules lui permettent de considérer un discours comme discours de vérité (Aristote, saint Augustin, etc.). Ce sont ces allégories et ces figures qui sont le cas échéant convoquées pour constituer le décor peint d’une bibliothèque comme celle du chapitre de la cathédrale du Puy.
À partir du XIVe siècle italien, le dispositif réintroduit les contemporains dans l’iconographie des bibliothèques de la Renaissance, en les assimilant ainsi aux figures de l’Antiquité classique: le meilleur exemple en est donné par la fresque célèbre de Melozzo da Forli mettant en scène la fondation de la nouvelle bibliothèque pontificale, et qui vient décorer celle-ci. Pourtant, le point de référence absolu reste toujours celui de l'Antiquité.
Avec l’irruption de la Réforme (début du XVIe siècle), la dislocation de la chrétienté romaine universelle fonde une tradition toute autre: les choix de Luther, s’agissant de livres, visent à l’efficacité, et la doxa protestante se révéle, logiquement, méfiante sinon hostile face aux images. L’objectif d'une bibliothèque est de permettre la formation morale et intellectuelle de chacun, sans qu’une réelle attention soit donnée au décor, sinon sous la forme de portraits des illustres, donateurs, savants et professeurs, sans oublier bien entendu les grandes figures de l’Église, à commencer par les fondateurs, Luther, Mélanchton, Calvin et un certain nombre d'autres (voir l'exemple de Leyde).
La mise en cause de l’Église de Rome et les progrès rapides de la philologie réformée impulsent le mouvement de réforme catholique, notamment par le travail du concile de Trente. Les nouvelles bibliothèques seront actualisées et réorganisées sur le plan matériel: l’Escorial innove de manière décisive pour avoir disposé les livres non plus sur des pupitres, mais en périphérie de la salle, sur les murs. Pour autant, le programme iconographique est traditionnel, avec la fresque des arts libéraux et le double motif articulant le savoir classique (l’École d’Athènes) et la Révélation chrétienne. L’innovation se prolonge en Italie, moins avec la bibliothèque de Sixte Quint qu’avec les autres bibliothèques de Rome et de Milan, dont un certain nombre sont l'œuvre de Borromini. Il s’agit en principe de bibliothèques ouvertes (les deux plus célèbres sont l'Ambrosiana et l'Angelica), dans lesquelles la décoration picturale prendra éventuellement la forme d’un décor de fresques.
On sait comment ce modèle italien sera celui transporté en France par Gabriel Naudé, pour la bibliothèque de Mazarin, mais selon des principes très différents de ceux des pays catholiques de l’espace germanophone et de l’Europe centrale: là où le baroque déploie une décoration spectaculaire et parfois somptueuse, Naudé impose l’idée selon lequel le décor de la salle est apporté par les seuls livres. L’absence de tout décor, soit peintures, soit statues, implique que la lecture ne soit pas orientée, mais qu’elle reste ouverte. D’une certaine manière, ces choix d’inspiration plus janséniste, se rapprochent de la tradition réformée. Ils seront repris par l’abbé Bignon, lorsque celui-ci les imposera, dans les années 1720, aux architectes de la nouvelle bibliothèque royale de Paris: «Un vaisseau tel que celuy que vous avez est au-dessus de toute décoration (…). Rien (…) ne peut plus en imposer aux étrangers et aux curieux que l’immense étendue de livres que l’on verra dans ce bâtiment…»
Le colloque a prolongé sa réflexion sur le XVIIIe et le début du XIXe siècle, en abordant en outre un grand nombre de questions, de l’architecture au programme iconographique, aux répertoires de motifs (les livres d’emblèmes…), à la localisation, à la lisibilité et aux fonctions du décor, etc. Nous nous efforcerons de publier les Actes le plus rapidement qu’il nous sera possible. Quant à la série de colloques d’histoire des bibliothèques que nous avons inaugurée à Parme en 2011, elle devrait se poursuivre au cours des prochaines années, avec notamment un projet concernant la Bibliothèque nationale de Turin.

Quelques participants du colloque. 1er rang: Pr. Dr. A. Serrai (Rome), Pr. Dr. J.-M. Leniaud (Paris), Dr. A. De Pasquale (Milan et Turin). 2e rang: Pr. Dr. F. Barbier (Paris), Pr. Dr. I. Monok (Budapest et Szeged), Dr. Y. Sordet (Paris).

vendredi 12 octobre 2012

Histoire du livre et problématique de la censure

La question de la censure est omniprésente en histoire du livre, notamment depuis le milieu du XVe siècle et l’invention de la typographie en caractères mobiles: le système de la «librairie d’Ancien Régime» voit s’imposer, en France, le contrôle par l’administration royale, au contraire de ce qui se passe, par exemple, en Espagne. La logique est encore différente dans la géographie de la Réforme. S’agissant de la France, Daniel Roche écrit avec justesse, dans le tome II de l’Histoire de l’édition française:
L’université et surtout la Sorbonne, a perdu le monopole de la surveillance que lui avait délégué François Ier, par suite de la création des censeurs royaux (1623) et quand le Code Michaud (1629) a transféré au chancelier et à ses commissaires le droit de regard sur l’imprimerie (…). Seuls les livres de théologie et de piété sont soumis à une double autorisation, celle des autorités ecclésiastiques [et] celle des censeurs royaux. Dès la seconde moitié du XVIIe siècle, la mécanique du contrôle est laïcisée [peut-être aurait-il mieux valu écrire «sécularisée»?].
Pour autant, la censure ne concerne pas le seul monde «marchand» des imprimeries et des librairies: les bibliothèques aussi y sont soumises, et cela d’autant plus qu’elles seront ouvertes à un public élargi. On pourrait croire que cette problématique date du XVIIIe siècle, il n’en est rien: la question de la «lecture pour tous» hante, par définition, les partisans de la Réforme (elle se pose même antérieurement, comme le montre l’exemple du Narrenschiff). Rappelons ici que la bibliothèque de la nouvelle Haute école de Eger, en Hongrie, est décorée de fresques représentant le concile de Trente et, en particulier, le décret sur la censure...
La Révolution de la fin du XVIIIe siècle marque bien évidemment, pour l’historien du livre et des bibliothèques, un temps où la problématique de la lecture pour tous se pose réellement au premier plan, surtout en France, et où elle influe de manière très profonde le devenir des bibliothèques.
Notons, d'abord, que le changement de conjoncture est plus large: la «seconde révolution du livre», voit en effet se développer trois phénomènes fondamentaux, qui bouleversent radicalement l’économie de la branche (après l’invention de la typographie en caractères mobiles). Le principe de la participation, puis de la démocratie, s’impose peu à peu dans le monde occidental (même si sa mise en œuvre est l’enjeu de luttes politiques très longues), et il entraîne l’obligation pour chacun de pouvoir s’informer, donc de savoir et de pouvoir lire. Ensuite, l’instruction publique qui va se généraliser est à l’origine d’un marché de masse, celui du manuel scolaire, tandis que l’alphabétisation élargie dynamise au premier chef la presse périodique et la littérature générale –les romans, mais aussi la littérature pour les enfants, voire bientôt d’autres secteurs comme ceux des livres de voyage, des manuels de vulgarisation, etc. Interviennent enfin l’industrialisation des techniques de production et la réorganisation du système de distribution, grâce notamment à la révolution des transports et des communications: l’accroissement des tirages permet d’engager la course à la baisse du prix moyen des livres, et à l’élargissement progressif du public des lecteurs.
Le censeur... et ses grands ciseaux, dans l'"Histoire du roi de Bohème et de ses sept châteaux", Nodier, 1830.
Mais revenons aux bibliothèques. La question de l’Index influe certains aspects de leur gestion, qu’il s’agisse des achats de volumes ou de leur mise à disposition pour les lecteurs. Sur le premier point, voici l’exemple des Oratoriens de Beaune, qui possèdent une bibliothèque, pour laquelle ils souscrivent à l’Encyclopédie. Pourtant, ils interrompront la série au tome VII, à la suite de la condamnation de l’article consacré par d’Alembert à «Genève». Sur le second point, pensons aux procédés divers par lesquels les livres considérés comme possiblement dangereux ou inappropriés sont rendus plus ou moins indisponibles: les élèves des collèges d’Ancien Régime n’ont généralement pas accès à la bibliothèque, réservée aux professeurs; ailleurs (y compris dans les monastères), les livres interdits sont rangés dans une armoire fermée; ailleurs encore, on les indique comme tels dans les catalogues (comme à Saint-Vincent du Mans); récemment enfin, on réserve à certaines catégories une section particulière, comme l’«Enfer» pour les Erotica: il faut, pour y avoir accès, disposer d'autorisations spéciales. Dans La Bibliothèque, Monstrelet donne la parole aux livres de l’Enfer, qui se plaignent d’être emprisonnés:
Voix de l’Enfer. (L’Enfer est cette partie de la Bibliothèque qui contient les auteurs licencieux.) Ouvrez-nous les portes! Ouvrez-nous! Nous voulons aller passer nos vacances chez la Fillion, chez la Pâris, chez la Massé! Holà! Qu’on nous serve des coulis, des pastilles, des truffes, des diabolini, des liqueurs des îles, et qu’on nous ramène dans le boudoir d’Eliante-Cottyto!
Cette problématique est loin de disparaître à une époque plus récente. Pour nous limiter à deux exemples: la censure est toujours à l’œuvre, lorsque, en 1928, D. H. Lawrence doit publier en Italie son roman Lady’s Chatterley’s Lover (L’Amant de lady Chatterley). Une génération plus tard, l’éditeur D. H. Lane est attaqué en justice pour sortir ce même texte dans sa célèbre collection «Penguin» de livres de poche.
Quant à notre second exemple, il ne relève pas de la censure de contenu, mais il est peut-être encore d'autant plus pernicieux qu'il se répand plus largement dans le monde des collections patrimoniales contemporaines: s’il est normal de protéger des documents fragiles, manuscrits exceptionnels, exemplaires figurant dans des reliures particulièrement précieuses, etc., il l’est moins de refuser la communication de tel ou tel type d’ouvrages à un lecteur qui le souhaiterait, voire de la refuser systématiquement pour tout livre qui serait disponible sous une forme numérique. Le livre ancien n’est pas (ou pas encore…) un objet de musée, que l’on consulte sur un écran et que l’on regarde à travers une vitrine.
Nous nous rappelons de la formule-choc d’un collègue, directeur général d’une très importante bibliothèque nationale européenne, et qui parlait d’un livre rarissime conservé dans une reliure précieuse: «Un livre que tu ne peux pas ouvrir, tu peux le jeter». Bref, c’est peu de dire que, en nos début du XXIe siècle, le débat sur les conditions de l'accessibilité aux collections anciennes reste ouvert.

dimanche 23 septembre 2012

Histoire des bibliothèques: le décor

L’histoire des bibliothèques comme champ interdisciplinaire
L’histoire des bibliothèques et des collections de livres constitue par définition un domaine scientifique transversal.
Il se rattache en effet à l’histoire du livre proprement dite, mais, bien évidemment, les bibliothèques intéressent aussi les historiens des idées (y compris des idées politiques), voire les historiens des différents domaines scientifiques –on sait que les bibliothèques ont constitué les laboratoires où la réflexion intellectuelle a pu s’élaborer et se développer.
La bibliothèque de l'université de Coimbra, ou les livres au service de la gloire royale
Mais l’histoire des bibliothèques intéresse aussi l’histoire de l’art: d’une part, elles ont longtemps (parfois jusqu’à aujourd’hui) suivi le modèle classique du «Musée» d’Alexandrie, dans lequel on trouve, à côté des livres, les «trésors», galeries de «curiosités», voire collections d’art (par exemple, pour ne pas quitter la France, la bibliothèque de l’abbaye de Sainte-Geneviève, ou encore la Bibliothèque / Musée de Besançon). Par ailleurs, les historiens d’art sont attentifs aux éléments relevant de l’architecture des bibliothèques, et de leur décor (ce qu’avait en son temps montré le colloque commémoratif organisé par Jean-Michel Leniaud sur Ernest Labrouste et la nouvelle Bibliothèque Sainte-Geneviève).
Trois approches convergentes
Paradoxalement, l’histoire des bibliothèques et des collections de livres constitue un domaine relativement négligé par la recherche, et cela jusqu’à aujourd’hui.
1- Les travaux scientifiques ont d’abord privilégié l’analyse des contenus: quels livres sont ou étaient présents dans telle ou telle bibliothèque? À quel modèle la bibliothèque correspond-elle (bibliothèque encyclopédique ou spécialisée, bibliothèque de travail ou de récréation, bibliothèque privée ou bibliothèque plus ou moins ouverte au public, etc.)?
Dans un environnement protestant: la bibliothèque de Görlitz
2- Ces perspectives ont souvent été développées aux dépens d’une approche que nous pourrions dire «archéologique»: il s’agit d’étudier les locaux de la bibliothèque, leur aménagement (le mobilier!), la distribution des salles, le rangement des collections et leur accessibilité, l’élaboration des instruments de travail tels que catalogues et fichiers, etc. Nous pouvons regrouper ces différentes questions sous le paradigme d’«économie des bibliothèques» (alias la bibliothéconomie au sens large).
3- Un troisième angle d’approche doit aussi être envisagé: il concerne l’étude des pratiques (y compris les pratiques professionnelles, relevant elles aussi de la bibliothéconomie) qui sont à l’œuvre dans telle ou telle bibliothèque, selon par exemple que nous sommes devant une collection privée ou «publique», que cette dernière est plus ou moins largement ouverte, à des groupes d’utilisateurs sont plus ou moins largement définis, etc.
Bien évidemment, ces trois approches principales se superposent toujours pour partie: par ex., la nature de la collection détermine pour partie ses utilisations possible, donc le public des lecteurs, etc. On sait que lorsque la Hofbibliothek de Vienne est ouverte en 1726, le décret impérial prévoit que chacun pourra y accéder, exception faite des «idiots, domestiques, oisifs, bavards et badauds»…
L’invention de la bibliothéconomie et de la bibliothèque modernes
À la Palatina de Parme, la salle Maria Luigia, néo-classique s'il en fut
C’est pour explorer la seconde de ces directions de recherche qu’un groupe d’historiens s’est réuni en 2010 autour du thème de «La bibliothéconomie des Lumières». L’idée était de décliner les différents éléments du paradigme que constitue l'«économie des bibliothèques», à une époque où celles-ci sont l’objet d’évolutions majeures –la chronologie couvre une période allant de la fin du XVIIe au début du XIXe siècle (pour situer les choses, rappelons que l’ouverture de la Bibliothèque du Collège des Quatre Nations à Paris date de 1688, et que le projet définitif proposé par Henri Labrouste pour la nouvelle Bibliothèque Sainte-Geneviève est officiellement accepté en 1843).
Au cours de cette période, le principe de la wall library (bibliothèque dans laquelle les volumes sont disposés non plus sur des pupitres, mais sur des rayonnages le long des murs de la salle de lecture) domine généralement, mais des évolutions majeures se font jour, parmi lesquelles nous mentionnerons tout particulièrement:
-Les conceptions nouvelles dans la construction des bibliothèques (avec par ex. la nouvelle bibliothèque de Wolfenbüttel, élevée d’après les projets de Leibniz en 1710).
-Les outils modernes de la bibliothéconomie, comme l’utilisation des fiches en place des registres, à la Palatina de Parme à partir de 1769 (série de clichés sur Parme et sur la bibliothèque).
-La réflexion développée sur le rôle de la bibliothèque, sur la théorie de la bibliothéconomie et sur la profession de bibliothécaire: il s’agit par ex. de l’accessibilité des collections à un public plus large, de l’aménagement du cadre de classement, ou encore de l’insertion de la bibliothèque dans une institution d’enseignement et de recherche (cas de l’université de Göttingen).
Au service de la modernité et de l'identité nationales: la bibliothèque de Keszthely
L’importance des évolutions est telle que l’on peut à bon droit considérer la période comme le temps de fondation des bibliothèques et de la bibliothéconomie modernes (entendons, le modèle des bibliothèques publiques modernes, tel qu'il s'impose au XIXe siècle). Un premier colloque s'est tenu en mai 2011 à la Biblioteca Palatina de Parme, colloque consacré à la gestion matérielle des bibliothèques des Lumières (sous le titre: Un instituzione dei Lumi: la biblioteca).
Ce colloque mettait l’accent sur les aspects matériels de l’histoire des bibliothèques, et il a permis d’aborder la mise en place d’un certain nombre de nouveautés (par ex. dans la gestion des bibliothèques vénitiennes), mais aussi les problématiques de l’acquisition (la collection Vettori à Mannheim), de l’édition et de la diffusion des catalogues imprimés (comme à la Bibliothèque royale à Paris), de la classification systématique ou encore de la gestion quotidienne et de l’actualisation des fonds (avec le très bel exemple de Saint-Vincent du Mans). Les Actes en sont aujourd’hui sous presse dans l’annuaire Bodoni, dont ils doivent constituer la livraison 2012.
Un second colloque est en préparation pour 2013, qui devrait se tenir à la bibliothèque de l'École des Hautes Études de Eger, et porter sur le décor des bibliothèques.Nous recevrons avec plaisir toutes les suggestions et propositions de communication pour ce colloque.
(tous les clichés © Frédéric Barbier)