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lundi 3 décembre 2018

Soutenance de thèse de doctorat en histoire du livre

Avis de soutenance de thèse


Dom d'Inguimbert et J.-F. Delmas
Le vendredi 7 décembre 2018 à 9h,
Monsieur Jean-François Delmas,
archiviste-paléographe,
conservateur général des bibliothèques,
directeur de la Bibliothèque-Musée Inguimbertine (Carprentras)
soutiendra sa thèse de doctorat en histoire sur le sujet suivant:

Des collections de dom Malachie d’Inguimbert
à l’Inguimbertine: transferts et héritage culturel dans le Comtat Venaissin (XVIIIe-XXIe siècle)


Les travaux ont été dirigés par Madame Christine Bénévent,
professeur d’Histoire du livre et de bibliographie à l’École nationale des chartes

Le jury sera composé de Mmes et MM
Frédéric Barbier, directeur d’études honoraire à l’École pratique des Hautes Études (IVe Section), Christine Bénévent, directrice de la thèse,
Andrea De Pasquale, directeur général de la Bibliothèque nationale centrale de Rome, docteur de l’EPHE,
Véronique Meyer, professeur d’histoire de l’art à l’Université de Poitiers,
Didier Repellin, architecte en chef des Monuments historiques,
Gennaro Toscano, conseiller scientifique et culturel pour le projet Richelieu à la Bibliothèque nationale de France

La soutenance se tiendra à l’École nationale des chartes, 65 rue de Richelieu, 75002 Paris,
salle Léopold Delisle.
La soutenance est publique, dans la limite des places disponibles.

NB- Le cliché ci-dessus met en scène la rencontre entre le fondateur de l'Inguimbertine et son dernier successeur. Il a été pris au cours de la visite de l'abbaye de Casamari (Latium).

mercredi 21 novembre 2018

Histoire d'un livre: la "Nef des fous"

Vient de paraître
Frédéric Barbier,
Histoire d’un livre: la Nef des fous, de Sébastien Brant,
Paris, Éd. des Cendres, 2018,
239 p., 51 ill. pour partie en coul.
ISBN : 978-2-86742-281-2 

4e de couverture
L’Histoire d’un livre, mais quel livre, puisqu’il s’agit de la célèbre Nef des fous de Sébastien Brant, publiée pour la première fois à Bâle en 1494. Pour Brant, les hommes sont des fous qui, embarqués dans leur voyage démentiel, courent vers leur condamnation. La Nef est illustrée par le jeune Dürer, ce qui ne contribue pas peu à sa célébrité. C’est à un autre genre de voyage auquel l’auteur nous convie, d’une édition à l’autre et d’un exemplaire à l’autre: ce livre, que l’on croyait connaître, se révèle bien plus complexe tant par son contenu textuel que par sa mise en livre et par toutes les pratiques qui, au fil des siècles, se sont déroulées à son entour. Une leçon d’histoire du livre, pour un livre qui restera toujours d’actualité.

Sommaire
Préface, par Michel Espagne
Avertissement
Chapitre I- Un monde nouveau
Moyen Âge et temps modernes
Sur le Rhin moyen
Le nouveau média
Chapitre II- Strasbourg et Bâle, autour de 1494
Sébastien Brant: Strasbourg
Sébastien Brant: Bâle
Des imprimeurs et des libraires
Le temps du carnaval
Chapitre III- La Nef des fous: un projet… et un texte
Dénoncer la folie universelle
La critique sociale
Chapitre IV- La Nef des fous: un texte… et un livre (1494)
Le projet éditorial: un livre en langue vernaculaire
Le projet éditorial: un livre d’images
La mise en livre
Chapitre V- Le paradigme de la Nef
Qu’est ce que la bibliographie ?
L’allemand, entre contrefaçons et nouvelles éditions
Les traductions
Chapitre VI- Le statut du texte
Un texte célèbre… donc instable
Au XVIe siècle : d’autres Nefs et d’autres fous
Variantes dans l’iconographie
VII- Réceptions de la Nef : le marché
La réception : problématique et méthodologie
Les publics de l’allemand
Les publics du latin
D’autres lecteurs
Les autres langues vernaculaires
Chapitre VIII- De la collection à la bibliophilie et à la problématique de l’identité
Les fondateurs
La haute bibliophilie
Le temps des philologues et des historiens
Conclusion
Postface, par István Monok
Notes, précédées d'une liste des abréviations
Légendes des illustrations
Bibliographie: Tableau récapitulatif des éditions de la Nef des fous
Bibliographie: répertoires et travaux scientifiques
Index locorum et nominum
Table des matières
 

mercredi 9 mai 2018

Conférence d'histoire du livre

 
École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre

  Lundi 14 mai 2018
16h-18h
Les livres de Julien Brodeau, avocat au parlement de Paris
(1583-1653)
par
Monsieur Yves Le Guillou,
conservateur en chef
à la Bibliothèque nationale de France,
docteur de l'EPHE

NB. Les auditeurs sont invités à s'informer sur l'ouverture effective du bâtiment du 54 bd Raspail, lequel a été à plusieurs reprises inaccessible ces derniers temps...

Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26).
Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

vendredi 4 mai 2018

Conférence d'histoire du livre

 
École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre

  Lundi 7 mai 2018
16h-18h
Les nouveaux abécédaires en français au XVIe siècle:
ou le salut par la lecture
par
Madame Marianne Carbonnier,
professeur émérite à la Faculté de théologie protestante de Paris


NB. Les auditeurs sont invités à s'informer sur l'ouverture effective du bâtiment du 54 bd Raspail, lequel a été à plusieurs reprises inaccessible ces derniers temps...

Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26).
Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

dimanche 29 avril 2018

Iconographie du livre et des lecteurs

Nous avons parlé ici même à plusieurs reprises de l’iconographie du livre et de tout ce qui se rapporte au livre, à travers des analyses de tableaux mettant en scène l’Annonciation, le Christ devant les docteurs, le livre qui tombe, ou encore d’autres thèmes –nous avons aussi, à l’occasion, présenté des sculptures, par ex. à propos de la Vierge lisant. Il est d’autant plus agréable pour nous de signaler la conférence tenue sur cette question, au Musée du Prado (Madrid), par notre collègue Madame Maria Luisa López-Vidriero. Comme chacun sait, Madame López-Vidriero est conservateur général des bibliothèques, et elle dirige la Bibliothèque du Palais royal de Madrid. Sa conférence est disponible en ligne.
Mais prenons maintenant, par pur plaisir, un autre exemple de cette même approche, exemple qui ne fera pas partie des somptueuses collections madrilènes: il s’agit du célèbre «Autel de Torgau», peint par Lucas Cranach l’Ancien et aujourd’hui conservé à la Fondation Städel de Francfort. Le tableau, un triptyque, est daté de 1509, et il met en scène La Sainte parenté, formule à entendre comme désignant la famille «large» du Christ: outre les parents, la figure majeure est celle de sainte Anne, qui se serait mariée trois fois, et aurait eu un certain nombre d’enfants, tous liés aux débuts du christianisme. Au centre du volet principal, la Vierge Marie, avec Joseph en arrière sur la gauche; à gauche de la Vierge (à droite pour le spectateur), sainte Anne est en robe rouge, et tient le Christ dans les bras. Au niveau supérieur, trois personnages observent la scène: il s’agit des trois époux de sainte Anne, Joachim, Cléophas et Salomas (Salomé).
© Städelsches Kunstinstitut Frankfurt a/Main, Inv. 1398
En arrière du thème religieux, se profile la dimension politique de l’œuvre: au centre, parmi les époux de sainte Anne, on reconnaît la figure de l’empereur Maximilien, tandis que la famille des princes de Saxe (les Wettin) est elle-même intégrée à la généalogie du Christ. Voici en effet, sur les deux volets du triptyque, les deux demi-sœurs de Marie, et leurs époux: à gauche, Alphée se présente sous la physionomie du prince électeur Frédéric (III) le Sage (1463-1523), le propre patron de Cranach (lequel est peintre de la cour électorale depuis 1504); et, sur le volet de droite, Zébédée a reçu celle du frère et futur successeur de Frédéric (III), le duc Jean (plus tard, Jean Ier le Constant (der Beständige), 1468-1532). Leurs deux enfants, saint Jean l’Évangéliste et saint Jacques le Majeur, jouent à leurs pieds. Par la disposition du tableau, les princes de Saxe proclament leur loyauté à l’égard de l’empereur Maximilien (si l'on s'en tient à la généalogie ici mise en scène, ils sont comme les gendres de l'empereur), en même temps qu’ils participent à la famille mythique du Christ...
Notre propos n’est pas de nous étendre sur les phénomènes dont le célèbre tableau donne implicitement témoignage: le succès du motif de la Sainte Parenté à la fin du Moyen Âge et au début de l’époque moderne, surtout dans les pays allemands, l’importance de la famille large, le statut et le rôle de la femme, voire la présence d’une dimension sacrée dans le cadre de la vie quotidienne.
Mais c’est la figure du duc Jean qui nous retiendra pour finir, avec une perspective touchant à l’anthropologie: dans une architecture antiquisante inspirée des idées humanistes, le duc est assis près d’une fenêtre, dans son somptueux manteau de cour. Il tient ouvert dans les mains un grand volume in-folio, dont la reliure de velours rouge est protégée par une série de boulons de cuivre, et il est plongé dans la lecture. La position du lecteur n’est pas celle, bien plus fréquemment mise en scène, de l’intellectuel, père de l’Eglise ou docteur de l’université, représenté avec un certain nombre de ses attributs (les lunettes…) face à sa table de travail: le duc, confortablement assis, est complètement absorbé dans le volume qu’il tient dans les mains, et aucun autre livre ne se donne à voir dans la pièce. Le thème général du retable laisse à penser qu’il s’agirait d’un texte à caractère religieux, mais le format exclut le petit livre de piété, et l’épaisseur exclut l’hypothèse de la Bible elle-même. Avouons-le, nous pourrions bien plutôt penser à un livre de cour (peut-être même un recueil de généalogie ?): en tous les cas, c’est un objet remarquable, dont la somptuosité illustre la distinction du pouvoir et du prince absolu.
La lecture, bientôt l’organisation d’une bibliothèque et, à terme, son ouverture au public, s’imposent alors peu à peu comme des attributs du pouvoir dans les principautés territoriales modernes. 
 
NB- Attention! La conférence de l'EPHE initialement prévue le 30 avril prochain n'aura pas lieu, par suite de problèmes relatifs à la gestion administrative des salles. 

samedi 2 décembre 2017

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre

  Lundi 4 décembre 2017
16h-18h
L'invention de la bibliographie et les voyages littéraires
en France, XVe-XVIIIe siècle (1)
par
Monsieur Frédéric Barbier
directeur d'études


Depuis l’Antiquité, l’accumulation et la conservation des savoirs sont assurées par le recours à l’écrit, puis à l’imprimé (ce sont les «garde-mémoire» de Régis Debray). Ces artefacts, contre lesquels s’élevait Platon, fonctionnent comme des prothèses de la mémoire, mais ces prothèses ont aujourd'hui pris une telle importance qu’elles ont fondé de nouveaux domaines scientifiques (les sciences de l’information et de la communication). On estime que la masses de informations produites en un délai de deux ans équivaut au double de celles créées depuis les origines de l’humanité. La croissance exponentielle des «big data» donne une puissance insoupçonnée à ceux qui peuvent les maîtriser, mais elle suppose aussi que des instruments d’analyse adaptés soient mis en place.
Ces phénomènes qui changent ainsi de dimension, et de nature, ne sont pour autant pas nouveaux. Si des outils ont été progressivement élaborés pour collecter et pour exploiter les informations disponibles (le modèle fondateur est en Occident celui de la bibliothèque d’Alexandrie), ils ont dû s’adapter au changement d’échelle imposée par la révolution gutenbergienne au milieu du XVe siècle, tandis que le XVIIIe siècle les a introduits en tant que tels dans la taxonomie théorique (le tableau du savoir) et pratique (le classement des bibliothèques).
Un mot, encore, avant d’entrer in medias res: les processus que nous entreprenons de décrire se déploient selon une chronologie de long terme, ils font partie, comme l’histoire culturelle en général (l’histoire des mentalités) et l’histoire du livre en particulier, de ce que Pierre Chaunu désignait comme l’«histoire du troisième niveau». Dans le même temps, ils se déploient dans une perspective qui est celle de la «république des lettres», même si notre présentation privilégiera de fait le cadre du royaume de France.
Une bonne compréhension de ce qui se passe au XVIIIe siècle suppose donc de remonter suffisamment en amont, jusqu’au tournant du Moyen Âge à l’époque moderne. Parallèlement, la chronologie des phénomènes relevant de l’histoire des cultures et des mentalités –et de l’histoire du livre– est elle-même spécifique, en ce sens qu’ils mettent en jeu des enchaînement très complexes se déployant eux-mêmes sur plusieurs générations: de l’innovation de procédé à l’innovation de produit, à la lente appropriation des nouveaux contenus dans leurs nouveaux dispositifs, et aux changements que cette appropriation elle-même peut induire. Intégrer le changement prend beaucoup de temps: l’invention de la typographie en caractères mobiles date des années 1452-1455, quand ses conséquences ultimes peuvent être datés des années 1620-1630 – le temps, précisément, que Pierre Chaunu qualifiait de «miracle».

Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26). Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

samedi 11 novembre 2017

Conférence d'histoire du livre

Nouveau Testament hongrois, 1541
 École normale supérieure (Ulm)
Labex TransferS
Institut d’histoire moderne et contemporaine

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre

  Lundi 13 novembre 2017
16h-18h
Humanisme et piété dans les lectures en Hongrie au début du XVIe siècle
par
Monsieur István Monok,
professeur à l’Université de Szeged,
directeur général des Archives et Bibliothèques de l’Académie des sciences de Hongrie,
professeur invité étranger à l’École normale supérieure (Labex TransferS)

Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26). Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.

Cette conférence est la seconde d'une série de quatre conférences  présentées sur le thème
«Les transferts culturels à l’œuvre: culture française, librairie et pratiques de lecture en Hongrie royale de la fin du XVe siècle aux années 1680»
par Monsieur Monok durant son séjour parisien. 

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

vendredi 27 octobre 2017

Nouvelle publication

Ex oriente amicitia. Mélanges offerts à Frédéric Barbier à l’occasion de son 65e anniversaire, éd. Claire Madl, István Monok,
Budapest, Magyar Tudományos Akadémia Könyvtár és Információs Központ, 2017,
420 p., ill.
(«L’Europe en réseaux. Contributions à l’histoire de la culture écrite, 1650-1918», VII).
ISBN, 978-963-7451-31-7

István Monok, «Frédéric Barbier, un historien du livre qui sait où se trouve l’Europe centrale»
Sándor Csernus, «Naissance d’un adage flexible et aujourd’hui de retour: ‘la Hongrie, rempart de la chrétienté’»
Attila Verók, «Der Bibliothekskatalog als historische Quelle für die Ideengeschichte? Realität, Schwirigkeiten, Perspektiven, an einem Beispiel aus Siebenbürgen»
Ágnes Dukkon, «Le cheminement dans l’Europe des XVIe et XVIIe siècles du Calendrier historial, un type de publication populaire»
Ildikó Sz. Kristóf, «Anthropologie dans le calendrier: la représentation des curiosités de la nature et des peuples exotiques dans les calendriers de Nagyszombat (Trnava), 1676-1773»
István Monok, «L’aristocratie de Hongrie et de Transylvanie aux XVIIe et XVIIIe siècles et le ‘livre pour tous’»
Martin Svatos, «La Bibliotheca bohemica et la Nova collectio scriptorum rerum Bohemicarum de Magnoald Ziegelbauer, OSB. Un regard extérieur sur l’histoire et l’historiographie du royaume de Bohème »
Marie-Élisabeth Ducreux, «Qu’est-ce qu’un propre des saints dans les « pays de l’empereur » après le concile de Trente? Une comparaison des livres d’offices liturgiques imprimés aux XVIIe et XVIIIe siècles»
Claire Madl, «Langue et édition scolaire en Bohême au temps de la réforme de Marie-Thérèse. Retour sur une grande question et de petits livres»
Olga Granasztói, «Éloge du roi de Prusse. Les connotations politiques d’un succès de librairie: la Hongrie et la Prusse entre 1787-1790»
Olga Penke, «La traduction hongroise de La Nouvelle Héloïse. Un transfert culturel manqué»
Doina Hendre Biró, «Le contexte politique et les conditions d’achat de l’ancienne imprimerie des jésuites par Ignace Batthyány, évêque de Transylvanie»
Andrea Seidler, «Aubruchstimmung. Die Gründung des preßburgischen Ungarischen Magazins (1781-1787). Versuch einer Dokumentation»
Norbert Bachleitner, «Die österreichische Zensur, 1751-1848»
Eva Mârza, Iacob Mârza, «Le catalogue de la bibliothèque des thélogiens roumains de Budapest, 1890-1891»

dimanche 17 septembre 2017

François Ier chez Alexandre Dumas

Comme celle de Montpellier, qui organise en 1537 le dépôt légal au profit de la Bibliothèque du roi, l’ordonnance de Villers-Cotterêts, prise deux ans plus tard, intéresse les historiens du livre. Il s’agit en effet d’un texte très long (192 articles) qui traite de questions de justice et d’administration, mais dont plusieurs dispositions concernent la langue: l’ordonnance impose aux curés l’enregistrement des naissances survenues dans leur paroisse (c'est l'origine des registres paroissiaux), et elle établit que tous les actes juridiques (dont les actes notariés) seront obligatoirement établis non plus en latin, mais en langue vernaculaire, c’est-à-dire en français.
Nous sommes à la grande époque où le français, qui est de longue date la langue de la cour royale, acquiert le statut de langue littéraire (on pense à Du Bellay) et s'impose comme la langue ordinaire de l’administration. Ces dispositions ont des conséquences d’autant plus grandes que le royaume est le plus étendu d’Europe, face notamment à l’éclatement politique de la péninsule italienne et de l’espace germanophone. Les conséquences sont aussi très importantes pour l’économie de la «librairie» française en général (une très grande partie des «travaux de ville» est désormais publiée en français).
Bien évidemment, le français n’en devient pas pour autant la seule langue du royaume: il est d'abord utilisé dans les villes, quand la grande majorité de la population est composée d’habitants du plat-pays, et parle diverses langues régionales et autres patois. Rappelons-nous de «l’escolier limousin» rencontré par Panurge et ses compagnons sur la route d’Orléans; rappelons-nous encore des propositions de l’abbé Grégoire visant, sous la Révolution, à extirper les «patois» comme autant de subsistances de la féodalité. Pour l’abbé Grégoire et un certain nombre de partisans de la Révolution, les patois, c’est la réaction.
En définitive, les patois ne disparaîtront presque complètement qu'entre le XIXe et la première moitié du XXe siècle, devant l’école publique, gratuite et obligatoire, et devant l’essor des médias de masse.
Mais notre propos touche un autre point lorsque nous découvrons un article disponible sur la version en ligne de l’hebdomadaire Le Point. Citons le passage qui nous intéresse:
Emmanuel Macron épinglé sur ses connaissances historiques.
Pour le lancement des Journées du patrimoine, le chef de l'État s'est rendu au château de Monte-Cristo, dans les Yvelines, en compagnie de Stéphane Bern. Un lieu chargé d'histoire, puisque c'est là que le roi François Ier a signé la fameuse ordonnance de Villers-Cotterêts, en 1539. Face à des élèves de CM2, les deux hommes ont alors improvisé un mini-cours pour expliquer de quoi il s'agissait exactement, rapporte Europe 1. «Cette ordonnance fait du français la langue officielle. Si nous parlons tous le français, c'est grâce à l'ordonnance de Villers-Cotterêts», commence Stéphane Bern.
Le château de Mone-Cristo,... où aurait été signée l'ordonnance de Villers-Cotterêts (© Wikipedia)
Que l’ordonnance de Villers-Cotterêts ait été signée «dans les Yvelines» (disons, dans l'actuel département des Yvelines) est, pour l’historien, une véritable découverte: on croyait jusqu’à présent que la désignation des ordonnances faisait référence au lieu où le roi les avaient paraphées, par ex. Nantes pour le célèbre édit mettant fin aux guerres de Religion, ou Fontainebleau pour la malheureuse abrogation de ce même édit. Le fait qu’il n’en soit rien, et que l’ordonnance de Villers-Cotterêts ait été signée en l’occurrence à Port-Marly, amènera à reconsidérer complètement toute la chronologie du fonctionnement de la cour royale, à une époque où celle-ci est très souvent en déplacement.
Quant à savoir pourquoi cette ordonnance porte le nom d’une ville, Villers-Cotterêts, avec laquelle elle n’aurait rien à voir, le problème reste entier...
Mais nous atteignons un tout autre niveau de complexité avec la mention du château de Monte-Cristo, qui est effectivement situé sur le territoire de la commune actuelle de Port-Marly, sur la rive gauche de la Seine légèrement en amont de Saint-Germain-en-Laye. Nous apprenons ainsi, grâce à l'article du Point, l’existence d’un nouveau château royal, totalement oublié, en Île-de-France à l’époque de la Renaissance, ce qui constitue en tout état de cause une découverte majeure dans le domaine de l'histoire de l'art. Mais nous ne pouvons que nous étonner encore plus de voir ce château porter le nom d’un îlot de la côte toscane, îlot devenu mondialement célèbre seulement avec la publication du roman d’Alexandre Dumas en feuilleton dans Les Débats entre 1844 et 1846. Que l’ordonnance de Villers-Cotterêts ait été signée par François Ier dans un château dont le nom fait référence à une publication célébrissime du milieu du XIXe siècle, et qui appartenait à l’auteur de cette publication, est évidemment une surprise stupéfiante, et pose aux historiens une question particulièrement difficile.
Au passage, si nous en croyons le cliché qui accompagne l’article, il semble bien que le château de Monte-Cristo abrite aujourd'hui l’une des écoles publiques de la ville de Port-Marly…
Trêve de plaisanterie! Nous pourrions nous croire devant une des plus remarquables «perles» qui émaillent les copies d’examens et de concours en histoire moderne –et nous nous rappelons avec émotion de certaines de ces perles qui touchaient parfois au surréalisme–, mais il n’en est rien, et nous sommes de fait devant un article publié dans l’un des principaux hebdomadaires de notre pays. Inutile d’être un spécialiste pour subodorer que l’«ordonnance de Villers-Cotterêts» a été signée dans cette ville et qu’elle n’a donc rien à voir avec le «château» d’Alexandre Dumas. Si l'on en juge par son succès auprès du public, l'article du Point amène pourtant à souligner la fascination exercée par les médias, presse écrite, télévision, nouveaux médias, etc., laquelle se manifeste chez le lecteur, l'auditeur ou le spectateur, par la disparition quasi-compète de l’esprit critique le plus élémentaire. Goethe ne parle même pas du journaliste, mais bien du lecteur en général:
Bien des gens (...) ne savent pas le temps et la peine qu'il en a coûté à tel ou tel individu pour apprendre à lire: j'y ai consacré quatre-vingts ans, et ne puis par dire encore que je sois arrivé au but.
Il reste à souhaiter que l'épisode attire du moins l'attention sur le château de Monte-Cristo, et lui amène beaucoup de nouveaux visiteurs...

jeudi 31 août 2017

À Athènes, une bibliothèque vieille de 2000 ans

Les amateurs d’histoire du livre et des bibliothèques découvriront avec intérêt une inscription épigraphique fragmentaire qui est en même temps un monument exceptionnel relatif à notre sujet: il s’agit en effet du vestige du (ou de l’un des) premiers(s) règlement(s) conservé(s) de bibliothèque.
La silhouette de l’Acropole d’Athènes est universellement connue, avec le plateau entouré de puissants remparts et portant les temples, à quelque 150m au-dessus de la ville. En redescendant de la colline, du côté de l’Aréopage, nous gagnons le cœur politique, administratif et commercial de la ville antique, l’ancienne Agora grecque, dominée par le temple du Théséion, étonnamment bien conservé. .
La Grèce constitue une province romaine depuis la défaite de Philippe V de Macédoine, mais la romanisation du paysage urbain ne se fait, à Athènes, que lentement. L’un des éléments marquants sera la création d’une Agora romaine, reliée à l’ancienne Agora par des ensembles de portiques progressivement mis en place. Au tournant du Ier siècle de notre ère, un bâtiment déjà existant au coin de la voie des Panathénées est aménagé par son propriétaire, Pantainos, pour abriter désormais une bibliothèque publique. Ce T. Flavius Pantainos, lui-même «prêtre des muses philosophes», est le fils d’un philosophe, et il est possible que le bâtiment réutilisé ait à l’origine été constitué par l’école dirigée par son père. La dédicace gravée au fronton explique en tous les cas qu’il a fait faire «à ses frais les colonnades extérieures, le péristyle, la bibliothèque avec les livres, et toute leur ornementation…»

Le complexe, aujourd’hui pratiquement disparu, comprenait donc une suite de trois portiques abritant eux-mêmes des pièces plus ou moins grandes, un péristyle et une cour intérieure. Donnant sur celle-ci, une salle de 100m2, dallée de marbre, accueillait la bibliothèque. La tradition de l’évergétisme voit, à l’époque, se multiplier les fondations et donations de bibliothèques somptueusement aménagées, aux différentes cités grecques, par de richissimes citoyens. À Athènes, la localisation de la bibliothèque Pantainos dans un emplacement stratégique, et plusieurs vestiges en provenant apparemment, témoignent d’une volonté de monumentalisation et de luxe. La bibliothèque a probablement accueilli les deux grandes statues personnifiant l’Iliade et l’Odyssée, que l’on a retrouvé à proximité.
Beaucoup moins spectaculaire, le fragment de règlement est aujourd’hui présenté dans le cadre du Musée d’ancienne Agora grecque. Il précise que les livres (des volumina) ne pourront pas être empruntés à l’extérieur, les responsables de la bibliothèque ayant prêté serment dans ce sens, et que l’institution elle-même est ouverte «de la première à la sixième heure», ce qui correspond à la matinée –rappelons que, dans le système romain, le jour est divisé en douze heures, dont la sixième s’achève à midi. On comprend au passage que ces heures n’ont évidemment pas une durée fixe, puisque l’amplitude du jour change avec la saison. Malheureusement, nous ne savons rien du contenu lui-même de la bibliothèque, dont on peut supposer pourtant que, puisqu’elle n’aurait eu qu’une seule salle, elle se limitait à la seule littérature grecque.

Deux références pour plus d'informations:
Phttps://cm.revues.org/96
http://www.agathe.gr/guide/library_of_pantainos.html

jeudi 27 juillet 2017

Le livre qui flotte... et qui coule

On aurait pu penser que le monde de l’imprimé serait connoté de manière systématiquement positive chez un auteur comme Brant, qui a su en mobiliser tout le potentiel novateur pour le mettre au service de la diffusion de ses idées. La réalité est pourtant plus ambiguë, comme elle le deviendra d’ailleurs aussi chez Luther: l’imprimerie est certes, un don de Dieu, mais elle doit avant tout être utilisée à bon escient. Les deux critiques de fond se placent, la première, du côté des imprimeurs-libraires, et la seconde, du côté du public des lecteurs.
Le bibliomane ouvre le défilé des fous (chapitre 1, lui dont le plus grand plaisir est d’amasser des livres dans sa librairie, même s’il ne les ouvre jamais. De manière surprenante, ce sont en réalité les conséquences de l’économie nouvelle de l’imprimé qui sont ici mises en cause: la première révolution du livre se traduit par un accroissement très important de la production, et par la baisse du prix moyen, de sorte que le modèle peut désormais se répandre, du particulier qui se constitue une bibliothèque personnelle plus ou moins riche. La bibliothèque devient une source de plaisir, et sans doute une marque de distinction, quand bien même le dernier souci de son propriétaire serait celui de la lecture, encore moins, celui d’une lecture réfléchie. La critique de la bibliomanie sera dès lors récurrente dans la littérature moderne, et on la retrouvera, par exemple, chez La Bruyère, quand il lui consacre l’un de ses Caractères.
La nef des apprentis (p. 140) accueille notamment les apprentis imprimeurs, lesquels semblent consacrer un peu trop de leurs revenus au troquet:
L’imprimeur dépense en un jour / Le salaire d’une semaine.
Tel est l’usage en ce métier. / Car c’est un pénible labeur
Devant la presse, et à la casse / Compose, aligne, rectifie.
Bourrer le noir dans l’art du livre, / Calciner l’encre en le creuset…
La question de la multiplication des livres est d’ailleurs la première soulevée par Brant: en ouvrant le Prologue de son livre, l’auteur s’étonne en effet de ce que non seulement la Bible soit répandue partout, mais aussi les écrits des Pères de l’Église et toutes sortes de littérature, mais que personne n’en devienne meilleur et que le monde reste plongé «dans la nuit noire». C’est que, souligne-t-il, il ne suffit ni de disposer des exemplaires, ni même de les lire, mais qu’il faut savoir lire à bon escient et non pas à l'envers… Le thème revient à plusieurs reprises, par exemple au chapitre 57:
On voit aussi nombre de fous / Qui s’ornent de saintes lectures,
Se croient distingués et savants / Quand ont lu le texte à l’envers.
Tel croît connaître son psautier / Pour avoir lu: Beatus vir.
Le risque est encore accru lorsque l’intermédiaire par excellence, le clerc, est lui-même un faussaire: Brant, qui a critiqué les Hussites, est, comme le sera Luther à ses débuts, partisan affirmé de la réforme de l’intérieur, et non pas de la Réforme proprement dite. Les commentateurs malavisés et autres faux prophètes ont même le rôle principal dans la décadence, car ils conduisent le peuple à sa perte et font ainsi le lit de l’Antéchrist. L’image du bateau en papier est particulièrement frappante: la nef elle-même est en papier, et les faux prophètes, en l’humidifiant, ne font qu’accélérer le naufrage (chapitre 103).
J’en arrive à ces vrais faussaires, / Répandus autour de la nef (…)
Falsifiant les saints Évangiles. / (…) Ils trempent la nef en papier.
La petite barque de saint Pierre (Sankt Peter Schifflein), détail
Terminons sur une note prémonitoire: le travail du démon est soutenu par la cupidité des imprimeurs-libraires, qui trouvent avantage à publier toutes sortes de livres. Et, de fait, les professionnels, qui profiteront bien évidemment de l’essor de l’économie des «feuilles volantes» (Flugschriften) à l’époque de Luther, n’hésitent jamais à répandre les fausses doctrines et les livres inutiles pourvu que cela leur rapporte:
L’imprimeur y a bon profit. / Si on jetait au feu ces livres,
On brûlerait bien des erreurs. / Mais tant, ne pensant qu’à leur gain
Cherchent des livres [à imprimer] de partout, / Et qu’importe la correction.
On s’ingénie à mieux berner: / Beaucoup impriment et peu corrigent
Sans soin aucun on réimprime, / Telle quelle on reprend l’erreur:
Tel se fait tort, et tant se nuit, / Qu’il s’en va imprimer ailleurs! (…)
Voyez la pléthore de livres, / Le nombre des imprimeries,
Réédité le moindre livre / Qu’un jour ont écrit nos parents!
En avons tant à profusion, / Quand à rien ils ne servent plus
Car leur valeur est périmée…
Brant, ce n'est pas douteux, est un familier de l'activité des imprimeries, par exemple quand il fait allusion à la recherche forcenée de textes à publier, ou encore aux procédés divers, et parfois peu recommandables, utilisés par les professionnels pour «appâter» le client. Lui-même se plaindra, dans l'une des rééditions de son livre, de la concurrence sauvage des contrefaçons. Et on se rappellera au passage qu'une fois rentré à Strasbourg, il sera un temps en charge de la censure des livres au nom du Magistrat. En définitive, l'imprimerie n'échappe à la condition commune: elle peut être «un don de Dieu», il n'en faut pas moins en encadrer l'utilisation pour qu'elle ne devienne pas aux mains des hommes une arme du démon.

Note: les citations (et les renvois aux numéros de chapitres ou à la pagination) sont tirés de la traduction très remarquable du Narrenschiff publiée par Nicole Taubes: Sébastien Brant, La Nef des fous. Traduction revue et présentation par Nicole Taubes, 3e éd., Paris, José Corti, 2010 (« Les Massicotés »).

mardi 20 juin 2017

Bibliothèques et climat

Tous les spécialistes connaissent la théorie des climats, élaborée notamment par Montesquieu, mais moins nombreux sont ceux qui connaissent les développements qui lui ont été apportés dans le domaine des bibliothèques.
Et pourtant, les historiens de la lecture n’ont pas été sans souligner le fait: en Occident, l’alphabétisation serait plus développée dans les pays du nord. Pour des raisons qui leur appartiennent, ils ont voulu corréler cette caractéristique avec d’autres données: nous serions dans des environnements plus densément peuplés, où la civilisation urbaine est plus développée, où parfois même le choix a été fait, de passer à la Réforme protestante –laquelle, chacun le sait, favoriserait la lecture.
Mais trêve de divagations! Un élément, central, manque à l’équation: le climat.
Nous nous rappelons d’un séjour de recherche effectué, voici quelques années, à la bibliothèque de Wolfenbüttel, au cours de l’automne. De temps en temps, la ville se trouvait, au petit matin, couverte d’une fine couche de neige: la vue par la fenêtre de la maison de Leibniz, n’était pas sans présenter une certaine dimension «pittoresque» (on imagine le tableau accroché dans un musée: «Rue de Wolfenbüttel au petit matin à la mi- novembre, fin du XXe siècle». Au loin, à moitié effacée par la grisaille blanchâtre, une silhouette penchée se hâte dans la bourrasque, avec son filet de pommes de terre).
D’autres fois, plus nombreuses, le vent se levait, parfois aussi la pluie, et il fallait alors gagner la bibliothèque, par des rues à peu près vides, en luttant contre les intempéries. La pénombre régnait encore. Un certain jour, arrivant peu avant 9 heures, trempé, je me présentais devant les deux collègues de service à la porte. En guise de salutations, je m’inspirais d’une phrase du Freischütz de Karl Maria v. Weber: «Ehrliches Bibliothekswetter», m’écriai-je en me mettant à l’abri dans le bâtiment («Magnifique temps pour [aller à] la bibliothèque»). Je me rappelle encore de l’éclat de rire qui accueillit ma proclamation.
Car le point est bien là: dans les pays du nord, où la pénombre règne plus longtemps et où les conditions climatiques sont parfois moins bonnes, la lecture est plus répandue, et la fréquentation des bibliothèques plus forte. Qu’on y pense: la pluie tombe à verse, le ciel est uniformément gris, le vent tourbillonne autour des vieux bâtiments soigneusement calfeutrés. Pourquoi tant d'intellectuels et de lecteurs en Écosse? Et encore, nous ne disons rien de telle ou telle ville d’Europe orientale, et de ses trottoirs couverts de neige plus ou moins fondue et plus ou moins gelée. Si nous sommes en bord de mer, le paysage est tout autant mélancolique, qui évoque les premières scènes de Tristan, sinon celles du Vaisseau fantôme… Quel agrément, quel confort, même, que de se trouver à l’abri, enveloppé dans une douce chaleur tempérée, à lire et à travailler, à l’abri du déchaînement des éléments.
La théorie des climats se borne à constater le fait: on lira plus volontiers à Stockholm qu’à Palerme, on fréquentera plus volontiers les bibliothèques à Bergen qu’à Parme ou à Ancône. Quel agrément, encore une fois, que de passer l’après-midi à la bibliothèque, comme à un club, dans l’une de ces villes parfois peut-être d’apparence un petit peu «froides», et qui appartiennent à la géographie réformée. A contrario, pourquoi aller quotidiennement à la bibliothèque, quand on est dans une ville comme Venise, même en dehors du carnaval (nous excluons de l’analyse les historiens du livre et autres maniaques ou psychopathes)? 
Crédit photographique : © Adam Rzepka - Centre Pompidou, MNAM-CCI /Dist. RMN-GP
© Estate Gisèle Freund/IMEC Images
L’articulation n’est d’ailleurs pas propre à la seule lecture ni aux seules bibliothèques. Certes, au XIXe siècle, l’ouverture de séances publiques, le soir, à la Bibliothèque Sainte-Geneviève  de Paris, avait aussi eu pour effet d’attirer des visiteurs venus se mettre à l’abri, et au chaud, et non pas lire (détail amusant: ces «séances du soir» n’ont été ouvertes aux femmes qu’avec un certain retard). Mais, dans un de ses romans, Robert Escarpit nous présente un séminaire hautement spécialisé, et ouvert à tous, qui se tient au Collège de France, devant quatre ou cinq auditeurs, et encore, précise l'enseignant, les jours de pluie seulement. Et Emmanuel Le Roy Ladurie nous rappelle, dans son Paris-Montpellier, que le jeune maître de conférences qu’il était s’étonnait de voir, à partir du printemps, de plus en plus de charmantes étudiantes sur les plages de Palavas-les-Flots et de moins en moins dans les salles de cours. Que l’on ne cherche pas là une lecture a posteriori sexiste: il est très probable que les étudiants étaient aussi nombreux que leurs camarades du sexe féminin à préférer la plage aux salles de cours, mais il est possible que l’observateur ait été moins sensible à leur présence. On le sait, les conditions mêmes de l'observation modifient les résultats de l'expérience...
Oui, pensions-nous, l’articulation est évidente, entre le climat et la fréquentation des bibliothèques, selon une équation trop simple: dehors, moins de chaleur et moins de clarté; dedans, plus de livres et plus de lecteurs.
Pourtant, les événements de ces derniers jours nous incitent à enrichir la théorie générale: notre pays ne subit-il pas une vague de chaleur pénible, surtout dans les villes? Il semblerait bien sûr inutile d’en profiter pour aller s’entasser dans l’espace confiné du métro, mais d’autant plus agréable de jouir de la douce fraîcheur qui règne dans telle ou telle bibliothèque, surtout si elle est ancienne (donc, avec des murs épais, qui gardent la fraîcheur).
Voici un beau sujet d’enquête, que nous proposons à la curiosité sans bornes et à la sagacité infinie de nos administrations. Avec un codicille à plus long terme: dans quelle mesure le changement climatique devrait-il ou non influer sur les pratiques de lecture et sur la fréquentation des bibliothèques? Nous tenons bien volontiers ce blog à disposition pour publier les résultats de l'enquête.

dimanche 4 juin 2017

1517-1521: le nouvel ordre des médias

Que la Réforme protestante constitue un phénomène étroitement lié à l’utilisation du nouveau média de la typographie en caractères mobiles est une caractéristique déjà reconnue par les contemporains eux-mêmes. Le point est repris par beaucoup d’auteurs sous l’Ancien Régime et au XIXe siècle, tandis que les travaux conduits par Elisabeth Eisenstein à partir de la décennie 1970 ont permis d’actualiser cette problématique (Elisabeth Eisenstein, The Printing Revolution in early modern Europe, Cambridge, 1983).
Aujourd’hui, le modèle développé par les historiens du livre articule deux axes principaux d’analyse: si le rôle déterminant du média de l’imprimé est effectivement reconnu, c'est dans une perspective qui met l'accent sur la dynamique de la transformation. De fait, l’irruption de la Réforme introduit dans une large mesure à l’instauration d’une nouvelle «économie des médias». Parmi les caractéristiques majeures de celle-ci, la plus importante réside dans la montée en puissance des Flugschriften, et dans l’émergence rapide d'un espace public que l'on pourrait à bien des égards dire moderne, en ce sens qu'il est articulé autour de l'imprimé. Encore une fois, les contemporains en prennent conscience très rapidement, qui entreprennent de mobiliser systématiquement les techniques de la médiatisation nouvelle, au service, d’abord, de la cause réformée –bientôt aussi au service de ses adversaires, tenant de l’orthodoxie romaine (on pense ici tout particulièrement à Thomas Murner).
Pour autant, un versant spécifique de la problématique est resté curieusement négligé par l'histoire du livre: il s’agit de la question des transferts culturels. Nous n’avons pas à revenir ici sur la problématique générale d’un modèle épistémologique qui, depuis quelques décennies, s’est imposé dans la recherche historique. Si l’écrit, l’imprimé et les médias jouent un rôle décisif dans le fonctionnement même des processus de transferts culturels, il n’en reste pas moins que la problématique de la diffusion des mouvements de Réforme apparus en Allemagne, mais aussi en Suisse, etc., au début du XVIe siècle, n’a pas été réellement envisagée à cette aune.
Le phénomène est pourtant au moins ambivalent. Reprenons la chronologie: nous sommes, d’abord, devant un projet de réforme conduit à l’intérieur de l’Église, par des clercs dont la principale langue d’expression est le latin. L'objet de la discussion, autrement dit les différentes thèses de Luther, n'est pas au sens propre un objet «étranger», lorsqu'il est soumis au tribunal de Sorbonne, en 1520-1521: les pièces en latin circulent sans difficultés dans le monde des universitaires et des clercs, et elles seront même le cas échéant reproduites par des imprimeurs parisiens. La controverse se développe pour la plus grande partie dans un cadre transnational.
La Detrminatio de 1521, éd. parisienne
Mais très rapidement, le glissement s’opère: non seulement les liens avec Rome sont désormais rompus, mais Luther et son entourage tendent à s’adresser directement à l’«homme du commun» et donc à s’exprimer en vernaculaire. Alors même que la primauté du siège de Rome est remise en cause, la dimension révolutionnaire du choix de la langue ne peut pas être sous-estimée: permettre à chacun de lire les textes sacrés revient à supprimer la médiation du clerc, donc implicitement à abandonner la tripartition traditionnelle de la société et à engager la disparition du clergé en tant que premier ordre. Dès lors, on comprend pourquoi la condamnation par la Faculté de Paris ne devrait pas faire de doute: en ce début du XVIe siècle, la Faculté n'est-elle pas toujours détentrice de l'autorité morale de la chrétienté, et ne constitue-t-elle pas une véritable école professionnelle supérieure, chargée de fournir à l'Église universelle des théologiens parfaitement formés? La condamnation ouvre bientôt le temps de la répression, et les premiers bûchers s'allument devant Notre-Dame dès 1523...
Arrêtons-nous ici simplement sur le seul problème linguistique posé dans le cadre des transferts: quel sera le retentissement possible de textes publiés en vernaculaire (en allemand), dès lors que l’on abordera une géographie extérieure au monde germanophone? La question vaut tout particulièrement pour la France, où l’allemand reste, en ce début du XVIe siècle, une langue  très peu répandue en dehors des cercles d’immigrés, lesquels sont surtout présents dans les milieux de l’université, du négoce et, bien sûr, de l’imprimerie et de la librairie…
Lorsque Pantagruel rencontre pour la première fois Panurge, sur la route du pont de Charenton, celui-ci lui semble être un mendiant et lui répond d’abord en allemand, qualifié de «barragouin» inintelligible: À quoy respondit Pantagruel: «Mon amy, je n'entens poinct ce barragouin; pour tant, si voulez qu'on vous entende, parlez aultre langaige…» À Wittenberg comme dans d'autres villes allemandes, et comme à Paris et à Lyon, l'élargissement du public des lecteurs et l'essor de la médiatisation moderne ouvrent désormais aussi le temps des traducteurs, d'une autre réflexion sur le fonctionnement de la langue –et de la mise en place de «librairies» qui deviendront progressivement des «librairies» nationales. On le voit, il est difficile de sous-estimer l'importance des conséquences induites par la nouvelle économie qui est celle du livre réformé.

jeudi 4 mai 2017

Hier et aujourd'hui

Plusieurs ouvrages récents, et une masse de commentaires à propos des élections présidentielles qui se déroulent actuellement en France, attirent l’attention sur des lignes de fracture présentées comme nouvelles et qui parcourent la société.
La principale passerait entre une France, ouverte, informée et pour l’essentiel constituée d’urbains, et une France plus isolée qui serait d’abord celle du monde rural et des régions d’où la grande industrie a plus ou moins disparu. Cette ligne première en croise plusieurs autres, qui relèvent surtout de la sociologie: ceux qui participent à la France «ouverte» seraient relativement plus favorisés, par leurs diplômes, leurs revenus, leur mode de vie, etc. La France du repli serait en revanche celle des catégories plus fragiles, celle qui est plus touchée par le chômage, celle qui a un sentiment d’abandon, qui s’inquiète face au déclassement possible, à la marginalisation et aux risques de toutes sortes. Et, pour couronner le tout, les préférences politiques traditionnelles, les sympathies pour tel ou tel parti et les systèmes anciens de solidarité tendent parallèlement à s’affaisser. Nous voici devant une conjoncture où le slogan, l’affirmation gratuite, voire la fake news peuvent avoir des conséquences très grandes.
Les phénomènes du passé nous aident à analyser ceux du présent, notamment s’agissant d’histoire des communications et des médias. Que la rapidité des communication (jusqu’à l’instantanéité de la communication mondialisée) ne soit pas gage d’ouverture est montré dès la fin de l’Ancien Régime: le réseau des grandes routes royales est l’un des plus modernes d’Europe, et les circulations considérablement facilitées à travers le royaume. Pour autant, lorsqu’Arthur Young parcourt le pays, il s’étonne constamment de ne voir que des routes vides, une circulation inexistante et des moyens d’information absents. Il quitte Paris par la route d’Orléans, et le pays devient aussitôt «un désert, comparé avec les routes qui avoisinent Londres». Suivons le à Besançon, le 27 juillet 1789, alors même que les événements se précipitent, mais que les seules informations disponibles sont pour l'essentiel celles échangées à la table d’hôte –c’est, d’une certaine manière, l’information que nous aurions aujourd'hui, avec les périodiques abandonnés dans la salle d’attente d’un médecin:
Il n’est pas croyable combien la France est arriérée pour tout ce qui touche aux informations. De Strasbourg jusqu’ici, il ne m’a été impossible de lire un seul journal. Ici, j’ai demandé le Café littéraire. Il n’y en a pas. Les gazettes? Dans les cafés. C’est très vite répondu, mais ce n’est pas si facile à trouver. Rien que la Gazette de France, pour laquelle en ce moment un homme de bon sens ne donnerait pas un sol. J’ai été dans quatre autres cafés; dans quelques-uns, il n’y a pas du tout de journaux; au Café militaire, le Courrier de l’Europe, vieux de quinze jours; des gens bien habillés parlent de nouvelles qui datent de deux ou trois semaines, et leur conversation montre pleinement qu’ils ne savent rien de ce qui se passe. Dans toute la ville de Besançon, pas trace du Journal de Paris ou d’un autre journal donnant le détail des délibérations des États; et cependant, c’est la capitale d’une province aussi grande que cinq ou six de nos comtés anglais, et qui contient vingt-cinq mille âmes; et chose étrange à dire, le courrier n’arrive que trois fois par semaine! (…) Aussi le pays croit-il tout le contraire de ce qui s’est passé… (la description de Dijon, quelques jours plus tard, est très proche).
Arthur Young attire notre attention sur le fait que les «temps caractéristiques» se juxtaposent sans se pénétrer entre plusieurs géographies à la typologie différente.
1) Les deux «capitales», de Paris et de Versailles, concentrent les moyens d’information qui font l’admiration de Koraÿs.
2) Au-delà, la circulation se fait d’abord dans un cadre privé, par le biais notamment des correspondances, bien plus rarement, de la presse périodique: c’est dans ce cadre seul que se vérifie le jugement de Georges Lefèbvre selon lequel «les grandes villes que touchaient les routes de poste recevaient des nouvelles tous les jours» (La Grande Peur, p. 79). Le public est par définition minoritaire, et les écarts se comptent en jours, voire en semaines, par rapport à la capitale.
3) Enfin, nous pénétrons dans le plat-pays, lequel constitue, sauf cas particulier, un environnement vide de circulations et d’informations fiables: comme l’a montré Dominique Julia à propos de la Champagne, les localités situées le long des grandes routes bénéficient de meilleurs taux d’alphabétisation. Mais, dans les villages, hors le curé, qui sait lire et écrire? C’est la géographie ancienne des «temps locaux», d’où l’écrit et l’imprimé sont pratiquement absents, et où le continuum de l’information est depuis toujours apporté par les bruits et par les rumeurs.
Le livre exemplaire consacré par Georges Lefèbvre à la Grande Peur (Paris, SEDES, 1932) suggère que le heurt entre des «temps caractéristiques» différents pourrait constituer en définitive un facteur propice à la naissance de bruits, et d'actions, sans contrôle ni fondements. La carte des p. 197-198 (cf cliché) montre que la panique du Clermontois (Clermont-de-l’Oise) prend sa source dans ce monde intermédiaire, celui de la ruralité, mais à proximité immédiate d’une grande route par où transitent courriers, nouvelles… et bruits. Une altercation entraperçue, un conflit ancien, et la peut naît, avant de se répandre, grossie par toutes sortes d’interprétations infondées. De même, la peur de Champagne méridionale naît dans quelques bourgades proches de Romilly-s/Seine, étape de la grande route de Paris à Troyes.
À l’inverse, des régions entières sont épargnées par le phénomène, qui sont souvent des régions de frontière mais aussi, parfois, des régions particulièrement isolées (la Sologne, le haut Morvan, ou encore la plus grande partie de la Bretagne). La Peur, la simplification abusive, sont ainsi l'effet à la fois d’une information médiocre et d’une assimilation problématique. Le modèle pourrait-il, mutatis mutandis, être transposé en notre début du IIIe millénaire, lorsqu'une partie de la population est soumise à l'irruption des nouveaux médias, mais ne sait pas toujours la maîtriser? Revenons-en pour finir à Arthur Young:
Comme si les lignes politiques et les cercles littéraires d’une capitale constituaient un peuple, et non l’universelle diffusion des connaissances agissant, par une rapide communication, sur des esprits préparés, grâce à une habituelle activité du raisonnement, à les recevoir, à les combiner et à les comprendre… 
Qui a dit que la question de l'école était, toujours aujourd'hui, l'une des questions fondamentales posées au responsable politique?