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dimanche 26 mai 2019
samedi 2 décembre 2017
Conférence d'histoire du livre
École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre
Lundi 4 décembre 2017
16h-18h
L'invention de la bibliographie et les voyages littéraires
en France, XVe-XVIIIe siècle (1)
par
Monsieur Frédéric Barbier
directeur d'études
Depuis l’Antiquité, l’accumulation et la conservation des savoirs sont assurées par le recours à l’écrit, puis à l’imprimé (ce sont les «garde-mémoire» de Régis Debray). Ces artefacts, contre lesquels s’élevait Platon, fonctionnent comme des prothèses de la mémoire, mais ces prothèses ont aujourd'hui pris une telle importance qu’elles ont fondé de nouveaux domaines scientifiques (les sciences de l’information et de la communication). On estime que la masses de informations produites en un délai de deux ans équivaut au double de celles créées depuis les origines de l’humanité. La croissance exponentielle des «big data» donne une puissance insoupçonnée à ceux qui peuvent les maîtriser, mais elle suppose aussi que des instruments d’analyse adaptés soient mis en place.
Ces phénomènes qui changent ainsi de dimension, et de nature, ne sont pour autant pas nouveaux. Si des outils ont été progressivement élaborés pour collecter et pour exploiter les informations disponibles (le modèle fondateur est en Occident celui de la bibliothèque d’Alexandrie), ils ont dû s’adapter au changement d’échelle imposée par la révolution gutenbergienne au milieu du XVe siècle, tandis que le XVIIIe siècle les a introduits en tant que tels dans la taxonomie théorique (le tableau du savoir) et pratique (le classement des bibliothèques).
Un mot, encore, avant d’entrer in medias res: les processus que nous entreprenons de décrire se déploient selon une chronologie de long terme, ils font partie, comme l’histoire culturelle en général (l’histoire des mentalités) et l’histoire du livre en particulier, de ce que Pierre Chaunu désignait comme l’«histoire du troisième niveau». Dans le même temps, ils se déploient dans une perspective qui est celle de la «république des lettres», même si notre présentation privilégiera de fait le cadre du royaume de France.
Une bonne compréhension de ce qui se passe au XVIIIe siècle suppose donc de remonter suffisamment en amont, jusqu’au tournant du Moyen Âge à l’époque moderne. Parallèlement, la chronologie des phénomènes relevant de l’histoire des cultures et des mentalités –et de l’histoire du livre– est elle-même spécifique, en ce sens qu’ils mettent en jeu des enchaînement très complexes se déployant eux-mêmes sur plusieurs générations: de l’innovation de procédé à l’innovation de produit, à la lente appropriation des nouveaux contenus dans leurs nouveaux dispositifs, et aux changements que cette appropriation elle-même peut induire. Intégrer le changement prend beaucoup de temps: l’invention de la typographie en caractères mobiles date des années 1452-1455, quand ses conséquences ultimes peuvent être datés des années 1620-1630 – le temps, précisément, que Pierre Chaunu qualifiait de «miracle».
Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26). Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.
Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).
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XVIe siècle,
XVIIe siècle,
XVIIIe siècle
dimanche 24 septembre 2017
L'Institut d'histoire du livre de Lyon
Newsletter de l’Institut d'Histoire du Livre
Automne 2017
La seconde édition entièrement révisée et enrichie de Paper and Watermarks as Bibliographical Evidence de Neil Harris est désormais disponible sur le site web de l’Institut d’Histoire du Livre. Ce document constitue un guide bibliographique des textes et des images traitant de l’histoire et de la fabrication du papier principalement artisanal. Il a été initialement rédigé pour le livret pédagogique du cours éponyme dispensé dans le cadre de l’École de l’IHL en 2009, puis en 2010, avant d’être publié en ligne sur le site de l’IHL, sous forme d’une première édition.
Disponible en libre accès sur le site et en version téléchargeable (fichier PDF).
http://ihl.enssib.fr/en/paper-and-watermarks-as-bibliographical-evidence
2) Deux publications de la collection « Métamorphoses du Livre » en libre accès sur OpenEdition books.
Pour fêter les 30 ans de l'ENS de Lyon, ENS ÉDITIONS vous propose 30 livres numériques, dont deux issus de la collection « Métamorphoses du livre », à retrouver sur OpenEdition books.
Découvrez en libre accès (HTML):
• Éditer Rousseau. Enjeux d'un corpus (1750-2012), de Philip Stewart, et
• L’Écho de la fabrique: naissance de la presse ouvrière à Lyon, 1831-1834, de Ludovic Frobert.
http://www.ens-lyon.fr/agenda-30-ans/agenda-30-ans-345522.kjsp?RH=ENS-LYON-FR
Plus d’infos sur la collection de l’IHL :
http://catalogue-editions.ens-lyon.fr/collections/?collection_id=607
Nous vous souhaitons une très bonne lecture!
Contact: Sheza Moledina
ihl@enssib.fr
et (00 33) (0)4 78 62 18 15
mercredi 23 août 2017
Colloque d'histoire du livre
Tagung „Bibliotheksreisen“
Vorläufiges Programm
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| Eutiner Landesbibliothek |
Mittwoch, 27. September 2017
Anreise der TeilnehmerInnen
Donnerstag, 28. September 2017
09:30Eröffnung der Tagung
Grußworte: Landrat Reinhard Sager; Dr. Frank Baudach, Leiter der Eutiner Landesbibliothek
Einleitung: Prof. Dr. Axel E. Walter, Leiter der Forschungsstelle für historische Reisekultur
10:15 Eröffnungsvortrag Prof. Dr. Konrad Vössing (Universität Köln): "Bibliotheksreisen in der Antike"
11:00 Kaffeepause
11:30 Prof. Dr. Andris Levans (Universität Riga, Lettland): „Sequntur libri quondam archiepiscopi Rigensis. Zur Büchersammlung Friedrichs von Pernstein – Unterwegs zwischen Avignon und Riga im 14. Jahrhundert"
12:15 Prof. Dr. Hans-Walter Stork (Erzbischöfliche Akademische Bibliothek Paderborn): [über Nikolaus von Kues]
13:00 Mittagspause
14:30 Prof. Dr. Anthony Bale (Birkbeck, University of London, Vereinigtes Königreich): "The Pilgrim’s Library project: Books and Reading on the Medieval Route to and from Jerusalem and Rome"
15:15 Martin Schaller / Jan Rörden (Austrian Institute of Technology, Wien): "Fremdwahrnehmungen in Reiseberichten 1500-1875: Eine Projektskizze"
16:00 Kaffeepause
16:45 Dr. Thomas Stäcker (Herzog August Bibliothek, Wolfenbüttel): "Von größter Wichtigkeit muss es sein, uns den Bibliothekar geneigt zu machen. Hilfestellungen zu erfolgreichen Bibliotheksreisen in der Frühen Neuzeit"
18:00 Stehempfang
19:30 öffentlicher Abendvortrag (Kreisbibliothek Eutin)
Prof. Dr. Drs. h.c. em. Klaus Garber (Universität Osnabrück): "Reisen in die Schatzhäuser des Geistes. Eindrücke und Ergenisse aus drei Jahrzehnten Forschungsreisen in die Bibliotheken Mittel- und Osteuropas"
Freitag, 29. September 2017
09:30 Prof. Dr. István Monok (Universität Szeged, Ungarn): "Frühneuzeitliche Berichte ungarländischer Studenten über Besuche europäischer Bibliotheken"10:15 Prof. Dr. Włodomierz Zientara (Universität Toruń, Polen): "[Polnische Bibliotheksreisende in der Frühen Neuzeit]
11:00 Kaffeepause
11:30 Mag. Mariusz Brzeziński (Czartoryski Bibliothek Krakau, Polen): "Reisende polnische adlige Frauen im 18. Jahrhundert und ihre Kuriositätensammlungen"
12:15 Prof. Dr. Arvydas Pacevičius (Universität Vilnius, Litauen): "From curiosities to scholarly communication: Library travels and enlightenment. The case of Lithuania"
13:00 Mittagspause
14:30 Samuel Karp (Universität Hamburg): "Eine Apotheke des Geistes. Die Nürnberger Stadtbibliothek als interkonfessioneller Raum in einer jesuitischen Reisebeschreibung (1660)"
15:15 Prof. Dr. Attila Verók (Károly-Eszterházy-Universität Eger/Erlau, Ungarn): [über die Bibliotheksreisen des siebenbürgisch-sächsischen Universalgelehrten Martin Schmeizel (1679-1747)]
16:00 Kaffeepause
16:30 PD Mag. Dr. Thomas Wallnig (Universität Wien, Österreich): "Benediktinergelehrte auf Bibliotheksreise: Bernhard und Hieronymus Pez unterwegs in Österreich und Oberdeutschland, c. 1710-30"
17:15 Prof. Dr. Dr. h. c. Frédéric Barbier (Paris): "Die Bibliotheken in der „Literarischen Reise“ von den Mauristen (Voyage littéraire de deux religieux bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, Paris, 1717-1724, 3 Bde.)"
18:00 Bibliotheksführung
19:00 Gemeinsames Abendessen
Samstag, 30. September 2017
09:30 Dr. Winfried Siebers (Universität Osnabrück): "Die „Literarischen Reisen“ von Georg Wilhelm Zapf"10:15 Dr. Jost Eickmeyer (Freie Universität Berlin): "Professionelle Bücherjagd im 17. und 19. Jahrhundert. Bollandisten und MGH-Mitarbeiter als Bibliotheksreisende in Italien"
11:00 Kaffeepause
11:30 PD Dr. Andreas Keller (Universität Potsdam): "Reisebibliothek und Bibliotheksreise: Erudition und Mobilität im Zweiten Kaiserreich (1871-1914)"
12:15 Abschlussdiskussion
13:00 Ende der Tagung
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dimanche 25 septembre 2016
Bibliographie espagnole (1)
La revue (annuaire) Titivillus est publiée depuis 2015 par l’université de Saragosse, et elle s’impose comme titre de référence pour l’histoire du livre (manuscrit et imprimé), notamment en Espagne. La deuxième livraison est récemment parue: Titivillus. Revista internacional sobre libro antiguo, 2 (2016), Zaragoza, Prenses de la Universidad de Zaragoza. 232 p. ISSN: 2387-0915.
Les huit articles sont présentés dans l’ordre chronologique, du «Catalogue des colophons des manuscrits conservés en Espagne (1)» (Maria del Carmen Álvarez-Márquez) à la présentation du Prontuario general imprimé à Murcie dans les années 1770 (Amparo García Cuadrado). Les articles sont accompagnés de résumés en espagnol et en anglais.
Pour rappel, la première livraison de Titivillus a été publiée en 2015, et comptait 470 pages (cf sommaire en ligne).
Rappelons encore que Titivillus est le démon des copistes. Il est représenté lourdement chargé d’un sac plein des syllabes oubliées, des mots sautés, des versets dérobés, etc. Titivillus note la moindre erreur commise par le scribe, pour la comptabiliser en vue du Jugement dernier. La formule «Titivillus in culpa est» reprend la fausse excuse du scribe qui vient de se tromper («C’est la faute de Titivillus»)
Poursuivons avec deux catalogues d'expositions présentées à Madrid et intéressant tout particulièrement les historiens du livre:1) Preparando la Biblia Políglota Complutense. Los libros del saber,
Madrid, Universidad Complutense de Madrid, 2013.
255 p. ISBN: 978-84-96701-65.
Catalogue de la remarquable exposition présentée à et par la Biblioteca Complutense de Madrid à l’occasion du cinquième centenaire de la Bible Polyglotte.
2) La Fortuna de los libros, éd. Juan Antonio Yeves Andrés,
Madrid, Museo Lázaro Galdiano, 2015,
142 p. ISBN: 978-84-94-4471-05.
Catalogue de la très belle exposition présentée par la bibliothèque de la Fondation Lázaro Galdiano à Madrid en 2015: une trentaine de pièces à peine, mais toutes exceptionnelles, et chacune accompagnée d’une longue notice de présentation par les meilleurs spécialistes. Plusieurs de ces exemplaires sont disponibles en ligne sous forme numérisée (par ex. le numéro 2, manuscrit du De Proprietatibus rerum de Barthélemy l’Anglais, datant du début du XVe siècle: http://www.bibliotecalazarogaldiano.es/mss/i15554m.html).
Madrid, Museo Lázaro Galdiano, 2015,
142 p. ISBN: 978-84-94-4471-05.
Catalogue de la très belle exposition présentée par la bibliothèque de la Fondation Lázaro Galdiano à Madrid en 2015: une trentaine de pièces à peine, mais toutes exceptionnelles, et chacune accompagnée d’une longue notice de présentation par les meilleurs spécialistes. Plusieurs de ces exemplaires sont disponibles en ligne sous forme numérisée (par ex. le numéro 2, manuscrit du De Proprietatibus rerum de Barthélemy l’Anglais, datant du début du XVe siècle: http://www.bibliotecalazarogaldiano.es/mss/i15554m.html).
Los Paratextos y la edición en el libro medieval y moderno, éd. Helena Caravajal-González, Zaragoza, Prenses de la Universidad de Zaragoza, 2016,
143 p. ISBN: 978-84-16515-73-8.
Actes d’une journée d’études organisée à Madrid en 2015. Plusieurs contributions traitent de l’illustration des manuscrits, par ex. avec l’article consacré par Helena Carvajal-González à «L’image de l’auteur dans le De laudibus sanctae crucis de Raban Maur» (pour mémoire, la conférence d’Histoire et civilisation du livre de l’EPHE avait pu en 2010 suivre la présentation par Monsieur Jean Vezin de l’exemplaire de l’œuvre de Raban Maur conservé à Amiens).
Bibliotecas y clase social en la España de Carlos V (1516-1556),
éd. José María Díez Borque, Isabel Díez Ménguez,
Somonte-Cenero, Ediciones Trea, 2016,
134 p. («Biblioteconomía y administración cultural»). ISBN: 978-84-9704-947-4.
L’ouvrage exploite les résultats de l’enquête «De la bibliothèque particulière au canon littéraire à l’époque du Siècle d’or», tout particulièrement avec l’exploitation d’une série de 103 inventaires de bibliothèques anciennes. Les détails sont donnés en ligne sur le site de l'éditeur. Nous en profitons aussi pour rappeler ici la publication toute récente (2015) de Culturas del escrito en el mundo occidental, del Renacimiento a la contemporaneidad, éd. Antonio Castilli Gómez, Madrid, Casa de Velázquez, 2015(«Collection de la Casa de Velázquez», 147).
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vendredi 29 juillet 2016
Morhof et la polymathie
Notre dernier billet évoquait quels pouvaient être les cercles de solidarité au sein desquels s’était déroulée la vie d’un savant et bibliographe d’Allemagne du nord au XVIIe siècle, à savoir Daniel Georg Morhof. Venons-en aujourd’hui à son livre le plus connu, le Polyhistor, entrepris alors que Morhof enseigne l’art oratoire, la poésie et l’histoire (cette dernière discipline à compter de 1673) à l’université de Kiel, où il est par ailleurs en charge de la bibliothèque (1680).
La tradition des collèges et universités allemandes est en effet celle de placer la bibliothèque sous la responsabilité d’un enseignant, assisté par un certain nombre d’aides, éventuellement des étudiants. Les fonds les plus anciens de cette bibliothèque proviennent des collections confisquées depuis la deuxième moitié du XVIe siècle, mais l'institution elle-même n’a pas encore de budget, et les acquisitions à titre onéreux restent exceptionnelles jusque dans le dernier tiers du XVIIIe siècle. Le catalogue des acquisitions réalisées sous la gestion de Morhof et de son successeur est toujours conservé à Kiel (Index librorum Kiloniensis, qui Biblioth. Acad. accesserunt Bibliothecariis D. G. Morhofio et Christoph. Franckio).
Le Polyhistor, qui correspond à l’enseignement proposé par Morhof à Kiel, est considéré comme une des œuvres savantes majeures du baroque allemand. Le projet de l'auteur est celui de tracer un tableau du savoir global, dans une perspective à la fois généraliste, pratique et sécularisée: l’accumulation du savoir par la lecture et par la compilation débouche sur une histoire critique des savoirs et des savants.
Le Polyhistor se donne par conséquent comme une somme ordonnée des savoirs: mais ces savoirs aussi bien que cet ordre sont provisoires, destinés à être substitués dans le cadre d’un travail poursuivi dans le temps par la communauté des savants. À cet effet, l'ouvrage offre des méthodes, des instruments et des procédés permettant de se guider aussi bien dans la masse des connaissances, d’en opérer la critique et de les classer, que d’en tirer le meilleur profit pour aller plus loin. Il y a dans cet ouvrage un aspect éminemment pratique, et l’on peut penser que c’est ainsi qu’il a été largement utilisé (Françoise Waquet, p. 10 et suiv.: cf réf. infra).
On le comprend, un aspect très intéressant du travail de Morhof concerne sa conception selon laquelle le travail intellectuel et l’élaboration des savoirs sont rendus possibles par un certain nombre d’instruments spécifiques: les livres, certes, mais aussi les bibliothèques, la sociabilité savante, l’échange épistolaire ou encore la pratique des conversations érudites.
Le Polyhistor est divisé en livres, dont le premier se trouve précisément consacré aux choses du livre (Liber bibliothecarius): le chapitre I traite de l’objet même de Morhof, la «polymathie» (De Polymathia), autrement dit le projet d’acquérir un savoir encyclopédique; le chapitre II propose une théorie de l’«histoire littéraire» (Historia literaria), laquelle apporte au projet de polymathie sa dimension chronologique –bien entendu, il faut entendre «littéraire» dans son sens le plus large, et non pas dans le sens aujourd'hui le plus courant, celui qui fait référence à la «littérature».
Les chapitres III et IV nous intéressent encore plus, puisqu’ils traitent, pour le premier, de la bibliothèque (De re bibliothecaria), et pour le second, de la bibliothéconomie (De mediis erigendarum bibliothecarum, deque earum ornatu). Parmi d’autres auteurs, Gabriel Naudé s’y trouve tout particulièrement cité. Pour autant, nous n'avons pas identifié d'exemplaire ancien de l'Advis qui soit aujourd'hui conservé à Kiel.
Mais passons à l’histoire du livre: le Polyhistor a en effet une histoire éditoriale complexe. Morhof donne les deux premiers livres du tome I en 1688, le livre III est édité par Heinrich Mühle et sort en 1692, un an après la mort de l'auteur. La suite sera donnée à partir de notes prises par les auditeurs ayant assisté aux cours –ce qui n’est pas sans poser une nouvelle fois la question de l’auctorialité du texte. La première édition complète sort en 1708, suivie par l’édition de 1714 (dite seconde édition), et par deux autres en 1732 et 1747.
Johann Moller est responsable de l’édition de 1714: né en 1661 à Flensburg, où son père était pasteur, Moller est étudiant à Kiel et à Leipzig, avant de faire toute sa carrière à l'école latine (Lateinschule) de Flensburg, dont il sera recteur. Il avait épousé la fille du Bürgermeister de Flensburg, ville où il décède en 1725. Avec Morhof et Moller, nous sommes pleinement dans l’orbite des premières Lumières d’Allemagne du nord et de la Baltique, en même temps que devant un monument caractéristique du glissement de l’âge du baroque à celui de l’Aufklärung.
Morhof, Daniel Georg [et Johann Moller, éd.],
Danielis Georgi Morhofi Polyhistor literarius, philosophicus et practicus. Maximam partem opus posthumum, accuratè revisum, emendarum, ex autoris annotationibus αυτογραφοισ, & MSS aliis, suppletum passim atque auctum, in paragraphos distinctum, librorum capitumque summariis, hypomnematis quibusdam historico-criticis, duabusque praefationibus, sive diatribus isagogicis prolixioribus, T. I. atque II. Praefixis, quarum prior Morhofii vitam et scripta, partim edita, partim inedita atque affecta, Polyhist. Historiam, et eruditorum de illis judicia exhibet, illustratum à Johanne Mollero, Flensb. et sic integrum Orbi Literato exhibitum. Accendunt indices necessari,
editio secunda, priori multo correctior
[avec privilège impérial octroyé pour la première édition complète et daté de Vienne, 5 sept. 1707],
Lubecae [Lübeck], sumtibus Petri Böckmanni, anno MDCCXIV [1714],
3 t. en 2 vol., petit 4°.
Bibliographie : Mapping the World of Learning : The Polyhistor of Daniel Georg Morhof, éd. Françoise Waquet, Wiesbaden, Harrassowitz, 2000 («Wolfenbütteler Forschungen», 91).
La tradition des collèges et universités allemandes est en effet celle de placer la bibliothèque sous la responsabilité d’un enseignant, assisté par un certain nombre d’aides, éventuellement des étudiants. Les fonds les plus anciens de cette bibliothèque proviennent des collections confisquées depuis la deuxième moitié du XVIe siècle, mais l'institution elle-même n’a pas encore de budget, et les acquisitions à titre onéreux restent exceptionnelles jusque dans le dernier tiers du XVIIIe siècle. Le catalogue des acquisitions réalisées sous la gestion de Morhof et de son successeur est toujours conservé à Kiel (Index librorum Kiloniensis, qui Biblioth. Acad. accesserunt Bibliothecariis D. G. Morhofio et Christoph. Franckio).
Le Polyhistor, qui correspond à l’enseignement proposé par Morhof à Kiel, est considéré comme une des œuvres savantes majeures du baroque allemand. Le projet de l'auteur est celui de tracer un tableau du savoir global, dans une perspective à la fois généraliste, pratique et sécularisée: l’accumulation du savoir par la lecture et par la compilation débouche sur une histoire critique des savoirs et des savants.
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| © Collectio Quelleriana |
On le comprend, un aspect très intéressant du travail de Morhof concerne sa conception selon laquelle le travail intellectuel et l’élaboration des savoirs sont rendus possibles par un certain nombre d’instruments spécifiques: les livres, certes, mais aussi les bibliothèques, la sociabilité savante, l’échange épistolaire ou encore la pratique des conversations érudites.
Le Polyhistor est divisé en livres, dont le premier se trouve précisément consacré aux choses du livre (Liber bibliothecarius): le chapitre I traite de l’objet même de Morhof, la «polymathie» (De Polymathia), autrement dit le projet d’acquérir un savoir encyclopédique; le chapitre II propose une théorie de l’«histoire littéraire» (Historia literaria), laquelle apporte au projet de polymathie sa dimension chronologique –bien entendu, il faut entendre «littéraire» dans son sens le plus large, et non pas dans le sens aujourd'hui le plus courant, celui qui fait référence à la «littérature».
Les chapitres III et IV nous intéressent encore plus, puisqu’ils traitent, pour le premier, de la bibliothèque (De re bibliothecaria), et pour le second, de la bibliothéconomie (De mediis erigendarum bibliothecarum, deque earum ornatu). Parmi d’autres auteurs, Gabriel Naudé s’y trouve tout particulièrement cité. Pour autant, nous n'avons pas identifié d'exemplaire ancien de l'Advis qui soit aujourd'hui conservé à Kiel.
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| Portrait de l'auteur (taille-douce de Diederich Lemküs) (© Collectio Quelleriana) |
Johann Moller est responsable de l’édition de 1714: né en 1661 à Flensburg, où son père était pasteur, Moller est étudiant à Kiel et à Leipzig, avant de faire toute sa carrière à l'école latine (Lateinschule) de Flensburg, dont il sera recteur. Il avait épousé la fille du Bürgermeister de Flensburg, ville où il décède en 1725. Avec Morhof et Moller, nous sommes pleinement dans l’orbite des premières Lumières d’Allemagne du nord et de la Baltique, en même temps que devant un monument caractéristique du glissement de l’âge du baroque à celui de l’Aufklärung.
Morhof, Daniel Georg [et Johann Moller, éd.],
Danielis Georgi Morhofi Polyhistor literarius, philosophicus et practicus. Maximam partem opus posthumum, accuratè revisum, emendarum, ex autoris annotationibus αυτογραφοισ, & MSS aliis, suppletum passim atque auctum, in paragraphos distinctum, librorum capitumque summariis, hypomnematis quibusdam historico-criticis, duabusque praefationibus, sive diatribus isagogicis prolixioribus, T. I. atque II. Praefixis, quarum prior Morhofii vitam et scripta, partim edita, partim inedita atque affecta, Polyhist. Historiam, et eruditorum de illis judicia exhibet, illustratum à Johanne Mollero, Flensb. et sic integrum Orbi Literato exhibitum. Accendunt indices necessari,
editio secunda, priori multo correctior
[avec privilège impérial octroyé pour la première édition complète et daté de Vienne, 5 sept. 1707],
Lubecae [Lübeck], sumtibus Petri Böckmanni, anno MDCCXIV [1714],
3 t. en 2 vol., petit 4°.
Bibliographie : Mapping the World of Learning : The Polyhistor of Daniel Georg Morhof, éd. Françoise Waquet, Wiesbaden, Harrassowitz, 2000 («Wolfenbütteler Forschungen», 91).
mardi 12 avril 2016
Libraires et savants à l'âge de Gutenberg
C’est un lieu commun, et correspondant à une vérité, que d’expliquer qu’un texte publié au XVe siècle n’est pas nécessairement muni d’une «étiquette» destinée à indiquer le nom de l’auteur, ni même le titre. Le statut des catégories très générales que sont les catégories de texte, d’auteur, voire éventuellement d’éditeur scientifique, mais aussi de «producteur» (l’atelier typographique ou le libraire ayant commandé le travail) se trouve pourtant très profondément modifié dans le sens de la modernisation à l’époque de la «première révolution du livre». Avec les premières annonces et les premiers catalogues de libraires (Buchhändleranzeige), la nécessité s’impose de produire un ensemble de métadonnées qui permettront d’identifier le texte éventuellement disponible à la vente. Ces métadonnées font assez vite l’objet d’une normalisation, jusqu’à prendre la forme canonique que nous connaissons toujours, et qui associe Auteur, Titre et Adresse géographique et chronologique.
Le processus, s’il est effectivement engagé, n’est nullement généralisé, et il se trouve bien des éditions qui, encore à la fin du XVe siècle, voire plus tard, ne précisent pas le nom de l’auteur éventuel. Rappelons, à titre d’exemple, que les célébrissimes Chroniques de Nuremberg de 1493, qui présentent une mise en livre remarquablement moderne (avec titre courant, foliotation imprimée, index des sujets, etc), n’ont pourtant pas de page de titre, et que le nom de l’auteur, Hartmann Schedel, ne s’y trouve indiqué qu’une fois, au hasard du texte. Un exemplaire de l’édition conservé à la Bibliothèque municipale de Bourges témoigne pourtant de ce que, au début du XVIe siècle, il semble naturel de connaître le nom de l’auteur. Lorsque Schedel, s’exprimant à la première personne, en vient, dans son texte, à préciser dans quelles conditions il a fait ses études en Italie, le lecteur anonyme a souligné le passage, et porté en marge la note manuscrite: Autor hujus libri.
Notre théorie est celle du glissement d’une pratique d’identification, de la branche économique d’activités (l’imprimerie et la librairie, voire les bibliothèques) au champ plus large des pratiques culturelles et savantes du temps. De fait, le mouvement enclenché va se généraliser peu à peu, et les métadonnées bientôt sortir de la sphère du marché pour pénétrer le monde des savants et des bibliographes: l’édition du De scriptoribus ecclesiasticis de Johann Tritheim (1494) constituerait à cet égard le premier répertoire bibliographique faisant l’objet d’une publication.
Le De scriptoribus ecclesasticis consiste en une succession de fiches biobibliographiques autant que possible normalisées. Comme les notices sont présentées dans l’ordre chronologique des auteurs des œuvres, l’ouvrage s’ouvre par un index alphabétique des noms (plus exactement, des prénoms) des auteurs, avec renvois à la foliotation imprimée. Tritheim, qui insère sa propre notice en fin de série, qualifie d’ailleurs l’ensemble de «catalogue» (f. 139v°). Dans la lettre liminaire, Johann Heynlin loue particulièrement les attributions faites par Tritheim tout en signalant que certaines des erreurs corrigées par lui peuvent aussi venir, s’agissant de livres imprimés, de l’«ignorance des libraires» (liberariorum ignorantia). Heynlin est tout particulièrement sensible à tout ce qui touche l’imprimerie, dont on se rappelle qu’il a contribué, avec Guillaume Fichet, à l’introduire à Paris. Il fait d’ailleurs une deuxième allusion à l’imprimerie à la fin de sa lettre.
Tritheim est un savant d’expérience, qui met en œuvre une critique de ses sources: il ne signale que les œuvres dont il a eu une connaissance à peu près assurée tandis que, pour d’autres, il précise que l’on n’en a que peu, voire très peu d’exemplaires, ou bien qu’il ne les a pas eues en mains (par ex. f. 121v°, notice de Nicolaus Perrotus: Ad manus nostras non venerunt). Pourtant, il ne dit rien des éditions imprimées éventuelles, à de très rares exceptions près, alors que l’imprimerie ouvre bien évidemment la possibilité d’une diffusion très élargie d’œuvres jusque-là difficiles à se procurer. Parmi ces mentions, on notera par ex. celle donnée au titre du Manipulus curatorum de Guy de Montrocher (f. 84v°), l’un des best sellers de l’édition au XVe siècle, et dont Tritheim indique, sans plus de précisions, qu’il en existe nombre d’exemplaires imprimés.
L’année suivante, il enrichira considérablement la notice par lui consacrée à Hartmann Schedel dans son Catalogue des hommes illustres d’Allemagne (Catalogus illustrium virorum Germaniam exornantium), en précisant cette fois que la publication des Chroniques e été financée par deux «citoyens nurembergeois», Sebald Schreyer et Sebastian Kamermeyster.
La source du travail de Tritheim, c’est d'abord une correspondance certainement considérable (par ex. avec Wimpheling, dont il mentionne les lettres reçues de lui au f. 135r°), ce sont les rencontres et les échanges savants, ce sont les envois de livres, mais ce sont aussi les bibliothèques où Tritheim a pu travailler, à commencer par celle de son propre monastère, Sponheim. On appréciera en conséquence la mention portée par lui à la notice consacrée à Bessarion (f. 118v°):
Fundavit etiam Venetiis insignem bibliothecam multis libris tam graecis quam latinis ornatissimam ; cui praefectus est non parvo stipendio Marcus Antonius Sabellicus, vir doctissilus de quo postea dicimus.
Sous la sobriété de la formulation, on devine tout l’intérêt qui aurait été le sien s’il avait pu dépouiller les exemplaires légués par le cardinal à la Sérénissime…
Le processus, s’il est effectivement engagé, n’est nullement généralisé, et il se trouve bien des éditions qui, encore à la fin du XVe siècle, voire plus tard, ne précisent pas le nom de l’auteur éventuel. Rappelons, à titre d’exemple, que les célébrissimes Chroniques de Nuremberg de 1493, qui présentent une mise en livre remarquablement moderne (avec titre courant, foliotation imprimée, index des sujets, etc), n’ont pourtant pas de page de titre, et que le nom de l’auteur, Hartmann Schedel, ne s’y trouve indiqué qu’une fois, au hasard du texte. Un exemplaire de l’édition conservé à la Bibliothèque municipale de Bourges témoigne pourtant de ce que, au début du XVIe siècle, il semble naturel de connaître le nom de l’auteur. Lorsque Schedel, s’exprimant à la première personne, en vient, dans son texte, à préciser dans quelles conditions il a fait ses études en Italie, le lecteur anonyme a souligné le passage, et porté en marge la note manuscrite: Autor hujus libri.
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| Épitaphe de Hartmann Schedel, Musée germanique de Nuremberg |
Le De scriptoribus ecclesasticis consiste en une succession de fiches biobibliographiques autant que possible normalisées. Comme les notices sont présentées dans l’ordre chronologique des auteurs des œuvres, l’ouvrage s’ouvre par un index alphabétique des noms (plus exactement, des prénoms) des auteurs, avec renvois à la foliotation imprimée. Tritheim, qui insère sa propre notice en fin de série, qualifie d’ailleurs l’ensemble de «catalogue» (f. 139v°). Dans la lettre liminaire, Johann Heynlin loue particulièrement les attributions faites par Tritheim tout en signalant que certaines des erreurs corrigées par lui peuvent aussi venir, s’agissant de livres imprimés, de l’«ignorance des libraires» (liberariorum ignorantia). Heynlin est tout particulièrement sensible à tout ce qui touche l’imprimerie, dont on se rappelle qu’il a contribué, avec Guillaume Fichet, à l’introduire à Paris. Il fait d’ailleurs une deuxième allusion à l’imprimerie à la fin de sa lettre.
Tritheim est un savant d’expérience, qui met en œuvre une critique de ses sources: il ne signale que les œuvres dont il a eu une connaissance à peu près assurée tandis que, pour d’autres, il précise que l’on n’en a que peu, voire très peu d’exemplaires, ou bien qu’il ne les a pas eues en mains (par ex. f. 121v°, notice de Nicolaus Perrotus: Ad manus nostras non venerunt). Pourtant, il ne dit rien des éditions imprimées éventuelles, à de très rares exceptions près, alors que l’imprimerie ouvre bien évidemment la possibilité d’une diffusion très élargie d’œuvres jusque-là difficiles à se procurer. Parmi ces mentions, on notera par ex. celle donnée au titre du Manipulus curatorum de Guy de Montrocher (f. 84v°), l’un des best sellers de l’édition au XVe siècle, et dont Tritheim indique, sans plus de précisions, qu’il en existe nombre d’exemplaires imprimés.
L’année suivante, il enrichira considérablement la notice par lui consacrée à Hartmann Schedel dans son Catalogue des hommes illustres d’Allemagne (Catalogus illustrium virorum Germaniam exornantium), en précisant cette fois que la publication des Chroniques e été financée par deux «citoyens nurembergeois», Sebald Schreyer et Sebastian Kamermeyster.
La source du travail de Tritheim, c’est d'abord une correspondance certainement considérable (par ex. avec Wimpheling, dont il mentionne les lettres reçues de lui au f. 135r°), ce sont les rencontres et les échanges savants, ce sont les envois de livres, mais ce sont aussi les bibliothèques où Tritheim a pu travailler, à commencer par celle de son propre monastère, Sponheim. On appréciera en conséquence la mention portée par lui à la notice consacrée à Bessarion (f. 118v°):
Fundavit etiam Venetiis insignem bibliothecam multis libris tam graecis quam latinis ornatissimam ; cui praefectus est non parvo stipendio Marcus Antonius Sabellicus, vir doctissilus de quo postea dicimus.
Sous la sobriété de la formulation, on devine tout l’intérêt qui aurait été le sien s’il avait pu dépouiller les exemplaires légués par le cardinal à la Sérénissime…
Libellés :
auteur,
bibliographie,
invention de l'imprimerie,
Sociabilité savante,
XVe siècle
jeudi 28 janvier 2016
Conférence d'histoire du livre
École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre
Lundi 1er février 2016
16h-18h
Les principales ressources numériques mobilisables
pour l'histoire du livre aux XVe et XVIe siècles
pour l'histoire du livre aux XVe et XVIe siècles
par
Monsieur István Monok,
professeur d'histoire du livre à l'Université de Szeged,
directeur général des Bibliothèques et des Archives
de l'Académie des sciences de Hongrie
Monsieur István Monok,
professeur d'histoire du livre à l'Université de Szeged,
directeur général des Bibliothèques et des Archives
de l'Académie des sciences de Hongrie
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| (© SHMC) |
Accès les plus proches (250 m à pied)
Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare.
Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare.
Bus
89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare
Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès
un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque
François Mitterrand. RER ligne C, station Bibliothèque François
Mitterrand. Bus: 62 et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand Avenue
de France) et 64.
Calendrier des conférences
(attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles
modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas,
comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier
quand vous la consultez).
Libellés :
bibliographie,
Conférence EPHE,
information,
XVe siècle,
XVIe siècle
jeudi 7 janvier 2016
Vient de paraître
Vient de paraître
Histoire et civilisation du livre. Revue internationale, Genève, Librairie Droz.
Tome XI, 2015. 368 p., ill.
(ISSN: 1661-4577. ISBN : 978-2-600-01897-5)
Sommaire
Strasbourg, le livre et l’Europe, XVe-XXIe siècle
(ISSN: 1661-4577. ISBN : 978-2-600-01897-5)
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| Jean-Daniel Schoepflin |
Strasbourg, le livre et l’Europe, XVe-XXIe siècle
- Avertissement, par Frédéric Barbier
- L’imprimerie et le commerce du livre à Strasbourg de Johann Mentelin au XVIe siècle: quelques-unes de leurs caractéristiques, suivies de considérations sur l’utilité des Digital Humanities pour les recherches sur le livre, par Ursula Rautenberg
- Francesco Negri à Strasbourg et sa traduction du Turcicarum rerum commentarius de Paolo Giovio (1537), par Edoardo Barbieri
- La Hongrie et l'édition alsacienne, 1482-1621. Conjoncture éditoriale et évolution des représentations d'un pays, par István Monok
- Une nouvelle Nef des folz à Strasbourg? Réflexions autour de la version strasbourgeoise du Narrenschiff de 1494/1495, par Jonas Kurscheidt
- Un dispositif matériel et visuel constitutif de la construction du savoir naturaliste au XVIIIe siècle: la collection de livres de Jean Hermann, par Dorothée Rusque
- Strasbourg et l’exportation des livres vers l’Est de l’Europe au XVIIIe siècle, par Claire Madl
- Enseigner l’allemand par les livres: Strasbourg et la librairie pédagogique au XVIIIe siècle, par Emmanuelle Chapron
- Les Œuvres de Valentin Jamerey-Duval: une édition strasbourgeoise à la croisée des cultures, par Hans-Jürgen Lüsebrink
- Les Œuvres de Valentin Jamerey-Duval: une édition strasbourgeoise à la croisée des cultures, par Hans-Jürgen Lüsebrink
- Un libraire fournisseur de grandes bibliothèques européennes: Treuttel et Würtz, par Annika Hass
- Gloire à Gutenberg. Fêtes et commémorations à Strasbourg et en Europe pour célébrer l’invention de l'imprimerie jusqu’en 1840, par Andrea De Pasquale
- Arthur de Gobineau et l’Interrègne brésilien (mars 1869 – mai 1870), par Marisa Midori Deaecto
- Paul Hartmann: histoire intellectuelle d’un itinéraire éditorial, par Agnès Callu
- Le réseau des bibliothèques Eucor: avènement, développement, prolongements, par Yves Lehmann
[NB: la publication de ce dossier correspond à une partie des Actes du colloque tenu à Strasbourg du 13 au 15 septembre 2014. D'autres communications, et l'Index général, seront publiés dans la livraison 2016 de cette revue. Nous nous permettons de rappeler au passage la parution récente d'une histoire des bibliothèques de Strasbourg]
[NB: la publication de ce dossier correspond à une partie des Actes du colloque tenu à Strasbourg du 13 au 15 septembre 2014. D'autres communications, et l'Index général, seront publiés dans la livraison 2016 de cette revue. Nous nous permettons de rappeler au passage la parution récente d'une histoire des bibliothèques de Strasbourg]
- Les Mémoires de l’estat de la France sous Charles IX (1576-1579) de Simon Goulart: bilan bibliographique, par Jean-François Gilmont
- Les premières éditions imprimées de l’Institution du Prince de Guillaume Budé: une histoire à réécrire, par Christine Bénévent et Malcolm Walsby
- Ni Gessner ni Possevino: Hugo Blotius et la réorganisation de la Bibliothèque impériale de Vienne à la fin du XVIe siècle, par Paola Molino
- L’empire d’Esculape, ou le projet de Catalogue des sciences médicales de la Bibliothèque nationale (1843-1889), par Jérôme Van Wijland
Comptes rendus de: 1914. La mort des poètes (Jean-Marie Mouthon), Album amicorum (…). Die Stammbücher der Akademischen Bibliothek der Universität Lettlands (István Monok), Gérer une maison d’édition (Max Engammare), The history of the book in 100 books (István Monok), Books without borders in Enlightenment Europe (Sabine Juratic), Kommentierte Bibliographie zum Buch-und Bibliotekswesen in Schlesien bis 1800 (István Monok), Ave Tyrnavia! (István Monok), Le Livre à la Renaissance (Jaroslava Kasparová), Turzovské kniznice (István Monok), I Giunta di Madrid (Livia Castelli).
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Nouvelle publication,
Strasbourg,
Transferts,
XVe siècle,
XVIe siècle,
XVIIIe siècle
dimanche 27 septembre 2015
Du nouveau en Romandie
La bibliographie rétrospective et les travaux d’histoire du livre sur Genève, et plus largement sur la Suisse romande, sont désormais très avancés: on connaît les répertoires d’incunables, etc., et on se rappelle que nous avions ici même signalé la sortie d’un précieux recueil consacré à Fribourg et à son canton –il est vrai à la limite de la «Romandie». La journée d’études qui s’est tenue à Genève (Bibliothèque de Genève) sur la problématique des «Catalogues de bibliothèque» s’est conclue par une conférence de notre collègue et ami Jean-François Gilmont, à propos de la toute récente publication de son catalogue des impressions de Genève, Lausanne et Neuchâtel aux XVe et XVIe siècles:
Jean-François Gilmont,
GLN 15-16. Les éditions imprimées à Genève, Lausanne et Neuchâtel aux XVe et XVIe siècles, préf. Alexandre Vanautgaerden, Genève, Droz, 2015, X-544 p. («Travaux d’humanisme et Renaissance», 552).
L’essentiel de l’ouvrage est constitué par le corpus des 3684 notices décrivant les titres publiés en «Romandie» de 1478 à 1600 (p. 3-464): la série en est classée par ordre chronologique (avec un sous-classement alphabétique par auteurs / titres), et s’ouvre avec les premiers imprimés de Adam Steinschaber, dont la Mélusine de Jean d’Arras, à Genève en 1478. Lausanne voit l’imprimerie arriver en 1493, et Neuchâtel seulement en 1533. Les notices suivent le modèle des STC, mais elles précisent systématiquement collation et signatures, ainsi le cas échéant que la localisation de l’exemplaire conservé, ou bien le renvoi à la base GLN abritée par la Bibliothèque de Genève.
À la trop rapide lecture des titres publiés, on ne peut qu’être frappé par le rôle, certes déjà connu, d’un Steinschaber, immigré venu d’Allemagne, mais qui va se faire une spécialité de la publication des premiers «romans» imprimés en français: dès les origines, l’imprimerie genevoise innove d’autant plus nécessairement, qu’elle se heurte, dans le monde francophone, à la puissance des ateliers de Paris et de Lyon, lesquels tiennent le marché le plus traditionnel.
Plus tard, le poids de l’édition catholique reste remarquable à Genève, où l’on imprime des missels, bréviaires, livres d’heures et autres lettres d’indulgences jusqu’à la veille de la Réforme. De fait, Berne et Bâle sont déjà passés à la Réforme, avant que Genève ne constate la vacance de fait du siège épiscopal, en 1534, que la messe n’y soit suspendue (1535) et que la Ville n’adopte, en définitive, le protestantisme (1536). Les difficultés d’organisation de la nouvelle Église sont pourtant grandes, qui pousseront Guillaume Farel à Neuchâtel, et Calvin un temps à Strasbourg. La situation change en profondeur dans les décennies 1540 et 1550, avec le retour de Calvin et l’installation des premiers réfugiés français à Genève (dont les membres de la famille des Estienne).
La série des 3684 notices est suivie d’une postface très originale (p. 465-506): il s’agit en effet d’une manière de recueil de souvenirs réunis par un chercheur impénitent relatant ses expériences multiples dans nombre de bibliothèques européennes et nord-américaines. Des moments stratégiques sont évoqués, qui concernent aussi bien la «sociologie des bibliothécaires» que la pratique mouvante du travail dans les différentes institutions («Arriver en salle de lecture», «Obtenir un livre», «Les bibliothécaires», etc.). L’auteur a raison de souligner que, dans le domaine de l’histoire du livre et des bibliothèques, le point de vue de l’utilisateur, en l’occurrence du lecteur, reste le plus mal documenté: gageons que ces quelques dizaines de pages accéderont à terme au statut de classique, pour tous les historiens soucieux de s’informer sur les pratiques «réelles» de la recherche bibliographique dans une période elle-même cruciale s’agissant de la transformation des bibliothèques face aux nouveaux médias.
Le volume se referme par un index des auteurs (en réalité, index des auteurs-titres), et par un index des imprimeurs.
Ainsi se trouve atteint l’apogée d’une vie exemplaire de chercheur, inaugurée par les travaux sur Jean Crespin, et qui a toujours fait plus de place aux problèmes de la bibliographie et de la bibliographie matérielle.
Que dire encore? Il est trop rare, de voir une base de données informatisées aboutir à une publication imprimée, comme c'est ici le cas. Mais, si nous avions un seul regret, ou une attente, à propos d’un ouvrage qui sera lui aussi un usuel, c’est sur le fait que l’auteur n’ait pas proposé une exploitation scientifique de son fichier. Nul doute que la base de données informatisées sur laquelle le livre se fonde, ne permette non seulement de tracer des courbes de la production par ville en nombre de titres, mais aussi d’esquisser une typologie diachronique des titres publiés, selon leurs contenus et selon leur forme matérielle. Un sujet pour une prochaine publication de Jean-François Gilmont?
Parmi un certain nombre d’autres titres disponibles sur le sujet : Les Livres imprimés à Genève de 1550 à 1600 [Paul Chaix, Alain Dufour, Gustave Moeckli], nelle éd., Genève, Droz, 1966 («THR», 86). Jean-François Gilmont, Jean Crespin. Un éditeur réformé du XVIe siècle, Genève, Droz, 1981 («THR», 186) (suivi de la Bibliographie des éditions de Jean Crespin). Jean-François Gilmont, Jean Calvin et le livre imprimé, Genève, Droz, 1997 («Cahiers d’humanisme et Renaissance», 50). Id., Le Livre & ses secrets, préf. Francis Higman, Monique Mund-Dopchie, Genève, Droz ; Louvain-la-Neuve, UCL, 2003 («CHR», 65).
Jean-François Gilmont,
GLN 15-16. Les éditions imprimées à Genève, Lausanne et Neuchâtel aux XVe et XVIe siècles, préf. Alexandre Vanautgaerden, Genève, Droz, 2015, X-544 p. («Travaux d’humanisme et Renaissance», 552).
L’essentiel de l’ouvrage est constitué par le corpus des 3684 notices décrivant les titres publiés en «Romandie» de 1478 à 1600 (p. 3-464): la série en est classée par ordre chronologique (avec un sous-classement alphabétique par auteurs / titres), et s’ouvre avec les premiers imprimés de Adam Steinschaber, dont la Mélusine de Jean d’Arras, à Genève en 1478. Lausanne voit l’imprimerie arriver en 1493, et Neuchâtel seulement en 1533. Les notices suivent le modèle des STC, mais elles précisent systématiquement collation et signatures, ainsi le cas échéant que la localisation de l’exemplaire conservé, ou bien le renvoi à la base GLN abritée par la Bibliothèque de Genève.
À la trop rapide lecture des titres publiés, on ne peut qu’être frappé par le rôle, certes déjà connu, d’un Steinschaber, immigré venu d’Allemagne, mais qui va se faire une spécialité de la publication des premiers «romans» imprimés en français: dès les origines, l’imprimerie genevoise innove d’autant plus nécessairement, qu’elle se heurte, dans le monde francophone, à la puissance des ateliers de Paris et de Lyon, lesquels tiennent le marché le plus traditionnel.
Plus tard, le poids de l’édition catholique reste remarquable à Genève, où l’on imprime des missels, bréviaires, livres d’heures et autres lettres d’indulgences jusqu’à la veille de la Réforme. De fait, Berne et Bâle sont déjà passés à la Réforme, avant que Genève ne constate la vacance de fait du siège épiscopal, en 1534, que la messe n’y soit suspendue (1535) et que la Ville n’adopte, en définitive, le protestantisme (1536). Les difficultés d’organisation de la nouvelle Église sont pourtant grandes, qui pousseront Guillaume Farel à Neuchâtel, et Calvin un temps à Strasbourg. La situation change en profondeur dans les décennies 1540 et 1550, avec le retour de Calvin et l’installation des premiers réfugiés français à Genève (dont les membres de la famille des Estienne).
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| Monument commémoratif à Guillaume Farel, Neuchâtel |
Le volume se referme par un index des auteurs (en réalité, index des auteurs-titres), et par un index des imprimeurs.
Ainsi se trouve atteint l’apogée d’une vie exemplaire de chercheur, inaugurée par les travaux sur Jean Crespin, et qui a toujours fait plus de place aux problèmes de la bibliographie et de la bibliographie matérielle.
Que dire encore? Il est trop rare, de voir une base de données informatisées aboutir à une publication imprimée, comme c'est ici le cas. Mais, si nous avions un seul regret, ou une attente, à propos d’un ouvrage qui sera lui aussi un usuel, c’est sur le fait que l’auteur n’ait pas proposé une exploitation scientifique de son fichier. Nul doute que la base de données informatisées sur laquelle le livre se fonde, ne permette non seulement de tracer des courbes de la production par ville en nombre de titres, mais aussi d’esquisser une typologie diachronique des titres publiés, selon leurs contenus et selon leur forme matérielle. Un sujet pour une prochaine publication de Jean-François Gilmont?
Parmi un certain nombre d’autres titres disponibles sur le sujet : Les Livres imprimés à Genève de 1550 à 1600 [Paul Chaix, Alain Dufour, Gustave Moeckli], nelle éd., Genève, Droz, 1966 («THR», 86). Jean-François Gilmont, Jean Crespin. Un éditeur réformé du XVIe siècle, Genève, Droz, 1981 («THR», 186) (suivi de la Bibliographie des éditions de Jean Crespin). Jean-François Gilmont, Jean Calvin et le livre imprimé, Genève, Droz, 1997 («Cahiers d’humanisme et Renaissance», 50). Id., Le Livre & ses secrets, préf. Francis Higman, Monique Mund-Dopchie, Genève, Droz ; Louvain-la-Neuve, UCL, 2003 («CHR», 65).
samedi 30 mai 2015
Encore la mise en texte
Les développements de la civilisation écrite au cours des âges se sont accompagnés de la mise en place progressive de toutes sortes de dispositifs permettant de repérer, de décrire, de manipuler et de communiquer les contenus textuels. L’historien du livre est familier d’un certain nombre d’entre eux, surtout s’ils concernent les livres en cahiers, alias les codex.
1- Les uns, que nous appellerons les dispositifs internes, se sont trouvés intégrés au document lui-même.
1.1 Voici, d'abord, le plus évident: les tables, sommaires et autres index, la désignation bibliographique sous la forme d’une page de titre normalisée, la foliotation ou la pagination (et leur utilisation...), les titres courants, etc. Leur premier objectif est de l’ordre de l’identification et du repérage: identifier le texte comme étant celui que l’on veut consulter, le cas échéant «se faire une idée» de sa structure et y repérer tel ou tel fragment, qu’il s’agisse de poursuivre sa lecture, ou au contraire de consulter un passage que l’on suppose pertinent.
1.2 Les choix de mise en page contribuent surtout à la «clarification» du texte, avec des éléments comme la mise en paragraphes, l’emploi des blancs, le saut de page, le chapitrage, etc. Nous laissons ici de côté tout ce qui relève de la typographie proprement dite, mais il est bien évident que l’utilisation d’une certaine fonte incorpore aussi des éléments d’information sur telle ou telle composante du texte: la hiérarchie des titres et des sous-titres (en capitales, petites capitales, etc.), la présence d’une citation (en plus petit corps), l’intégration de références bibliographiques (avec un titre qui sera cité en italiques), etc. (Cf cliché ci-contre: rubrication, lettre ornée manuscrite, et corps du texte imprimé).
1.3 Un dernier ensemble de dispositifs internes, moins généralisé, se rencontre aussi, qui vise à l’enrichissement du texte.
1.3.1 Ce sont d’abord les éléments proprement textuels du paratexte (en premier lieu les pièces liminaires, préface, etc.), les commentaires éventuels (dans la logique de la glose médiévale) et, surtout, les notes, elles-mêmes parfois structurées en différents niveaux (ce que montrerait de manière paradigmatique un ouvrage comme l’Histoire de l’imprimerie de Prosper Marchand, en 1740).
1.3.2 Les illustrations interviennent le cas échéant ici, et leur articulation avec le texte est particulièrement complexe: une illustration scientifique (comme celle de la Zoologie de Gesner) vise à reproduire ce qui se trouve décrit dans le texte, quand une illustration d’évocation entretient avec celui-ci des rapports d’une grande variété. Dürer fait ainsi de l’Apocalypse une lecture que l’on pourra dire littérale (1498), quand certaines planches du Voyage pittoresque de la Grèce, de Choiseul, visent plutôt à une forme d’enrichissement, en évoquant un paysage, ou l’ambiance quotidienne du voyage. Il convient aussi de prendre en considération les éléments textuels accompagnant éventuellement l’illustration, à commencer par son titre.
2- Venons en maintenant aux dispositifs externes, c’est-à-dire extérieurs à l’ouvrage proprement dit dont il s’agit. Nous retrouvons la même typologie que nous venons d’évoquer.
2.1 La fonction principale d’un premier ensemble d'éléments est en effet de l’ordre du repérage: ce sont les répertoires, bibliographies et autres catalogues, dont le contenu, la forme matérielle et la structure intellectuelle se déploient selon une typologie très variée –celle dont l’exposition De l’argile au nuage avait entrepris l’exploration, y compris s’agissant de la matérialité des supports (registres, fichiers, livres imprimés, etc., jusqu'aux catalogues informatisés). À ce niveau, la question se pose toujours, de savoir à quoi il s’agit de renvoyer: soit les contenus en tant que contenus (comme pour une bibliographie: mais il se posera la question des recueils et des périodiques), soit les exemplaires donnant les contenus à lire, et supposant par suite des techniques spécifiques de repérage, qu’il s’agisse de la cote ou des indications portées sur l’exemplaire lui-même (auteur et titre, étiquettes éventuelles, etc.).
2.2 Nous ne mentionnerons que pour mémoire le second groupe d’éléments externes, dont l’analyse relève plus des problématique d’histoire (sociale) du livre ou d’histoire proprement littéraire: ce sont les comptes rendus et autres recensions, les commentaires, éventuellement la publicité, voire les éléments intertextuels, autrement dit relatifs au surgissement d’un certain texte dans un autre texte, que ce soit de manière explicite ou implicite.
Il est bien évident que nous ne traçons ici que les plus grandes lignes d’une typologie qui reste à étudier plus précisément. Il est bien évident aussi que la problématique des outils permettant de manipuler l’information est plus que jamais aujourd’hui d’actualité, à l’heure des nouveaux médias et de la virtualisation: les choix qui se font, et qui privilégient tel ou tel pratique ou dispositif par rapport à tel autre, engagent aussi les modes de penser, voire engagent la construction même et l'élaboration des connaissances.
Terminons en disant que, ici peut-être plus qu’ailleurs, se fait sentir le besoin d’une chronologie précise et relativement détaillée de l’apparition et de l’essor des différents éléments que nous avons évoqués. Ajoutons encore un mot, en clin d’œil: à titre de démonstration et de «travaux pratiques», nous avons donné au présent billet une forme que nous n’apprécions jamais dans un texte imprimé, mais qui a le mérite de mettre en évidence –un peu trop– la hiérarchisation du discours. On constate au passage comment le texte discursif, s'il suit un certain cadre matériel, pourrait directement refléter la construction d'un tableau.
1- Les uns, que nous appellerons les dispositifs internes, se sont trouvés intégrés au document lui-même.
1.1 Voici, d'abord, le plus évident: les tables, sommaires et autres index, la désignation bibliographique sous la forme d’une page de titre normalisée, la foliotation ou la pagination (et leur utilisation...), les titres courants, etc. Leur premier objectif est de l’ordre de l’identification et du repérage: identifier le texte comme étant celui que l’on veut consulter, le cas échéant «se faire une idée» de sa structure et y repérer tel ou tel fragment, qu’il s’agisse de poursuivre sa lecture, ou au contraire de consulter un passage que l’on suppose pertinent.
1.2 Les choix de mise en page contribuent surtout à la «clarification» du texte, avec des éléments comme la mise en paragraphes, l’emploi des blancs, le saut de page, le chapitrage, etc. Nous laissons ici de côté tout ce qui relève de la typographie proprement dite, mais il est bien évident que l’utilisation d’une certaine fonte incorpore aussi des éléments d’information sur telle ou telle composante du texte: la hiérarchie des titres et des sous-titres (en capitales, petites capitales, etc.), la présence d’une citation (en plus petit corps), l’intégration de références bibliographiques (avec un titre qui sera cité en italiques), etc. (Cf cliché ci-contre: rubrication, lettre ornée manuscrite, et corps du texte imprimé). 1.3 Un dernier ensemble de dispositifs internes, moins généralisé, se rencontre aussi, qui vise à l’enrichissement du texte.
1.3.1 Ce sont d’abord les éléments proprement textuels du paratexte (en premier lieu les pièces liminaires, préface, etc.), les commentaires éventuels (dans la logique de la glose médiévale) et, surtout, les notes, elles-mêmes parfois structurées en différents niveaux (ce que montrerait de manière paradigmatique un ouvrage comme l’Histoire de l’imprimerie de Prosper Marchand, en 1740).
1.3.2 Les illustrations interviennent le cas échéant ici, et leur articulation avec le texte est particulièrement complexe: une illustration scientifique (comme celle de la Zoologie de Gesner) vise à reproduire ce qui se trouve décrit dans le texte, quand une illustration d’évocation entretient avec celui-ci des rapports d’une grande variété. Dürer fait ainsi de l’Apocalypse une lecture que l’on pourra dire littérale (1498), quand certaines planches du Voyage pittoresque de la Grèce, de Choiseul, visent plutôt à une forme d’enrichissement, en évoquant un paysage, ou l’ambiance quotidienne du voyage. Il convient aussi de prendre en considération les éléments textuels accompagnant éventuellement l’illustration, à commencer par son titre.
2- Venons en maintenant aux dispositifs externes, c’est-à-dire extérieurs à l’ouvrage proprement dit dont il s’agit. Nous retrouvons la même typologie que nous venons d’évoquer.
2.1 La fonction principale d’un premier ensemble d'éléments est en effet de l’ordre du repérage: ce sont les répertoires, bibliographies et autres catalogues, dont le contenu, la forme matérielle et la structure intellectuelle se déploient selon une typologie très variée –celle dont l’exposition De l’argile au nuage avait entrepris l’exploration, y compris s’agissant de la matérialité des supports (registres, fichiers, livres imprimés, etc., jusqu'aux catalogues informatisés). À ce niveau, la question se pose toujours, de savoir à quoi il s’agit de renvoyer: soit les contenus en tant que contenus (comme pour une bibliographie: mais il se posera la question des recueils et des périodiques), soit les exemplaires donnant les contenus à lire, et supposant par suite des techniques spécifiques de repérage, qu’il s’agisse de la cote ou des indications portées sur l’exemplaire lui-même (auteur et titre, étiquettes éventuelles, etc.).
2.2 Nous ne mentionnerons que pour mémoire le second groupe d’éléments externes, dont l’analyse relève plus des problématique d’histoire (sociale) du livre ou d’histoire proprement littéraire: ce sont les comptes rendus et autres recensions, les commentaires, éventuellement la publicité, voire les éléments intertextuels, autrement dit relatifs au surgissement d’un certain texte dans un autre texte, que ce soit de manière explicite ou implicite.
Il est bien évident que nous ne traçons ici que les plus grandes lignes d’une typologie qui reste à étudier plus précisément. Il est bien évident aussi que la problématique des outils permettant de manipuler l’information est plus que jamais aujourd’hui d’actualité, à l’heure des nouveaux médias et de la virtualisation: les choix qui se font, et qui privilégient tel ou tel pratique ou dispositif par rapport à tel autre, engagent aussi les modes de penser, voire engagent la construction même et l'élaboration des connaissances.
Terminons en disant que, ici peut-être plus qu’ailleurs, se fait sentir le besoin d’une chronologie précise et relativement détaillée de l’apparition et de l’essor des différents éléments que nous avons évoqués. Ajoutons encore un mot, en clin d’œil: à titre de démonstration et de «travaux pratiques», nous avons donné au présent billet une forme que nous n’apprécions jamais dans un texte imprimé, mais qui a le mérite de mettre en évidence –un peu trop– la hiérarchisation du discours. On constate au passage comment le texte discursif, s'il suit un certain cadre matériel, pourrait directement refléter la construction d'un tableau.
mardi 3 mars 2015
Les catalogues: un livre, une exposition double
De l’argile au nuage. Une archéologie des catalogues (IIe millénaire av. J.-C.-XXIe siècle),
Paris, Bibliothèque Mazarine, Bibliothèque de Genève, Éditions des Cendres, 2015,
429 p., ill.
ISBN 979 10 90853 05 8 / 978 2 86742 230 0
Ouvrage réalisé à l’occasion des expositions organisée par la Bibliothèque Mazarine et la Bibliothèque de Genève (…). Paris, 13 mars-13 mai 2015. Genève, 18 septembre-21 novembre 2015.
Commissariat: Frédéric Barbier, Thierry Dubois, Yann Sordet
Ouvrage publié avec le soutien du Labex TransferS
Sommaire
Préface (Gabriel de Broglie, chancelier de l’Institut de France)
Préface (Sami Kanaan, maire de Genève)
Le livre des livres. Introduction (Frédéric Barbier, Yann Sordet, Alexandre Vanautgaerden)
Pour une histoire des catalogues de livres: matérialités, formes, usages (Yann Sordet)
Accéder au livre et au texte dans l’Occident latin du Ve au XVe siècle (Anne-Marie Turcan-Verkerk)
Catalogues et classifications à l’âge de l’imprimé (Valérie Neveu)
La place des catalogues de bibliothèques dans la diffusion de l’information sur les livres (XVIe-XVIIIe siècle) (Isabelle Pantin)
Les réseaux de l’information bibliographique dans l’Italie des Lumières: normalisation et unification (Andrea De Pasquale)
Le fonctionnement des bibliothèques au miroir de leur catalogue: trois formes de sociabilité de la lecture dans la Suisse du Siècle des Lumières (Thierry Dubois)
Bibliographie et Historia litteraria (Jean-Pierre Vittu)
Catalogues et transferts culturels (Frédéric Barbier)
Fiches et fichiers à l’ère industrielle (Europe, États-Unis, XIXe-XXe siècle) (Mélanie Roche)
Le catalogue des temps modernes, entre discipline et dissémination (Françoise Bourdon, Gildas Illien, Mélanie Roche)
Un catalogue de catalogues: notices des 70 pièces exposées, par Renaud Adam, Michael I. Allen, Frédéric Barbier, Livia Castelli, Emmanuelle Chapron, Jean-Marc Chatelain, Marie-Luce Demonet, Andrea De Pasquale, Thierry Dubois, Max Engammare, Gilbert Fournier, Ernst Gamillscheg, Élaine Gilboy, John Goldfinch, Paule Hochuli Dubuis, André Jammes, Isabelle Jeger, Rémi Jimenes, Otto S. Lankhorst, Patrick Latour, Véronique Meyer, István Monok, Donatella Nebbiai, Ève Netchine, Valérie Neveu, Florent Palluault, Isabelle Pantin, Pierre Petitmengin, Goran Proot, Fabienne Queyroux, Ursula Rautenberg, Anne-Caroline Rendu-Loisel, Lucien Reynhout, Yann Sordet, Marie-Hélène Tesnière, Anne-Marie Turcan-Verkerk, Toshinori Uetani, Alexandre Vanautgaerden, Jérôme Van Wijland, Dominique Varry, Jean-Piere Vittu, Françoise Waquet, Nikolaus Weichselbaumer
Bibliographie, index nominum et locorum
Paris, Bibliothèque Mazarine, Bibliothèque de Genève, Éditions des Cendres, 2015,
429 p., ill.
ISBN 979 10 90853 05 8 / 978 2 86742 230 0
Ouvrage réalisé à l’occasion des expositions organisée par la Bibliothèque Mazarine et la Bibliothèque de Genève (…). Paris, 13 mars-13 mai 2015. Genève, 18 septembre-21 novembre 2015.
Commissariat: Frédéric Barbier, Thierry Dubois, Yann Sordet
Ouvrage publié avec le soutien du Labex TransferS
Sommaire
Préface (Gabriel de Broglie, chancelier de l’Institut de France)
Préface (Sami Kanaan, maire de Genève)
Le livre des livres. Introduction (Frédéric Barbier, Yann Sordet, Alexandre Vanautgaerden)
Pour une histoire des catalogues de livres: matérialités, formes, usages (Yann Sordet)
Accéder au livre et au texte dans l’Occident latin du Ve au XVe siècle (Anne-Marie Turcan-Verkerk)
Catalogues et classifications à l’âge de l’imprimé (Valérie Neveu)
La place des catalogues de bibliothèques dans la diffusion de l’information sur les livres (XVIe-XVIIIe siècle) (Isabelle Pantin)
Les réseaux de l’information bibliographique dans l’Italie des Lumières: normalisation et unification (Andrea De Pasquale)
Le fonctionnement des bibliothèques au miroir de leur catalogue: trois formes de sociabilité de la lecture dans la Suisse du Siècle des Lumières (Thierry Dubois)
Bibliographie et Historia litteraria (Jean-Pierre Vittu)
Catalogues et transferts culturels (Frédéric Barbier)
Fiches et fichiers à l’ère industrielle (Europe, États-Unis, XIXe-XXe siècle) (Mélanie Roche)
Le catalogue des temps modernes, entre discipline et dissémination (Françoise Bourdon, Gildas Illien, Mélanie Roche)
Un catalogue de catalogues: notices des 70 pièces exposées, par Renaud Adam, Michael I. Allen, Frédéric Barbier, Livia Castelli, Emmanuelle Chapron, Jean-Marc Chatelain, Marie-Luce Demonet, Andrea De Pasquale, Thierry Dubois, Max Engammare, Gilbert Fournier, Ernst Gamillscheg, Élaine Gilboy, John Goldfinch, Paule Hochuli Dubuis, André Jammes, Isabelle Jeger, Rémi Jimenes, Otto S. Lankhorst, Patrick Latour, Véronique Meyer, István Monok, Donatella Nebbiai, Ève Netchine, Valérie Neveu, Florent Palluault, Isabelle Pantin, Pierre Petitmengin, Goran Proot, Fabienne Queyroux, Ursula Rautenberg, Anne-Caroline Rendu-Loisel, Lucien Reynhout, Yann Sordet, Marie-Hélène Tesnière, Anne-Marie Turcan-Verkerk, Toshinori Uetani, Alexandre Vanautgaerden, Jérôme Van Wijland, Dominique Varry, Jean-Piere Vittu, Françoise Waquet, Nikolaus Weichselbaumer
Bibliographie, index nominum et locorum
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