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jeudi 14 mars 2019

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 18 mars 2019
16h-18h
Périodisation et typologie de l'innovation dans le domaine de l'imprimé,
XVe-XVIe siècle (3)

par
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études émérite

La troisième conférence de notre cycle poursuivra sur le thème de la périodisation et de la typologie de l'innovation dans le domaine de l'imprimé à l'époque de la Renaissance, et se consacrera tout particulièrement au problème de l'innovation de produit. Alors que l'imprimerie est pratiquement mise au point au milieu du XVe siècle, le marché traditionnel du livre est couvert bientôt couvert, de sorte que, dans les années 1470, une crise de surproduction menace. Or, l'imprimerie est une activité hautement capitalistique, ce qui signifie qu'un investissement en règle générale important ne pourra être rémunéré qu'à moyen terme: il faut non seulement produire les exemplaires requis, mais aussi en assurer la distribution (or, il n'existe pas encore de structures spécialisées pour ce faire), et contrôler les paiements en retour. Autant de motifs qui expliquent que la "librairie" soit d'abord prise en charge par les grands négociants-banquiers, eux qui disposent des circuits de correspondants indispensables (on pensera aux Buyer de Lyon).
"Ci finist li Roman de la rose / Où tout l'art d'amour est enclose" (© Bibl. de Bourges)
Mais la solution viendra d'une autre direction: il s'agit de l'innovation de produit, autrement dit, de l'invention d'un produit nouveau, jusque là pratiquement absent de l'offre, mais qui permettra d'élargir le marché du livre dans des proportions inattendues, et, peut-être, d'en réorienter la logique. De quoi s'agit-il, plus précisément? Ce seront d'abord les contenus: des contenus nouveaux, souvent en langue vernaculaire, et qui correspondent pour partie à des œuvres d'auteurs contemporains. Mais ce sera aussi la "mise en livre", avec notamment l'invention du livre illustré, avec surtout l'essor de toutes sortes de dispositifs paratextuels qui vont désormais encadrer un nouveau mode de lecture (on pense à la foliotation, aux titres courants, mais aussi aux pièces liminaires, etc.). La production imprimée change de contenu, elle change de forme matérielle, et elle s'accroît dans des proportions toujours plus grandes. Ces phénomènes correspondent à une mutation fondamentale; c'est l'invention du "marché" désormais anonyme, sur lequel on spécule (qu'est-ce qui est susceptible d'avoir du succès?) et que l'on entreprend de contrôler et d'élargir... ou de contrôler, par toutes sortes de procédures et de pratiques novatrices. C'est, au sens large, toute l'économie moderne du média qui se met en place à travers l'Europe entre les années 1480 et les années 1530.

Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26).
Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.
Calendrier prévisionnel des conférences.

jeudi 14 février 2019

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 18 février 2019
16h-18h
Périodisation et typologie de l'innovation dans le domaine de l'imprimé,
XVe-XVIe siècle (2)
par
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études émérite 

La deuxième conférence poursuivra sur le thème de la périodisation et de la typologie de l'innovation dans le domaine de l'imprimé à l'époque de la Renaissance, en envisageant d'abord rapidement les deux systèmes innovants induits par l'invention de Gutenberg:
La machine à fondre (© Musée Gutenberg, Mainz/ Mayence)
1) D'une part, l'innovation de procédé, autrement dit la mise au point de la nouvelle technique de la typographie en caractères mobiles. Au cœur du système, on trouve la mise en œuvre du "multiplicateur" à tarevrs la technique de la fonderie, et son articulation étroite avec la logique alphabétique: les signes alphabétiques sont reproduits sous la forme de quelques dizaines de poinçons (a,b, c, etc.). Chaque poinçon permet de frapper x matrices, et chaque matrice permet de couler x caractères. Mais le développement du multiplicateur ne s'arrête pas là: les caractères assemblés en pages, puis en formes, permettent d'imprimer x exemplaires d'un certain texte, dont chacun sera disponible pour un nombre x de lecteurs...
2) D'autre part, et dans un second temps, c'est l'innovation de produit, dont l'émergence et l'essor sont induits par la saturation du marché traditionnel du livre: les tensions se font sentir dès la décennie 1470, et certains entrepreneurs innovateurs commencent explorer les voies qui leur permettront peu à peu de proposer un produit nouveau, en l'espèce du livre imprimé moderne, lequel assurera l'essor de la branche par la conquête de nouveaux lecteurs et d'un nouveau marché.
Ces mutations radicales du processus de production sont nécessairement accompagnées de la définition non seulement du protocole très complexe présidant à la fabrication des livres imprimés (le travail dans l'atelier, etc.), mais aussi des pratiques professionnelles de la branche nouvelle d'activités qui, en quelques décennies, s'est imposée à travers le monde occidental, à savoir la branche des "industries polygraphiques". Aux libraires de fonds (alias éditeurs) de faire connaître leur production, dont la diffusion sera assurée par la mise en place d'un vaste réseau spécialisé – celui de la distribution par les librairies de détail, mais aussi les démarcheurs, les foires et "la" foire européenne du livre, à Francfort-s/Main. Les informations, les savoirs pratiques, les hommes, les marchandises et les valeurs financières circulent de manière de plus en plus dense à travers ces réseaux enchevêtrés qui couvrent peu à peu le monde occidental. Un des indicateurs les plus efficaces de la modernité réside précisément dans la montée en puissance du software dans l'économie de la branche: le savoir technique, les procédures de fabrication et autres, sans oublier l'identification, la rédaction et la préparation des textes à publier.

Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26).
Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.
Calendrier prévisionnel des conférences.

lundi 2 juillet 2018

La recherche en histoire du livre

Les débuts de notre IIIe millénaire sont dominés, en Occident, par la problématique de l’information, de son élaboration à sa communication et à son traitement, dans un sens souvent positif, mais aussi parfois négatif. La puissance des médias informatiques n’apporte-t-elle pas à tout ce qui relève de la manipulation, voire de la désinformation, un retentissement considérablement accru? Cette conjoncture donne à l’étude de l’histoire du livre et des médias une actualité certaine, et tout particulièrement à une histoire du livre et des médias conduite dans le plus long terme (1).
Dans le dernier livre qu’il nous a laissé, Henri-Jean Martin explique:
Le langage (…) fournit un outil permettant la représentation mentale des objets absents (…). Dans une large mesure, [il] nous libère de la tyrannie des sens (…). Il nous donne accès aux concepts, qui associent des informations en provenance de diverses modalités sensorielles, et qui sont par là même inter-sensoriels ou supra-sensoriels… (2).
En effet, nous savons que le processus d’hominisation se développe, depuis la préhistoire, autour de deux éléments-clés, dont le premier concerne le rôle du langage articulé non seulement du point de vue de la communication, mais aussi pour tout ce qui regarde la construction et l’organisation de la pensée.
Une civilisation qui se développe autour de l'écrit: dans le bureau du riche négociant, on dresse les comptes, on dépouille la correspondance et on y répond, on conserve les documents importants, tandis que quelques livres (de piété?) restent à portée la main (Cornelis Engebrechtsz, La vocation de Mathieu, Leyde, 1515: © Gemäldegalerie de Berlin, n° 609, détail). Le thème de la Vocation soulève d'autres problèmes, relevant de l'histoire de l'art et de l'histoire du sentiment religieux plus que de l'anthropologie historique: pour ce qui nous retient aujourd'hui, la lecture du tableau fait penser  à des figures de grands négociants de la Renaissance, parfois eux-mêmes bibliophiles, comme un Jakob Fugger.
Le travail mental et la pensée sont indissociables du langage, c’est-à-dire d’un mode d’organisation du discours, et surtout d’un mode de représentation, donc de médiation.
Le second élément concerne l’externalisation des facultés humaines, par la mise en œuvre de «prothèses» successives, pour reprendre la formule de Régis Debray. Ces prothèses permettent à l’homme de décupler ses possibilités dans les domaines les plus variés, et la communication ne leur échappe pas: l’écriture «externalise» la parole, avant que l’invention de la typographie en caractères mobiles n’en multiplie la puissance. Précisons que l’innovation ne concerne pas la seule technique, mais aussi les produits et les pratiques développées à l’entour de ceux-ci: c’est ainsi, par exemple, qu’une étape fondamentale, pour l’essor de l’économie du livre en Occident, a été marquée par l’invention de l’information courante imprimée (les «nouvelles»), puis de la presse périodique.
De ce que l’élaboration du langage articulé et sa mise en œuvre par des «prothèses» sont fondamentales dans le processus d’hominisation, il est logique de déduire que les phénomènes liés à la communication, en l’occurrence à la communication écrite, sont pareillement au cœur du développement des sociétés humaines. Des inscriptions épigraphiques et du volumen aux réseaux connectés et aux big data, les technologies donnent à une forme d’information et de communication de plus en plus largement partagée une puissance dont l’accroissement semble suivre une trajectoire exponentielle.
Dans le même temps, l’histoire du livre montre comment les différentes logiques sont liées les unes aux autres, et comment elles se constituent en un système dont les déséquilibres internes assurent la transformation selon un rythme qui tend lui-même à s’accélérer: c’est ainsi que l’on est amené à parler, non plus de la «chaîne du livre» (qui conduirait linéairement de l’élaboration du message (le texte) à sa transmission et à sa réception), mais d’un « système-livre » beaucoup plus complexe et fonctionnant de manière intégrée (4). La leçon est universelle: une bonne compréhension suppose, toujours et partout, un effort de contextualisation large, d’intégration et de mise en perspective.
Marshall MacLuhan avait, en son temps, théorisé le rôle des «médias», par une formule célèbre, même si peut-être ambiguë: «le médium, c’est le message» (5). L’histoire du livre confirme l’enseignement, et en généralise les conséquences: avec l’imprimerie, les paramètres économiques tendent à s’imposer dans le «petit monde du livre», ce qui ne signifie pas pour autant qu’ils étaient radicalement absents de celui des manuscrits (6). Indépendamment de certaines préférences historiographiques (7), l’équilibre des systèmes se déplace et, à l’époque moderne, le rôle de la logistique (les circulations de tous ordres, informations, valeurs financières, etc.), de la distribution et de la diffusion, apparaît comme de plus en plus important.
L’essor progressif d’un média nouveau suscite d’abord l’optimisme, mais il ne tarde pas à faire surgir des situations et des problèmes auxquels il s’impose d’apporter des réponses. Les intellectuels en général et les humanistes en particulier se sont réjouis de ce que l’imprimerie permette d’élargir la connaissance des textes auprès d’un plus grand nombre et dans des conditions jusque-là inconnues. Mais, rapidement, les difficultés apparaissent et, dès avant la Réforme luthérienne, Sébastien Brant ouvre le «Prologue» de sa Nef des fous en s’étonnant: grâce l’imprimerie, non seulement la Bible est répandue partout, mais aussi les écrits des Pères de l’Église et toutes sortes de textes, mais personne n’en devient pour autant meilleur, et le monde reste plongé «dans la nuit noire» (8). C’est que, souligne-t-il, il ne suffit ni de disposer des exemplaires, ni même de les lire, mais qu’il faut savoir lire à bon escient:
On voit aussi nombre de fous / Qui s’ornent de saintes lectures,
Se croient distingués et savants / Quand ont lu le texte à l’envers.
Tel croît connaître son psautier / Pour avoir lu: Beatus vir.
Exemplaire censuré d'une réédition de la Bibliothèque de Gesner, Zurich, 1583, Le censeur a pris soin, en cancellanrt certains mots, de ne pas en rendre la lecture impossible (© Univ. catholique du Sacré Cœur, Milan).
À terme, ce sera l’invention de différents procédés de protection et de régulation, la mise en place de la censure et un certain encadrement des pratiques de lecture. Les concepts eux-mêmes doivent faire l’objet d’une contextualisation, comme nous l’enseigne l’histoire du livre et des médias. Nous pensons notamment à des concepts liés à l’histoire littéraire, et reçus comme des évidences par le sens commun: que ce soit le «texte» ou encore l’«auteur», le «lecteur», etc., tous doivent désormais impérativement être réintégrés dans des systèmes englobant, qui déterminent leur cadre et leurs conditions de validité et de fonctionnement.
En définitive, il est aujourd’hui devenu de plus en plus évident que la matérialité du média encadre les catégories les plus abstraites, et jusqu’à l’organisation de la pensée. Face aux nouveaux médias, les inquiétudes se généralisent, inspiratrices de repliements, voire de renfermements: comment intégrer la montée de l’intelligence artificielle, que penser de la baisse (supposée) des quotients intellectuels dans la majorité des pays développés (9), comment lutter contre le retour de l’irrationalité et contre les phénomènes de désinformation, comment participer à des échanges qui semblent souvent nous échapper, etc. C’est à une meilleure intelligibilité de phénomènes fondamentaux qu’invite ainsi l’histoire du livre et des médias. En faisant pénétrer le lecteur au sein du laboratoire des expériences passées, elle invite aussi à mieux comprendre les conditions de fonctionnement des sociétés du présent:
Toute tentative pour sonder l'avenir tout en affrontant les problèmes du présent devrait se fonder, je le crois, sur l'étude du passé (10).
La leçon est encore plus d'actualité pour nous, qui sommes plongés dans une société de l'information que nous devons dans le même temps –inventer. 


Notes
1) Nous prenons le terme de livre au sens général de «document écrit ou imprimé» destiné à une certaine publicité, même si le départ n’est pas toujours facile avec ce qui relève plutôt des documents d’archive. De même, on comprendra le terme de «médias» dans son acception large des «moyens sociaux de communication», et non pas dans l’acception étroite la plus courante, soit des «médias de masse» (notamment la presse périodique), soit des «nouveaux médias» apparus depuis les deux dernières décennies du XXe siècle. L’histoire du livre traite des moyens sociaux de communication qui s’appuient sur l’écrit.
2) Henri-Jean Martin, Aux sources de la civilisation européenne, Paris, Albin Michel, 2007 («Bibliothèque Idées»), ici p. 83 et note 54.
3) Régis Debray, Les Révolutions médiologiques dans l’histoire. Pour une approche comparative, Villeurbanne, Amis de l’Enssib, 1999.
4) Régis Debray souligne lui aussi l’importance de ces «chaines opératoires spécialisées» : «L'extériorisation des facultés humaines dans des chaînes opératoires spécialisées représente un gain de temps et de puissance».
5) Herbert Marshall McLuhan, Pour comprendre les médias, trad. fr., 1ère éd., Paris, Seuil, 1968.
6) Au Moyen Âge, l’institution des bibliothèques, ou encore la mise à disposition de collections de livres enchaînés (voire d’exemplaires isolés), répondent aussi à la nécessité économique de faciliter la diffusion de textes proposés par ce biais en «mode partagé».
7) Par exemple, les chercheurs ont longtemps privilégié la branche de la typographie (de l’imprimerie) aux dépens de celle de la librairie. De même, la perspective économique a sans doute été plus prégnante dans les développements de l’histoire du livre «à la française», tandis que la tradition anglaise donnait plutôt le pas à la bibliographie matérielle (physical bibliography).
8) Frédéric Barbier, Histoire d’un livre: la Nef des fous (das Narrenschiff), de Sébastien Brant, Paris, Éditions des Cendres, à paraître à l'automne 2018.
9) Plusieurs articles de la presse de grande diffusion ont récemment évoqué la baisse du Q.I. dans la plupart des sociétés occidentales développées, après une période de hausse pendant une demi-douzaine de générations. Le désormais célèbre «effet Flynn» rapporte la hausse passée à l’amélioration générale des conditions sanitaires et de l’environnement social et culturel (au premier chef, l’alphabétisation). Inversement, certains spécialistes des neurosciences et des sciences cognitives évoquent parmi les facteurs expliquant la baisse apparemment rapide des performances mesurées depuis une génération environ, l’utilisation massive des écrans, et la diminution corrélative des zones du cortex cérébral en charge de la compréhension et de la communication.
10) Robert Darnton, Apologie du livre, demain, aujourd'hui, hier, trad. fr., Paris, Gallimard, 2011.

dimanche 25 mars 2018

Conférence d'histoire du livre

 
École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre

  Lundi 26 mars 2018
16h-18h
L'auteur et la première révolution
du livre
par
Monsieur Frédéric Barbier
directeur d'études


Si l’histoire du livre elle aussi est désormais devenue une «histoire à part entière», sa pratique soulève deux problèmes difficiles. D’abord, elle n’a pas toujours réussi à regrouper le faisceau des compétences nécessaires, entre «historiens» et «littéraires», sociologues, sémiologues ou encore spécialistes des communications, voire entre médiévistes et modernistes ou contemporanéistes –sans oublier les responsables en charge des collections patrimoniales de livres, qui sont de fait les premiers à être informés directement sur le sujet.
Ensuite, l’histoire du livre constitue une partie de l’étude des médias et des systèmes de médiatisation, mais la configuration nouvelle prise progressivement par ceux-ci amène à des analyses elles aussi renouvelées (il se pose la question de la chronologie, des transferts culturels, et surtout celle de la pérennité de paradigmes comme texte, littérature, auteur, etc.).
Jusqu’à présent, le problème de l’auteur a sans doute été abordé par les historiens du livre, mais de manière peut-être relativement marginale, ce que peut pour partie expliquer le détour de l’historiographie. Avec les libraires érudits, les savants amateurs et les philologues, qui ont de fait été les premier «historiens du livre», on a d’abord privilégié l’histoire de la production imprimée, puis celle des professionnels du livre (les imprimeurs et leurs ateliers). Dans un second temps, l’histoire du livre a intégré les problématiques d’histoire économique (Febvre et Martin: «le livre, cette marchandise»), avant, enfin, d’envisager la question de la lecture et de ses pratiques, mais selon des catégories qui ne sont pas toujours absolument convaincantes pour l'historien du livre.
Malgré des travaux importants, l’étude historique du champ littéraire est donc restée relativement négligée, surtout dans une perspective comparative. L’enjeu central de la conférence consistera à évaluer les conditions de changement de la catégorie de l’auteur en Europe dans les années 1450-1520, soit sur un délai de deux générations environ.

Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26).
Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

samedi 2 décembre 2017

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre

  Lundi 4 décembre 2017
16h-18h
L'invention de la bibliographie et les voyages littéraires
en France, XVe-XVIIIe siècle (1)
par
Monsieur Frédéric Barbier
directeur d'études


Depuis l’Antiquité, l’accumulation et la conservation des savoirs sont assurées par le recours à l’écrit, puis à l’imprimé (ce sont les «garde-mémoire» de Régis Debray). Ces artefacts, contre lesquels s’élevait Platon, fonctionnent comme des prothèses de la mémoire, mais ces prothèses ont aujourd'hui pris une telle importance qu’elles ont fondé de nouveaux domaines scientifiques (les sciences de l’information et de la communication). On estime que la masses de informations produites en un délai de deux ans équivaut au double de celles créées depuis les origines de l’humanité. La croissance exponentielle des «big data» donne une puissance insoupçonnée à ceux qui peuvent les maîtriser, mais elle suppose aussi que des instruments d’analyse adaptés soient mis en place.
Ces phénomènes qui changent ainsi de dimension, et de nature, ne sont pour autant pas nouveaux. Si des outils ont été progressivement élaborés pour collecter et pour exploiter les informations disponibles (le modèle fondateur est en Occident celui de la bibliothèque d’Alexandrie), ils ont dû s’adapter au changement d’échelle imposée par la révolution gutenbergienne au milieu du XVe siècle, tandis que le XVIIIe siècle les a introduits en tant que tels dans la taxonomie théorique (le tableau du savoir) et pratique (le classement des bibliothèques).
Un mot, encore, avant d’entrer in medias res: les processus que nous entreprenons de décrire se déploient selon une chronologie de long terme, ils font partie, comme l’histoire culturelle en général (l’histoire des mentalités) et l’histoire du livre en particulier, de ce que Pierre Chaunu désignait comme l’«histoire du troisième niveau». Dans le même temps, ils se déploient dans une perspective qui est celle de la «république des lettres», même si notre présentation privilégiera de fait le cadre du royaume de France.
Une bonne compréhension de ce qui se passe au XVIIIe siècle suppose donc de remonter suffisamment en amont, jusqu’au tournant du Moyen Âge à l’époque moderne. Parallèlement, la chronologie des phénomènes relevant de l’histoire des cultures et des mentalités –et de l’histoire du livre– est elle-même spécifique, en ce sens qu’ils mettent en jeu des enchaînement très complexes se déployant eux-mêmes sur plusieurs générations: de l’innovation de procédé à l’innovation de produit, à la lente appropriation des nouveaux contenus dans leurs nouveaux dispositifs, et aux changements que cette appropriation elle-même peut induire. Intégrer le changement prend beaucoup de temps: l’invention de la typographie en caractères mobiles date des années 1452-1455, quand ses conséquences ultimes peuvent être datés des années 1620-1630 – le temps, précisément, que Pierre Chaunu qualifiait de «miracle».

Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26). Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

jeudi 27 juillet 2017

Le livre qui flotte... et qui coule

On aurait pu penser que le monde de l’imprimé serait connoté de manière systématiquement positive chez un auteur comme Brant, qui a su en mobiliser tout le potentiel novateur pour le mettre au service de la diffusion de ses idées. La réalité est pourtant plus ambiguë, comme elle le deviendra d’ailleurs aussi chez Luther: l’imprimerie est certes, un don de Dieu, mais elle doit avant tout être utilisée à bon escient. Les deux critiques de fond se placent, la première, du côté des imprimeurs-libraires, et la seconde, du côté du public des lecteurs.
Le bibliomane ouvre le défilé des fous (chapitre 1, lui dont le plus grand plaisir est d’amasser des livres dans sa librairie, même s’il ne les ouvre jamais. De manière surprenante, ce sont en réalité les conséquences de l’économie nouvelle de l’imprimé qui sont ici mises en cause: la première révolution du livre se traduit par un accroissement très important de la production, et par la baisse du prix moyen, de sorte que le modèle peut désormais se répandre, du particulier qui se constitue une bibliothèque personnelle plus ou moins riche. La bibliothèque devient une source de plaisir, et sans doute une marque de distinction, quand bien même le dernier souci de son propriétaire serait celui de la lecture, encore moins, celui d’une lecture réfléchie. La critique de la bibliomanie sera dès lors récurrente dans la littérature moderne, et on la retrouvera, par exemple, chez La Bruyère, quand il lui consacre l’un de ses Caractères.
La nef des apprentis (p. 140) accueille notamment les apprentis imprimeurs, lesquels semblent consacrer un peu trop de leurs revenus au troquet:
L’imprimeur dépense en un jour / Le salaire d’une semaine.
Tel est l’usage en ce métier. / Car c’est un pénible labeur
Devant la presse, et à la casse / Compose, aligne, rectifie.
Bourrer le noir dans l’art du livre, / Calciner l’encre en le creuset…
La question de la multiplication des livres est d’ailleurs la première soulevée par Brant: en ouvrant le Prologue de son livre, l’auteur s’étonne en effet de ce que non seulement la Bible soit répandue partout, mais aussi les écrits des Pères de l’Église et toutes sortes de littérature, mais que personne n’en devienne meilleur et que le monde reste plongé «dans la nuit noire». C’est que, souligne-t-il, il ne suffit ni de disposer des exemplaires, ni même de les lire, mais qu’il faut savoir lire à bon escient et non pas à l'envers… Le thème revient à plusieurs reprises, par exemple au chapitre 57:
On voit aussi nombre de fous / Qui s’ornent de saintes lectures,
Se croient distingués et savants / Quand ont lu le texte à l’envers.
Tel croît connaître son psautier / Pour avoir lu: Beatus vir.
Le risque est encore accru lorsque l’intermédiaire par excellence, le clerc, est lui-même un faussaire: Brant, qui a critiqué les Hussites, est, comme le sera Luther à ses débuts, partisan affirmé de la réforme de l’intérieur, et non pas de la Réforme proprement dite. Les commentateurs malavisés et autres faux prophètes ont même le rôle principal dans la décadence, car ils conduisent le peuple à sa perte et font ainsi le lit de l’Antéchrist. L’image du bateau en papier est particulièrement frappante: la nef elle-même est en papier, et les faux prophètes, en l’humidifiant, ne font qu’accélérer le naufrage (chapitre 103).
J’en arrive à ces vrais faussaires, / Répandus autour de la nef (…)
Falsifiant les saints Évangiles. / (…) Ils trempent la nef en papier.
La petite barque de saint Pierre (Sankt Peter Schifflein), détail
Terminons sur une note prémonitoire: le travail du démon est soutenu par la cupidité des imprimeurs-libraires, qui trouvent avantage à publier toutes sortes de livres. Et, de fait, les professionnels, qui profiteront bien évidemment de l’essor de l’économie des «feuilles volantes» (Flugschriften) à l’époque de Luther, n’hésitent jamais à répandre les fausses doctrines et les livres inutiles pourvu que cela leur rapporte:
L’imprimeur y a bon profit. / Si on jetait au feu ces livres,
On brûlerait bien des erreurs. / Mais tant, ne pensant qu’à leur gain
Cherchent des livres [à imprimer] de partout, / Et qu’importe la correction.
On s’ingénie à mieux berner: / Beaucoup impriment et peu corrigent
Sans soin aucun on réimprime, / Telle quelle on reprend l’erreur:
Tel se fait tort, et tant se nuit, / Qu’il s’en va imprimer ailleurs! (…)
Voyez la pléthore de livres, / Le nombre des imprimeries,
Réédité le moindre livre / Qu’un jour ont écrit nos parents!
En avons tant à profusion, / Quand à rien ils ne servent plus
Car leur valeur est périmée…
Brant, ce n'est pas douteux, est un familier de l'activité des imprimeries, par exemple quand il fait allusion à la recherche forcenée de textes à publier, ou encore aux procédés divers, et parfois peu recommandables, utilisés par les professionnels pour «appâter» le client. Lui-même se plaindra, dans l'une des rééditions de son livre, de la concurrence sauvage des contrefaçons. Et on se rappellera au passage qu'une fois rentré à Strasbourg, il sera un temps en charge de la censure des livres au nom du Magistrat. En définitive, l'imprimerie n'échappe à la condition commune: elle peut être «un don de Dieu», il n'en faut pas moins en encadrer l'utilisation pour qu'elle ne devienne pas aux mains des hommes une arme du démon.

Note: les citations (et les renvois aux numéros de chapitres ou à la pagination) sont tirés de la traduction très remarquable du Narrenschiff publiée par Nicole Taubes: Sébastien Brant, La Nef des fous. Traduction revue et présentation par Nicole Taubes, 3e éd., Paris, José Corti, 2010 (« Les Massicotés »).

jeudi 25 mai 2017

La forme des livres: volumina et codices

Une forme livresque s’est trouvée trop souvent négligée par les historiens du livre, notamment (mais pas uniquement) s’agissant de la période moderne: ce sont les rouleaux, auxquels été consacrée la première session du colloque de Trente.
Baudemond rédige la Vie de saint Amand
Nous avons pour habitude de présenter le remplacement du rouleau (volumen) par le livre en cahiers (codex) comme marquant un premier temps de rupture et d’innovation dans la tradition du livre en Occident –et l’on sait que cette substitution est définitivement acquise au IVe siècle de notre ère. Bien entendu, on a échafaudé un certain nombre d’hypothèses susceptibles de suggérer les causes pour lesquelles une innovation d’une telle importance survient précisément dans une phase de crise très profonde de la civilisation écrite. Ce peut être la rupture de l’approvisionnement en papyrus, ou plus vraisemblablement la montée en puissance d’une religion chrétienne de longue date attachée à la forme du codex –comme le montrent certains passages de la Bible elle-même, ou encore la «lunette de saint Laurent», dans le mausolée de Galla Placidia à Ravenne. Plus vraisemblablement encore une combinaison de différentes logiques.
Dans le même temps, les anciennes bibliothèques constituées de volumina disparaissent irrémédiablement, au profit de la nouvelle «bibliothèque» formée désormais par le «Livre des livres», la Bible. Bien entendu, nous changeons aussi d’ordre de grandeur (autrement dit, il y a infiniment moins de livres...).
S’agissant de la mise en livre, nous avons aussi souligné, sur ce blog même, la filiation significative entre la pagina du volumen et la «page» du livre en cahiers. Le rouleau apparaît souvent dans l’iconographie comme étant le support «naturel» de la prise de notes, quand l’auteur «inspiré» parle, ou démontre par l’exemple de sa vie: c’est le cas de l’abbé ou du moine rédigeant la vie du saint fondateur (cliché 1), comme ce sera le cas du scribe prenant au vol (... mais aussi du lecteur: cf cliché 2) la poésie de tel ou tel Minnesänger dans le Codex Manesse de Heidelberg (Giuseppe Frasso, Univ. cath. de Milan). Il ne paraîtrait pas déraisonnable de penser que, à l’heure où la forme du livre en cahiers s’est imposée de fait, le rouleau apparaisse comme chargé d’une signification spécifique, voire d’une certaine distinction (le rouleau ne peut pas être réduit à une simple «forme alternative», et plus ou moins transparente).
Le dispositif interne peut-être le plus fréquent s’agissant des rouleaux serait celui du volumen, sur lequel le texte se présente en colonnes successives copiées perpendiculairement à la longueur, quand le rotulus est  privilégié pour les documents d’archives. Pensons, par ex., à l’inventaire de la bibliothèque réunie par Charles V dans la tour de la Fauconnerie de son château du Louvre (BNF, ms Baluze, 397). L’inventaire en rouleau a apparemment été préparé pour constituer l’instrument de référence, destiné à être intégré dans le trésor royal, quand les inventaires en codex devaient plutôt servir d’instruments de travail. Les fonds de manuscrits des grandes bibliothèques patrimoniales conservent souvent des pièces qui ont en effet la forme de semblables rouleaux.
Marilena Maniacci (Univ. de Cassino) conduit un travail systématique de recensement et d’analyse comparée des rouleaux aujourd’hui connus –intégrant notamment un certain nombre de rouleaux orientaux, les rouleaux de la Torah et surtout les exemples fournis par la chrétienté occidentale. Ces documents, qui en règle générale portent des textes à caractère religieux, sont en effet justiciables non seulement d’une analyse statistique, mais aussi d’une étude codicologique systématique. Nous découvrons alors que les textes en rouleau se rencontrent en nombre, et jusqu’à une époque très récente, même si l’apogée semble avoir été atteint au XVe siècle, et même s’il n’est pas toujours facile de faire le départ entre un document d’archives et un «livre» au sens large du terme.
Esthétisation de la lecture, dans le Codex Manesse
C’est à un texte particulier que s’intéresse Marco Rainini (Univ. cath. de Milan), lorsqu’il présente la Généalogie du Christ de Pierre de Poitiers († 1205), un classique des bibliothèques médiévales. L’ouvrage lui-même a probablement été rédigé par son auteur en fonction même de la forme du rouleau. La mise en livre varie d’un manuscrit à l’autre, mais elle est généralement très complexe, avec une suite de colonnes juxtaposées dans le sens de la longueur, le tout combiné avec des motifs graphiques et des systèmes de représentation (tableaux, diagrammes, etc.) eux-mêmes très sophistiqués. Nous sommes sans doute devant un jeu de procédés mnémotechniques, mais aussi devant un modèle qui sera repris pour un certain nombre de généalogies princières (par ex. dans un rouleau de la Corviniana), voire pour certaines chroniques imprimées à la fin du XVe siècle. Paradoxalement, cette mise en livre très spécifique peut, en définitive, être assez facilement transposée dans le cadre d’un livre en cahiers.
Concluons simplement sur le fait que le support du rouleau ne peut que très rarement s’articuler avec la technique de la typographie en caractères mobiles. Même la Chronica chronicarum donnée à Paris pour Jean (II) Petit en 1521 serait plutôt destinée à l’affichage, comme le suggèrent les particularités d’exemplaire (cf cliché 3). Nous ne pouvons réellement que nous féliciter de voir un colloque international d’histoire du livre réserver d’entrée une place importante (la première des ses quatre sessions de travail) à une forme trop généralement négligée par les spécialistes. Le plaisir de la recherche et de l’échange est complet quand, de surcroît, ledit colloque se déroule dans le cadre somptueux du Palazzo Geremia, au cœur de la ville historique de Trente… 

mardi 18 avril 2017

Le temps caractéristique (3)

Les pièces et autres feuilles volantes imprimées existent certes plus d’une génération avant la Réforme, élargissant peu à peu le champ de la «publicité». Rappelons que la première affiche imprimée en France et que nous conservions est le placard anopisthographe du Grand pardon de Notre-Dame de Reims, donné à Paris par Guy Marchant vers 1492 (Bibliothèque de Reims, Inc. 2). Le nombre de ces pièces est impossible à préciser, parce qu’il s'agit de documents qui ne sont pas destinés à être conservés et dont la production a certainement été bien supérieure à ce que nous pouvons en connaître à partir des seuls exemplaires conservés.Dans le même temps, le pouvoir s’empare du procédé, avec la multiplication des éphémères relatant des événements relatifs à la vie collective (sacres, naissances et baptêmes, entrées royales et récits de fêtes, funérailles, etc.), ou rapportant, notamment en France, des nouvelles relatives aux campagnes militaires en Italie.
Mais l’événement de 1517 et l’irruption des Flugschriften donne au phénomène une dimension complètement inédite. Nous ne revenons pas sur la statistique de la production: 10 000 pièces ont pu sortir entre 1501 et 1530 (estimation basse), sur un total de 21 000 titres produits dans la même période (VD16). Sur le plan systémique, les conséquences de l’invention des Flugschriften sont de deux ordres.
1) Du fait que la Flugschrift se présente sous une forme plus légère, elle est fabriquée beaucoup plus rapidement et pour un coût moindre, sa reproduction par «contrefaçon» en est facilitée, donc sa diffusion accélérée et élargie d’autant. Le phénomène aboutit à déplacer la ligne de fracture entre temps caractéristique traditionnel et temps caractéristique moderne, en créant dans une partie du public un nouveau sentiment d’impatiente curiosité.
2) Par suite, une majorité plus grande de la population entre, par un biais ou par un autre, dans la logique de la communication partagée moderne: contrairement aux pièces purement informatives, du type du «canard», la Flugschrift est en effet un vecteur de participation. Des polémiques se développent, sur la base de publications s’enchaînant et se répondant les unes aux autres, et le simple fait de se procurer tel ou tel titre constitue un mode de participation.
Au cœur de ces phénomènes, la diminution du temps caractéristique au niveau de quelques semaines, voire de quelques jours: l’économie moderne du média s’appuie sur un temps caractéristique court, à partir duquel émerge la catégorie nouvelle de l’«événement» et, très vite, de sa manipulation.
Jérôme Aléandre, nonce pontifical à Worms
Voici un événement par excellence, celui de la Diète (Reichstag) de Worms, ouverte le 27 janvier 1521. Les positions de Luther ont été condamnées par la bulle «Decet Romanum Pontificem», mais l’application de ces décisions dans le Saint-Empire dépend de la Diète. Après quelques semaines de discussion, il est décidé de faire venir Luther à Worms pour qu’il puisse se justifier, et Charles Quint signe le 6 mars un sauf-conduit à cet effet.
Le document est reçu à Wittenberg autour du 23 et, après réflexion et consultations diverses, Luther quitte la ville le 2 avril, soit le mardi après Pâques. Passant par Erfurt (7 avril) et Gotha (8-10), il est successivement à Eisenach, Berka, Bad Hersfeld, Alsfeld, Grünberg et Friedberg, pour arriver à Francfort le 14. Il poursuit alors sa route par Oppenheim, et entre à Worms le 16 avril.
Il quittera la ville le 28: nous le retrouvons à Francfort, puis il prêche à Hersfeld le 1er mai, passe à Eisenach le 2 et arrive à la Wartburg le 4. Quelques semaines plus tard, le 28, Charles Quint signe le célèbre édit de Worms, par lequel Luther est mis au ban de l’Empire: il n’est pas anodin que l’édit ait été antidaté au 8 mai, de manière à lui apporter la caution indispensable, avoir été pris avec l’assentiment de la diète. La manipulation fine des dates (au jour le jour) devient un argument politique.
La succession des dates montre comment le temps caractéristique est réduit à quelques semaines, et comment le média moderne s’impose en tant qu’acteur-clé de la crise. Les échanges de correspondance sont constants, et le nonce pontifical est tout particulièrement attentif à informer Rome du devenir du dossier. En quelques jours, les décisions sont prises, les correspondances envoyées et reçues, les événements s’enchaînent –et les plaquettes imprimées se multiplient.  
En arrière-plan, un autre acteur intervient aussi, en l’espèce du retentissement médiatique. L’enthousiasme que soulève Luther dans les différentes villes où il passe, et où parfois il prêche, sur la route de Wittenberg à Worms, est connu des princes, qui répugnent dès lors d’autant plus à faire condamner un sujet de l’électeur de Saxe au risque de voir provoquer des troubles. À Worms même, on a ouvert une imprimerie, et surtout les textes du Réformateur sont diffusés largement, au grand dépit des partisans de Rome. Pour Alfondo de Valdés, l’édit impérial ne pourra pas être appliqué, parce qu’il est impossible de mettre des barrières au déferlement du média – on croyait avoir fermé le dossier, quand celui-ci ne fait que s’ouvrir:
Ainsi se termine cette tragédie, comme certains voudraient le croire; mais moi, je suis persuadé que ce n’en est pas la fin, mais el commencement. (…) Les édits de l’empereur ne feront pas beaucoup d’effet, étant donné que les écrits de Luther se vendent, à peine sortis, à tous les coins de rue…
Il ne s'agit déjà plus des seules Flugschriften: avec les polémiques alimentées par les partisans des deux camps qui s'opposent (comme dans le cas de Thomas Murner), l'économie du livre lui-même est aussi touchée. Le dernier pan de l’innovation induite par l’invention de la typographie en caractères mobiles au milieu du XVe siècle est désromais engagé: pour la première fois, c’est une société entière qui se trouve confrontée au phénomène de la médiatisation, et impliquée dans une série de processus modernes dont on découvre peu à peu les conséquences. Paul Virilio a théorisé le principe du «krach des images» s'agissant de l’époque actuelle, et nous avons repris l’idée sous la forme du «krach des médias» au tournant des XVe-XVIe siècles.
Nul doute que la société allemande n’ait été la première confrontée au krach des médias, dans ces années cruciales de l’invention de la modernité.

mardi 11 avril 2017

Le 700e billet. Comment fonctionne le temps caractéristique?

Dans notre dernier billet, nous avons proposé d’articuler les différents systèmes des médias ayant fonctionné à travers l’histoire occidentale (du Moyen Âge à la révolution gutenbergienne, à la librairie d’Ancien Régime, à la librairie de masse puis aux médias contemporains et enfin aux nouveaux médias) par leurs rapports différents avec le temps. La catégorie du «temps caractéristique» désigne, pour chaque stade d’évolution, le délai nécessaire à l’accomplissement d’un cycle conduisant de l’élaboration du message à son appropriation. Et nous avons posé comme axiome que ce délai diminuait progressivement, selon que passait d’un système à l’autre.
Cette perspective amène à faire un certain nombre d’observations, dont la première porte sur le fait que chaque époque voit se juxtaposer des temps caractéristiques différents (nous l'avons déjà signalé), et que cette juxtaposition se complexifie au fil des siècles. Dans la société d’Ancien Régime, le monde rural rassemble la grande majorité de la population, et cette société, pratiquement exclue des médias écrits, fonctionne dans un «temps» que l’on décrira comme traditionnel –le temps du jour et de la nuit, celui des saisons et celui de l’année liturgique (éventuellement traduit sous la forme d’un calendrier, éventuellement dans un almanach). Encore à la fin du XVIIIe siècle, et alors que l’économie globale des médias a profondément évolué, cette géographie est encore celle de la Grande Peur, des bruits incontrôlés qui se propagent, désormais en quelques semaines ou en quelques jours, d’une communauté à l’autre, et qui partout sèment l’effroi.
Horloge de St-Sébald, Nuremberg, 1ère moitié du XVe s.
 (2)
Revenons au XVe siècle, mais en ville. L’échelle du temps caractéristique change déjà profondément: les correspondances se multiplient et s’accélèrent, les informations circulent plus facilement, tandis que les fonds de bibliothèques y sont le cas échéant plus accessibles, d’abord dans les écoles, collèges et universités, puis progressivement aussi auprès des personnes privées. Dans certains cas privilégiés, nous connaissons l’existence de structures de fabrication et de distribution des livres, les ateliers de scribes et les librairies. Selon les niveaux (qui renvoient aussi à la hiérarchie sociale), le temps caractéristique change, de quelques semaines (voire quelques jours) pour la circulation des nouvelles à quelques mois ou, souvent, quelques années, pour celle des textes nouveaux. De manière symbolique, les premières horloges publiques sont mises en place dans certaines villes particulièrement avancées (1).

Une des conséquences les plus évidentes réside dans le rôle de la structure démographique par rapport à l’économie des médias: là où la densité de population est plus forte, là où le réseau des villes petites ou moyennes est plus serré (par exemple, dans la vallée du Rhin, ou encore dans les «anciens Pays-Bas», etc.), l’ampleur du temps caractéristique tend à diminuer. Le développement de réseaux de communication plus efficaces joue aussi un rôle décisif, à une époque où la circulation des contenus (textes, images) est nécessairement corrélée avec le déplacement physique des hommes, à pied, à cheval ou par voie de mer. Conséquemment, la maîtrise d’un temps caractéristique plus étroit apparaît comme un élément du pouvoir, de la distinction ou plus généralement de la domination (de la richesse).
Bien évidemment, l’irruption de la typographie en caractères mobiles déplace les conditions de fonctionnement de l’ensemble du système. Les délais de fabrication sont diminués, alors même que le nombre d’exemplaires produits change radicalement d’échelle. Plus encore, la mise en place rapide de nouvelles procédures de distribution accélère la vitesse de circulation: en quelques mois, les «voyageurs» de Mentelin ou de Schoeffer font circuler l’information concernant les nouveaux titres, que les acheteurs éloignés de plusieurs centaines de kilomètres peuvent se procurer –et se procurent effectivement, comme le montre l’étude des particularités d’exemplaires des incunables et post-incunables.
De même, la multiplication des contrefaçons, qui sortent parfois à échéance de quelques mois seulement après l’original, accélère encore le rythme, puisque le texte est déjà écrit, puisque son calibrage a été effectué, et puisque l’on peut toucher une autre population, dans une autre géographie. Johann Bergmann donne le Narrenschiff à Bâle en mars 1494 (la date précise est sans doute fictive), et le livre est reproduit dès le 1er juillet suivant par Peter Wagner à Nuremberg. Un exemple célèbre de la réduction du temps caractéristique nous est encore donné par l’édition du Novum Instrumentum d’Érasme, terminée par Froben à Bâle le 25 février 1516. Six mois plus tard, fin août, Budé reçoit un exemplaire de l’ouvrage, qu’il dévore d’une traite, fasciné qu’il est par la nouveauté du projet.
Dans ce tournant des XVe-XVIe siècle, alors que nous avons déjà clairement changé de rythme, l’invention de l’économie des Flugschriften impulse à la mutation une dynamique encore plus forte, et décisive. Notre prochain billet reviendra sur ce phénomène fondateur, et sur ses conséquences. 

1) Gerhard Dohrn van Rossum, «The diffusion of the public clocks in the cities of late medieval Europe, 1300-1500», dans La Ville et l’innovation en Europe, 14e-19e siècles, Paris, 1987, p. 29-43.
2) GNM, Wl 999. Le musée présente aussi un certain nombre d'horloges de table ayant appartenu à des personnalités de premier plan, dont l'Empereur lui-même.

samedi 8 avril 2017

Les médias et le "temps caractéristique"

Que nous soyons entrés aujourd’hui dans l’«ère de l’information», nul n’en doutera a priori: les conditions de fonctionnement de ce qu’il est convenu d’appeler les «nouveaux médias» aboutissent à reconfigurer très profondément non seulement les modes d’accès à l’information, mais aussi les pratiques mêmes par lesquelles celle-ci fait l’objet d’une appropriation, sans parler du fonctionnement de la majorité des institutions qui constituent et qui organisent nos sociétés. Le phénomène est en effet nouveau, si nous considérons les formes qu’il prend aujourd’hui, et les opportunités qu’il offre.
Une incise s’impose: les «nouveaux médias» étaient en effet nouveaux lorsqu’ils sont apparus, il y a maintenant plus d’une génération, et les innovations techniques dont il font constamment l’objet entretiennent cette image de nouveauté. Pour autant, nous retrouvons dans l’expérience quotidienne qui est la nôtre une logique bien connue des historiens des techniques, et dont nous avons à plusieurs reprises parlé ici même. La première étape de l’innovation concerne l’innovation de procédé, autrement dit la mise en place d’une technique nouvelle dans un certain domaine. La théorie des «révolutions du livre» a pris le parti de «caler» l’histoire des médias sur la chronologie de l’innovation technique.
Mais il faut aussi rendre la technique viable (en d’autres termes, rentable), en développant un tout autre type d’innovation, que nous désignerons comme l’innovation organisationnelle: il s’agit des conditions de fonctionnement, des pratiques de diffusion des produits, des modes de travail, de rémunération et de paiement, etc. Enfin, à chaque étape de la chronologie, nous nous trouvons devant un marché lui-même nouveau, et soumis à une conjoncture à la fois spécifique et de plus en plus complexe. Ce marché est soutenu par un troisième modèle d’innovation, à savoir l’innovation de produit: à partir d’un certain système technique, on invente et on réinvente les produits qui permettront d'impulser de nouvelles pratiques et qui favoriseront l’élargissement même du marché.
L’historien du livre sait que, dans les phénomènes liés aux «nouveaux médias», il n’y a, du point de vue théorique, pas de nouveauté systémique: le schéma déroulé à la suite de l’invention de Gutenberg est déjà pratiquement le même, et nous pourrions dire la même chose à propos de l’industrialisation et de la mise en place de la librairie de masse. Ce qui nous intéressera en revanche, à ce stade de la réflexion, c’est le rapport induit dans le fonctionnement du média par l’articulation de ces différents niveaux selon un rythme qui tend lui-même à s’accélérer. Nous dirons que, s’agissant des médias (alias, de la communication sociale), le procédé, l’environnement large, le produit et ses pratiques d'usage et d’appropriation constituent un système cohérent, et que ce système fonctionne selon des échéances qui lui sont propres: il s’agit du délai nécessaire à la production du contenu (textuel ou autre), à sa circulation et à son appropriation, et que nous désignerons ici comme le «temps caractéristique».
Le temps caractéristique du média se compte d’abord par années, mais, dans la première moitié du XVe siècle, nous sommes déjà sur des délais qui peuvent être de l’ordre de quelques mois, voire de quelques semaines.
L’innovation constituée par les Flugschriften et par l’essor de la controverse imprimée, en Allemagne à compter de 1517 constitue un facteur de changement dans l’échelle du temps caractéristique dont on ne saurait surestimer l’importance: nous descendons en effet au niveau de quelques semaines, et ce délai reste de règle jusqu’à la Révolution industrielle.
Le temps du journal illustré, et la foule qui se rue aux nouvelles
Les innovations les plus radicales sont induites plusieurs siècles plus tard, lors du passage à la librairie de masse (le temps caractéristique du quotidien n'est plus celui des Flugschriften), et surtout aux médias de la communication à distante: la transmission se fait en quelques heures (déjà avec le télégraphe Chappe), puis de manière pratiquement instantanée, lorsque les réseaux téléphoniques et autres (radio, télévision) commencent à s’étendre.
Le paysage des médias n’a jamais été aussi varié qu’il ne l’est devenu, en notre début du XXIe siècle. Si nous suivons une typologie fondée sur la technique, voici, d’abord, l’imprimé sous ses multiples formes, livre, quotidien, périodique, simple feuille, etc). Viennent ensuite les médias de l’époque industrielle, du téléphone à la radio et à la télévision. Enfin, voici les «nouveaux médias» de l’informatique, lesquels évoluent eux-mêmes très rapidement. Par voie de conséquence, les relations d’un sous-sytème à l’autre se complexifient considérablement, tandis que se juxtaposent des temps caractéristiques différents, correspondant à des pratiques d’utilisation elles aussi différentes.
Les nouveaux médias sont caractérisés notamment par la possibilité théorique de l’instantanéité pour tous, un argument présentant des avantages infinis, mais qui inversement est source de désordres potentiels difficilement mesurables. La puissance de l’outil donne en effet une force inédite à la désinformation, quand la «calomnie» chère à Beaumarchais se mue en cette économie des fake news que nous découvrons peu à peu, en même temps que nous découvrons avec consternation son poids économique et l’étendue de sa puissance.Ajoutons que le paradigme des temps caractéristiques se décline bien évidemment –dans le temps, mais qu'il se décline aussi dans l'espace: le temps caractéristique n'est pas le même d'un lieu à l'autre, par exemple entre la ville et le plat-pays, de sorte qu'il fonctionne comme l'un des facteurs les plus profonds des distorsions que l'historien peut observer. Mais ceci est un autre problème, sur lequel nous nous réservons de revenir.

mardi 21 mars 2017

Conférences d'histoire du livre

Frédéric Barbier,
directeur de recherche au CNRS
(École normale supérieure, Institut d’histoire moderne et contemporaine),
directeur d’études à l’École pratique des Hautes Études
(conférence d’Histoire et civilisation du livre)

prononcera les deux conférences suivantes,
dans le cadre de 
l’Université du Québec à Montréal (UQAM):

 mardi 28 mars, 10h.
(cours de Madame Dominique Marquis, professeure à l’UQAM, département d’Histoire)
«La foi, le talent, le service:
l’éthique protestante et l’esthétique des bibliothèques (XVe-XVIIe siècle)»

mercredi 29 mars, 14h.
«Géographie et topographie du livre en Europe (vers 1450-vers 1820)».

Les informations complémentaires sont à prendre auprès des organisateurs.
La bibliothèque de l'université de Leyde, gravure de Willem van Swanenburgh, 1610

samedi 31 décembre 2016

Une exposition d'histoire du livre, à Lyon et à Leipzig

Il ne reste pas beaucoup de temps (jusqu’au 21 janvier 2017…) pour profiter de la très belle exposition proposée par la Bibliothèque municipale de Lyon sur les Impressions premières: la page en révolution, de Gutenberg à 1530. Nous regrettons de ne pas avoir signalé tout l’intérêt scientifique de cette manifestation ouverte depuis le 30 septembre dernier, mais nous avons préféré attendre de la découvrir personnellement à l’occasion d’un récent passage dans la préfecture du Rhône.
Face à la gare de Lyon Part-Dieu, la Bibliothèque de Lyon, son "silo à livres"... et son nouvel accès au public
Disons-le tout net: il faut féliciter grandement les responsables lyonnais, Gilles Éboli, qui dirige la Bibliothèque, et Jérôme Sirdey, responsable du fonds ancien, pour la réussite d’un projet aussi ambitieux. Il s’agissait en effet de reprendre le concept novateur de la «mise en texte» élaboré par Henri-Jean Martin, pour l’illustrer à partir d’exemples pris dans l’époque fondatrice qui est celle de la première révolution du livre. Dans quelle mesure l’irruption du nouveau média entraîne-t-elle un certain nombre de déplacements progressifs des dispositifs formels, de la mise en page à la mise en texte et à la mise en livre, pour imposer à terme une économie nouvelle du média, tout particulièrement pour ce qui regarde la lecture?
Nous avons trop souvent évoqué, sur ce blog, les problématiques liées à la révolution gutenbergienne, aux logiques de l’innovation, aux effets de l'essor progressif d’un marché du livre, etc., pour qu’il soit besoin d’y revenir plus longuement ici. L’exposition concentre sa présentation sur la forme matérielle du média, analysée à travers un nombre suffisamment limité de pièces pour ne pas «saturer» le visiteur.
La très grande richesse de la collection patrimoniale de la Ville de Lyon, encore accrue par le dépôt de l’ancienne bibliothèque jésuite des Fontaines à Chantilly, a d'abord posé aux organisateurs un problème de choix. La présentation s’ouvre précisément par un cahier de la Bible à 42 lignes appartenant aux Fontaines, mais qui provient apparemment de la région du Hainaut. Les «grands classiques» ne font pas défaut (les Chroniques de Nuremberg…), mais la Bibliothèque présente aussi la Rhétorique de Guillaume Fichet (1471), le Miroir de rédemption dans l’édition lyonnaise de 1479, l’édition florentine de l’Iliade en grec (vers 1488), sans oublier des pièces aussi exceptionnelles que le Petrus Romam non venisse de Velenius (1520)…
Les différents thèmes sont abordés, sur la base de l’analyse des blocs de composition: lignes, paragraphes, titres, illustrations, feuillets spécifiques (le titre et les autres composantes du paratexte), etc. L’exposition présente la problématique du choix des caractères et de leurs différents corps, mais aussi le rôle des blancs, les systèmes de repérage à l’intérieur du texte, ainsi que le dispositif que nous avons désigné comme celui de la pagina (la double page en vis-à-vis). Notre très regretté maître Henri-Jean Martin, disparu il y a précisément dix ans, aurait été heureux de pouvoir découvrir une exposition présentant la catégorie fondatrice dont il était l’inventeur; mais présentant aussi la bibliothèque dont il a été le premier concepteur, aujourd’hui plus grande bibliothèque de France en dehors de Paris; en même temps que l’histoire du livre à l’âge d’or d’une ville, Lyon, à laquelle il était resté très attaché. L’exposition s’ouvre fort justement par une vitrine consacrée à la figure du fondateur de l’histoire du livre «à la française».
Il faut signaler encore que l’exposition est accompagnée d’un livret de présentation (gratuit) de 18 p., et qu’elle a donné lieu à une publication scientifique de grande qualité:
Les Arts du texte. La révolution du livre autour de 1500,
dir. Ulrich Johannes Schneider,
Lyon, Bibliothèque municipale de Lyon, 2016,
223 p., ill. (dont 1 dépl.) (ISBN 978-2-900297-50-8).
Outre la présentation de la problématique générale et des différentes pièces exposées, le catalogue comprend plusieurs études scientifiques, dont un inédit d’Henri-Jean Martin («La naissance du livre moderne: un nouveau système de pensée»), et il se conclut par une bibliographie (peut-être, comme d'ailleurs l'ensemble de l'ouvrage, un peu trop dominée par la production allemande?) et par un glossaire. En somme, un titre destiné à devenir un usuel de travail. Beaucoup d’informations sont par ailleurs directement disponibles sur le site Internet de la Bibliothèque, ou par le biais de sa bibliothèque numérique (Numerilyo).
La manifestation a été organisée conjointement avec la Bibliothèque universitaire de Leipzig (Bibliotheca Albertina), ville capitale du livre, certes, mais surtout, en l'occurrence, ville avec laquelle Lyon est jumelée. Le choix a été fait, de ne pas déplacer les documents: la majorité des pièces figure dans les deux bibliothèques, d’autres ne sont qu’à Lyon, d’autres seulement à Leipzig (notamment les titres en allemand ou ceux illustrant la Réforme luthérienne). Notre passage il y a peu à Leipzig nous a permis de découvrir dans le tout autre environnement d'un bâtiment wilhelminien, ce second volet de l’exposition (avec une autre Bible à 42 lignes) et la publication conjointe du catalogue en allemand...