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dimanche 21 avril 2019

Appel à contributions

Appel à contributions

Maison méditerranéenne des sciences de l’homme, Aix-en-Provence,

14-15 novembre 2019

Programme Pépinière d’excellence «Archives en bibliothèques», Aix-Marseille Université UMR 7303 Telemme (AMU-CNRS)
École nationale supérieure des Sciences de l’information et des bibliothèques Centre Gabriel Naudé

 
Depuis les débuts de l’époque moderne, on trouve beaucoup de non-livres dans les bibliothèques, et en particulier des ensembles de papiers que l’on peut considérer comme des archives, parce qu’ils ont été rassemblés dans le cadre des activités ordinaires, savantes ou professionnelles, d’un individu ou d’une institution. L’étude de ces «papiers entre les livres» permet d’éclairer d’une manière nouvelle ce qui lie archives et bibliothèques, en mettant à distance le récit du «grand partage» des fonctions et des fonds documentaires entre les deux types d’institutions, hérité du XIXe siècle.
Le premier aspect de la réflexion concerne la manière dont ces ensembles ont été constitués, organisés et conservés du vivant de leur producteur. De l’humanisme tardif au collectionnisme du XIXe siècle, les pratiques intellectuelles et matérielles de la collecte, de la copie, du rangement, du classement et de l’inventaire se sont lentement transformées ; l’invention du fichier au tournant du XIXe siècle, puis de la photocopieuse, ont introduit des ruptures plus nettes dans l’allure des archives savantes. Le regard devra porter sur les formes de «mise en archive» opérées par les savants ou les administrateurs pour soustraire ces papiers au quotidien des activités, permettre leur mobilisation en cas de besoin ou leur conservation pérenne. On devra aussi s’intéresser aux relations entre ces ensembles de papier et la bibliothèque des livres, à partir des manipulations dont ils font l’objet, ou de la disposition matérielle des lieux et du mobilier. Le livre est lui-même un objet-frontière entre l’archive et la bibliothèque : on pense aux phénomènes d’incorporation de l’archive au manuscrit médiéval, à la confection des registres, ou aux livres parfois abondamment annotés ou interfoliés.

– Esprit malin, qu'exiges-tu de moi? Airain, marbre, parchemin, papier ? Faut-il écrire avec un style [stylet], un burin ou une plume ? Je t’en laisse le choix libre. 
– A quoi bon tout ce bavardage ? Pourquoi t’emporter avec tant de chaleur ? Il suffira du premier papier venu… (Goethe, Faust )
Le second aspect renvoie à la manière dont ces ensembles ont été traités à la mort de leur producteur. Dans les testaments, la transmission des papiers est souvent pensée indépendamment de celle des livres. Dès l’époque moderne, la question de leur devenir a été l’occasion de réfléchir aux fonctions respectives des dépôts d’archives et des bibliothèques «centrales» des États. On considèrera la manière dont les bibliothèques ont accueilli ces ensembles, les ont traités et éventuellement dissociés en fonction de critères extérieurs à la logique du recueil (séparation des pièces imprimées et manuscrites, des pièces authentiques et des copies), dont elles les ont catalogués et communiqués aux lecteurs. Il s’agit de se demander comment les bibliothèques pensent (ou ne pensent pas) ces archives comme telles, à l’intérieur d’un cadre politique ou réglementaire qui fixe progressivement les prérogatives des uns et des autres. La terminologie employée pour les désigner n’est pas indifférente : appelés «recueils» à l’époque moderne,«collections» au XIXe siècle, ces ensembles sont aujourd’hui souvent désignés comme des «fonds particuliers» ou des «archives». Il faudra aussi mesurer l’incidence qu’a pu avoir la mise en place de deux professions distinctes, de bibliothécaire et d’archiviste, sur l’appréciation de ces fonds documentaires.
Enfin, le troisième aspect intéresse les usages auxquels se prêtent ces fonds : usages historiens, mais aussi probatoires ou administratifs. Il pose la question du statut intellectuel et juridique des documents conservés hors des dépôts d’actes institués par la puissance publique, alors qu’ils en ont parfois été extraits.
Le colloque envisage donc l’histoire des relations entre archives et bibliothèques du point de vue du rôle para- ou quasi-archivistique joué par les bibliothèques sur le long terme, de la fin du Moyen Âge à nos jours. Il invite à ouvrir la réflexion vers d’autres types d’institutions qui gardent des archives au milieu d’artéfacts jugés dignes d’être conservés, cabinets et trésors, bureaux, musées ou maisons d’écrivains. Il vise à mettre à l’épreuve le schéma français en le confrontant à d’autres réalités européennes. Il s’interroge enfin sur la manière dont les mutations récentes, le développement des infrastructures numériques et des exigences d’interopérabilité des langages de description des documents écrits, ont permis de repenser le statut de ces papiers et de dépasser certains clivages.

 
Organisation: Emmanuelle Chapron (Aix Marseille Université), Véronique Ginouvès (MMSH), Fabienne Henryot (ENSSIB). 

 
Comité scientifique: Jean-François Bert (Université de Lausanne), Pierre Chastang (UVSQ), Maria Pia Donato (CNRS-IHMC), Olivier Poncet (École nationale des chartes), Yann Potin (Archives nationales-Université Paris-Nord-CERAL)

 
Date limite de soumission des propositions : 1er juin 2019

 
Les propositions (1 page), accompagnées d’un court CV, doivent être adressées à Emmanuelle Chapron (emmanuelle.chapron@univ-amu.fr) et Fabienne Henryot (fabienne.henryot@enssib.fr).
Les frais de transport et de séjour des participants seront pris en charge. Une publication des actes est prévue sous la forme d’un volume collectif.

jeudi 18 mai 2017

Conférence d'histoire du livre


École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre 

Lundi 22 mai 2017
16h-18h
Gens du livre à Paris au XVIe siècle: le cas de Nicolas Du Chemin, imprimeur-libraire de musique
par
Monsieur Olivier Grellety-Bosviel,
docteur de l'EPHE

NB: ATTENTION! voir ci-dessous la NOUVELLE ADRESSE DE LA CONFÉRENCE!

Le fichier manuel relatif à l’histoire du livre conservé au Minutier central constitue depuis une quarantaine d’années la source la plus riche pour tous les travaux sur l’histoire de la Librairie parisienne du XVIe siècle. L’histoire de ce fichier, et l’état actuel des sources  recensées, permettent de dresser une typologie des actes dans le sillage des recherches lancées naguère par Henri-Jean Martin sur le « petit monde du livre ». La question de la place des imprimeurs-libraires de musique au sein de l’édition parisienne à la Renaissance sera posée autour, notamment, de la figure de Nicolas du Chemin.

Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a désormais lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (54 boulevard Raspail, 75006 Paris, salle 26, 1er sous-sol).

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).



lundi 14 septembre 2015

Les cultures de l'écriture

Culturas del escrito en el mundo occidental, del Renacimiento a la contemoporaneidad,
éd. Antonio Castillo Gómez,
Madrid, Casa de Velázquez, 2015,
330 p., ill., bibliographie p. 270-330
(« Collection de la Casa de Velázquez »). 


La bibliographie espagnole relative à l’histoire du livre et de l’écrit, déjà impressionnante, vient de s’enrichir d’un nouvel ouvrage d’une grande originalité. Il s’agit en effet d’envisager, soit par des tableaux d’ensemble, soit par des études de cas, les transformations de la «culture de l’écrit» dans le monde occidental (en fait, surtout l’Espagne, la France et l’Italie du nord) aux époques moderne et contemporaine –par conséquent, dans une perspective relevant en principe de l’histoire comparée. L’éditeur, Antonio Castillo Gómez, présente en introduction les enjeux de l’entreprise («¿Qué escritura para qué historia?»): reprendre, dans un domaine spécifique, la problématique développée pour l’histoire de la lecture, c’est-à-dire élaborer une histoire des gestes, des pratiques et des représentations, qui serait notamment attentive à la dimension à la fois sociale et anthropologique de l'écriture.
Le volume s’organise en quatre parties, dont la première est consacrée aux «Murs écrits et murs lus». Nous sommes en l’occurrence dans l’espace public, ou l’écriture des slogans et autres graffitis (mais quid des tags?) semble souvent occultée par l’omniprésence de la communication institutionnelle (les documents épigraphiques parfois monumentaux, voire plus récemment les panneaux de toutes sortes) et, surtout, publicitaire (les affiches et autres). Les contributions concernent le modèle de la majuscule épigraphique (Francisco M. Gimeno Blay), les «murs écrits» de Lyon à l’époque moderne (Anne Béroujon) et le Chili de la fin du XXe siècle (Pedro Araya). En parcourant les rues de Paris et d’un certain nombre d’autres villes, nous avons pareillement réuni, depuis quelques années, une série de clichés évocateurs d’un certain nombre de phénomènes dont la simple typologie commentée serait probablement instructive. Les outils eux-mêmes ne sont pas les mêmes (de la craie au simple graffiti, à la
«bombe» à peinture, à l'utilisation du pochoir, etc.).
Tag dans le RER, station Le Vésinet-Le Pecq, 2004
La seconde partie, sous le titre «Desde la ausencia», envisage au premier chef la culture épistolaire, avec notamment les contributions de Carmen Sarrenao-Sánchez («Espejos del alma: la evocación del ausente en la escritura espistolar aurea») et de Verónica Sierra Blas («Cartas per todos: discursos, prácticas y representaciones de la escritura espistolar en la época contemporánea»). Rita Marquilhas trace le cadre d’une «analyse sociopragmatique» d’un corpus de près de 1600 lettres écrites par des Portugais du milieu du XVIe siècle jusqu'aux années 1970: l’analyse des formes de la mise en page (à travers la gestion des marges), mais aussi des contenus textuels (le vocabulaire), ouvre un certain nombre de perspectives originales, par exemple sur le rapport avec le discours oral. Même si, de manière surprenante, la perspective chronologique fait quelque peu défaut à cette enquête, sa méthodologie statistique semble très suggestive.
Antonio Castillo Gómez aborde quant à lui une problématique paradoxale, celle du passage de la typographie au manuscrit, en traitant des «cultures épistolaires» en Espagne au XVIIIe siècle. Enfin, l’exploitation des fonds du Musée de l’écriture populaire de Terque attire l’attention sur une institution originale: il y aurait, à l’heure où les transferts culturels s’imposent comme une problématique omniprésente, beaucoup à recueillir et à exploiter dans le domaine de l’«écriture populaire», au-delà des discours convenus.
La troisième partie est consacrée aux «livres de mémoire», soit une perspective qui est celle de l’enregistrement personnel ou destiné à un cercle privé. Il s’agira, certes, des «livres de raison», mais aussi des chroniques manuscrites, sans oublier les livres et autres documents comptables. Nous sommes très sensibles à la problématique de l’archéologie du document mise en œuvre à travers l’étude des livres de comptes des XVIIIe et XIXe siècles (Carmen Rubalcaya Pérez: il serait peut-être intéressant de comparer ces pratiques avec celles ayant cours au nord des Pyrénées). Mais pourquoi ouvrir un article consacré aux «livres de raisons français des XVe-XIXe siècles» (Sylvie Mouyset) par la présentation du tableau attribué à Michiel Nouts, «Portrait d’une famille», et daté des années 1655? 

Coll. National Gallery, Londres
De fait, nous sommes loin de la France: si la scène est bien représentative de la distribution traditionnelle des rôles, elle l’est aussi du modèle culturel à l’œuvre dans l’environnement réformé qui est celui des Provinces Unies du Siècle d’or. À gauche, le père de famille et son fils de six ou sept ans symbolisent les relations avec l’extérieur: le père écrit dans un grand registre (livre de raison, livre de comptes?) et, à son côté, son jeune fils tient en main un petit volume imprimé dans lequel il semble apprendre une leçon. À droite, c’est le cercle intérieur, d’où l’écrit est absent: la jeune mère avec ses trois filles, dont l’une joue à la poupée. En tout état de cause, les pratiques et les contenus du livre de raison diffèrent très sensiblement d’un environnement catholique à un environnement réformé. Sur ce même thème des «livres de mémoire», avouons que rappels historiographiques et pétitions de principe, encore plus au second degré (Antoine Odier, «Pour une étude comparée des discours scientifiques concernant les égo-documents de l’Europe d’Ancien Régime»), nous semblent rester relativement inopérants, surtout à ce niveau de généralités.
Enfin, la quatrième partie («Entre letrados y analfabetos») propose une typologie des pratiques articulée avec les niveaux de culture –un petit peu dans la lignée du grand article publié par Henri-Jean Martin dans le Journal des savants en 1975. Nous y retrouvons des contributions relatives à l’histoire de l’imprimé (qu’il s’agisse de la bibliothèque du marquis del Carpio (Felipe Vidales del Castillo) ou des notes relatives à l’achat de livres à Parme à la fin du XVIIIe siècle (Alberta Pettoello)). La littérature «de cordel», qui correspond à un domaine spécifique de la production et de la diffusion de l’imprimé dans le monde hispanique, est envisagée par Juan Gomis Coloma, tandis que Jean-François Botrel propose un tableau d’ensemble de la situation des analphabètes dans l’Espagne du XIXe siècle («Los analfabetos y la cultura escrita»): l’auteur insiste sur le fait que l’Espagne compterait encore douze millions d’analphabètes au début du XXe siècle...
En résumé, un volume novateur, qui propose des perspectives originales, même si le champ n’est évidemment pas épuisé: on pourrait par exemple penser aux agendas, listes (des choses à faire...) et autres mémorandums; ou encore à une analyse différenciée des pratiques d’écriture selon les géographies et selon les professions (pour ne pas revenir sur les confessions); ou encore, à une étude qui articulerait plus précisément les observations ainsi faites avec les transformations plus générales de l’économie du livre depuis le XVe siècle. Nous sommes très reconnaissants à l’éditeur de nous donner ainsi une manière d’état des lieux et des problèmes, s’agissant d’un domaine qui reste largement à explorer. Ajoutons que l’ouvrage se veut instrument de travail, et qu’il est complété par un précieux état des sources et par une riche bibliographie.

vendredi 30 janvier 2015

Les archives des bibliothèques

Les archives des bibliothèques sont une source négligée, mais dont les richesses sont réellement très grandes. À la Bibliothèque de l’Université de Bâle, dont le détail des catalogues d’archives est en grande partie disponible en ligne, le fonds de la correspondance reçue est tout particulièrement intéressant, avec, entre autres, des lettres de libraires éditeurs attentifs à identifier les titres susceptibles d’être d’entrer dans leur catalogue (comme E. Augé à Rouen en 1880). Mais voici encore des lettres de personnalités du monde savant comme Karl Batsch (Heidelberg, 1879) ou encore Samuel Berger (Paris, 1879). Baudrier prépare son voyage de Lyon à Bâle, et il écrit au conservateur, Sieber, le 29 mai 1879:
Monsieur,
Mon compatriote et confrère en bibliophilie, M. Renard, a bien voulu vous demander si je ne vous serai [sic] pas importun en allant, vers le milieu de juin, étudier sous votre direction les précieux incunables de la Bibliothèque dont la surveillance vous est confiée. Vous avez eu l’obligeance de lui promettre pour moi le plus cordial accueil. Je ne veux pas attendre de l’avoir mis à l’épreuve pour vous en remercier. Il y avait au XVe siècle et au commencement du XVIe, entre nos deux villes, des relations bien plus intimes qu’elles ne le sont de nos jours. Je tiens pour certain que l’imprimerie nous est parvenue par l’intermédiaire de Bâle, et je tiens à examiner les monuments qui vous restent de ses débuts chez vous, pour les comparer avec les nôtres. Tel est le but principal du voyage dont, grâce à votre concours, j’espère revenir chargé de notes et de souvenirs précieux.
Je ne peux pas déterminer exactement l’époque de mon départ, étant obligé de faire coïncider mon absence avec les exigences de mes fonctions [Baudrier est président de la cour d'appel]. Je ne pense pas cependant me tromper de beaucoup en vous disant que j’aurai vraisemblablement le plaisir de vous voir dans quinze jours ou trois semaines.
Veuillez en attendant, Monsieur le Conservateur, agréer avec mes remerciements la bien vive expression de mes meilleurs sentiments (Archiv UB Basel, A-I 13a).
D’autres lettres suivront, en 1880, dans lesquelles Baudrier remercie le conservateur de son accueil… et lui demande de nouvelles précisions. Dans une lettre du 9 mars 1880, il le remercie de lui avoir déposé, lors de son passage à Lyon, un
délicieux plan de Bâle » : …Merci du Plan de Bâle. Il est parfait, et l’épreuve que vous me donnez est excellente. Je vois les cellules des anciens chartreux de la vallée de Sainte-Marguerite, et avec un peu d’imagination je pourrai me figurer que je distingue celle de Jean de la Pierre
Lettre du président Baudrier, 1879 (Univ. Bibl. Basel, Archiv)
Nos réseaux savants, qui recoupent des réseaux commerciaux (les livres aussi circulent) rassemblent des savants, mais aussi des bibliothécaires, des personnalités des différentes institutions universitaires ou autres (académies, sociétés savantes, etc.) et des libraires: à Francforts-s/Main, la grande librairie Baerntravaille notamment pour la Bibliothèque de Bâle, tandis qu’à Nancy Oscar Berger-Levrault poursuit sa collecte des éditions de thèses strasbourgeoises, et propose des échanges, et des services.
En somme, dans les bibliothèques, on trouve des livres, certes, et «bien d’autres choses», comme on me l’a un jour finement fait remarquer. Mais on trouve aussi ce que l’on y cherche trop peu, des archives, qu’il conviendrait d’abord de préserver en les conservant dans de bonnes conditions, en les classant, et en les cataloguant, avant de pouvoir les étudier. Nul doute que leurs apports seraient considérables s’agissant des pratiques du travail intellectuel, mais aussi de l’organisation et du fonctionnement des champs littéraire et scientifique parfois depuis le XVIIIe siècle –sans parler de l'archivistique elle-même, et des développements de la rationalité bureaucratique dans l'institution bibliothécaire.
Autant de fonds richissimes qui attendent d’être repérés, et exploités. 

Bibliogr.: Henri Baudrier, Une Visite à la Bibliothèque de l'Université de Bâle, par un bibliophile lyonnais, Lyon, À la Librairie ancienne d'Aug. Brun, 1880.

jeudi 29 mars 2012

Une exposition à Rome

À l’occasion du quatrième centenaire de leur fondation, les Archives Vaticanes présentent du 29 février au 9 septembre 2012 une exposition absolument exceptionnelle, et qui intéressera entre autres l’historien du livre et de l’écrit.
Les Archives ont en effet été fondées par Paul V en 1612, soit à une époque où, après le concile de Trente, la papauté est très activement engagée dans une politique de reconquête catholique face à la Réforme, politique qui doit s’accompagner de l’actualisation de la doctrine de l’Église par rapport à la modernité et au mouvement des idées. Parallèlement, l’administration romaine est restructurée, avec notamment la mise en place des Congrégations (qui peuvent être assimilées à des ministères) sous le règne de Sixte-Quint. La création des Archives s’inscrit dans cette perspective de rationalisation administrative.

Pour ceux qui n’auront pas la chance de pouvoir visiter l’exposition à Rome (au Musée du Capitole), un remarquable catalogue a été édité: Lux in arcana. L’Archivio Segreto Vaticano si rivela. IV Centenario dalla fondazione dell’Archivio Segreto Vaticano, Roma, Palombi & Partner, 2012. ISBN 978-88-6060-392-0
Il s’agit de la présentation commentée de plusieurs dizaines de documents, la plupart d’importance exceptionnelle, mais qui sont restés pratiquement inaccessibles des siècles durant.

Sommaire
Introduzione
Nel Palazzo dei Conservatori (Dans le Palais des conservateurs)
Il custode della memoria (Le gardien de la mémoire). On remarque dans cette section la bulle «Inter cetera», de 1493, par laquelle Alexandre VI donne les terres nouvellement découvertes ou à découvrir au roi d’Espagne, mais aussi les actes du procès de Galilée ou encore l’Édit de Worms contre Luther (1521).
Tiara e corona (Tiare et couronne). Les archivistes et les historiens du Moyen Âge seront particulièrement intéressés par la «Fausse donation de Constantin» (754), sur laquelle est censé se fonder le pouvoir temporel de la papauté, mais dont l’authenticité a été mise en cause dès le XVe siècle: Nicolas de Cuse pensait que le document était un faux, ce que Lorenzo Valla a démontré. D’autres pièces illustrent les rapports de la papauté et des puissances temporelles, parmi lesquelles, pour ce qui regarde la France, l’original du Concordat de 1801 (mais aussi la reddition des troupes pontificales en 1870, et les Accords du Latran de 1929).
Nel segreto del conclave (Dans le secret du conclave): différentes pièces remarquables sur le lieu du secret par excellence, les conclaves.
Sante, regine e cortigiane (Saintes, reines et courtisanes), dont une lettre de Lucrèce Borgia à son père, le pape Alexandre VI...
La riflessione e il dialogo (La réflexion et le dialogue), dont des pièces relatives au rapprochement des Églises, ou encore à l’organisation des conciles de Trente et de Vatican II.
Eretici, crociati e cavalieri (Hérétiques, croisés et chevaliers): parmi d'autres documents, la bulle «Decet Romanum Pontificem» par laquelle Léon X excommunie Luther (1521); des pièces relatives à Giordano Bruno; la lettre de Jean Sobieski annonçant à Innocent XI la levée du siège de Vienne par les Turcs (1683); ou encore le dossier du procès des Templiers en France.
L’oro e l’inchiostro (L’or et l’encre): Bartolomeo Platina, premier bibliothèque de la nouvelle Bibliothèque pontificale, achève en 1480 le Liber privilegiorum Romanae Ecclesiae, dans lequel sont copiés plus de 400 documents relatifs aux droits de l’Église (cliché ci-dessus).
Scienziati, filosofi e inventori (Scientifiques, philosophes et inventeurs). Cette section intéresse l’histoire des idées, avec des documents concernant Copernic, Érasme ou encore Voltaire.
Nel Palazzo Clementino Caffarelli (Au Palais Clementino Caffarelli).
I segni del potere (Les signes du pouvoir), ou une sigillographie spectaculaire.
Il «periodo chiuso» (La «période de fermeture»): pièces relatives aux événements de la Seconde Guerre mondiale.
Compléments : Profili biografici, Glossario, Bibliografia, Referenze iconografiche, etc.

vendredi 10 septembre 2010

Newsletter en histoire du livre

La Fabbrica del libro (sous-titrée: Bolletino di storia dell’editoria in Italia) est un bulletin donnant deux fois par an des informations sur l’histoire du livre et de l’édition en Italie. La publication en est à sa seizième année, et le numéro 2010/1 propose en 48 pages des articles sur les archives éditoriales (par Gabriele Turi), sur différentes recherches en cours (un libraire autrichien à Venise de 1817 à 1868, un éditeur d’art milanais de l’après-guerre, etc.) et sur la collection des «Libri bianchi» publiée par Einaudi de 1957 à 1966 (par Irene Mordiglia). Le lecteur y trouvera aussi un article nécrologique (à la suite du décès de Roberto Bonchio) et un certain nombre d’autres contributions. Parmi celles-ci, arrêtons-nous un instant sur le «témoignage» (sous la rubrique Testimonianze) de Giorgio Lucini sur la maison milanaise des Lucini fondée en 1924.
Cette note de quelques pages attire en effet l’attention sur une source apparemment trop négligée des historiens du livre, tout au moins en France (au contraire, par exemple, de la pratique au Québec, et d’une manière générale au Canada): il s’agit des archives orales. À l’heure où la «troisième révolution du livre» déploie ses effets de manière de plus en plus sensible et où les «nouveaux médias» semblent sans cesse monter en puissance, à l’heure aussi où l’attention du public est mobilisée en faveur de savoir-faire et de connaissances qui seraient en voie de disparition, il paraît d’autant plus intéressant de recueillir les témoignages de professionnels qui ont été témoins d’un certain nombre d’évolutions ayant marqué la seconde moitié du XXe siècle et qui, pour la plupart, sont aujourd’hui relativement âgés. Nous pensons aussi bien à d’anciens «typos» et ouvriers du livre qu’à des acteurs du monde de l’édition, de la diffusion, de la presse périodique, voire des bibliothèques, etc.
Les Newsletters privilégient aujourd’hui la forme numérique (à l’image des Nouvelles du livre ancien en France): il est d’autant plus réconfortant de rencontrer une expérience durable qui utilise encore le support du papier. Le calcul est probablement fondé: nous recevons tous quotidiennement une information écrasante par Internet, de sorte que l’hypothèse n’est pas toujours vérifiée, qui voudrait que l’accessibilité totale de tel ou tel bulletin ou autre soit garante de sa consultation effective. Au contraire, l’information sur papier s’appuie sur la durabilité, et elle peut être consultée partout et à tête reposée, de sorte que sa «rentabilité» est très probablement bien plus élevée que si elle était donnée sur Internet. Il faut rendre hommage aux responsables de la publication de La Fabbrica del libro pour leur ténacité en définitive couronnée de succès.
L’index des années 1995-2000 de La Fabbrica del libro est accessible à l’adresse Internet suivante: http://fondazionemondadori.it. Le directeur de la publication est notre collègue Gabriele Turi (auteur par ailleurs d’une Storia dell’editoria nell’Italia contemporanea, Florence, 1997), et le bulletin est adressé gratuitement à quiconque en fait la demande motivée (gobbo.fdl@libero.it).
Signalons d'autre part que Madame Florence Descamps organise un séminaire hebdomadaire consacré à «Histoire des organisations et archives orales», dans le cadre de l’École pratique des hautes études, IVe Section (Paris). Puisse l’exemple de nos collègues italiens susciter des vocations de ce côté-ci des Alpes, surtout s'agissant d'histoire du livre!

vendredi 3 septembre 2010

Histoire du livre: politiques et pratiques de la culture

Philippe Poirrier est professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Bourgogne et responsable du pôle "patrimoine" de la Maison des Sciences humaines de Dijon. Spécialiste de l'histoire des politiques publiques de la culture, de l'histoire du patrimoine et de l'historiographie "culturelle" récente, il a notamment publié Les Enjeux de l'histoire culturelle (Paris, Seuil, 2004, coll. "Points") et tout récemment une précieuse Introduction à l'historiographie (Paris, Librairie Belin, 2009). Il va de soi que la problématique de l'histoire du livre et de l'imprimé croise les intérêts de Philippe Poirrier, et qu'elle apparaît très souvent dans ses travaux.
C'est encore le cas dans le dernier ouvrage qu'il a dirigé, sur un thème aujourd'hui souvent à l'ordre du jour (pour ce qui nous intéresse plus particulièrement: le patrimoine, la culture et les bibliothèque!). Le volume vient tout juste de sortir à La Documentation française:
Politiques et pratiques de la culture, Paris, La Documentation française, 2010, 304 p. (Coll. "Les Notices").
http://www.ladocumentationfrancaise.fr/catalogue/9782110081452/index.shtml

Introduction (Philippe Poirrier, Univ. de Bourgogne)
Les politiques culturelles : de nombreux acteurs
1- La construction historique de l’État culturel (Philippe Poirrier)
Focus : La démocratisation culturelle : une évaluation à construire (Jean Caune, Université de Grenoble III)
2- Le ministère de la Culture au fourneau des réformes (Claude Patriat, Univ. de Bourgogne)
Focus : Les échanges culturels extérieurs, réseaux et acteurs (Alain Lombard)
3- L’effort public pour la culture (Jean-François Chougnet)
Focus : Culture et management (Xavier Dupuis, Univ. de Paris I)
4- Mécènes et pouvoirs publics : des relations ambivalentes (Sabine Rozier, Univ. de Picardie)
5- Les collectivités territoriales et la culture : des beaux-arts à l’économie créative (Philippe Poirrier)
Focus : Les enjeux des intercommunalités (Emmanuel Négrier, CNRS)
Les domaines des politiques culturelles
6- Le patrimoine (Pierre Moulinier, CHMC)
7- Les archives (Vincent Duclert, EHESS)
8- Les musées (Frédéric Poulard, Univ. de Lille I)
Focus : Les centres d’interprétation du patrimoine (Serge Chaumier, Univ. de Bourgogne)
9- Le théâtre et les spectacles (Emmanuel Wallon, Univ. de Paris Ouest La Défense)
Focus : Les chiffres du spectacle vivant (Emmanuel Wallon)
10- Des politiques et des musiques (Anne Veitl)
Focus : La danse (Marianne Filloux-Vigreux)
11- Les politiques de soutien au marché de l’art (Alain Quemin, Univ. de Marne-la-Vallée)
12- Les bibliothèques (Anne-Marie Bertrand, ENSSIB)
13- Les politiques publiques en direction des industries culturelles et leurs enjeux (Philippe Bouquillion, Univ. de Paris VIII)
Focus : L’audiovisuel public et la culture (François Jost, Univ. de Paris Sorbonne-Nouvelle)
Enjeux économiques et sociaux
14- Sociologie des pratiques culturelles (Olivier Donnat, Ministère de la Culture)
Focus : Les publics des festivals (Emmanuel Négrier, Aurélien Djakouane)
15- Industries culturelles, mondialisation et marchés nationaux (Françoise Benhamou, Univ. de Paris XIII)
Focus : Les biens culturels, une exception économique ? (Françoise Benhamou)
16- Les médias et la vie culturelle (Hervé Glevarec, CNRS)
Focus : Les enjeux de la révolution numérique (Emmanuel Hoog, INA)
17- Emploi artistique et culturel et formations (Jean-Pierre Saez, Observatoire des politiques culturelles) 18- Les professions culturelles  : un système incomplet de relations sociales (Pierre-Michel Menger, EHESS)
Un modèle en question
19- Politiques culturelles : les enjeux de la diversité culturelle (Serge Regourd, Univ. de Toulouse I)
20- L’éducation artistique (Emmanuel Wallon)
21- Les politiques culturelles en Europe : modèles et évolutions (Pierre-Michel Menger)
22- Pour une politique culturelle européenne ? (Anne-Marie Autissier, Univ. de Paris VIII)
23- Quelle politique culturelle pour une société créative ? (Xavier Greffe, Univ. de Paris I)

(sur une information communiquée par Philippe Poirrier)

mardi 16 mars 2010

Conférence d'histoire du livre


Vendredi 19 mars 2010, 14h-16h
Troisième séance du séminaire "Langues, livres, lecteurs".

Les horizons de diffusion des publications en langue française à la lumière des archives commerciales de deux maisons d’édition de la fin du XVIIIe siècle
La Société typographique de Neuchâtel, par Monsieur Frédéric Inderwildi (Université de Lausanne),
La librairie Desaint de Paris, par Madame Sabine Juratic (Institut d'histoire moderne et contemporaine).

Le séminaire se tient dans la salle de réunion de l'Institut d'histoire moderne et contemporaine, École normale supérieure, 45 rue d'Ulm, 75005 Paris (01 44 32 31 52). Entrée libre dans la limite des places disponibles.

Informations sur ce séminaire:
http://www.ihmc.ens.fr/Langues-livres-lecteurs-le.html