jeudi 15 novembre 2018

Vient de paraître...

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Vient de paraître:
«Maudits livres». La réception de Luther & les origines de la Réforme en France [catalogue d'exposition],
Paris, Bibliothèque Mazarine, Éditions des Cendres, 2018,
339 p., ill.
ISBN 978-2-86742-280-5 

À l’automne 1518, un an après la publication des 95 thèses (voir par ex. ici), la pensée de Luther pénètre pour la première fois en France, sous la forme d’un recueil de textes publié à Bâle. Les œuvres du réformateur commencent ainsi par être importées dans le royaume; elles circulent et y sont lues; elles seront bientôt réimprimées et traduites, mais aussi contestées, condamnées et parfois détruites.
Elles rencontrent en France les aspirations d’une société traversée d’inquiétudes depuis la fin du Moyen Âge, gagnée par de nouvelles sensibilités religieuses, tentée par la contestation des autorités, et séduite par de nouveaux modes de lecture et d’enseignement. Entre 1518 et la fin du règne de François Ier, s’ouvre une période intense d’explorations et de questionnements. Certains événements contribuent à médiatiser la figure de Luther et à crisper les positions: sa condamnation par la Sorbonne et par le Parlement de Paris (1521), l’«Affaire des placards» (1534), l’apparition de Calvin, la création de l’Index des livres interdits (1544). Les dissensions se font fractures, et les voies moyennes, tentées par un Lefèvre d’Étaples ou une Marguerite de Navarre, deviennent impossibles à tenir. Le mot «luthérien» se charge négativement, et son imprécision autorise désormais tous les amalgames…
Un demi-siècle après l’invention de l’imprimerie, avant que la Renaissance ne laisse place aux Guerres de Religion, le livre est à la fois l’acteur principal et un témoin privilégié de ces bouleversements. Imprimeurs et libraires perçoivent le formidable potentiel éditorial de la polémique luthérienne, et oscillent entre raison commerciale, prudence, et engagement personnel. Pour endiguer la diffusion des textes désormais définis comme hérétiques, on invente des dispositifs de contrôle de plus en plus redoutables à défaut d’être efficaces: les livres devenus maudits mènent à l’exil ou au bûcher leurs auteurs, imprimeurs et lecteurs.
Exposition organisée par la Bibliothèque Mazarine en partenariat avec la Société d’Histoire du Protestantisme français.

L’ouvrage publié comprend les soixante-dix-huit notices détaillées des pièces exposées à la Bibliothèque Mazarine, pièces réparties en six sections dont chacune est introduite par une monographie scientifique.

Sommaire
Préface, par Yann Sordet
Introduction, par Hubert Bost
I- De nouvelles sensibilités, de nouveaux textes, de nouvelles lectures, Frédéric Barbier
Notices 1 à 11
II- 1518-1521: Luther à Paris, par Florine Lévecque--Stankiewicz
Notices 12 à 24
III- Réactions: défenses et ruptures, par Geneviève Guilleminot-Chrétien, et par Yves Krumenacker
Notices 25 à 31
IV- Luther en français avant Calvin, par Marianne Carbonnier-Burkard et Olivier Millet
Notices 32 à 56 V- Entre Luther et Calvin: les années 1540, par Marianne Carbonnier-Burkard et Olivier Millet
Notices 57 à 69
VI- La légende noire de Luther, par Yves Krumenacker
Notices 69 à 78
Chronologie
Bibliographie sommaire
Index nominum et locorum
 
Commissaire de l'exposition: Florine Lévecque-Stankiewicz
Direction scientifique: Frédéric Barbier, Marianne Burkard-Carbonnier, Geneviève Guilleminot-Chrétien, Florine Lévecque-Stankiewicz, Yves Krumenacker, Olivier Millet, Yann Sordet

samedi 3 novembre 2018

Nouvelle publication


Histoire et civilisation du livre. Revue internationale, n° 14
Genève, Droz, 2018
408 p., ill.

ISBN : 9782600059183.

PRÉSENTATION
Histoire et civilisation du livre. Revue internationale, fondée en 2005, couvre l’ensemble des problématiques de l’histoire du livre, du Moyen Âge à l’époque contemporaine: histoire sociale et économique de l’édition, histoire des médias et de la communication écrite, bibliographie matérielle, histoire des arts du livre, histoire des bibliothèques, de la lecture et des usages du livre, etc. Chaque numéro comprend une partie thématique, une partie de varia, et une partie de comptes rendus critiques.

Rédacteur en chef: Yann Sordet
Comité de rédaction: Mmes et MM. Frédéric Barbier (CNRS/EPHE), Christine Bénévent (École nationale des chartes), Emmanuelle Chapron (Aix-Marseille Université), Jean-Marc Chatelain (BNF), François Déroche (Institut de France / EPHE), Christophe Gauthier (École nationale des chartes), Sabine Juratic (CNRS), Jean-Dominique Mellot (BNF), Raphaële Mouren (Institut Warburg), Yann Sordet (Bibliothèque Mazarine), Marie-Hélène Tesnière (BNF), Dominique Varry (ENSSIB), Françoise Waquet (CNRS), Hanno Wijsman (IRHT).

Sommaire du n° XIV (2018)
BRUXELLES ET LE LIVRE (XVIe-XXe s.),
dossier éd. par Renaud Adam et Claude Sorgeloos
- Bruxelles et le livre: regards sur cinq siècles d’histoire (XVIe-XXe siècle) / Renaud Adam et Claude Sorgeloos
- Bruxelles dans l’historiographie du livre / Claude Sorgeloos
- Le commerce du livre à Bruxelles au XVIe siècle / Renaud Adam
- Une enquête de police dans les milieux du livre à Bruxelles en avril 1689 / Renaud Adam et Laurence Meunier
- La contrefaçon belge sans frontières: les imprimeurs bruxellois à l’assaut des marchés italiens et québécois / Jacques Hellemans
- Sur les traces des imprimeurs bruxellois dans l’entre-deux-guerres: l’imprimerie J. Felix et fils / Bruno Liesen
- Les Éditions Ysaÿe / Marie Cornaz
- Aperçu du champ éditorial bruxellois durant la seconde occupation allemande (1940-1944) / Michel Fincoeur

LA MÉDIATISATION DES RÉVOLTES EN EUROPE (XVe-XVIIIe s.),
dossier éd. par Stéphane Haffemayer
- Diffuser des lettres pour contracter des alliances: la communication des rebelles en Flandre et en Brabant au bas Moyen Âge / Jelle Haemers
- Rébellions et gazettes. La médiatisation des guerres des paysans en Autriche (1626) et en Suisse (1653) / Andreas Würgler
- «Great Conspiracy» et «Bloody Plot»: la médiatisation de la révolte irlandaise et le déclenchement de la guerre civile anglaise (1641-1642) / Stéphane Haffemayer
- La diplomatie d’une révolte entre information et publication: le cas des ambassades portugaises en France, 1642-1649 / Daniel Pimenta Oliveira de Carvalho
- Texts, publics, and networks of the Neapolitan Revolution of 1647-1648 / Davide Boerio
- For the True Religion and the Common Cause: Transnational Publicity for the War of the Camisards (1702-1705) / David de Boer
- «Rebelle malgré lui» – récits de réconciliation et de réintégration dans les biographies politiques britanniques du XVIIIe siècle / Monika Barget

ÉTUDES D’HISTOIRE DU LIVRE
- Observations sur le livre illustré imprimé à Bucarest (XVIe-XIXe siècle) / Anca Elisabeta Tatay et Cornel Tatai-Balta
- Damned usury, «Cologne», «1715» : Delusion or bona fide? Typographical evolution on title pages in the Southern Netherlands in the 18th century and its potential as a means of identification / Goran Proot
- L’affectation des bibliothèques confisquées à Rochefort, ville-arsenal de la Marine (1790-1803) / Olivier Desgranges
- Le livre à Strasbourg sous le Premier Empire / Nicolas Bourguinat

LIVRES, TRAVAUX ET RENCONTRES
Comptes rendus de:
Les Arts du texte (Lyon, 2016), El Libro españo en Londres (Valéncia, 2016), L’Industria del libro a Venezia durante la restaurazione (Firenze, 2016), Nundinarium Francofordiensium encomium (Genève, 2017), Humanisten edieren (Stuttgart, 2014), Images et révoltes dans le livre et dans l’estampe (Paris, 2016), Lesen. Ein interdisziplinärisches Handbuch (Berlin, 2015), Les Livres des maîtres de Sorbonne (Paris, 2017), Die Macht des Wortes. Reformation und Medienwandel (Regensburg, 2016), NON. Pamphlets, brûlots et autres textes polémiques (Besançon, 2016), Grundriss der Inkunabelkunde (Stuttgart, 2018), Strange bird. The Albatros Press and the Third Reich (New Haven, 2017), Wissensspeicher der Reformation (Halle, 2016).

dimanche 21 octobre 2018

Une remarquable exposition d'histoire du livre

«Ex bibliotheca.
Les livres retrouvés de l’Académie protestante de Saumur»

Exposition organisée par
Le Mans, 19 oct. 2018-19 janv. 2019

L’exposition retrace l’histoire de l’une des plus importantes institutions intellectuelles et éducatives du XVIIe siècle, l’Académie protestante de Saumur.
Fondée en 1599 par Philippe Duplessis-Mornay, l’Académie fut un haut lieu des Églises réformées de France et le principal centre de formation des pasteurs du nord du royaume. Foyer théologique novateur, elle rayonna à travers l’Europe par l’influence de ses professeurs et élèves mais fut aussi à l’origine de violentes controverses. Supprimée par Louis XIV en 1685, dix mois avant la révocation de l’Édit de Nantes, elle voit sa bibliothèque saisie puis vendue: celle-ci sombre alors dans un oubli séculaire.
Une découverte capitale
La découverte fortuite d’un livre conservé à la Médiathèque du Mans, provenant du fonds de l'abbaye Saint-Vincent mais ayant appartenu à Louis Cappel, professeur à l’Académie, est à l’origine de la vaste enquête menée par Thomas Guillemin, chercheur associé au laboratoire TEMOS (Université d’Angers-CNRS). Réalisée dans les principaux fonds de la région, à la Médiathèque du Mans pour l’ensemble le plus significatif, et à la Médiathèque de Saumur-Val de Loire notamment, cette recherche a permis de mettre au jour les fragments des bibliothèques de plusieurs professeurs mais aussi de celle de l’Académie, tous d’un intérêt primordial pour la compréhension de l’histoire de l’institution.
Un ensemble exceptionnel
Sont réunis pour la première fois depuis le XVIIe siècle, cahiers d’étudiants, livres de prix, pièces d’archives, ouvrages pour certains très annotés comportant les ex-libris ou ex-dono des plus illustres professeurs de l’Académie – John Cameron, Louis Cappel, Moïse Amyraut, Tanneguy Le Fèvre, William Doull. Cet ensemble est enrichi par le prêt de pièces de premier plan issues de collections publiques et privées, comme l’inventaire original de la bibliothèque de l’Académie (Archives nationales de France), un portrait de Philippe Duplessis-Mornay (Château-Musée de Saumur), et l’exceptionnel midrash vénitien du xvie siècle qui a appartenu à Louis Cappel (Médiathèque de Saumur).
Une grande figure: Louis Cappel
L’exposition explore en six sections les méthodes d’enseignement et les spécificités de l’Académie, lieu de formation et foyer d’innovations théologiques. Elle évoque également l’«École de Saumur», courant théologique original du calvinisme européen qui jouera un rôle fondamental dans l’évolution du protestantisme moderne. De cette passionnante aventure intellectuelle se dégage en particulier la figure de Louis Cappel, théologien majeur de la première moitié du XVIIe siècle. La présentation de trois ouvrages inédits entrés en sa possession permet de découvrir la démarche par laquelle il révolutionne l’exégèse biblique.
De la naissance au déclin d’une institution phare de l’histoire du protestantisme français, se dessinent les contours de plusieurs bibliothèques qui réapparaissent après une éclipse de trois siècles et demi.

Du 19 octobre 2018 au 19 janvier 2019
Médiathèque Louis-Aragon
54 Rue du Port, 72000 Le Mans. Tél. 02 43 47 48 74
Ouverture : Mardi, mercredi et vendredi : 10h-18h30. Jeudi : 13h30-18h30. Samedi : 10h-17h. Entrée gratuite.
Inbformation communiquée par Madame Sophie Renaudin, conservateur des bibliothèques, responsable des fonds patrimoniaux de la Médiathèque du Mans.

dimanche 7 octobre 2018

Encadrer et censurer le média

Le récent colloque de Tours, Lost in Renaissance (cliquet ici), nous amène à rouvrir brièvement un dossier ancien: celui-ci porte sur «la peur et le livre» –selon l’usage, nous entendons ce dernier terme dans son sens le plus large, soit un support faisant appel aux techniques de l’écrit (à l’exclusion des écrans). La peur et le livre ne constituent d'ailleurs qu’un exemple d’un sujet beaucoup plus large, et que l’on pourrait définir comme celui e «la peur et les médias» (cliquer ici).
Nous ne pouvons pas nous arrêter sur la typologie de la peur, qui opposera la peur immédiate (par ex., la peur de tomber), à la peur à moyen ou à plus long terme (la peur de la ruine, de la maladie, ou autre) et à la peur essentielle (la peur de la mort et de ce qui peut s’ensuivre). Par rapport à cette question, les usages du média seront de différents ordres: la peur existentielle, celle de mourir, ne peut être envisagée que dans une spécifique, celle de la morale ou d'une forme de dévotion, quand les autres types de peur pourront faire l’objet de spéculations diverses relatives au média. Selon les époques et les circonstances,
- on garde sous les yeux l’image de la mort et on s’inquiète de son salut en se référant à des livres de piété ou autre (dans le monde occidental, l’Imitation de Jésus Christ est le best seller de l’époque moderne);
-ou bien on «joue à se faire peur» en apprenant l’existence d’une catastrophe qui s’est produite au loin (ce sont les «canards»), ou en lisant un roman effrayant (un roman «gothique», une histoire de fantôme…), mais que l’on sait être une fiction;
-ou bien encore on se laisse aller à une forme de millénarisme annonçant la fin du monde (à l'époque contemporaine, il s'agit de la guerre, de la subversion des États organisés, des migrations incontrôlées, de la destruction de l'environnement naturel et des conséquences que cette destruction peut entraîner…).
Cette typologie interfère avec une sociologie et une anthropologie de la peur, elles-mêmes liées à la médiatisation: nous avons déjà évoqué, pour la France, la Grande Peur de 1789, soit la peur du plus grand nombre dans un environnement rural très majoritairement analphabète, mais en même temps ouvert à la circulation des bruits et autres fausses nouvelles. Au XIXe siècle, à la peur des bourgeois parisiens devant les «banlieues rouges» telles que présentées par Zola (1) succède aujourd’hui la peur face à des «quartiers» censés être dominés par le communautarisme et abandonnés par la République. Les enquêtes de Le Play donnent des séries d’exemples de ce type, comme celui des «paysans déracinés» qui peuplent Saint-Junien (Hte-Vienne), et parmi lesquels l’auteur s'arrête sur la figure de la gantière, seule dans son atelier et qui coud fébrilement: «paysanne hier, elle sera pétroleuse demain à la prochaine grève».
Mais nous retiendrons aujourd’hui le schéma inverse: c'est le livre, ou le média, qui fait peur par lui-même, et surtout par les usages qui peuvent en être faits. Le colloque de Tours a permis de revenir sur les conséquences entraînées par l’irruption, au XVe siècle, de la nouvelle technologie des médias, celle de la typographie en caractères mobiles. Bien entendu, la première réaction est universellement positive, face à un outil qui permettra la multiplication des textes, l’accélération de leur circulation, et une accessibilité considérablement plus grande grâce à la baisse des prix. Mais les disfonctionnements apparaissent progressivement plus graves: comment protéger les investissements des libraires éditeurs, comment contrôler la qualité des textes publiés et surtout, à plus long terme, comment contrôler leur circulation (2)?
Bien sûr, la peur n’entre pas seule en ligne de compte: l’économie intervient aussi (il faut réguler, pour protéger ses droits), de même que la sociologie du pouvoir (il faut contrôler, pour conserver l’exclusivité de la médiation ou de la prescription, notamment s’agissant du premier ordre et du rapport à l'Écriture sainte).
Le risque fondamental est celui selon lequel un nombre croissant de lecteurs potentiels pourra se procurer les textes qu’il souhaite ou qui seront à sa disposition, alors même que ces textes ne lui sont pas toujours réellement accessibles. Selon les lecteurs, les conséquences pourront être tragiques pour l’individu, pour sa famille, ou pour la collectivité: ce lecteur trop naïf est intoxiqué par le texte qu’il découvre et qui le fascine, à l’image d’Emma Bovary «empoisonnée» par ce qu’elle emprunte au cabinet de lecture de Rouen. La crédulité pousse cet autre à croire à des chimères (la bourse…), qui entraîneront sa ruine et celle de sa famille. Quant aux paysans révoltés, ils ont pris au sens littéral ce qu'ils croyaient avoir été annoncé par les Réformateurs, sur le royaume de Dieu et sur l’égalité universelle…
Bref, l’imprimerie est un don de Dieu, mais elle doit être utilisée à bon escient. Dès avant 1517, la réaction se fait à Rome, quand le pape Léon X promulgue les décisions du concile de Latran relatives à la publication des livres imprimés (26 mai 1515): il est interdit d'imprimer un texte qui n'aura pas été approuvé par les autorités ecclésiastiques (Prohibitio imprimendi libris, absque examine approbatione Vicarii Papæ, & Magistri Sacri Palatii Apostolici in Urbe. Et episcoporum hæreticæque pravitatis inquisitorum il aliis locis»). L'imprimerie a été découverte par la grâce de Dieu et elle apporte des avantages considérables (3), mais il est de la responsabilité de l'Église de veiller à ce qu'elle ne soit employée qu'à la gloire de Dieu, à l'essor de la foire et à la diffusion des connaissances utiles (4). Encore quelques années, et Cochlaeus résumera les inquiétudes de la part des catholiques:
Le Nouveau Testament de Luther a été tellement multiplié et tellement répandu par les imprimeurs que des tailleurs et des cordonniers, (…), des femmes, des ignorants, qui ont accepté ce nouvel évangile luthérien et qui savent un peu lire l’allemand l’ont étudié avidement comme la source de toute vérité…
De fait, tout un chacun n’a pas été formé pour interpréter les Écritures saintes, et il convient toujours de prendre des précautions. À terme, ce sera, au concile de Trente, la mise en place de la censure en tant qu’institution de surveillance et de régulation de la circulation des livres.
Ne croyons pas pourtant que les idées des Réformateurs soient plus ouvertes, s’agissant de la pratique de lecture. Luther ne déclare-t-il pas:
«Il ne faudrait pas lire beaucoup, mais lire de bonnes choses et les lire souvent» (Martin Luther, À la noblesse chrétienne, dans Œuvres, I, p. 662).
Inutile de souligner combien ce programme supposerait de revenir sur la théorie de la «Leserevolution», laquelle serait caractérisée par le passage, plus précoce dans l'environnement réformé, de la lecture intensive à la lecture extensive…

1) Alain Faure, «Un faubourg, des banlieues, ou la déclinaison du rejet», dans Genèses, 51-2 (2003), Les Mots de la ville, p. 48-69.
2) Jean-François Gilmont, «Les humanistes face à l’ars impressoria», dans Id., Le Livre et ses secrets, Louvain, Presses universitaires de Louvain; Genève, Librairie Droz, 2003, p. 45-57. L’auteur exploite notamment le petit opuscule de Hans Widmann, Vom Nutzen und Nachteil der Erfindungdes Buchdrucks, aus der Sicht der Zeitgenossen des Erfinders, Mainz, Gutenberg Gesellschaft, 1973. Voir aussi : Orietta Rossini, «La stampa a Roma : entusiasmi e riserve nei circoli umanistici», dans Gutenberg e Roma. Le origini della stampa nella città dei papi (1467-1477) [catalogue de l’exposition du Mueso Barracco, Rome, 1997], éd. Massimo Miglio, Orietta Rossini, Napoli, Electa Napoli, 1997, p. 97-112. La question de la protection des œuvres de l'esprit et de la rémunération des auteurs à partir de leur travail reste longtemps en retrait.
3) «Ars imprimendi libros, temporibus potissimum nostris, divino favente numiner, inventa seu aucta & perpolita, plurima mortablibus attulerit commodæ, cum parva impensa, copia librorum maxima habeatur». 
4) «Nos itaque ne id quod ad Dei gloriam & fidei augmentum ac bonorum artium propagationem salubriter est inventum, in contrarium convertatur». Le texte complet est édité dans: Magnum bullarium romanum a beato Leone Magno usque ad S.D.N. Benedictum XIII opus absolutissimum, t. I, Luxemburgi, sumptibus Andreæ Chevalier, 1727, p. 554 et suiv.

samedi 29 septembre 2018

Les Fables de La Fontaine

Nous évoquions il y a peu la question des «produits dérivés», à propos du Voyage pittoresque de la Grèce, par le comte de Choiseul-Gouffier, et d’un paravent particulièrement spectaculaire, récemment restauré et présenté au Musée de la Vallée aux loups (Maison de Châteaubriand).
Le château de Vaux, ou la mise en scène des trompe-l'œil
Une nouvelle visite du superbe château de Vaux-le-Vicomte permet de revenir sur un ouvrage très célèbre, et qui répond lui aussi à une spéculation: il s’agit des Fables de La Fontaine, illustrées d’après des cartons du peintre Jean-Baptiste Oudry. En même temps, le dossier souligne le fait que l’exploitation d’un filon peut se faire dans les deux sens: dans le cas du Choiseul, le volume imprimé précède la déclinaison des objets dérivés, alors que, dans le cas du La Fontaine, c’est le titre qui devient lui-même un produit dérivé.
Mais revenons à l'œuvre elle-même, et à ses conditions de production. Né en 1686, Oudry est un élève de Largillière, et il s’oriente tout particulièrement vers la peinture de natures mortes, de scènes de chasse et d’animaux. À compter de 1726, la protection de Louis Fagon lui vaut d’être nommé peintre pour la Manufacture royale de tapisseries de Beauvais dont, après Besnier, il prendra la direction artistique à partir de 1734: c’est ainsi qu’il prépare les cartons des tapisseries exécutées à Beauvais, avant d’en suivre la réalisation. C’est aussi à Beauvais qu’il décédera, en 1755.
Dans les années 1729-1734, l’artiste avait préparé, à la demande du garde des sceaux Germain Louis Chauvelin, une série de dessins illustrant le cycle des Fables de Jean de La Fontaine. Ces dessins sont d’abord utilisés pour des tapisseries: nous connaissons plusieurs pièces faites dans le cadre de cette opération (fauteuils, etc., comme à Champs-s/Marne). Le mobilier de Vaux-le-Vicomte, reconstitué au XIXe siècle, présente à cet égard une pièce très remarquable, en l’espèce d’un superbe paravent à six feuilles, tissé par La Savonnerie (sur la colline de Chaillot) entre 1735 et 1740, et reprenant les illustrations de six fables tout particulièrement célèbres de La Fontaine, d’après Oudry et Pierre Josse Perrot.
La deuxième fable du livre I, «le Corbeau et le renard», met l'accent sur l'importance de la rhétorique: le corbeau est à l’abri dans son arbre, avec le butin qu’il s’apprête à déguster, à savoir un fromage. Le renard, qui ne saurait grimper aux arbres, entreprend pourtant de le circonvenir par son discours trompeur: la construction du texte oppose dans ses rimes le fromage au langage, et plus loin le ramage (le son) au plumage (le paraître). En définitive, le renard arrive à ses fins, quoique ceux-ci pouvaient  a priori sembler totalement hors de sa portée.
Les 275 (ou 277?) dessins d’Oudry sont reliés sous maroquin vert en deux albums , que l’artiste vend, dans les années 1751, à Louis Regnard de Montenault: celui-ci prépare alors une rapide biographie de La Fontaine, qu'il veut publier en tête d'une nouvelle édition illustrée de ses Fables. Pourtant, Cochin indique, dans ses Mémoires, que Montenault n'est qu’un prête-nom. Quoi qu’il en soit, l’entreprise est soutenue par la banque d’Arcy et par des financiers de l’entourage de Madame de Pompadour.
Il s’agit, avec l’accord d’Oudry, de faire reprendre les dessins originaux par Charles Nicolas Cochin, en vue de les approprier à leur reproduction sous forme de gravures, et d’en confier ensuite la réalisation à une pléiade d’artistes célèbres. Oudry lui-même dessine le frontispice, dont Cochin exécutera la gravure. Enfin, les superbes culs-de-lampe gravés sur bois sont dessinés par Jean-Jacques Bachelier, et gravés par Nicolas Le Sueur et par Jean-Michel Papillon.
Les premières planches sont présentées en 1753, et le premier des quatre volumes in folio, dédié au roi, est annoncé en septembre 1754, avant de sortir à Paris, chez Desaint et Saillant et chez Durand au printemps suivant. L’impression est réalisée par Charles Antoine Jombert (ici le compte rendu du livre de Greta Kaucher), au tirage de 1000 exemplaires, dont une centaine sur grand papier. Le Journal de Trévoux annonce, en juillet 1755:
On voit chez Dessaint & Saillant et chez Durant le 1. volume de la magnifique édition des Fables de La Fontaine. On sçait qu’elle est in-fol., avec les sujets gravés d’après les dessins de feu M. Oudry & sous la direction de M. Cochin, Secrétaire perpétuel de l’Académie royale de peinture & de sculpture. (…) Tout ce que nous pourrions dire en faveur de cette édition seroit au-dessous de ce qu’elle est en elle-même…
Pourtant, la spéculation semble se révéler au moins... hasardeuse, et le quatrième et dernier volume ne pourra sortir qu’avec le soutien du roi, en 1759. Le prix de vente très élevé explique peut-être ce relatif échec: 300 livres pour un exemplaire sur papier ordinaire, 348 livres sur papier grand raisin, et 400 sur grand papier, sans dire rien des exemplaires de tête.
Quant aux deux albums d’Oudry, ils sont passés dans différentes collections, jusqu’à celle de Raphaël Esmérian de 1946 à 1973. Si le premier album est aujourd’hui conservé, le deuxième a été démembré et dispersé. Et, pour conclure, observons que le «La Fontaine» résume en lui-même l'histoire de la bibliophilie: il devient immédiatement un livre pour les «amateurs» fortunés, et il est systématiquement présenté dans les expositions patrimoniales des bibliothèques qui ont la chance de le conserver: ainsi de l'exposition Le Livre (Paris, BN, 1972, n° 682), ou encore des Trésors de la bibliothèque de l'Arsenal, en 1980 (n° 81). Pourtant, reconnaissons que les notices sont pour le moins succinctes, et qu'elles ont une certaine tendance à se répéter elles-mêmes...

Roger Gaucheron, «La préparation et le lancement d'un livre de luxe au XVIIIe siècle: l'édition des Fables de La Fontaine, dite d'Oudry», dans Arts et métiers graphiques, 1927 (n° 2), p. 77-82.

lundi 24 septembre 2018

Colloque et exposition sur les origines du protestantisme

La réception de Luther en France et en Europe, et les origines de la Réforme
12-13 novembre 2018

JOURNÉES D'ÉTUDE

Lundi 12 novembre
(83 boulevard Arago, 75014 Paris) 

Luther en Junker Jörg, par Lucas Cranach l’Ancien,
panneau sur bois
Schloßmuseum Weimar.
LES DÉBUTS DU LUTHÉRANISME EN EUROPE ET DANS LE MONDE
13h30 (1) voir note en bas de page
14h30: Ouverture, par Isabelle Sabatier, présidente de la SHPF
14h40: Imprimeurs-libraires aux origines de la Réforme en Italie. Andrea De Pasquale (Bibliothèque nationale centrale, Rome)
15h10: Humanisme monacal, piété, Réformation: les débuts de la «librairie» luthérienne en Europe danubienne. István Monok (Académie des sciences de Hongrie)
15h40: Discussion et pause

16h10: Infectés et suspects: les livres luthériens de Jacques II d’Angleterre (Maria-Luisa Lopez-Vidriero, Bibliothèque royale, Madrid)
16h40: La «France Antarctique» et la «Confession de la Guanabara»: guerre de religion et bataille des mots en Amérique du Sud (1555-1560). Marisa Midori Deaecto (Université de Sao Paulo) 

Mardi 13 novembre
Bibliothèque Mazarine (23 quai de Conti, 75006 Paris)

LA RÉCEPTION DE LUTHER EN FRANCE

10h00: Accueil, par Yann Sordet, directeur de la Bibliothèque Mazarine
Présidence: Hubert Bost (président de l’EPHE)
10h10: La réception de Luther à Paris entre 1518 et 1521. Florine Levecque-Stankiewicz (Bibliothèque Mazarine)
10h40: La réception de Luther par le jeune Calvin. Christoph Strohm (Université de Heidelberg)
11h10: Discussion et Pause

11h40: La nation germanique d'Orléans et sa bibliothèque. Frédéric Barbier (EPHE)
12h10: Luther en littérature: Marot, Marguerite de Navarre, Rabelais. Olivier Millet (Sorbonne Université)
12h40 – 14h : Pause

Présidence: Pierre-Olivier Léchot (doyen de l’Institut protestant de théologie de Paris
14h00: Luther dissimulé dans les «Simulachres de la mort» des frères Frellon (1542). Marianne Carbonnier-Burkard (SHPF)
14h30: L’illustration des premières traductions de l’Ancien Testament par Luther (1523-1524) et son influence à travers l’Europe. Max Engammare (Librairie Droz)
15h00: Volcyre de Sérouville, Pierre Gringore et le duc Antoine Le Bon: des livres lorrains contre les abusés luthériens. Yann Sordet (Bibliothèque Mazarine)
15h30: Discussion et Pause

16h00: Luther dans les premières éditions du «Catalogue des livres censurez». Geneviève Guilleminot-Chrétien (BnF)
16h30: Les débuts de la légende noire de Luther. Yves Krumenacker (Université de Lyon)
17h00: Discussions

18h30 : Inauguration de l’exposition
(Bibliothèque Mazarine, 14 novembre 2018 – 15 février 2019) 

Entrée libre dans la limite des places disponibles
Réservation: contact@bibliotheque-mazarine.fr

(1) À 13h30, pour ceux qui le souhaitent, découverte du fonds Ricœur à la Bibliothèque de l'IPT, sous la direction de Monsieur Marc Boss, responsable du fonds Ricœur.

mardi 18 septembre 2018

Les Juifs et la Révolution

Un ancien travail consacré à la famille Fould (Frédéric Barbier, Finance et politique: la dynastie des Fould, XVIIIe-XXe siècle, Paris, Armand Colin, 1991) nous avait fait connaître certaines grandes figures des communautés juives en Lorraine et en Alsace à partir de la fin de l’Ancien Régime.
Une petite brochure datée de 1795 nous fait reprendre cette problématique. Il s’agit de:
Alexandre Seligmann, Dénonciation à mes concitoyens des vexations que m’ont fait éprouver les fidèles suppots du traitre Robespierre, lors du système de terreur établi dans la République, Strasbourg, De l’imprimerie de Treuttel et Würtz, an III, 38 p., [2] p. bl., 8°. Sign. A-B (8), C (4).
Avec Seligmann, nous sommes pénétrons l’entourage de la plus puissance famille juive de l’est à l’époque: ce sont les Hirz (Hirsch), alias Cerf. Naftali Hertz ben Dov Beer (1726-1793), originaire de Medelsheim (dans le comté de Deux-Ponts / Zweibrücken), est un richissime homme d’affaires, marchand de chevaux, fournisseur aux armées et banquier. Il est aussi un intellectuel des Lumières, qui s’adressera au philosophe Moses Mendelssohn pour intervenir en faveur des Juifs, en même temps que le préposé général de la «Nation juive» d’Alsace. Ses compatriotes le désignent usuellement comme «Cerf Berr le Grand».
À Strasbourg, la proscription des Juifs est une réalité quotidienne: depuis 1388, ils sont interdits de résidence en ville et, tous les soirs, une trompe (le Grüselhorn, ou Kräuselhorn) sonne du haut de la cathédrale pour les avertir qu’ils doivent se retirer. Cet usage ne sera aboli que le 18 juillet 1791. Ne pouvant résider à Strasbourg, les Juifs sont notamment établis à Bischheim, alors une bourgade au nord de la ville: la communauté juive de Bischheim est l’une des plus importantes de l’est de la France actuelle.
Mais la rupture est trop grande, entre le statut et le rôle, surtout s’agissant des familles les plus puissantes. Cerf Berr le Grand est à la tête d’une entreprise stratégique qui se développe entre l’Alsace, la Lorraine et Paris. La cour de Versailles est plus éclairée que le Magistrat de Strasbourg, et, en 1768, le Gouvernement de Louis XV obtient en sa faveur une exception à la règle de proscription quotidienne. Cerf Berr rachète discrètement, en 1771, l’hôtel de Ribeaupierre (1), où il établit sa famille. Seligmann quant à lui est né à Bouxwiller en 1748, mais son mariage avec Rebecca, fille aînée de Cerf Berr (1774), assure sa fortune: en 1777, il est à son tour autorisé à venir à Strasbourg où, selon la tradition, il poursuit une activité de négociant-banquier, et de manufacturier (dans les deux domaines du tabac et du drap).
Malgré des progrès certains, la question du statut des Juifs est loin d’être réglée en Alsace lorsqu’éclate la Révolution. Si la bourgeoisie éclairée est favorable à l’émancipation, le plus grand nombre reste opposé à toute forme d’intégration (le Cahier de doléances de Strasbourg renferme un article à ce sujet), et la municipalité interviendra à plusieurs reprises contre le processus d’émancipation. Rodolphe Reuss rapporte un passage du Rapport sur la question de l’état-civil des Juifs d’Alsace, par Le Barbier de Tinan:
Encore aujourd’hui, l’on entend l’odieuse corne, dont le son lugubre se répand tous les soirs à la tombée de la nuit du haut de la cathédrale. Les préjugés dont le peuple de Strasbourg est imbu, sa haine aveugle contre les Juifs, trouve en grande partie leur origine à l’impression qu’a faite sur les enfants le son de cette corne, aux ridicules histoires qu’on leur a racontées et dont la tradition se conserve religieusement.
Le 27 septembre 1791, l’Assemblée proclame l’émancipation des «Juifs d’Allemagne», autrement dit les Juifs de l’est, par opposition aux «Juifs portugais», ceux du sud-ouest, dont l’émancipation avait été décidée plus d’une année auparavant (ce délai en lui-même est significatif). La mise en application pratique de cette disposition n'en demeure pas moins problématique.
Dès avant la Révolution, Alexandre Seligmann est riche, et sa maison abrite un précepteur, un secrétaire, un commis et cinq domestiques... Même si la chute de la monarchie s’accompagne de la disparition des relations privilégiées avec la cour, il peut poursuivre ses affaires, tout en se conformant scrupuleusement aux dispositions prises relativement aux contributions successivement décidées (y compris des dons faits à la Société des Jacobins). Mais les événements qui se succèdent à partir de 1793 voient la pression se renforcer: Saint-Just et Lebas lancent un emprunt forcé de 9 millions de livres, auquel Seligmann participe à hauteur de la somme énorme de 200 000 livres. Bientôt pourtant, les manifestations de bonnes dispositions ne suffisent plus et, le 19 novembre 1793, le commissaire après des armées de Rhin et Moselle, Baudot, écrit de Strasbourg:
La race juive, mise à l’égale des bêtes de somme par les tyrans de l’ancien régime, aurait dû sans doute se dévouer tout entière à la cause de la liberté, qui les rend aux droits de l’homme. Il n’en est cependant rien (…). Partout ils mettent de la cupidité à la place de l’amour de la patrie, et leurs ridicules superstitions à la place de a raison. Ne serait-il pas convenant de s’occuper d’une régénération guillotinière à leur égard?
Cette dernière formule, et le néologisme auquel elle fait appel, est au moins... étonnante. Peu après, les emprisonnement commencent, tandis que les mesures discriminatoires se succèdent. Si Seligmann réussit longtemps à y échapper, il finit par être arrêté, le 30 mai 1794, comme «égoïste et fanatique», et il est incarcéré avec six cents autre prisonniers au Grand Séminaire. Sa vie est en danger, tandis que dans le même temps les pertes financières s’accumulent, par suite de l’interruption de toutes les affaires. Pourtant, le banquier ne reconce jamais à se défendre, et il envoie même au Conseil municipal des participations pour l’organisation des fêtes révolutionnaires. La nouvelle de la mort de Robespierre rendra seule possible sa libération, effective le 20 août 1794.
Dans les semaines qui suivent, Seligmann réunit tous les éléments à l’appui d’une demande d’indemnisation, et il publie sa brochure: il n'est sans doute pas anodin que celle-ci paraisse sous l'adresse de l'une des maisons les plus respectées du petit monde réformé (entendons, luthérien) de Strasbourg: la maison Treuttel et Würtz. On le voit, c'est peu de dire que Seligmann est un homme des Lumières, partisan de l'intégration à une République dans laquelle les confessions ne sauraient plus intervenir comme des agents de trouble. La péroraison de sa brochure proclame:
Oublions cet enchaînement funeste et désastreux de conspirations contre la liberté générale et individuelle. Le ressentiment ne doit pas habiter le cœur du Républicain, il est l'apanage des tyrans et des esclaves! Ne tirons d'autre résultat de ces écrits douloureux que celui de nous prémunir à l'avenir contre toute confiance aveugle dans les individus; de ne jamais transiger sur les principes; et que le but de toutes nos actions soit la prospérité de notre pays, le maintien du gouvernement populaire et le salut de la République, une indivisible et démocratique! 
Pour autant, ses estimations revues aboutiront au chiffre fabuleux de plus de 630 000 livres de pertes, fin 1796...

Note
1) L'ancien hôtel de Ribeaupierre (Rappolsteinischer Hoff), puis des Deux-Ponts, abritera un temps le Petit séminaire de l'abbé Bautain, mais il est détruit en 1864 pour laisser place à un bâtiment moderne (auj. 7 quai Finkwiller).

Bibliogr.: Rodolphe Reuss, Seligmann Alexandre ou Les tribulations d'un Israélite strasbourgeois pendant la Terreur, Strasbourg, Treuttel et Würz, 1880. L’auteur souligne le fait que la brochure de Seligmann devenue «fort rare».