Affichage des articles dont le libellé est Dole. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Dole. Afficher tous les articles

jeudi 4 octobre 2012

Une exposition à Dole sur les livres de voyages

À l’occasion d’une conférence à Dole, nous retrouvons avec plaisir la Médiathèque de cette ville, installée dans le superbe Hôtel-Dieu, sur les rives du Doubs. La Médiathèque, qui conserve des fonds importants relatifs à l’Orient, mais aussi au Nouveau Monde, nous propose précisément une exposition consacrée aux Traces de voyageurs, de l’Orient au Mexique (jusqu’au 19 janvier 2013). Parallèlement, un catalogue élégant et érudit a été publié sous la direction de Rodolphe Leroy, directeur de l’Hôtel-Dieu.
Le superbe bâtiment de l'Hôtel-Dieu de Dole
Un point positif a priori concerne le nombre limité de pièces qui ont été sélectionnées, soit environ soixante-dix: trop d’expositions, encore aujourd’hui, développent des théories beaucoup plus impressionnantes, mais qu’il est en définitive impossible de maîtriser et qui n’aboutissent qu’à imposer des visites partielles. Ici, la possibilité nous est donnée, de considérer effectivement avec toute l'attention nécessaire chacun des objets présentés (livres, mais aussi documents iconographiques, et plusieurs autres pièces prêtées notamment par le Muséum d'histoire naturelle, par le Musée de Rochefort, etc.).
Le catalogue s’ouvre par un rappel historique: d’où proviennent les livres de voyages de la Bibliothèque de Dole? Les confiscations révolutionnaires représentent quelque 7000 livres imprimés, mais la ville enrichit considérablement ce fonds primitif en achetant, en 1826, les 4000 volumes de la collection Casimir de Persan. Le bibliothécaire Jean-Joseph Pallu (†1864) a également joué un rôle décisif pour susciter de nombreux dons, ce qui est d’autant plus précieux que la conjoncture budgétaire est alors relativement contrainte.
Traces de voyageurs
Puis viennent plusieurs études plus fouillées concernant différents aspects du voyage de L’Astrolabe (notamment « la collecte d’objets océaniens », p. 22-29), le voyage de Choiseul-Gouffier en Grèce, l'exploration et l'étude du Mexique (avec l'évocation d’un personnage méconnu, Firmin Bocourt), sans oublier la place des exposition universelles dans la découverte par un plus large public des civilisations et des géographies encore méconnues.
L’exposition elle-même est divisée en deux grandes parties, qui recouvrent grossièrement la chronologie. La première partie est consacrée aux espaces progressivement explorés à l’époque des Lumières, le Pacifique, l’Orient et l’Extrême-Orient, et l'Afrique (avec l’expédition d’Abyssinie, cf. n° 19).
La première pièce est un beau globe terrestre, daté de 1804, dressé par Robert de Vaugondy et provenant de la collection Casimir de Persan. Puis ce sont les grands voyages de découverte du XVIIIe siècle, de La Pérouse à Cook, à Bougainville et aux autres navigateurs. Le Voyage du comte de Choiseul-Gouffier en Grèce (n° 20-22) inaugure le genre prolifique des «Voyages pittoresques», et la présentation des volumes imprimés est enrichie par celle de deux aquarelles attribuées au comte et correspondant peut-être à des croquis pris au cours du voyage (n° 23 et 24 du catalogue, avec reprod.). Bien évidemment, la monumentale Description de l’Égypte ne saurait faire défaut (n° 31-35).
La seconde partie de l’exposition est consacrée plus spécifiquement au Mexique, ce qui constitue un choix réellement original: l’«aventure mexicaine» dans laquelle s’est fourvoyée la France du Second Empire a en effet donné l’occasion d’organiser une expédition scientifique, sur le modèle de l’expédition d’Égypte. Les résultats en sont importants, qui concernent diverses disciplines (de la zoologie à la linguistique et à l’archéologie), et ils seront publiés, notamment par l’Imprimerie nationale, jusqu’au début du XXe siècle (n° 54-56)
L’exposition est spectaculaire, et témoigne des richesses conservée dans nos bibliothèques et autres établissements publics. Elle dépasse aussi l’analyse classique des livres de voyage, pour introduire à la problématique de l’altérité et de l'identité. L'histoire des voyages constitue réellement un champ qui concerne l’histoire non seulement de la géographie, mais aussi des connaissances scientifiques les plus diverses: on pense tout particulièrement à l'ethnologie, déjà envisagée par Paul Hazard dans son étude classique sur la Crise de conscience européenne - une étude, faut-il le rappeler, dans laquelle le voyage constitue une des principales thématiques.
Et, puisque nous sommes à Dole, nous pouvons en profiter pour voyager nous aussi, à la découverte d'une ligne ferroviaire exceptionnelle à la fois par son tracé et par la beauté des paysages jurassiens: le trajet de Dole à Andelot, puis à Morez et à Saint-Claude est réellement somptueux... même par un temps médiocre. Les voyageurs du passé, et l'expérience du présent, nous l'ont déjà appris: l'intérêt de la découverte ne suppose pas nécessairement un plus grand éloignement. Il n'est que de manifester quelque curiosité... et de profiter de l'occasion.

Traces de voyageurs, de l’Orient au Mexique, dir. Rodolphe Leroy, [Besançon], Éditions du Sekoya, 2012, 87 p., ill. (« Cahiers de l’Hôtel-Dieu », 5). .
ISBN 978-2-84751-105-5.

Au-dessus d'Arbois, dont on découvre le site, et le vignoble proche.

Une succession extraordinaire de viaducs et de tunnels permet à la ligne de redescendre de la Crête de la Joux jusqu'à hauteur de Morez, qui est une gare en cul-de-sac.
La découverte de Saint-Claude, accrochée au-dessus du confluent de la Bienne et du Tacon


mercredi 22 juin 2011

"Et maintenant ils pourront estancher leur soif à la fontaine de Dole": un imprimeur de la fin du XVIe siècle à propos de son installation

Dole est une ville d'importance relativement moyenne, mais qui réunit du XVe au XVIIe siècle un certain nombre d'institutions propres à une capitale, et donc susceptibles d'alimenter les activité de l'écriture et du livre. En tant que capitale de la Comté de Bourgogne (alias la Haute-Bourgogne, par-delà la Saône), Dole abrite en effet l'université, le Parlement et l'administration centrale de la Comté, la Monnaie, outre bien évidemment le Magistrat municipal, etc. Les maisons des Capucins et le Collège Saint-Jérôme, la présence de juristes et d'administrateurs, mais aussi d'une bourgeoisie négociante active, sont autant d'éléments qui expliquent la précocité et la profondeur de la civilisation livresque.
Cette richesse n'est pas nécessairement corrélée avec l'installation d'une ou de plusieurs imprimeries actives: comme dans le nord de la France actuelle, il est très facile de se procurer des imprimés en Suisse (Bâle...), en Allemagne du Sud et en Alsace (Strasbourg), à Lyon, voire à Paris, de sorte que Dole ne connaît au XVe siècle qu'un atelier épisodique: celui de Peter Metlinger, qui y donne une importante édition des Coutumes de Bourgogne en 1490.
L'imprimerie ne réapparaît ensuite que dans une tout autre conjoncture. Au XVIe siècle, la Comté jouxte des territoires passés à la Réforme luthérienne ou calviniste, de Montbéliard à la Suisse francophone, et devient elle-même un des pôles de la Contre-Réforme. Disciple d'Ignace de Loyola, Edmond Auger prêche le Carême à Dole en 1579, et la ville s’efforce dès lors de favoriser l’implantation d’un collège. Elle cède d’abord aux jésuites son propre Collège de grammaire, de sorte que ceux-ci peuvent ouvrir leur maison en 1582. Le succès est immédiat: au début du XVIIe siècle, le collège compte 13 classes et 800 élèves (1616), dans un complexe immobilier nouveau, caractérisé par son célèbre «arc». Une chapelle est érigée en 1601, et agrandie d’un porche en 1605 (cf. cliché).
C’est en liaison avec le collège jésuite que le premier imprimeur permanent est appelé à Dole en 1587: le Lyonnais Antoine Dominique, né et formé à Lyon, obtient en effet le soutien financier de la ville pour s'établir. Il inaugure son travail par l'impression d'un Advis du Jappon des années MDLXXXII, LXXXIII et LXXXIV (relations des missionnaires jésuites en Extrême-Orient) publié en 1587. De manière très intéressante, l'ouvrage s'ouvre par deux pages adressées par l'imprimeur au lecteur (cf. cliché: exemplaire de la Médiathèque de Dole), dans lesquelles il rappelle les conditions de son installation et dévoile ses projets. Ce texte intéressant directement l'historien du livre, est imprimé dans une élégante italique que Dominique s'est procurée à Lyon: nous le publions ci-après, en conservant scrupuleusement l'orthographe et la ponctuation originales.
«L’imprimeur au Lecteur, Salut. /
PVisque il à pleu à Dieu & à la Court sou- / veraine, ami Lecteur, qu’en ce Conté de / Bourgogne, il y eut imprimerie pour ob- / vier à tant d’inconueniens qu’on experi- / mente de iour à autre touchant la fourniture des liuvres / nécessaires pour la ieunesse, qui est instruite en divers / quarties d’icelluy, nommement en la ville de Dole, ou / aborde si grand nombre d’escoliers mesme depuis la / venue des Peres Iesuistes, qu’on est en grand peine de / trouuer les liures qu’il y fault lire, & ceux qu’o [sic] y trouue / les acheter bien chereme[n]t : ie me suis resolu d’entrepren- / dre ce chef d’œuure peu de iours y-a : & pour cest effect / me suis transporté en la ville de Lyon, pour y faire pro- / uision de toutes choses nécessaires a y donner heureux / commenceme[n]t a l’honneur & gloire de Dieu : qui a cou- / stume de fauoriser ceux qui travaille[n]t de bon cœur pour / le bien public. Et d’autant plus ardemment m’a esté / accordée l’entreprise, qu’on à veu à l’œil & comme / touché au doigt l’honneur & le lustre que receura a tout ce / pays par le moyen de l’imprimerie : voire le profit, pour / le meilleur marché delà denrée, & la commodité qu’il / y aura de cueillir dans son propre pays, ce qu’il failloit aller mendier ailleurs. Et d’autant que i’espere que le / progrez en sera mellieur, si la premiere presse sera bien / tirée, ce qu’aduiendra si elle rencontre un subiect qui / touche de plus pres l’honneur de Dieu, qui ne peut fail- / lir d’estre aggreable à un peuple bien Catholique : il m’a semble bon d’employer ma premiere sueur à imp- / primer les nouuelles les plus fresches du Iappon, m’as / seurant qu’elles seront tresbien receuës par tout ce Con- //
té comme elles sont par toute la Chrestienté, mesmes de / ceux qui prennent plaisir a ouyr les choses qui tournent à / l’advancement de la foy Catholique, du salut des ames, & de l’honneur de Dieu, & qui pourront par ce moyen / s’echauffer à mieux seuir & honorer celuy qui les à / tant chéris, qu’il les à tousiours assisté par un Prince si / Catholique, & les à défendus & preserues des attain- / ctes des ennemis de Dieu & de l’Eglise. Ioinct aussi que / plusieurs ont-ia faict instance d’estre participant de / ces nouuelles à qui on n’a peu satisfaire pour n’en auoir le moyen : & maintenant ils pourront esta[n]cher leur soif / à la fontaine de Dole, qui ruisselera son eau par tout le / pays. Que si ie voy ami Lecteur que tu ayes prins plai- / sir à ce petit commencement : apres avoir mis la main à / d’aultres choses qui sont propres des escholes, ie tasche / rayn si ie puis de recouurer les aultres choses memora- / bles & lettres escrites des Indes & du Iappon, des le / temps que lesdicts Peres Iesuistes y ont mis le pied, pour / t’en faire part. Prens donc ceste entrée d’aussi bon / cueur que ie te la presente, & me donne courage, de fai- / re tousiours renommer ta patrie de sorte que le renom / en demeure éternellement.»


NB: présentation de la séance foraine de Dole, 24 juin 2011.

jeudi 16 juin 2011

Conférence d'histoire du livre

La ville de Dole, ancienne capitale de la « Comté de Bourgogne », accueillera la séance foraine de la conférence d’Histoire et civilisation du livre le 24 juin 2011 (quelques clichés de Dole).
La dernière conférence régulière de l'EPHE se tiendra le 20 juin dans les locaux de l’avenue de France, et sera l’occasion de proposer aux auditeurs une

Introduction à l’histoire du livre et des bibliothèques en Franche-Comté

Sur le plan historique, la Franche-Comté est une composante de l’ancien royaume de Lotharingie, royaume progressivement démembré et entré dans l’orbite de l’Empire allemand (Xe siècle). Nous sommes en Haute-Bourgogne, le pays au-delà de la Saône, longtemps disputé entre la France et l’Allemagne.
Dans un premier temps, la Comté entre dans les territoires rassemblés sous l'autorité des ducs Valois de Bourgogne, et sont donc tournés vers la France. Mais, après la mort tragique de Charles le Téméraire, le dernier «grand-duc d’Occident» (1477) et après le traité d’Arras (1483), la Comté revient dans les possessions des Habsbourg: le XVIe siècle est considéré comme l’«âge d’or» pour la province, qui s’administre de manière largement autonome, alors que les premières décennies du XVIIe siècle sont beaucoup plus difficiles.
Condé assiège en vain Dole en 1636 et les Français occupent Besançon en 1668, avant que le traité de Nimègue (1678) ne rattache définitivement la Franche-Comté à la France. Dole est alors puissamment fortifiée par Vauban.
La capitale historique de la Comté est en effet située à Dole, à peu près à mi-chemin de Dijon et de Besançon: mais Dijon est en Basse-Bourgogne, en-deçà de la Saône, tandis que Besançon a le statut de ville libre d’Empire et constitue donc une sorte de petite république autonome sous l’autorité lointaine de l’Empereur. Les ducs Valois de Bourgogne établissent à Dole les institutions en charge du pays, le Parlement et l’administration centrale, l’université (à partir de 1422), tandis qu'une Chambre des comptes y sera installée en 1494. L’université de Dole comprend quatre facultés (on sait qu’une seconde université bourguignonne est créée à Louvain pour les pays du Nord).
D’importantes maisons religieuses sont par ailleurs établies en ville (les Cisterciens et surtout les Franciscains): rien de surprenant à ce que la production et la circulation du manuscrit se développent dans les derniers siècles du Moyen Âge, ni à ce que la ville n’accueille un imprimeur itinérant d’origine allemande, Peter Metlinger, qui y donne en 1490 les Coutumes de Bourgogne).
La proximité des villes rhénanes, au premier rang desquelles il faut citer Bâle, explique que le livre soit largement présent à Dole au XVIe siècle, mais que la ville n’accueille un imprimeur à demeure que de manière relativement tardive: la problématique de la Contre-Réforme et la venue des jésuites (1582) jouent en l’occurrence un rôle décisif (cf. cliché). L’université est d’ailleurs réunie au collège jésuite en 1618.
Avec le rattachement de la Comté à la France, le Parlement, l’université, la Chambre des comptes et la Monnaie abandonnent Dole pour Besançon, où s'installe aussi le nouvel intendant: le temps de la capitale est révolu, et Dole suit, dans la dernière partie de l’Ancien Régime et au XIXe siècle, la conjoncture classique d’une petite ville du royaume: c’est la production imprimée parisienne qui s’impose, même si la relative proximité des frontières donne un rôle particulier au commerce et à la contrebande.

À partir de 16h, la conférence du 20 juin développera la conjoncture contrastée de la «librairie» doloise et comtoise; elle évoquera aussi le rôle important des papeteries établies dans le plat-pays, et abordera l’histoire de l’ancienne bibliothèque publique (aujourd’hui médiathèque) de Dole: la bibliothèque est voulue par Richardot de Choisey en 1786, mais les événements retardent sa fondation. Le conseil municipal en décide la création en janvier 1791, et elle ne sera effectivement ouverte qu’une vingtaine d’années plus tard. Outre les fonds provenant des confiscations révolutionnaires, la bibliothèque reçoit un certain nombre de dons ou fait des acquisitions importantes au XIXe siècle. D’abord installée dans l’ancien collège jésuite (Collège de l’Arc), elle est transportée en 2000 dans les magnifique locaux de l’hôtel-Dieu.
À partir de 17h environ aura lieu le traditionnel pot de fin d’année clôturant la conférence.
Toute personne intéressée sera la bienvenue.

La séance foraine se déroulera le vendredi 24 juin à Dole, selon le programme annoncé. La séance foraine est ouverte à toute personne intéressée, mais on est prié de s’inscrire auprès du secrétariat de l’IHMC par téléphone (01 44 32 31 52) ou par courriel (martine.grelot@ens.fr) avant le 21 juin prochain.

mardi 7 juin 2011

Séance foraine de Dole

ÉCOLE PRATIQUE DES HAUTES ÉTUDES
CONFERENCE D’HISTOIRE ET CIVILISATION DU LIVRE

Monsieur Frédéric Barbier, directeur d’études

Séance foraine, année 2010-2011

«La ville n’est pas fort grande, mais elle est riche & peuplée. Il y a une collégiale assez belle, qui étoit autrefois un prieuré de notre ordre; l’hôpital de l’hôtel Dieu est fort beau & bien bâti ; le collège des Jésuites est grand & nombreux ; leur bibliothèque est bien fournie de livres imprimez & peut passer pour une bonne bibliothèque. Devant la porte du collège, on voit une figure de saint Ignace de Loyola, avec cette inscription : Successori sancti Thomae» (Voyage littéraire de deux bénédictins…, I, p. 165).
La vieille ville de Dole se mire dans la rivière
La traditionnelle séance foraine, organisée à titre privé par la conférence d’Histoire et civilisation du livre de l’École pratique des Hautes Études, se déroulera cette année le vendredi 24 juin à la Médiathèque de Dole.
Dole est d’accès facile depuis Paris, par TGV direct ou avec changement à Dijon. La ligne à grande vitesse se débranche de la «ligne impériale» Paris-Marseille à hauteur de Villeneuve-St-Georges, mais elle la retrouve à Montbard, patrie de Buffon et où certains TGV s’arrêtent. Nous sommes désormais en Bourgogne, et traversons un agréable pays de collines: la forêt domine en hauteur, tandis que de petites localités s’abritent dans les creux. Les Laumes-Alésia nous fait ressouvenir d’un épisode historique célèbre, tandis que le point culminant de la ligne est atteint au tunnel de Blaisy-Bas… comme son nom l’indique. Au-delà, nous basculons du bassin de la Seine (et de la Manche) dans celui de la Saône, du Rhône… et de la Méditerranée. Après Dijon, c’est la traversée de la Saône, avant d’arriver à Dole.
«C’est une ville ancienne, située dans un pays agréable et fertile (…). Dole est une belle ville, ornée d’édifices magnifiques. Le principal est l’église Nostre Dame. Il y en a encore d’autres considérables ; diverses maisons religieuses & un collège de jésuites» (Moréri). Sur la vallée du Doubs, à l’orée de la forêt de Chaux, Dole, «ville d’art et d’histoire», est la porte de la Franche-Comté. Elle conserve aujourd’hui une très pittoresque ville ancienne développée autour de l’ancienne Place royale et de la collégiale Notre-Dame (cliché ci-contre).
Dole est la capitale historique de la Comté du XVe au XVIIe siècle (traité de Nimègue). Siège du Parlement, elle possédait une université fondée par le duc de Bourgogne en 1422, et un certain nombre de collèges (dont celui de Saint-Jérôme, pour des boursiers de Cluny, mais où descendront encore les «deux Bénédictins» en route pour leur Voyage littéraire). La vie intellectuelle y est fondamentalement marquée par la présence de l’université, où étudièrent notamment Granvelle, futur chancelier de Charles Quint, mais aussi André Alciat. Plusieurs maisons religieuses y sont aussi établies, notamment les Bénédictins, les Franciscains, les Cordeliers (depuis 1372) et les Minimes.
Ancien collège de l'Arc
Mais, à partir du XVIe siècle, Dole, qui appartient aux Habsbourg, apparaît d’abord comme un bastion du catholicisme face aux régions passées à la Réforme, qu’il s’agisse du luthéranisme (Montbéliard, Bâle, etc.) ou du calvinisme (Genève, Neuchâtel, etc.). Les jésuites y ouvrent une maison en 1582: le collège de l’Arc, dont les bâtiments sont conservés aujourd’hui et où la Bibliothèque municipale a été abritée jusqu’à son transfert dans les nouveaux locaux de l’hôtel-Dieu. C’est dans la même perspective de prosélytisme qu’un imprimeur est appelé de Lyon à Dole en 1587. En 1618, le collège est réuni à l’ancienne université (selon un modèle que l’on rencontre aussi à Prague…), avant de devenir collège royal après le départ de la Compagnie (ci-contre, la porte du collège).
Les conférences de l’année 2010-2011 à l’EPHE ont été en grande partie consacrées à l’histoire des bibliothèques, et la bibliothèque de Dôle constitue une excellente illustration de ce thème, qu’il s’agisse du rôle de l’université ou des collèges, ou de la mise en place d’une bibliothèque publique. De fait, le projet de bibliothèque publique remonte au legs Richardot de Choisy en 1786, et il est repris par la ville en 1791. L’établissement n’ouvrira en définitive ses portes qu’en 1810, dans l’ancien collège de l'Arc, et les collections s’enrichissent de dons ou d’acquisitions tout au long du XIXe siècle, dont le précieux fonds Casimir de Persan. Le premier catalogue manuscrit date de 1813, et comprend 6500 titres correspondant aux saisies révolutionnaires.
Ajoutons que la Médiathèque conserve un très bel ensemble de reliures précieuses (Dole est la ville natale de Bauzonnet, en 1820. Voir l’exposition virtuelle qui lui est consacrée).
Enfin, la Médiathèque de Dole est riche en exemplaires «de hasard», tout particulièrement dans le domaine du livre arabe.

NB- La dernière séance de la conférence d’«Histoire et civilisation du livre» se déroulera le lundi 20 juin à l’EPHE (bâtiment France), selon l’horaire habituel (16h-18h). Elle sera consacrée à une «Introduction à l’histoire du livre en Franche-Comté» (et notamment à Dole), introduction présentée par Monsieur Frédéric Barbier et qui constituera une préparation à la séance foraine du 24. Comme tous les ans, la conférence se clôturera par un pot amical de fin d’année, auquel chacun est convié.
L'ancien Hôtel-Dieu, qui abrite aujourd'hui la Médiathèque de Dole.

De Paris à Dole, nous vous proposons les horaires suivants (lorsqu’il faut changer à Dijon, les horaires sont indiqués. Les horaires sont donnés sous toutes réserves) :
Aller: Paris Gare de Lyon 6.58 (Dole: 9h07); 7.58 (Dijon: 9h35/48. Dole: 10h20); 8h28 (Dole: 10h32).
Retour: Dole 16h05 (Dijon: 16h38/52. Paris: 18h37); Dole 17h31 (Paris: 19h38); Dole 18h26 (Paris: 20h37); Dole 19h11 (Dijon: 19h40/20h20. Paris: 21h59); Dole: 21h07 (Paris: 23h15).

Selon notre habitude, nous avons rendez-vous à 10h50 à la Médiathèque de Dole, 2 rue Bauzonnet, 39100 Dole. La séance du matin se déroulera de 11h à 13h environ, et sera animée par les conservateurs de la Médiathèque et par Monsieur Jean Vezin, correspondant de l’Institut, directeur d’études à l’EPHE (présentation de la Bibliothèque, manuscrits et reliures des collections de Dole). Nous nous efforcerons de réserver un certain nombre de places pour déjeuner ensemble à proximité de l’hôtel-Dieu. La séance de l’après-midi se déroulera de 14h30 à 17h. environ, et sera animée toujours par les conservateurs de la Médiathèque, ainsi que par Monsieur Frédéric Barbier, directeur d’études, et par Monsieur Dominique Varry, professeur d’histoire du livre (livres imprimés des collections de Dole).

La participation à la séance foraine est ouverte à toute personne intéressée, dans la limite des places disponibles. On est prié de s’inscrire auprès du secrétariat de l’IHMC par téléphone (01 44 32 31 52) ou par courriel (martine.grelot@ens.fr) avant le 21 juin prochain.

Quelques clichés de Dole. Et, pour les amateurs, d'autres clichés sur les séances foraines de 2009 (Le Mans) et de 2010 (Amiens).