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samedi 15 septembre 2012

Une exposition d'histoire du livre à Autun

Le musée Rolin, dont nous avions recommandé la visite à Autun dans un billet publié il y a environ un an, présente une exposition organisée autour d’un manuscrit exceptionnel récemment découvert dans les collections de l’évêché: il s’agit d’un pontifical –donc, un manuscrit d’un type assez banal, dans lequel sont rassemblées les formules et cérémonies correspondant aux fonctions d’un évêque.
Pourtant, le pontifical d’Autun est bien un manuscrit exceptionnel par sa qualité et surtout par sa décoration. Il a en effet été produit par un atelier de Bologne dans les premières décennies du XIVe siècle, alors que la spécialité des libraires de la grande ville universitaire concernait plutôt les livres de droit. Notre pontifical témoigne en outre de la volonté de donner un exemplaire aussi accompli que possible: on ne peut que souligner la qualité du parchemin utilisé comme support, le soin donné à la calligraphie en rouge et en noir, et l’élégance des capitales filigranées qui ponctuent le texte.
Mais ce sont les peintures qui font tout le prix du volume. Elles ont été réalisées sur un programme précis, par trois peintres actifs dans un atelier de la ville: voici d’abord cinquante-quatre initiales historiées, qui introduisent à certaines cérémonies majeures, telles que les différentes ordinations et bénédictions, les cérémonies du sacre, etc. Ce sont ensuite sept peintures à proprement parler, pour partie réalisées par le maître ayant coordonné le travail.
La caractéristique de ces peintures réside dans leur modernité: Bologne est au XIVe siècle le siège d’une école de peinture exceptionnelle, et la venue de Giotto pour travailler à la chapelle du château de Galliera en 1327 impulse le mouvement de rénovation sensible dans les œuvres des artistes bolonais du temps: la première page du pontifical présente les deux colonnes de texte dans un très élégant encadrement doré, ponctué par quatre médaillons et souligné par une peinture initiale représentant l’ordination d’un clerc (voir cliché).
L’exposition propose soixante et une pièces qui illustrent à la fois le monde du livre de la première moitié du XIVe siècle, le contexte artistique qui est celui de Bologne, le rôle de l’évêque dans l’Église du temps, et, enfin, la ville de Bologne et son université, la plus ancienne d’Occident avec celle de Paris. Parmi ces pièces figurent bien évidemment un certain nombre de manuscrits prêtés par des bibliothèques françaises (Angers, Bordeaux, Bibliothèque nationale de France) et italiennes (Turin, Bibliothèque Vaticane), sans oublier, bien évidemment, la Bibliothèque d'Autun.
Une bonne occasion de revenir à Autun, d'autant plus qu'il est dommage qu'une exposition de cette qualité ne fasse pas fait l'objet d'une présentation plus importante sur Internet, pour ceux qui ne pourront malheureusement pas la visiter in situ.

jeudi 25 août 2011

Chronique d'été: ballade d'histoire du livre

Une visite d’Autun donne l’occasion de découvrir une petite ville particulièrement attachante pour les amateurs d'art et pour les historiens en général -mais pour les historiens du livre en particulier.
Autun est d’origine romaine, puisqu’elle a été fondée au tout début de notre ère (Augustodunum), pour se substituer à la ville gauloise de Bibracte, capitale des Éduens et dont on découvre les vestiges à proximité (au Mont Beuvray).
L’entreprise a été une indiscutable réussite, dont témoignent les vestiges gallo-romains aujourd’hui conservés: une muraille percée de portes monumentales (la porte Saint-André), ou encore un théâtre de 20 000 places… Sur la grande voie romaine de Lyon à Boulogne et à l’Angleterre, Autun se signale entre autres comme un pôle intellectuel de première importance, avec une célèbre école de rhétorique, et comme un foyer de l’hellénisme en Gaule.
Bien entendu, pour le visiteur d'aujourd'hui, la ville est tout entière dominée par la silhouette de la cathédrale Saint-Lazare (XIIe siècle), où l’on visite la salle de l’ancienne bibliothèque capitulaire et dont la bibliothèque est à l’origine des richesses de la Bibliothèque municipale actuelle –celle-ci toujours abritée dans l’Hôtel de ville.
Mais nous nous arrêterons plutôt sur les collections du Musée, dans l’ancien hôtel de la famille Rolin: né à Autun vers 1376, Nicolas Rolin deviendra chancelier du puissant duc de Bourgogne, Philippe le Bon –il est aussi connu comme le commanditaire de Van Eyck, et comme le fondateur des célèbres hospices de Beaune. Le Musée Rolin est une véritable découverte, tant par son bâtiment exceptionnel que par la richesse de ses collections, et il offre à l’amateur d’histoire du livre un itinéraire suggestif, depuis les premiers siècles de notre ère jusqu’au XVIe siècle.
La «mosaïque des auteurs grecs» (cf. cliché) a été découverte en 1965-1990: elle remonte à la fin du IIe siècle, et met notamment en scène la figure de Métrodore, disciple d’Épicure, pensivement assis, en manteau blanc, et tenant un volumen dans la main gauche. Même si aucun élément relatif au livre n’y figure, on ne pourra pas passer ici sous silence la présentation à Autun de la somptueuse mosaïque du Bellérophon, mosaïque qui témoigne du raffinement exceptionnel des élites urbaines (cf. cliché en haut).
Encore quelques objets remarquables où l’écrit ou l’imprimé apparaît. Nous connaissions les pleurants du duc de Bourgogne, au Musée de Dijon, dont certains portent des «livres-bourses» à la ceinture. Le Musée Rolin expose une remarquable effigie de bois, apparemment du chêne, représentant saint Jacques le Majeur (cf. cliché): le saint est en manteau à la mode du XVe siècle, il porte une besace sur l’épaule droite et, lui aussi, un manuscrit à la ceinture. Celui-ci est protégé par sa reliure à recouvrements, et on devine son fermoir. Il s’agit certainement d’un livre de piété, dont le voyageur ne souhaite pas se séparer au long de son difficile périple.
Mais voici ce triptyque hollandais du XVIe siècle, dont le volet de droite met en scène les oncle et tante du Christ, Cléophas et Alphée, et leurs quatre enfants: l’un de ceux-ci est précisément en train de brandir une petite image pieuse imprimée dans un encadrement –il serait peut-être possible d’en retrouver l’original, qui a très probablement été reproduit par le peintre. Certes, l’objet est un dépôt du Louvre, et n’a donc guère de liens avec Autun, mais le Musée Rolin nous donne l’occasion heureuse de découvrir ce témoignage de la familiarité de toute une société déjà moderne avec l’objet imprimé, alors même que nous sommes entrés dans le siècle des Réformes.
Des images qui mettent en scène non seulement l'évolution des supports de l'écrit, mais aussi, dans des contextes différents, une familiarité certaine avec celui-ci. Mais bien d’autres pièces admirables sont encore à découvrir, sans parler de la Bibliothèque et de son fonds exceptionnel de manuscrits. Un seul mot, pour conclure: allez, ou retournez à Autun!