jeudi 15 avril 2021

Histoire des techniques d'imprimerie

Nous sommes très heureux de signaler la publication d’un ouvrage scientifique italien consacré à l’histoire des techniques d’imprimerie et de reproduction graphique. Le lecteur francophone y trouvera d’autant plus son intérêt que l’approche résolument transnationale donne à cette étude une dimension trop souvent négligée. Nous publions ci-après le sommaire détaillé, et faisons suivre la notice d’une brève présentation historiographique visant à replacer l’histoire des techniques d’imprimerie dans le champ plus vaste de la recherche historique: certes, l’histoire des techniques doit être «œuvre de techniciens», mais chaque technique ne se donne à comprendre qu’au sein d’un ensemble, celui des «systèmes techniques» tels que les avait définis notre maître Bertrand Gille. Pour l’historien, la technique n’est pas une donnée, mais une variable, qui s’organise nécessairement par rapport à des conditions sociales, économiques et culturelles plus générales auxquelles elle répond.

Maria Gioia Tavoni,
Storie di libri e tecnologie. Dall’avvento della stampa al digitale,
Roma, Carocci editore, 2021,
221 p., ill., glossaire, index nominum
(« iblioteca di testi e studi»).
ISBN : 9788829001101

Sommaire

1. Con l’avvento della stampa
Nuove procedure/Il modello per la stampa/Interventi degli editori e/o dei compositori/Con la stampa si cambia mestiere/Carattere e caratteri/Convivere con il manoscritto/Veri imprenditori: i Gryphe di Lione/Il collezionismo/Vendere girovagando e cantando/La conquista di un’audience femminile/Nei chiostri/I traguardi delle donne/Per interesse o per passione?/Figure legate alla stampa: i correttori/Per meglio veicolare i testi: le immagini a stampa/Al servizio della scienza/Accorgimenti per una più attenta fruizione
2. Dalla parte dei bambini
Luoghi del lavoro/Educare anche all’arte/L’apprendimento con tavole e disegni/L’editoria scolastica/Premiare a scuola/Produrre il libro scolastico/Crescere con i torchi/Apprendere il mestiere/Quanti e quali bambini all’opera/Il contesto lavorativo/In sorte ai bambini anche nell’industrializzazione/Il magistero della Chiesa/Il pedaggio dell’industrializzazione
3. Il balzo dei giornali e i problemi della carta
Dalla domanda di lettura alle svolte editoriali/Le donne e i giornali/Un genere che seppe imporsi: il feuilleton/Oltreoceano e in Europa con nuove macchine/I traguardi nell’uso della carta/In Italia, il problema della carta/Da ricerche del passato e di imprenditori/L’autarchia/Un caso fra tanti/In risposta alla domanda di lettura

4. Contro la massificazione: le nicchie
Incipit/Un movimento e i suoi adepti/Le specializzazioni/Donne e stampa manuale/La Scuola viennese/L’arte del libro in Germania/La tecnica al servizio del libro d’arte/Una rivista fuori dall’ortodossia di stampa/Belli e utili i caratteri di legno/Un’impresa fra storia e attualità/L’Italia, una meta/Rinnovare il passato/E domani?
5. La fiction: un altro caso a sé
Romanzi ma del genere reality/Honoré de Balzac, editore e tipografo/Le Illusions perdues e la macchina editoriale/Un tecnico narratore/Nelle segrete cose: Ezio D’Errico docente/Due autori a confronto/Conteso fra due esperienze
6. Dal passato, uno sguardo al futuro
Il nuovo che avanza/Il libro: àncora o ancora?/Un nuovo corso/Tempora mutantur, et nos mutamur in illis/Le nuove macchine di stampa digitale/Le macchine e il loro utilizzo/Il print on demand, un’opportunità?/ Il print on demand in biblioteca/Un motivato auspicio
Glossario a cura di Edoardo Fontana
Indice dei nomi a cura di Chiara Moretti   

C’est peu de dire que l’histoire des techniques se place, traditionnellement, au cœur de l’histoire du livre, puisque la grande mutation de celle-ci avait été identifiée à l’invention de la typographie en caractères mobiles par Gutenberg et ses épigones au mitant du XVe siècle. Pour Henri Berr projetant (comme plus tard pour Lucien Febvre préparant) L’Apparition du livre, le fait majeur réside dans la mise au point de la presse –ce que nous désignons aujourd’hui comme l’innovation de procédé. Ce choix aboutit à séparer radicalement l’«avant» et l’«après» tout en insistant sur le rôle décisif de l’inventeur génial. Par suite, la concurrence entre les nations s’accompagnera aussi, dans la seconde moitié du XIXe et un partie du XXe siècle, de l’essor de la controverse autour de la figure de l’inventeur et de la première localisation des presses (Haarlem, Mayence ou Strasbourg?). Le titre même de L’Apparition du livre (1958) donne au phénomène une dimension quasi-surnaturelle que nous retrouvons dans la lecture de l’invention par Luther: l’imprimerie n’est-elle pas le dernier don par lequel Dieu se manifeste aux hommes avant l’Apocalypse? Son «apparition» fonctionnerait bien comme une épiphanie.

Pour autant, la recherche aboutit, depuis plusieurs décennies, à insérer cette approche dans une double mise en perspective. Sur le plan de la chronologie, d’abord: les lecteurs de notre blog connaissent notre position, selon laquelle le changement ne peut se donner à comprendre que par l’analyse de ses conditions de réalisation. Pour faire bref, il faut qu’il soit rendu possible par un certain nombre de mutations ou d’évolutions qui lui sont antérieures, et dont la moindre ne réside pas dans la mutation du système d’ensemble des techniques. Les développements de la sidérurgie et de la métallurgie sont la condition liminaire pour passer à la typographie en caractères mobiles, tandis que seule la diffusion du nouveau support d’écriture, le papier en place du parchemin, rend possible une large utilisation des presses. Le marché lui-même se déplace, dans la mesure où l’innovation suppose d’engager un capital important, ce qui ne sera effectif que si l’investisseur perçoit des possibilités de développement lui permettant de se rémunérer. Un coup d’œil rétrospectif montre que la réflexion sur ces thèmes a été considérablement enrichie par l’apport du comparatisme entre les différentes «révolutions du livre», jusqu’à la révolution actuelle des nouveaux médias.
La seconde mise en perspective est elle aussi familière aux lecteurs de ce blog, qui concerne la dynamique même du changement. L’innovation de procédé n’épuise évidemment pas le processus d’innovation: la typologie très sommaire met en évidence le rôle de l’innovation organisationnelle –on pensera d’abord à l’organisation et aux pratiques de travail dans les nouveaux ateliers de production, puis dans les usines du XIXe siècle. Il ne s’agit d’ailleurs pas du seul petit monde de la production stricto sensu, mais aussi de ses conditions extérieures de fonctionnement: par ex., «l’apparition du livre» supposera de mettre en place des structures de distribution qui bien évidemment n’existaient pas jusque-là. On pense notamment aux librairies de détail, dont nous voyons le réseau commencer à s’étendre à travers l’Europe occidentale dans les premières décennies du XVIe siècle –et, comme on le sait, la problématique de la distribution figure à nouveau au premier plan dans l’agenda des transformations liées aux médias informatiques.
Nous n’avons jusqu’ici considéré que les conditions de fonctionnement du système-livre en tant que système clos, mais il est bien évident que celui-ci ne pourra se développer de manière viable que s’il rencontre in fine un type d’innovation très complexe, à savoir l’innovation de produit, auquel devra répondre l’accueil favorable du marché et des consommateurs. Pour assurer l’essor de leurs affaires, les professionnels proposeront en effet des produits nouveaux (par ex., le livre imprimé, en tant qu’il est essentiellement différent du manuscrit et de ses avatars), qui doivent être favorablement accueillis par les consommateurs (l’innovation dans la consommation). Nous avons suffisamment exposé ces points pour qu’il ne soit pas nécessaire d’y revenir plus longuement ici.
Tout en concentrant son travail sur l’histoire des techniques, Madame Tavoni n’ignore évidemment rien de l’économie d’ensemble de la branche de la «librairie». Elle remporte ainsi, grâce à un plan astucieux, le challenge difficile consistant à articuler la chronologie au sein d'une présentation systématique, et à intégrer la synthèse efficace avec la problématique historique la plus récente.

Cliché: Gutenberg, tiré de Les Veber's, Paris, 1895.

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lundi 5 avril 2021

Conférence d'histoire du livre

Nous sommes d’autant plus heureux d’annoncer la prochaine conférence de la direction d’études d’«Histoire et civilisation du livre» (EPHE), que cette conférence envisage une problématique d’une très grande importance, mais qui s’est trouvée jusqu’à présent particulièrement négligée: il s’agit du statut et du rôle de la «copie» d’un texte ou d’un ensemble de textes.
Bien entendu, l’économie de la copie est complètement différente en Occident dans le système du manuscrit (pour l’essentiel, avant 1450), mais sa pratique monte peut-être paradoxalement en puissance à l’époque de l’imprimé. Bien entendu aussi, le statut de la copie engage, du moins à partir de l’époque moderne, celui de l’original éventuel. L’œuvre d’art originale prend une valeur que n’auront pas les copies (comme le montre l’exemple des copies de L'École d’Athènes dans les bibliothèques), et il est possible que ce modèle ait été décalqué dans le domaine littéraire. Les aléas de l’histoire peuvent d’ailleurs aboutir à inverser l’équilibre entre les deux termes, quand la disparition de l’original donne à la copie une valeur nouvelle. On le voit, l’intitulé de la conférence suscite toutes sortes de réflexions, qui pourraient aussi toucher à l'approche de la copie (de l'acte de copier/ recopier) en termes de technique ou de pratique, ou encore à l’ordre de la lexicographie.
La conférence insistera tout particulièrement sur la dimension anthropologique de la pratique de la copie et de son utilisation dans l’élaboration d’un certain mode et modèle de connaissance. Pour conclure sur un sourire: l'actualité du sujet n'est-elle pas démontrée par le fait que la copie reste, aujourd’hui, à la base du travail de l’historien (et de l’historien du livre) constituant sa propre collection d’extraits qui lui permettront de charpenter et de dérouler son discours à venir.

Mais il est temps de laisser la parole à l’organisatrice, que nous remercions de l'information par elle transmise. Les auditeurs souhaitant participer à la séance (par le biais de Zoom) sont invités à s’adresser à Madame Emmanuelle Chapron pour se faire communiquer l’indicatif et le code secret de la réunion (emmanuelle.chapron-lebianic@ephe.psl.eu).

Chères auditrices, chers auditeurs,
Voici l'annonce de la prochaine séance de mon séminaire, qui sera commun avec celui de Mme d'Orgeix.
Je me réjouis de vous retrouver à cette occasion.
Emmanuelle Chapron

La valeur de la copie et du fragment
Séance commune aux séminaires d’Emmanuelle Chapron (Histoire et civilisation du livre)
et d’Émilie d’Orgeix (Histoire culturelle des techniques).

Vendredi 9 avril, 14h-17h

Les copies sont nombreuses dans les fonds d’érudits de l’époque moderne conservés aujourd’hui dans les bibliothèques –copies d’inscriptions, de lettres, de manuscrits, voire d’ouvrages imprimés. Durant cette séance, on cherchera à déplier les enjeux de cette pratique, le rôle que la copie tient dans l’économie des échanges savants, du travail intellectuel et des techniques de reproduction de l’écrit. Comment les savants et les professionnels d’Ancien Régime travaillent-ils en copiant ou plutôt, quel genre de travail ont-ils l’impression de faire avec la copie? Qui sont les écrivains, copistes ou «misérables secrétaires», petites mains de l’ombre fugacement évoqués dans les sources? Quelle est la valeur, intellectuelle et financière, de ces copies? Comment ces copies finissent-elles par «faire livre» et constituer des bibliothèques?
La séance portera également sur l’usage de la copie de fragments de textes dans des recueils manuscrits. Comment expliquer ces compositions et comment étudier ce type d’ouvrages et quelle valeur leur donner?
On présentera plusieurs études de cas, à partir de la correspondance du savant Jean-François Séguier (1703-1784) et de recueils d’architecture «composés» à partir de fragments (XVIe-XVIIe siècle).

Les participants au séminaire sont chaleureusement invités à réfléchir à ce qui, dans leur corpus, relève de la copie et du fragment, et à en proposer une rapide présentation (5-10 minutes).

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mercredi 31 mars 2021

Économie de l'information (2)


Nous avons, il y a déjà quelques semaines, abordé la problématique de l’économie de l’information à l'époque de la deuxième révolution du livre, à savoir au XIXe siècle. Le moteur de la mécanisation et de l'industrialisation réside d'abord dans la presse périodique, à laquelle les transformations des réseaux de communication permettent de devenir une presse périodique de masse: les grands titres de quotidiens tirent à des centaines de milliers, voir à plus d'un million d'exemplaires. Mais, comme toujours, la configuration nouvelle des structures de production et de diffusion implique que l'innovation touche aussi le public: il ne s'agit plus de quelques milliers de privilégiés, comme chez Champy en 1796, mais bien d'un public de masse, et d'un public qui n'aura certes plus la patience d'attendre pour être informé jour par jour, et bientôt heure par heure. Les «nouvelles» font désormais l'objet d'un commerce qui concerne non plus le seul domaine financier, mais bien ses attendus (on pense à la publicité), et bientôt les attendus qui le sous-tendent (la presse d'opinion).
Une caractéristique moderne de cette manière de consommation de nouvelles, caractéristique qui induit, indirectement, la sensation d’un manque insupportable, réside dans l’impatience à être informé, surtout si l’on est dans une période plus incertaine. Les grands journaux parisiens paraissent plusieurs fois par jour et on les diffuse aussi vite que possible, mais l'impatience interdit, le cas échéant, d’attendre la sortie des dernières éditions. Ainsi, le 8 mai 1870, a lieu le plébiscite sur l’Empire libéral et, si Ludovic Halévy s’abstient (ancien orléaniste, il ne veut pas voter contre un projet libéral, sans pour autant approuver le plébiscite), il se refuse à quitter Paris avant 22 heures, parce qu’il veut être au plus près des événements et des nouvelles. Il ne rentre à Ville-d’Avray, où il réside (petite commune proche de Sèvres, à l'ouest de Paris), qu’au milieu de la nuit par des «petits sentiers déserts» et «la plus belle nuit du monde», mais ne peut y tenir, et, dès le lendemain matin, retourne en ville:
J’ai un besoin de savoir les chiffres vrais de Paris, ceux de la province (…). Pourquoi ne pas attendre les journaux, qui m’arrivent ici à deux heures [14h] ? Non, non, passer la moitié de la journée sans nouvelles, impossible. En route pour les nouvelles du plébiscite (Carnets, II, p. 123-124).
Le statut du journal change encore plus vite avec les développements de l’Affaire Dreyfus: il faut des nouvelles au plus vite, il faut pouvoir suivre précisément les développements de la polémique, mais il faut aussi manifester son soutien à la cause de Dreyfus. Durant l’été 1899, Geneviève Straus, tante de Ludovic Halévy, est à Trouville, dans sa somptueuse villa du «Clos des Mûriers», où un vieil ami, le journaliste Eugène Dufeuille (1842-1911), vient séjourner trois jours, mais lui non plus ne peut pas, en définitive, y tenir –et pourtant, il est originaire de Normandie:
Dufeuille a passé trois jours ici la semaine dernière, mais il est reparti pour être plus près des journaux et des nouvelles. Nous n’en manquons pourtant pas. Hier, onze dépêches de Rennes ou Paris! Néanmoins je comprends sa fièvre, puisque je la partage (17 août 1899).
Tandis que Ludovic s’abonne au New York Herald Tribune pour avoir sur l’«Affaire» des nouvelles, non seulement américaines, mais reprises «de journaux du monde entier», Geneviève s’inquiète de ce que son cousin souffre des yeux, ce qui pourraient l’empêcher de lire –au passage, on voit le souci d’avoir à Trouville Le Figaro du jour :
Ah oui ! Je comprends ce que ce serait de ne pas lire ces jours-ci !… Nous avons Le Figaro le soir à 9 heures. Nous l’envoyons chercher à la gare (1er septembre 1899).

Deux photographies illustrent le thème : sur la première (cf supra), Geneviève Straus, Madeleine Bizet et Paul Hervieu, à Trouville, sont plongés dans la lecture des journaux. Le cliché a été pris de telle sorte que l’on puisse lire les différents titres, L’Aurore, Le Siècle, et le Radical. La Libre parole est abandonnée sur un guéridon. Sur le second cliché, on reconnaît Ludovic, Daniel et Marianne Halévy, en compagnie de Mme Darmesteter (1), tous quatre plongés dans la lecture du seul Figaro. Le journal est devenu, en période d’incertitudes politiques, une manière d’afficher son choix –celui du Figaro, de Dreyfus et de la justice, et non pas des titres opposés à la révision.
L’Affaire Dreyfus est avant tout un affaire d’opinion. À tous les stades de son déroulement, on retrouve, peu ou prou, la presse. Non pas la presse, fidèle écho d’un drame qui demeure extérieur, mais la presse partisane, provoquante, agressive, de bonne et de mauvaise foi (Pierre Miquel). 

Note
(1) Mary Robinson veuve de James Darmesteter, professeur de persan au Collège de France, directeur de l’École pratique des hautes études (1849-1894 : voir Annuaire de l’E.P.H.E., 1895). Les Darmesteter sont originaires de Château-Salins, où le père de James et de son frère aîné, Arsène, était relieur et appartenait à la communauté juive.

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mercredi 24 mars 2021

Nouvelle publication sur Érasme

Quelques monuments de l’histoire du livre, notamment à l’époque de la Renaissance ont fait ces dernières années, en France, l’objet de monographies spécifiques: nous citerons La Nef des fous (Narrenschiff), ou encore l’Imitation de Jésus Christ. La petite collection s’accroît aujourd’hui d’un titre important, consacré au Nouveau Testament d’Érasme (Novum Instrumentum):
Le Nouveau Testament (1516). Regards sur l’Europe des humanistes et la réception d’Érasme en France,
éd. Thierry Amalou, Alexandre Vanautgaerden,
Turnhout, Brepols, 2020,
420 p., index, ill., cartes, graph.
(«Nugæ humanisticæ», 21).

Sommaire

1 Introduction

Thierry Amalou (Université de Paris 1-Panthéon-Sorbonne)
Dans le lit de l’humanisme biblique : le Nouveau Testament d’Érasme, œuvre majeure de la Renaissance
Avertissement

2 Restituer les Écritures ou corriger la Vulgate?

1 Sylvana Seidel Menchi (Université de Pise)
Érasme et le Nouveau Testament, 1516 – 1535: le défi, le repli, l’expiation ?
2 André Godin (CNRS)
Novum Instrumentum’, ‘Philosophia Christi’: enjeux et mise en œuvre d’un humanisme biblico-patristique
3 Luigi-Alberto Sanchi (CNRS, Institut d’Histoire du droit)
Guillaume Budé et la critique érasmienne du Nouveau Testament en latin

3 Collaborer. Les réseaux savants d’Érasme

1 Marie Barral-Baron (Université de Franche-Comté, LSH)
Érasme et l’édition du Nouveau Testament de 1516: entre travail collaboratif et «folie» du texte
2 Gilbert Fournier (CNRS, IRHT)
Portrait d’un «ami indépendant». Louis Ber dans la correspondance d’Érasme

4 Transmettre et juger

1 Malcom Walsby (Université de Rennes 2, cerhio)
Les éditions du Nouveau Testament d’Érasme en France et leur diffusion
2 Jonathan Reid (East Carolina University)
Erasmus’s Call for Vernacular Scriptures and the Biblical Program of Lefèvre d’Étaples
3 Christine Bénévent (École des Chartes)
François Ier lecteur d’Érasme

5 Conclusion

Jean-Marie Le Gall (Université de Paris 1-Panthéon-Sorbonne)
Érasme : une image de vitrail ?

6 Postface

Alexandre Vanautgaerden (Académie royale de Belgique, Le Studium Research Fellow, Orléans-Tours, CESR - Université de Tours)
« Monumentum paratum est»: chronique des travaux récents sur le Nouveau Testament d’Érasme (2016-2020)

7 Bibliographie générale

1 Sources (archives, édition)
2 Sources imprimés
3 Catalogues imprimés
4 Catalogues numériques
5 Travaux
6 Expositions

8 Liste des œuvres d’Érasme

9 Index

Cet ouvrage est présenté par les éditeurs comme constituant les Actes de la journée d’études éponyme du 13 décembre 2016, mais il propose un contenu très enrichi, grâce à une impressionnante bibliographie et à la liste des œuvres d'Érasme. Signalons que les interventions à la journée d'études sont aussi disponibles en vidéo.

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mardi 16 mars 2021

Histoire d'un éditeur

La disparition toute récente d’un grand éditeur parisien, Jean-Claude Fasquelle, nous amène à revenir sur l’itinéraire d’une maison qui s’identifie, comme toujours, à un patronyme familial et, parfois (c'est le cas ici), à la figure d’un fondateur. Rappelons-le en effet: Henri-Jean Martin a sous-titré la partie de l’Histoire de l’édition française consacrée au XIXe siècle «Le temps des éditeurs», faisant de ce «baron de la féodalité industrielle» la cheville-ouvrière de la seconde révolution du livre, celle de la mécanisation et de la librairie de masse. C’est l’éditeur qui prend l’initiative, qui élabore et qui conduit une politique de publication, qui organise et qui entretient les relations avec les auteurs, qui assure le financement et qui alimente la diffusion, avant, in fine, de balancer les comptes de chaque opération.
Si un certain nombre d’éditeurs conserve dans le même temps les deux activités traditionnelles de l’imprimerie, voire de la librairie d’assortiment et de commission,  la fonction éditoriale est désormais clairement identifiée et isolée –n’est-elle pas retenue, comme telle, en tant que l’un des «types» les plus célèbres de la grande série des Français peints par eux-mêmes? Et l’éditeur, souvent croqué de manière au moins... peu favorable, n’apparaît-il pas dans nombre de titres de la littérature du temps, comme chez Flaubert et chez Maupassant?
Nous pourrions poser par hypothèse que se lancer comme éditeur (éditeur de revue, ou éditeur d’ouvrages proprement dits) est facilité par le fait que l’installation ne nécessite pas de capital important –contrairement par ex. à l’imprimerie. Pour autant, la dimension financière est au cœur de la fonction , entre le financement du projet et, à moyen terme, le retour sur investissements: nul doute que, des capacités financières et du crédit du responsable de la maison, dépendent en grande partie le succès et la pérennité de celle-ci. C’est une stratégie tout entière qui doit être déployée en arrière-plan, du choix des textes et de la forme matérielle de leur publication à la mobilisation la plus efficace possible d’un système de distribution (où la publicité monte de plus en plus en puissance) et au suivi comptable qui doit accompagner les différentes étapes.
Nous voici maintenant dans la France du Second Empire, dans une société en pleine mutation et dans une ville, Paris, qui connaît alors les bouleversements les plus profonds. C'est réellement la grande époque des banquiers, des investisseurs et des architectes, mais aussi des hommes des médias, qu’il s’agisse de l’édition ou des spectacles. Comme tant d’autres (les Fayard), les Fasquelle «montent» à Paris: ils viennent en effet du petit village d’Antilly, à la lisière du Valois et de la Picardie, où Léon Alfred Fasquelle naît le 14 janvier 1835 de Romain Victor Fasquelle et de Marie Anne Honorine Filliatre (Ad60, 5Mi2091). Le jeune homme épousera à Paris en 1868 Joséphine Charlot, mais leur fils, Noël Eugène, le futur éditeur, est né dès 1863 rue de Mazagran. La tradition pieusement recopiée d’une notice à l’autre selon laquelle ce dernier serait originaire d’Asnières-s/Seine est donc controuvée, comme on peut le vérifier par la consultation de l’état civil aux Archives des Hauts-de-Seine.
Quoi qu’il en soit, le père est désormais bien établi comme architecte, il conduira la construction d’un certain nombre de grands immeubles des «beaux quartiers» parisiens (1), depuis son cabinet du 31 rue de Londres. En 1906, il est fait chevalier de la Légion d’honneur (sur l’introduction de son fils, alors officier (2)), et il décédera le 24 avril 1917, à son domicile du 92 bd Hausmann. Signalons que sa succession professionnelle sera prise par son fils, également prénommé Alfred. C’est sans doute par l’intermédiaire de ce père que le jeune Eugène débute comme commis chez Tavernier, agent de change (7 rue Drouot), mais il s’oriente bientôt vers la librairie en entrant d’abord chez Georges Charpentier (1886). Il épouse, à l’automne 1887, «Jeanne Marpon, la fille de l’éditeur bien connu» (Le Figaro, 2 oct. 1887). Les témoins du marié sont Arsène Houssaye et Charpentier, ceux de la mariée, Flammarion et Pichery, ce dernier «contrôleur en chef de l’Opéra» (Le Figaro, 26 oct. 1887). La dot de Jeanne Marpon, fille unique, est de 50 000f., outre 25 000f. en espèces (3).

Deux ans plus tard, la mort de Charles Marpon prélude à l’association de Fasquelle et de Charpentier dans une nouvelle société en nom collectif (Charpentier et Fasquelle), fondée en 1890 au capital de 1Mf., toujours au 11 rue de Grenelle, l’adresse de Charpentier depuis quinze ans. Mais, après la disparition de son fils unique, Charpentier souhaite se retirer, et Fasquelle reste seul propriétaire de l’entreprise à compter de 1896, année qui marque par conséquent la naissance des Éditions Fasquelle (cf cliché: annonce publiée dans la Bibliographie de la France). Nous sommes désormais de plain pied dans le «monde», soit à Paris, soit dans la «campagne» de l’éditeur, «Les Clématites», à Houlgate –Fasquelle vient aussi pour la saison d’été à Évian (avec Flammarion, Ollendorf, Firmin-Didot, et un certain nombre d’autres...).
La politique de la maison, et les bons rapports entretenus avec les principaux quotidiens, donnent une place nouvelle à la publicité, appuyée sur l’identification de différentes collections, de la «Bibliothèque Charpentier» à la «Petite Bibliothèque Charpentier», à la «Collection parisienne illustrée» et à la «Collection polychrome» et à ses illustrations. On pourra, bien sûr, considérer que le style des «réclames» est quelque peu naïvement emphatique, mais du moins ne peut-on pas leur retirer le mérite d’être le plus clairement explicites:
Pour être au courant des livres en vogue les plus récents, il suffit de parcourir, à notre dernière page, le gracieux panorama des dernières publication de la librairie Charpentier et Fasquelle, qui fait preuve d’un goût et d’un éclectisme le plus heureux dans le choix de ses éditions (Le Gaulois, 8 févr. 1897).

L’éclectisme est bien là, en effet. Se souvenant de son passage rue Drouot, Fasquelle est le principal informateur de Zola lorsque celui-ci rassemble sa documentation en vue de rédiger L’Argent (Paris, Charpentier, 1891). Bien évidemment, il continuera à publier l’auteur le plus important de la maison, et c’est d’ailleurs Zola qui, en 1896, lui remet les insignes de chevalier de la Légion d’honneur. Il assiste, à côté de Clémenceau et de Me Labori, au procès de 1898, où sa présence est toujours relevée par la presse (il sera aussi l’exécuteur testamentaire de l’écrivain). Pour autant, l’éditeur publie aussi des auteurs comme Léon Daudet et Maurice Barrès... À côté de textes de qualité (le Cyrano, d’Edmond Rostand, qui est très vite un succès de librairie) et d’auteurs importants (comme Maurice Maeterlinck), d’autres publications ne sont pas toujours de très haut vol...
À titre plus anecdotique, on se souvient que, comme plusieurs de ses confrères, Fasquelle refuse, à la veille de la Guerre, le manuscrit de Du côté de chez Swann, de Proust, lequel a été introduit par Calmette rue de Grenelle. Jacques Madeleine (pseud. de Jacques Normand) est alors secrétaire de la maison, et son commentaire est demeuré célèbre:
Au bout de sept cent douze pages de ce manuscrit (sept cent douze au moins, car beaucoup de pages ont des numéros ornés d'un bis, ter, quater, quinque), après d'infinies désolations d'être noyé dans d'insondables développements et de crispantes impatiences de ne pouvoir jamais remonter à la surface, on n'a aucune, aucune notion de ce dont il s'agit. Qu'est-ce que tout cela vient faire? Qu'est-ce que tout cela signifie? Où tout cela veut-il mener? Impossible d'en rien savoir! Impossible d'en pouvoir rien dire! (…) Il ne se trouvera pas un lecteur assez robuste pour suivre un quart d'heure, d'autant que l'auteur n'y aide pas par le caractère de sa phrase, qui fuit de partout (4).
Comme un certain nombre d'autres, de Hachette à Flammarion ou à Fayard, Fasquelle illustre ce moment bien particulier de la conjoncture du livre et du périodique (parmi lesquels La Revue blanche) où le rôle des solidarités familiales et du capitalisme familial était central. La maison entrera dans un certain déclin dans la période de l'entre deux guerres, avant d'être reprise par Grasset. Aujourd'hui, les adresses éditoriales fonctionnent généralement d'abord en tant que références historiques, qui ont surtout valeur d'affichage à l'heure des grands conglomérats emboîtés à la manière de poupées russes et structurant la branche nouvelle des médias –et des nouveaux médias.

Notes
(1) Par ex. 45 rue de Courcelles (1881); 101 ave Henri Martin (1891); 60 ave Foch (1893), etc. Il est aussi l’architecte du nouvel immeuble des 26-28 rue Racine, où la Librairie Flammarion s’installe en janvier 1900.
(2) AN, AN, LH 934/67, disponible sur la base Léonore (où l’on consultera aussi le dossier d’Eugène Fasquelle, avec le duplicata de son acte de naissance).
(3) AN, MCNP, LXXXV, 1503 (d’ap. Jean-Yves Mollier, L’Argent et les lettres).
(4) Jacques Madeleine, «Rapport de lecture» dans Du côté de chez Swann, éd. Antoine Compagnon, Paris, Gallimard, 1999 («Folio classique»), p. 446.

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jeudi 11 mars 2021

Un manuel d'histoire du livre

Yann Sordet.
Histoire du livre et de l’édition. Production & circulation, formes & mutations,

Postface de Robert Darnton,
Paris, Albin Michel, 2021,
798 p., index, ill. en coul.
(«L’évolution de l’humanité»).

Nous nous réjouissons vivement de pouvoir signaler la parution très récente (hier!) d’un nouveau (et très imposant) volume publié dans la collection «L’Évolution de l’humanité», et consacré à l’histoire du livre. Les historiens du livre savent, en effet, le rôle tenu par cette collection dans la constitution de leur champ de connaissances en spécialité universitaire, depuis la publication de L’Apparition du livre de Febvre et Martin, au tournant de 1957/1958. Deux générations plus tard, le travail porte ses fruits, puisque nous sommes arrivés à l’âge des grandes synthèses.
Notre maître Henri-Jean Martin aurait été tout particulièrement heureux de la présente publication, lui qui comprenait l’histoire du livre non pas comme une science auxiliaire de l’histoire (ou de l’histoire littéraire), mais bien comme un domaine spécifique, que les bibliothécaires érudits étaient les mieux placés pour explorer. Et que dire des compétences de notre ami Yann Sordet, ancien directeur de la Réserve des livres rares et précieux de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, et directeur de la Bibliothèque Mazarine, sinon qu’elles font de lui l’un des savants les mieux à même de remplir ce qui pour beaucoup d’autres s’apparenterait à une gageure?
On comprendra qu’il n’est pas possible de rendre compte ici dans le détail d’un véritable «pavé» de près de 800 pages, avec sept parties et cinquante-trois chapitres courts. Et on nous excusera de nous borner dans l’immédiat à reprendre ci-après la présentation brève qui en est faite par l’éditeur:
«De l'invention de l'écriture à la révolution numérique, l'ambitieuse synthèse de Yann Sordet, richement documentée et illustrée, retrace, des origines à nos jours, les grandes étapes et révolutions de l'histoire du livre, de sa production, circulation, réception et économie, mais aussi de ses usages, formes et mutations majeures –expansion du codex au début de l'ère chrétienne, mise au point de la typographie en Europe au XVe siècle, invention des périodiques au début du XVIIe, engagement de la librairie dans la société de consommation et mondialisation du marché de l'édition depuis le XIXe, dématérialisation des procédés au XXe siècle...
Cette très vaste enquête embrasse ainsi l'ensemble de la production écrite, quelles que soient sa vocation –pédagogie, combat, culte, information–, et ses formes –succès de librairie parfois planétaires, almanachs, publications éphémères et imprimés du quotidien–, tout en interrogeant une ambiguïté fondatrice: à la fois objet et produit manufacturé, le livre est aussi un bien symbolique, une œuvre à la valeur identitaire forte.
Elle porte enfin une grande attention à la diversité des acteurs de cette histoire générale du livre et de l'édition: auteurs, législateurs, copistes, artistes enlumineurs ou graveurs, imprimeurs-libraires puis éditeurs..., mais aussi lecteurs, collectionneurs, bibliothécaires..., et à leurs interactions.»

Parmi les billets récents:

Économie de l'information (1)
Un manuel d'histoire des bibliothèques.
La censure au XVIe siècle
À Paris sous le Second Empire
Un livre en forme de chéquier 
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dimanche 7 mars 2021

Économie de l'information (1)

Le XIXe siècle est en France et notamment pour l’historien du livre, le siècle de la presse périodique, et au premier chef du quotidien à très grand tirage. Sans nous arrêter aujourd’hui sur l’économie même du phénomène (on sait le rôle du quotidien dans la mise en point des nouvelles machines d’imprimerie, par exemple à Paris chez Marinoni), nous en analyserons une composante plus discrète, et d’autant plus prégnante: il s’agit de l’économie (de la consommation) des nouvelles –ce que l’on désigne aujourd’hui par l’anglicisme de news. Nous nous appuierons pour cela sur deux citations qui nous semblent plus particulièrement significatives.
Bien sûr, la consommation des «nouvelles» a changé d’ampleur, et de nature, en notre aube du IIIe millénaire, avec les nouveaux médias et l’utilisation systématique d’Internet –ce sont les «notifications» dont les téléphones portables sont désormais bombardés. Pour autant des mutations a priori comparables se sont produites dans le passé.
Notre première citation date de la fin du XVIIIe siècle, et elle vient aussi nous éclairer sur le changement dans la sociologie du lectorat. Nous sommes encore dans l’économie traditionnelle des «gazettes» d'Ancien Régime, quand Louis Daniel Champy, devenu propriétaire des Forges de Framont, demande à son correspondant strasbourgeois, le libraire Levrault, de lui faire suivre ses abonnements:
On a souvent oublié de renouveller [sic] mon abonement [sic] pour le Moniteur. Dans le cas qu’on ne l’ait pas fait, qu’on ne le renouvelle pas, car c’est une gazette assez [barré: mauvaise] stérile (…). Peut-être aura-t-on aussi oublié de renouveller celui pour le Courier françois. Si on l’a oublié, qu’on ne le renouvelle pas non plus, j’aime mieux le Courier de l’Égalité, et en place du Moniteur, veuillez m’abonner pour toute autre [feuille] à votre choix. Comme il s’écoulera quelques semaines avant que je n’en reçoive, si après avoir lu vos gazettes, vous vouliez m’en envoyer une, vous me feriez bien plaisir, car à la campagne on ne peut selon moi vivre sans gazette (1).
Nous sommes en 1796, et dans un environnement assez particulier: les forges de Framont-Grandfontaine, exploitées depuis le XVIe siècle, font la richesse de la principauté de Salm (Salm-Salm), jusqu’à l’annexion de celle-ci par la France (1793). Originaire de Bourgogne, Champy a dix-neuf ans lorsqu’il vient à Framont, comme adjoint de son oncle, lequel est alors régisseur des Forges au nom du prince. Lui-même en devient directeur en 1786. Au début de la Révolution, il sera favorable aux réformes, tout en se tenant longtemps en retrait de la vie politique active: il ne sera élu député de Vosges qu’en 1820, siégeant parmi les Constitutionnels, puis parmi les Libéraux (cf notice de Robert Lutz, dans Nouv. Dict. de biogr. alsacienne).

Résumons maintenant notre propos sur le commentaire de la citation en trois temps:
1- D’abord, le besoin de s’informer. «On ne peut (…) vivre sans gazette», ce qui répond à un véritable impératif, savoir ce qui se passe. Pour autant, nous noterons que Champy distingue explicitement la ville (où l'information est disponible) de la campagne (où il faut la faire venir), et qu'il garde le choix de ses lectures (il préfère un certain titre à un autre).
2- L’échange épistolaire se déploie dans le cadre qui est celui de la «librairie d’Ancien Régime»: l’espace pèse de tout son poids à l’encontre d’une circulation rapide des «nouvelles», et Champy, pourtant privilégié par la fortune, sait qu’il lui faudra attendre des jours, voire des semaines, avant de recevoir ses gazettes parisiennes au fond de sa petite vallée sous-vosgienne (notre cliché, même si quelque peu romantique, en donne l'illustration dans la décennie 1830).
3- Pour finir, il n’est pas possible d’occulter la problématique sociologique: Champy est une personnalité fortunée, et qui sera en mesure de payer non seulement le prix de l’abonnement, mais aussi le port jusqu’à son hameau de la nouvelle municipalité de Grandfontaine. L’abonnement reste un indicateur sociologique très efficace, surtout dès lors que l’on sort de Paris et des villes principales. Au demeurant, Champy sait qu'il peut se livrer en toute confiance à ses amis Levrault pour le choix d'un titre auquel s'abonner: nous sommes bien dans le même monde, celui des réformateurs libéraux, appartenant à la grande bourgeoisie urbaine, et partisans de l'ancien maire de Dietrich.
Sur ces trois points, la nouvelle économie de l’information apportera, en France à compter surtout de la monarchie de Juillet, un changement complet de paradigme. L’intégration de l’espace par la révolution des transports, permettra de diffuser de plus en plus largement les titres de périodiques, tandis que la nouvelle économie de la presse à grand tirage se fondera sur l’articulation entre la multiplication des exemplaires, la baisse radicale du prix de vente, et le rôle nouveau dévolu à la publicité dans le maintien d’un équilibre financier toujours indispensable. À terme, la conquête du monde rural deviendra un enjeu stratégique pour la presse quotidienne, y compris sur le plan politique.
Avec notre seconde citation, nous verrons comment, à échéance de deux générations, le phénomène se donne directement à lire dans une économie nouvelle de l’information, c’est-à-dire dans un autre rapport au temps.

Note
(1) Archives du Bas-Rhin, Fonds Berger-Levrault. Cité par Frédéric Barbier, Trois cents ans de librairie et d’imprimerie…, Genève, Droz, 1979, note 924 p. 446.

mercredi 24 février 2021

Un instrument de travail sur la Russie des Lumières

Nous recevions il y a quelques jours la lettre ci-dessous (cf texte en italiques), dans laquelle notre collègue et ami Monsieur Vladislas Rjeoutski, à Moscou, nous informe de la mise en ligne d’un très important instrument de travail sur la production imprimée russe à l’époque des Lumières.
Le XVIIIe siècle est le temps de l’acculturation de l’Empire russe, soit un phénomène impulsé d’en haut, par le tsar, et appuyé notamment sur l’introduction et les développements de la typographie en caractères mobiles, mais aussi sur une suite de réformes de grande ampleur (par ex., en 1707 l’abandon de l’ancien cyrillique, remplacé par un nouvel alphabet). Pour Pierre le Grand († 1725), qui initie le mouvement, le modèle est celui des puissances occidentales, d’où sont importés les institutions (comme l’Académie), les techniques et les pratiques (comme la typographie), et les textes (qu’il s’agisse d'importation ou de production locale). Dans un certain nombre de cas, les compétences aussi sont importées par de nouveaux venus (à l’image de Johann Caspar Taubert (1717-1753), fils d’un émigré saxon): ce sont longtemps des Allemands qui dirigent la Librairie Académique de Saint-Pétersbourg (1).

L’ouverture du marché russe se fait de plus en plus sensible sous Catherine II, à travers l’essor de la branche de la «librairie», la montée en puissance des professionnels d’origine russe (un personnage comme Novikov en 1779-1789), et la multiplication des traductions en russe. Pour autant, la conjoncture de la branche reste étroitement soumise aux aléas de la politique impériale, marquée par des alternances de fermeture (et de censure) et d’ouverture –à la fin de la période, le déclenchement de la Révolution française aura aussi pour effet de faire renforcer le contrôle, à Saint-Pétersbourg comme à Vienne.
On le verra en partant à la découverte du site élaboré par Monsieur Rjeoutski: des concepts aussi importants que ceux d’acculturation, d’appropriation, de transfert, d’intermédiaire et de frontière, voire de périphérie, sont engagés au fil de l’étude de la librairie russe des Lumières. Même si l’objectif premier de l’enquête est celui de contribuer à l’histoire des idées politique, c’est peu de dire que les informations remarquables compilées, réunies et très libéralement mises à disposition intéressent plus largement l’historien du livre et l’historien des Lumières. Le commentaire inspiré à Voltaire par l’invitation de Catherine II à d’Alembert resterait-il d’actualité: «Je me souviens que dans mon enfance je n’aurais pas imaginé qu’on écrirait un jour de pareilles lettres de Moscou à un Académicien de Paris (…). Ne remarquez-vous pas que les grands exemples et les grandes leçons nous viennent souvent du Nord?» (Lettre à d’Alembert, 4 fév. 1763. Cf cliché: Voyage... de Lady Craven, Londres [Paris], 1789, p. 184).

Note
(1) Nous ne disons rien ici de la problématique géographique, pourtant essentielle: à partir de Pierre le Grand, la Russie va faire se dilater le modèle politico-culturel occidental aux dimensions d’un continent, avec la «réunion» de l’Ukraine jusqu'à la côte de la mer Noire, et avec la progression de la «frontière» en Asie centrale et au-delà de l’Oural.


Cher Ami,
Je suis très content de pouvoir vous envoyer le lien vers une section de notre site internet consacré à la traduction de textes politiques en Russie, qui présente des données statistiques inédites sur le marché du livre en Russie pour tout le XVIIIe siècle.
Pour le moment, cette section, basée sur notre base de données qui répertorie toute la production publiée en Russie pendant cette période (à l'exception des périodiques), présente trois pages de graphiques:
- la part des traductions dans le corpus des livres publiés en russe, les langues d'origine des textes traduits et publiés en russe au XVIIIe siècle;
- l'évolution du marché du livre russe au cours du XVIIIe siècle;
- «dashboard» qui permet de chercher des informations selon quelques critères choisis par l'utilisateur.

On va introduire encore quelques critères ce qui va permettre avec le temps d'enrichir considérablement la palette des données statistiques présentées dans cette section.
Voici le lien vers la version de cette section en anglais:
https://krp.dhi-moskau.org/en/page/introduction
Je vous serais reconnaissant si vous pouviez diffuser cette annonce aux collègues travaillant sur l'histoire du livre.
En vous remerciant par avance, bien amicalement,
Vladislav Rjeoutski

Deutsches Historisches Institut Moskau
http://www.dhi-moskau.org/
https://dhi-moskau.academia.edu/VladislavRJEOUTSKI
https://www.researchgate.net/profile/Vladislav_Rjeoutski

mercredi 17 février 2021

Les catalogues régionaux d'incunables (3)

L’apport des Catalogues régionaux d’incunables (les CRI, auxquels nous avons récemment consacré deux billets) à la connaissance historique pourrait en principe figurer dans les «Introductions générales» présentées en tête de chaque volume. Pourtant, un certain glissement s’est opéré, le contenu de l’introduction prenant de plus en plus la forme d’une manière de récapitulatif des exemplaires les plus exceptionnels, des provenances les plus remarquables – par ex., une provenance Martin Gering dans le CRI XXI– et des reliures les plus significatives. Inversement, la dimension proprement historique de l’enquête s’est trouvée  plus occultée, même si les notices consacrées à la présentation de certains fonds se distinguent par leur précision et par leur intérêt (par ex. Rouen, dans le CRI XVII).
L’exploitation des enquêtes et des recensements pourra prendre deux formes, dont la première porte sur des présentations plus ou moins savantes proposées au public sous forme d’expositions. La sortie du CRI I (ancienne région Champagne-Ardennes) a ainsi été suivie d’une exposition consacrée aux incunables («Les Incunables: la naissance du livre imprimé», 27 novembre 1981-28 février 1982). L’achèvement des travaux consacrés au Nord- Pas-de-Calais (Artois, Flandre, Hainaut français) a aussi permis d’organiser une exposition de 54 pièces, dont certaines réellement exceptionnelles: des documents d’archives datant de la seconde moitié du XIVe siècle illustrent d’abord la pénétration rapide du nouveau support constitué par le papier dans les villes bourguignonnes; ils sont suivis par un exemplaire très remarquable de la Bible à 42 lignes, très probablement acquis peu après sa publication par les Bénédictins de Saint-Bertin et aujourd’hui toujours conservé à Saint-Omer (1); puis c'est un livret xylographique de la Biblia pauperum (apparemment un unicum) retrouvé à Douai (2); enfin, un Speculum humanae salvationis imprimé avec une technique prototypographique, probablement aux Pays-Bas (Bibliothèque de Lille) (3). Nous aurions pu y ajouter une Lettre d’indulgences pour l’expédition contre les Turcs, antérieure au 5 avril 1500, et dont un exemplaire a été identifié dans les Archives municipales de Valenciennes (anciennes Archives hospitalières. Cf cliché ci-contre).

L’exploitation générale du fichier bibliographique a été envisagée par un article des Mélanges Louis Trénard (4). Dans cette même perspective, il a paru intéressant de proposer des sujets de thèse relatifs à l’histoire du livre dans la région: Madame Hélène Servant a consacré son très remarquable travail à l’exploitation des très riches fonds des Archives municipales de Valenciennes s’agissant de à l’histoire socio-culturelle de la ville (y compris la première presse typographique de la région) dans la seconde moitié du XVe siècle (5).

L’exploitation des Catalogues amène à souligner tout particulièrement deux ensembles de problèmes, dont le premier est relatif aux sources. Pierre Aquilon écrivait, en 1996:
Puisqu’il s’agit de mesurer (…) la diffusion de l’imprimé dans l’Europe du XVe siècle en identifiant les exemplaires parvenus jusqu’à nous, ne serait-il pas souhaitable, comme l’ont déjà fait certains rédacteurs, de signaler non seulement les ouvrages détruits au cours des deux Guerres mondiales (Arras, Tours, Vire et Chartres (…)), mais aussi d’exploiter les inventaires, dressés du XVe au XVIIIe siècles par les bibliothécaires des communautés religieuses, hospitalières [et] universitaires, et de solliciter les répertoires des dépôts littéraires et ceux des écoles centrales établis à l’époque révolutionnaire, pour y retrouver la trace de quantité d’autres incunables disparus (art. cité, p. 37).
Avouons- le, la deuxième partie de la proposition, le dépouillement systématique de sources d’archives écrasantes, relève encore de l’utopie, quand des catalogues déjà constitués peuvent au contraire exister pour certains fonds disparus –il conviendrait d’ajouter notamment Strasbourg à la liste proposée par Pierre Aquilon, il est vrai pour la seule région du Centre.Val-de-Loire. Pour nous en tenir au seul exemple d’Arras, les incunables alors conservés sur place figuraient déjà dans les trois volumes publiés du Catalogue de Marie Pellechet (lettres A à GRE), mais la préparation du volume du CRI IX a permis d’identifier un jeu d’épreuves typographiques du nouveau catalogue préparé par le conservateur à la veille de 1914…, alors même que la collection serait détruite peu après et que par suite l’idée d’en publier le catalogue ait été bien évidemment abandonnée. Nous avons cependant décidé d’intégrer les exemplaires détruits dans le manuscrit du Catalogue régional tel que remis à l’éditeur en 1982: il s'agissait sans doute en partie de l'héritage de l'abbaye de Saint-Waast (une partie est aujourd'hui conservée à Boulogne-s/Mer), et par ailleurs, la structure des fonds arrageois s'est révélée radicalement différente de celle des fonds aujourd'hui toujours conservés dans les villes plus septentrionales, même très proches, Douai, Lille et Valenciennes.
La question de la géographie est encore plus intéressante pour nous. Le choix du cadre régional, s’il a le mérite de l’efficacité, reste discutable sur le plan historique –du moins son emploi suppose-t-il de prendre quelques précautions: même sans considérer l’histoire des collections sur près de six siècles (depuis 1450), il faut tenir compte du fait que la géographie de la France a très profondément changé au cours de la période et que, d’une manière générale, les régions administratives françaises se superposent bien moins souvent à des entités historiques que ne le font, par ex., les Länder allemands. Par ailleurs, la concentration parisienne a évidemment modifié la répartition géographique des fonds de livres anciens...
L’approche historique sera bien sûr la plus pertinente dans le cas de régions correspondant elles-mêmes à une réalité historique ancienne –l'essentiel du Nord- Pas-de-Calais, l’Alsace, la plus grande partie de la Lorraine, la Franche-Comté (la «comté de Bourgogne»)… On notera au passage que ces géographies régionales sont en majorité extérieures au royaume proprement dit dans son périmètre du XVe siècle. D'autres problèmes peuvent se poser à l'intérieur même du royaume: parmi les grandes principautés lui appartenant, le cas de la Bretagne apparaît pourtant comme problématique, parce que la capitale ducale, Nantes, ne fait aujourd’hui plus partie de la région de Bretagne, mais bien de celle des Pays-de-Loire.
En définitive, l’exploitation des informations réunies par la collection des CRI suppose ainsi de maîtriser à la fois la géographie historique, et l’histoire des bibliothèques recensées. Bien évidemment, la mise à disposition sur Internet des résultats compilés du travail de catalogage (dans le cadre notamment du programme Biblissima)  ouvre peu à peu des perspectives nouvelles à cette dimension de la recherche. C'est peu de dire que nous nous en réjouissons.

Notes
(1) Frédéric Barbier, «Saint-Bertin et Gutenberg» [sur la Bible à 42 lignes de Saint-Omer], dans Le Berceau du livre: autour des incunables. Mélanges offerts au Professeur Pierre Aquilon par ses collègues, ses élèves et ses amis [dir. Frédéric Barbier], Genève, Librairie Droz, 2003, p. 55-78, ill.
(2) Frédéric Barbier, «Une édition xylographique à la Bibliothèque municipale de Douai», dans Revue française d'histoire du livre, n° 35 (1982), p. 187-188.
(3) Les Débuts du livre imprimés. Éditions du XVe siècle conservées dans les Bibliothèques de la région Nord- Pas-de-Calais [réd. Frédéric Barbier], Arras, Imprimerie centrale de l’Artois, 1982, 44 p., ill.
(4) Frédéric Barbier, «Le Livre imprimé au XVe siècle dans la France du Nord», dans Mélanges Louis Trénard, Lille, 1984, (Revue du Nord, t. LXVI, n° 261-262), p. 633-651.

(5) Hélène Servant, Artistes et gens de lettres à Valenciennes à la fin du Moyen Âge (vers 1440-1507), Paris, Librairie Klincksieck, 1998.

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samedi 13 février 2021

Deux importants nouveaux usuels de référence

Un siècle d'excellence typographique : Christophe Plantin & son officine (1555-1655),
sous la direction de Goran Proot, Yann Sordet, Christophe Vellet,
Paris, Bibliothèque Mazarine, Éditions des Cendres ; Dibeek, Cultura Fonds Library, 2020,
499 p., ill.

ISBN : 979-10-90853-16-4 et 978-2-86742-299-7 

Le monde du livre célèbre le 5e centenaire de la naissance de Christophe Plantin (vers 1520-1589). Originaire de Touraine, formé à la reliure, il s’installe vers 1549 à Anvers, qui est déjà une plaque tournante du commerce international. Il y établit en 1555 les fondements de la plus vaste entreprise d’imprimerie que l’Europe d’Ancien Régime ait connue.
Génie des affaires et typographe de talent, Plantin acquiert une position officielle avec sa nomination, en 1570, en qualité d’architypographe du roi d’Espagne Philippe II, qui règne alors sur l’ensemble des Pays-Bas. Son officine, qui a pris pour enseigne «le Compas d’Or», devient l’un des plus importants soutiens éditoriaux de la Contre-Réforme, ce qui ne l’empêche pas de se livrer à quelques activités clandestines. À sa mort, elle passe à son gendre Jan I Moretus, et reste entre les mains de la famille jusqu’au XIXe siècle.
Dès l’origine la production de Plantin se signale par son élégance. Sa correspondance, comme les archives de l’entreprise, exceptionnellement conservées, témoignent d’amples ambitions commerciales et d’une grande attention accordée aux attentes des publics et des marchés. Elles documentent aussi un soin extrême apporté à la conception des livres.
Le premier siècle d’activité de la maison Plantin Moretus, particulièrement brillant, ses stratégies éditoriales et les exigences de sa production sont au cœur de cette exposition. Elle montre comment Christophe Plantin et ses successeurs ont transformé l’esthétique du livre de la Renaissance et inauguré l’ère baroque de la mise en page, en mobilisant un matériel typographique et ornemental nouveau, en promouvant la gravure sur cuivre, en sollicitant de manière privilégiée le peintre Pierre Paul Rubens ou des illustrateurs et graveurs de talent (Pieter van der Borcht et les frères Wierix, Charles de Mallery ou Cornelis Galle). Dans ce siècle d’or, l’officine plantinienne conçoit plus de 5 000 éditions, où la séduction visuelle rejoint la recherche de lisibilité et d’efficacité.

Emmanuelle Chapron,
Livres d’école et littérature de jeunesse en France au XVIIIe siècle,
Oxford Univ. Studies in the Enlightenment,
368 p.

ISBN : 978-1-800-34803-5

Riche de ses éditeurs scolaires et de ses collections enfantines, le dix-neuvième siècle a-t-il inventé le marché du livre pour enfants? Dans la France du dix-huitième siècle, de nombreux acteurs s’efforcent déjà de séparer, au sein de la librairie, les lectures adaptées aux enfants et aux jeunes gens. Les rituels pédagogiques des collèges et des petites écoles, les stratégies commerciales des libraires, les préoccupations des Églises, les projets et les politiques de réforme scolaire, tous poussés par la fièvre éducative de la noblesse et de la bourgeoisie, produisent alors d’innombrables bibliothèques enfantines, plurielles et plastiques, avec ou sans murs. Cet ouvrage montre comment, à un ordre des livres dominé par les logiques des institutions scolaires et des métiers du livre, se surimpose à partir des années 1760 une nouvelle catégorie, celle du «livre d’éducation», qui ne s’identifie plus à un lieu, mais à un projet de lecture, et s’accompagne de l’émergence de nouvelles figures d’auteurs.
Alors que les études sur la littérature de jeunesse poursuivent partout leur développement et leur structuration, ce livre dialogue avec les dernières recherches européennes sur la question. À l’inverse des travaux littéraires, il part, non des auteurs et des textes, mais des objets et de leurs manipulations. Son originalité est d’apporter un regard historien sur ces questions, en articulant histoire du livre et de la librairie, histoire de l’éducation, histoire des milieux littéraires et de la condition d’auteur.

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