samedi 4 juillet 2015

Soutenance de thèse sur Descartes et ses livres

La soutenance de thèse de Madame Julia Roger, à Caen le 2 juillet dernier, a donné lieu à des discussions qui intéressent directement l’historien du livre. Le travail de Madame Roger portait sur Descartes et ses livres. L’édition comme geste philosophique. Il s’agissait de montrer comment la volonté d’être publié est essentiellement liée à la construction même de la pensée cartésienne. Selon un topos classique, Descartes se présente comme un ennemi des livres, parce que ceux-ci sont critiquables, voire néfastes, en tant que ne transmettant pas la vérité ultime. Dans le même temps, l’énoncé même du propos montre que, pour Descartes, le livre bénéficie d’un statut tout particulier: c’est précisément parce qu’il se présente sous la forme accomplie du livre imprimé que le texte devrait toujours rendre compte d'une vérité fondamentale.

On sait les choix spécifiques faits par le philosophe pour sa première publication, celle du Discours de la méthode à Leyde, chez Jan Mairé, en 1637: publier à l’étranger, mais avec un privilège royal accordé à l’auteur, et par celui-ci rétrocédé au libraire hollandais. Bornons-nous simplement à observer que la conjoncture éditoriale des années 1620-1630 est quelque peu spécifique en France, avec le procès contre Théophile de Viau et la reprise en mains des années 1623-1625: les auteurs en vue suivent des stratégies d’écriture et de publication susceptibles de les mettre à l’abri de la censure et de l’interdit.
Mais ce qui est le plus remarquable, chez Descartes, c’est le rôle qu’il adopte en tant qu’intellectuel, entendons en tant que philosophe et que penseur, et dans le même temps en tant qu’auteur attentif à toucher son public de la manière la plus efficace possible. Il donne en effet toute son attention aux conditions de publication de ses textes: choix de la langue et du titre (celui de Discours est à cet égard remarquable), jeu des caractères typographiques les uns par rapport aux autres (par ex. l’italique), préférence pour une certaine mise en pages, organisation des alinéas, développements du paratexte, dispositions prises pour l’illustration, etc. La particularité de Descartes est, en l’occurrence, celle d’attacher une grande importance moins à l’ampleur de son lectorat (toucher le plus de lecteurs possible), qu’au principe d’encadrer la lecture pour interdire toutes les interprétations erronées de ses textes.
Il est très intéressant d’observer que Descartes, lorsqu’il veut transmettre sa pensée en tant que pensée logique, développe sa démonstration selon la logique même de l’écriture alphabétique et selon l’organisation du discours: il illustre ainsi pleinement l'idée selon laquelle la rationalité «n’apparaît (…) que dans l’exercice langagier, et donc dans l’acte communicationnel» (Jürgen Habermas). La thèse développée par Madame Roger est celle selon laquelle la publication successive de ses différents titres par l’auteur (ordo edendi) reproduit le développement de la pensée cartésienne (ordo conoscendi) en tant que pensée-à-communiquer: même si l’argument nous semble trop radical, sa démonstration est l’occasion de présenter nombre d’observations et de remarques qui intéressent au premier chef l’historien du livre –sur le statut d’un auteur (d’abord anonyme) et sur le statut du public, sur les pratiques de lecture, sur la stratégie des éditions, rééditions, traductions et éventuellement contrefaçons, etc.
Le seul aspect qui fait presque complètement défaut à la thèse (mais auquel auquel l’historien du livre ne peut qu'être sensible...) concerne la problématique de la réception: les dispositifs complexes mis en œuvre par Descartes et par ses éditeurs ont-ils, en définitive, fonctionné, et dans quelle mesure? Avec Descartes, la démonstration est faite, selon laquelle l’écrit, plus encore l’imprimé, reçoit le rôle de premier forum sur lequel se développe la discussion savante: la question reste celle moins de savoir si cette discussion a effectivement eu lieu à propos de ses travaux, que de déterminer dans quelle mesure la réception des œuvres de notre auteur a été, ou non, orientée par les choix éditoriaux qu’il avait faits.
Voici donc une thèse au sens plein du terme –entendons, une thèse qui se présente, phénomène beaucoup trop rare, comme ayant effectivement une «thèse» à défendre, et qui procède sur la base d’une enquête très approfondie et conduite avec une parfaite honnêteté intellectuelle. Terminons en soulignant le fait que nous sommes, ici, devant un travail qui correspond à la définition même de l’herméneutique: considérer les énoncés (les discours) comme l’expression des intentions du locuteur / auteur ; mais aussi comme construits en vue de l’établissement d’une certaine relation entre le locuteur / auteur et l’auditeur / lecteur ; et, in fine, comme voulant exprimer et transmettre un discours à propos de quelque chose existant dans le monde. L’herméneutique, c’est l’étude du «langage au travail, c’est-à-dire [du langage] tel qu’il est utilisé par les participants pour accéder à la compréhension commune d’une chose, ou pour atteindre une même manière de voir» (Jürgen Habermas).
Une définition idéalement illustrée par l’exemple de Descartes –et par cette thèse exemplaire.

Julia Roger, Descartes et ses livres. L’édition comme geste philosophique, thèse de doctorat en philosophie, Caen, 2015, 2 vol. dactyl.
La thèse a été préparée sous la direction conjointe de Vincent Carraud, professeur de philosophie à l’Université de Paris IV, et de Gilles Olivo, professeur de philosophie à l’Université de Caen. Le jury était composé, outre les deux directeurs de thèse, de Messieurs Igor Agostini, professeur d’histoire de la philosophie moderne à l’Université du Salento (Lecce), Jean-Robert Armogathe, directeur d’études honoraire à l’EPHE, et Frédéric Barbier, directeur d’études à l’EPHE.

samedi 27 juin 2015

Projet de colloque sur les éphémères

Université de Cergy-Pontoise
Programme de recherche PatrimEph

Colloque Les éphémères et l’événement (XVIe-XXIe siècle)
12 et 13 février 2016 

Appel à communication
(Texte communiqué par Mme Florence Ferran)

Programme de recherche pluriannuel (2014-2016), PatrimEph (Patrimonialisation des Ephémères) propose d’interroger la place des éphémères dans notre patrimoine. Il s’agit non seulement d’analyser le paradoxe que constitue la patrimonialisation de ces petits documents du quotidien (libelles, pamphlets, tracts, étiquettes, affiches, prospectus) mais aussi d’interpréter le rôle de ces imprimés dans la construction de notre histoire culturelle, dans une perspective diachronique large et comparatiste (avec une dimension européenne).
PatrimEph entend ainsi contribuer non seulement à une approche critique du patrimoine mais aussi à l’exploration de ce continent méconnu de nos disciplines de lettres et sciences humaines, particulièrement en France où, contrairement à la Grande-Bretagne, on ne bénéficie ni d’un répertoire pour localiser les fonds d’éphémères, ni d’une nomenclature de référence pour les identifier, les nommer et les classer.
Deux premières rencontres ont d’ores et déjà permis:
1/ de rassembler des collectionneurs, conservateurs et chercheurs en lettres, histoire, histoire de l’art pour dresser un état des connaissances sur les éphémères: nomination et caractérisation de ces documents, identification des acteurs de leur patrimonialisation (éditeurs, imprimeurs, collectionneurs, conservateurs), histoire de quelques fonds d’éphémères caractéristiques, problèmes soulevés par leur exploitation, perspectives de recherches dont ils sont porteurs (Journées d’étude des 17 et 18 janvier 2014, UCP et BNF - Estampes).
2/ d’aborder les éphémères d’un double point de vue taxinomique et épistémologique. Il s’agissait de comparer les typologies adoptées en Europe, de confronter le traitement des éphémères par les Bibliothèques, Musées, et Archives, mais aussi d’interroger les différents usages que pouvaient faire nos disciplines de cet objet encore largement impensé (Journées d’étude des 3 et 4 octobre 2014, BNF-Estampes et Archives Nationales).
Après une première phase lexicale, méthodologique et théorique, valorisée par une publication sur le site Fabula.org prévue cet été 2015, le projet entre dans une seconde phase thématique et historique, avec l’organisation d’un colloque sur les liens entre «Les éphémères et l’événement» qui fera l’objet d’une nouvelle publication.
L’attention portée à la définition, à la nomination, et au classement de ces imprimés a confirmé la nécessité d’un tel effort de conceptualisation et de catégorisation en l’absence d’une typologie de référence en France (et cet effort doit se poursuivre par la tenue d’un séminaire de travail). Elle a également révélé ses limites: d’une part, les éphémères ne sauraient être ramenés à une nomenclature, aussi raisonnée soit-elle, sans prise en compte –et donc connaissance– de leur aspect matériel, des modes singuliers de fabrication, d’utilisation, et de manipulation de ces objets. Matérialité qui, associée à une mémoire des usages, permet seule parfois l’intercompréhension culturelle des éphémères, lorsqu’on se risque à une démarche comparatiste à l’égard d’un champ qui pourrait peut-être bien relever de celui des «concepts nomades».
D’autre part, on saurait difficilement aborder les éphémères hors contexte, ces imprimés étant de fait intrinsèquement attachés aux circonstances, ordinaires ou extraordinaires, qui les ont fait naître. Le colloque «Les éphémères et l’événement» entend par conséquent procéder à une recontextualisation des éphémères, pour étudier leur rôle dans la construction de l'histoire –ou d'histoires–, comprendre la dialectique qu'ils peuvent faire jouer entre l'événement et le quotidien, mais aussi plus largement, réfléchir à leur rapport au temps, ouvrant sur une perception à la fois immédiate et différée de l’événement. En effet, les éphémères parvenus jusqu’à nous s’inscrivent nécessairement dans une double temporalité: d’un côté, ils se caractérisent par leur contingence, un rapport étroit à l’actualité; de l’autre, un éphémère n’est tel que parce qu’il est archivé, patrimonialisé, valorisé, à rebours de son origine; tout simplement parce qu’à l’origine, au moment de l’émission et de la circulation de tels documents, il n’y a pas d’éphémères en tant que catégorie constituée et consciente, mais une multitude de supports voués à des contextes et à des fonctions très différents, et qui tirent précisément leur efficace du fait qu’ils se coulent bien souvent dans une histoire du quotidien voire dans le silence des usages : étiquettes, emballages, tracts, timbres, tickets…
Comment les éphémères s’articulent-ils à l’événement (politique, artistique, culturel)? En sont-ils la trace, le reflet, ou ce qui contribue à le construire comme tel? Dans quelle mesure les éphémères nous permettent-ils de mettre en rapport une histoire de l’événement et une histoire du quotidien? Quelle valeur peuvent prendre hors de leur contexte d’origine ces documents qui en sont si fortement tributaires? Telles sont les questions qui pourront être évoquées.
Stable, accidentel, anecdotique, historique, trivial, fantastique, privé, public, individuel ou collectif…: «l’événement» est une notion diverse, pour ne pas dire fuyante, qui gagne à être repensée en rapport avec les éphémères. La définition des éphémères qu’a donnée Maurice Rickards, «the minor transient documents of everyday life» situe ces documents à l’horizon d’une histoire non factuelle, une histoire du long terme et de la vie quotidienne, ou encore d’une sociologie des usages voire d’une anthropologie. «L’événement» ici peut s’étendre à «tout ce qui arrive»: nombreux sont les éphémères qui scandent ainsi les événements traversés par l’individu au cours de sa vie personnelle ou sociale. Pensons à titre d’exemple, sur le plan de la spiritualité, aux images pieuses (communion, images de pèlerinage, etc.); sur le plan scolaire, aux bons points ou aux diplômes; aux menus, faire-part, affichettes ou autres documents par lesquels se lisent des rites sociaux importants (mariage, deuil…). L’éphémère serait la ponctuation imprimée d’une vie; pour l’analyser et le comprendre, il faut alors le replacer dans le contexte non seulement d’une biographie, mais d’une anthropologie qui restitue les rituels d’une communauté, dans lesquels les éphémères peuvent devenir des jalons essentiels.
Pourtant les éphémères portent aussi la trace des événements collectifs, qu’il s’agisse de manifestations officielles, de phénomènes politiques et religieux (rapportés par les livrets, brochures, opuscules, libelles, pamphlets) ou bien de simples faits divers: on retrouve là toute la tradition des canards de l’Ancien Régime, étudiés en France dans les années 1960 par Jean-Pierre Seguin, et plus largement des occasionnels et autres pièces de circonstances, auxquels Nicolas Petit consacre un chapitre de son étude des éphémères de la bibliothèque Sainte Geneviève en 1997. Les éphémères participent ainsi à la construction de l’événement à travers plusieurs phénomènes:
- un effet d’officialisation ou de publicité, quand les éphémères sont produits pour faire événement;
- un effet de prolifération, qui s’intensifie à partir du XIXe siècle, lorsque ces documents sont susceptibles d’être fabriqués en masse;
- un effet de politisation et d’appropriation de l’espace public, avec l’ambition d’agir sur l’opinion;
- un effet de patrimonialisation quand les éphémères sont précocement (parfois au moment même de leur diffusion) collectés, conservés et archivés, par des acteurs privés ou publics qui leur attribuent une valeur de témoignage, en lien avec une actualité jugée historique (cas des journaux de tranchée). L’éphémère devient ainsi une archive du présent, au présent;
- un effet diffusion et la transmission d’une mémoire collective à travers la perpétuation de personnages, de faits, de représentations iconiques qui deviennent plus ou moins des stéréotypes (voir l’illustration des canards ou occasionnels, souvent interchangeable);
- un effet de démocratisation, partagé avec la presse périodique: «transformé en fait divers, l’événement est sorti de l’histoire ou plutôt, il a réduit celle-ci à la dimension du quotidien, achevant ainsi un étrange processus de démocratisation qui passe par la désacralisation et la réduction de l’événement au banal, à l’ordinaire, ce qui est la fonction de l’étalage du sang à la Une dans les quotidiens».
Le rapport entre éphémères et événements pourra ainsi être abordé sous l’angle de l’histoire de l’imprimé, des sciences de l’information et de la communication, de la médiologie, de l’anthropologie. Il bénéficiera aussi des modes de questionnement propres aux disciplines, lettres, histoire de l’art, histoire, représentées dans le projet PatrimEph:
- Quelles formes d’écritures (narration, satire, merveilleux, controverse…) sont mobilisées par les éphémères pour représenter l’événement, l’interpréter, mais aussi « faire événement », non sans ambition performative? Comment ces instruments de l’action sont-ils destinés à être lus? Christian Jouhaud a ouvert la voie en 1986 avec son étude littéraire des Mazarinades publiées pendant la Fronde, leurs modes d’énonciation et de réception, les liens qu’elles établissent entre l’écrit et l’oral, les textes et les images .
- Qu’est-ce qu’une image éphémère –associée ou non à un texte–, son format, ses choix graphiques et typographiques, traduisent de l’événement? À quel public s’adressent ces représentations, dans quels espaces?
- Quelle place donner aux éphémères dans la reconstitution historique d’un événement? L’éphémère a ceci de particulier que, produit et consommé au moment des faits, il garde la trace intacte de leurs caractères. Mais quelle lisibilité, quelle intelligibilité conserve-t-il a posteriori, et faut-il absolument ou à quelles conditions lui conférer le statut de source? Que ressort-il de sa confrontation avec d’autres types de supports? Autrement dit les éphémères répondent-ils, au même titre que d’autres documents, à la demande de sens suscitée par l’événement?
Comme l’a écrit Jean-Yves Mollier dans le cadre d’une réflexion sur la presse, «(…) [Des événements], il n’en exista que des perceptions, des représentations, diverses et fragmentaires, souvent opposées les unes aux autres, qu’elles aient été fantasmées ou embellies, et il est difficile, même en croisant la totalité des sources disponibles, de les cerner avec précision. Pour y parvenir, la comparaison des supports de communication et de la transmission à la mémoire de ce qui s’est, un jour, produit, est essentielle….» Un questionnement s’est engagé de longue date sur les rapports entre la presse et l’événement. La réflexion que nous souhaitons mener sur les éphémères bénéficiera de la réflexion engagée à propos des périodiques (Jean-Pierre Seguin mettait déjà en relation les deux) tout en se donnant pour objectif d’interroger le mode de saisie spécifique de l’événement par les imprimés éphémères, quitte à confronter, autour d’un même événement, le traitement opéré par ces deux types de supports, chacun d’eux étant de surcroît caractérisé par la grande diversité et l’extrême porosité des nombreux genres qu’ils recouvrent.
On évitera les contributions monographiques et on veillera à ce que les communications portent bien sur les interactions entre les éphémères et l’événement, en s’intégrant aux quatre axes de réflexion suivants:
1/ Dimensions
Événements privés et publics, individuels et collectifs: quelles articulations, quels glissements permettent d’opérer les éphémères?
2/ Actions
Production, diffusion, circulation des éphémères: comment les éphémères contribuent-ils à construire l’événement?
3/ Effets
Démocratisation, désacralisation, vulgarisation: quelle lisibilité, quelle intelligibilité l’éphémère donne-t-il de l’événement?
4/ Temporalités
Statuts, valeurs, relativité des corpus: comment les régimes de temporalité agissent et sur la valeur de l’éphémère et sur la perception de l’événement? 

Merci d’adresser vos propositions de communication avant le 10 juillet aux adresses électroniques suivantes : olivier.belin@u-cergy.fr et florence.ferran@u-cergy.fr 

Comité scientifique de PatrimEph : Lise Andriès (Sorbonne-CNRS), Olivier Belin (Université de Cergy-Pontoise), Annie Duprat (Université de Cergy-Pontoise), Florence Ferran (Université de Cergy-Pontoise), Julie Anne Lambert (Oxford, Bodleian Library), Corinne Le Bitouzé (BNF), Jean-Yves Mollier (UVSQ), Philipphe Nieto (AN), Denise Ogilvie (AN), Romain Thomas (UPONLD), Bertrand Tillier (Université de Bourgogne), Michael Twyman (University of Reading).

samedi 20 juin 2015

La librairie et les colonies sous l'Ancien Régime (2)

Nous poursuivons un instant le précédent billet consacré au comparatisme entre les colonies d'Amérique dans le domaine du livre. S'agissant de la «librairie», le rôle du cadre réglementaire reste bien évidemment essentiel: la «librairie» espagnole est enfermée dans le carcan des contrôles de l’administration royale et de l’inquisition, au point que l’Espagne elle-même tend à devenir dès le XVIe siècle une géographie d’importation pour les autres productions européennes. À Séville, Fernand Colomb (Hernando Colón), le fils du découvreur, ne peut réunir sa monumentale bibliothèque que parce qu’il dispose d’un réseau de correspondants qui lui permettent de faire venir jusqu'en Andalousie les nouvelles éditions qui l’intéressent.
L'essor des nouvelles puissances maritimes, les Provinces Unies et l’Angleterre, s’accompagne au contraire, au XVIIe siècle, d’un système beaucoup plus libéral, dominé non pas par les contraintes réglementaires ni par la surveillance, mais bien par les conditions générales du fonctionnement capitaliste et par la liberté d’entreprendre. On devine comment, en deçà de ces données d’ensemble, l’appartenance religieuse peut jouer un rôle important –et on pense à nouveau, bien évidemment, à l’Éthique protestante de Max Weber.

Barthélemy Vimont, Relation de ce qui s'est passé en la Nouvelle France en l'année M.DC.XL. envoyée au R.P. provincial de la Compagnie de Jésus de la province de France par le P. Barthélemy Vimont, de la mesme Compagnie, Supérieur de la Résidence de Kébec, À Paris, Chez Sébastien Cramoisy, imprimeur ordinaire du roy, 1641. Exemplaire de la BN du Canada, Ottawa (mais venant apparemment des Jésuites, puis de la Bibliothèque municipale d’Alençon ?).

Dans le royaume de France, le contrôle se fait moins par le biais de l’Église que par celui de la centralisation monarchique. La «Nouvelle France» s’est déployée à partir du XVIe siècle sur un territoire immense, en remontant le Saint-Laurent jusqu'aux Grands lacs, puis en descendant par le bassin du Mississippi jusqu’au golfe du Mexique, mais le peuplement y reste extrêmement lâche. La ville de Québec est fondée en 1608 et les nouveaux venus colonisent dès lors plus systématiquement les rives du Saint-Laurent (Ville-Marie de Montréal, 1642): pourtant, les imprimés sont exclusivement importés d'Europe jusque dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, notamment par le biais de Sébastien Cramoisy, libraire et fondé de pouvoirs des Jésuites et des Augustines de l'Hôtel-Dieu de Québec. La première presse typographique ne sera en définitive introduite qu'après le passage de la colonie sous le régime britannique, lorsque William Brown et Thomas Gilmore viennent de Philadelphie pour s’établir à Québec (1764). Montréal suit seulement en 1776. Les mêmes logiques se déploient dans les îles d'Amérique centrale, que se sont partagées l'Espagne, les Provinces-Unies, l'Angleterre et la France.
Quant à la trajectoire brésilienne, elle nous permet de conclure sur un dernier point, qui concerne le rôle des événements. La première imprimerie n’est établie, et de manière très temporaire, à Rio de Janeiro qu’en 1747, par un typographe, Fonseca, venu de Lisbonne, mais la statistique douanière met en évidence un développement rapide des entrées de livres par Bahia et par Rio dans les années 1790. L’événement fondateur date effectivement de la fuite de la cour de Portugal devant les Français de Junot, en 1808, et du transfert de la capitale de Lisbonne à Rio. Qu’il s’agisse du Brésil, ou de l’ensemble des colonies espagnoles, l’une des conséquences les plus inattendues, et les plus considérables, de l’intervention française dans la péninsule ibérique concerne, en définitive, l’autonomie plus grande de ces dernières par rapport à leurs métropoles, et leur passage progressif à l’indépendance (par exemple en Argentine)… C’est, aux Amériques aussi, la fin de l’Ancien Régime, et l’entrée dans une nouvelle ère.

Un petit peu de bibliographie, tirée de Histoire et civilisation du livre. Revue internationale 
Canada (et Québec):
Marcel Lajeunesse, «Le livre en Nouvelle-France et au début du régime britannique au Canada (XVIIe et XVIIIe siècles)», t. III, 2007.
Jacques Michon, «L’histoire du livre en Amérique du Nord», t. VIII, 2012.
Et une référence plus ancienne, que l'on trouvera d'ailleurs sur Internet: Antonio Drolet, «La bibliothèque du collège des Jésuites [à Québec]», dans Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 14, n° 4, 1961, p. 487-544.

Colonies espagnoles, Brésil:
Eliana Regina De Freitas Dutra, «L’Espace atlantique et la civilisation mondialisée: histoire et évolution du livre en Amérique latine», t. VIII, 2012.
Rafael Rodriguez Marín, «Le Dictionnaire de l’Académie espagnole, sa réception critique et la norme linguistique d’Espagne et d’Amérique», t. IV, 2008.
Mateus H. F. Pereira, «L’Almanaque Abril (Almanach Avril), 1974-2004: histoire d’un best-seller brésilien», t. III, 2007.
Sandra Guardini Teixeira Vasconcelo, «Romans et commerce de librairie à Rio de Janeiro au XIXe siècle», t. VIII, 2012. 

Diana Cooper-Richet, «Paris, carrefour des langues et des cultures: édition, presse et librairie étrangères à Paris au XIXe siècle», t. V, 2009. Id., «Paris et la présence lusophone dans la première moitié du XIXe siècle», t. VIII, 2012.

mardi 16 juin 2015

La librairie et les colonies sous l'Ancien Régime

L’histoire devrait être définie comme une science expérimentale: au sens strict du terme, elle nous permet notamment, toutes choses égales d'ailleurs, d’avoir une certaine connaissance des expériences déjà faites par les sociétés humaines dans telles ou telles conditions plus ou moins comparables à celles devant lesquelles nous nous trouvons. La mondialisation, dont nous avons déjà traité à plusieurs reprises, est un processus souvent questionné aujourd’hui. Or il s’agit précisément d’un phénomène historique, et d’un processus qui se développe depuis plusieurs siècles (Raynal y consacrait déjà son Histoire des deux Indes), même s’il reste partiel avant que d’atteindre le niveau actuel d’une intégration planétaire.
Cette problématique intéresse aussi l’historien du livre: elle engage en effet des travaux sur la géographie de la production et de la diffusion des imprimés, sur la question de l’acculturation et de l’identité, sur l’équilibre changeant entre les langues d’édition, ou encore sur le système colonial et sur les rapports de forces entre colonies et métropoles. Depuis le XVe siècle en effet, la mondialisation passe, et d’abord aux Indes occidentales (aux Amériques), par le biais d’un modèle d’organisation spécifique, qui est celui de la colonie: colonies espagnoles et portugaises (qui correspondent peu ou prou à la géographie de l’Amérique latine), puis colonies françaises et anglaises (dans certaines îles des Antilles et en Amérique du nord), sans parler des colonies néerlandaises et françaises.
La chronologie et les modèles de développement des activités du livre se déploient outre-Atlantique selon des systèmes et des rythmes très différents, que le comparatisme met bien en évidence. Les premières universités sont créées par les Espagnols à Mexico et à Lima dès le milieu du XVIe siècle, tandis que les presses «gémissent» dans ces deux mêmes villes respectivement dans la décennie 1530 et en 1584. Vers le nord, la première presse anglaise ne fonctionne que deux générations plus tard, en 1640 à Cambridge (Mass.), tandis que les colonies françaises du Saint-Laurent restent sur la logique de la seule importation des imprimés depuis la métropole. Le Brésil des Portugais reste lui aussi en retard, jusqu'à l'installation de la cour de Lisbonne à Rio, en 1807. Conséquence principale, et souvent ignorée: jusque dans la seconde moitié du XVIIe siècle, l’Amérique développée désigne d’abord l’Amérique espagnole. Le rattrapage de l’Amérique anglaise à partir de la fin du XVIIe et au cours du XVIIIe siècle en sera d’autant plus spectaculaire, et cela vaut aussi dans le domaine de l’imprimé.
La Salle des Actes à l'Université de Cordóba (Ar.) en 2015
Il est possible de proposer une typologie très sommaire de ces différents modèles. La conquête espagnole se caractérise d’abord par son ampleur: en quelques décennies à partir de la fin du XVe siècle, des territoires immenses sont saisis par Madrid, qui les organise, même si très difficilement, en vice-royaumes (Nouvelle-Espagne et Pérou, plus tard La Plata: cliquer ici pour lire les billets successifs), et qui y installe des institutions permettant la poursuite du travail d’évangélisation et la formation d’une partie des élites locales. Pour autant, la production locale d’imprimés reste minime, la majeure partie de la «librairie» étant importée d’Europe: les presses actives dans les différentes capitales ne répondent qu’à des besoins «locaux» d’ordre administratif et religieux.
Vers le nord, les Treize colonies anglaises émergent seulement dans le deuxième quart du XVIIe siècle, mais selon un modèle tout différent. C’est une colonie de peuplement et d’exploitation, qui approfondit son installation sur place sans d’abord chercher à s’étendre –à la fin du XVIIIe siècle, la limite des Appalaches sera à peine atteinte, et la saisie du continent nord-américain ne se fait, comme on sait, qu’au XIXe siècle, grâce au chemin de fer. Les conditions des activités de l’imprimé y sont rapidement tout autres. En un siècle, les Treize colonies voient leur population multipliée par vingt (de 55 000 hab. vers 1670 à deux millions à la veille de l’indépendance). La production imprimée s’accroît parallèlement, et conquiert son autonomie par rapport à celle de la métropole: on estime que, de 1639 à 1799, quelque 50 000 titres sont publiés, tandis que le processus de la publicité (Öffentlichkeit) s’appuie sur un média spécifique, véritable forum des nouvelles communautés, celui de la presse périodique (dès 1695 à Boston). Benjamin Franklin en sera bientôt une icône planétaire (car la mondialisation ne va pas sans une forme de médiatisation elle-même mondialisée)...
Dans le dernier quart du XVIIIe siècle, le temps de la rupture est atteint, et l’on entre, d’abord à Boston et à Philadelphie, dans la phase de déclenchement de la « révolution atlantique » –laquelle se prolongera d’abord en France et en Europe, puis en Amérique du Sud au début du XIXe siècle…

mercredi 10 juin 2015

Le Cor enchanté

Les dernières décennies de l’Ancien Régime et le tournant du XVIIIe au XIXe siècle sont marqués, du point de vue de l’esthétique typographique et de la «mise en livre», par la montée en puissance du néo-classique, que symbolisent en Europe des figures comme celles de Bodoni, et surtout de Didot. Pourtant, une autre esthétique émerge dans le même temps, elle-même articulée avec la double problématique, du patrimoine et de l’identité.
À Leipzig, Göschen fait le choix du néo-classique pour son édition de Wieland en trente-six volumes in-quarto (1794-1802), mais il le regrette in fine. C'est que l’économie éditoriale change: le temps n’est plus, des mécènes, de la société de cour et de l’absolutisme, et il faut s’adresser à un public nouveau, qui sera intéressé par les productions qu’on lui propose, mais qui n’a pas les moyens de se procurer des ouvrages trop chers.
Bodoni et Didot ont infiniment apporté à la typographie, mais ils sont chers (…). Mon projet est par conséquent de donner non pas des éditions de luxe, mais des éditions élégantes (…), dans l’esprit des anciens, avec simplicité, beauté et correction. On doit y trouver la patience et le soin allemands, mais pas de luxe. De la simplicité, de la netteté, de belles couleurs, de bons caractères, une impression noire et puissante sur du beau papier, voilà ce à quoi je pense…
Parallèlement, les libraires éditeurs sont engagés dans la construction d’une littérature «nationale» que théorisera Friedrich Christoph Perthes en 1816. À Heidelberg, un groupe d'intellectuels et d'artistes travaille, dans une perspective pré-anthropologique, à recueillir les éléments constitutifs d’une culture «populaire» qu’il convient de réactualiser et surtout de placer au cœur de la nouvelle «culture nationale» construite en opposition à la «civilisation internationale» des Lumières françaises.
Creuzer est rejoint par ses amis Clemens Brentano et Achim von Arnim, et tous trois rassemblent sous le titre «L'enfant au cor merveilleux» [=Des Knaben Wunderhorn] une collection de chants qu'ils ont recueillis en partie de la bouche du peuple, en partie de feuilles volantes et de vieux bouquins (Heinrich Heine, De l'Allemagne, trad. fr., nouv. éd., Paris, L.G.F., 1981, p. 234).
..Les frères Grimm, rénovateurs et codificateurs de la langue et de la littérature populaire allemandes, sont associés à l'entreprise, et le premier volume, dédié à Goethe, sort en 1806. La forme matérielle du livre devra elle-même rendre compte du processus de construction de l'identité, avec l'emploi du caractère gothique, et surtout la rupture radicale avec les modèles esthétiques des Lumières ou du néo-classique. La page de titre du deuxième volume (1808), gravée sur cuivre, suit les modèles allemands des années 1500: l'encadrement de pampres rappelle la décoration des manuscrits du bas Moyen Âge, tandis que, en arrière-plan, la scène ouvre sur une vue de la vallée du Neckar –une forteresse médiévale surplombe la cité blottie au bord du fleuve. L'ensemble de l'image est dominé par la présence du gigantesque «cor enchanté», qui évoque aussi une coupe à boire et est décoré à la manière des façades des anciens hôtels de ville.
La référence au passé n'exclut pas l'innovation dans la disposition scénique, laquelle tend à échapper à l'objectivité universelle du cube scénographique hérité de la Renaissance pour opposer un premier plan d’encadrement (treille et muret d'appui) à la vue élargie en arrière. Tout se passe comme si le spectateur était directement impliqué dans la représentation même: c'est lui qui est présent sur cette manière de belvédère au-dessus du fleuve, d'où il découvre un paysage évidemment romantique. Goethe rapportera dans ses Annales de 1806:
Mon attention, sans se porter sur un grand nombre d’œuvres poétiques étrangères, se fixa du moins avec intérêt sur quelques-unes. Le Cor merveilleux, antique et fantastique, fut apprécié comme il le méritait, et j’en rendis compte avec un réel plaisir…

 (Des Knaben Wunderhorn. Alte deutsche Lieder, éd. L. Achim von Arnim, Clemens Brentano, Heidelberg, Mohr u. Zimmer, 1806-1808, 3 vol. Le t. I est seul publié à la double adresse de Heidelberg et Francfort).
Voir aussi le site de l'Université de Heidelberg.

samedi 6 juin 2015

Conférence d'histoire du livre


École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 8 juin 2015

16h-18h
Histoire d'un imprimeur libraire
à Strasbourg, XVe-XIXe siècle (4: le XVIIIe siècle)
par
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études


Nota:
La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (190 avenue de France, 75013 Paris, 1er étage, salle 115). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux.

Accès les plus proches (250 m à pied).
Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare.

Bus
89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).

Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterrand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterrand. Bus: 62 et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand Avenue de France) et 64.


mercredi 3 juin 2015

Un colloque sur les Mazarinades

10-12 juin 2015 

Bibliothèque Mazarine & BnF (site de l'Arsenal) 

Mercredi 10 juin 2015 – Bibliothèque Mazarine
8h30 : Accueil
9h00 : Ouverture, par Yann Sordet, directeur de la Bibliothèque Mazarine

MAZARINADES, RHÉTORIQUE ET POLITIQUE (séance présidée par Olivier Poncet, professeur à l’École nationale des chartes)
9h15 : Malte GRIESSE (Université de Constance) : Le corps politique et ses maladies : grammaires médico-politiques dans les mazarinades
9h40 : Sophie VERGNES (Université Toulouse II) : Les frondeuses au prisme des mazarinades : information, déformation et transformation
10h05 : Natalia OBUKOWICZ (Université de Varsovie) : Les mazarinades comme parodie de la lamentation polémique de la seconde moitié du XVIe siècle
10h30-11h00 : Discussion & Pause

LES MAZARINADES A L’HEURE DES HUMANITÉS NUMÉRIQUES (séance présidée par Alain Génetiot, professeur à l’Université de Lorraine)
11h00 : Tadako ICHIMARU (Université Gakushuin, Tokyo) : Enjeux de la numérisation des mazarinades • 11h25 : Patrick REBOLLAR (Université Nanzan, Nagoya) : Mensonge et tromperie dans les Mazarinades
12h00-14h00 : déjeuner libre

FONDS ET COLLECTIONS (I) (séance présidée par Stephane Haffemayer, maître de conférences à l’Université de Caen)
14h00 : Stefania GARGIONI (Université de Londres) : The mazarinades’ collection in the British Library
14h25 : Christophe VELLET (Bibliothèque Mazarine) : Les mazarinades à l’affiche ? Armand d’Artois(1845-1912), dramaturge et catalogueur des mazarinades de la Bibliothèque Mazarine
14h50 : Anders TOFTGAARD (Bibliothèque Royale de Copenhague) : La collection de mazarinades de la Bibliothèque Royale du Danemark
15h15-15h45 : Discussion & Pause

PRODUCTION TYPOGRAPHIQUE ET DIFFUSION ÉDITORIALE (séance présidée par Frédéric Barbier, directeur d’études à l’EPHE)
15h45 : Goran PROOT (Bibliothèque Mazarine) : Exploring the physicality of the mazarinades and their meaning
16h10 : Gilles FEYEL (Université Panthéon-Assas Paris 2) : Les systèmes de communication et d’information dans les années 1648 et 1649
16h35 : Chloé KÜRSCHNER (Université du Havre) : Les imprimeurs rouennais et les mazarinades.
17h00 : Discussion
17h30 : Visite de l’exposition de la Bibliothèque Mazarine (Christophe Vellet)

Jeudi 11 juin 2015 – Bibliothèque de l'Arsenal
8:30 : Accueil
FONDS ET COLLECTIONS (II) (séance présidée par Yann Sordet, Directeur de la Bibliothèque Mazarine)
9h00 : Bruno BLASSELLE & Séverine PASCAL (BnF, Bibliothèque de l'Arsenal) : Le fonds de mazarinades de la bibliothèque de l'Arsenal
9h25 : Pierre-Louis DROUHIN et Jean-Dominique MELLOT (Bibliothèque nationale de France) : Les mazarinades périodiques : floraison sans lendemain ou tournant dans l'histoire de la presse française ?
9h50 : Laurent FERRI (Cornell University Library, Ithaca) : Inter Folia Venenum : Les collections de mazarinades aux États-Unis
10h15 – 10 :45 : Discussion, pause & présentation d’une séection de Mazarinades

L’USAGE DE L’HISTOIRE DANS LES MAZARINADES (séance présidée par Yves-Marie Bercé, membre de l’Institut)
10h45 : Francesco BENIGNO (Université de Teramo) : The Fate of Goliath: Uses of history in the mazarinades
11h10 : Caroline SAAL (Université de Liège) : « Faire voir par l’histoire » : usages du passé entre rhétorique et bagages culturels dans les mazarinades
11h35 : Myriam TSIMBIDY (Université Bordeaux-Montaigne) : Les mémoires de la Fronde à la lumière des mazarinades
12h00 : Discussion
12h30-14h00 : déjeuner libre

APPROCHES LINGUISTIQUES, LEXICOLOGIQUES, GÉNÉRIQUES (séance présidée par Myriam Tsimbidy, professeur à l’Université Bordeaux-Montaigne)
14h00 : Alain GÉNETIOT (Université de Lorraine) : Les mazarinades de Jean-François Sarasin (1614-1654)
14h25 : Takeshi MATSUMURA (Université de Tokyo) : Les mazarinades sont-elles une véritable mine pour les lexicographes ?
14h50 : Antonella AMATUZZI (Université de Turin) : Les mazarinades : la politique au service de la langue française
15h15-15h45 : Discussion & Pause

LE RIRE ET LA VIOLENCE (séance présidée par Jean-Marie Constant, Professeur émérite à l'Université du Maine)
15h45 : Claudine NÉDELEC (Université d'Artois) : La Fronde, une guerre comique ?
16h10 : Éric AVOCAT (Université de Kyoto) : Éloquence séditieuse et éloquence révolutionnaire : les mazarinades, point aveugle d’une culture politique moderne
16h35 : Yann RODIER (Université Paris-Sorbonne Abu-Dhabi) : La stratégie politique de l’odieux par l’exemple des mazarinades génovéfaines (avril-septembre 1652)
17h00 : Discussion & visite de la Bibliothèque de l’Arsenal, sous la conduite de Bruno Blasselle

Vendredi 12 juin 2015 – Bibliothèque Mazarine
8h30 : Accueil
APPROCHES COMPARATIVES : AUTRES TEMPORALITÉS (séance présidée par Patrick Rebollar, professeur à l’Université Nanzan)
9h15 : Sophie NAWROCKI (BnF, Bibliothèque de l’Arsenal) : Les dynamiques de publication et la circulation des pamphlets autour de Marie de Médicis en exil (1631-1642)
9h40 : Christian KUHN (Otto-Friedrich-Universität Bamberg) : Pasqino and Early Modern Politics : The Mazarinades in comparison with libels from 16th century Augsburg and 18th century London
10h05 : Héloïse HERMANT (Université de Nice Sophia Antipolis) : Les campagnes pamphlétaires de don Juan José de Austria, des mazarinades espagnoles ?
10:30-11h00 : Discussion & pause

APPROCHES COMPARATIVES : AUTRES ESPACES POLITIQUES (séance présidée par Pierre Ronzeaud, professeur émérite, Aix-Marseille université)
11h00 : Alain HUGON (Université de Caen Basse-Normandie) et Mathias LEDROIT (Université Paris IV Sorbonne) : La bataille de l'imprimé lors de la guerre de sécession catalane : 1640-1652
11h25 : Robert Von FRIEDEBURG (Rotterdam, Erasmus University) : The attack on war-despotism : the mazarinades and German (1630’s to 1650’s) material compared
11h50 : Discussion
12:15-14:00 : déjeuner libre

LES CONTRE MAZARINADES (séance présidée par Claudine Nédelec, professeur à l’Université d’Artois)
14h00 : Fabienne QUEYROUX (Bibliothèque de l'Institut national d'histoire de l'art) : "Plumes bien taillées" contre "livres très pernicieux à l'État" : Gabriel Naudé et les mazarinades
14h25 : Véronique DORDE-LARCADE (Université Bordeaux-Montaigne) : Autour des ducs d’Epernon, l’école de la mazarinade (1588-1655)
14h50 : Stephane HAFFEMAYER (Université de Caen) : Mazarin face aux mazarinades : information et communication pendant la Fronde (1648-1653)
15h15 : Discussion
15h45 : Synthèse, par Pierre Ronzeaud
16h15 : Clôture du colloque, par Stephane Haffemayer, Patrick Rebollar, Yann Sordet.
À suivre... par Tadako Ichimaru

Entrée libre dans la limite des places disponibles

Colloque placé sous le haut patronage de M. Gabriel de Broglie, chancelier de l’Institut de France 

Organisé sous la direction de Stéphane Haffemayer (Université de Caen, CRHQ, UMR 6583 CNRS), Patrick Rebollar (Université Nanzan, Nagoya, RIM) et Yann Sordet (Bibliothèque Mazarine, Centre Jean-Mabillon - EA 3624),
avec le soutien de la fondation del Duca, du Centre Jean Mabillon, de l’Université de Caen (CRHQ), de l’Université de Tokyo, de l’Université de Bordeaux Montaigne (CEREC), de l’Université Aix-Marseille (CIELAM), du programme de recherche UDPN (IDEX-USPC), de l’Agence Nationale pour la Recherche (projet CURR), de la Société d’études du XVIIe siècle et de l'Université d'Artois.