dimanche 27 janvier 2019

Nouvelle publication

Renaud Adam,
Vivre et imprimer dans les Pays-Bas méridionaux (des origines à la Réforme),
préf. Alexandre Vanautgaerden,
Turnhout, Brepols, 2018, 2 vol., XXXIII-349 + IX-235p.
(«Nugae humanisticae»)
ISBN 978-2-503-55015-2

Voici un livre qui honore son auteur, son éditeur et son directeur de collection. Les deux volumes publiés par notre collègue et ami Renaud Adam (plus de 600 pages au total) représentent «la version remaniée de [la] thèse soutenu à l’université de Liège» en juin 2011.
Nous dirons, d’abord, que l’ouvrage se place au point de rencontre de deux expériences historiographiques: d’une part, la richissime tradition bibliographique, bibliophilique et érudite des Pays-Bas en général et des Pays-Bas du sud en particulier; de l’autre, le renouveau de l’histoire du livre engagé par la publication de L’Apparition du livre en 1958. Nous saluons ici la tradition initiée par Henri-Jean Martin, et qui combine l’approche érudite (Martin avait été formé à l’École des chartes) et les perspectives nouvelles de l’«École des Annales», privilégiant d’abord l’histoire économique et sociale.
Le cadre géographique est posé: les «Pays-Bas du sud» désignent un ensemble de territoires pour l’essentiel issu du démembrement de l’ensemble bourguignon après la mort du Téméraire (1477), et qui se distinguent des «Pays-Bas du nord», les futurs Provinces-Unies depuis la révolte de 1568. Nous dirons, par commodité, qu’il s’agit de la géographique de la Belgique actuelle, y compris les territoires placés sous la domination du prince-évêque de Liège et la région du nord de la France (Flandre française et Hainaut). Le Prologue de l’ouvrage trace avec précision un tableau historiographique de l’histoire du livre dans cet espace essentiel, tableau dans lequel Prosper Marchand est toujours une figure-clé. La chronologie de l’étude s’étend, quant à elle, aux deux premières générations de la typographie en caractères mobiles, soit les décennies 1470-1520 –le terminus ad quem reste cependant relativement indécis.
Valenciennes, Jehan de Liège, [1500]
Disons au passage que nous sommes tout particulièrement heureux de voir réhabilitées deux habitudes qui n’auraient jamais dû être perdues.
D’abord, la description des phénomènes du passé n’a pas à s’insérer dans les catégories géographiques du présent, autrement dit à respecter les frontières politiques actuelles. À l’historien de faire le choix –et de justifier ce choix– de la géographie spécifique de ce qu’il souhaite étudier. Que la France du nord appartienne, au XVe siècle et même plus tard, aux «Pays-Bas du sud» ne pose aucun problème, de même que Strasbourg et l’Alsace appartiennent alors évidemment au monde germanique. Nous avons déjà évoqué cette question, mais  profitons du présent billet pour y revenir.
Ensuite, nous disposons, en français, d’un riche vocabulaire qui permet de désigner les pays et les localités de l’étranger, mais ce vocabulaire tend à tomber en désuétude, face à la montée en puissance de versions censées être plus respectueuses des identités locales, de leur politiquement correct –et de leurs errements. Avouons que nous avons plaisir à retrouver les toponymes de «Malines», de «Bois-le-Duc» ou encore d’«Audenarde», quand ce n’est pas celui de «Louvain»… Autant d’usages qui n’ont rien à voir avec un quelconque nationalisme borné, mais qui témoignent de la culture historique de l’auteur et de celui qui le lit.
Nous reviendrons plus longuement sur le contenu de la somme exemplaire publiée par Renaud Adam, mais nous bornerons à dire, aujourd’hui, que ces deux volumes devraient être intégrés dans les usuels de références non seulement des bibliothèques patrimoniales situées dans le Nord- Pas-de-Calais, mais aussi des principales bibliothèques patrimoniales de la capitale et des autres départements de la France «de l’intérieur».


Sommaire abrégé des deux volumes
Tome I : Des hommes, des ateliers et des villes
[Pièces liminaires : Préface, Avant-Propos]
Prologue
1ère partie: Le métier d’imprimeur
1) L’organisation du métier; 2) L’atelier, espace de fabrication; 3) Distribution et consommation
2e partie: L’espace social [var.: Le groupe social]
1) Les imprimeurs, une communauté homogène?
2) Le capital économique
3) La production intellectuelle
Conclusions
Annexes: carte de la diffusion des impressions du XVe siècle, plans d’Anvers, de Bruxelles et de Louvain Bibliographie
Index [nominum]

Tome II: Bilan historiographique et dictionnaire prosopographique
1ère partie: Les premiers établissements
1) Alost; 2) Louvain; 3) Bruges; 4) Bruxelles; 5) Audenarde et Gand; 6) Anvers; 7) Bois-le-Duc; 8) Essai comparatif: la production imprimée en 1473 et 1493
2e partie: Les débuts du XVIe siècle. Le calme avant la tempête: les anciens Pays-Bas avant le Réforme
1) Anvers; 2) Bruges, Bois-le-Duc, Bruxelles et Gand; 3) Valenciennes, Liège et Hesdin; 4) Louvain; 5) Essai comparatif: la production imprimée avant 1520
Conclusions
Dictionnaire prosopographique
Annexes (Bibliographie, Liste des graphiques, Index [nominum]).

samedi 19 janvier 2019

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 4 février 2019
16h-18h
Périodisation et typologie de l'innovation dans le domaine de l'imprimé,
XVe-XVIe siècle (1)
par
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études émérite 

Institutions et pratiques de la diffusion des livres
La conférence propose de revenir brièvement sur les logiques de la révolution gutenbergienne du point de vue de la typologie de l’innovation. Résumons brièvement l’hypothèse d’ensemble en quatre points:
1) Si la typographie en caractères mobiles peut être mis au point et l’invention systématiquement exploitée à partir des années 1450, c’est parce que la conjoncture de la chose écrite a changé, et qu’un certain nombre de financiers ont investi des sommes parfois considérables dans les essais effectués par des techniciens comme Johann Gutenberg ou Prokop Waldfoghel, voire Nicolas Jenson ou encore Peter Schöffer.
2) Si ces investissements ont pu être engagés, c’est qu’il existait un «marché potentiel» du livre susceptible d’en permettre la rentabilisation: il convient donc de s’interroger d'abord sur les conditions d’émergence d’un marché sensiblement élargi pour le livre.
3) L'articulation entre l'innovation de procédé et l'innovation de produit a déjà été envisagée à plusieurs reprises dans le cadre des conférences: on peut dire que, dans la dernière décennie du XVe siècle, l'invention du livre imprimé au sens moderne du terme est largement engagée. De nouvelles voies sont explorées par les libraires de fonds, et de nouveaux publics gagnés à l'économie du livre: c'est toute une branche d'activités nouvelle qui se met ainsi en place en Europe.
4) La conférence s'arrêtera plus longuement sur les conséquences générales de ces phénomènes: la logique du capitalisme et le jeu de l’offre et de la demande expliquent la concentration et la spécialisation croissantes que l’on observe dans les affaires et dans la géographie de l’imprimerie et de la librairie. Et surtout: de nouvelles pratiques de lecture émergent, et de nouvelles modalités du travail intellectuel, tandis que des problèmes inédits se posent, s'agissant tant de la protection des investissements (par le biais des privilèges) que du contrôle des textes et de leur lecture (par la censure).
 
Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26).
Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice. 

NB: les conférences à venir d'Histoire et civilisation du livre seront toujours annoncées quinze jours à l'avance.   

dimanche 13 janvier 2019

Histoire des bibliothèques

Savoir/Pouvoir. Les bibliothèques, de l’Antiquité à la modernité,
Dir. Yves Lehmann,
Turnhout, Brepols, 2018,
VIII+306 p., ill.
ISBN: 978-2-503-58380-8 

Le volume intitulé Savoir/pouvoir. Les bibliothèques, de l’Antiquité à la modernité se présente comme un ouvrage construit – résultat d’une enquête plurielle qui s’attache à examiner un phénomène majeur de culture et de civilisation: l’essor des bibliothèques en Orient comme en Occident, depuis les origines jusqu’à nos jours.
Ce volume d’actes réunit les textes de seize communications prononcées à l’occasion d’un colloque strasbourgeois et mulhousien consacré à l’étude des fonctions de la bibliothèque dans la cité et des conditions de transmission du savoir auprès d’un large public. C’est ainsi que les regards croisés de bibliothécaires expérimentés, d’enseignants-chercheurs chevronnés et de savants de haute réputation –français et étrangers– ont mis en évidence les raisons politiques, intellectuelles ou morales qui ont présidé à l’élaboration, à la conservation et à la diffusion des connaissances humaines aussi bien profanes que sacrées.
Issu d’un colloque international organisé par la Bibliothèque nationale et universitaire rénovée de Strasbourg, par le LabEx Hastec de l’École Pratique des Hautes Études (Paris), par les responsables du programme IdEx « TRANSLATIO » de l’Université de Strasbourg et par le laboratoire de recherches ILLE/ EA 4363 de l’Université de Mulhouse.

La bibliothèque de la Haute Ecole de Debrecen
Table 
I- Bâtiment-symbole, bâtiment-repère: la bibliothèque dans la cité. Son environnement urbain, son décor, son aménagement
Christophe Didier, Métamorphoses d’un lieu de savoir: l’exemple de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg
María Luisa E. López-Vidriero Abelló, Las bibliotecas palaciegas de la monarquía hispánica: de los Reyes Católicos a Alfonso XIII
Andrea De Pasquale, La Biblioteca nazionale centrale di Roma a quarant’anni dall’inaugurazione della sede al Castro Pretorio: dalla scelta del sito ai progetti attuali 

II- Le pouvoire intellectuel des bibliothèques. L'évolution du lectorat et des pratiques, les usages du lieu
Dominique Charpin, Les bibliothèques en Mésopotamie: des fonds de manuscrits privés aux bibliothèques royales
Yves Lehmann, Encyclopédisme documentaire et impérialisme planétaire dans l’Antiquité gréco-romaine
Robert Bedon, Les bibliothèques privées dans la Gaule du IVe et du Ve siècle de notre ère
Stavros Lazaris, Manuels d’enseignement dans une bibliothèque monastique du nord de la Grèce: le cas d’un livre illustré d’histoire naturelle et de morale chrétienne
Gilbert Fournier, Une bibliothèque en temps de crise. Lecteurs étrangers et désenchaînements de manuscrits au collège de Sorbonne dans le second quart du XVe siècle

III- La bibliothèque perçue comme fondement d'un pouvoir ou d'un contre-pouvoir: aspects juridiques ou religieux, patrimoine et collections, hommes de savoir/ pouvoir...
Aude Lehmann, Autour du De bibliothecis de Varron: politique et culture dans la Rome césarienne
Marilina Gianico, D’une bibliothèque l’autre: réflexions sur l’histoire de la Bibliothèque universitaire Estense de Modène
István Monok, Économie et politique de la bibliothèque: la Hongrie et la Transylvanie d’Ancien Régime
Doina Hendre Biro, Bibliothèque, confession et identité collective: le Batthyaneum de Karlsburg/Alba Iulia
Frédéric Barbier, La foi, le talent, le service: l’éthique protestante et l’esthétique des bibliothèques (XVe-XVIIe siècle)
Pierre Casselle, La Bibliothèque de l’Hôtel de Ville de Paris
Yann Sordet, Information, politique et bibliothéconomie dans l’Europe du XVIIe siècle: aux origines de la Bibliothèque Mazarine

dimanche 6 janvier 2019

L'économie des industries polygraphiques (3)

Il est temps d’ouvrir l’année nouvelle et, pour notre premier billet de 2019 (et le 801e de ce blog!), nous changerons d’échelle par rapport aux deux précédents billets, et passerons de la géographie générale de l’Europe à la topographie d’une ville en particulier.
Leipzig est située à l’intersection entre la «route royale» (la Via Regia, qui conduit de Francfort vers l’est) et la route de Nuremberg vers la Baltique, et elle constitue la porte vers les marches orientales de l’Empire et vers le monde slave. La ville est une ancienne ville de marchés, parmi lesquels deux sont particulièrement importants, à Pâques, et à la Saint-Michel. Après plusieurs autres privilèges, le privilège impérial de 1497 confirme l'existence d'une foire trisannuelle (également tenue pour le Nouvel An), et la place sous la protection de l'Empire.
La foire se tient d'abord dans des installations provisoires, baraques et tentes installées sur la place centrale, la place du Marché (Markt), adossée à l’Hôtel de ville (Altes Rathaus). Toutes sortes d’autres espaces urbains seront aussi occupés par le négoce de foire: le Marché aux chevaux (Roßmarkt), par lequel s’ouvre traditionnellement la foire, ou, plus tard, la place Augustus (Augustusplatz: la dénomination ne date que de 1837), ainsi que de nombreuses rues et toutes sortes d'espaces privés.
Geißler, L'échoppe du libraire de foire (© SGM, Leipzig)
La foire du livre n’existe pas encore en tant qu’entité indépendante, et les négociations «libraires» se poursuivent partout, dans la rue, sur les stands comme dans les auberges ou chez les professionnels en ville. Bien sûr, l’activité ne se limite pas au seul négoce que nous dirions «établi», et la foire attire aussi les petits revendeurs, colporteurs, bateleurs et autres artistes de rue.... Les auberges sont pleines, de tous côtés les portefaix se hâtent, tandis que les silhouettes pittoresques se rencontrent à chaque pas, que Geissler (1) ou Opiz (2) croqueront encore à la fin de l'Ancien Régime et au tournant du XIXe siècle –l’entrée en ville des maquignons et de leurs troupeaux, mais aussi… la petite échoppe du libraire d’occasion.
Cette dimension «pittoresque» avait déjà frappé le Francfortois Goethe (Poésie et vérité):
Lorsque j’arrivai à Leipzig, c’était tout juste le temps de la foire, d’où je tirai un plaisir très vif. (…) Je parcourus avec beaucoup d’intérêt la place et les boutiques. Mais ce qui attira principalement mon attention, ce furent les habitants des régions orientales, avec leurs singuliers costumes: les Polonais et les Russes, mais avant tout les Grecs, dont j’allais souvent avec plaisir regarder les figures imposantes et les nobles vêtements.

À terme pourtant, face à l’accroissement des affaires, le dispositif de la foire que l'on pourrait qualifier de «volante» est de moins en moins adapté: dans la deuxième moitié du XVIe siècle commencent à être aménagés ou construits les premiers immeubles spécialisés pour le négoce et pour la foire, en l’espèce des «maisons de foire» (Meßehäuser), dont moins d’une vingtaine sont aujourd’hui conservées, les plus récentes remontant au début du XXe siècle. Le Städtisches Kaufhaus sera achevé en 1901, et abrite bureaux d’intermédiaires, salles de réunion et espaces de stockage. 
Maison de commission et d'expédition Johann Christian Freygang
Dans le même temps, les pratiques du négoce en général, et celles du commerce de livres en particulier, se réorganisent, avec la mise en place du commerce de troc (Tauschhandel) entre les producteurs: dans le domaine des livres, le paiement au comptant ou à crédit laisse la place à un barème complexe, permettant d’échanger les uns contre les autres des stocks de feuilles imprimées. Cette pratique, qui perdurera jusque dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, évite la circulation des espèces et les frais de change, tout en élargissant pour un certain titre la géographie de sa diffusion.
Cour d'Auerbach (Auerbachshof), 1778 (© SGM, Leipzig).
Le troc a pour conséquence, sur le plan de la topographie urbaine, l’aménagement ou la construction d’un autre modèle d’immeubles, organisés autour d’une ou de plusieurs cours intérieures permettant la réception, la manipulation, le stockage et l’expédition des marchandises (les Messehöfe). Le stockage se fait dans les locaux de plain pied, mais aussi au dernier niveau, sous les grandes toitures, par l’intermédiaire de palans permettant de manipuler sacs, caisses, ballots et autres tonneaux. Les «cours» sont aussi des espaces de sociabilité et de vente au détail.


La plus belle aujourd’hui conservée est la Cour Barthel (Barthelshof), élevée au milieu du XVIIIe siècle sur le Markt pour le négociant-banquier Gottfried Barthel (1692-1759). Le Speckshof (du nom de Maximilian Speck von Sternburg, qui acquiert les lieux en 1815) correspond au même modèle, mais il sera reconstruit en 1909-1912, et ses cours intérieures couvertes en 1928, pour le transformer en passage.
La foire traditionnelle de la «librairie» était celle de Francfort, chaque année au printemps et à l’automne, mais la concurrence de Leipzig permet à cette ville de dépasser sa rivale, pour le volume des affaires, dans le dernier quart du XVIIe siècle. La «Vieille bourse du négoce» (Alte Handelsbörse) marque ce moment de rupture: le bâtiment a en effet été élevé par les négociants de la ville en 1678-1679 à côté de l’ancien Hôtel de ville (milieu du XVIe siècle), et il accueille notamment dès lors (jusqu’en 1886) la séance clôturant la foire du livre, celle, décisive, de la balance des comptes et des paiements (les retours se faisant dans les magasins eux-mêmes).
La Vieille Bourse (Alte Börse). A gauche, l'ancien Hötel de Ville (Rathaus)
Avec l’industrialisation engagée au XIXe siècle, la production et les échanges de librairie changent à nouveau d’échelle: par suite, les activités du livre et de la presse vont tendre à se concentrer aux mains d’entreprises de plus en plus spécialisées, qu’il n’est plus possible d’accueillir dans le centre historique de la ville ancienne. C’est alors l’émergence du «Quartier polygraphique» (das graphische Viertel), où se concentrent, sur une superficie de quelque 1,2km2, l’ensemble des activités de la chaîne, avec des bâtiments associant efficacité (des usines modernes) et représentation: l’un des plus emblématiques est le «Carré Reclam» (Reclam-Carree), un bloc imposant, une véritable forteresse quadrangulaire abritant tous les services du célèbre éditeur de la «Universal-Bibliothek».
Nouveau complexe du Speckshof
Un dernier type de bâtiments spécialisés dans le domaine du négoce apparaît aussi au tournant du XIXe au XXe siècle: les passages réunissent espaces d’exposition et de vente au détail ou en gros. Le Passage Mädler (Mädlerpassage), inauguré (comme la BUGRA) en 1914, en constitue l’un des exemples les plus accomplis, avec ses quelque 8000m2 de locaux.
Les deux-tiers du «Quartier polygraphique» seront détruits par les bombardements de 1942-1943, tandis que la mise en place du rideau de fer détruit aussi les bases de la «librairie» de Leipzig et ouvre le temps de la renaissance pour la plus grande foire du livre aujourd’hui, celle de Francfort.
L’un des agréments de l’historien quand il voyage réside dans le fait que le voyage dans l’espace recouvre aussi un voyage dans le temps. En se promenant dans la vieille ville de Leipzig, dans ce qui a été le «Quartier polygraphique» et jusqu’au cimetière proche –où se rassemblent encore les grandes dynasties d'imprimeurs et de libraires, nous retrouvons, malgré les destructions irrémédiables, les logiques de fonctionnement de la « librairie », et de la société plus large, au cours de plusieurs siècles. Nous pouvons faire les mêmes expériences à Paris, à Lyon, et dans un certain nombre d’autres villes: toujours et partout, il faut savoir s’informer, ouvrir les yeux et regarder (3). 

Notes
(1) Christian Friedrich Heinrich Geißler (Leipzig, 1770-1844), dessinateur et graveur.
(2) Georg Emanuel Opiz (Prague, 1775- Leipzig, 1841), écrivain, dessinateur et graveur.
(3) Le cas échéant en se reportant à un guide. Nous ne pouvons que recommander celui de Sabine Knopf, Der Leipziger Gutenbergweg. Geschichte und Topographie einer Buchstadt, Markkleeberg, Sachs-Verlag, 2000.