Affichage des articles dont le libellé est humanisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est humanisme. Afficher tous les articles

mercredi 18 septembre 2019

Excursion en Italie du nord (1)

Même si l’objet premier du voyage n’était pas celui de l’histoire du livre et des bibliothèques, le livre se rencontre souvent au cours de ces quelques jours de pérégrinations en Italie du Nord, en une agréable fin d’été. Notre première étape sera celle de Milan, où le savant libraire Antoine Augustin Renouard avait déjà, au début du XIXe siècle, exploité les richesses d’un certain nombre de bibliothèques, publiques ou non: l’Ambrosienne et la Braidense, mais aussi les collections de Francesco Reina, du comte Gaetano Melzi, du marquis Gian Giacomo Trivulzio, des comtes Fagnani Arese et Étienne de Méjan, ce dernier comme représentant du vice-roi d’Italie, Eugène de Beauharnais (1).
Nous commencerons notre promenade par la vénérable Bibliothèque Ambrosienne, toute proche de l’hôtel où nous sommes descendus, et dont le bâtiment ancien a été pour partie conservé (2). Nous sommes dans la perspective post-tridentine, lorsque le cardinal-archevêque Federico Borromeo (1564-1631) entreprend la construction d’un bâtiment (1602) pour abriter une bibliothèque publique (fondée en 1607), laquelle constituera l'un des premiers exemples de dispositif en «grande salle» observé en Europe après celui de l'Escorial. L’institution, inaugurée en 1609, est dédiée à la figure emblématique de l’Église milanaise, à savoir saint Ambroise: elle s’insère dans un ensemble constituant un véritable centre d’études et de recherches, avec le Collège des docteurs (1604), la Pinacothèque (1618) et l’Académie de dessin (1620). Les pièces les plus célèbres conservées à l’Ambrosienne le manuscrit de Virgile ayant appartenu à Pétrarque (et un temps déplacé à la Bibliothèque impériale de Paris), et le Codice atlantico de Léonard de Vinci…
Plus au nord, mais sans quitter le centre ancien, nous voici devant le complexe de Brera. L’ancien couvent est passé aux Jésuites en 1572, et le bâtiment est complètement restructuré en 1627-1628. Lorsque les Jésuites seront «détruits», en 1773, le complexe abritera conjointement l’Académie des Beaux Arts et celle des Sciences et Lettres, un observatoire, un jardin botanique… et une bibliothèque. Cette dernière avait été fondée en tant que bibliothèque publique trois années avant son déplacement à Brera: la grande salle dédiée à l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche est aménagée sur deux niveaux par Giuseppe Piermarini, l’architecte du théâtre de La Scala. Quant aux collections elles-mêmes, elles ont été considérablement enrichies à la suite des sécularisations opérées en Lombardie au tournant des XVIIIe et XIXe siècles.
Le bâtiment de Brera abrite aussi une très célèbre Pinacothèque, dont les origines sont liées à l’Académie –il s’agissait de réunir des modèles pour les élèves–, mais qui connaît un développement spectaculaire à l’époque napoléonienne. L’ensemble est ouvert au public à compter de 1809. Nous y rencontrons à plusieurs reprises une thématique touchant à l’histoire du livre, comme l’illustre la fresque de Bramante représentant «Héraclite et Démocrite» et réalisée en 1477 pour Gaspare Ambrogio Visconti, à la casa Panigarola
L'œuvre met en scène deux personnages emblématiques, l’un qui pleure (Héraclite) et l’autre qui sourit (Démocrite, qui serait dans le même temps un autoportrait de l’artiste). Devant les deux philosophes, sur une table, quelques livres ouverts, et une mappemonde, dont le dessin précis reflète l’état des connaissances une quinzaine d’années avant le voyage de Colomb. L’interprétation aujourd’hui admise serait que la fresque fait partie d’un ensemble plus vaste, illustrant les quatre éléments, et qu’elle symbolise la terre. Quant aux deux philosophes, ils mettraient en scène les deux attitudes contraires devant les vicissitudes de la vie, dans l’optique de s’en défendre et de recommander à l’homme la «Tempérance» (3).
Enfin, nous gagnons le Castello Sforzesco (la château des Sforza): l’imposante forteresse a été édifiée entre le XIIIe et la seconde moitié du XVe siècle, et elle devient la résidence des ducs de Milan à l’époque de Galéas Maria Sforza. Le Musée d’art ancien qui y est aujourd’hui abrité (avec d’autres institutions, dont la Biblioteca Trivulziana) conserve le monument funéraire sculpté par Bonino da Campione pour Bernabò Visconti († 1385). La figure du cavalier de marbre qui domine le monument est impressionnante, mais nous nous arrêterons à un détail du sarcophage, soit, sur l’un des petits côtés, la représentation des quatre évangélistes identifiables chacun par son animal symbolique. Les personnages se présentent de face, dans la position classique du maître à son pupitre, et ils sont en train d’écrire chacun sur un rotulus. Peut-être est-ce par souci de la symétrie que les positions se présentent en miroir, avec un scripteur droitier et un gaucher? 
Même s’il resterait beaucoup d’autres exemples à évoquer, qui mettent en scène le monde de l’écrit et du livre dans la capitale de la Lombardie (à la Pinacothèque ambrosienne, mais aussi à la basilique Saint-Ambroise, et dans nombre d'autres lieux), le séjour milanais s’achève, et il est temps de gagner les rives du lac de Côme, d’où nous irons ensuite à Mantoue.
[Billet suivant: le lac de Côme]

Notes
(1) A. A. Renouard, Annales de l'imprimerie des Alde, ou l'histoire des trois Manuce et de leurs éditions, tome III, À Paris, chez A.-A. Renouard, 1812. A. Coletto, «Vicende milanesi degli annali dei Manuzio di Renouard», dans Le Edizioni aldine della Biblioteca Nazionale Braidense, Milano, 1995, p. 27-30.
(2) Marie Lezowski, L’Abrégé du monde. Une histoire sociale de la bibliothèque Ambrosienne (v. 1590-v. 1660), Paris, Classiques Garnier, 2015 («Bibliothèque d’histoire de la Renaissance», 9).
(3) Marisa Dalai, Germano Mulazzani, «L’espace impossible de Bramante: étude sur le Cycle des hommes d’armes», dans Actes de la recherche en sciences sociales, 23 (1978), p. 37-50 (disponible en ligne sur Persée).

vendredi 17 novembre 2017

Conférence d'histoire du livre

Ex libris de Balthasar Batthyány
 École normale supérieure (Ulm)
Labex TransferS
Institut d’histoire moderne et contemporaine

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre

  Lundi 20 novembre 2017
16h-18h
Étude de cas: Balthasar Batthyány, ou l’humanisme de la Réforme à travers les textes français
par
Monsieur István Monok,
professeur à l’Université de Szeged,
directeur général des Archives et Bibliothèques de l’Académie des sciences de Hongrie,
professeur invité étranger à l’École normale supérieure (Labex TransferS)

Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26). Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.

Cette conférence est la troisième d'une série de quatre conférences  présentées sur le thème
«Les transferts culturels à l’œuvre: culture française, librairie et pratiques de lecture en Hongrie royale de la fin du XVe siècle aux années 1680»
par Monsieur Monok durant son séjour parisien. 

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

samedi 11 novembre 2017

Conférence d'histoire du livre

Nouveau Testament hongrois, 1541
 École normale supérieure (Ulm)
Labex TransferS
Institut d’histoire moderne et contemporaine

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre

  Lundi 13 novembre 2017
16h-18h
Humanisme et piété dans les lectures en Hongrie au début du XVIe siècle
par
Monsieur István Monok,
professeur à l’Université de Szeged,
directeur général des Archives et Bibliothèques de l’Académie des sciences de Hongrie,
professeur invité étranger à l’École normale supérieure (Labex TransferS)

Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26). Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.

Cette conférence est la seconde d'une série de quatre conférences  présentées sur le thème
«Les transferts culturels à l’œuvre: culture française, librairie et pratiques de lecture en Hongrie royale de la fin du XVe siècle aux années 1680»
par Monsieur Monok durant son séjour parisien. 

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

jeudi 8 décembre 2016

Colloque anniversaire sur Érasme


 La célébration du 500e anniversaire de l’édition du Novum Instrumentum fournit l’occasion de revenir sur la portée de cet événement éditorial, sur sa signification dans le monde des humanistes, et sur son apport à la construction de la figure d’autorité incarnée par Érasme dans l’Europe savante. Sylvana Seidel Menchi, qui prépare actuellement plusieurs travaux sur ce thème, nous aidera à faire le point sur une recherche foisonnante et sur les pistes fécondes qui s’offrent aux historiens.

© Bibliothèque municipale de Dole
Trois aspects seront particulièrement abordés lors de cette rencontre qui réunira chercheurs français et étrangers, historiens et littéraires spécialistes de l’humanisme.

1) Restituer les écritures ou corriger la Vulgate? Le projet humaniste
Nous savons que le travail de restitutio des textes antiques était au cœur des préoccupations intellectuelles des humanistes, de leur intérêt pour les langues anciennes et de leur quête fiévreuse des manuscrits anciens. Mais le rapport au texte biblique était aussi la source d’une forme de piété qui justifie le syntagme «humanisme chrétien». Entre les Annotations de Laurent Valla et le corpus des Paraphrases, quelle place occupe le Nouveau Testament de 1516 (et ses rééditions successives) dans le façonnement de la Philosophia Christi d’Érasme?
Sans minorer le caractère novateur de l’œuvre (la première édition offrant pour la première fois une version grecque du Nouveau Testament en regard de la version latine), il est aujourd’hui admis qu’Érasme visait moins à présenter une nouvelle traduction qu’à corriger la Vulgate. Les règles herméneutiques qui l’ont guidé seront à nouveau examinées et comparées tout particulièrement avec celles de l’autre figure marquante de l’humanisme évangélique: Jacques Lefèvre d’Étaples. Comment mieux comprendre ces grands humanistes à travers leurs méthodes philologiques ou exégétiques, et leurs querelles théologiques (cf l'Épître aux hébreux)? Quelles différences spirituelles et théologiques entre la Philosophia Christi d’Érasme et la Christiformitas de Lefèvre?
Pour mieux répondre à ces questions, il conviendra de s’intéresser aussi au cycle des œuvres patristiques qu’Érasme inaugure dès 1516. La parution simultanée du Nouveau Testament et des œuvres de saint Jérôme n’est pas fortuite, le labeur exégétique d’Érasme s’inspirant de la figure tutélaire de l’auteur de la Vulgate. Cette inspiration explique-t-elle l’audace intellectuelle d’Érasme qui, dans l’édition de 1516 du Nouveau Testament, supprime le comma johanneum? D’autres figures des pères de l’Église, comme Origène et Augustin, pourront être interrogées afin d’éclairer les débats scripturaires et théologiques contemporains.

2) Collaborer. Les réseaux savants d’Érasme
L’activité des humanistes ne se comprend pas sans prendre en compte leurs échanges quotidiens avec les imprimeurs-humanistes. Si l’édition du Nouveau Testament semble avoir été précipitée par les exigences de l’imprimeur Johannes Froben, elle ne constitue en rien une œuvre solitaire. D’autres collaborations savantes peuvent être saisies à travers notamment le commerce épistolaire au sein de la République des lettres (Érasme et Budé).
Comment s’organise ce travail collaboratif et son insertion dans les lieux de savoir (Bâle, Paris, Louvain, Alcala…)? Quelles concurrences se dessinent et selon quels motifs (par exemple entre les cercles patristiques parisiens et ceux du monde germanique)?

3) Transmettre et juger. La réception de l’œuvre
La publication du Nouveau Testament, à la fois séisme et succès éditorial, suscita engouement et hostilité. Comment cette réception différenciée s’opéra-t-elle selon les lectorats (des laïcs aux universitaires), les horizons culturels, géographiques et religieux? Une place privilégiée sera accordée au combat des censeurs d’Érasme, guidés par l’intransigeance d’une partie des docteurs de la Faculté de théologie de Paris. Au-delà de l’opposition connue entre humanistes et scolastiques, quel était le statut de la Vulgate pour ceux que les pratiques exégétiques d’Érasme scandalisaient?
Si la publication de 1516 visait un lectorat savant, pouvait-elle néanmoins ouvrir la voie à une nouvelle appropriation du texte biblique qu’Érasme aurait aimé faire partager aux simples, aux femmes et aux paysans? Ce dernier point conduira à s’interroger sur le voisinage entre l’œuvre d’Érasme et les aspirations religieuses à la Réforme au XVIe siècle.

Contacts
thierry.amalou@univ-paris1.fr
jean-marie.le-gall@univ-paris1.fr

Programme
Mardi 13 décembre 2016 Paris
Bibliothèque universitaire de la Sorbonne, Salle de formation

9 h 00 Accueil des participants et du public

9 h 30 Introduction     Thierry AMALOU (Université Paris 1, IHMC)
Le Novum Instrumentum d’Érasme: les enjeux de la critique biblique; la réception d’une œuvre majeure de la Renaissance

Restituer les écritures ou corriger la vulgate ? Le projet humaniste
9 h 50 Présidence de séance: Bernard ROUSSEL (directeur d'études émérite à l’EPHE)
1. Sylvana Seidel MENCHI (Université de Pise) Érasme et le Nouveau Testament, 1516 – 1535: le défi, le repli, l’expiation?
2. André GODIN (CNRS) Novum Instrumentum, Philosophia Christi: enjeux et mise en œuvre d’un humanisme biblico-patristique
3. Luigi-Alberto SANCHI (CNRS, Institut d’Histoire du droit) Guillaume Budé et la critique érasmienne du Nouveau Testament en latin
11 h 00 Discussion
11 h 30 Pause

Collaborer. Les réseaux savants d’Érasme
12 h 00 Présidence de séance: Isabelle PANTIN (ENS, IHMC).
4. Marie Barral-Baron (Université de Franche-Comté, LSH) Réseaux savants et travail collaboratif autour du Nouveau Testament d’Érasme
5. Jonathan Reid (East Carolina University) Les éditions fabristes de la Bible et Érasme

13 h 00 – 14 h 30 : Pause déjeuner

Transmettre et juger. La réception de l’œuvre
14 h 30 Présidence de séance : Frédéric BARBIER (EPHE, IHMC)
6. Christine Bénévent (École des Chartes) François Ier, lecteur d’Érasme
7. Alexandre Vanautgaerden (Bibliothèque de Genève) Éditer le Nouveau Testament à Bâle et à Genève (1491-1540)
15 h 30 Discussion
16 h 00 Pause

16 h 30 8. Malcom Walsby (Université de Rennes 2 , CERHIO) Les éditions du Nouveau Testament d’Érasme en France et leur diffusion
9. Gilbert Fournier (CNRS, IRHT) Érasme dans la bibliothèque personnelle de Louis Ber (1479-1554)
17 h 30 Discussion

18 h 00 Conclusions: Jean-Marie LE GALL (Université Paris 1, IHMC) 

(communiqué par les organisateurs du colloque)

jeudi 15 septembre 2016

Dans l'orbite de la "devotio moderna", à l'aube de la Réforme: Hieronymus Bosch

Le Chariot de foin est un triptyque sorti de l’atelier de Jérôme Bosch à Bois-le-Duc, en Brabant du Nord, au début du XVIe siècle. Dans une perspective qui témoigne de la diffusion des inquiétudes sur le Salut et de l’emprise de la devotio moderna dans les régions du Rhin inférieur, l’artiste reprend le thème du devenir de l’humanité, entre la création de l’homme et le péché originel (sur le volet gauche), et la damnation éternelle (sur le volet droit). La partie centrale, qui a donné son nom à l’ensemble, reprend le motif du «chariot de foin». Le cinquième centenaire de la disparition de Jérôme Bosch donne l’occasion de retrouver les deux versions du Chariot, conservées à l’Escurial et au Prado de Madrid. 
Le Chariot de foin, panneau central (© Palais de l'Escurial, Patrimonio Nacional)
La signification du thème central paraîtra sans doute obscure aujourd’hui, mais elle reprend une image connue de tous par les proverbes des anciens Pays-Bas: la vie est comparable à un chariot de foin, dont chacun s’efforce de tirer ce dont il a besoin pour subsister. La métaphore du foin comme richesse se rencontre en outre dans plusieurs passages de Bible, notamment dans le livre des Psaumes. Chez Bosch, le chariot est impassiblement tiré par des créatures d'épouvante, qui le rapprochent de plus en plus de l’enfer où il commence même à pénétrer...
Le groupe des privilégiés, à la suite du chariot.
Nous ne développerons pas ici une analyse d’histoire de l’art, qui n’est pas le propos de ce blog. Bornons-nous à remarquer, d'abord, que le dispositif d’ensemble transpose dans le registre de la satire un dispositif classique de Triomphes inspiré de Pétrarque –mais dans lequel le char de triomphe est remplacé par un chariot de foin… 
Le spectateur est rapidement incité à détailler la multiplication de petites scènes sur les trois volets du triptyque: si l’on se limite au panneau central, le procédé permet tout particulièrement de développer une certaine forme de critique sociale, à l’encontre des grands de l’Église et du siècle. Le pape et l’empereur chevauchent en arrière du chariot, tandis qu’un moine replet, assis au premier plan, attend devant une chope de bière que des sœurs remplissent pour lui les sacs de foin qu’elles doivent lui remettre. Au contraire, la foule du menu peuple grouille de tous côtés, essayant d’arracher au chariot cauchemardesque le minimum indispensable pour survivre. Une autre foule, en arrière-plan, sort d’une caverne et se précipite en avant.
Nous sommes devant une thématique qui rappelle bien évidemment celle développée à Bâle une vingtaine d’années auparavant par Sébastien Brant dans sa Nef des fous (das Narrenschiff). De fait, les points de convergence sont nombreux: la métaphore de la vie comme voyage se présente, chez Brant, à travers le motif de la Nef tandis que, chez Bosch, c’est l’humanité entière qui s’avance autour du chariot, entre sa création et sa damnation. Le récit moralisateur de la Nef est constitué d’une suite de chapitres illustrant chacun une forme de folie dont l’effet sera de conduire celui qui en souffre à sa damnation. Chez Bosch, la scansion à travers une succession de chapitres laisse place à une scansion par juxtaposition. La théorie des différents chapitres du livre (dont chacun, rappelons-le, fait l'objet d'une illustration) renvoie ici, dans son inspiration, aux petites scènes entourant le motif principal, qui est celui du chariot: la cupidité, la débauche, la colère, l’égoïsme, et tant d’autres...
C’est que la damnation éternelle est due à l’erreur constamment reproduite dans les choix que font les hommes, depuis l’erreur initiale du péché originel: dès lors que l’homme acquiert la connaissance, il peut choisir sa voie, et ce choix est très généralement mauvais, parce qu’il privilégie la satisfaction immédiate au salut éternel qui lui serait promis après la mort.
Le fou se prépare à faire le mauvais choix...
Cette thématique est précisément celle à la base de la réflexion de Brant, et les illustrations de nombreux chapitres du Narrenschiff la reprennent, sous une forme ou sous une autre… Voici le fou qui charge beaucoup trop son âne, et comme les sacs qu'il empile renferment les revenus de ses nombreuses prébendes (Pfründe), nous retrouvons une fois encore la critique de l’Église; au chapitre suivant, c’est un fou, qui pourrait pourtant faire le bien, mais qui le remet au lendemain, comme le lui conseillent ironiquement les corbeaux volant autour de lui; un peu plus loin encore, et voici le fou malade et alité qui refuse de suivre les conseils du médecin. Enfin, l’une des illustrations synthétisant la pensée de l’auteur est celle du fou qui pèse avec soin les possessions des deux catégories, temporelles et éternelles, et qui choisit bien évidemment la première, parce qu’elle lui paraît valoir plus dans l’immédiat, et que la balance penche de son côté.
Terminons en remarquant que Bosch a repris plusieurs fois le motif de la Nef chargée de fous, notamment dans un dessin de la Kunstakademie de Vienne (le dessin et la peinture conservés au Louvre sous le titre de Nef des fous posent en revanche un problème d’interprétation).
Contrairement à la vision classique du Jugement Dernier qui était celle du Moyen Âge, la représentation de la Charrette de foin ne met pas en scène l’opposition entre le Paradis et l’Enfer: l’humanité entière semble condamnée sans recours. L’inquiétude omniprésente quant aux fins dernières aboutit au pessimisme absolu de la représentation: l’humanité porte le péché en elle de manière innée, et le chariot de la vie s’avance pesamment en direction de la fin dernière, à savoir les tourments infernaux. L’œuvre, datée de 1510-1516, est exactement contemporaine d’un autre itinéraire individuel à la recherche du Salut, celui d’un autre homme «inquiet et tourmenté» (Lucien Febvre), un Augustin de Wittenberg qui, en 1517, en tirera les conséquences que l’on sait sur le devoir de réformer l’Église de son temps.

dimanche 17 janvier 2016

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre


Lundi 1er février 2016

16h-18h
Les principales ressources numériques mobilisables
pour l'histoire du livre des XVe et XVIe siècles
par
Monsieur István Monok,
professeur à l'Université de Szeged,
directeur général des Bibliothèques et des Archives
de l'Académie des sciences de Hongrie

En clin d'œil: sur un vase grec du Ve siècle av. J.-C., le professeur travaille avec son ordinateur portable



Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (190 avenue de France, 75013 Paris, 1er étage).
 
Accès les plus proches (250 m à pied)
Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare.
Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterrand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterrand. Bus: 62 et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand Avenue de France) et 64.


Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

dimanche 10 janvier 2016

Conférences d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre


Lundi 11 janvier 2016
14h-16h
Les livres du "pays latin":
collèges et librairie  au XVIIIe siècle (1)
par
Madame Emmanuelle Chapron,
chargée de conférences à l’EPHE,
maître de conférences à l’Université d’Aix-Marseille,
membre de l’Institut universitaire de France (junior)

16h-18h
Le Novum instrumentum d'Érasme (1516)
par
Madame Christine Bénévent,
professeur d'Histoire du livre et de Bibliographie
à l'École nationale des chartes,
membre de l’Institut universitaire de France (junior)

Novum Instrumentum d'Érasme (1516) (© Universitätsbibliothek Basel, BibG B 3)
 

Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (190 avenue de France, 75013 Paris, 1er étage).
 
Accès les plus proches (250 m à pied)
Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare.
Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterrand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterrand. Bus: 62 et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand Avenue de France) et 64.


Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).