Affichage des articles dont le libellé est Amérique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Amérique. Afficher tous les articles

dimanche 19 mai 2019

Exposition sur la cartographie

Hors du monde. La carte et l’imaginaire [catalogue d’exposition], dir. Gwenaël Citérin, Annick Bohn,
Strasbourg, Bibliothèque nationale et universitaire, 2019, 186 p., ill.
ISBN 978-2-85923-081-4 

L’exposition inaugurée à la BNU de Strasbourg à la fin de la semaine dernière explore une thématique qui ne manque pas de fasciner –la cartographie et son histoire. Baudelaire n’oppose-t-il pas l’univers infini de l’imagination emportée par la carte, et l’univers fini qui est celui du monde réel:
Pour l’enfant enivré de cartes et d’estampes / L’univers est égal à son vaste appétit
Ah, que le monde est grand à la clarté des lampes / Aux yeux du souvenir, que le monde est petit («Le Voyage»).
Le projet de l’exposition se déploie en deux grandes parties. Il se donne nécessairement à comprendre comme un complément de l'exposition de cartographie historique déjà présentée par la BNU en 2016.

Dans un premier temps, les auteurs adoptent une perspective anhistorique, mais ils nous présentent un certain nombre de pièces historiques, les unes connues, les autres moins. Surtout, ils mettent déjà la focale sur l’imagination et sur le mythe, avec quatre dossiers spectaculaires, consacrés successivement à la cartographie de l’Amérique du XVe au XVIIIe siècle, aux sources du Nil, à la quête de l’Eldorado et à l’exploration des «cités perdues» du Mékong.
La seconde partie abandonne la perspective technique et scientifique de la cartographie, pour proposer une série d’études et de pièces consacrées aux cartographies imaginaires ou encore à des utilisations des cartes à des fins humoristiques, satiriques ou autres. Ce second volet, pour nous plus inattendu, a le mérite d’attirer l’attention sur des phénomènes plus rarement évoqués dans le cadre de manifestations scientifiques. Il fait ressortir à plusieurs reprises le fait que la carte est bien évidemment aussi un instrument politique –et parfois militaire.
Le survol de quelques-unes des pièces présentées fait ressortir des évolutions dans le long terme. La «carte» aura d’abord la forme d’un schéma synthétisant l’organisation d’un monde étendu à l’ensemble de la Création. Ce manuscrit d’Isidore de Séville datant du Xe siècle contient un croquis circulaire, avec les trois continents organisés autour de Jérusalem, et entourés des cercles successifs de l’Océan et de certains éléments d’astronomie (p. 15). Avouons au passage que nous regrettons l’absence de toute cote permettant de retrouver les pièces dans les collections où elles sont conservées, et éventuellement d’obtenir un certain nombre d’informations complémentaires.
Le deuxième temps est celui de la Renaissance, marqué par la redécouverte de Ptolémée, et par l’émergence d’un souci croissant d’objectivité: le réseau des méridiens et des parallèles doit permettre le repérage précis des lieux, et leur projection sur le plan à deux dimensions qui sera celui de la carte. L’exposition présente à ce sujet le superbe exemplaire du Ptolémée de 1482 conservé par la Médiathèque protestante de Strasbourg (p. 24-25: cf cliché). Galilée ne dit pas autre chose, lorsqu’il note, en 1632, que le livre de l’univers «est écrit dans une langue mathématique, et les caractères en sont les triangles, les cercles, et d'autres figures géométriques».
Bien entendu, dès lors qu’il s’agit de prendre des repères mathématiques, la qualité et la précision des instruments disponibles sont décisives. L’exposition a pu bénéficier d’une série de prêts consentis par l’Observatoire astronomique de Strasbourg, et qui viennent illustrer cette problématique de la manière la plus séduisante. On sait le rôle des progrès permis par les nouveaux chronomètres de marine au XVIIIe siècle, ou encore le caractères spectaculaire des travaux de triangulation conduits en France à partir du règne de Louis XIV. À ce propos, on peut se demander pourquoi les organisateurs de la l’exposition n’ont pas ajouté un ancien globe à leur présentation… (1)
Le troisième temps sera précisément celui de la mathématisation des cartes, en même temps que de la reconnaissance de l’inconnu comme tel. L’un des apports du catalogue concerne en effet le souci ancien des cartographes et des graveurs de «meubler» leurs représentations pour en faire autant que possible disparaître les vides: la carte d’Islande par Ortelius (1602) est d’une précision remarquable, mais la mer environnante est peuplée d’une série de monstres marins légendés, y compris pour ceux qui ne relèvent que de la pure imagination. La reconnaissance des «blancs» comme repérant une géographie qui reste à explorer traduit, à l’époque des Lumières, un déplacement du régime d’intelligibilité du savoir cartographique (2). Ajoutons d’ailleurs que, même à l’heure de la cartographie la plus scientifique, des éléments peuvent subsister, qui relèvent de la mythologie et de la tradition (comme le montre le riche dossier des sources du Nil).
La richesse du propos rend sans objet une quelconque volonté d’exhaustivité, à laquelle les organisateurs ne visaient d’ailleurs pas. Bien des points n’apparaissent que de manière presque implicite, qui pourraient faire l’objet de développements systématiques. Bornons-nous à deux exemples: à plusieurs reprises, les textes de présentation soulignent l’opposition entre les savants explorateurs –leur figure emblématique pourrait être celle de Humboldt– et les «géographes de cabinet», à l’image d’un d’Anville à Paris à la fin de l’Ancien Régime. Si la concurrence entre les uns et les autres est le cas échéant bien réelle, les cartes produites issues de la compilation de toutes les informations disponibles peuvent aussi bien concerner la géographie contemporaine que les restitutions historiques, notamment s’agissant de l’Antiquité classique.
Un deuxième ensemble de questions concerne la sémiologie graphique: on questionnera non seulement le lexique des éléments graphiques utilisé sur les cartes, mais aussi le choix des échelles, éventuellement des couleurs et des mots (la toponymie) sans négliger, in fine, l’objet même de la carte. Celle-ci peut en effet fournir un maximum d’informations à caractère topographique, mais elle peut aussi donner à voir un certain phénomène d’ordre sociologique ou autre (par ex., nous disposerons, dans les jours qui suivront le prochaines élections européennes, d’une pléiade de cartes analysant les résultats). Bien évidemment, la question de l’objectivité se pose dès lors dans des termes particuliers: les résultats que l’on fera apparaître à travers telle ou telle représentation graphique dépendent aussi du choix et de la définition des indicateurs que l’on choisit de croiser ou de privilégier.
Une dernière question reste ouverte: la carte est le résultat du travail d’une communauté de savants et de techniciens, de sorte que sa lecture par un public de non spécialistes posera éventuellement problème. Non seulement la question de la «pratique» de la carte est posée (pourquoi cartographier?), mais les nouveaux outils disponibles (le GPS) déplacent aussi de la manière la plus profonde le regard que nos sociétés contemporaines posent sur les cartes.

Notes
1) Le fronton du lycée Fustel de Coulanges, à Strasbourg, présente comme un résumé du programme d’enseignement proposé par les Jésuites dans le domaine de la géographie: on y voit en effet une sphère armillaire et un globe terrestre, un télescope, une équerre, etc., sans oublier plusieurs livres ouverts.
2) Ce travail sur les «blancs» prolonge celui conduit par Isabelle Laboulais il y a quelques années: Combler les blancs de la carte. Modalités et enjeux de la construction des savoirs géographiques (XVIIe - XXe siècle), dir. Isabelle Laboulais, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 2004.

mercredi 10 mai 2017

Le livre aux États-Unis

Dans le cadre du séminaire de Patrick Fridenson à l'EHESS

Daniel Raff,
historien des entreprises à l'University of Pennsylvania,
présentera sa recherche sur

L'infrastructure du commerce des livres aux États-Unis:
sa valeur changeante, ses dangers potentiels

le mercredi 24 mai de 11h à 13h
au 105 boulevard Raspail, salle 10

Vous y êtes cordialement invités
(communiqué par Patrick Friedenson)

samedi 28 janvier 2017

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre 

Lundi 30 janvier 2017
16h-18h
Les Indiens du Nouveau Monde:
récits, fêtes, œuvres d'art (XVIe-XXe siècle) 
par
Madame Marisa Midori Deaecto,
professeur à l'Université de Sao Paulo,
professeur invitée à l'École normale supérieure (Labex TransferS)

Cf légende infra
La littérature sur les Grandes découvertes se développe tout au long du XVIe siècle: la conférence abordera la question de savoir dans quelle mesure l'élaboration et la réception d'une nouvelle conception du monde, mettant en cause tout un système de connaissances anciennes (géographiques, culturelles, religieuses, etc.), atteint effectivement les lecteurs européens. En d'autres termes, dans le cadre de la problématique des transferts: comment la masse de textes nouveaux, très rapidement imprimés et constitutifs  eux-mêmes de nouveaux genres éditoriaux –récits de voyage, descriptions de l'homme et de la nature, cartes géographiques, etc.– s'articule-t-elle avec la construction traditionnelle du savoir?
La présence d'Indiens brésiliens en France au XVIe siècle constitue pour les contemporains une preuve indiscutable de l'agrandissement du monde. Le contact de l'Indien avec l'homme européen fonctionne ainsi comme un procès d'acculturation se déroulant sous les yeux même de la cour et de l'Église, mais qui n'échappe pas non plus au monde savant.
D'une part, nous nous efforcerons de reprendre la littérature classique sur le sujet, depuis la première enquête conduite par Afonso Arinos de Melo Franco sur L'Indien brésilien et la Révolution française (Rio, José Olympio, 1937). D'autre part, nous poserons la question de la réception de cette production dans les différents contextes de l'histoire de l'indianisme, notamment aux XIXe et XXe siècles. Une figure comme celle de Ferdinand Denis a une très grande grande importance dans le dialogue entre les deux cultures.
Cliché: "Les Tangas", dans Légendes, croyances et talismans des Indiens de l'Amazone, adapt. de P. L. Ducharte, ill. de Victor de Rego Monteiro, Paris, Éditions Tolmer, 1923.

Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (190 avenue de France, 75013 Paris, 1er étage). 

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

dimanche 22 janvier 2017

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre 

Lundi 23 janvier 2017
16h-18h
Les bibliothèques brésiliennes:
une introduction historique 
par
Madame Marisa Midori Deaecto,
professeur à l'Université de Sao Paulo,
professeur invitée à l'École normale supérieure (Labex TransferS)

Au plafond de la salle de bibliothèque, chez les Jésuites de Bahia
Moins de dix ans après la fondation de l'ordre, les Jésuites débarquent à Salvador de Bahia en 1549, et ils apportent quelques livres avec eux. Avec ses quelques 15 000 volumes, la bibliothèque du collège de Salvador sera la plus riche du pays lors du départ des Jésuites, en 1759. La seconde principale bibliothèque est alors celle du collège de Rio de Janeiro, avec 5500 volumes, qui passent en partie à l'évêque de la ville. Dans le même temps, l'administration coloniale portugaise est transférée de Salvador à Rio (1763).
Mais le système colonial va bientôt entrer en crise, avant que la cour portugaise elle-même ne s'établisse à Rio à la suite de l'occupation de Lisbonne par les troupes napoléoniennes... 
Sur la Bibliothèque nationale du Brésil, voir ici.

Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (190 avenue de France, 75013 Paris, 1er étage). 

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

mardi 7 juillet 2015

Excursion à Chaumont-s/Loire

Comme dans le rêve du Grand Meaulnes, le château surgit au-dessus du jardin
Une promenade à Chaumont (Chaumont-s/Loire) est l’occasion d’une véritable coupe sur plusieurs siècles dans la logique des systèmes de domination «à la française».
1) Nous sommes, d’abord, dans l’orbite des plus grands princes territoriaux, et de la monarchie elle-même. Sur son éperon au-dessus du fleuve, Chaumont a en effet été élevé au tournant de l’an mille, en tant que forteresse des comtes de Blois face à leurs puissants voisins d’Anjou. Mais la forteresse passe bientôt aux mains de la richissime famille d’Amboise –le cardinal Georges d’Amboise sera le propre ministre de Louis XII, et François Ier lui-même est accueilli à Chaumont.
2) Après bien des péripéties, nous voici, au XVIIIe siècle, dans une tout autre logique: château et domaine sont acquis, en 1750/1751, par les Leray, qui sont des financiers originaires de Nantes. Mais les Leray sont aussi des personnalités idéaltypiques des Lumières: grand-maître des Eaux-et-Forêts du Berry, Jacques Donatien Leray (1726-1803) est un familier du duc de Choiseul, ce qui lui permet d’être nommé gouverneur des Invalides. Il est surtout connu comme un partisan des Insurgents américains, qui à ce titre a accueilli Benjamin Franklin lui-même dans sa demeure de Passy. Parallèlement, il confie la direction de ses deux manufactures de Chaumont (poterie et cristallerie) à l'Italien Giovanni-Battista Nini, lequel réalise un ensemble extraordinaire de portraits en médaillons moulés en terre cuite. Dès 1785, le fils de Leray, dit James Leray, émigre aux États-Unis –mais il séjournera encore à plusieurs reprises à Chaumont.
3) Le troisième temps est celui de l’alliance entre la vieille noblesse –en l’occurrence, les princes de Broglie– et la nouvelle grande bourgeoisie la plus fortunée –les Say, célèbres industriels sucriers. Marie Charlotte Constance Say, l’une des plus riches héritières de France, achète le château de Chaumont en 1875, quelques mois avant que d’épouser le prince Amédée de Broglie. La jeune mariée saura faire de son domaine un des pôles les plus brillants de la vie mondaine de la Belle Époque, mais sa gestion déplorable sera à l’origine de la cession définitive de Chaumont à l’État en 1937-1938 – l’État, et aujourd’hui les autres collectivités publiques, dernier avatar des propriétaires de Chaumont…
Un mot s’impose encore, s’agissant de Chaumont: il touche, de manière paradoxale, la problématique des transferts culturels entre la France et l’Allemagne. Lorsque Madame de Staël cherche, en effet, à publier De l’Allemagne, elle se heurte à la rancœur de Napoléon: exilée hors de Paris, elle s'installe un temps chez Leray à Chaumont, où elle reçoit les épreuves de son livre, et où elle est visitée par des personnalités comme Schlegel. Mais toutes les précautions n’empêchent pas le ministre de la Police générale, Savary, de faire pilonner à Paris tout le premier tirage de l’édition de 1810 (14-15 octobre). L’auteur expliquera, en 1814:
Benjamin Franklin... en bonnet de nuit (Château de Chaumont)
Au moment où l'on anéantissait mon livre à Paris, je reçus à la campagne l'ordre de livrer la copie sur laquelle on l'avait imprimé, et de quitter la France dans les vingt-quatre heures. Je ne connais guère que les conscrits, à qui vingt-quatre heures suffisent pour se mettre en voyage; j'écrivis donc au ministre de la police qu'il me fallait huit jours pour faire venir de l'argent et ma voiture (Préface de 1814, p. III-IV).
Madame de Staël ne cherche désormais plus d’issue du côté de la France: elle s'arrête d'abord à Coppet, puis elle vient à Vienne (1812), avant de gagner Saint-Pétersbourg et Stockholm, et enfin Londres (1814). Elle a emporté, en quittant Chaumont, un (peut-être deux) jeu(x) d’épreuves de l’édition de 1810, et un exemplaire du manuscrit, tandis que Friedrich Schlegel en avait déjà mis un autre jeu en sûreté à Vienne. La première édition de De l’Allemagne sera donnée à Londres en 1813, et la première édition française à Paris l’année suivante (avec la mention explicite de «seconde édition»).
La visite de Chaumont, et celle des somptueux jardins, est aujourd'hui à tous égards remarquable. On ne peut que d'autant plus regretter que le château n’expose que le fac-similé d’un exemplaire d’une édition de 1820 de De l'Allemagne (mais laquelle?), en indiquant qui plus est que ladite édition a été imprimée à Tours –hypothèse absurde dès lors que l’exil de Madame de Staël est alors terminé de longue date, mais hypothèse que l’on peut expliquer par l’intervention des grands imprimeurs-libraires Mame, pourtant établis à Paris… Quelques corrections s’imposent ici, y compris s'agissant du fait que la Bibliothèque nationale de France ne conserve évidemment (et heureusement!) pas le seul exemplaire connu de De l'Allemagne...

Anne Louise Germaine Necker, baronne de Staël-Holstein, De l’Allemagne, seconde édition, Tome premier [troisième], À Paris, chez H. Nicolle, à la Librairie stéréotype, rue de Seine n° 12; chez Mame frères, imprimeurs-libraires, rue du Pot-de-fer n° 14 (Imprimerie de Mame), MDCXIV (1814), 3 vol., [4-]XVI-348 + 387 p., [1] p. bl., [4-]415 p., [1] p. bl., 8°.

samedi 20 juin 2015

La librairie et les colonies sous l'Ancien Régime (2)

Nous poursuivons un instant le précédent billet consacré au comparatisme entre les colonies d'Amérique dans le domaine du livre. S'agissant de la «librairie», le rôle du cadre réglementaire reste bien évidemment essentiel: la «librairie» espagnole est enfermée dans le carcan des contrôles de l’administration royale et de l’inquisition, au point que l’Espagne elle-même tend à devenir dès le XVIe siècle une géographie d’importation pour les autres productions européennes. À Séville, Fernand Colomb (Hernando Colón), le fils du découvreur, ne peut réunir sa monumentale bibliothèque que parce qu’il dispose d’un réseau de correspondants qui lui permettent de faire venir jusqu'en Andalousie les nouvelles éditions qui l’intéressent.
L'essor des nouvelles puissances maritimes, les Provinces Unies et l’Angleterre, s’accompagne au contraire, au XVIIe siècle, d’un système beaucoup plus libéral, dominé non pas par les contraintes réglementaires ni par la surveillance, mais bien par les conditions générales du fonctionnement capitaliste et par la liberté d’entreprendre. On devine comment, en deçà de ces données d’ensemble, l’appartenance religieuse peut jouer un rôle important –et on pense à nouveau, bien évidemment, à l’Éthique protestante de Max Weber.

Barthélemy Vimont, Relation de ce qui s'est passé en la Nouvelle France en l'année M.DC.XL. envoyée au R.P. provincial de la Compagnie de Jésus de la province de France par le P. Barthélemy Vimont, de la mesme Compagnie, Supérieur de la Résidence de Kébec, À Paris, Chez Sébastien Cramoisy, imprimeur ordinaire du roy, 1641. Exemplaire de la BN du Canada, Ottawa (mais venant apparemment des Jésuites, puis de la Bibliothèque municipale d’Alençon ?).

Dans le royaume de France, le contrôle se fait moins par le biais de l’Église que par celui de la centralisation monarchique. La «Nouvelle France» s’est déployée à partir du XVIe siècle sur un territoire immense, en remontant le Saint-Laurent jusqu'aux Grands lacs, puis en descendant par le bassin du Mississippi jusqu’au golfe du Mexique, mais le peuplement y reste extrêmement lâche. La ville de Québec est fondée en 1608 et les nouveaux venus colonisent dès lors plus systématiquement les rives du Saint-Laurent (Ville-Marie de Montréal, 1642): pourtant, les imprimés sont exclusivement importés d'Europe jusque dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, notamment par le biais de Sébastien Cramoisy, libraire et fondé de pouvoirs des Jésuites et des Augustines de l'Hôtel-Dieu de Québec. La première presse typographique ne sera en définitive introduite qu'après le passage de la colonie sous le régime britannique, lorsque William Brown et Thomas Gilmore viennent de Philadelphie pour s’établir à Québec (1764). Montréal suit seulement en 1776. Les mêmes logiques se déploient dans les îles d'Amérique centrale, que se sont partagées l'Espagne, les Provinces-Unies, l'Angleterre et la France.
Quant à la trajectoire brésilienne, elle nous permet de conclure sur un dernier point, qui concerne le rôle des événements. La première imprimerie n’est établie, et de manière très temporaire, à Rio de Janeiro qu’en 1747, par un typographe, Fonseca, venu de Lisbonne, mais la statistique douanière met en évidence un développement rapide des entrées de livres par Bahia et par Rio dans les années 1790. L’événement fondateur date effectivement de la fuite de la cour de Portugal devant les Français de Junot, en 1808, et du transfert de la capitale de Lisbonne à Rio. Qu’il s’agisse du Brésil, ou de l’ensemble des colonies espagnoles, l’une des conséquences les plus inattendues, et les plus considérables, de l’intervention française dans la péninsule ibérique concerne, en définitive, l’autonomie plus grande de ces dernières par rapport à leurs métropoles, et leur passage progressif à l’indépendance (par exemple en Argentine)… C’est, aux Amériques aussi, la fin de l’Ancien Régime, et l’entrée dans une nouvelle ère.

Un petit peu de bibliographie, tirée de Histoire et civilisation du livre. Revue internationale 
Canada (et Québec):
Marcel Lajeunesse, «Le livre en Nouvelle-France et au début du régime britannique au Canada (XVIIe et XVIIIe siècles)», t. III, 2007.
Jacques Michon, «L’histoire du livre en Amérique du Nord», t. VIII, 2012.
Et une référence plus ancienne, que l'on trouvera d'ailleurs sur Internet: Antonio Drolet, «La bibliothèque du collège des Jésuites [à Québec]», dans Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 14, n° 4, 1961, p. 487-544.

Colonies espagnoles, Brésil:
Eliana Regina De Freitas Dutra, «L’Espace atlantique et la civilisation mondialisée: histoire et évolution du livre en Amérique latine», t. VIII, 2012.
Rafael Rodriguez Marín, «Le Dictionnaire de l’Académie espagnole, sa réception critique et la norme linguistique d’Espagne et d’Amérique», t. IV, 2008.
Mateus H. F. Pereira, «L’Almanaque Abril (Almanach Avril), 1974-2004: histoire d’un best-seller brésilien», t. III, 2007.
Sandra Guardini Teixeira Vasconcelo, «Romans et commerce de librairie à Rio de Janeiro au XIXe siècle», t. VIII, 2012. 

Diana Cooper-Richet, «Paris, carrefour des langues et des cultures: édition, presse et librairie étrangères à Paris au XIXe siècle», t. V, 2009. Id., «Paris et la présence lusophone dans la première moitié du XIXe siècle», t. VIII, 2012.

mardi 16 juin 2015

La librairie et les colonies sous l'Ancien Régime

L’histoire devrait être définie comme une science expérimentale: au sens strict du terme, elle nous permet notamment, toutes choses égales d'ailleurs, d’avoir une certaine connaissance des expériences déjà faites par les sociétés humaines dans telles ou telles conditions plus ou moins comparables à celles devant lesquelles nous nous trouvons. La mondialisation, dont nous avons déjà traité à plusieurs reprises, est un processus souvent questionné aujourd’hui. Or il s’agit précisément d’un phénomène historique, et d’un processus qui se développe depuis plusieurs siècles (Raynal y consacrait déjà son Histoire des deux Indes), même s’il reste partiel avant que d’atteindre le niveau actuel d’une intégration planétaire.
Cette problématique intéresse aussi l’historien du livre: elle engage en effet des travaux sur la géographie de la production et de la diffusion des imprimés, sur la question de l’acculturation et de l’identité, sur l’équilibre changeant entre les langues d’édition, ou encore sur le système colonial et sur les rapports de forces entre colonies et métropoles. Depuis le XVe siècle en effet, la mondialisation passe, et d’abord aux Indes occidentales (aux Amériques), par le biais d’un modèle d’organisation spécifique, qui est celui de la colonie: colonies espagnoles et portugaises (qui correspondent peu ou prou à la géographie de l’Amérique latine), puis colonies françaises et anglaises (dans certaines îles des Antilles et en Amérique du nord), sans parler des colonies néerlandaises et françaises.
La chronologie et les modèles de développement des activités du livre se déploient outre-Atlantique selon des systèmes et des rythmes très différents, que le comparatisme met bien en évidence. Les premières universités sont créées par les Espagnols à Mexico et à Lima dès le milieu du XVIe siècle, tandis que les presses «gémissent» dans ces deux mêmes villes respectivement dans la décennie 1530 et en 1584. Vers le nord, la première presse anglaise ne fonctionne que deux générations plus tard, en 1640 à Cambridge (Mass.), tandis que les colonies françaises du Saint-Laurent restent sur la logique de la seule importation des imprimés depuis la métropole. Le Brésil des Portugais reste lui aussi en retard, jusqu'à l'installation de la cour de Lisbonne à Rio, en 1807. Conséquence principale, et souvent ignorée: jusque dans la seconde moitié du XVIIe siècle, l’Amérique développée désigne d’abord l’Amérique espagnole. Le rattrapage de l’Amérique anglaise à partir de la fin du XVIIe et au cours du XVIIIe siècle en sera d’autant plus spectaculaire, et cela vaut aussi dans le domaine de l’imprimé.
La Salle des Actes à l'Université de Cordóba (Ar.) en 2015
Il est possible de proposer une typologie très sommaire de ces différents modèles. La conquête espagnole se caractérise d’abord par son ampleur: en quelques décennies à partir de la fin du XVe siècle, des territoires immenses sont saisis par Madrid, qui les organise, même si très difficilement, en vice-royaumes (Nouvelle-Espagne et Pérou, plus tard La Plata: cliquer ici pour lire les billets successifs), et qui y installe des institutions permettant la poursuite du travail d’évangélisation et la formation d’une partie des élites locales. Pour autant, la production locale d’imprimés reste minime, la majeure partie de la «librairie» étant importée d’Europe: les presses actives dans les différentes capitales ne répondent qu’à des besoins «locaux» d’ordre administratif et religieux.
Vers le nord, les Treize colonies anglaises émergent seulement dans le deuxième quart du XVIIe siècle, mais selon un modèle tout différent. C’est une colonie de peuplement et d’exploitation, qui approfondit son installation sur place sans d’abord chercher à s’étendre –à la fin du XVIIIe siècle, la limite des Appalaches sera à peine atteinte, et la saisie du continent nord-américain ne se fait, comme on sait, qu’au XIXe siècle, grâce au chemin de fer. Les conditions des activités de l’imprimé y sont rapidement tout autres. En un siècle, les Treize colonies voient leur population multipliée par vingt (de 55 000 hab. vers 1670 à deux millions à la veille de l’indépendance). La production imprimée s’accroît parallèlement, et conquiert son autonomie par rapport à celle de la métropole: on estime que, de 1639 à 1799, quelque 50 000 titres sont publiés, tandis que le processus de la publicité (Öffentlichkeit) s’appuie sur un média spécifique, véritable forum des nouvelles communautés, celui de la presse périodique (dès 1695 à Boston). Benjamin Franklin en sera bientôt une icône planétaire (car la mondialisation ne va pas sans une forme de médiatisation elle-même mondialisée)...
Dans le dernier quart du XVIIIe siècle, le temps de la rupture est atteint, et l’on entre, d’abord à Boston et à Philadelphie, dans la phase de déclenchement de la « révolution atlantique » –laquelle se prolongera d’abord en France et en Europe, puis en Amérique du Sud au début du XIXe siècle…

mercredi 29 avril 2015

Publicistique et modernité

Comme il est de règle pour la pensée des Lumières dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, le média principal est, dans le vice-royaume de La Plata aussi, celui de l’imprimé. Pourtant, nous sommes dans une logique spécifique, qui est celle de la périphérie: la majorité des titres doit être importée, les réseaux du livre restant trop peu développés sur place. La première librairie n’ouvre à Buenos Aires qu’en 1759, quand José de Silva y Aguar prend l’initiative de sa création, en liaison avec les activités du Collège San Carlos. En 1766, les Jésuites créent une imprimerie à Córdoba, mais ils sont chassés l’année suivante: le matériel typographique servira à équiper à partir de 1780 l’imprimerie royale des Enfants trouvés à Buenos Aires.
Dans une province éloignée des centres de décision, mais où une certaine intelligentsia se développe et soutient le processus de modernisation, on imprime d’abord les classiques de l’Église, les textes réglementaires, le cas échéant quelques pièces commandées par les autorités locales et… le plus intéressant, à savoir des périodiques. Le périodique est bien le média privilégié de la modernité, que l’on peut rédiger et éditer sur place, et qui trouvera plus facilement un public de lecteurs ou de souscripteurs et d’abonnés susceptible de financer la publication.
C’est un des représentants de l’élite créole, Manuel Belgrano, juriste formé à Salamanque et secrétaire de la Chambre de commerce (Consulado de Comerce) de Buenos Aires, qui est à l’origine du lancement du Telegrafo mercantil le 1er avril 1801 (avec l’autorisation du vice-roi, le marquis de Avilés). Le titre complet, de Telegafo mercantil, rural, politico, economico e historiografo del Rio de la Plata, annonce le programme de la feuille, et le journal, confié à l’Espagnol Francisco Cabello y Mesa (1765-1814), est commandité par la «Société patriote de ceux qui aiment [leur] pays».
Originaire de l’Estramadure, Cabello y Mesa commence une carrière militaire au Pérou, mais il s’oriente bientôt vers le droit, comme avocat, tout en lançant le premier périodique d’Amérique du Sud, le Diario curioso, erudito y comercial à Lima: il répétera l’opération après son installation à Buenos Aires en 1798. Les collaborations du Telegrafo mercantil réunissent quelques unes des grandes figures de l’époque: Belgrano lui-même, et Juan José Castelli (tous deux futurs membres de la Junte de 1810), mais aussi le P. Luis José de Chorroarín (1757-1823) ou encore Pedro Cervino (1757-1816: il collaborera ensuite au Semanario). Manuel José de Lavardén publie dans le Telegrafo, tandis que Thaddäus Haenke donne des textes relatifs à ses voyages d’exploration.
Nous sommes, avant la lettre, dans un monde qui préfigure celui des «hommes de mai», et où un certain nombre d'acteurs appartient à la maçonnerie. Nous avons vu que Chorroarín succédera à Moreno comme premier véritable directeur de la nouvelle Bibliothèque de Buenos Aires. Lavardén (1754-1809) est le fils d’un juriste qui a joué un rôle important dans l’expulsion des Jésuites: il a commencé ses études de droit à Chuquisaca, avant de les achever à Grenade, Tolède et Alcalá. Devenu professeur de philosophie au Collège San Carlos, il participe aussi à l’administration de la colonie, et déploie une activité de publicistique comme auteur de pièces de théâtre, de poésies, etc. Haenke (1761-1816) vient quant à lui de Bohème, et est un ancien étudiant de l’Université Charles de Prague: il est en Amérique du sud à partir de 1789, où il entreprend un travail gigantesque de recension scientifique –on le considère comme l’un des principaux précurseurs de Alexander von Humboldt.
Diego de Zabaleta, Exhortacion cristiana dirigida a los hijos y habitantes de Buenos Ayres el 30 de mayo 1810 en la solemne accion de gracias por la instalacion de su Junta superior provisional de gobierno, En Buenos Ayres, en la Real imprenta de Niños Expósitos, [1810]. On soulignera l'attachement à la religion catholique, et on remarquera la référence à "cette capitale" (exemplaire de la Bibliothèque de La Plata)
Pourtant, le titre doit cesser en octobre 1802, face à la méfiance des autorités. En septembre de la même année, la succession est prise par le Semanario de Agricultura, Industria y Comercio.
L’accélération des événements au cours de l’année 1810 avec la mise en place du gouvernement de la Junte, s’appuie, comme toujours, sur la publicistique. Reprenons le fil des événements: le Cabildo (Conseil) de Buneos Aires est convoqué le 22 mai 1810 et, sous la pression de la foule, il vote le renvoi du vice-roi et l’instauration de la Première Junte. Dès le 27, une circulaire est expédiée aux autorités des autres villes, pour les informer des événements, et pour leur demander de se rallier et d’envoyer leurs représentants à Buenos Aires. Le lendemain, la Junte prend les principales dispositions organisant son administration, et, le 30, une action de grâces est célébrée pour l’installation du nouveau Gouvernement.
Enfin, la Junte lance la Gazeta de Buenos Ayres, qui correspond au modèle du journal officiel en même temps que du périodique gouvernemental (7 juin). Depuis le début du mois, un certain nombre de villes reconnaissent son autorité, l’opposition la plus dangereuse étant pendant quelques semaines celle de l’ancien vice-roi Liniers à Córdoba…

Félix de Ugarteche, La Imprenta argentina: sus origenes y desarollo, Buenos Aires, R. Canals, 1929.

vendredi 24 avril 2015

Les passeurs argentins

À plusieurs reprises, nous avons évoqué dans ce blog la question des «passeurs», autrement dit des individus et des groupes qui prennent en charge l’acculturation et la modernisation d’une société donnée, notamment dans la seconde moitié du XVIIIe et au XIXe siècle. Dans une Allemagne très dispersée sur le plan politique, on sait que le rôle des intellectuels, mais aussi des libraires, est essentiel. La modernisation est, à Vienne, prise en charge de manière spectaculaire par la monarchie elle-même, à l'époque du joséphisme, tandis que la dépendance du royaume de Hongrie par rapport à la capitale impériale explique que ce rôle y soit d’abord rempli par un certain nombre de grands magnats, dont plusieurs membres de la famille Széchényi.
Autre schéma encore dans les colonies espagnoles d’outre-Atlantique, où ce sont les créoles qui prennent l’initiative. Peu de mots sont aussi ambigus, en français, que celui de créole: cet ancien terme espagnol désigne en fait, dans la colonie, les descendants d’émigrés autrefois venus de la métropole mais qui sont eux-mêmes nés outre-mer. C’est en ce sens que la future impératrice des Français, Joséphine de Beauharnais, est, en effet, une créole.
Dans le vice-royaume de La Plata, l’actuelle Argentine, l’élite créole contrôle l’activité économique, dispose de fortunes importantes, et a le plus souvent reçu une formation intellectuelle de qualité dans les écoles et les universités sur place, ou en Europe. Elle est favorable à la liberté de commerce, pratiquement acquise en 1778 mais bientôt remise en cause. À la même époque, la Guerre d’indépendance américaine de 1776 offre un modèle pour les projets de libération des «Indes», tandis que la Révolution de 1789 a aussi une influence certaine. Pour autant, les créoles ne sont pas admis aux charges principales: le vice-roi Liniers est un français au service de l’Espagne, même s’il se marie dans une riche famille créole de Buenos Aires. Son successeur, Baltasar Hidalgo de Cisneros, est quant à lui un espagnol né à Carthagène, et ancien élève de l’Académie de marine de Cadix.
Le "Première Junte" à Buenos Aires.
On sait que les événements européens ont une influence décisive sur le passage de l’Argentine à l’indépendance: or, ce sont les représentants de la bourgeoisie créole qui prennent l’initiative sur place. L’entrée des Français à Lisbonne en 1807 suit de peu le départ de la famille royale de Portugal pour Rio de Janeiro. L’année suivante, c’est l’abdication du roi d’Espagne, son remplacement par Joseph Bonaparte à Madrid, et le déclenchement de la Guerre d’Espagne. La Junte de Séville se substitue au pouvoir empêché, tandis que les colonies espagnoles affirment leur loyalisme: Buenos Aires accepte de recevoir Cisneros, le nouveau vice-roi désigné par Séville. Quant à l’héritier du trône, le futur Ferdinand VII, il est envoyé par Napoléon en résidence à Valençay, avec son oncle et son frère, avant que le traité de décembre 1813 ne lui rende son trône.
Dans l’intervalle, les choses se sont précipitées sur les rivages du Rio de la Plata, où, en 1810, le vice-roi Cisneros est déposé et une Junte temporaire de neuf membres mise en place (la Junte prétend exercer le pouvoir au nom de Ferdinand VII, empêché). Ces «hommes de mai» sont pratiquement les représentants de la bourgeoisie créole qui prend ainsi le pouvoir. Tous sauf deux sont nés dans les vices-royaumes du Pérou ou de La Plata, et la plupart ont fait des études poussées: le président de la Junte, Cornelio Saavedra (1759-1829), est un ancien élève du Collège San Carlos, où ont aussi étudié Mariano Moreno (1778-1811), secrétaire à la Guerre, et Juan José Castelli (1764-1812). Juan José Paso (1750-1833) est le fils d’un émigré venu de Galice, et un ancien élève du Collège de Montserrat à Córdoba, où Castelli terminera ses études secondaires après Buenos Aires.
Une formation supérieure est souvent de règle: Moreno fait son droit à l’université de Chuquisaca, fondée par les Jésuites à Sucre en 1624, et l’un des pôles du mouvement pour l’indépendance à la fin du XVIIIe siècle. Depuis 1775, l’Academia Carolina est la principale institution de formation dans le domaine juridique en Amérique du Sud. Nous y retrouvons précisément Castelli, qui a préféré Chuquisaca aux universités espagnoles de Salamanque ou d’Alacalá de Henares auxquelles ses parents pensaient... D’autres membres de la Première Junte sont d’anciens étudiants de Córdoba: Juan José Paso (1750-1833), qui y passe le doctorat en droit, sera secrétaire de la Junte en charge des Finances; le P. Manuel Alberti (1763-1811) y est, quant à lui, reçu docteur en théologie, avant d’être ordonné prêtre.
Plusieurs autres se sont, bien évidemment, formés en Espagne: c’est le cas de Miguel de Azcuénaga (1754-1833), à Malaga et à Séville, et de Manuel Belgrano (1770-1820), cousin de Castelli et étudiant en droit à Salamanque. En définitive, seuls deux membres de la Junte sont des Espagnols de souche: il s’agit des Catalans Dominigo Matheu (1765-1831) et  Juan Larrea (1782-1847). Tous deux installés à Buenos Aires en 1793, ils ont fait fortune dans le négoce, et leur participation à la  Junte semble surtout répondre au besoin de s'assurer de l’appui des élites économiques et financières de la capitale, appui décisif à l’aube du nouveau régime politique. Au total, c’est peu de dire que ces intellectuels «révolutionnaires» sont des hommes de la presse périodique et du livre –mais c’est là un autre sujet, sur lequel nous nous réservons de revenir.

lundi 20 avril 2015

La ville idéale et sa bibliothèque

Córdoba est une ville historique, Buenos Aires est la capitale fédérale, mais La Plata correspond à un troisième modèle urbanistique, qui est celui de la cité idéale. La ville de La Plata a en effet été créée de toutes pièces dans les années 1882, pour être la capitale de la province de Buenos Aires –dans la mesure où Buenos Aires, désormais capitale du pays, constitue un territoire autonome ne dépendant pas de la province. Ce choix marque la pleine intégration, jusqu’alors problématique, de la capitale fédérale dans la nation, de sorte que la fondation d’une nouvelle capitale provinciale entérine une étape politiquement décisive pour la construction de l’État.
C’est le gouverneur de la province, Dardo Rocha, qui conduit le dossier, et le plan de la ville est confié à l’architecte Pedro Benoit, fils d’un émigré français (1836-1897): un plan en damier, sur un carré de cinq kilomètres de côté, les rues et les avenues étant numérotées à la manière nord-américaine. La Plata est une cité idéale: au centre, la plaza San Martin réunit les institutions du pouvoir, la «Maison du Gouvernement» et le Parlement régional (Palacio de la Legislatura). La deuxième grande place est la place Mariano Moreno, où l’on trouve la municipalité et la cathédrale. Plusieurs importants musées sont établis dans la ville, dans laquelle une Université nationale (UNLP) est aussi créée en 1897-1905: elle s’est imposée aujourd’hui comme l’une des principales du pays. Le programme de la ville idéale ne va pas sans un théâtre (le Teatro Argentino), ni sans un parc public: La Plata est réellement une ville verte, avec un grand jardin public, dans lequel on trouve l’hippodrome, le zoo, le remarquable Musée des Sciences naturelles, l’observatoire, etc. Au demeurant, le programme de la ville nouvelle de La Plata remportera la médaille d’or pour la section «Ville du futur» à l’Exposition universelle de Paris en 1889.
Comme c’est la règle en Argentine, l’Université contrôle toujours certains établissements d’enseignement secondaire et même, à La Plata, des établissements pour l’enseignement primaire. Le remarquable Musée des Sciences naturelles, tout comme l’observatoire, sont intégrés aux facultés correspondantes. Ajoutons, à titre de curiosité symbolique de la volonté de modernité qui était celle des fondateurs, que La Plata est la première ville sud-américaine à avoir bénéficié de l’éclairage électrique publique. 
Bibliothèque de La Plata: grande salle de lecture
Mais le programme d’une ville idéale comprend aussi une bibliothèque. Celle-ci, d’abord fondée en tant que bibliothèque publique (par Francisco Moreno en 1887), s’est trouvée intégrée à l’Université après sa création. Mais surtout, la Bibliothèque a bénéficié d’un spectaculaire bâtiment construit à partir de 1934, sur la Plaza Rocha: il s’agit du premier bâtiment spécifiquement destiné à abriter une bibliothèque en Argentine. Derrière la façade néo-classique, l’homogénéité du style art nouveau donne à l’ensemble une très grande qualité de réalisation. Le hall permet d’accueillir des expositions (en ce moment même, une exposition sur la Colección Cerventina conservée par l’institution: cf infra note bibliographique), et débouche directement sur la grande salle de lecture, laquelle a gardé son mobilier d’origine. La salle des catalogues, qui la jouxte, est la seule partie réaménagée récemment dans tout l’établissement. Toujours au rez-de-chaussée, la salle de La Plata est réservée à l’histoire et la géographie de la région, à l’histoire du livre et à la bibliographie. Une salle de lecture est également réservée à la presse périodique. En arrière du bâtiment principal, qui se déploie sur deux étages, se trouvent les cinq niveaux de magasins.
La Bibliothèque conserve notamment un certain nombre de pièces, proclamations et titres de périodique imprimés à Buenos Aires à l’époque de la première Junte (1810), mais aussi un grand nombre de titres du XIXe et du début du XXe siècle, permettant de se faire une idée de la complexité des influences culturelles qui ont joué dans l’histoire récente de l’Argentine: un des meilleurs exemples est donné par le périodique satirique du «Moustique» (El Mosquito), dont le rôle est important à l’époque des discussions sur le concept d’identité de la jeune nation. 
Bibliothèque de La Plata: le bureau de Joaquín Víctor González

La Bibliothèque de l’Université de La Plata se signale en outre par l’intégration dans ses collections d’un certain nombre de bibliothèques privées particulièrement riches, pour certaines avec leur mobilier ancien (collections Farini, Korn, etc.). Parmi celles-ci, nous retiendrons celle de Joaquín Víctor González, juriste et homme politique, avec un remarquable meuble de bureau dont les deux «ailes» articulées permettent de ranger, l’une, des dossiers et des livres de petit format, et l’autre, des documents d’archives, correspondance, etc.

Don Quixote de la Mancha. Aventuras del Quichote en la UNLP. 75 joyas de la colección cervantina de la Biblioteca publica. Catalogo, La Plata, UNLP, 2015, 117 p., ill.

jeudi 16 avril 2015

Une bibliothèque, deux bibliothèques, trois bibliothèques

Le Contrat social, traduit par Moreno et publié à Buenos Aires en 1810, "Pour l'instruction des jeunes Américains"

Il est difficile de trouver à la manzana de Buenos Aires le même charme qu’à celle de Córdoba –le cadre de la très grande ville moderne y est évidemment pour quelque chose. Nous sommes en plein centre, dans le quartier de Montserrat, une zone aux constructions très denses, et où la circulation automobile se fait bien difficilement oublier.

La Manzana de las Luces, selon son appellation traditionnelle, se développe autour de l’église Saint-Ignace et de l’ancien collège jésuite, ancien collège San Carlos et aujourd’hui Collège national de Buenos Aires: comme à Córdoba, le collège dépend administrativement de l’Université, mais il est installé dans des bâtiments qui datent des années de la Première Guerre mondiale. Parmi les autres institutions un temps abritées dans cet ensemble de bâtiments figure aussi la première Bibliothèque nationale d’Argentine, au coin des rues Perú et Alsina. Dite Biblioteca Pública de Buenos Aires, elle a été instituée par la Junte de 1810, mais elle ouvre en réalité deux ans plus tard. Il convient de citer encore l’Université de Buenos Aires, fondée quant à elle en 1821. 
De la Loterie... à la Bibliothèque
La Bibliothèque s’enrichit surtout par l’intégration des fonds de l’ancien collège royal, et par les dons de particuliers: l’évêque de Buenos Aires, Manuel Azamor y Ramírez (1733-1796), était venu d’Espagne avec une collection de quelques mille volumes, qu’il lègue à sa mort à une future bibliothèque publique. Le Père Luis Chorroarín (1757-1823), lui-même ancien professeur, puis recteur du Collège, donne aussi ses livres, et soutient financièrement la Bibliothèque à ses débuts. Manuel Belgrano (1770-1820) fait de même, tandis que l’on transporte à Buenos Aires les exemplaires de l’ancienne bibliothèque jésuite de Córdoba –ils ont été «restitués» il y a quelques années, du moins pour ceux qui avaient une marque de provenance.
L’institution de la Bibliothèque est d’abord confiée à une personnalité remarquable, Mariano Moreno (1778-1811), lui-même ancien élève du Collège San Carlos, et avocat. Mais Moreno est surtout un homme politique: ce secrétaire d’État à la guerre à l’époque de la Première Junte est le principal théoricien du nouveau Gouvernement, et le fondateur du premier périodique argentin, la Gazeta de Buenos Aires. La Bibliothèque nationale porte aujourd’hui son nom, même si Moreno meurt au cours d’une traversée de l’Atlantique pour se rendre en Angleterre, quelques mois avant l’ouverture officielle de l'institution. La vétusté et le caractère inadapté des locaux, de même que l’absence de budget régulier, rendent difficiles les premières années de fonctionnement, Chorroarín assurant la direction jusqu’au début des années 1820. Pourtant, on estime le fonds alors disponible à quelque 17 000 volumes.
La Bibliothèque prend l’appellation officielle de Bibliothèque nationale en 1884, et elle connaît un développement considérable pendant la longue période (plus de quarante ans!) où le Toulousain Paul Groussac en est  directeur (1885-1929). L’institution déménage alors pour un bâtiment nouveau, de style néo-classique, élevé initialement pour les bureaux de la loterie nationale et réaménagé par l’architecte italien Carlos Mora pour accueillir la Bibliothèque. C’est Jorge Luis Borges, directeur de 1955 à 1973, qui obtiendra en 1960 le vote d’une loi en vue d’installer la Bibliothèque dans un troisième bâtiment, plus vaste et mieux adapté, situé dans l’ancien quartier des Récollets (Recoleta): mais la nouvelle Bibliothèque ne sera en définitive inaugurée qu’en 1992, soit cent quatre-vingts après la première fondation à la manzana… Quant à son style architectural, c’est peu de dire qu'il est aux antipodes de celui des Jésuites!
Bibliothèque nationale d'Argentine
Que conclure d’une note aussi brève, sur une histoire qui nous est trop peu familière? On ne peut qu’être frappé, d’abord, par la chronologie: c’est toute une génération d’hommes relativement jeunes, nés le plus souvent dans les années 1770 et ayant généralement reçu une éducation poussée, qui s’engage, au début du XIXe siècle, dans la lutte pour l’indépendance et qui prend les rênes du nouvel État, dans des conditions particulièrement problématiques (une autre «époque des fondateurs», pour reprendre la formule allemande). Pour eux, les Lumières, donc le progrès et la modernité passent par l’imprimé: ils traduisent (Le Contrat social: cf cliché, exemplaire de la Biblioteca Mayor de Córdoba), ils écrivent, ils lancent des journaux… et ils fondent des bibliothèques. Quant à la Bibliothèque nationale, à travers ses métamorphoses de la Manzana de las Luces au quartier de Recoleta, elle fonctionne avant tout comme une institution clé de l’identité nationale. La présence, dans le petit parc en contrebas, de statues du couple Perón rappelle que le site est celui de l’ancienne résidence où Évita Perón est décédée, en 1952, et témoigne de ce que la symbolique des lieux est toujours restée sensible. 
NB- L'amateur d'histoire du livre admira, en face de l'église Saint-Ignace, le bâtiment historique de la librairie Ávila, que l'on pourrait appeler la librairie du Collège, et qui marque toujours un haut lieu du patrimoine historique et culturel de la ville.
Billet suivant: la ville idéale et sa bibliothèque (La Plata)
Librairie Ávila

dimanche 12 avril 2015

Au pays des jésuites

Une trop brève visite de l’Argentine pousse d’entrée à prendre la mesure de l’espace. Après la découverte de Saint-Domingue par Christophe Colomb en 1492, les navigateurs progressent le long de la côte atlantique vers le sud. En 1516, Juan Diaz de Solis atteint le Rio de la Plata, et quatre ans plus tard, le détroit de Magellan est reconnu, l’objectif étant toujours celui d’ouvrir la «route des Indes». Mais la signature du traité de Tordesillas (1494) aboutira à octroyer une grande partie de la façade atlantique du sous-continent au roi de Portugal. L’empire espagnol, qui s’organise à partir de Mexico et de Lima, sera, en dehors de l’Amérique centrale, davantage orienté vers le Pacifique, de sorte que les relations de la métropole sont particulièrement compliquées avec les territoires de l’actuelle Argentine. Malgré le site admirable du Rio de la Plata, le pays progressivement conquis dépend administrativement de la vice-royauté du Pérou (à Lima), tandis que les conflits perdurent avec les indigènes: l’Argentine reste un espace géo-politique marginal, dont la situation retarde sensiblement la mise en valeur.
Entrée du collège de Montserrat, manzana jésuite de Córdoba
Alors que Buenos Aires, fondée par Pedro de Mendoza en 1536, a dû être un temps abandonnée face à l’hostilité des Indiens, Córdoba, à 700 km à l’intérieur des terres, est fondée par Cabrera sur la route de Bolivie en 1574 –mais ce n'est à l'origine qu'un hameau de quelques dizaines d'habitants. Son essor ne date en effet que de l’arrivée de l'ordre des Jésuites...
Les deux premiers Pères, Angulo et Burzana, ont débarqué au Rio de la Plata en 1587, avant que l’ordre de saint Ignace ne s’établisse officiellement en 1599. Son premier objectif concerne bien évidemment l’activité missionnaire, mais il s'investit aussi dans le domaine de l'éducation et de l’enseignement. L'organisation administrative de l'ordre se déploie, elle aussi, d'abord à partir du Pérou, avant que ne soit fondée, en 1607, la nouvelle province du Paraguay (Paraquaria): il s’agit d’un territoire immense, puisqu'il inclut le sud du Brésil, la Bolivie, le Paraguay, l’Uruguay, le Chili et la partie colonisée de l’Argentine. Sa capitale est située à Córdoba.
Ce véritable renversement de la géographie institutionnelle encadrant les colonies espagnoles de l'Atlantique sud constitue un événement d'importance stratégique pour leur développement futur. Le renversement sera couronné par la création de la vice-royauté du Rio de la Plata, détachée de la vice-royauté du Pérou, en 1776. 
À Córdoba, les Pères fondent un collège en 1610/1613, avec le programme d’une université, et qui sera effectivement reconnu comme telle dix ans plus tard (1622): l’institution fonctionne sous l’appellation de Haute École (Colegio Máximo), et c’est la seconde fondation de ce type en Amérique du Sud. Aujourd’hui, la «manzana jésuite» de Córdoba désigne un complexe de bâtiments comprenant l’église, la résidence des Pères, les établissements d’enseignement et la bibliothèque. L’Université de Córdoba a conservé ce siège historique, par ailleurs inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Sur le modèle d’une Haute École, elle incorpore d’ailleurs toujours deux collèges d’enseignement secondaire, dont celui de Montserrat, fondé en 1687 et qui reste abrité dans ses superbes bâtiments de 1782.
La Biblioteca Mayor aujourd'hui
Dès les origines, les Pères veulent créer une bibliothèque, qui sous-tendrait leurs activités pédagogiques. Sans doute plus que par des achats directs, lesquels sont rendus particulièrement difficiles par l’éloignement, la bibliothèque de l’Université s’accroît par des legs et par des dons: le fondateur de l’Université, le frère Hernando de Trejo y Sanabria (1554-1614), évêque du Tucumán, donnera sa bibliothèque personnelle, de même que le premier évêque de Buenos Aires, Mgr Pedro Carranza, en 1625. Un catalogue des fonds est dressé en 1757, sous le titre de Index librorum bibliothecae Collegii Maximi, catalogue qui dénombre quelque 3000 titres en 6000 volumes (il a été récemment et savamment publié par Alfredo Fraschini). L’étude statistique du fonds montre que, comme on pouvait s’y attendre, environ 60% des titres relèvent du domaine de la religion au sens large. La Libreria Grande, alias Biblioteca mayor, a succédé à l’ancienne bibliothèque des Jésuites après une période de confusion survenue lors la destruction de l’ordre en Amérique du Sud (1767): outre une partie des fonds de livres, les archives de la bibliothèque sont aujourd’hui toujours conservées.
Estancia de Alta Gracia: façade de l'église
Mais la présence jésuite dans la géographie de l’actuelle Argentine ne se limite bien évidemment pas à la manzana de Cordoba. Il existe aussi une manzana à Buenos Aires, et des témoignages de l'activité des jésuites dans beaucoup d'autres villes. On sait que, entre les Pères et les indigènes, les relations sont beaucoup plus équilibrées que dans le reste du pays où règne le système quasi-esclavagiste de l’encomienda, de sorte que les Jésuites peuvent commencer à organiser de manière efficace l’exploitation des terres. Les six estancias fondées par eux autour de Córdoba constituent chacune le centre de domaines agricoles spécialisées, dont les revenus abondent le budget de l’ordre. Parmi elles, celle d’Alta Gracia, fondée en 1643 et orientée vers la production textile (laine), a été remarquablement restaurée, et permet de se représenter le rôle économique, mais aussi culturel et religieux, de ces pôles d’activités combinant à la fois auto-subsistance et intégration très efficace dans un réseau de structures spécialisées.
Rappelons pour finir que les Jésuites avaient aussi établi les célèbres «Réductions» du pays guarani, et que la première presse à imprimer ayant fonctionné en Argentine était précisément localisée dans la réduction de Loreto, fondée en 1631 et devenue progressivement l’une des plus importantes du pays. On comprend facilement, non seulement que la position dominante des Jésuites leur valait beaucoup de concurrences et d’inimitiés, voire de franche hostilité, par ex. de la part des trafiquants d’esclaves contre lesquels ils luttaient. On comprend aussi que leur emprise sur des territoires considérables, et même que leur réussite, ont pu pousser le roi Charles III d’Espagne à les chasser, et à confisquer leurs biens, en 1767… 
PS- Une note, en passant. Je suppose que la traduction française de Cordoue ne vaut que pour la ville espagnole de ce nom. Je conserve donc Córdoba pour désigner son homonyme argentine. 
Billet suivant: Buenos Aires et les métamorphoses de la Bibliothèque nationale

mardi 7 avril 2015

Conférences d'histoire du livre

Au cours d'un voyage d'études en Argentine,
Monsieur Frédéric Barbier donnera les conférences d’histoire du livre suivantes:

9 avril 2015   19h. 
Alliance française de Buenos Aires, Avenue Córdoba 936/946 (1054), Auditorium
Dialogue sur «Les révolutions du livre: de Gutenberg au livre digital»
 
10 avril   18h.
Auditorium de l’Académie nationale des Sciences, Córdoba
Conférence: De l’argile au nuage : une archéologie des catalogues de bibliothèqu

du 13 au 15 avril Bibliothèque nationale d’Argentine (Buenos Aires)
13 avril, 11h   Conférence: Le Narrenschiff de Sébastien Brant: un programme éditorial
14 avril, 12h   Conférence: Le Narrenschiff de Sébastien Brant: problématique de la réception
15 avril, 12h   Conférence: À propos du statut des incunables et de leurs catalogues
 
16 avril   10h30
Lycée franco-argentin « Jean Mermoz ». Rencontre avec les élèves (10h30-12h30)

 17 avril   17h
Bibliothèque de l’Université nationale de La Plata
Conférence: De l’argile au nuage: une archéologie des catalogues de bibliothèqu

La "Grande Bibliothèque" (Biblioteca mayor) de l'Université nationale de Cordoba (Ar)