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vendredi 26 octobre 2012

Un homme du livre... Née de La Rochelle (3)

Née de La Rochelle correspond bien au modèle de ce que l’on appelait naguère un polygraphe: il rédige un grand nombre de pièces de littérature et d’histoire (dont la notice biographique fournit le détail, y compris pour les pièces non publiées). Il donne en 1786 une adaptation théâtrale de Clarisse Harlowe, il publie dix ans plus tard Les Fredaines du diable, ou Recueil de morceaux épars pour servir à l'histoire du diable et de ses suppôts 1797), et il rédige encore, en 1813, un long roman mythologique inspiré de la Grèce antique (Médée, roman mythologique en XXVIII livres, pour servir à la connaissance du siècle héroïque qui a précédé le siège de Troie). Il a publié en 1803 chez Bidault les trois volumes du Guide de l’histoire à l’usage de la jeunesse et des personnes qui veulent la lire avec fruit et l’écrire avec succès,…commencé par M. D…, avocat, auteur de l’Histoire des naufrages, continué et mis à jour par J. F. Née de la Rochelle, ci-devant libraire à Paris.
Mais ce qui nous intéresse bien sûr plus particulièrement, c’est le travail de Née comme historien du livre et comme bibliographe. A côté d’un certain nombre de catalogues de vente sortis dans les années 1780, nous nous arrêterons sur un livre de jeunesse, la Vie d’Etienne Dolet, que le jeune libraire publie en 1779: Née de la Rochelle, Vie d’Étienne Dolet, imprimeur à Lyon dans le XVIe siècle, avec une notice des libraires & imprimeurs auteurs que l’on a pu découvrir jusqu’à ce jour, Paris, Goguée et Née de la Rochelle, 1779 (imprimerie Demonville).
Vie d'Etienne Dolet, dans l'exemplaire de la Bibliothèque "Abbé Grégoire" de Blois
Il s’agit, pour lui, de défendre la liberté de pensée, en présentant la biographie d'une figure emblématique, celle d'Etienne Dolet: Je vais essayer de défendre un imprimeur François contre les ennemis de ses talens & de dissiper les nuages qu’une haine industrieuse avoit répandus sur sa réputation (…). Le canevas de cet ouvrage ne m’appartient pas exclusivement, & j’avoue que j’ai fait usage des recherches de M. Maittaire. Il a employé plus de cent pages de ses Annales Typographiques à parler de Dolet…
Dans le même temps, cette «défense» (le mot n'est certes pas anodin) est une défense raisonnée et érudite, qui s’appuie sur une recherche bibliographique large, comme le montrent la référence à Maittaire, mais aussi la table: après l’Avertissement, la «Vie de Dolet» occupe les p. 1-79, puis vient la «Notice des ouvrages de Dolet» (p. 80-146). La fin du volume est consacrée à la «Notice des libraires et imprimeurs auteurs» (p. 147-202), aux errata (3 p. [n. c.]), enfin, à l’Approbation et au Privilège (3 p. [n. c.]).
Le travail de Née de La Rochelle s'inscrit clairement dans une conjoncture intellectuelle favorable aux réformes et à la tolérance, mais il est aussi celui d’un érudit et d'un praticien du livre: d’une part, l'auteur donne des descriptions bibliographiques précises des éditions qu’il catalogue; d’autre part, il fait systématiquement appel à la bibliographie spécialisée, notamment Nicéron, David Clément et Maittaire, Du Verdier, le Supplément au Dictionnaire de Moréri (par l’abbé Gouget), Prosper Marchand (cf. p. 140), mais aussi les catalogues de ventes (Debure), sans oublier le Catalogue de la Bibliothèque du Roi. Enfin, il examine lui-même les exemplaires des ouvrages même les plus rares: par ex., pour les Orationes duae in Tholosam, Née remarque que Nicéron n’a pas pu consulter d’exemplaire et il ajoute que lui-même a vu celui «de M. Beaucousin  [Christophe Jean-François B], avocat au Parlement de Paris, bien connu par son amour pour les lettres & pour ceux qui les cultivent», p. 83). De même, pour le recueil de poésies latines, Carminum libri IV (Lyon, 1538):
Les bibliographes qui ont parlé de ce volume ne sont pas tout à fait exacts: c’est pourquoi je vais en donner la description sur l’exemplaire de la Bibliothèque du Roi. Il m’a été communiqué par M. l’abbé Désaunays, garde des livres imprimés de cette riche Bibliothèque: & je me fais un devoir de lui en témoigner ici toute ma gratitude (p. 93).
Dans un autre cas (L’Avant-naissance), le livre est prêté par le grand libraire érudit Debure: M. Debure fils aîné, qui fait à Paris le commerce de livres rares à la place de M. Debure le jeune, son cousin, m’a obligeamment prêté ce volume, lequel n’a en tout que trente-deux pages imprimées (p. 100). Née suggère d’ailleurs au passage une correction à la Bibliographie instructive (v. aussi la p. 103).
Se prêter des livres, ou les offrir en consultation dans une grande bibliothèque, sont bien des pratiques à la base de la sociabilité éclairée de la fin de l’Ancien Régime. Au passage, le savant libraire souligne tout l’intérêt qu’il y a à consulter soi-même des exemplaires des ouvrages que l’on décrit. Au passage encore, il nous rappelle de quelle position privilégiée jouissait Debure au sein de ce petit monde de libraires, de bibliographes et de bibliothécaires, de savants et de collectionneurs souvent très avertis.
Le rôle du libraire comme membre à part entière de la République des lettres est encore davantage mis en exergue par Née dans la deuxième partie de son livre sur Dolet, et qui constitue comme le prolongement naturel de la bio-bibliographie de celui-ci: il s’agit d’une «Notice des libraires et imprimeurs auteurs que l’on a pu découvrir jusqu’à ce jour», dans laquelle l’auteur présente près de trois cents professionnels du livre ayant, à un moment ou à un autre, rédigé et publié eux-mêmes. Sabine Juratic a étudié ce texte, dont il existe une continuation manuscrite jusqu’à la fin des années 1820: il se rapproche du modèle allemand alors systématiquement mis en œuvre par les libraires de Leipzig (le libraire est un expert et un savant, et surtout celui par le travail duquel le marché du livre peut exister, donc la «littérature» se faire). Il semble en revanche bien éloigné de l’image classique d’un professionnel raillé, en France, par Sébastien Mercier: pour notre bourgeois parisien, les libraires ne sont-ils pas ceux qui «se promènent tous les jours au milieu d’une foule de bons livres qu’ils n’ont jamais ouverts»?

jeudi 29 avril 2010

Conférence d'histoire du livre


École pratique des hautes études
(Section des Sciences historiques et philologiques)
Conférence d’Histoire et civilisation du livre

Année 2009-2010

La prochaine conférence aura lieu le lundi 3 mai 2010:
«Auteur, libraire-imprimeur : Étienne Dolet (2)»,
par Frédéric Barbier, directeur d’études

NB- La première conférence sur Étienne Dolet a eu lieu le lundi 15 mars 2010 (voir la présentation mise en ligne le 9 mars).
Sauf indication contraire, les conférences ont lieu à l’EPHE, en Sorbonne, escalier E, 1er étage. Elles sont ouvertes aux étudiants et auditeurs inscrits à l’EPHE.

NB. On consultera avec profit, sur Étienne Dolet, le site:
http://raphaele-mouren.enssib.fr/dolet

mardi 9 mars 2010

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études (Section des Sciences historiques et philologiques)
Conférence d’Histoire et civilisation du livre
Année 2009-2010

La prochaine conférence aura lieu le lundi 15 mars 2010:
« Auteur, libraire-imprimeur : Étienne Dolet », par Frédéric Barbier, directeur d’études

Peu de personnalités sont aussi complexes que celle d’Étienne Dolet, idéaltype de l’intellectuel de la première moitié du XVIe siècle.
Dolet est un homme du livre, dont la vie entière tournera autour des idées de l’humanisme, et de la possibilité ou non de les faire connaître par le biais de l’imprimé. Son destin est d’une brièveté tragique : né à Orléans en 1509, poursuivi et emprisonné à plusieurs reprises, Dolet meurt sur le bûcher de la place Maubert à Paris en 1546. Dans l’intervalle, il a écrit et publié des textes parmi les plus importants de l’époque, tant en latin qu’en langue vulgaire.
Après la mort de Dolet, sa figure sera réinvestie en France comme représentant un martyr de la liberté de pensée, d’abord à l’époque des Lumières (avec le libraire imprimeur Née de La Rochelle), mais surtout, dans une conjoncture radicalement différente, dans les années 1889. La statue qui est lui est alors élevée à Paris place Maubert marque le symbole de ce mouvement : elle représente Dolet, les mains liées, avec à ses pieds une presse typographique. Elle sera fondue par les Allemands en 1942.

Sauf indication contraire, les conférences ont lieu à l’E.P.H.E., en Sorbonne, escalier E, 1er étage.
Elles sont ouvertes aux étudiants et auditeurs inscrits à l’EPHE.