Affichage des articles dont le libellé est Nouvelle publication. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Nouvelle publication. Afficher tous les articles

dimanche 27 janvier 2019

Nouvelle publication

Renaud Adam,
Vivre et imprimer dans les Pays-Bas méridionaux (des origines à la Réforme),
préf. Alexandre Vanautgaerden,
Turnhout, Brepols, 2018, 2 vol., XXXIII-349 + IX-235p.
(«Nugae humanisticae»)
ISBN 978-2-503-55015-2

Voici un livre qui honore son auteur, son éditeur et son directeur de collection. Les deux volumes publiés par notre collègue et ami Renaud Adam (plus de 600 pages au total) représentent «la version remaniée de [la] thèse soutenu à l’université de Liège» en juin 2011.
Nous dirons, d’abord, que l’ouvrage se place au point de rencontre de deux expériences historiographiques: d’une part, la richissime tradition bibliographique, bibliophilique et érudite des Pays-Bas en général et des Pays-Bas du sud en particulier; de l’autre, le renouveau de l’histoire du livre engagé par la publication de L’Apparition du livre en 1958. Nous saluons ici la tradition initiée par Henri-Jean Martin, et qui combine l’approche érudite (Martin avait été formé à l’École des chartes) et les perspectives nouvelles de l’«École des Annales», privilégiant d’abord l’histoire économique et sociale.
Le cadre géographique est posé: les «Pays-Bas du sud» désignent un ensemble de territoires pour l’essentiel issu du démembrement de l’ensemble bourguignon après la mort du Téméraire (1477), et qui se distinguent des «Pays-Bas du nord», les futurs Provinces-Unies depuis la révolte de 1568. Nous dirons, par commodité, qu’il s’agit de la géographique de la Belgique actuelle, y compris les territoires placés sous la domination du prince-évêque de Liège et la région du nord de la France (Flandre française et Hainaut). Le Prologue de l’ouvrage trace avec précision un tableau historiographique de l’histoire du livre dans cet espace essentiel, tableau dans lequel Prosper Marchand est toujours une figure-clé. La chronologie de l’étude s’étend, quant à elle, aux deux premières générations de la typographie en caractères mobiles, soit les décennies 1470-1520 –le terminus ad quem reste cependant relativement indécis.
Valenciennes, Jehan de Liège, [1500]
Disons au passage que nous sommes tout particulièrement heureux de voir réhabilitées deux habitudes qui n’auraient jamais dû être perdues.
D’abord, la description des phénomènes du passé n’a pas à s’insérer dans les catégories géographiques du présent, autrement dit à respecter les frontières politiques actuelles. À l’historien de faire le choix –et de justifier ce choix– de la géographie spécifique de ce qu’il souhaite étudier. Que la France du nord appartienne, au XVe siècle et même plus tard, aux «Pays-Bas du sud» ne pose aucun problème, de même que Strasbourg et l’Alsace appartiennent alors évidemment au monde germanique. Nous avons déjà évoqué cette question, mais  profitons du présent billet pour y revenir.
Ensuite, nous disposons, en français, d’un riche vocabulaire qui permet de désigner les pays et les localités de l’étranger, mais ce vocabulaire tend à tomber en désuétude, face à la montée en puissance de versions censées être plus respectueuses des identités locales, de leur politiquement correct –et de leurs errements. Avouons que nous avons plaisir à retrouver les toponymes de «Malines», de «Bois-le-Duc» ou encore d’«Audenarde», quand ce n’est pas celui de «Louvain»… Autant d’usages qui n’ont rien à voir avec un quelconque nationalisme borné, mais qui témoignent de la culture historique de l’auteur et de celui qui le lit.
Nous reviendrons plus longuement sur le contenu de la somme exemplaire publiée par Renaud Adam, mais nous bornerons à dire, aujourd’hui, que ces deux volumes devraient être intégrés dans les usuels de références non seulement des bibliothèques patrimoniales situées dans le Nord- Pas-de-Calais, mais aussi des principales bibliothèques patrimoniales de la capitale et des autres départements de la France «de l’intérieur».


Sommaire abrégé des deux volumes
Tome I : Des hommes, des ateliers et des villes
[Pièces liminaires : Préface, Avant-Propos]
Prologue
1ère partie: Le métier d’imprimeur
1) L’organisation du métier; 2) L’atelier, espace de fabrication; 3) Distribution et consommation
2e partie: L’espace social [var.: Le groupe social]
1) Les imprimeurs, une communauté homogène?
2) Le capital économique
3) La production intellectuelle
Conclusions
Annexes: carte de la diffusion des impressions du XVe siècle, plans d’Anvers, de Bruxelles et de Louvain Bibliographie
Index [nominum]

Tome II: Bilan historiographique et dictionnaire prosopographique
1ère partie: Les premiers établissements
1) Alost; 2) Louvain; 3) Bruges; 4) Bruxelles; 5) Audenarde et Gand; 6) Anvers; 7) Bois-le-Duc; 8) Essai comparatif: la production imprimée en 1473 et 1493
2e partie: Les débuts du XVIe siècle. Le calme avant la tempête: les anciens Pays-Bas avant le Réforme
1) Anvers; 2) Bruges, Bois-le-Duc, Bruxelles et Gand; 3) Valenciennes, Liège et Hesdin; 4) Louvain; 5) Essai comparatif: la production imprimée avant 1520
Conclusions
Dictionnaire prosopographique
Annexes (Bibliographie, Liste des graphiques, Index [nominum]).

dimanche 13 janvier 2019

Histoire des bibliothèques

Savoir/Pouvoir. Les bibliothèques, de l’Antiquité à la modernité,
Dir. Yves Lehmann,
Turnhout, Brepols, 2018,
VIII+306 p., ill.
ISBN: 978-2-503-58380-8 

Le volume intitulé Savoir/pouvoir. Les bibliothèques, de l’Antiquité à la modernité se présente comme un ouvrage construit – résultat d’une enquête plurielle qui s’attache à examiner un phénomène majeur de culture et de civilisation: l’essor des bibliothèques en Orient comme en Occident, depuis les origines jusqu’à nos jours.
Ce volume d’actes réunit les textes de seize communications prononcées à l’occasion d’un colloque strasbourgeois et mulhousien consacré à l’étude des fonctions de la bibliothèque dans la cité et des conditions de transmission du savoir auprès d’un large public. C’est ainsi que les regards croisés de bibliothécaires expérimentés, d’enseignants-chercheurs chevronnés et de savants de haute réputation –français et étrangers– ont mis en évidence les raisons politiques, intellectuelles ou morales qui ont présidé à l’élaboration, à la conservation et à la diffusion des connaissances humaines aussi bien profanes que sacrées.
Issu d’un colloque international organisé par la Bibliothèque nationale et universitaire rénovée de Strasbourg, par le LabEx Hastec de l’École Pratique des Hautes Études (Paris), par les responsables du programme IdEx « TRANSLATIO » de l’Université de Strasbourg et par le laboratoire de recherches ILLE/ EA 4363 de l’Université de Mulhouse.

La bibliothèque de la Haute Ecole de Debrecen
Table 
I- Bâtiment-symbole, bâtiment-repère: la bibliothèque dans la cité. Son environnement urbain, son décor, son aménagement
Christophe Didier, Métamorphoses d’un lieu de savoir: l’exemple de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg
María Luisa E. López-Vidriero Abelló, Las bibliotecas palaciegas de la monarquía hispánica: de los Reyes Católicos a Alfonso XIII
Andrea De Pasquale, La Biblioteca nazionale centrale di Roma a quarant’anni dall’inaugurazione della sede al Castro Pretorio: dalla scelta del sito ai progetti attuali 

II- Le pouvoire intellectuel des bibliothèques. L'évolution du lectorat et des pratiques, les usages du lieu
Dominique Charpin, Les bibliothèques en Mésopotamie: des fonds de manuscrits privés aux bibliothèques royales
Yves Lehmann, Encyclopédisme documentaire et impérialisme planétaire dans l’Antiquité gréco-romaine
Robert Bedon, Les bibliothèques privées dans la Gaule du IVe et du Ve siècle de notre ère
Stavros Lazaris, Manuels d’enseignement dans une bibliothèque monastique du nord de la Grèce: le cas d’un livre illustré d’histoire naturelle et de morale chrétienne
Gilbert Fournier, Une bibliothèque en temps de crise. Lecteurs étrangers et désenchaînements de manuscrits au collège de Sorbonne dans le second quart du XVe siècle

III- La bibliothèque perçue comme fondement d'un pouvoir ou d'un contre-pouvoir: aspects juridiques ou religieux, patrimoine et collections, hommes de savoir/ pouvoir...
Aude Lehmann, Autour du De bibliothecis de Varron: politique et culture dans la Rome césarienne
Marilina Gianico, D’une bibliothèque l’autre: réflexions sur l’histoire de la Bibliothèque universitaire Estense de Modène
István Monok, Économie et politique de la bibliothèque: la Hongrie et la Transylvanie d’Ancien Régime
Doina Hendre Biro, Bibliothèque, confession et identité collective: le Batthyaneum de Karlsburg/Alba Iulia
Frédéric Barbier, La foi, le talent, le service: l’éthique protestante et l’esthétique des bibliothèques (XVe-XVIIe siècle)
Pierre Casselle, La Bibliothèque de l’Hôtel de Ville de Paris
Yann Sordet, Information, politique et bibliothéconomie dans l’Europe du XVIIe siècle: aux origines de la Bibliothèque Mazarine

mercredi 21 novembre 2018

Histoire d'un livre: la "Nef des fous"

Vient de paraître
Frédéric Barbier,
Histoire d’un livre: la Nef des fous, de Sébastien Brant,
Paris, Éd. des Cendres, 2018,
239 p., 51 ill. pour partie en coul.
ISBN : 978-2-86742-281-2 

4e de couverture
L’Histoire d’un livre, mais quel livre, puisqu’il s’agit de la célèbre Nef des fous de Sébastien Brant, publiée pour la première fois à Bâle en 1494. Pour Brant, les hommes sont des fous qui, embarqués dans leur voyage démentiel, courent vers leur condamnation. La Nef est illustrée par le jeune Dürer, ce qui ne contribue pas peu à sa célébrité. C’est à un autre genre de voyage auquel l’auteur nous convie, d’une édition à l’autre et d’un exemplaire à l’autre: ce livre, que l’on croyait connaître, se révèle bien plus complexe tant par son contenu textuel que par sa mise en livre et par toutes les pratiques qui, au fil des siècles, se sont déroulées à son entour. Une leçon d’histoire du livre, pour un livre qui restera toujours d’actualité.

Sommaire
Préface, par Michel Espagne
Avertissement
Chapitre I- Un monde nouveau
Moyen Âge et temps modernes
Sur le Rhin moyen
Le nouveau média
Chapitre II- Strasbourg et Bâle, autour de 1494
Sébastien Brant: Strasbourg
Sébastien Brant: Bâle
Des imprimeurs et des libraires
Le temps du carnaval
Chapitre III- La Nef des fous: un projet… et un texte
Dénoncer la folie universelle
La critique sociale
Chapitre IV- La Nef des fous: un texte… et un livre (1494)
Le projet éditorial: un livre en langue vernaculaire
Le projet éditorial: un livre d’images
La mise en livre
Chapitre V- Le paradigme de la Nef
Qu’est ce que la bibliographie ?
L’allemand, entre contrefaçons et nouvelles éditions
Les traductions
Chapitre VI- Le statut du texte
Un texte célèbre… donc instable
Au XVIe siècle : d’autres Nefs et d’autres fous
Variantes dans l’iconographie
VII- Réceptions de la Nef : le marché
La réception : problématique et méthodologie
Les publics de l’allemand
Les publics du latin
D’autres lecteurs
Les autres langues vernaculaires
Chapitre VIII- De la collection à la bibliophilie et à la problématique de l’identité
Les fondateurs
La haute bibliophilie
Le temps des philologues et des historiens
Conclusion
Postface, par István Monok
Notes, précédées d'une liste des abréviations
Légendes des illustrations
Bibliographie: Tableau récapitulatif des éditions de la Nef des fous
Bibliographie: répertoires et travaux scientifiques
Index locorum et nominum
Table des matières
 

jeudi 15 novembre 2018

Vient de paraître...

Ajouter une légende
Vient de paraître:
«Maudits livres». La réception de Luther & les origines de la Réforme en France [catalogue d'exposition],
Paris, Bibliothèque Mazarine, Éditions des Cendres, 2018,
339 p., ill.
ISBN 978-2-86742-280-5 

À l’automne 1518, un an après la publication des 95 thèses (voir par ex. ici), la pensée de Luther pénètre pour la première fois en France, sous la forme d’un recueil de textes publié à Bâle. Les œuvres du réformateur commencent ainsi par être importées dans le royaume; elles circulent et y sont lues; elles seront bientôt réimprimées et traduites, mais aussi contestées, condamnées et parfois détruites.
Elles rencontrent en France les aspirations d’une société traversée d’inquiétudes depuis la fin du Moyen Âge, gagnée par de nouvelles sensibilités religieuses, tentée par la contestation des autorités, et séduite par de nouveaux modes de lecture et d’enseignement. Entre 1518 et la fin du règne de François Ier, s’ouvre une période intense d’explorations et de questionnements. Certains événements contribuent à médiatiser la figure de Luther et à crisper les positions: sa condamnation par la Sorbonne et par le Parlement de Paris (1521), l’«Affaire des placards» (1534), l’apparition de Calvin, la création de l’Index des livres interdits (1544). Les dissensions se font fractures, et les voies moyennes, tentées par un Lefèvre d’Étaples ou une Marguerite de Navarre, deviennent impossibles à tenir. Le mot «luthérien» se charge négativement, et son imprécision autorise désormais tous les amalgames…
Un demi-siècle après l’invention de l’imprimerie, avant que la Renaissance ne laisse place aux Guerres de Religion, le livre est à la fois l’acteur principal et un témoin privilégié de ces bouleversements. Imprimeurs et libraires perçoivent le formidable potentiel éditorial de la polémique luthérienne, et oscillent entre raison commerciale, prudence, et engagement personnel. Pour endiguer la diffusion des textes désormais définis comme hérétiques, on invente des dispositifs de contrôle de plus en plus redoutables à défaut d’être efficaces: les livres devenus maudits mènent à l’exil ou au bûcher leurs auteurs, imprimeurs et lecteurs.
Exposition organisée par la Bibliothèque Mazarine en partenariat avec la Société d’Histoire du Protestantisme français.

L’ouvrage publié comprend les soixante-dix-huit notices détaillées des pièces exposées à la Bibliothèque Mazarine, pièces réparties en six sections dont chacune est introduite par une monographie scientifique.

Sommaire
Préface, par Yann Sordet
Introduction, par Hubert Bost
I- De nouvelles sensibilités, de nouveaux textes, de nouvelles lectures, par Frédéric Barbier
Notices 1 à 11
II- 1518-1521: Luther à Paris, par Florine Lévecque--Stankiewicz
Notices 12 à 24
III- Réactions: défenses et ruptures, par Geneviève Guilleminot-Chrétien, et par Yves Krumenacker
Notices 25 à 31
IV- Luther en français avant Calvin, par Marianne Carbonnier-Burkard et Olivier Millet
Notices 32 à 56 V- Entre Luther et Calvin: les années 1540, par Marianne Carbonnier-Burkard et Olivier Millet
Notices 57 à 69
VI- La légende noire de Luther, par Yves Krumenacker
Notices 69 à 78
Chronologie
Bibliographie sommaire
Index nominum et locorum
 
Commissaire de l'exposition: Florine Lévecque-Stankiewicz
Direction scientifique: Frédéric Barbier, Marianne Burkard-Carbonnier, Geneviève Guilleminot-Chrétien, Florine Lévecque-Stankiewicz, Yves Krumenacker, Olivier Millet, Yann Sordet

mercredi 4 juillet 2018

L'EPHE a 150 ans

L’École pratique des Hautes Études. Invention, érudition, innovation de 1868 à nos jours,
dir. Patrick Henriet, préf. Hubert Bost, postf. Jean-Claude Waquet,
Paris, Somogy / École pratique des Hautes Études, 2018,
713 p., ill.
ISBN : 978-2-7572-1326-7

Au-delà du symbole (150 ans…), les anniversaires peuvent se révéler très utiles à l’historien, parce qu’ils offrent l’occasion de marquer par un événement l’accomplissement d’une étape importante: ce sera une exposition, un colloque, une série de conférences, ou encore une publication, comme pour l’EPHE en 2018. Nous ne pouvons que nous réjouir lorsque cette publication constitue en elle-même une véritable somme, d’autant plus précieuse qu’elle envisage des domaines scientifiques rares, et encore plus rarement réunis.
L’EPHE est une institution très originale, fondée à l’initiative d’un historien, Victor Duruy, et dont l’objet résidait dans la remise à niveau, en 1868, des conditions de la recherche et de l’enseignement supérieur en France.
Nous n’étions pas encore à l’époque bénie des classements (classer les universités, etc.), mais  déjà bel et bien  engagée dans une forme de concurrence intellectuelle internationale, dont les incidences sont considérables en terme d’économie, mais aussi de puissance politique. Pour un petit nombre de responsables réunis autour du ministre, il s’agit de fonder une institution qui mette en œuvre les méthodes de travail et les procédures d’organisation dont l’université traditionnelle semble alors incapable: d’une certaine manière, un projet qui n’est pas sans présenter des points de comparaison avec celui du Collège royal sous François Ier. Pasteur lui-même intervient dans le débat, s’agissant du domaine des sciences exactes:
Depuis trente ans, l’Allemagne s’est couverte de vastes et riches laboratoires. Berlin et Bonn achèvent la construction de deux palais d’une valeur de quatre millions, destinés l’un et l’autre aux études chimiques. Saint-Pétersbourg a consacré trois millions à un institut physiologique, l’Amérique, l’Autriche et la Bavière ont fait les plus généreux sacrifices (…). Et la France? La France n’est pas encore à l’œuvre.
Il n’y a pas lieu d’entrer dans les détails de la fondation de l’EPHE, institution organisée en quatre sections devant couvrir l’essentiel du champ des connaissances (1), appuyée sur des laboratoires et des bibliothèques (l’École doit être «pratique») et travaillant selon le système allemand du séminaire. Deux caractéristiques du travail y sont tout particulièrement remarquables: comme pour le Collège de France, l’accès des étudiants n’est soumis à aucune condition de diplôme, tandis que la liberté d’enseignement est totale.
Le développement du plan du volume fait parcourir treize grandes parties, enrichies à la fin par une série d’annexes documentaires.
1) «Les origines» de l’École viennent d’être évoquées trop brièvement, mais il ne faut pas perdre de vue que, durant ses premières décennies d’existence, la dimension politique est largement présente dans la vie de la nouvelle institution: en promouvant un modèle scientifique et intellectuel fondé sur le rationalisme, l’EPHE se heurte souvent à l’opposition de milieux que l’on désignera comme plus «conservateurs», voire nationalistes au sens étroit du terme. La question religieuse intervient aussi.
2) «Six sections pour une institution»: à côté du discours suivi, cette partie donne l’occasion de présenter un certain nombre de grandes figures historiques liées à l’École (depuis Gabriel Monod), et de publier des textes inédits.
3) «Physique, chimie, mathématiques».
4) «Biodiversité et environnement».
5) «Biologie du genre humain: psychologie scientifique, physiologie, sciences anthropologiques».
6) «Faire l’histoire des sciences»: cette partie est notamment organisée autour de personnalités comme celles d’Alexandre Koyré, de Mirko Grmek et de Bertrand Gille (pour l’histoire des techniques, un domaine qui intéresse bien évidemment l’historien des techniques d’imprimerie).
7) «Textes, langues, philologie» (depuis la génération des fondateurs, Michel Bréal et Gaston Paris).
8) «Techniques historiques et érudition»: il s’agit ici en grande partie de domaines qui intéressent l’historien du livre, avec la papyrologie, l’imprimerie (conférence d’«Histoire et civilisation du livre»), puis le manuscrit et la codicologie arabes.
9) «Écrire l’histoire» constitue une partie avant tout historiographique, et organisée par grands domaines, de l’assyriologie et de l’égyptologie à l’histoire de l’art. La théorie des grandes figures ayant illustré l’École est particulièrement impressionnante, à commencer par celles de Gaston Maspéro et de Ferdinand Lot.
10) La dixième partie est organisée par champs géographiques («Le monde comme champ de recherche: espaces, textes, religions»), avec la présentation, entre autres, des «Études scandinaves», du «domaine chinois», du Japon ou encore de la géographie indienne.
11) Puis viennent une série de contribution autour de la problématique des monothéismes («Études juives, christianisme, Islam: penser les monothéismes») : à côté du christianisme antique, des «Études juives», et des «Études arabes et islamiques», une place particulière est réservée à «Réforme et protestantisme»: plusieurs des figures tutélaires de l’École sont en effet liées à la société de confession réformée en France, et on rappellera encore que Lucien Febvre candidate d’abord, en 1943, pour une chaire à la cinquième section.
12) La douzième partie porte sur le très riche domaine de l’anthropologie religieuse et du comparatisme, et évoque des personnalités qui ont marqué leur discipline, et même leur époque, comme celles de Marcel Mauss, de Georges Dumézil ou, plus récemment, de Claude Lévi-Strauss.
13) Enfin, sous la rubrique «Le monde contemporain», se trouvent regroupés plusieurs dossiers très évocateurs sur le plan historiographique (notamment «l’EPHE et l’Allemagne» et «l’EPHE et l’Affaire Dreyfus»), mais aussi des dossiers consacrés à des domaines scientifiques originaux, dans lesquels notre institution occupe une place clé : on pense à l’«Histoire des doctrines stratégiques», à la question de la laïcité, ou encore à l’utilisation de l’image en histoire. Cette section se ferme sur la présentation du rôle de l’EPHE dans l’organisation toute récente d’une école d’archéologie islamique au Kurdistan irakien: c'est peu de dire, on le voit, que l'École est depuis toujours engagée dans les débats de son temps, auxquels elle apporte la dimension scientifique qui en est trop souvent absente. 
Les annexes sont suivies par la bibliographie (présentée par ordre alphabétique des auteurs / titres), par un index nominum et par la Tabula gratulatoria.
La bibliothèque de l'EPHE au début du XXe siècle.
Si l’histoire du livre et de l’écrit fait l’objet des développements spécifiques que nous avons signalés, il n’est que juste de dire que les livres et autres documents graphiques, ou encore les bibliothèques (2), sont bien à l’arrière-plan de la plupart des contributions. Les éditeurs aussi sont présents, à travers d’abord les collections de l’École et les différentes revues scientifiques, et par la conception de leur rôle comme «intermédiaires savants» – on pense ici à un personnage comme Honoré Champion, étudié en son temps par le regretté Jacques Monfrin (3). Deux personnalités éminentes du monde savant appartiennent d’ailleurs elles-mêmes à des dynasties de libraires ou de libraires-imprimeurs: il s’agit de Charles Adolphe Würtz, doyen de la Faculté de Médecine de Paris, et d’Élie Berger, professeur de paléographie à l’École des chartes, et successeur d’Henri Wallon aux Inscriptions.
En bref, c’était une gageure que de regrouper en un ensemble cohérent une histoire et une masse d’informations caractérisées par la diversité et par l’ouverture. Le contrat est rempli du mieux qu'il était possible, avec un ouvrage qui s’impose d’emblée comme un usuel, au premier chef dans les deux domaines, de l’historiographie et de l’histoire des idées et des disciplines scientifiques (4).

1) 1 : Mathématiques ; 2 : Physique et chimie ; 3 : Histoire naturelle et physiologie ; 4 : Sciences historiques et philologiques. Sans entrer dans le détail, on rappellera que les deux premières sections ont aujourd’hui disparu, tandis qu’une cinquième, puis une sixième sections étaient successivement créées pour les Sciences religieuses et pour les Sciences économiques et sociales. Cette dernière section prendra plus tard son indépendance, sous la forme de l’École des Hautes Études en Sciences sociales.
2) La Bibliothèque de la Sorbonne est évoquée à plusieurs reprises, en particulier lorsque le premier président de la IVe Section, Léon Renier, est lui-même directeur de la Bibliothèque, ce qui lui permet de mettre à la disposition des conférences trois salles attenantes à son institution (cf p. 78-79 et la figure 6, p. 80, reprod. ci-dessus). Un petit manque dans cet imposant volume réside, peut-être, dans l’absence d’une histoire de la, puis des bibliothèques de l’École.
3) Cf Frédéric Barbier, « L’École pratique des Hautes Études et le tropisme de la librairie allemande », dans De la philologie allemande à l’anthropologie française. Les sciences humaines à l’EPHE (1868-1945), dir. Céline Trautmann-Waller, Paris, Honoré Champion, 2017, p. 43-60.
4) L’illustration, toujours signifiante, enrichit grandement le propos. Au-delà de la fonction informative, elle  ouvre implicitement des perspectives vers l’histoire de la sociabilité savante, voire vers certaines formes d’anthropologie de nos sociétés occidentales. On ne peut bien sûr qu’être frappé par la longue absence des femmes, ou, de manière plus légère, par les évolutions de la mode masculine, voire par la pratique des banquets qui ont longtemps accompagné les cérémonies commémoratives organisées par l’École à partir de 1894… mais aujourd’hui disparus, sinon sous la forme des modernes cocktails.

mardi 3 avril 2018

Un recueil d'hommages

Nous sommes heureux et honorés de pouvoir nous associer le plus chaleureusement à l’hommage rendu par un petit groupe de collègues au souvenir d’une bibliothécaire qui nous avait fait l’honneur de son amitié:
Études bibliographiques à la mémoire de Jeanne Veyrin-Forrer, éd. Wallace Kirsop,
Melbourne, Monash University, Ancora Press, 2017,
79 p., ill.

Table des matières:
Préface, par Wallace Kirsop.
Publications de Jeanne Veyrin-Forrer.
La question des styles en France pour les livres imprimés, par Jeanne Veyrin-Forrer.
Le partage de l’impression dans les ateliers parisiens du XVIIe siècle, par Alain Riffaud.
Rotrou et ses épîtres dédicatoires, deux nouveaux exemples, par Wallace Kirsop.
Dorat cartonné: Mes nouveaux torts de 1775, par Wallace Kirsop.

Nous avions, en son temps (2010), vivement regretté que la disparition d’une éminente collègue, aussi savante que dévouée, n’ait pas suscité davantage d’hommages ni de marques de reconnaissance. La brève préface que notre collègue Wallace Kirsop donne à la publication dont il est l’initiateur rappelle la figure admirable qui reste dans notre souvenir: Madame Veyrin-Forrer fut en effet une grande figure de notre discipline, à laquelle elle a apporté non seulement sa science, sa connaissance des recherches conduites dans le monde anglophone et sa disponibilité sans failles, mais aussi sa gentillesse. On le sait, son domaine de prédilection concernait ce que l’on allait bientôt appeler la «bibliographie matérielle», mais ses connaissances ne se limitaient certes pas à cette seule problématique –tous les anciens habitués de la Réserve de la rue de Richelieu le savent.

La diffusion de l’élégant petit volume nouvellement paru est assurée, en France, par les Éditions des Cendres, 8 rue des Cendriers, 75020 Paris (editionsdescendres@gmail com). Il offre en outre un complément de 76 numéros à la Bibliographie des travaux de Jeanne Veyrin-Forrer donnée en 1987 dans le cadre du recueil à elle offert par ses collègues et amis, La Lettre et le texte, aux éditions de l’École normale supérieure de jeunes filles.


Un cliché inédit: Jeanne Veyrin-Forrer préside la séance du colloque de Reggio (déc. 1979 ) au cours de laquelle le signataire du présent billet donne l'une de ses premières interventions à l'étranger.

mercredi 3 janvier 2018

Nouvelle publication

Frédéric Barbier,
«Entre le manuscrit et l’imprimé: les bibliothèques occidentales, XVe-XVIIe siècle»,
dans
Doce siglos de materialidad del libro : estudios sobre manuscritos e impresos entre los siglos VIII y XIX,
dir. Manuel José Pedraza Gracia,
Zaragoza, Prensas de la Universidad de Zaragoza, 2017, p. 186-206
(« In culpa est », 4).
ISBN 978-84-16935-63-5
Titivillus, le démon des copistes *
Cette annonce nous donne l’occasion de souligner le très grand intérêt scientifique non seulement de ce gros volume (606 p., et les illustrations), mais aussi de l’ensemble des publications produites par nos collègues historiens du livre à Salamanque (y compris la revue Titivillus: revista internacional sobre libro antiguo, laquelle est aussi présente sur Facebook).
On nous excusera de ne pas citer ici toutes les contributions du volume, mais de nous limiter à mentionner quelques thèmes relevant des XIVe-XVIe siècles (la publication suit l'ordre chronologique): le marché et la distribution des livres au bas Moyen Âge (Maria Jesús López Montilla); continuité et changement dans la transition du manuscrit à l’imprimé (Felix de La Fuente Andrés); les Manicules en fresques en Castille (Josemi Lorenzo Arribas); les traités de l’astrolabe entre manuscrit et imprimé (Azucena Hernández Pérez); la correction éditorial dans les impressions incunables de Castille (Maria Isabel de Páiz), etc.
Un des immenses avantages du volume réside dns le fait qu'il transcende la chronologie traditionnelle des universités, ce qui de fait devrait être la règle en histoire du livre: pour donner la mesure de l’ampleur de la fourchette ici envisagée indiquons que la dernière contribution traite de la publicité imprimée à Barcelone dans la seconde moitié du XIXe siècle (Isaura Solé Boladeras).
Les trois titres publiés précédemment dans la même série traitaient du Paratexte, du prix du livre en Espagne de 1543 à 1806, et des problèmes de commerce et de distribution.

* Titivillus, le démon des copistes, puis des compositeurs typographiques, recueille dans son sac toutes les coquilles et autres erreurs commises dans les livres, et les enregistre sur ses tablettes, de manière à pouvoir les présenter aux fautifs le jour du Jugement dernier...

mercredi 1 novembre 2017

Nouvelle publication

Histoire et civilisation du livre. Revue internationale
Genève, Librairie Droz
XIII (2017), 429 p., ill.
ISBN 978 2 600 05839 1


Sommaire
Contrefaçons dans le livre et l’estampe, XVe-XXIe siècle, dossier édité par Yann Sordet
La contrefaçon éditoriale: qualification juridique et raison économique, par Yann Sordet
La contrefaçon dans les anciens Pays-Bas (XVe-XVIIe siècle), par Renaud Adam
Un geste éditorial: la publication de contrefaçons. L’exemple des recueils du poète Claude de Trellon sous la Ligue et sous Henri IV, par Audrey Duru
La contrefaçon du théâtre français au XVIIe siècle, par Alain Riffaud
Le graveur Louis Simonneau et ses plagiaires: Gantrel, Cars, Malbouré et Limousin, par Véronique Meyer, avec la participation d’Anne Nadeau
Les contrefaçons du Dictionnaire de l’Académie française au XVIIIe siècle: Nîmes et Avignon, par Isabelle Turcan
Un Lyonnais pris en flagrant délit d’impression du Contrat social, par Dominique Varry
L’origine lyonnaise de la fausse édition Bassompierre du Bélisaire de Marmontel, par Daniel Droixhe
L’estampillage des contrefaçons en 1777 et l’édition juridique, d’après les archives des chambres syndicales d’Orléans, de Dijon et de Nancy, par Sébastien Évrard
Des beaux ornements aux belles bibliothèques. À propos de l’édition clandestine des Œuvres de Brantôme par Jean-Edme Dufour (Maastricht, 1779), par Muriel Collart
Une réponse aux contrefaçons: le privilège partagé. Le cas d’Antoine Dezallier à Paris et [de] Thomas Amaulry à Lyon, par Henriette Pommier
Charles-Antoine Jombert (1712-1784), ou la parade à la contrefaçon, par Greta Kaucher
La contrefaçon «légale» dans le livre et l’estampe aux États-Unis (1831-1891), par Alexandre Page
Quand les Digital Rights Managment sèment la discorde, par Hélène Seiller-Juilleret
Une contrefaçon exceptionnelle: quelques mois à peine après la parution de l'original bâlois, Georg Stuchs donne à Nuremberg, sous la fausse adresse de Bâle, la première contrefaçon du Narrenschiff en latin (Stultifera navis). GW 5055, exemplaire de la Bibliothèque nationale Széchényi, Budapest
Études d’histoire du livre
Michel d’Amboise et l’illustration des Epistres veneriennes, par François Rouget
Dans la tourmente révolutionnaire: les bibliothèques de Strasbourg et leurs catalogues, par Marie-Claire Boscq
Devenir illustrateur ornemaniste à l’âge romantique: l’exemple d’Hercule Catenacci (1814-1884), par Yoann Brault
La Bibliothèque francophone d’Hochelaga (1925-1945), par Marie-Hélène Grivel
Les risques du métier: être conservateur de bibliothèque dans une ville annexée par l’Allemagne national-socialiste, par Catherine Maurer

Livres, travaux et rencontres
Palacio Real de Madrid, Catalogo de la Real Biblioteca, tomo XII: impresos del siglo XVI (Christian Péligry)
Catherine II de Russie, Friedrich Melchior Grimm, Une correspondance privée, artistique et politique au siècle des Lumières (Sabine Juratic)
Antonio Castillo Gómez, Leer y oi leer. Essayos sobre la lectura en los Siglos de Oro (Alain Hugon)
Greta Kaucher, Les Jombert. Une famille de libraires parisiens dans l’Europe des Lumières (1680-1824) (Catherine Volpilhac-Auger)
Les Labyrinthes de l’esprit: collections et bibliothèques à la Renaissance (Florine Lévecque-Stankiewicz)
Marie Lezowski, L’Abrégé du monde. Une histoire de la bibliothèque Ambrosienne (vers 1590- vers 1660) (Emmanuelle Chapron)
David Sporer, Uvod u provijest knjige. Temelji pristupa [Introduction à l’histoire du livre. Fondements d’une approche] (Daniel Baric)
Natale Vacalebre, Come le armadure e l’armi. Per una storia delle antiche biblioteche della Compagnia di Gesù. Con il caso di Perugia (Jérémy Chaponneau)
Tendances actuelles de la recherche en histoire du livre en Europe centrale: un panorama des publications des quinze dernières années, par István Monok

vendredi 27 octobre 2017

Nouvelle publication

Ex oriente amicitia. Mélanges offerts à Frédéric Barbier à l’occasion de son 65e anniversaire, éd. Claire Madl, István Monok,
Budapest, Magyar Tudományos Akadémia Könyvtár és Információs Központ, 2017,
420 p., ill.
(«L’Europe en réseaux. Contributions à l’histoire de la culture écrite, 1650-1918», VII).
ISBN, 978-963-7451-31-7

István Monok, «Frédéric Barbier, un historien du livre qui sait où se trouve l’Europe centrale»
Sándor Csernus, «Naissance d’un adage flexible et aujourd’hui de retour: ‘la Hongrie, rempart de la chrétienté’»
Attila Verók, «Der Bibliothekskatalog als historische Quelle für die Ideengeschichte? Realität, Schwirigkeiten, Perspektiven, an einem Beispiel aus Siebenbürgen»
Ágnes Dukkon, «Le cheminement dans l’Europe des XVIe et XVIIe siècles du Calendrier historial, un type de publication populaire»
Ildikó Sz. Kristóf, «Anthropologie dans le calendrier: la représentation des curiosités de la nature et des peuples exotiques dans les calendriers de Nagyszombat (Trnava), 1676-1773»
István Monok, «L’aristocratie de Hongrie et de Transylvanie aux XVIIe et XVIIIe siècles et le ‘livre pour tous’»
Martin Svatos, «La Bibliotheca bohemica et la Nova collectio scriptorum rerum Bohemicarum de Magnoald Ziegelbauer, OSB. Un regard extérieur sur l’histoire et l’historiographie du royaume de Bohème »
Marie-Élisabeth Ducreux, «Qu’est-ce qu’un propre des saints dans les « pays de l’empereur » après le concile de Trente? Une comparaison des livres d’offices liturgiques imprimés aux XVIIe et XVIIIe siècles»
Claire Madl, «Langue et édition scolaire en Bohême au temps de la réforme de Marie-Thérèse. Retour sur une grande question et de petits livres»
Olga Granasztói, «Éloge du roi de Prusse. Les connotations politiques d’un succès de librairie: la Hongrie et la Prusse entre 1787-1790»
Olga Penke, «La traduction hongroise de La Nouvelle Héloïse. Un transfert culturel manqué»
Doina Hendre Biró, «Le contexte politique et les conditions d’achat de l’ancienne imprimerie des jésuites par Ignace Batthyány, évêque de Transylvanie»
Andrea Seidler, «Aubruchstimmung. Die Gründung des preßburgischen Ungarischen Magazins (1781-1787). Versuch einer Dokumentation»
Norbert Bachleitner, «Die österreichische Zensur, 1751-1848»
Eva Mârza, Iacob Mârza, «Le catalogue de la bibliothèque des thélogiens roumains de Budapest, 1890-1891»

dimanche 1 octobre 2017

Les Cahiers de science et vie, oct. 2017

Précisons d'entrée, avec un clin d'œil, que ce n’est pas seulement à cause des pages 84-86 (cf cliché ci-joint!) que nous ne pouvons que conseiller de se procurer la dernière livraison des Cahiers de science et vie (oct. 2017), mais bien parce que le dossier présenté porte sur l’écriture («L’écriture: comment elle a changé le monde»), et parce qu’il constitue une introduction à la fois informée et agréable à un domaine qui touche aussi à l’histoire des médias et du livre. À l'heure où il est de bon ton de vilipender les journalistes, c'est là un vrai travail de journalistes scientifiques.
L’écriture est d’abord envisagée comme «une pratique protéiforme» (p. 24 et suiv.): on transcrit très généralement le langage oralisé, mais «d’autres choses que des mots» peuvent aussi être notées (la musique, le mouvement, les mathématiques, etc.), tandis que la variabilité des écritures, c’est-à-dire des systèmes de codage, est infinie. Nous ajouterions volontiers que notre appétence pour la typologie n’est pas sans risques: l’écriture alphabétique n’est pas fondée sur la seule logique de l’alphabet, et la ligne d’évolution n’est pas systématiquement celle d'un travail d'analyse de plus en plus poussé, ni d’une abstraction croissante.
Le dossier revient ensuite sur les «proto-écritures» (p. 30 et suiv.), autrement dit sur les signes probablement symboliques dont on observe l’existence dès la préhistoire (nous en avons mentionné quelques exemples sur ce blog): il existe en effet des systèmes graphiques antérieurs aux écritures proprement dites, mais nous ne disposons plus des éléments qui permettraient de les interpréter.
L’apparition de l’écriture proprement dite est traitée ensuite («Et l’homme se mit à écrire», p. 34 et suiv.), à partir bien évidemment des exemples de la Mésopotamie et de l’Égypte (peut-être aurait-il fallu développer un petit peu plus le cas de la Phénicie?) La contribution évoque, même très brièvement, un certain nombre de questions posées par l’articulation entre l’essor de l’écriture (nous devrions écrire: des écritures) et les catégories de la pensée que celle-ci contribue à structurer (par ex., «l’esprit critique ne serait véritablement né qu’avec l’écriture», p. 40). Ce thème fondamental sera repris à la fin du dossier.
La variété des supports d’écriture est envisagée ensuite, des tablettes d’argile (puis de cire) au papyrus, au parchemin, au papier et aux nouveaux supports: bien évidemment, la nature du support détermine dans une très large mesure la forme matérielle de l’objet, du volumen au codex, etc.(mais elle peut aussi déterminer la forme des signes, comme le montre l'exemple de l'épigraphie).
La suite de la livraison présente un certain nombre de problèmes connexes, mais qui restent fondamentaux: l’histoire et l’avenir des bibliothèques, celles-ci étant avant tout envisagées dans leur articulation avec les pouvoirs politiques (p. 48 et suiv.); puis, la question de l’original, de la copie, du faux, etc. La «Naissance d’une civilisation du texte» (p. 56 et suiv.) constitue une note particulièrement intéressante (p. 56 et suiv.): mais le problème reste posé, s'agissant de la Grèce classique, de la transition entre une civilisation de la parole, qui est encore celle de Socrate, et une civilisation de l’écrit, qui sera celle de Platon, puis d’Aristote, et dont le Musée d’Alexandrie constituera comme le symbole érigé au rang de mythe.
«Les livres qui ont changé le monde» présente d’abord des textes à connotation religieuse, puis des textes de littérature, de politique (de Platon à Karl Marx) et enfin des textes relevant du savoir scientifique: il ne sert de rien de discuter le choix des titres retenus, il suffit de profiter de la promenade suggestive qui nous est ainsi proposée, à travers un certain de très grands textes consacrés par la mémoire collective... et par l'histoire éditoriale. Puis, la presse périodique est brièvement envisagée par une contribution spécifique («L’information brise ses chaînes», p. 72 et suiv.), bien informée mais à laquelle on fera sans doute, plus qu’à d’autres, le reproche d’être surtout orientée sur le cas de la France.
L’évocation des «Index, autodafés», etc. («Quand les livres font peur») est tout particulièrement bien venue. Enfin, le dernier texte, avant l’interview, pose la question devenue fondatrice: à l’heure des nouveaux médias et de la généralisation des pratiques qui leur sont liées, quelles conséquences, même à plus long terme, pourrait avoir la mutation aujourd’hui engagée, sur les modes de pensée qui sont les nôtres, tout au moins en Occident, sur la permanence d’un certain nombre de catégories que nous aurions crues fondatrices (texte, auteur, littérature, langue…), voire plus profondément sur la structuration même de notre cerveau. Des remarques qui s’imposent, à l’heure où l’on discute toujours, dans notre pays, des réformes à mettre en œuvre pour l’apprentissage de la lecture.
Ajoutons qu’un des agréments, et non le moindre, de ce petit fascicule réside dans son illustration à la fois élégante et très généralement pertinente. Et concluons en recommandant une publication modeste, mais efficace et bien informée, et qui est réellement susceptible d’introduire le non-spécialiste à notre champ d’études.

dimanche 24 septembre 2017

L'Institut d'histoire du livre de Lyon

Newsletter de l’Institut d'Histoire du Livre
Automne 2017

1) Mise en ligne de la seconde édition de Paper and Watermarks as Bibliographical Evidence
La seconde édition entièrement révisée et enrichie de Paper and Watermarks as Bibliographical Evidence de Neil Harris est désormais disponible sur le site web de l’Institut d’Histoire du Livre. Ce document constitue un guide bibliographique des textes et des images traitant de l’histoire et de la fabrication du papier principalement artisanal. Il a été initialement rédigé pour le livret pédagogique du cours éponyme dispensé dans le cadre de l’École de l’IHL en 2009, puis en 2010, avant d’être publié en ligne sur le site de l’IHL, sous forme d’une première édition.
Disponible en libre accès sur le site et en version téléchargeable (fichier PDF).
http://ihl.enssib.fr/en/paper-and-watermarks-as-bibliographical-evidence

2) Deux publications de la collection « Métamorphoses du Livre » en libre accès sur OpenEdition books.
 Pour fêter les 30 ans de l'ENS de Lyon, ENS ÉDITIONS vous propose 30 livres numériques, dont deux issus de la collection « Métamorphoses du livre », à retrouver sur OpenEdition books.
Découvrez en libre accès (HTML):
Éditer Rousseau. Enjeux d'un corpus (1750-2012), de Philip Stewart, et
L’Écho de la fabrique: naissance de la presse ouvrière à Lyon, 1831-1834, de Ludovic Frobert.
http://www.ens-lyon.fr/agenda-30-ans/agenda-30-ans-345522.kjsp?RH=ENS-LYON-FR


Plus d’infos sur la collection de l’IHL :
http://catalogue-editions.ens-lyon.fr/collections/?collection_id=607
Nous vous souhaitons une très bonne lecture! 

Contact: Sheza Moledina
ihl@enssib.fr
et (00 33) (0)4 78 62 18 15

dimanche 2 juillet 2017

Nouvelle publication


Nous sommes tout particulièrement heureux de pouvoir ici annoncer la parution de la sixième livraison (2017) de la revue brésilienne d’histoire du livre, Livro. Revista do núcleo de estudos do livro e da edição. Il s’agit d’un imposant volume de quelque 460 pages, présenté sous une très élégante couverture illustrée.
Le volume se signale d’abord, bien sûr, par la qualité scientifique du contenu. Nous trouvons en effet, en tête, des articles de Donaldo Schüler, puis de Yann Sordet, Jacques Hellemans (il s’agit de l’imprimerie aux Pays-Bas espagnols), Jean-Pierre Chauvin, José de Paula Ramos Jr et Maria Viana.
Le dossier de ce numéro, alias la partie systématique, traite d’un sujet très vaste, «Édition et politique», mais toujours en partie à l’aune de la problématique sud-américaine ou portugaise, et en privilégiant la période contemporaine. Nous y découvrons les articles suivants:
Alexandre Cleaver («O Ferderalista. Algumas interpretações»),
José Augusto dos Santos Alves («Política e ideologia na imprensa madeirense »),
Laura Fernández Cordero («Sobre o concerto da imprensa anarquista a partir de Mikhail Bakhtin»),
Danilo A. Q. Morales («Benedetto Corce e as afinidaes nos Brasil»),
Lincoln Secco («Biblioteca Gramsciana»),
Flamarion Maués («Dom Quinxote. Uma editoria política sob o Salazarismo»),
Nuno Medeiros («Ação editorial da oposição católica no Portugal dos anos 1960»), et
Fabiano Cataldo de Azevedo («A Zahar editores e seu projeto editorial (1957-1970)»).
La section «Arquivo» présente des notes plus brèves relatives à l’histoire du livre (par Kenneth David Jackson, et al.).
Suit une section Acervo (= Collection), avec un article de Pablo Antonio Iglesias Magalhães consacré à la première imprimerie de Bahia au début du XIXe siècle, et un article de Rizio Bruno Sant’Ana sur la Collection Félix Pacheco à la Bibliothèque de Sao Paulo. La courte section «Almanach» (Almanaque) est suivie de la section Memória et de la section Bibliomania, où l’on trouvera plusieurs comptes rendus de Jean-Pierre Chauvin, Marcello Rollemberg, Eduardo de Souza Cunha, Vinicius Juberte et Márcia Lígia Guidin sur des ouvrages récents.
L’ouvrage se referme avec les sections Estante editorial (une suite de brefs comptes rendus), puis Debate et, enfin, Letra e arte.
Nous aurions grand tort de nous borner à souligner l’intérêt scientifique très réel qui est celui de l’ouvrage. La revue se signale aussi par sa «mise en livre» réellement exceptionnelle, avec de nombreuses illustrations en noir et blanc et en couleurs, avec surtout une série de reproductions des superbes gravures consacrées par Maria Bonomini à la série des «bibliothèques», de Rio de Janeiro et de Coimbra à Melk et à Baltimore. Nous sommes, avec cette livraison, devant un véritable objet de bibliophilie. Nous ne connaissons pas d’exemple d’une autre revue d’histoire du livre où le souci soit aussi manifeste, de proposer des textes de grande qualité dans une forme aussi respectueuse de ce que devrait être la mise en forme –des livres.
ISSN 2179 801X

vendredi 26 mai 2017

Conférence d'histoire du livre



École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre 

Lundi 29 mai 2017
16h-18h
La police des métiers du livre à Paris
au XVIIIe siècle
par
Monsieur Jean-Dominique Mellot,
conservateur général
à la Bibliothèque nationale de France,
chef de service de l'Inventaire rétrospectif

NB: ATTENTION! voir ci-dessous la NOUVELLE ADRESSE DE LA CONFÉRENCE!


Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a désormais lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (54 boulevard Raspail, 75006 Paris, salle 26, 1er sous-sol).

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).