Affichage des articles dont le libellé est public. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est public. Afficher tous les articles

mercredi 21 novembre 2018

Histoire d'un livre: la "Nef des fous"

Vient de paraître
Frédéric Barbier,
Histoire d’un livre: la Nef des fous, de Sébastien Brant,
Paris, Éd. des Cendres, 2018,
239 p., 51 ill. pour partie en coul.
ISBN : 978-2-86742-281-2 

4e de couverture
L’Histoire d’un livre, mais quel livre, puisqu’il s’agit de la célèbre Nef des fous de Sébastien Brant, publiée pour la première fois à Bâle en 1494. Pour Brant, les hommes sont des fous qui, embarqués dans leur voyage démentiel, courent vers leur condamnation. La Nef est illustrée par le jeune Dürer, ce qui ne contribue pas peu à sa célébrité. C’est à un autre genre de voyage auquel l’auteur nous convie, d’une édition à l’autre et d’un exemplaire à l’autre: ce livre, que l’on croyait connaître, se révèle bien plus complexe tant par son contenu textuel que par sa mise en livre et par toutes les pratiques qui, au fil des siècles, se sont déroulées à son entour. Une leçon d’histoire du livre, pour un livre qui restera toujours d’actualité.

Sommaire
Préface, par Michel Espagne
Avertissement
Chapitre I- Un monde nouveau
Moyen Âge et temps modernes
Sur le Rhin moyen
Le nouveau média
Chapitre II- Strasbourg et Bâle, autour de 1494
Sébastien Brant: Strasbourg
Sébastien Brant: Bâle
Des imprimeurs et des libraires
Le temps du carnaval
Chapitre III- La Nef des fous: un projet… et un texte
Dénoncer la folie universelle
La critique sociale
Chapitre IV- La Nef des fous: un texte… et un livre (1494)
Le projet éditorial: un livre en langue vernaculaire
Le projet éditorial: un livre d’images
La mise en livre
Chapitre V- Le paradigme de la Nef
Qu’est ce que la bibliographie ?
L’allemand, entre contrefaçons et nouvelles éditions
Les traductions
Chapitre VI- Le statut du texte
Un texte célèbre… donc instable
Au XVIe siècle : d’autres Nefs et d’autres fous
Variantes dans l’iconographie
VII- Réceptions de la Nef : le marché
La réception : problématique et méthodologie
Les publics de l’allemand
Les publics du latin
D’autres lecteurs
Les autres langues vernaculaires
Chapitre VIII- De la collection à la bibliophilie et à la problématique de l’identité
Les fondateurs
La haute bibliophilie
Le temps des philologues et des historiens
Conclusion
Postface, par István Monok
Notes, précédées d'une liste des abréviations
Légendes des illustrations
Bibliographie: Tableau récapitulatif des éditions de la Nef des fous
Bibliographie: répertoires et travaux scientifiques
Index locorum et nominum
Table des matières
 

samedi 3 novembre 2018

Nouvelle publication


Histoire et civilisation du livre. Revue internationale, n° 14
Genève, Droz, 2018
408 p., ill.

ISBN : 9782600059183.

PRÉSENTATION
Histoire et civilisation du livre. Revue internationale, fondée en 2005, couvre l’ensemble des problématiques de l’histoire du livre, du Moyen Âge à l’époque contemporaine: histoire sociale et économique de l’édition, histoire des médias et de la communication écrite, bibliographie matérielle, histoire des arts du livre, histoire des bibliothèques, de la lecture et des usages du livre, etc. Chaque numéro comprend une partie thématique, une partie de varia, et une partie de comptes rendus critiques.

Rédacteur en chef: Yann Sordet
Comité de rédaction: Mmes et MM. Frédéric Barbier (CNRS/EPHE), Christine Bénévent (École nationale des chartes), Emmanuelle Chapron (Aix-Marseille Université), Jean-Marc Chatelain (BNF), François Déroche (Institut de France / EPHE), Christophe Gauthier (École nationale des chartes), Sabine Juratic (CNRS), Jean-Dominique Mellot (BNF), Raphaële Mouren (Institut Warburg), Yann Sordet (Bibliothèque Mazarine), Marie-Hélène Tesnière (BNF), Dominique Varry (ENSSIB), Françoise Waquet (CNRS), Hanno Wijsman (IRHT).

Sommaire du n° XIV (2018)
BRUXELLES ET LE LIVRE (XVIe-XXe s.),
dossier éd. par Renaud Adam et Claude Sorgeloos
- Bruxelles et le livre: regards sur cinq siècles d’histoire (XVIe-XXe siècle) / Renaud Adam et Claude Sorgeloos
- Bruxelles dans l’historiographie du livre / Claude Sorgeloos
- Le commerce du livre à Bruxelles au XVIe siècle / Renaud Adam
- Une enquête de police dans les milieux du livre à Bruxelles en avril 1689 / Renaud Adam et Laurence Meunier
- La contrefaçon belge sans frontières: les imprimeurs bruxellois à l’assaut des marchés italiens et québécois / Jacques Hellemans
- Sur les traces des imprimeurs bruxellois dans l’entre-deux-guerres: l’imprimerie J. Felix et fils / Bruno Liesen
- Les Éditions Ysaÿe / Marie Cornaz
- Aperçu du champ éditorial bruxellois durant la seconde occupation allemande (1940-1944) / Michel Fincoeur

LA MÉDIATISATION DES RÉVOLTES EN EUROPE (XVe-XVIIIe s.),
dossier éd. par Stéphane Haffemayer
- Diffuser des lettres pour contracter des alliances: la communication des rebelles en Flandre et en Brabant au bas Moyen Âge / Jelle Haemers
- Rébellions et gazettes. La médiatisation des guerres des paysans en Autriche (1626) et en Suisse (1653) / Andreas Würgler
- «Great Conspiracy» et «Bloody Plot»: la médiatisation de la révolte irlandaise et le déclenchement de la guerre civile anglaise (1641-1642) / Stéphane Haffemayer
- La diplomatie d’une révolte entre information et publication: le cas des ambassades portugaises en France, 1642-1649 / Daniel Pimenta Oliveira de Carvalho
- Texts, publics, and networks of the Neapolitan Revolution of 1647-1648 / Davide Boerio
- For the True Religion and the Common Cause: Transnational Publicity for the War of the Camisards (1702-1705) / David de Boer
- «Rebelle malgré lui» – récits de réconciliation et de réintégration dans les biographies politiques britanniques du XVIIIe siècle / Monika Barget

ÉTUDES D’HISTOIRE DU LIVRE
- Observations sur le livre illustré imprimé à Bucarest (XVIe-XIXe siècle) / Anca Elisabeta Tatay et Cornel Tatai-Balta
- Damned usury, «Cologne», «1715» : Delusion or bona fide? Typographical evolution on title pages in the Southern Netherlands in the 18th century and its potential as a means of identification / Goran Proot
- L’affectation des bibliothèques confisquées à Rochefort, ville-arsenal de la Marine (1790-1803) / Olivier Desgranges
- Le livre à Strasbourg sous le Premier Empire / Nicolas Bourguinat

LIVRES, TRAVAUX ET RENCONTRES
Comptes rendus de:
Les Arts du texte (Lyon, 2016), El Libro españo en Londres (Valéncia, 2016), L’Industria del libro a Venezia durante la restaurazione (Firenze, 2016), Nundinarium Francofordiensium encomium (Genève, 2017), Humanisten edieren (Stuttgart, 2014), Images et révoltes dans le livre et dans l’estampe (Paris, 2016), Lesen. Ein interdisziplinärisches Handbuch (Berlin, 2015), Les Livres des maîtres de Sorbonne (Paris, 2017), Die Macht des Wortes. Reformation und Medienwandel (Regensburg, 2016), NON. Pamphlets, brûlots et autres textes polémiques (Besançon, 2016), Grundriss der Inkunabelkunde (Stuttgart, 2018), Strange bird. The Albatros Press and the Third Reich (New Haven, 2017), Wissensspeicher der Reformation (Halle, 2016).

dimanche 26 août 2018

Édition et produits dérivés

Nos lecteurs savent combien nous sommes sensibles au genius loci, le génie du lieu, lequel pousse à découvrir ou à revoir certaines maisons d’écrivain particulièrement intéressantes: c’est le cas à Saché avec Balzac, ou encore à Médan avec Zola, mais c’est aussi le cas dans la Maison de Chateaubriand, à La Vallée aux Loups. Il y a déjà... quelques années, nous avions consacré plusieurs billets à notre livre, Le rêve grec de Monsieur de Choiseul: la source principale est donnée par le monumental ouvrage de Choiseul lui-même, le Voyage pittoresque de la Grèce (Paris, 1782-1822, 2 vol.). L’un des plus célèbres de son temps, l’ouvrage, même s’il est resté inachevé, imposera le genre prolifique des multiples Voyages pittoresques (jusqu’aux Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France), et de leurs déclinaisons à l’étranger (Malerische Reisen, etc.).
C’est peu de dire que, de Paris à Londres et à Saint-Pétersbourg, l’illustration du «Choiseul», lequel est publié par livraisons, est très vite célèbre. La preuve en est donnée par les exemplaires conservés dans un certain nombre de bibliothèques principalement européennes, et qui dans leur grande majorité témoignent des deux dimensions de l’ouvrage: d’une part, l’intérêt très réel des savants, des amateurs et en partie des «mondains» pour l’archéologie, pour la découverte des antiquités grecques et pour l’étude de l’histoire ancienne (pensons au succès incroyable de l’Anacharsis); de l’autre, la distinction, qui pousse à se procurer le «livre dont on parle», et le cas échéant à le faire relier de manière plus ou moins somptueuse.
Nous connaissions le très beau papier peint panoramique des «Scènes turques», conservé par la Maison de Chateaubriand à La Vallée aux Loups. Il s’agit d’une très élégante représentation qui reprend en les combinant plusieurs planches de Choiseul, dont la superbe vue de la halte des voyageurs «près de Dourlach», en « Natolie » (t. I, pl. 74). Le papier peint a été réalisé par la manufacture des Dufour à Paris au début de la Restauration, et le fait qu'il reproduise certaines des scènes en miroir témoigne de ce que le modèle a effectivement été donné par les gravures d’origine. C’est cet ensemble exceptionnel qui vient d’être restauré. Les responsables de la Maison de Chateaubriand expliquent qu’il s’agit d’un papier peint panoramique, constitué en l’occurrence de dix lés, lesquels sont collés les uns à la suite des autres pour former un ensemble décoratif. 
Maison de Chateaubriand, Inv. DE.993.CG.1
Nous sommes, sous la Restauration, à l’aube de la Révolution industrielle qui va complètement bouleverser les conditions de fonctionnement de la branche de l’imprimerie et de la librairie. C'est la grande époque des papiers peints panoramiques, mais voici que nous découvrons aussi, progressivement, à l’heure de ce qui deviendra le public de masse, le rôle des « produits dérivés». Des produits dérivés, certes, il y en a de longue date dans le domaine de l’imprimé, à commencer par les contrefaçons, ou encore les estampes qui reprennent certains motifs célèbres de tel ou tel texte. Mais le principe se développe, avec les plagiats et toutes sortes d’autres pièces, jusqu’à l’époque de Chateaubriand lui-même. Celui-ci ne constate-t-il pas avec étonnement, et peut-être un certain dépit (il «sue de confusion»), mais sans y attacher plus d’importance sur le plan juridique comme sur le plan financier :
Atala devint si populaire qu’elle alla grossir, avec la Brinvilliers, la collection de Curtius (1). Les auberges de rouliers étaient ornées de gravures rouges, vertes et bleues, représentant Chactas, le père Aubry et la fille de Simaghan (2). Dans des boîtes de bois, sur les quais, on montrait mes personnages en cire, comme on montre des images de Vierge et de saints à la foire. Je vis sur un théâtre du boulevard ma sauvagesse coiffée de plumes de coq, qui parlait de l’âme de la solitude à un sauvage de son espèce, de manière à me faire suer de confusion. On représentait aux Variétés une pièce dans laquelle une jeune fille et un jeune garçon, sortant de leur pension, s’en allaient par le coche se marier dans leur petite ville; comme en débarquant ils ne parlaient, d’un air égaré, que crocodiles, cigognes et forêts, leurs parents croyaient qu’ils étaient devenus fous. Parodies, caricatures, moqueries m’accablaient. L’abbé Morellet (3), pour me confondre, fit asseoir sa servante sur ses genoux et ne put tenir les pieds de la jeune vierge dans ses mains, comme Chactas tenait les pieds d’Atala pendant l’orage: si le Chactas de la rue d’Anjou s’était fait peindre ainsi, je lui aurais pardonné sa critique.
Tout ce train servait à augmenter le fracas de mon apparition. Je devins à la mode.
Le passage des Mémoires d’Outre-tombe permet de mettre l’accent sur trois phénomènes: d’une part, en effet, la montée en puissance des produits dérivés, qui peuvent d’ailleurs aussi n’être pas pour rien dans le succès de l’œuvre d’origine; d’autre part, la nécessité de mettre en place, à terme, une forme de régulation et de protection des «œuvres de l’esprit»; et, enfin, et c’est peut-être le plus inattendu, l’apparition du people. Chateaubriand est «à la mode», il devient, avant la lettre, un people, et, ailleurs dans ses Mémoires, il s’étonne qu’un article à son sujet dans un périodique fasse plus pour sa renommée que les ouvrages les plus imposants qu’il a effectivement écrits. S'agissant de la renommée, les choses ont une première fois bougé au XVIe siècle, quand les portraits d’un Érasme, d’un Mélanchthon, d’un Luther sont partout répandus, et le phénomène se prolonge jusqu'à Voltaire et à Rousseau au XVIIIe siècle. Le temps de la «deuxième révolution du livre» innovera en introduisant le public de masse, et en faisant de certains de ces grands penseurs ou grands auteurs des figures «à la mode», des people –bien sûr, tout le problème réside dans l'équilibre entre la médiatisation... et le talent. Le rapport favorable établi par un Lamartine ou un Victor Hugo ne se retrouve sans doute pas dans les mêmes conditions aujourd'hui, où les grands auteurs ou les grands penseurs ne sont plus des people, et inversement.

Notes
1) Apparentée aux spectacles de foire, la «collection Curtius» préfigure le musée de Madame Tussaud en présentant des mannequins en cire, des têtes de guillotinés, mais aussi des scènes et des personnages célèbres, voire des assassinats. L’initiateur est le docteur Philippe Creutz, dit Curtius. Atala désigne le personnage du roman de Chateaubriand, et la Brinvilliers, alias la marquise de Brinvilliers, est une célèbre empoisonneuse à l’époque de Louis XIV.
2) Dans le roman de Chateaubriand, Chactas désigne le vieux chaman aveugle, ancien guerrier des Natchez. Alors qu’il a été fait prisonnier par une tribu ennemie, il est libéré par Atala, fille de Simaghan, le chef de la tribu.
3) André Morellet, Observations critiques sur le roman intitulé Atala, Paris, Dené le Jeune, an IX (1801), p. 17 et 19.

vendredi 25 mai 2018

Conférence d'histoire du livre

 
École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

  Lundi 28 mai 2018
16h-18h
Des confiscations révolutionnaires
aux bibliothèque municipales: un aperçu
(vers 1789-1809)
par
Monsieur Jean-Dominique Mellot,
conservateur général
à la Bibliothèque nationale de France

Salle de lecture de la Bibliothèque municipale de Dijon
NB. Les auditeurs sont invités à s'informer sur l'ouverture effective du bâtiment du 54 bd Raspail, lequel a été à plusieurs reprises inaccessible ces derniers temps...

Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26).
Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

mardi 2 août 2016

Après une excursion à Amboise...

L’invention de la typographie en caractères mobiles ouvre dans toutes sortes de domaines des possibilités nouvelles, dont les acteurs ne prennent conscience que de manière très progressive. Parmi ces possibilités, celle de s’adresser au «plus grand nombre», de toucher l’opinion publique, n’est pas l’une des moindres. La première affiche publiée en France est relative à la reconstruction de la cathédrale de Reims, vers 1482 (Grand pardon de ND de Reims, Paris, [circa 1482]), et les pièces et autres travaux de ville font de longue date partie du corpus imprimé recensé par les catalogues d’incunables.
Le phénomène prend une dimension inédite avec l’irruption de la Réforme luthérienne, au point de déboucher sur la mise en place d’une autre économie du livre, fondée sur les Flugschriften, alias les pièces et autres feuilles volantes. En 1534 à Paris, l’«Affaire des Placards», étudiée notamment par Eugénie Droz, pousse François Ier à un renforcement sensible de sa politique anti-protestante. Plus tard encore, Denis Pallier a exploré pour nous les arcanes de la «publicistique» de la Ligue (Recherches sur l’imprimerie à Paris pendant la Ligue, Genève, Droz, 1975).
Pourtant, un épisode remarquable marque encore l’histoire de France, qui met en évidence à la fois le rôle politique du média (l’imprimé), et la conscience que les contemporains pouvaient avoir de l’importance de ce rôle: il s’agit de la conjuration d’Amboise. Rappelons les faits. Après la mort accidentelle de Henri II (10 juill. 1559), son fils aîné François II monte sur le trône. Mais le jeune homme n’a pas les capacités pour gouverner lui-même, et il confie les rênes du royaume à sa mère, Catherine de Médicis, et à ses oncles par alliance, le duc François de Guise et son frère Charles, dit le «cardinal de Lorraine». Le chroniqueur Jean de Serres trace un tableau subtil des rapports de forces à la suite de la mort d’Henri II (1). Dans les choix faits par les uns et par les autres, les facteurs à caractère religieux sont largement contrebalancés par les intérêts politiques:
François second, jeune d’ans et encore plus d’esprit, étoit du tout en la puissance de sa mère & des oncles de sa femme, qui gouvernèrent les affaires (…). Une partie de la noblesse, harassée de tant de guerres & ruines, ne demandoit que repos, laissant tout soin du public & jettant l’œil sur le plus fort parti pour pancher de ce costé là. Les courtisans alloient selon le vent. Quant aux officiers de justice, la plupart estoyent esclaves de tel ou tel seigneur. Quelques gens de bien restans es parlemens n’osoyent souffler qu’à peine, encore estonnéz du coup de baston donné au souverain & premier parlement en la dernière mercuriale. Les ecclésiastiques tenoyent pour pilliers de l’Église les plus grands brusleurs. Quant au tiers Estat, le faix des guerres passées lui avoit osté tout sentiment & mouvement. En la cour, (…) les princes du sang n’avoyent presque point d’esgard, ni au public, ni à leur particulier. La roine-mère, italienne, florentine, de la maison des Médicis, & qui en vingt deux ans qu’elle avoit ja vescu s’estoit donné tout loisir de cognoistre l’humeur des uns & des autres, se comporta tellement qu’elle obtint le dessus… (p. 66).
En proie aux difficultés qui sont traditionnellement celles d’une quasi-régence, Catherine de Médicis s’efforcera de mener une politique mesurée, mais le jeu des Guise concentre les oppositions, au premier rang desquelles celle des grands seigneurs écartés du pouvoir, et celle des protestants soumis à une politique de répression plus dure (automne 1559). L’imprimé joue aussi un rôle dans cette conjoncture, comme le souligne encore avec justesse Jean de Serres. Les Guise et leurs partisans trustent toutes les places, ce qui mécontente bien évidemment les grands, et ce qui indispose aussi le plus grand nombre. On réclame la tenue d’États Généraux:
Les petits ne se taisoyent pas: car par divers escrits imprimez, dont aucuns s’adressoyent à la roine mère, partie par certaines rimes & inventions aigues, l’on descouvroit jusques au fond par les déportemens passez & présens le but de ceux de Guise (…). Or pour ce qu’on parloit souvent en ces escrits que pour pourvoir aux desordres, convenoit assembler les trois Estats, [ceux de Guise] persuadèrent au roy de tenir pour ennemi mortel de son authorité, et criminel de lèse-majesté quiconque parleroit de le brider & mettre en tutelle… (p. 72-73).
Devant une situation qui leur semble bloquée, les chefs protestants élaborent un plan audacieux: un coup de main sur Blois permettra, en principe le 10 mars, de s’emparer de la personne du jeune roi, et de mettre les Guise à l’écart, éventuellement de les exécuter. À la tête des conjurés, on trouve un petit noble périgourdin, Jean du Barry, sire de La Renaudie. Mais les Guise sont avertis du complot, et la cour se réfugie à l’abri des fortifications d’Amboise. Malgré la publication d’un édit d’amnistie, la conspiration se poursuit. Alors que les conjurés sont arrêtés par petits groupes, une dernière troupe marche sur Amboise, mais elle est battue et les hommes tués, ou arrêtés et exécutés. La Renaudie lui-même est tué, son corps «porté à Amboise & pendu sur les ponts, avec un écriteau attaché au col, contenant ces mots: La Renaudie, dit la Forest, chef des rebelles» (p. 85). Après une «dernière alerte» contre Amboise, la répression de la conjuration se fait particulièrement brutale (on parle de 1200 exécutions…).
Un des plus célèbres pamphlets distribués à la suite de l'affaire d'Amboise: François Hotman, Épistre envoyée au tigre de la France, [Strasbourg, s. n.], 1560. Le début du texte s'adresse au cardinal de Lorraine, dans une formule évidemment reprise des Catilinaires.

Terminons par deux notes encore relatives au rôle de l’écrit: le secrétaire de La Renaudie, un certain Le Bigne, lui aussi fait prisonnier, est trouvé en possession d’une correspondance chiffrée, qu’il accepte de traduire pour mettre sa vie à l’abri. Et surtout, la guerre des imprimés se poursuit: il
fut publié aussi un autre livret, montrant par le tesmoignage de Philippe de Commines, au dernier chapitre du cinquième livre de ses mémoires, que ceux sont ennemis descouverts & conjurés de l’Estat qui disent que c’est crime de lèse-majesté que de parler d’assembler les Estats, & que c’est pour diminuer l’authorité du roy. Il y eut aussi des avertissemens au peuple & des plaintes aux parlemens. Ainsi les uns s’aydoient de la plume contre les espées des autres (p. 87).
On appréciera la dernière image évoquée par le mémorialiste, qui oppose l’action des plumes à celle des «épées»… La correspondance, éventuellement chiffrée, les proclamations des uns et des autres, la publication des édits et autres ordonnances, les placards et les pièces de circonstances, sans oublier les sinistres «écriteaux», constituent désormais autant de voies usuelles par le biais desquelles l’écrit, et l’imprimé, interviennent  de manière de plus en plus immédiate dans les affaires de l’État. Encore un mot, pourtant: on ne peut que regretter l'absence, en France, d'une base de données bibliographique comparable au VD16 allemand, et qui rendrait des services irremplaçables pour toute enquête sur la publicistique du XVIe siècle.
On a du mal, devant la carte postale, à imaginer la ville peuplée des cadavres suppliciés des conjurés, même en tenant compte de l'exagération du chroniqueur horrifié:  [ils] "commencent à faire décapiter, pendre ou noyer leurs prisonniers, ce qui dura plus d'un mois. La rivière de Loire estoit couverte de corps attachez six, huict, dix, douze, quinze, à des longues perches. Les rues d'Amboise ruisseloyent de sang humain, & en tous endroicts estoient tapissés de corps morts. On en pendoient plusieurs aux fenestres du chasteau" (p. 86). On le sait, le répression après une tentative de coup d'État n'est pas une pratique nouvelle...
(1) Jean de Serres, Recueil des choses mémorables avenues en France sous le règne de Henri II, François II, Charles IX, Henri III et Henri IV, depuis l’an MDXLVII jusques au commencement de l’an MDXCVII, 2e éd., [Genève, Antoine Blanc], 1598.La marque au scorpion, inscrite dans un cartouche avec la devise "Mors et vita", figure au titre (Heitz, Genfer, 132). L'attribution à Jean de Serres n'est pas assurée, et la Bibliothèque de Genève donne le texte à Simon Goulart (Gq 299).

jeudi 2 juin 2016

Une Disputatio académique en 1512

Une scène toujours intéressante pour les historiens du livre est celle de la rencontre entre le Christ et les docteurs. Hans Fries (vers 1460- après 1523) nous en donne en 1512 une interprétation fascinante, sur un volet d’un retable: le tableau est aujourd'hui conservé au Musée des Beaux-Arts de Bâle.
Nous sommes en réalité devant l’image d’une disputatio universitaire, dont la scène est dominée par la figure presque caricaturale du président, dans sa chaire surélevée. Son bonnet rouge témoigne de son rang universitaire (serions-nous chez les juristes, ou peut-être devant un tribunal?), et son lorgnon désigne, comme nous l’avions souligné, sa qualité d’intellectuel. Au premier plan, le Christ est en robe noire: est-ce le noir des origines, qui ouvrira à la lumière du monde (mais on rappellera aussi l’association du noir et de l’austérité réformée)? Surtout, le Christ est pratiquement le seul membre de l’assemblée à ne pas avoir de livre entre les mains: les docteurs au contraire suivent son argumentation «texte en mains», et un personnage à l’arrière plan montre même à son voisin le passage auquel il faut se référer. Les uns et les autres se plient à la gestuelle codifiée qui est celle de l’argumentation rhétorique (l’index droit levé).
On peut s’interroger sur la position du personnage représenté à droite au premier plan, le seul à se tourner vers le spectateur: peut-être dépose-t-il son livre en arrière, parce qu’il abandonne la «lettre morte», emporté qu’il est par la «parole vivante» qui est celle du Christ? (Ne porterait-il pas, en outre, un bonnet de fou?). Au fond de la salle, Joseph et Marie sont pratiquement dans la position des père et mère venus assister à la soutenance de leur fils…
Né vers 1460, le peintre lui-même, Hans Fries, est fils d’un boulanger de Fribourg (Suisse), mais il a fait son apprentissage à Berne, avant d’exercer à Bâle, à Fribourg et à Berne. Ce superbe tableau provient quant à lui du «Museum Faesch». C’est un étonnant coup d’œil qui nous est ainsi lancé, et qui ouvre une perspective à laquelle nous n’aurions certes pas pensé: les Faesch en effet sont en effet une famille originaire de la région de Fribourg-en-Brisgau. Établis à Bâle au tournant du XIVe au XVe siècle, ils s’imposent rapidement parmi les plus importantes lignées de notables de la ville. Au XVIIe siècle, Remigius Faesch (1595-1667) est surtout attiré par les études, et par le droit. Il est étudiant à Genève, puis à Bourges, à Paris, à Marbourg et à Bâle, il voyage en Italie, et passe le doctorat en droit (1628). Faesch enseignera à Bâle, assurera à plusieurs reprises la charge de recteur, et il sera conseiller du duc de Wurtemberg et du margrave de Bade. Mais, pour notre propos, il est surtout un collectionneur particulièrement fortuné et actif. Son «musée» (Faeschisches Kabinett), auquel notre tableau appartient, entrera dans les collections de l’Université, puis du Musée des Beaux-Arts, en 1823.
Rappelons incidemment qu’un membre de la famille, Franz Faesch, sert comme officier la république de Gênes en Corse, où il épouse Angela Maria Pietrasanta, veuve Ramolino (1757). Ce mariage en définitive assez obscur se révélera particulièrement brillant: Laetizia, fille du premier mariage, épouse en effet l’avocat Charles (Carlo) Bonaparte (1767), et elle sera la mère de Napoléon. Le fils du second mariage, Joseph, est connu en France comme le «cardinal Fesch», oncle de l’empereur et archevêque de Lyon –une transition spectaculaire s’il en fut, de la tradition réformée au catholicisme romain, pour un personnage qui décédera prince pontifical (1839).
Mais l’essentiel n’est pas là, pour aujourd’hui du moins. Le tableau de Fries nous fait ressouvenir d’une scène banale dans les villes universitaires, comme l’est précisément Bâle, et il est pour nous d’autant plus précieux que l'artiste est un tenant de la représentation la plus objective possible. Les disputes académiques, les examens, les soutenances et les exercices de toutes sortes constituent des spectacles ouverts à toute personne intéressée et qui sont parfois appréciés à la manière de véritables tours de force. D’autres «disputes» que celle du Christ se rencontrent dans l’iconographie, comme notamment la dispute de saint Étienne. Cinq année encore et la publication, dans la nouvelle université de Wittenberg, des 95 thèses du moine augustin Martin Luther va ouvrir pour la chrétienté occidentale une période radicalement nouvelle, d’innovations et de troubles très profonds: à défaut de savoir si les Thèses de Luther ont été effectivement disputées à Wittenberg, force est de constater que leur reproduction et leur diffusion très rapides par le biais de l’imprimerie constituent un phénomène radicalement nouveau, qui nous fait entrer de plain pied dans la logique de la publicistique moderne. 

Dictionnaire historique de la Suisse
Musée des Beaux-Arts de Bâle

dimanche 29 mars 2015

Conférences d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 30 mars 2015
14h-16h

En France au XVIIIe siècle:
les bibliothèques publient leur catalogue
par
Madame Emmanuelle Chapron,
chargée de conférences

La Bibliothèque Mazarine accueille jusqu'en mai 2015 une très belle exposition sur les catalogues de bibliothèques. C'est l'occasion de revenir sur un épisode de cette histoire. En France, au XVIIIe siècle, une trentaine de catalogues de bibliothèques sont publiés. Le corpus bouscule d’emblée l'idée reçue d'une relation évidente entre la publication (du catalogue) et la publicité (de la bibliothèque) : la moitié des collections qui font l’objet de catalogues ne sont pas publiques, quand la plupart de celles qui le sont s’épargnent cet investissement coûteux et rapidement obsolète. La question des enjeux de l’opération est donc posée: que publie le catalogue ?

La conférence ordinaire de 16h à 18h est remise au mercredi 1er avril à la même heure. Elle se tiendra à la Bibliothèque Mazarine, où nous visiterons l'exposition De l'argile au nuage consacrée aux catalogues de bibliothèque. La présentation sera assurée par Monsieur Yann Sordet, directeur de la Bibliothèque Mazarine, et par Monsieur Frédéric Barbier, directeur d'études, tous deux commissaires de l'exposition.
Pour des raisons de sécurité, les auditeurs qui souhaitent participer à cette visite sont invités à s'inscrire à l'avance (frederic.barbier@ens.fr). Le rendez-vous est fixé à 16h à la Bibliothèque.

Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (190 avenue de France, 75013 Paris, 1er étage, salle 115).
 

Accès les plus proches (250 m. à pied)
Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare.
Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterrand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterrand. Bus: 62 et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand Avenue de France) et 64.

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

samedi 10 janvier 2015

Histoire et civilisation du livre, tome X

Le numéro du jubilé!
Vient de paraître, en décembre 2014:
Histoire et civilisation du livre. Revue internationale,
tome X,
Genève, Librairie Droz, 2014,
488 p., ill.
ISSN 1661-4577

Sommaire 

Où en est l’histoire des bibliothèques? Dossier publié sous la direction de Frédéric Barbier 
Introduction, par Frédéric Barbier, p. 7
Livres et bibliothèques à Strasbourg et dans sa région du milieu du XVe siècle à la veille de la Réforme, par Georges Bischoff, p. 13
Una biblioteca nobiliare ai piedi delle Alpi. La raccolta libraria dei conti di Castel Thun tra XV e XIX secolo: un primo sguardo, par Giancarlo Petrella, p. 27
«Como un hospital bien ordenado». Alle origini del modello bibliotecario della Compagnia di Gesù, par Natale Vacalebre, p. 51
Le livre dans l’économie du don et la constitution des bibliothèques ecclésiastiques à l’époque moderne, par Fabienne Henryot, p. 69
Le premier acte de «donation au public» de la bibliothèque de Mazarin (1650), par Yann Sordet, p. 93
De la bibliothèque savante à la bibliothèque publique: collections et lecteurs à Venise au XVIIIe siècle, par Antonella Barzazi, p. 113
Schoepflin et les origines de la Bibliothèque de la Ville de Strasbourg, par Magali Jacquinez, p. 131
La création de la Bibliothèque royale publique de la Cour de Portugal: une responsabilité partagée, 1796-1803, par Maria Luísa Cabral, p. 143
La ville et les livres, ou comment former une bibliothèque? Notes historiques sur la formation et sur le catalogue de la première bibliothèque publique de São Paulo (1825-1887), par Marisa Midori Deaecto, p. 163
Diffusion du livre en français en Hongrie: bilan et perspectives des recherches sur les bibliothèques privées de l’aristocratie (1770-1810), par Olga Granasztói, p. 181
«Le rameau d’or et de science». La bibliothèque humaniste de l’architecte Joseph-Jean-Pascal Gay (1775-1832), par Philippe Dufieux, p. 207
Des musées dans les bibliothèques: le cas des bibliothèques d’État en Italie, XIXe-XXe siècle, par Andrea De Pasquale, p. 229
Ce que le numérique fait à l’histoire des bibliothèques: réflexions exploratoires, par Anne-Marie Bertrand, p. 255

Études d’histoire du livre, p. 267
Chambéry, Torino o Ginevra? Le (s)fortune editoriali di un criminalista del primo Seicento, par Rodolfo Savelli, p. 269
Un ouvrage technique français de la Bibliothèque bleue, le Bâtiment des recettes, par Geneviève Deblock, p. 289
Jean Ribou, le libraire éditeur de Molière, par Alain Riffaud, p. 315
Charles Chardin (1749-1826), libraire à Paris, par Livia Castelli, p. 365
La diffusion des connaissances utiles au XVIIIe siècle: Élie Bertrand, la Société économique d’Yverdon, sa bibliothèque et son cabinet de curiosités, par Thierry Dubois, p. 375

Livres, travaux et rencontres, p. 409
Un moment dans l’intimité de deux grandes dynasties de libraires: les Didot et les Jombert, entre Directoire et Premier Empire, à travers quinze lettres inédites, par Greta Kaucher, p. 411 

Comptes rendus, p. 459
François Jacob, Nicolas Morel, Nota Bene: de la musique avec Rousseau (Greta Kaucher), p. 461
Miriam Nicoli, Les Savants et les livres. Autour d’Albrecht von Haller (1708-1777) et Samuel-Auguste Tissot (1728-1797) (Greta Kaucher), p. 464
Klára Komorová, Knižnica Zachariáša Mošovského (István Monok), p. 467
Un Succès de librairie européen, l’Imitatio Christi, 1470-1850. Exposition organisée par la Bibliothèque Mazarine en collaboration avec la Bibliothèque Saint-Geneviève et la Bibliothèque nationale de France (…) 4 avril-6 juillet 2012. Commissariat et catalogue de Martine Delaveau, Yann Sordet (István Monok), p. 470.
Alain Bosson, L’Atelier typographique de Fribourg (Suisse). Bibliographie raisonnée des imprimés 1585-1816 (István Monok), p. 474
Un’istituzione dei Lumi: la biblioteca. Teoria, gestione e pratiche biblioteconomiche nell’Europa dei Lumi (Claire Madl), p. 478
Hans-Jürgen Lüsebrink, «Le livre aimé du peuple», les almanachs québécois de 1777 à nos jours (Jean-Marie Mouthon), p. 481
Yannick Portebois, Dorothy Speirs, Entre le livre et le journal (Anthony Glinoer), p. 483 

Tables des illustrations, p. 487

dimanche 12 octobre 2014

Colloque: "Ouvrir les bibliothèques au public"

16-18 octobre 2014, Orléans
Ouvrir les bibliothèques au public
Colloque international à l’occasion du Tricentenaire de l’ouverture
de la Bibliothèque publique d’Orléans

Une bibliothèque "publique" qui se présente sous une autre appellation: la grille de la Bibliotheca Palatina, bibliothèque publique ouverte dans les murs de la Hofburg de Vienne
Jeudi 16 octobre 2014, au Studium, rue Dupanloup

9h30. Accueil des participants.
10h. Ouverture du colloque
1ère session. Le temps des lettrés (1)
10h45.Isabelle Pantin (ENS) «La Bodléienne d’Oxford, parangon des bibliothèques publiques?»
11h15. Dominique Varry (ENSSIB) «Trois bibliothécaires du XVIIIe siècle et leurs livres»
11h45-12h30. Discussion
12h30-14h30 Pause

14h30 Conférence d’Olivier Rey (CNRS/Paris 1) «Métamorphoses de la lecture»
15h30. Andrea De Pasquale (Biblioteca Nazionale Centrale, Rome) «L’ouverture au public des bibliothèques des anciens États italiens au siècles des Lumières»
16h. Frédéric Barbier (CNRS/EPHE) «L'esprit protestant et la bibliothèque: le cas de Strasbourg, 1789-1870» (cf résumé infra)
16h30.Thierry Dubois (Bibliothèque de Genève) «Le système de souscription de la bibliothèque publique de Morges»
17h-17h45. Discussion

Vendredi 17 octobre 2014, à la Médiathèque, place Gambetta

2e session. Le temps des lettrés (2)
9h30. Lecture du Livre de sable de Jorge Luis Borgès
10h. Emmanuelle Chapron (Université d'Aix) «Le catalogue imprimé: un surcroît de publicité?»
10h30-10h45. Pause
10h45-11h15. Yann Sordet (Bibliothèque Mazarine) «Comment Mazarin a "donné sa bibliothèque au public" : les étapes méconnues du projet mazarino-naudéen»
11h15-11h45. Jean-Pierre Vittu (Université d'Orléans) «Du répertoire à l’instrument bibliographique: les catalogues imprimés de la bibliothèque d’Orléans au XVIIIe siècle»
11h45-12h30. Discussion
12h30-14h30. Pause

3e session. Vers la lecture pour tous
14h30. Patrick Latour (Bibliothèque Mazarine) «Un exemple de darwinisme bibliothéconomique : la Bibliothèque Mazarine au XIXe siècle»
15h. Jean-François Dubos (Service Historique de la Défense) «Quand la "Grande Muette" ouvre ses portes : le cas de la bibliothèque du Service Historique de la Défense»
15h30-15h45. Pause
15h45. Kmar Ben Dana (Université de la Manouba-Tunis) «D’un centre d’étude des Pères blancs à une bibliothèque de recherche: IBLA, Tunis»
16h15. Marie-Cécile Bouju (Université de Paris 8) «Du militant à l’usager: le PCF, les bibliothèques et leur public, 1920-1955»
16h45-17h30. Discussion

Samedi 18 octobre 2014, au Studium, rue Dupanloup
4è session. La lecture publique
9h30. Pierre Allorant (Université d'Orléans) «La bibliothèque d'Orléans au XIXe siècle entre la municipalité et l'État»
10h. Agnès Sandras (BNF) «Que se cache-t-il derrière les statuts des bibliothèques populaires?»
10h30-10h45. Pause
10h45-11h15. Hind Bouchareb (BNF) «Une lente conversion à la lecture publique: disparités et évolution des discours politiques locaux sur les bibliothèques dans l’entre-deux-guerres»
11h15-11h45. Antoine Prost (Université de Paris I) «De la bibliothèque à la Médiathèque» 11h45-12h30. Discussion

Organisation
Jean-Pierre VITTU, Université d’Orléans POLEN EA 4710
Corinne LEGOY, Université d’Orléans POLEN EA 4710
Olivier MORAND, Médiathèque d’Orléans

Lieux du colloque
Studium, 1 rue Dupanloup, Orléans;
Médiathèque, 1 place Gambetta, Orléans

Renseignements: Michelle Randimbiarison, Secrétariat recherche, Collegium LLSH
michelle.randimbiarison@univ-orleans.fr
00 33 (0)2 38 41 73 51

Résumé. Les analyses de Max Weber sur L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme ont marqué une avancée décisive dans la construction d’une théorie de la modernité: les principaux éléments présentés par l’auteur comme caractéristiques étaient le sens de la responsabilité, le privilège donné au service de la communauté ou de la collectivité, et le primat qui est celui de la formation et de la professionnalisation (éthique de la Beruf).
L’objet de la communication sera de montrer que ces caractéristiques s’appliquent non seulement à la problématique de la genèse du capitalisme, mais aussi à celle des bibliothèques. L’exemple de Strasbourg permettra de mettre en évidence les grandes étapes d’une politique inspirée par le protestantisme, de la saisie des biens d’Église par la Ville (1524) à la fondation de la Haute École et à l’organisation d’une bibliothèque publique modèle (1538). À la Révolution, les biens des Églises protestantes ne sont pas confisqués en Alsace, de sorte que le développement de la «Bibliothèque de Strasbourg», devenue la plus riche de province, peut se poursuivre sur les mêmes bases au fil du XIXe siècle... jusqu’à sa destruction complète lors du bombardement du 24 août 1870.

samedi 10 mai 2014

Conférence d'histoire du livre


École pratique des hautes études,
IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre


Lundi 12 mai 2014
16h-18h

"Joindre l’utile à l’agréable":
la fondation de la bibliothèque publique
de Morges
et son premier catalogue (1768)

par

Monsieur Thierry Dubois
Conservateur des imprimés anciens et précieux
de la Bibliothèque de Genève


Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (190 avenue de France, 75013 Paris, 1er étage). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2013-2014. Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg). Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterrand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterrand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand).

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

lundi 14 avril 2014

Colloque d'histoire des bibliothèques à Prague

Bibliothèques, bibliothécaires, lecteurs 
Colloque international en commémoration
du 95e anniversaire de la loi
sur les Bibliothèques publiques
et en l’honneur de Jan Thon

17-18 avril 2014

Programme (programme détaillé en tchèque)
Jeudi, 17 Avril 2014 Lieu: Archives littéraires du Musée de la littérature nationale
 
9:00-9:30 Enregistrement des participants
9:30-9:45 Cérémonie d'ouverture
9:45-10:45 Bibliothèques et transferts culturels: l'exemple de Strasbourg, 1538-1918, par Monsieur Frédéric Barbier (EPHE/CNRS)
10:45-11:00 Discussion
11:00-11:15 Pause
 
11:15-12 :45 L’institution de la bibliothèque (I) (Président: T. Pavlicek). Interventions de J. Pokorny, C. Madl, M. Fapšo, V. Brožová, M. Ducháček
12:45-13:05 Discussion
13h05-14h15 Pause déjeuner

14:15-15:50 L’institution de la bibliothèque (II) (Modérateur: T. Rehak). Interventions de J. Hnilica, A. Míšková, P. Čáslavová, A. Petruželková
15:35-15:50 Discussion
15h50-16h05 Pause 

16h05-17h25 Les bibliothécaires et leurs destins (Modérateur M. Sekera). Interventions de Renata Ferklová, L. Nivnická, R. Jančar, Miloš Sládek
17:25-17:40 Discussion
17h45 Clôture

Vendredi 18 Avril 2014
Lieu: Bibliothèque municipale de Prague, petite salle 


8:30-9:00 Enregistrement des participants
9:00-9:20 Mot de bienvenue et d'ouverture (T. Rehak, M. Losíková)
9:25-10:15 Education et lecture (Modérateur: J. Štěrbová). Interventions de Jiří Trávníček, E. Mikulášek, Z. Houšková
10:15-10:30 Pause 

10:30-12:35 Bibliothèques et éducation: aujourd'hui et demain (Modérateur: J. Štěrbová). Interventions de I. Mikulášek, E. Měřínská, T. Rehak, Z. Houšková, M. Krčál, J. Skládaná, K. Rovná
12:20-12:35 Discussion
12:35-13:30 Pause déjeuner

13:30-14:50 Bibliothèques et bibliothécaires aujourd'hui et demain (Modérateur: J. Pokorny) . Interventions de V. Richter, P. Škyřík, V. Peslerová, M. Hache
14h50-15h00 Discussion
15h00 Clôture 

Faculté de pédagogie de l'Université Charles de Prague
Archives littéraires de la Littérature nationale
Bibliothèque municipale
Centre de recherche français en sciences sociales (CEFRES) 

dimanche 16 décembre 2012

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section

Conférence d'histoire et civilisation du livre


Lundi 17 décembre 2012
16h-18h
 
Prêter des livres à toutes et à tous:
l'inventivité des bibliothèques des Amis de l'Instruction (1861-1914),
par
Madame Agnès Sandras,
conservateur à la Bibliothèque nationale de France

Nota: La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. Pendant la fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2012-2013.

Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand).

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

mardi 24 avril 2012

Une bibliothèque "publique" au XVIIe siècle

Créée dans les dernières décennies du XVIe siècle, la bibliothèque de la nouvelle université de Leyde n’est accessible qu’aux professeurs, et dans une bien moindre mesure aux étudiants. C’est pour pallier à ce qu’il estime être une disponibilité insuffisante que Johannes Thysius (Jan Thijs, 1622-1653) fonde dans la ville une bibliothèque destinée à servir le «bien commun».
Nous sommes dans un milieu de négociants huguenots repliés d’Anvers à Amsterdam à la suite des crises religieuses: la fortune des Thijs est notamment investie dans la Compagnie des Indes orientales. Très tôt orphelin, le jeune Jan est accueilli en 1634 à Leyde par son grand-oncle, Constantin Lempereur, professeur de langues orientales à l’université. Il étudiera les lettres et le droit, avant de partir pour son «grand tour» (visitant notamment l’Angleterre et la France), et de passer, à son retour, son doctorat en droit.
Mais Thijs n’exercera jamais, préférant se livrer à ses activités favorites, l’étude et la collection de livres –collection à laquelle il consacre l’essentiel de ses revenus. Il décède de manière très prématurée, alors qu’il a à peine une trentaine d’années: par testament, il consacre sa fortune à fonder une bibliothèque publique à Leyde et, en quelques années à peine, la nouvelle institution peut effectivement ouvrir (1657). Il est possible que Thijs ait trouvé son modèle en visitant la bibliothèque bodléienne d’Oxford.
Un premier point remarquable doit être souligné: Thijs a prévu de faire élever un bâtiment autonome destiné à abriter la bibliothèque, et ce bâtiment constitue l’un des premiers exemples de ce type de construction en Europe (les bibliothèques nouvelles sont généralement établies dans des bâtiments anciens, et non spécifiques, comme des maisons religieuses, écoles et collèges, etc.). Proche de l’université, sur l’élégant canal du Rappenburg, la Bibliotheca Thysiana est une belle construction sur un étage et les combles (cliché 1). Le rez-de-chaussée est réservé au logement du bibliothécaire, qui dispose de deux pièces chauffées (le mobilier est pratiquement conservé aujourd’hui). Une double volée de marches conduit du hall d’entrée à l’étage, entièrement occupé par la salle de la bibliothèque (cliché 2). Le coût total de la construction s’élève à 14500 florins, ce qui constitue une somme importante, à laquelle s'ajoute la fondation destinée à financer le fonctionnement de la nouvelle structure.
La salle de la bibliothèque est éclairée par des croisées sur la façade et sur le côté (au nord et à l’ouest), et elle est comme tapissée par des rayonnages muraux sur sept niveaux. Comme ce sera le cas à l’université de Leyde au moins à partir de 1691, les volumes sont protégés par une balustrade, de sorte que le lecteur doit nécessairement s’adresser au bibliothécaire pour y avoir accès.
Le mobilier contemporain comprend, outre un placard central destiné à abriter les archives familiales, une table de consultation et un superbe meuble de bibliothèque tournante (cliché 3) –sans oublier un meuble destiné à accueillir un Atlas complet de Blaeu, et un petit portrait du fondateur. La décoration peinte se borne aux armoiries de ce dernier. Si le fonds a fait l’objet de plusieurs catalogues imprimés classés systématiquement et sous-classés par formats, il ne semble pas que les volumes aient jamais été classés de manière systématique. Les registres de prêts n’ont pas été conservés, ce qui interdit de préciser le niveau d’utilisation d’une institution en tout état de cause exceptionnelle, et qui nous est parvenue pratiquement dans son état d’origine.