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samedi 3 novembre 2018

Nouvelle publication


Histoire et civilisation du livre. Revue internationale, n° 14
Genève, Droz, 2018
408 p., ill.

ISBN : 9782600059183.

PRÉSENTATION
Histoire et civilisation du livre. Revue internationale, fondée en 2005, couvre l’ensemble des problématiques de l’histoire du livre, du Moyen Âge à l’époque contemporaine: histoire sociale et économique de l’édition, histoire des médias et de la communication écrite, bibliographie matérielle, histoire des arts du livre, histoire des bibliothèques, de la lecture et des usages du livre, etc. Chaque numéro comprend une partie thématique, une partie de varia, et une partie de comptes rendus critiques.

Rédacteur en chef: Yann Sordet
Comité de rédaction: Mmes et MM. Frédéric Barbier (CNRS/EPHE), Christine Bénévent (École nationale des chartes), Emmanuelle Chapron (Aix-Marseille Université), Jean-Marc Chatelain (BNF), François Déroche (Institut de France / EPHE), Christophe Gauthier (École nationale des chartes), Sabine Juratic (CNRS), Jean-Dominique Mellot (BNF), Raphaële Mouren (Institut Warburg), Yann Sordet (Bibliothèque Mazarine), Marie-Hélène Tesnière (BNF), Dominique Varry (ENSSIB), Françoise Waquet (CNRS), Hanno Wijsman (IRHT).

Sommaire du n° XIV (2018)
BRUXELLES ET LE LIVRE (XVIe-XXe s.),
dossier éd. par Renaud Adam et Claude Sorgeloos
- Bruxelles et le livre: regards sur cinq siècles d’histoire (XVIe-XXe siècle) / Renaud Adam et Claude Sorgeloos
- Bruxelles dans l’historiographie du livre / Claude Sorgeloos
- Le commerce du livre à Bruxelles au XVIe siècle / Renaud Adam
- Une enquête de police dans les milieux du livre à Bruxelles en avril 1689 / Renaud Adam et Laurence Meunier
- La contrefaçon belge sans frontières: les imprimeurs bruxellois à l’assaut des marchés italiens et québécois / Jacques Hellemans
- Sur les traces des imprimeurs bruxellois dans l’entre-deux-guerres: l’imprimerie J. Felix et fils / Bruno Liesen
- Les Éditions Ysaÿe / Marie Cornaz
- Aperçu du champ éditorial bruxellois durant la seconde occupation allemande (1940-1944) / Michel Fincoeur

LA MÉDIATISATION DES RÉVOLTES EN EUROPE (XVe-XVIIIe s.),
dossier éd. par Stéphane Haffemayer
- Diffuser des lettres pour contracter des alliances: la communication des rebelles en Flandre et en Brabant au bas Moyen Âge / Jelle Haemers
- Rébellions et gazettes. La médiatisation des guerres des paysans en Autriche (1626) et en Suisse (1653) / Andreas Würgler
- «Great Conspiracy» et «Bloody Plot»: la médiatisation de la révolte irlandaise et le déclenchement de la guerre civile anglaise (1641-1642) / Stéphane Haffemayer
- La diplomatie d’une révolte entre information et publication: le cas des ambassades portugaises en France, 1642-1649 / Daniel Pimenta Oliveira de Carvalho
- Texts, publics, and networks of the Neapolitan Revolution of 1647-1648 / Davide Boerio
- For the True Religion and the Common Cause: Transnational Publicity for the War of the Camisards (1702-1705) / David de Boer
- «Rebelle malgré lui» – récits de réconciliation et de réintégration dans les biographies politiques britanniques du XVIIIe siècle / Monika Barget

ÉTUDES D’HISTOIRE DU LIVRE
- Observations sur le livre illustré imprimé à Bucarest (XVIe-XIXe siècle) / Anca Elisabeta Tatay et Cornel Tatai-Balta
- Damned usury, «Cologne», «1715» : Delusion or bona fide? Typographical evolution on title pages in the Southern Netherlands in the 18th century and its potential as a means of identification / Goran Proot
- L’affectation des bibliothèques confisquées à Rochefort, ville-arsenal de la Marine (1790-1803) / Olivier Desgranges
- Le livre à Strasbourg sous le Premier Empire / Nicolas Bourguinat

LIVRES, TRAVAUX ET RENCONTRES
Comptes rendus de:
Les Arts du texte (Lyon, 2016), El Libro españo en Londres (Valéncia, 2016), L’Industria del libro a Venezia durante la restaurazione (Firenze, 2016), Nundinarium Francofordiensium encomium (Genève, 2017), Humanisten edieren (Stuttgart, 2014), Images et révoltes dans le livre et dans l’estampe (Paris, 2016), Lesen. Ein interdisziplinärisches Handbuch (Berlin, 2015), Les Livres des maîtres de Sorbonne (Paris, 2017), Die Macht des Wortes. Reformation und Medienwandel (Regensburg, 2016), NON. Pamphlets, brûlots et autres textes polémiques (Besançon, 2016), Grundriss der Inkunabelkunde (Stuttgart, 2018), Strange bird. The Albatros Press and the Third Reich (New Haven, 2017), Wissensspeicher der Reformation (Halle, 2016).

mardi 2 août 2016

Après une excursion à Amboise...

L’invention de la typographie en caractères mobiles ouvre dans toutes sortes de domaines des possibilités nouvelles, dont les acteurs ne prennent conscience que de manière très progressive. Parmi ces possibilités, celle de s’adresser au «plus grand nombre», de toucher l’opinion publique, n’est pas l’une des moindres. La première affiche publiée en France est relative à la reconstruction de la cathédrale de Reims, vers 1482 (Grand pardon de ND de Reims, Paris, [circa 1482]), et les pièces et autres travaux de ville font de longue date partie du corpus imprimé recensé par les catalogues d’incunables.
Le phénomène prend une dimension inédite avec l’irruption de la Réforme luthérienne, au point de déboucher sur la mise en place d’une autre économie du livre, fondée sur les Flugschriften, alias les pièces et autres feuilles volantes. En 1534 à Paris, l’«Affaire des Placards», étudiée notamment par Eugénie Droz, pousse François Ier à un renforcement sensible de sa politique anti-protestante. Plus tard encore, Denis Pallier a exploré pour nous les arcanes de la «publicistique» de la Ligue (Recherches sur l’imprimerie à Paris pendant la Ligue, Genève, Droz, 1975).
Pourtant, un épisode remarquable marque encore l’histoire de France, qui met en évidence à la fois le rôle politique du média (l’imprimé), et la conscience que les contemporains pouvaient avoir de l’importance de ce rôle: il s’agit de la conjuration d’Amboise. Rappelons les faits. Après la mort accidentelle de Henri II (10 juill. 1559), son fils aîné François II monte sur le trône. Mais le jeune homme n’a pas les capacités pour gouverner lui-même, et il confie les rênes du royaume à sa mère, Catherine de Médicis, et à ses oncles par alliance, le duc François de Guise et son frère Charles, dit le «cardinal de Lorraine». Le chroniqueur Jean de Serres trace un tableau subtil des rapports de forces à la suite de la mort d’Henri II (1). Dans les choix faits par les uns et par les autres, les facteurs à caractère religieux sont largement contrebalancés par les intérêts politiques:
François second, jeune d’ans et encore plus d’esprit, étoit du tout en la puissance de sa mère & des oncles de sa femme, qui gouvernèrent les affaires (…). Une partie de la noblesse, harassée de tant de guerres & ruines, ne demandoit que repos, laissant tout soin du public & jettant l’œil sur le plus fort parti pour pancher de ce costé là. Les courtisans alloient selon le vent. Quant aux officiers de justice, la plupart estoyent esclaves de tel ou tel seigneur. Quelques gens de bien restans es parlemens n’osoyent souffler qu’à peine, encore estonnéz du coup de baston donné au souverain & premier parlement en la dernière mercuriale. Les ecclésiastiques tenoyent pour pilliers de l’Église les plus grands brusleurs. Quant au tiers Estat, le faix des guerres passées lui avoit osté tout sentiment & mouvement. En la cour, (…) les princes du sang n’avoyent presque point d’esgard, ni au public, ni à leur particulier. La roine-mère, italienne, florentine, de la maison des Médicis, & qui en vingt deux ans qu’elle avoit ja vescu s’estoit donné tout loisir de cognoistre l’humeur des uns & des autres, se comporta tellement qu’elle obtint le dessus… (p. 66).
En proie aux difficultés qui sont traditionnellement celles d’une quasi-régence, Catherine de Médicis s’efforcera de mener une politique mesurée, mais le jeu des Guise concentre les oppositions, au premier rang desquelles celle des grands seigneurs écartés du pouvoir, et celle des protestants soumis à une politique de répression plus dure (automne 1559). L’imprimé joue aussi un rôle dans cette conjoncture, comme le souligne encore avec justesse Jean de Serres. Les Guise et leurs partisans trustent toutes les places, ce qui mécontente bien évidemment les grands, et ce qui indispose aussi le plus grand nombre. On réclame la tenue d’États Généraux:
Les petits ne se taisoyent pas: car par divers escrits imprimez, dont aucuns s’adressoyent à la roine mère, partie par certaines rimes & inventions aigues, l’on descouvroit jusques au fond par les déportemens passez & présens le but de ceux de Guise (…). Or pour ce qu’on parloit souvent en ces escrits que pour pourvoir aux desordres, convenoit assembler les trois Estats, [ceux de Guise] persuadèrent au roy de tenir pour ennemi mortel de son authorité, et criminel de lèse-majesté quiconque parleroit de le brider & mettre en tutelle… (p. 72-73).
Devant une situation qui leur semble bloquée, les chefs protestants élaborent un plan audacieux: un coup de main sur Blois permettra, en principe le 10 mars, de s’emparer de la personne du jeune roi, et de mettre les Guise à l’écart, éventuellement de les exécuter. À la tête des conjurés, on trouve un petit noble périgourdin, Jean du Barry, sire de La Renaudie. Mais les Guise sont avertis du complot, et la cour se réfugie à l’abri des fortifications d’Amboise. Malgré la publication d’un édit d’amnistie, la conspiration se poursuit. Alors que les conjurés sont arrêtés par petits groupes, une dernière troupe marche sur Amboise, mais elle est battue et les hommes tués, ou arrêtés et exécutés. La Renaudie lui-même est tué, son corps «porté à Amboise & pendu sur les ponts, avec un écriteau attaché au col, contenant ces mots: La Renaudie, dit la Forest, chef des rebelles» (p. 85). Après une «dernière alerte» contre Amboise, la répression de la conjuration se fait particulièrement brutale (on parle de 1200 exécutions…).
Un des plus célèbres pamphlets distribués à la suite de l'affaire d'Amboise: François Hotman, Épistre envoyée au tigre de la France, [Strasbourg, s. n.], 1560. Le début du texte s'adresse au cardinal de Lorraine, dans une formule évidemment reprise des Catilinaires.

Terminons par deux notes encore relatives au rôle de l’écrit: le secrétaire de La Renaudie, un certain Le Bigne, lui aussi fait prisonnier, est trouvé en possession d’une correspondance chiffrée, qu’il accepte de traduire pour mettre sa vie à l’abri. Et surtout, la guerre des imprimés se poursuit: il
fut publié aussi un autre livret, montrant par le tesmoignage de Philippe de Commines, au dernier chapitre du cinquième livre de ses mémoires, que ceux sont ennemis descouverts & conjurés de l’Estat qui disent que c’est crime de lèse-majesté que de parler d’assembler les Estats, & que c’est pour diminuer l’authorité du roy. Il y eut aussi des avertissemens au peuple & des plaintes aux parlemens. Ainsi les uns s’aydoient de la plume contre les espées des autres (p. 87).
On appréciera la dernière image évoquée par le mémorialiste, qui oppose l’action des plumes à celle des «épées»… La correspondance, éventuellement chiffrée, les proclamations des uns et des autres, la publication des édits et autres ordonnances, les placards et les pièces de circonstances, sans oublier les sinistres «écriteaux», constituent désormais autant de voies usuelles par le biais desquelles l’écrit, et l’imprimé, interviennent  de manière de plus en plus immédiate dans les affaires de l’État. Encore un mot, pourtant: on ne peut que regretter l'absence, en France, d'une base de données bibliographique comparable au VD16 allemand, et qui rendrait des services irremplaçables pour toute enquête sur la publicistique du XVIe siècle.
On a du mal, devant la carte postale, à imaginer la ville peuplée des cadavres suppliciés des conjurés, même en tenant compte de l'exagération du chroniqueur horrifié:  [ils] "commencent à faire décapiter, pendre ou noyer leurs prisonniers, ce qui dura plus d'un mois. La rivière de Loire estoit couverte de corps attachez six, huict, dix, douze, quinze, à des longues perches. Les rues d'Amboise ruisseloyent de sang humain, & en tous endroicts estoient tapissés de corps morts. On en pendoient plusieurs aux fenestres du chasteau" (p. 86). On le sait, le répression après une tentative de coup d'État n'est pas une pratique nouvelle...
(1) Jean de Serres, Recueil des choses mémorables avenues en France sous le règne de Henri II, François II, Charles IX, Henri III et Henri IV, depuis l’an MDXLVII jusques au commencement de l’an MDXCVII, 2e éd., [Genève, Antoine Blanc], 1598.La marque au scorpion, inscrite dans un cartouche avec la devise "Mors et vita", figure au titre (Heitz, Genfer, 132). L'attribution à Jean de Serres n'est pas assurée, et la Bibliothèque de Genève donne le texte à Simon Goulart (Gq 299).

dimanche 31 janvier 2016

Au début du XVIe siècle: la révolte, les clercs et le "commun"

Nous évoquions il y a quelques jours la figure des grandes dynasties de financiers dans l’Europe des années 1500, à travers l’exemple des Fugger. Mais nous rencontrons, à la même époque, des Fugger «au petit pied», comme les Volland à Grüningen (auj. Markgröningen), dans le Wurtemberg. Ce sont, eux aussi, des négociants, mais ils sont formés à l’université, et ils occupent les postes de responsabilité tant dans leur ville de résidence que dans l’administration du duché. Au début du XVIe siècle, les Volland constitueraient la plus riche famille du Wurtemberg.
Le cœur du duché de Wurtemberg, autour de la vallée du Neckar. Nous avons souligné la localisation des trois villes dont il est question dans le billet.
Mais laissons pour aujourd’hui cette approche, pour nous pencher sur une problématique qui lui est étroitement liée, à savoir celle des révoltes et autres processus «révolutionnaires» à l’aube de la Réforme. Le Wurtemberg est touché, entre 1514 et 1516, par une série de révoltes très graves, généralement désignées sous le terme de «révoltes du Pauvre Conrad» –entendons, des paysans sans fortune, qui sont poussés à se soulever par leurs conditions de vie de plus en plus difficiles. Le Pauvre Conrad, c’est l’homme du commun, et la «révolte des paysans» désigne la révolte de la majorité de la population contre ceux qui accaparent l’essentiel de la richesse et des positions lucratives.
Pourtant, l’homme du commun n’y occupe par le premier rôle: bien au contraire. Comme nous l'enseignent les théories de la révolte et de la révolution (Crane Brinton), ce sont les clercs, ceux qui sont formés aux instruments intellectuels nouveaux, qui prennent la tête de mouvements que l’on considèrerait comme a priori spontanés.
Une figure emblématique est celle de Reinhard Geisser. Il est né à Fellbach, non loin de Stuttgart, vers 1474, dans une famille qui était à coup sûr assez privilégiée. Nous le retrouvons en effet comme étudiant à la faculté des Arts de Tübingen en 1490, et comme magister artium trois ans plus tard. Il s’oriente alors vers un cursus de théologie, qui le conduira au doctorat en 1504. Le voici professeur à Tübingen, et doyen de la faculté.
Tübingen est une faculté certes récente (1477), mais que l’on pourrait dire «progressiste», où nous rencontrons aussi bien Gabriel Biel que Conrad Summenhart, et où Mélanchton viendra bientôt. C'est probablement sous cette influence que Geisser va quitter l’université, pour réintégrer la vie du siècle, et cela précisément à Grüningen: en 1513, il prend dans cette ville le poste de doyen de l’église Saint-Barthélemy.
Il est difficile de penser que le choix de Grüningen est dû au seul hasard, et on a bien évidemment l’idée que Geisser a voulu, ici, frapper un grand coup en s’opposant directement à l'establishment. Il s’élève bientôt contre la répartition inégale des richesses, attaquant même le prévôt, Philipp Volland, du haut de sa chaire (7 mai 1514). La ville se soulève, et  la révolte du «commun» se propage rapidement à travers le duché. Geisser, homme de l’écrit, organise la concertation des agitateurs, par des réunions secrètes et des messages portés par pigeons voyageurs...
Wer wissen wöll wie die Sach stand, Mainz, Johann Schöffer, 1514 (VD16, W 1964). On notera la présence de l’illustration de tête, avec la représentation de la fourche à fumier (Mistgabel), qui peut aussi servir d'arme (exemplaire de la Staatsbib. de Berlin).
Nous sommes dans une logique révolutionnaire, qui ne vise à rien moins qu’à mettre en œuvre des principes universels (l’égalité…), à défendre ceux qui se trouvent menacés, et à proposer les grandes lignes d’une reconstruction fondatrice d’un nouveau système socio-politique. L’épilogue est connu: le duc Ulrich, fin politique, joue la montre, et convoque une diète provinciale (Landtag) en juin à Stuttgart, puis à Tübingen. Tandis que les paysans sont écartés de la discussion, l’accord passé le 8 juillet à Tübingen consacre l’alliance du prince, dont les dettes seront très largement remboursées, et des privilégiés, en vue du rétablissement de l’ordre.
Le duc, qui a désormais les moyens nécessaires à la réunion d’une petite armée, est dès lors en mesure de réprimer par la force la révolte du Pauvre Conrad: c’est le temps de l’expulsion de la majorité hors du champ politique –elle n’aura plus son mot à dire sur les affaires du duché. Quant à Geisser, il doit un temps s’exiler –mais nous ne savons pas où il passe les dernières années de sa vie.
Que conclure? Les paysans sont, en effet, poussés à la révolte par une succession de mauvaises récoltes, par la tension démographique plus sensible, par une forme de réaction nobiliaire, par les efforts aussi qui sont ceux des privilégiés en vue de les maintenir en dehors du groupe dirigeant. Mais le rôle du Pauvre Conrad, tout comme celui des paysans de 1524, est  plus ambigu qu'il n'y paraît. Dans les petites villes du Wurtemberg, et à Grüningen en particulier, existe un réseau d’écoles latines (Lateinschule), qui correspondent à une forme d’enseignement primaire, et qui expliquent qu’une partie non négligeable de la population urbaine soit alors passée du côté de l'alphabétisation.
Or, les artisans interviennent en nombre dans le mouvement de protestation, dont la tête est désormais prise par des clercs. Comme pour Geisser, la formation universitaire leur a ouvert des possibilités d’ascension sociale, mais ils se sont aussi rendu compte de ce que la cité de Dieu telle qu’ils pouvaient la rêver ne correspondait pas nécessairement à ce qu’ils avaient sous les yeux. La formule de Guy Rocher serait, mutatis mutandis, en partie applicable au problème des troubles des premières décennies du XVIe siècle, et de l'émergence de la Réforme:
On observe, dans toutes les sociétés pré-révolutionnaires, un changement d'allégeance de la part des intellectuels [entendons: de certains intellectuels], qui deviennent les plus dangereux opposants de l'autorité [et] de la classe dominante et possédante.
Quelques années à peine plus tard, et un autre ecclésiastique, membre de l’ordre des Augustins devenu professeur à la nouvelle université de Wittenberg, affichera sur les portes de l’église de cette ville les 95 thèses, prodrome de la Réforme. Quelques années encore, et la Guerre des paysans (Bauernkrieg), à nouveau en Allemagne du sud-ouest, illustrera de manière paradigmatique le hiatus désormais béant, entre les conceptions du théologien et les revendications à caractère socio-politique, visant à instituer la cité de Dieu dans notre monde terrestre.
NB- Signalons que Grüningen est aussi la ville d'origine du grand imprimeur strasbourgeois Johann Reinhard dit Grüninger, lequel aurait précisément reçu sa première formation à l'école latine de sa ville natale.