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samedi 21 septembre 2019

Excursion en Italie du nord (2)


La fortune de Milan ne provient pas, comme c’est souvent le cas, de sa position sur une grande voie d’eau, mais du contrôle exercé sur une plaine agricole particulièrement fertile, sur l’activité de la soie… et sur les débouchés de plusieurs itinéraires alpins majeurs –donc, des échanges commerciaux et financiers engageant toute l'Europe. À une cinquantaine de kilomètres au nord de la ville, le lac Majeur et le lac de Côme marquent en effet le terme des routes du Simplon (vers la vallée du Rhône), du Saint-Gothard (vers la Suisse centrale, Zurich et Bâle) et du Splügen (vers le Rhin supérieur).
Mais la beauté de leurs paysages et la douceur de leur climat ont aussi, dès l’époque romaine, fait de ces lacs un lieu privilégié de villégiature.
Cette position a des conséquences intéressantes pour l’historien du livre. À quelques kilomètres de la frontière, Lugano est la première ville de Suisse italienne à accueillir une imprimerie, en l’occurrence celle des Agnelli, dont l’activité est essentiellement tournée vers la diffusion en Lombardie (1746-1799). Le mouvement se poursuivra en s’amplifiant: c’est ainsi que, en 1817, Stendhal nous explique que la société milanaise –entendons, la «bonne société»– lit les nouveautés françaises directement en français, et que par suite les éventuelles traductions italiennes ne rencontrent qu’un succès médiocre. Comme le nouveau canton du Tessin appartient à la Confédération helvétique et qu’il ne connaît pas la censure, les imprimeurs de Lugano ne se font pas faute de contrefaire les titres parisiens, pour les diffuser en Lombardie autrichienne:
Illustration 2
On a traduit le Congrès de Vienne [de Dufour de Pradt, Paris, 1815], duquel l’on n’a pas vendu vingt exemplaire ; tout le monde achetait la contrefaçon française de Lugano…
Cette dernière est publiée sous la fausse adresse de Paris, mais avec l’indication de la véritable adresse (À Paris et à Lugan, chez François Veladini et Comp., 1816), et elle semble relativement rare. Signalons encore que Lugano est aussi adopté comme adresse fictive par des imprimeurs-libraires vénitiens… et revenons en notre début du XXIe siècle.
La magnifique ligne ferroviaire de la Bernina gagne la Valteline et les Alpes en desservant d’abord toute la rive orientale du lac de Côme, où le charmant bourg de Varenna constitue un centre très commode pour rayonner (ill. 2). Une simple traversée du lac amène à Bellagio, qui occupe un site mondialement connu. Le village de pêcheurs est devenu depuis le XVIIIe siècle un centre de villégiature et de tourisme. La présence de grandes familles très fortunées, entourées d’intellectuels et d’artistes, explique la construction à Bellagio d’une élégante bibliothèque municipale, aujourd’hui parfaitement restaurée (ill. 3).
Illustration 3
Au tout début du XIXe siècle, le comte Francesco Melzi d’Eril fait construire à Bellagio une villa, au-dessus du lac, avec un superbe parc: Melzi est successivement vice-président de la République italienne, puis chancelier du royaume, mais il comprend bientôt que l’unité de la péninsule ne figure pas à l’agenda de Paris, et il se tient de plus en plus volontiers en retrait jusqu’à son décès (1816). Stendhal le dira quelques mois plus tard: «Melzi vint pleurer la patrie dans la belle villa où j’écris» (1817). La bibliothèque Melzi sera plus tard dispersée à Milan.
Une deuxième brève traversée nous amène sur la rive ouest du lac, à Tremezzo, pour y visiter la Villa Carlotta: nous allons y retrouver une problématique inattendue en ces lieux, et qui intéresse aussi l’historien du livre, à savoir le rôle des petites capitales princières d’Allemagne au XIXe siècle. La villa en effet, après avoir appartenu à la famille milanaise des Clerici, est donnée par Marianne d’Orange-Nassau à sa fille, Charlotte de Prusse, à l’occasion du mariage de celle-ci avec le duc Georges (Georg) II de Saxe-Meiningen-Hildburghausen (1850). Le jeune homme a reçu une excellente formation, il est ancien étudiant des universités de Bonn et de Leipzig, et il se passionne pour l’histoire et l’histoire de l’art, pour le théâtre et pour la musique, ainsi que pour la botanique. Le théâtre de la cour de Meiningen jouit alors d’une renommée européenne. L'absence de rôle politique réel que peuvent désormais avoir ces petites principautés explique en partie l'investissement des élites dans les domaines artistiques et intellectuels.
Illustration 4
Après le décès précoce de sa jeune épouse, le duc séjourne volontiers dans son palais de la Villa Carlotta, dont il a supervisé les aménagements et où il invite artistes, écrivains et savants (1). La Villa conserve aujourd’hui une très belle collection de sculptures et d’objets d’art néo-classiques, mais on y découvre aussi les pièces où résidait le duc, notamment son bureau (ill. 4). Le mobilier, d’une élégante sobriété, est Jugendstil: il comprend entre autres un remarquable petit bureau (éclairé par une lampe à pétrole), et plusieurs meubles pour le rangement des usuels (ouvrages de botanique, et littérature allemande), dont le Konversations-Lexicon de Meyer. Rappelons que Joseph Meyer ouvre en 1828 à Hildburghausen sa maison d’édition du Bibliographisches Institut, et inaugure bientôt un programme orienté en partie vers les contrefaçons; dont le célèbre titre du Konversations Lexicon lancé par son collègue Brockhaus à Leipzig. Rien que de normal si le duc régnant utilise de préférence le titre du Bibliographisches Institut, même après le transfert de ce dernier à Leipzig.
C’est peu de dire, on le voit, que les lacs d’Italie du nord s’insèrent dans une géographie transnationale européenne...
[À suivre: Mantoue].

Note bibliographique
Herzog Georg II. von Sachsen-Meiningen und die Villa Carlotta [réd. Axel Schneider], Meiningen, Staatliche Museen, 1992. 

mercredi 18 septembre 2019

Excursion en Italie du nord (1)

Même si l’objet premier du voyage n’était pas celui de l’histoire du livre et des bibliothèques, le livre se rencontre souvent au cours de ces quelques jours de pérégrinations en Italie du Nord, en une agréable fin d’été. Notre première étape sera celle de Milan, où le savant libraire Antoine Augustin Renouard avait déjà, au début du XIXe siècle, exploité les richesses d’un certain nombre de bibliothèques, publiques ou non: l’Ambrosienne et la Braidense, mais aussi les collections de Francesco Reina, du comte Gaetano Melzi, du marquis Gian Giacomo Trivulzio, des comtes Fagnani Arese et Étienne de Méjan, ce dernier comme représentant du vice-roi d’Italie, Eugène de Beauharnais (1).
Nous commencerons notre promenade par la vénérable Bibliothèque Ambrosienne, toute proche de l’hôtel où nous sommes descendus, et dont le bâtiment ancien a été pour partie conservé (2). Nous sommes dans la perspective post-tridentine, lorsque le cardinal-archevêque Federico Borromeo (1564-1631) entreprend la construction d’un bâtiment (1602) pour abriter une bibliothèque publique (fondée en 1607), laquelle constituera l'un des premiers exemples de dispositif en «grande salle» observé en Europe après celui de l'Escorial. L’institution, inaugurée en 1609, est dédiée à la figure emblématique de l’Église milanaise, à savoir saint Ambroise: elle s’insère dans un ensemble constituant un véritable centre d’études et de recherches, avec le Collège des docteurs (1604), la Pinacothèque (1618) et l’Académie de dessin (1620). Les pièces les plus célèbres conservées à l’Ambrosienne le manuscrit de Virgile ayant appartenu à Pétrarque (et un temps déplacé à la Bibliothèque impériale de Paris), et le Codice atlantico de Léonard de Vinci…
Plus au nord, mais sans quitter le centre ancien, nous voici devant le complexe de Brera. L’ancien couvent est passé aux Jésuites en 1572, et le bâtiment est complètement restructuré en 1627-1628. Lorsque les Jésuites seront «détruits», en 1773, le complexe abritera conjointement l’Académie des Beaux Arts et celle des Sciences et Lettres, un observatoire, un jardin botanique… et une bibliothèque. Cette dernière avait été fondée en tant que bibliothèque publique trois années avant son déplacement à Brera: la grande salle dédiée à l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche est aménagée sur deux niveaux par Giuseppe Piermarini, l’architecte du théâtre de La Scala. Quant aux collections elles-mêmes, elles ont été considérablement enrichies à la suite des sécularisations opérées en Lombardie au tournant des XVIIIe et XIXe siècles.
Le bâtiment de Brera abrite aussi une très célèbre Pinacothèque, dont les origines sont liées à l’Académie –il s’agissait de réunir des modèles pour les élèves–, mais qui connaît un développement spectaculaire à l’époque napoléonienne. L’ensemble est ouvert au public à compter de 1809. Nous y rencontrons à plusieurs reprises une thématique touchant à l’histoire du livre, comme l’illustre la fresque de Bramante représentant «Héraclite et Démocrite» et réalisée en 1477 pour Gaspare Ambrogio Visconti, à la casa Panigarola
L'œuvre met en scène deux personnages emblématiques, l’un qui pleure (Héraclite) et l’autre qui sourit (Démocrite, qui serait dans le même temps un autoportrait de l’artiste). Devant les deux philosophes, sur une table, quelques livres ouverts, et une mappemonde, dont le dessin précis reflète l’état des connaissances une quinzaine d’années avant le voyage de Colomb. L’interprétation aujourd’hui admise serait que la fresque fait partie d’un ensemble plus vaste, illustrant les quatre éléments, et qu’elle symbolise la terre. Quant aux deux philosophes, ils mettraient en scène les deux attitudes contraires devant les vicissitudes de la vie, dans l’optique de s’en défendre et de recommander à l’homme la «Tempérance» (3).
Enfin, nous gagnons le Castello Sforzesco (la château des Sforza): l’imposante forteresse a été édifiée entre le XIIIe et la seconde moitié du XVe siècle, et elle devient la résidence des ducs de Milan à l’époque de Galéas Maria Sforza. Le Musée d’art ancien qui y est aujourd’hui abrité (avec d’autres institutions, dont la Biblioteca Trivulziana) conserve le monument funéraire sculpté par Bonino da Campione pour Bernabò Visconti († 1385). La figure du cavalier de marbre qui domine le monument est impressionnante, mais nous nous arrêterons à un détail du sarcophage, soit, sur l’un des petits côtés, la représentation des quatre évangélistes identifiables chacun par son animal symbolique. Les personnages se présentent de face, dans la position classique du maître à son pupitre, et ils sont en train d’écrire chacun sur un rotulus. Peut-être est-ce par souci de la symétrie que les positions se présentent en miroir, avec un scripteur droitier et un gaucher? 
Même s’il resterait beaucoup d’autres exemples à évoquer, qui mettent en scène le monde de l’écrit et du livre dans la capitale de la Lombardie (à la Pinacothèque ambrosienne, mais aussi à la basilique Saint-Ambroise, et dans nombre d'autres lieux), le séjour milanais s’achève, et il est temps de gagner les rives du lac de Côme, d’où nous irons ensuite à Mantoue.
[Billet suivant: le lac de Côme]

Notes
(1) A. A. Renouard, Annales de l'imprimerie des Alde, ou l'histoire des trois Manuce et de leurs éditions, tome III, À Paris, chez A.-A. Renouard, 1812. A. Coletto, «Vicende milanesi degli annali dei Manuzio di Renouard», dans Le Edizioni aldine della Biblioteca Nazionale Braidense, Milano, 1995, p. 27-30.
(2) Marie Lezowski, L’Abrégé du monde. Une histoire sociale de la bibliothèque Ambrosienne (v. 1590-v. 1660), Paris, Classiques Garnier, 2015 («Bibliothèque d’histoire de la Renaissance», 9).
(3) Marisa Dalai, Germano Mulazzani, «L’espace impossible de Bramante: étude sur le Cycle des hommes d’armes», dans Actes de la recherche en sciences sociales, 23 (1978), p. 37-50 (disponible en ligne sur Persée).

jeudi 1 février 2018

Conférence d'histoire du livre

 
École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre

  Lundi 5 février 2018
16h-18h
Le patrimoine livresque et les musées du livre
dans les bibliothèques italiennes depuis le XIXe siècle
par
Monsieur Andrea De Pasquale, directeur général
de la Bibliothèque nationale centrale de Rome,
docteur de l'EPHE


Alors que les nouveaux médias sont en plein essor, une présentation pédagogique, intelligible par le plus grand nombre, du monde des «anciens médias» –et notamment de l’imprimé – s’impose comme une nécessité d’ordre également politique –une nécessité pour le «vivre ensemble».
On ne saurait en effet surestimer de rôle du média, le livre imprimé, dans l’élaboration du mode de pensée et dans la distinction des écritures en Occident. L’imprimé dispose le texte sous une forme linéaire normalisée (une succession de feuillets et de pages), il encadre une organisation des contenus qui détermine elle-même le mode de raisonnement et les fondements de l’outillage mental. Dans les premières décennies du XVIIe siècle, donc à échéance de cinq ou six générations après Gutenberg, c’est le temps du «miracle», la publication des travaux de Kepler et de Galilée sur la structure du cosmos en même temps que l’instauration de la pensée moderne symbolisée par les traités de Bacon et de Descartes. Pierre Chaunu peut décrire l’époque comme celle 
sur [laquelle] la civilisation de l’Europe classique organise ses pensées (...). Le miracle européen de la civilisation mécaniste (...) se place désormais en facteur commun de toute périodisation (...). Voilà le môle temporel sur lequel l’Europe des Lumières (…) et la civilisation scientifique du XXe siècle même (…) prennent extension et appui...
Parme, Biblioteca Palatina, Galleria Petitot
Nous compléterons: «le môle temporel» englobe aussi la logistique pour laquelle et par le biais de laquelle les connaissances sont élaborées, diffusées, transmises et constamment reprises, réorganisées et réactualisées. La logistique, ce sont les supports d’information, livres, périodiques et imprimés de toutes sortes, et les institutions mises en place pour en permettre l’utilisation: système de distribution, bibliothèques, mais aussi les écoles et les universités, plus tard aussi les cercles de la sociabilité savante et les académies. Les mutations dans le domaine des idées et des sciences sont ainsi étroitement liées à la «logistique matérielle» –au média–, et il en va de même, notamment en France, avec l’essor d’une littérature moderne en langue vernaculaire, au sein de laquelle le genre du roman occupe une place prépondérante.
Ne nous étendons pas sur la révolution de la librairie de masse et de l’industrialisation, mais bornons-nous pour résumer à souligner deux points. Le premier concerne la chronologie du changement, toujours beaucoup plus ample que ce que l’on aurait attendu a priori: de même que l’invention du livre imprimé ne correspond pas à celle de l’imprimerie, de même les utilisateurs actuels ne s’approprient que lentement les nouveaux médias électroniques (apparus dans le grand public dans les années 1980, donc voici déjà plus d’une génération). Le «livre électronique» commence seulement à s’émanciper, dans ses formes et ses contenus, des formes et des contenus qui étaient ceux du livre imprimé.
Cette réorganisation induit des changements radicaux, qui concernent non seulement les pratiques de lecture, mais aussi le système des savoirs et des textes, les genres de littérature, et, très probablement, les modes mêmes de raisonner et de penser, même indépendamment de l’essor de l’intelligence artificielle. La progression linéaire se fait moins prégnante, au profit du «butinage» ou du «saut» d’une information à l’autre qu’induit l’utilisation d’Internet. Le délai de latence –et de liberté– qui pouvait exister entre l’événement, l’élaboration de l’information comme texte, sa diffusion par l’imprimé et son appropriation par les lecteurs, ce délai tend à se réduire, voire à disparaître dans une société dominée par les logiques de l’instantanéité, de l’immédiateté et de la mondialisation...
Le changement radical aujourd’hui engagé est effectivement très rapide, mais il n’en reste pas moins étonnamment progressif –l’unité de mesure se compte toujours en terme de générations. D’où le second point. La gestion et la conduite des sociétés humaines et des individus sont une science, en ce sens qu’elles s’appuient, ou qu’elles devraient s’appuyer, sur l’expérience pour déterminer les directions éventuellement les meilleures à prendre. Or l’expérience, dans les sciences humaine, c’est l’histoire: la connaissance du passé est l’une des conditions nécessaires à une conduite rationnelle des affaires du présent et, s’agissant d’histoire des idées, des représentations abstraites et des pratiques culturelles, une certaine connaissance des écrits et des imprimés constitue une voie privilégiée pour la compréhension des processus auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés.
Les bibliothèques et les musées du livre et de l’écrit ont ainsi une mission pédagogique d’autant plus importante que le changement semble omniprésent, que les mutations paraissent se succéder à un rythme plus soutenu, que la modernité en cours de redéfinition reste incertaine, voire inquiétante, et que le privilège est toujours donné à la mutation brutale par rapport aux systèmes historiques plus subtiles et plus profonds: visiter les bibliothèques et les musées du livre, c’est aussi, pour chacun, se donner les moyens d’articuler à plus long terme les logiques de la continuité et du patrimoine pour mieux comprendre le présent du monde complexe dans lequel il vit. 

Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26).
Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

mercredi 23 août 2017

Colloque d'histoire du livre

Tagung „Bibliotheksreisen“
Vorläufiges Programm

Eutiner Landesbibliothek
Mittwoch, 27. September 2017
Anreise der TeilnehmerInnen


Donnerstag, 28. September 2017
09:30
Eröffnung der Tagung
Grußworte: Landrat Reinhard Sager; Dr. Frank Baudach, Leiter der Eutiner Landesbibliothek

Einleitung: Prof. Dr. Axel E. Walter, Leiter der Forschungsstelle für historische Reisekultur
10:15  Eröffnungsvortrag Prof. Dr. Konrad Vössing (Universität Köln): "Bibliotheksreisen in der Antike"
11:00  Kaffeepause
11:30  Prof. Dr. Andris Levans (Universität Riga, Lettland): Sequntur libri quondam archiepiscopi Rigensis. Zur Büchersammlung Friedrichs von Pernstein – Unterwegs zwischen Avignon und Riga im 14. Jahrhundert"
12:15 Prof. Dr. Hans-Walter Stork (Erzbischöfliche Akademische Bibliothek Paderborn): [über Nikolaus von Kues]
13:00 Mittagspause

14:30 Prof. Dr. Anthony Bale (Birkbeck, University of London, Vereinigtes Königreich): "The Pilgrim’s Library project: Books and Reading on the Medieval Route to and from Jerusalem and Rome"
15:15 Martin Schaller / Jan Rörden (Austrian Institute of Technology, Wien): "Fremdwahrnehmungen in Reiseberichten 1500-1875: Eine Projektskizze"
16:00 Kaffeepause
16:45 Dr. Thomas Stäcker (Herzog August Bibliothek, Wolfenbüttel): "Von größter Wichtigkeit muss es sein, uns den Bibliothekar geneigt zu machen. Hilfestellungen zu erfolgreichen Bibliotheksreisen in der Frühen Neuzeit"
18:00 Stehempfang
19:30 öffentlicher Abendvortrag (Kreisbibliothek Eutin)
Prof. Dr. Drs. h.c. em. Klaus Garber (Universität Osnabrück): "Reisen in die Schatzhäuser des Geistes. Eindrücke und Ergenisse aus drei Jahrzehnten Forschungsreisen in die Bibliotheken Mittel- und Osteuropas"


Freitag, 29. September 2017
09:30 Prof. Dr. István Monok (Universität Szeged, Ungarn): "Frühneuzeitliche Berichte ungarländischer Studenten über Besuche europäischer Bibliotheken"
10:15 Prof. Dr. Włodomierz Zientara (Universität Toruń, Polen): "[Polnische Bibliotheksreisende in der Frühen Neuzeit]
11:00 Kaffeepause
11:30 Mag. Mariusz Brzeziński (Czartoryski Bibliothek Krakau, Polen): "Reisende polnische adlige Frauen im 18. Jahrhundert und ihre Kuriositätensammlungen"
12:15 Prof. Dr. Arvydas Pacevičius (Universität Vilnius, Litauen): "From curiosities to scholarly communication: Library travels and enlightenment. The case of Lithuania"
13:00 Mittagspause

14:30 Samuel Karp (Universität Hamburg): "Eine Apotheke des Geistes. Die Nürnberger Stadtbibliothek als interkonfessioneller Raum in einer jesuitischen Reisebeschreibung (1660)"
15:15 Prof. Dr. Attila Verók (Károly-Eszterházy-Universität Eger/Erlau, Ungarn): [über die Bibliotheksreisen des siebenbürgisch-sächsischen Universalgelehrten Martin Schmeizel (1679-1747)]
16:00 Kaffeepause
16:30 PD Mag. Dr. Thomas Wallnig (Universität Wien, Österreich): "Benediktinergelehrte auf Bibliotheksreise: Bernhard und Hieronymus Pez unterwegs in Österreich und Oberdeutschland, c. 1710-30"
17:15 Prof. Dr. Dr. h. c. Frédéric Barbier (Paris): "Die Bibliotheken in der „Literarischen Reise“ von den Mauristen (Voyage littéraire de deux religieux bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, Paris, 1717-1724, 3 Bde.)"
18:00 Bibliotheksführung
19:00 Gemeinsames Abendessen


Samstag, 30. September 2017
09:30 Dr. Winfried Siebers (Universität Osnabrück): "Die „Literarischen Reisen“ von Georg Wilhelm Zapf"
10:15 Dr. Jost Eickmeyer (Freie Universität Berlin): "Professionelle Bücherjagd im 17. und 19. Jahrhundert. Bollandisten und MGH-Mitarbeiter als Bibliotheksreisende in Italien"
11:00 Kaffeepause
11:30 PD Dr. Andreas Keller (Universität Potsdam): "Reisebibliothek und Bibliotheksreise: Erudition und Mobilität im Zweiten Kaiserreich (1871-1914)"
12:15 Abschlussdiskussion
13:00 Ende der Tagung

samedi 19 novembre 2016

Soutenance d'habilitation à diriger des recherches

Emmanuelle Chapron,
ancienne élève de l’École normale supérieure,
agrégée de l’Université, docteur en Histoire,
maître de conférences à l’Université d’Aix-Marseille, 
membre de l'Institut universitaire de France (junior)
 
présentera son dossier d’habilitation à diriger des recherches
le samedi 26 novembre 2016 

à 14h,
à l’École normale supérieure,
45 rue d’Ulm, 75005 Paris, 
salle W.
Le dossier s’intitule: «Travailler avec les livres, XVIIIe-XXIe siècle», et il comprend un mémoire inédit sur Composer des bibliothèques pour les enfants. Catégories pratiques et ordre des livres au XVIIIe siècle.
"Sapientia aedificavit sibi domum" (bibl. de Strahov, détail)
Le jury est composé de Mmes et MM.
Frédéric Barbier (CNRS, EPHE),
Bruno Belhoste (Paris-I, garant),
Laurence Brockliss (Oxford),
Anne-Marie Chartier (LAHRA/ENS Lyon),
Brigitte Marin (AMU),
Philippe Martin (Lyon II)
et Françoise Waquet (CNRS).
La soutenance est publique. 


Spécialiste de l’histoire des pratiques savantes et de l’histoire du livre à l’époque moderne, avec une orientation particulière vers l’édition pour la jeunesse, Emmanuelle Chapron a soutenu en 2004 sa thèse de doctorat en histoire: «Des bibliothèques a pubblica utilità. Politique culturelle et pratiques du livre à Florence au XVIIIe siècle» (ouvrage publié chez Droz en 2009). Elle a participé ou collaboré à de nombreuses manifestations ou publications annoncées sur ce blog, et a pendant six ans assuré une charge de conférence dans le cadre de l’École pratique des Hautes Études, IVe section («Histoire et civilisation du livre»).
On consultera ici sa page personnelle publiée sur le site du laboratoire Telemme à l’Université d’Aix-Marseille (avec sa bibliographie).

samedi 12 novembre 2016

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre


Lundi 21 novembre 2016
16h-18h
À propos des transferts culturels:
Naples, la Méditerranée occidentale 
et le royaume de France, XVe et XVIe siècles (2)

par 
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études

La Tavola Strozzi, première vue de Naples, à l'aube de l'époque moderne
Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (190 avenue de France, 75013 Paris, 1er étage).

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

mercredi 9 novembre 2016

Nouvelle publication sur l'histoire des bibliothèques

Vient de paraître:
Bibliothèques, décors, XVIIe-XIXe siècle,
dir. Frédéric Barbier, Andrea De Pasquale, István Monok,
Paris, Éditions des Cendres, 2016,
306 p., index, ill.en coul.
ISBN 978-2-86742-254-6

Table des matières
Frédéric Barbier, Bibliothèques, décors, XVIIe-XXIe siècle
Frédéric Barbier, Illustrer, persuader, servir: le décor des bibliothèques, 1627-1851
Elmar Mittler, Kunst oder Propaganda? Bibliothekarische Ausstattungsprogramme als Spiegel kultureller Entwicklungen und Kontroversen in Renaissance, Gegenreformation, Aufklärung und Klassizismus
Hans Petschar, Der Pruncksaal der Österreichichen Nationalbibliothek : zur Semiotik eines barocken Denkraumes
Andreas Gamerith, Klosterbibliotheken des Wiener Umlandes: alte und neue Motive
Michaela Seferisová Loudová, Ikonographie der Klosterbibliotheken in Tschechien, 1770-1790
Szabolcs Serfözö, Barocke Deckenmalereien in klosterbibliotheken des Paulinerordens in Mitteleuropa
Anna Jávor, Bücher und Fresken: die künstlerische Ausstattung von Barockbibliothecken in Ungarn
János Jernyei-Kiss, Die Welt der Bücher auf einem Deckenbild: Franz Sigrists Darstellung der Wissenschaften im Festsaal des Lyzeums in Erlau
Doina Hendre Biró, Le décor de la Bibliothèque et de l’Observatoire astronomique fondés par le comte Ignác Batthyány, évêque de Transylvanie, à la fin du XVIIIe siècle
Yann Sordet, D’un palais (1643) l’autre (1648): les bibliothèque(s) Mazarine(s) et leur décor
Fiammetta Sabba, I Saloni librari Borrominiani fra architettura e decoro
Andrea De Pasquale, L’histoire du livre dans le décor des bibliothèques d’Italie au XIXe siècle
Jean-Michel Leniaud, L’invention du programme d’une bibliothèque (1780-1930)
Alfredo Serrai, I vasi o saloni librari. Ermeneutica della iconografia bibliotecaria
Index locorum et nominum
Attention! Cet ouvrage poursuit la collection ouverte avec Bibliothèques, Strasbourg, origines-XXIe siècle. Il sera présenté officiellement à l'occasion du colloque international de Rome, à la Bibliothèque nationale centrale, le 16 novembre prochain en fin de matinée. En outre, il fait l’objet d’une édition allemande, sous l’égide de l’Académie des sciences de Hongrie (Budapest), et d’une édition italienne, sous l’égide de la Bibliothèque nationale centrale de Rome.

dimanche 6 novembre 2016

Colloque international à Rome

Le Biblioteche anche come Musei: dal Rinascimento ad oggi 

Biblioteca nazionale centrale di Roma
16-17 novembre 2016



Negli ultimi decenni, grazie ad una mirata politica d'incremento dei suoi fondi, la Biblioteca Nazionale Centrale di Roma ha sempre più assunto la connotazione di archivio di raccolte degli autori contemporanei: è nata da qui l'idea di realizzare un vero e proprio museo della letteratura del Novecento, l'area espositiva permanente Spazi900, ideata e progettata dal Direttore della BNCR Andrea De Pasquale, inaugurata il 10 febbraio 2015 alla presenza del Ministro dei Beni e delle Attività culturali e del Turismo Dario Franceschini.
Spazi900 si compone di una Galleria degli scrittori, dove sono esposti manoscritti, prime edizioni, edizioni rare e libri d'artista di alcuni tra i più rilevanti autori della letteratura del Novecento (d'Annunzio, i Futuristi, Pirandello, Ungaretti, Montale, Bertolucci, Caproni e Penna, i Novissimi, Calvino) e trova il suo fulcro ne La stanza di Elsa - ricostruzione con arredi originali del laboratorio di scrittura di Elsa Morante, di cui la Biblioteca possiede un fondo straordinario per unicità e completezza -, cui si è aggiunta dal novembre 2015, in occasione dei quarant'anni dalla sua scomparsa, l'area «Ragazzi leggeri come stracci». Pier Paolo Pasolini dalla borgata al laboratorio di scrittura, uno spazio diviso per ambienti e raccontato attraverso le opere del poeta di Casarsa, di cui la Biblioteca conserva i dattiloscritti originali dei romanzi Ragazzi di vita e Una vita violenta, prime edizioni, saggi, testi teatrali e abbozzi cinematografici.
La progettazione di Spazi900 affonda, però, in una tradizione antica. Le biblioteche sono sempre state fin dalle origini luoghi da visitare non solo da parte di studiosi, ma anche di turisti, uomini di cultura e raffinati curiosi.
I viaggiatori colti del '700 inserivano abitualmente le visite alle biblioteche nei percorsi del Grand Tour: in biblioteca non si andava soltanto per consultare libri, ma anche per ammirare cimeli, libri rari e antichi, legature preziose, miniature ed incisioni. La presenza di spazi espositivi permanenti divenne così una caratteristica delle biblioteche italiane statali a partire dalla prima metà dell'800 e fino agli anni '40 del '900.
Traendo spunto da questo aspetto fondamentale delle biblioteche storiche e dalla significativa esperienza di Spazi900, la Biblioteca Nazionale Centrale di Roma promuove oggi le giornate internazionali di studio, a cura di Andrea De Pasquale, Le Biblioteche anche come Musei: dal Rinascimento ad oggi.
L'iniziativa si inserisce nell'alveo della recente riforma Franceschini del MiBACT, che ha sottolineato il ruolo strategico dei musei nella compagine dei beni culturali italiani e lo stretto legame tra essi e le biblioteche, ribadito anche dagli accorpamenti con i relativi poli museali, come è avvenuto per la Biblioteca Nazionale Braidense di Milano, la Biblioteca Reale di Torino, la Biblioteca Palatina di Parma, la Biblioteca di Archeologia e Storia dell'Arte di Roma, la Biblioteca dei Girolamini di Napoli.
In un momento di scarsa visibilità delle biblioteche e di necessità di valorizzare preziose collezioni troppo spesso sconosciute, l'appuntamento promosso da Le Biblioteche anche come Musei intende riproporre, anche grazie al sostegno delle tecnologie, il tema delle biblioteche come possibili luoghi museali, aperti ai visitatori, dotati di supporti multimediali e in grado di rendere fruibili gli ambienti monumentali, decorati e ricchi di opere d'arte, che spesso le biblioteche storiche ospitano, avanzando una riflessione in linea con il panorama internazionale, sul modello della Österreichische Nationalbibliothek di Vienna, della Trinity College Library di Dublino, della Sir John Ritblat Gallery nella British Library, della Biblioteca Nazionale di Madrid, e anche di biblioteche italiane non statali come l'Ambrosiana di Milano. 

16 Novembre 2016
Ore 9.00
Saluti istituzionali
Rossana Rummo, Direttore generale Biblioteche e istituti culturali
Andrea De Pasquale, Direttore Biblioteca Nazionale Centrale di Roma

Ore 9.30-13.00
I musei-biblioteche dal Rinascimento al XIX secolo
Modera Giuliano Volpe, Consiglio Superiore dei beni culturali, Università di Foggia

Frédéric Barbier, École Pratique des Hautes Études, Parigi
Biblioteche e musei: qualche riflessione in una prospettiva storica
István Monok, Università di Szeged, Ungheria
Le musée de la bibliothèque ou la bibliothèque du musée
Angela Adriana Cavarra, già Biblioteca Casanatense, Roma
I musei nelle biblioteche conventuali: il caso di Roma tra XVI e XVIII secolo
Rita Fioravanti, Biblioteca Casanatense, Roma
Il "museolum" della Biblioteca Casanatense: una ricostruzione virtuale
Doina Biro, Batthyaneum, Alba Iulia, Romania
Les collections de la Bibliothèque Batthyaneum d'Alba Iulia (Roumanie). Intégrer les livres avec les objets muséographiques
Fiammetta Sabba, Università di Bologna - Ravenna
Le biblioteche italiane negli 'itinera erudita et bibliothecaria': riflessioni su turismo e Grand Tour
Maria Luisa Lopez-Vidriero, Biblioteca Real, Madrid
Un museo del libro per sostenere un re: Alfonso XIII e la Real Biblioteca

Frédéric Barbier, Istvan Monok, Andrea De Pasquale, Marc Kopylov
Presentazione del volume Bibliothèques. Décors XVIII-XIX siècles, Paris, Budapest, Rome, Éditions des Cendres, 2016. 

Ore 14.30-18.30
I musei nelle biblioteche oggi
Modera Giovanni Solimine, Sapienza Università di Roma
Andrea De Pasquale, Biblioteca Nazionale Centrale di Roma

Jean-François Delmas, Bibliothèque-musée Inguimbertine, Carpentras
La bibliothèque-musée Inguimbertine de Carpentras: un concept ancien réactualisé au XXIe siècle
Christophe Didier, Bibliothèque nationale et universitaire, Strasburgo
Ibridismo, FabLab, terzo luogo... museale ?: Strasbourg alla ricerca di un'identità complessa
Eleonora Cardinale, Biblioteca Nazionale Centrale di Roma
I musei della letteratura nelle biblioteche italiane: Spazi900
Marisa Midori Deaecto, Universidade de São Paulo, Brasile
Un exemple outre-mer. Une "Brasiliane" pour le lecteur du XXe siècle. De la salle de lecture à un projet muséologique pour la Bibliothèque de Sao Paulo du Brésil
Jean-Michel Leniaud, École Nationale des Chartes, Parigi
Supputations sur l'avenir de la salle Labrouste, à la Bibliothèque nationale de France, rue de Richelieu, Paris
 

Presentazione della traduzione del volume
Frédéric Barbier, Storia delle biblioteche, Milano, Editrice Bibliografica, 2016 (traduzione italiana di: Histoire des Bibliothèques).

17 Novembre 2016
Ore 9.30-13.00
Le biblioteche e i Musei: quale integrazione dopo la Riforma Franceschini
Modera Andrea De Pasquale, Biblioteca Nazionale Centrale di Roma

 
Lorenzo Casini, IMT Alti studi Lucca; MiBACT
Le biblioteche nei Musei nella riforma Franceschini
James Bradburne, Pinacoteca di Brera, Milano
La Pinacoteca di Brera con la Biblioteca Braidense
Enrica Pagella, Musei Reali, Torino
La Biblioteca il Palazzo, il Museo: il caso di Torino
Martina Bagnoli, Gallerie Estensi, Modena
La biblioteca nel museo: una grande opportunità per le collezioni storiche. Il caso dell’Estense di Modena 

Anna Manfron, Biblioteca dell'Archiginnasio, Bologna
L'Archiginnasio: una biblioteca con vocazione museale
Mariella Guercio, ANAI Associazione Nazionale Archivistica Italiana, Roma
Le biblioteche e i musei. E gli archivi? 

 
Conclude on. Antimo Cesaro, Sottosegretario del Ministero dei Beni e delle Attività Culturali e del Turismo


Site officiel du colloque

 

jeudi 3 novembre 2016

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre


Lundi 7 novembre 2016
16h-18h
À propos des transferts culturels:
Naples, la Méditerranée occidentale 
et le royaume de France, XVe et XVIe siècles

par 
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études

Première édition napolitaine (?): Hieronymus, Epistolae, [Roma (Napoli?), Sixtus Riessinger, ca 1467 (ca 1473?)] (GW 12420 (© BSB)..
Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (190 avenue de France, 75013 Paris, 1er étage).

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

mardi 25 octobre 2016

Transferts culturels triangulaires

Nous avons à plusieurs reprises employé ici même le concept de «paysage culturel», à propos de la vallée de la Moselle, de l’Allemagne moyenne ou encore de la côte de la Baltique. Le terme de «culture» est évidemment à prendre dans son acception la plus large, de sorte que de tels «paysages» peuvent avoir une extension très grande, à l’image des réseaux négociants de la Hanse au XVe siècle: de Tallinn / Reval à Danzig, à Lübeck, à Bergen, à Bruges et à Londres, ce ne sont pas seulement des marchandises qui circulent et qui s’échangent, mais aussi des valeurs, des informations, des pratiques de toutes sortes, des hommes, des savoirs, voire des modèles de sensibilité artistique ou encore religieuse. Le voyageur qui, aujourd’hui encore, découvre certaines de ces villes leur trouve comme un certain «air de ressemblance», qu’il s’agisse de la topographie ou de l’architecture, sans oublier le sentiment d’identité, voire d’indépendance. Au cœur de la ville, la place du marché, avec les bâtiments emblématiques de la collectivité urbaine que sont la maison commune, le cas échéant la grande halle de la bourse et l’église principale. 
D’autres géographies doivent aussi être prises en considération. Nous voici, cette fois, entre la péninsule italienne et l’Espagne: la mer Tyrrhénienne est la plus fermée qui s’étend de la côte italienne aux grandes îles de Corse, de Sardaigne et de Sicile, tandis que, au-delà, c’est l’espace de la Méditerranée occidentale, avec les Baléares. 

De la fin du Moyen Âge au XVIe siècle, les solidarités y sont d’abord d’ordre politique: le royaume d’Aragon, à l'origine petit État montagneux des Pyrénées centrales, progresse vers le sud jusqu’à l’Èbre et transporte sa capitale de Jaca à Saragosse. Quelques grandes étapes en feront la puissance majeure de la Méditerranée occidentale: l’intégration du comté de Barcelone (1151), l’implantation au nord des Pyrénées (Roussillon, partie du Languedoc et de la Provence), puis la reconquête des Baléares (1229) et du royaume de Valence (1238), avant l’installation en Sicile à la suite des «Vêpres siciliennes» de 1282, et la prise de la Sardaigne contre Gênes (1329). Enfin, Alphonse le Magnanime s’empare du royaume de Naples, et fait une entrée spectaculaire dans la ville en 1443…
Dans le même temps, la montée en puissance de Rome, où les papes se réinstallent définitivement en 1420 et à laquelle ils cherchent à rendre son statut de capitale du monde chrétien, dynamise encore les échanges: de fait, prélats et clercs espagnols sont bien évidemment en nombre à Rome –un cas emblématique étant celui des Torquemada, dont on sait le rôle dans le transfert de l'imprimerie vers l'Italie. La Ville de Rome fonctionne ainsi comme un pôle de première importance, mais aussi, nous allons le voir, comme une ville étape sur la route du sud.
Arrêterons-nous maintenant sur la première diffusion de la typographie en caractères mobiles, et sur le rôle qu’y a joué l’espace de la Méditerranée occidentale. Les premières presses italiennes apparaissent, comme on sait, dans la décennie 1460: on connaît une société fondée à cet effet à Rome autour de 1465, mais les premiers titres connus qui aient été conservés sont ceux donnés cette même année par Sweynheim et Pannartz à Subiaco. Comme c’est le cas général, les émigrés allemands jouent le rôle de passeurs, notamment, à Rome, avec Ulrich Hahn et son fils, Heinrich. Sixtus Riessinger est un clerc, ancien étudiant de l’université de Fribourg et qui s’est formé à Strasbourg: nous le rencontrons d’abord à Rome, où il est venu en 1465 pour solliciter une charge canoniale, et où il se rapproche de son compatriote Hahn. Il aurait peut-être collaboré à la première édition des Œuvres de saint Jérôme (GW 12420), à moins qu’il ne les ait imprimées lui-même.
Or, Riessinger est le prototypographe de Naples, à partir de 1470/1471, et son matériel provient apparemment de chez Hahn. Dans les années qui suivent, d’autres villes des «Deux-Siciles» accueillent à leur tour des presses, même si le plus souvent de manière temporaire: Messine (± 1474) et Reggio de Calabre (1475), puis Cosenza et Palerme (1478) et enfin, dans la décennie 1480, Gaète et Capoue. Une place à part doit être faite à Cagliari, en 1493. Notons que la typographie hébraïque est particulièrement active en Italie méridionale, surtout à Messine.
D’Italie, les réseaux s’étendent à la péninsule ibérique. Les «compagnons allemands» appelés par la reine Isabelle à Séville en 1490 viennent précisément de Naples: Paul (de Cologne), Johann Pegnitzer (de Nuremberg, † 1501), Magnus Herbst (de Vils ?) et Thomas Glockner. Tous ces techniciens restent souvent des itinérants, et Riessinger lui-même retournera à Rome, avant de rentrer finalement à Strasbourg.
Les transferts d’Allemagne vers ou par l’Italie du Sud et la Méditerranée occidentale ne se limitent pourtant pas à l’espace privilégié de la région rhénane, et nous assistons à la montée très rapide en puissance d’un autre espace géographique, celui de l’Europe centrale, dominé notamment, mais pas uniquement, par la maison de Habsbourg. Les principaux itinéraires alpins débouchent sur Venise ou, par le Brenner et l’Adige, sur Vérone. Un Saxon, Johann Luschner, exerce un temps à Barcelone, de même que son compatriote Heinrich Botel à Saragosse, sans cependant que nous puissions préciser leur itinéraire. De même, nous ne savons pratiquement rien de Johann Adam «de Polonia», un temps typographe à Naples.
Mais, parmi les successeurs de Riessinger à Naples, voici Mathias de Moravie (Moravus), lequel vient d’Olmütz, et a exercé comme scribe dans la région de Trente, avant de s’orienter vers l’art nouveau de la typographie, d’abord à Gênes, puis à Naples. Deux de ses compagnons retiennent encore l’attention en ce qu’ils disposent d’une partie de son matériel quant ils passent la mer et s’installent à leur tour en Espagne. Nous retrouvons en effet Meinard Ungut et Stanislas «le Polonais» (Polonus) à Séville en 1491, avant que Pegnitzer et Ungut ne se transportent ensuite à Grenade tout juste reconquise. Ungut s’est apparemment marié à Naples, et on sait que sa veuve, en épousant Jakob Cromberger, est à l’origine d’une des plus importantes dynasties en Espagne au début du XVIe siècle.
La conjoncture est alors très profondément renouvelée: le rapprochement de l’Aragon et de la Castille, et la fin de la Reconquista, favorisent le glissement du pôle politique principal de l’Espagne vers l’ouest. Dans le même temps, les routes maritimes occidentales sont de longue date en cours d’exploration le long des côtes d’Afrique, mais la découverte de l’Amérique est à l’origine d’un renversement décisif de la géographie commerciale au profit de l’Atlantique. Le nouvel empire espagnol se développera désormais outre-mer. 

NB- Nous avons privilégié ici la construction des «transferts triangulaires», entre l’Europe du nord, l’Italie et la péninsule ibérique. Il ne faut pourtant pas oublier qu’un certain nombre des premiers typographes espagnols vient des pays germanophones par d’autres voies –à l'image de Paul Hurus, qui passe de Constance aux Pays-Bas, avant de travailler en Espagne et de se lancer dans la branche de la librairie.