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dimanche 30 mars 2014

Almanach et innovation de produit

Une thèse tout récemment soutenue sur la dynastie parisienne des imprimeurs-libraires d’Houry, professionnels d’abord connus en tant qu'éditeurs de l’Almanach royal, amène à revenir sur la problématique de ce genre bien particulier qu’est précisément l’almanach. La mode a en effet longtemps été, chez les historiens du livre, à l’étude des almanachs, lesquels constituent un genre bibliographique très spécifique.
Commençons par la bibliographie matérielle: l’almanach peut se présenter sous la forme d’un simple placard donnant d’abord le calendrier, mais il peut aussi être une «pièce» ou un petit volume in-quarto (par ex., le Grand messager boîteux), voire un gros in-octavo (par ex. l’Almanach royal). Sur le plan du contenu, il peut se borner à des informations simples (la calendrier avec l’indication des fêtes, des dates des foires, etc.), ou présenter, selon le cas le plus courant, une partie de récréation et d’information.
Compost, ou Calendrier des bergers
La grande majorité des titres relève du modèle de l’almanach généraliste (on s’adresse à un lectorat global), mais un nombre croissant se tourne vers une forme de spécialisation par le public (l’Almanach des dames), spécialisation elle-même plus ou moins articulée avec un contenu davantage ciblé (encore une fois, l’Almanach royal). Enfin, une caractéristique d’ensemble réside, en principe, dans le fait que l’almanach est un annuaire, alias qu’il est publié régulièrement chaque année.
Ajoutons que certains titres qui ne sont pas des almanachs donnent un contenu relevant pour partie de ce genre: un exemple très frappant est donné par les livres d’Heures, qui présentent pratiquement toujours un calendrier en tête, et qui remplissent la même fonction que celle de l’almanach, à savoir un vademecum accompagnant le lecteur au fil de la journée, et au fil de l’année. Bref, l’almanach constitue un paradigme qui se décline sous un grand nombre de formes différentes: cette multiplicité, qui rend l’analyse d’ensemble plus difficile, invite à faire appel à des catégories transversales, parmi lesquelles celle de l’innovation de produit semble l’une des plus intéressantes.
L’almanach correspond en effet d’abord à une spéculation éditoriale, qui vise à toucher un lectorat nouveau auquel on propose un ensemble de textes utilitaires et éventuellement récréatifs: le Compost ou Calendrier des bergers, donné pour la première fois par Guy Marchant à Paris en 1491, en est l’un des prototypes (nous lui avons consacré une partie des conférences de l’Ecole pratique des Hautes études en 2008-2009). L’almanach n’a pas d’auteur désigné, mais c’est l’éditeur qui réunit ou qui commande un ensemble de textes dont il pense qu’ils sont susceptibles d’intéresser le lecteur. Guy Marchant se signale de fait, à partir de 1482, comme un professionnel particulièrement novateur, avec la publication de multiples Danses macabres (en 1485), et avec l’introduction en France de la pratique de la marque typographique (M.-L. Polain, Marques des imprimeurs et libraires en France au XVe siècle, Paris, 1926). Le Compost est l’une des «inventions» d’un professionnel qui s’impose rapidement parmi les premiers dans sa branche d’activités.
De même, on a trop souvent associé almanach et lecture «populaire» pour qu’il ne soit pas nécessaire de revenir ici sur le principe même de cette articulation: non, les almanachs ne sont pas nécessairement l’«encyclopédie du pauvre» (y compris s'agissant du calendrier), et ils ne constituent pas la «bibliothèque» de celui qui, ne pouvant pas se procurer de livres, doit se limiter à l’unique forme d’un digest plus ou moins réussi mais toujours bon marché. Reprenons à grands traits la chronologie.
Nous sommes, dans la seconde moitié du XVe siècle, face à un lectorat élargi, mais qui reste malgré tout limité. Or, l’un des secteurs du marché les plus dynamiques concerne  le groupe de ces laïcs plus ou moins fortunés, et qui souvent ont conquis un grade universitaire. Ce sont d’abord eux les nouveaux lecteurs, qui se constituent de petites bibliothèques, et c’est à eux que s’adressent les libraires avec leurs Heures, leurs romans (Mélusine!), et leurs titres dérivés du Compost.
Dans un second temps (après 1480), le lectorat s’ouvre, et une nouvelle forme d’innovation de produit se met en place: l’almanach intègre ce secteur de la «librairie» qui part à la quête d’un public élargi («populaire»), les titres anciens sont déclassés (pratiquement, au sens marxiste du terme), et la «Bibliothèque bleue» de Troyes (pour nous limiter à la France) recycle ces textes désormais destinés à de nouveaux lecteurs. Un troisième temps (le XVIIIe siècle?) est celui de l’approfondissement et d’une possible spécialisation, laquelle peut correspondre à une forme de rationalisation bureaucratique ou autre (notamment dans le cas de l’Almanach royal).
Il conviendrait de prolonger le schéma à l’époque de la «deuxième révolution du livre», la révolution industrielle, mais nous devons ici conclure: rien que de normal si l’almanach, en temps que spéculation éditoriale, obéit à une conjoncture qui renvoie fondamentalement à l'évolution d’ensemble de la branche de l’imprimé (Buchwesen). Dès lors que le livre est devenu une «marchandise», sa conjoncture obéira en effet à la logique générale de la «marchandise», et fera la fortune des professionnels les plus à même de l'exploiter.

dimanche 17 février 2013

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 18 février 2013
16h-18h
Les almanachs en langue française
dans l'aire culturelle germanophone 1700-1830
Éditeurs, formes éditoriales, transferts,
par
Monsieur Hans Jürgen Lüsebrink,
professeur à l’université de Sarrebruck,
directeur d'études invité étranger (2010-2011)

Nota: La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. Pendant la fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2012-2013.
Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand).
Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

lundi 27 septembre 2010

HIstoire des almanachs et transferts culturels à l'époque des Lumières

L'université de Marburg organise une rencontre interdisciplinaire consacrée à "La culture des almanachs en français dans l'espace germanophone (1700-1815)". Les responsables du programme d'étude sont les Pr. York-Gothart Mix (Marburg) et Hans-Jürgen Lüsebrink (Sarrebruck).

En effet, le XVIIIe siècle a vu la parution d'un nombre non négligeable de publications périodiques en français réalisées à l'étranger, notamment dans les pays allemands. Leur typologie est très complexe, qui juxtapose par exemple le Nouvelliste politique d'Allemagne et l'Almanach de la Cour de S.A.S.E. de Cologne (publié à partir de 1719), ou encore les différents titres académiques publiés en Hesse (Cassel), en Hanovre (Göttingen) et en Saxe (Gotha), voire un genre comme celui de l'Almanach des dames avec ses multiples variantes tant en français qu'en allemand. L'Almanach de Gotha est directement publié en français, et constitue comme le répertoire biographique des cercles du pouvoir dans les différents États. Son succès est européen.
On voit combien le terme même d'almanach (dont la traduction classique allemande est donnée par Calender) peut être ambivalent, puisqu'il oppose notamment un modèle de cour dont le prototype est peut-être à rechercher dans l'Almanach royal à Paris et à Versailles, et progressivement un modèle moins "distingué", que l'on a longtemps et faussement défini comme "populaire" mais qui fonctionne en réalité comme un véritable paradigme aux multiples déclinaisons. Cette polysémie perdure au XIXe siècle, sinon plus tard.
L'étude de l'almanach de cour met en évidence l'importance de la fonction de représentation, dans une perspective inspirée à la fois de Jürgen Habermas et de Pierre Bourdieu. Pourtant, la représentation n'est pas tout, et l'almanach s'impose aussi comme cet usuel qui détaille les rouages de l'administration et qui constitue avant la lettre comme le Who's who de toutes les personnalités "qui comptent", par exemple dans le royaume de France. En réalité, il doit aussi être analysé comme un exceptionnel outil au service de la rationalité et de la modernité de l'administration. L'exemple de l'électorat de Palatinat constitue presqu'un cas d'école, puisqu'il fait paraître parallèlement deux almanachs officiels, le premier en allemand, le second en français (ce dernier sous le titre d'Almanach électoral palatin).Sans parler de l'Almanach de la loterie électorale...
Aborder les almanachs dans une perspective comparatiste permet de faire à nouveau ressortir le rôle central des intermédiaires culturels que sont les éditeurs et libraires de fonds, mais aussi leurs commanditaires (par exemple dans les milieux de cour), les rédacteurs, les auteurs, éventuellement les traducteurs, etc.
D'une manière générale, la conjoncture spécifique qui est celle des pays germanophones au XVIIIe siècle détermine puissamment le genre: l'almanach pourra paraître chose de la cour et de certaines élites, surtout s'il est en français, à une époque où les intérêts d'une grande partie des lecteurs allemands se tournent de plus en plus vers la problématique de la langue et de la littérature nationales.
La situation qui s'imposera avec la Révolution de 1789 donnera bientôt à certains l'opportunité de faire passer des messages au contenu politique plus marqué -et le rôle des femmes aussi change alors profondément, comme le montre la juxtaposition des titres l'Almanach des dames et de l'Almanach de la citoyenne. Le rôle de la noblesse est lui aussi déplacé à partir de cette époque: la Révolution française ne détruit pas la noblesse, mais elle fait passer celle-ci du statut d'ensemble des seigneurs à celui de groupe de grands notables et de notables susceptibles de s'agréger des personnalités aux origines les plus variées.
Bien d'autres questions reste posées, qui concernent par exemple les almanachs non pas produits en Allemagne, mais éventuellement importés de France ou des autres régions francophones. Nous croyions la problématique relative aux almanachs relativement bien connue: le colloque de Marburg vient à point pour nous rappeler qu'il n'en est rien, mais aussi pour enrichir nos connaissances sur un sujet qui reste toujours actuel. L'almanach, surtout dans la configuration ici évoquée, d'une publication en français produite ou circulant en Allemagne, fonctionne comme un média qui informe puissamment l'historien sur son environnement et sur les représentations qu'il supporte et qu'il véhicule.
Informations sur le colloque (et bibliographie en allemand): Histoire du livre: les almanachs
Quelques clichés sur Marburg et sur les participants du colloque: Histoire du livre à Marburg

mardi 13 avril 2010

Conférence d'histoire du livre

Vendredi 16 avril 2010, 14h-16h
Quatrième séance du séminaire "Langues, livres, lecteurs".

Les almanachs français imprimés en Allemagne, 1700-1815: genres, éditeurs, structures, par Monsieur Hans-Jürgen Lüsebrink, professeur à l'Université de Sarrebruck

Hans-Jürgen Lüsebrink est titulaire de la chaire d'étude des Langues romanes et communication interculturelle à l'Université de Sarrebruck. Il a publié récemment:
Kulturtransfer im Epochenumbruch. Frankreich/Deutschland 1770-1815
(Leipzig, Leipziger Universitätsverlag, 1996, 2 vol.), ouvrage en collaboration;
Les Lectures du peuple en Europe et dans les Amériques (XVII-XXe siècle) (Bruxelles, Editions Complexe, 2003), ouvrage en collaboration;
Transferts culturels entre l’Europe et l’Amérique du Nord aux XVIIIe et XIXe siècles. Circulation des savoirs, réappropriations formelles, réécritures (numéro thématique de la revue Tangence (Québec), 2003, n° 72, p. 5-110);
Interkulturelle Kommunikation. Interaktion – Kulturtransfer – Fremdwahrnehmung (Stuttgart/Weimar, Metzler-Verlag, 2005, nouv. éd. revue et augmentée, 2008.
Il est l'un des responsables de l'édition critique de:
Guillaume-Thomas Raynal, Histoire philosophique et politique des établissemens et du commerce des Européens dans les deux Indes, Édition critique (Ferney-Voltaire, Centre International d’Étude du XVIIIe siècle). Le premier volume vient de sortir.

Le séminaire se tient dans la salle de réunion de l'Institut d'histoire moderne et contemporaine, École normale supérieure, 45 rue d'Ulm, 75005 Paris (01 44 32 31 52). Entrée libre dans la limite des places disponibles.

Informations sur le séminaire:
http://www.ihmc.ens.fr/Langues-livres-lecteurs-le.html