Affichage des articles dont le libellé est mobilier de bibliothèque. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est mobilier de bibliothèque. Afficher tous les articles

samedi 25 mai 2019

La modélisation par les globes

Il y a déjà un certain temps, nous rappelions ici-même tout l’intérêt qu’il y aurait à articuler une histoire des idées et des processus de connaissance, avec une histoire des pratiques et, surtout, avec une histoire d’un certain nombre de dispositifs formels et matériels grpace auxquels et à travers lesquels les constructions intellectuelles peuvent être élaborées. Henri-Jean Martin ne dit pas autre chose, lorsqu’il développe sa théorie de la «mise en texte» des imprimés: le texte sera plus ou moins adapté aux caractéristiques (matérielles, économiques, etc.) du support qui sera le sien, mais surtout, il ne peut se donner à lire qu’à travers ce support même. De même, Georges Duby explique-t-il qu’il y a une matérialité de l’écriture –entendons, que le processus d’écriture est pour partie le produit de ses propres conditions matérielles d’émergence et de fonctionnement.
Cette problématique, familière aux historiens du livre, peut être élargie, comme l’a montré l’exposition De l’argile au nuage: l’organisation, non pas seulement abstraite (logique de classement, etc.), mais surtout matérielle des catalogues, témoigne de ce que ceux-ci sont susceptibles d’un certain type d’interrogations ou de pratiques d’interrogation, à l’exclusion des autres. On pensera aussi à la pratique qui consiste à «fourrer» les exemplaires de feuillets blancs permettant de noter les futurs enrichissements ou corrections et répondant ainsi au besoin de renforcer l’efficacité du volume imprimé.
D’autres dispositifs sont bientôt en œuvre, dans lesquels l’outil de la virtualité apparaît dans toute sa puissance. De plus en plus, à la fin du Moyen Âge, on raisonne dans l’abstrait et en dehors des catégories transcendantes, de sorte que le monde peut se refléter dans un «monde de papier» qui permet de connaître et de manipuler le monde réel. Le travail sur la cartographie, l’astronomie, les sciences naturelles, etc., montre comment les propriétés du réel sont perçues comme apparentes, quand ses catégories véritables sont à la fois rationnelles et cachées.
Le globe de Behaim, qui reprend la vision du monde par Ptolémée (GNM, Nuremberg)
Lorsque Galilée (1564-1642) écrit que «la nature est écrite en langage mathématique», il pousse le raisonnement à son terme: la pensée s’organise sur la base de représentations qui permettent de faire fonctionner l’univers sensible à la manière d’un système de signes, en l’occurrence une modélisation mathématique. le concept de «monde de papier» désigne l’ensemble des catégories, modèles et artefacts liés à l’écrit et à l’aide desquels se pense le monde extérieur.
Des modèles sont alors construits, et l’on rappellera ici que le premier globe terrestre est fabriqué à Nuremberg, par Martin Behaim (lui-même élève de Regiomontanus) en 1492, l’année de la traversée transatlantique par le Gênois. Les applications de la représentation (de la modélisation) abstraite peuvent être d’une immense importance pratique: reprenant l’exemple de Behaim, on pensera à la découverte de Ptolémée par le biais de l’Imago mundi de Pierre d’Ailly (publiée par Johannes de Westfalia), et à la réflexion sur le modèle ptolémaïque de l’univers, laquelle aurait poussé les navigateurs à gagner les Indes orientales précisément en leur tournant le dos et en s’embarquant vers l’Ouest.
Instruments de connaissance, les globes fonctionnent aussi très tôt comme des symboles de pouvoir –l’orbe crucigère tenue par le Christ manifeste l’universalité de son règne. Dans les plus spectaculaires comme dans les plus modestes collections, les globes apparaissent à la fois en tant qu’instruments de la connaissance, en tant que témoignages du projet encyclopédique qui est celui de la bibliothèque «moderne», et en tant que signes du pouvoir: ainsi à l’Escorial, à la bibliothèque du Klementinum de Prague, au monastère de Saint-Gall, à la Bibliothèque nationale de France (les globes de Coronelli), ou encore, à l’autre extrémité du spectre, à la bibliothèque de la Natio Germanica de l’université d’Orléans. Le catalogue de celle-ci ne s’ouvre-t-il pas, en 1664, par la mention des globes (Globus cœlestis & terrestris) et de la sphère armillaire?

lundi 10 septembre 2018

Près de Paris: un vestige d'une ancienne bibliothèque

Au nord de Paris au tournant du XIe au XIIe siècle, Chaalis est situé dans un environnement de bois et de cours d’eau, auquel fait d'ailleurs référence le nom de la commune actuelle, Fontaine-Chaalis. Mais Chaalis est aussi à proximité de plusieurs possessions royales, des domaines ruraux, et surtout la ville de Senlis et son palais royal (rappelons que Senlis voit l’accession d’Hugues Capet au trône royal, en 987).
Vue générale (cliché Institut de France): à gauche, la chapelle de l'abbé; au centre, les vestiges de l'église et du cloître; à droite, le château-musée
Un moulin y est d’abord exploité, avant la fondation d’un prieuré bénédictin, lequel est rattaché à l’ordre de Cîteaux en 1127, puis érigé en abbaye indépendante dix ans plus tard. La nouvelle maison est protégée par le roi, et elle reçoit des dons nombreux et importants de la part de la famille et de l’entourage du capétien, et des seigneurs locaux (comme les Bouteillier de Senlis), au point de devenir rapidement une puissance: près d’une vingtaine de «granges» (dont certaines, très belles, conservées aujourd’hui), correspondant à des exploitations agricoles incluant des activités artisanales (pressoirs, moulins, etc.), et plusieurs hôtels en ville, dont l'un à Paris.
C’est l’abbé Guillaume du Donjeon, ancien prieur de Pontigny et futur archevêque de Bourges, qui lance à la fin du XIIe siècle un vaste chantier de construction, avec divers bâtiments organisés autour de la nouvelle église, Celle-ci est élevée en style gothique, et consacrée dès 1219 (peut-être avant même l'achèvement du chantier). Le grand cloître lui est adossé au nord, avec ses quatre galeries et, au premier étage, le vaste dortoir donnant directement sur le bras nord du transept.
L'armarium de Chaalis
Chaalis est le siège d’une activité intellectuelle très importante, comme en témoignent le catalogue du XIIe siècle (Bibliothèque de l’Arsenal, ms. 351, f. 123-127) et nombre de manuscrits conservés à la Bibliothèque nationale de France et dans un certain nombre d’autres établissements, notamment par le biais du fonds de Saint-Martin-des-Champs. Plusieurs moines, prieurs ou abbés ont par ailleurs laissé un nom, dont le plus célèbre est probablement Guillaume de Diguleville, auteur du Pèlerinage de la vie humaine.
Ce n’est pas ici le lieu de résumer l’histoire de l’abbaye de Chaalis, mais de signaler un vestige archéologique rare, et qui intéresse l’historien du livre. En effet, alors que ne subsistent que des ruines de l’ancienne abbaye, les vestiges du grand cloître présentent, au début de la galerie est, une double niche jumelle en plein cintre. Cette niche correspond à l’ancien armarium destiné à abriter les livres liturgiques et ceux servant à la lectio divina: il s’agit d’une sorte de placard ménagé dans l’épaisseur du mur, et dont les vestiges présentent les rainures destinées à accueillir deux tablettes supportant les manuscrits (il y a donc trois niveaux de rangement), et les traces des anciens gonds des volets permettant la fermeture (à gauche sur le cliché). La localisation de l'armarium entre la salle capitulaire et l'église est évidemment la plus commode.
Outre celui de Chaalis, plusieurs autres armariums sont aujourd’hui connus en France (Bonport, l’Escale-Dieu / Escaladieu, Fontenay, prieuré Saint-Maurice de Senlis, etc.), et à l’étranger. Rappelons pour finir que Chaalis est une propriété de l'Institut de France, à qui le domaine, les bâtiments et les collections du Musée ont été légués par Madame Jacquemart-André à sa mort en 1912.

samedi 13 janvier 2018

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre

  Lundi 15 janvier 2018
16h-18h
L'invention de la bibliographie et les voyages littéraires
en France, XVe-XVIIIe siècle (5)
par
Monsieur Frédéric Barbier
directeur d'études


La «publicité» est, comme nous l'avons déjà souligné (par ex. ici, ou encore à propos du colloque de Parme), une catégorie qu’il convient de contextualiser s'agissant du petit monde des bibliothèques: à partir du XVIIe et surtout au XVIIIe siècle, les bibliothèques «communautaires» (par ex., celle de telle ou telle maison religieuse) peuvent être considérées comme des bibliothèques ouvertes à une certaine société, et il existe par ailleurs déjà en Europe occidentale, des bibliothèques dites «publiques». Par ailleurs, il se pose toujours la question du statut et du fonctionnement d'institutions qui sont en réalité très différentes les unes des autres.
Lorsque dom Martène et dom Durand, au cours de leur deuxième «Voyage littéraire», arrivent à l’abbaye cistercienne de Cambron, un peu au nord de Mons (Belgique actuelle), ils y rencontrent un jésuite qui enseigne aux jeunes élèves. Ils font connaissance dans la bibliothèque, ce qui est l’occasion d’une scène amusante, et qui nous éclaire sur les pratiques du prêt:.
Prenant un manuscrit, il y lut ces mots: «Liber B. Mariæ de Camberone, si quis eum abstulerit, anathema sit ». Pour lors, le religieux qui nous accompagnoit dit en riant: si tous ceux qui ont pris des manuscrits sont excommuniez, il y aura bien des jésuites excommuniez. À quoy le Jésuite répondit: vous nous les avez donnez. Ce qui pourroit bien être: car je suis persuadé qu’on met bien des vols de manuscrits sur le compte de ces révérends Pères, dont ils sont fort innocens, & j’ay trouvé dans certains monastères des manuscrits qu’ils avoient renvoyez avec leurs lettres d’avis du renvoy, quoiqu’on y conservoit encore le récépissé qu’ils avoient donné en les empruntant. Ceux qui trouveront ces récépissez ne manqueront pas de dire, sans examiner davantage, que ces pères ont retenu leurs manuscrits (III, 106-107).
Dom Martène se réjouit aussi de pouvoir découvrir certaines collections privées: le premier cabinet qu’il cite dans son livre est constituée par la bibliothèque de «Monsieur Baron» à Sens.
dans laquelle il y a quelques manuscrits, & entr’autres les lettres de Billius, une théologie de Jacques le Bossu, religieux de Saint-Denys, & le manuscrit sur lequel le P. Labbé a imprimé la chronique de Rouen (I, 63).
De même, à Dijon, les voyageurs sont heureux d’être reçus par les propriétaires de grandes collections privées. Ils découvriront plus tard avec intérêt le cabinet et les collections du baron de Crassier à Liège:
Nous passâmes l’après-dînée [il faut entendre: l'après-midi] chez monsieur le baron [Guillaume] de Crassier; nous y trouvâmes une excellente bibliothèque tant en livres imprimez qu’en manuscrits, grand nombre d’antiquitéz (II, 177).
Ils visitent aussi la collection de M. Louvrex, avant de quitter la ville pour poursuivre leur route vers l'Allemagne.
Vue de Liège, tirée de l'admirable "Carte de Ferraris", certes un petit peu plus tardive (1770-1776) (© BR de Belgique)
Enfin, ils remarquent que la ville de Troyes est l’une des premières du royaume à avoir accueilli une bibliothèque «publique»:
Le vaisseau de la bibliothèque des Cordeliers est plus beau & mieux fourni [que chez les Jacobins], elle est publique, & trois fois la semaine on l’ouvre à tous ceux qui veulent profiter de la lecture des livres (I, 93).
De fait, on sait que Jacques Hennequin (1576-1661), docteur et professeur de théologie en Sorbonne, avait en 1651 fait don de sa bibliothèque de 12 000 volumes (avec le mobilier: ais, tablettes et marchepieds) au couvent des FF MM de Troyes (Franciscains, alias Cordeliers), à condition que ceux-ci l’ouvrent au public trois jours par semaine. Un profès de la maison serait bibliothécaire, et Hennequin assure pour le financement une rente de 400 ll. par an. La bibliothèque est installée au premier étage de la chapelle de la Passion (qui est peut-être le lieu de la première bibliothèque des Cordeliers): voûte gothique de 7m de haut, 5 travées, dix croisées de chaque côté. Entre les croisées se trouvent des buffets couronnés de frontons et surmontés de vases. Le bâtiment a malheureusement été détruit en 1835. Les livres sont classés par formats.
Mais à Tournai aussi, la bibliothèque est «publique et fort bonne». Elle sera confisquée à la fin du XVIIIe siècle (elle est à l’origine de l’actuelle bibliothèque de la ville), en prévision de son expédition à la préfecture de Mons. On appréciera à sa juste valeur l’orthographe du responsable des opérations de rangement et d’expédition des livres...
 À la Bibliothèque de la Catadral il se trouvue quarante trois quesse de livres et cent soixante paquet (…). Sit jai une priaire avous faire cest seras de vourend a l’adminisstration pour fair acceleraix la reponce de la soumission que nous leur avon en voier si nous pouvons convenir nous chargerons sur le chan tous la biblotecde la catedral est sel de martain [et celle de [Saint-]Martin].
On estimera plus tard les quarante caisses à un poids de 5 tonnes…
La conférence poursuit l'enquête sur le Voyages littéraires des Mauristes, et sur leur apport à une meilleure connaissance de la théorie et de l'anthropologie des bibliothèques à l'aube du Siècle des Lumières. 

Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26).
Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

dimanche 24 avril 2016

Bibliohèques romaines de la Contre-Réforme

Pratiquement aucune ville ne peut prendre, au même titre que Rome, le premier rang dans l’histoire des bibliothèques.
Parmi les premières bibliothèques modernes, la Bibliotheca Angelica occupe cependant une position privilégiée. Elle tire son nom de son fondateur, Angelo Rocca, (1545-1620) : né près d’Ancône, il entre à sept ans chez les Augustins, et il poursuivra un cursus d’études qui le conduira jusqu’au grade de docteur en théologie conquis à l’Université de Padoue en 1577. Après qu’il ait un temps séjourné à Venise, où il est notamment un familier de l’atelier des Aldes, le voici appelé à Rome, d’abord comme éditeur de textes (1579), puis comme correcteur à la Typographie Vaticane (1585): il en prendra la direction en 1595. Il collabore tout particulièrement au travail d’édition de la Bible: la Vulgate Sixtine est donnée en 1590, puis la Vulgate Clémentine en 1592 – seule version de la Bible reconnue par l’Église jusqu’en 1979.
Nommé sacristain de la chapelle du pape (1595), puis évêque de Tagaste (1605: c'est évidemment la tradition de saint Augustin), Rocca est avant tout un homme du livre. Il intervient au niveau du programme pictural du nouveau Salone Sistino, dans lequel la Bibliothèque du pape est installée, et publie, en 1591, une notice détaillée du projet :
Bibliotheca Apostolica Vaticana a Sixto V Pont. Max. in splendidiorem, commodioremq[ue] locum translata..., Roma, Typographia Apostolica Vaticana, 1591.
Surtout, il prévoit de léguer sa superbe collection de quelque 20 000 titres à la bibliothèque des Augustins de Rome, sous la condition d’en faire une bibliothèque publique. Un bref de Clément VIII, en 1595, autorise la donation et, en 1604, une inscription lapidaire annonce que les livres seront mis à la disposition de tous les lecteurs intéressés, «pour la commodité non seulement des religieux [de la maison], mais aussi des clercs et des laïcs». L’acte de donation effectivement passé par devant notaire en 1614 inclut un Instrumentum particulièrement intéressant sur le plan bibliothéconomique. Quatre ans plus tard, la bibliothèque est fondue avec la bibliothèque ancienne du couvent, lequel fournit un bibliothécaire élu parmi les frères.
Le Naudé... de l'Angelica
Très vite, la Bibliotheca Angelica, située au cœur de la ville en arrière de la place Navone, devient un lieu de travail pour les savants et prend rang parmi les curiosités visitées par les voyageurs. Naudé la considère comme un modèle, et le Père Jacob confirmera :
Entre toutes les bibliothèques des quatre ordres mandians, je n’en ay point veu de plus belle dans Rome que celle des Pères Augustins ; laquelle doit sa gloire à Ange Rocca, (…) du nom duquel est-elle appelée la Bibliothèque Angélique. Ce docte religieux ne se contenta pas seulement de procurer ce bien aux religieux de son ordre. Mais encore il a ordonné qu’elle seroit publique et ouverte tous les matins à ceux qui y veulent aller estudier, au grand soulagement de tous les curieux (p. 102-103). 
Une trentaine d’années après la mort de Rocca, les Augustins achèteront le groupe d’immeubles voisins pour y transporter la bibliothèque agrandie. Le projet est confié à Borromini, qui a déjà travaillé à la bibliothèque Vallicelliana (1) et à celle de l’université La Sapienza, dite Bibliotheca Alexandrina (2). Le dispositif de cette première Angelica n’a pas été conservé, mais elle était établie dans une grande salle à rayonnages muraux, à laquelle succédera au XVIIIe siècle la salle actuelle.
On considère que l'ouverture de l'Angelica, en 1614, marque la date de la première ouverture d'une bibliothèque publique dans le monde catholique. Et on rappellera que Naudé lui-même fait en partie son apprentissage en bibliographie et surtout en bibliothéconomie à Rome, au service d'abord du cardinal Bagni, puis du cardinal Antoine Barberini.

(1) Créée en 1565 par saint Philippe de Néri dans l’oratoire des Philippins, Piazza della Chiesa Nuova. Voir P. Jacob, p. 104.
(2) La Sapienza, université de Rome, est établie dans ses nouveaux locaux par Giacomo della Porta, qui élève le bâtiment sur la rue et le cloître devant Saint-Yves (1559). La bibliothèque de Borromini, commandée par Alexandre VII (d’où son nom) sera abritée dans l’aile nord, et officiellement ouverte au public en 1670.

mardi 3 mars 2015

Les catalogues: un livre, une exposition double

De l’argile au nuage. Une archéologie des catalogues (IIe millénaire av. J.-C.-XXIe siècle),
Paris, Bibliothèque Mazarine, Bibliothèque de Genève, Éditions des Cendres, 2015,
429 p., ill.
ISBN 979 10 90853 05 8 / 978 2 86742 230 0
Ouvrage réalisé à l’occasion des expositions organisée par la Bibliothèque Mazarine et la Bibliothèque de Genève (…). Paris, 13 mars-13 mai 2015. Genève, 18 septembre-21 novembre 2015.
Commissariat: Frédéric Barbier, Thierry Dubois, Yann Sordet
Ouvrage publié avec le soutien du Labex TransferS

Sommaire
Préface (Gabriel de Broglie, chancelier de l’Institut de France)
Préface (Sami Kanaan, maire de Genève)
Le livre des livres. Introduction (Frédéric Barbier, Yann Sordet, Alexandre Vanautgaerden)
Pour une histoire des catalogues de livres: matérialités, formes, usages (Yann Sordet)
Accéder au livre et au texte dans l’Occident latin du Ve au XVe siècle (Anne-Marie Turcan-Verkerk)
Catalogues et classifications à l’âge de l’imprimé (Valérie Neveu)
La place des catalogues de bibliothèques dans la diffusion de l’information sur les livres (XVIe-XVIIIe siècle) (Isabelle Pantin)
Les réseaux de l’information bibliographique dans l’Italie des Lumières: normalisation et unification (Andrea De Pasquale)
Le fonctionnement des bibliothèques au miroir de leur catalogue: trois formes de sociabilité de la lecture dans la Suisse du Siècle des Lumières (Thierry Dubois)
Bibliographie et Historia litteraria (Jean-Pierre Vittu)
Catalogues et transferts culturels (Frédéric Barbier)
Fiches et fichiers à l’ère industrielle (Europe, États-Unis, XIXe-XXe siècle) (Mélanie Roche)
Le catalogue des temps modernes, entre discipline et dissémination (Françoise Bourdon, Gildas Illien, Mélanie Roche)

Un catalogue de catalogues: notices des 70 pièces exposées, par Renaud Adam, Michael I. Allen, Frédéric Barbier, Livia Castelli, Emmanuelle Chapron, Jean-Marc Chatelain, Marie-Luce Demonet, Andrea De Pasquale, Thierry Dubois, Max Engammare, Gilbert Fournier, Ernst Gamillscheg, Élaine Gilboy, John Goldfinch, Paule Hochuli Dubuis, André Jammes, Isabelle Jeger, Rémi Jimenes, Otto S. Lankhorst, Patrick Latour, Véronique Meyer, István Monok, Donatella Nebbiai, Ève Netchine, Valérie Neveu, Florent Palluault, Isabelle Pantin, Pierre Petitmengin, Goran Proot, Fabienne Queyroux, Ursula Rautenberg, Anne-Caroline Rendu-Loisel, Lucien Reynhout, Yann Sordet, Marie-Hélène Tesnière, Anne-Marie Turcan-Verkerk, Toshinori Uetani, Alexandre Vanautgaerden, Jérôme Van Wijland, Dominique Varry, Jean-Piere Vittu, Françoise Waquet, Nikolaus Weichselbaumer

Bibliographie, index nominum et locorum 


mardi 10 février 2015

Bibliothèques scientifiques

La dernière livraison de la Revue de la BNU (2014, n° 10) intéresse non seulement l’historien du livre, mais aussi les spécialistes d’histoire des idées et d’histoire des sciences, puisque le dossier thématique en est consacré à «Des sciences et des bibliothèques» –par «sciences», il est entendu «sciences [dites] dures», qui sont le domaine de la recherche où les procédure de travail et de publication se trouvent aujourd’hui les plus impactées par l’essor des nouveaux médias. D’où la question: quel peut être le rôle de la documentation imprimée et des «bibliothèques scientifiques», à l’heure où la dématérialisation de l’information est pratiquement générale?
Christian Jacob rappelle très brièvement, en tête, le cas de ces textes scientifiques grecs qui nous sont parvenus, et dont un certain nombre date du IIIe siècle avant Jésus-Christ: le bibliothécaire d’Alexandrie, Ératosthène de Cyrène, aurait conduit au Musée une politique systématique d’acquisition des textes les plus importants dans les domaines scientifiques aussi. Christian Jacob pose notamment la question de l’articulation entre les sciences et l’histoire des sciences, la science aujourd’hui en construction ne ressentant pas toujours le besoin de faire référence à des ouvrages anciens, et correspondant à état dépassé des connaissances.
Le superbe portrait de Johann Kepler appartenant à la Fondation du Chapitre Saint-Thomas de Strasbourg a été offert à la bibliothèque de cette ville en 1627 par Matthias Bernegger, historien, philologue et mathématicien. Rappelons que Bernegger, qui possède lui-même une remarquable bibliothèque, sera notamment le traducteur et éditeur de Galilée en latin en 1635.
Un article consacré à la révolution scientifique du premier tiers du XVIIe siècle (ce que Pierre Chaunu appelait le «miracle de 1630») et aux réseaux de Johann Kepler reprend la problématique du rôle du média dans cette invention. La recherche s’appuie sur l’organisation de réseaux savants au sein desquels ce sont non seulement les hommes qui circulent, mais aussi les informations (par le biais de la correspondance) et les livres. Les bibliothèques réunies par certains princes ou très grands personnages, à Munich comme plus tard à Wolfenbüttel et, bien sûr aussi, à Paris, fonctionnent effectivement comme les laboratoires de la recherche. Une ville comme Strasbourg tient une place notable dans le dispositif, par ses établissements d’enseignement (la Haute École, devenue Université), par les recherches qui y sont conduites, par les collections de livres qui y sont disponibles, et par l’activité de ses professionnels de l’édition: on rappellera que c’est à Strasbourg que Galilée est pour la première fois traduit et publié en latin (1635), pour répondre à une commande des Elzevier de Leyde.
Stephan Waldhoff revient sur le rôle de «Leibniz bibliothécaire», en montrant comment les conceptions et les pratiques mises en place au début du XVIIe siècle s’approfondissent et se systématisent deux générations plus tard. Le projet de Leibniz (1646-1716) est celui de s’employer à accroître «le bien-être général», en entrant au service d’un prince et en construisant pour celui-ci l’instrument le plus accompli possible de rationalisation de l’action politique –entendons, une bibliothèque universelle, à laquelle serait appliquée un plan de classement systématique qui en ferait le «cosmos du savoir». Leibniz a commencé sa «carrière de bibliothécaire» à Mayence, au service de Johann Christian von Boineburg (1622-1672), principal ministre de l’électeur primat; mais Leibniz est surtout connu comme le bibliothécaire du duc de Hanovre, et surtout du duc de Wolfenbüttel (1691). La reconstruction de la bibliothèque selon le célèbre plan ovale qui fera l’admiration de Montesquieu date précisément de sa gestion –mais aucun document n'est connu à l'appui de la thèse selon laquelle Leibniz aurait joué un rôle quelconque dans ce programme architectural. 
Les conceptions de Leibniz associent le cabinet de curiosités, les archives et les «archives imprimées»,  la bibliothèque, pour construire l’instrument de travail intellectuel le plus complet et le plus efficace possible. C’est le même projet que suit le naturaliste et professeur d’université Jean Hermann (1738-1800) dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. L’article que lui consacre Dorothée Rusque développe cette pratique consistant à mettre en regard la bibliothèque (avec ses imprimés, mais aussi ses planches d’histoire naturelle) et la «collection de spécimens issus des trois règnes de la nature». L’étude des exemplaires conservés permet de suivre le travail du savant au quotidien, qui n’hésite pas à couvrir notes les marges de ses livres, voire à les interfolier pour y intégrer ses propres observations.
Un article d’Isabelle Laboulais est encore consacré à la bibliothèque de l’École des mines: l’auteur présente non seulement la genèse et les enjeux de la constitution et de l’organisation d’une collection spécialisée, mais aussi la problématique, bien plus rarement abordée, de l’espace de la bibliothèque (la salle de lecture) et de son mobilier (dont les boîtes du premier catalogue sur fiches). Un entretien avec Catherine Kounelis, responsable de la bibliothèque de l’École supérieure de physique et de chimie industrielle, un article sur le statut et le rôle de la bibliothèque scientifique à l’heure de la révolution numérique, et un autre entretien avec Jules Hoffmann, Prix Nobel de physiologie, complètent cette très intéressante livraison de la Revue de la BNU.
Il est sans doute logique, d’une certaine manière, que la réflexion sur les modalités du travail intellectuel soit plus particulièrement poussée dans les périodes de mutation du système des médias –en l’occurrence, la «troisième révolution du livre», celle qui nous fait passer dans le monde des médias numériques. Dans le même ordre d’idées, nous signalons ici l’ouverture prochaine de l’exposition De l’argile au nuage: une archéologie des catalogues [de bibliothèque], à la Bibliothèque Mazarine, le 12 mars prochain. De longue date, les historiens du livre sont attentifs au rôle du média dans la construction du texte et du sens: les travaux actuels sur ce que nous avons désigné comme la «logistique de l'intelligence» ne peuvent que les réjouir, et les conforter dans leur entreprise.

Patrick Boner, Miguel Granada, Édouard Mehl, «L’impulsion bibliothécaire de la révolution scientifique : livres et réseaux autour de Johannes Kepler». Stephan Waldhoff, «Leibniz bibliothécaire». Dorothée Rusque, «Construire et organiser le savoir naturaliste au XVIIIe siècle: la collection de livres de Jean Hermann». Isabelle Laboulais, «La bibliothèque de l’École des mines, lieu de savoir et lieu de mémoire pour les ingénieurs». «Un fonds patrimonial dans une bibliothèque d’ingénieurs : entretien avec Catherine Kunelis». Jean-Pierre Elloy, Morgan Magnin, «Le numérique: une bibliothèque universelle pour la création scientifique?». «La science se fait-elle encore dans les livres? Un entretien avec Jules Hoffmann, de l’Académie française, Prix Nobel de physiologie».

jeudi 24 avril 2014

Une superbe bibliothèque du XVIe siècle

Toujours en Bohême, la petite ville de Březnice (Bresnitz) possède un très intéressant château dont les origines remontent à l’époque gothique.
Georges de Lokšan, qui s'établit en Bohême en 1523 comme secrétaire de Louis de Jagellon, est le fondateur moderne de Březnice, alors réaménagé dans le style de la Renaissance. Mais le roi de Bohême et de Hongrie, successeur de Mathias Corvin, meurt à Mohács trois ans plus tard. La veuve de Georges, Catherine (Katharina) Adler, vient de Spire, et est apparentée aux richissimes Welser d’Augsbourg. C'est elle qui crée la bibliothèque du château, et qui poursuit la reconstruction de celui-ci en faisant venir des architectes italiens. Leur petit-fils obtiendra le titre de «seigneur» de Bohême en 1604.
Nous sommes dans un environnement protestant, ce qui explique que, au moment de la Montagne Blanche (1621), l'un des descendants quitte la Bohême avec l’électeur palatin Frédéric V, tandis que le deuxième se voit confisquer le château, et que le dernier se convertit au catholicisme… Le château est cédé au procureur royal alors requis dans le procès des nobles révoltés (1622) (Adaukt Genissek, baron von Augezd). Plus tard, château et domaine passeront aux Kolowrat-Krakowský: le comte Joseph Maria Kolowrat-Krakowský, baron von Újezd (1746-1824), donnera au Musée national de Prague un premier ensemble de 96 manuscrits de Breznitz, et il sera imité par son fils, Johann Nepomuk Karl. Ce dernier étant décédé sans enfants, la propriété passera enfin à la famille hongroise des Pálffy von Erdöd, et les 90 derniers manuscrits de Breznitz seront cédés par ceux-ci en 1893 au Musée national.
 Les livres ne sont plus là, mais le château de Březnice conserve aujourd'hui la plus ancienne bibliothèque existant en République tchèque: dans une belle salle du premier étage, aux poutres peintes et aux murs décorés de fresques, deux armoires fermées abritent la collection de livres –il y a de la place pour quelque cent cinquante volumes. En face, devant une étroite fenêtre, une table servant de bureau pouvait être utilisée par celui qui souhaitait travailler sur les volumes.
Voici donc un monument de l’histoire des bibliothèques, d’autant plus précieux que les aménagements mobiliers remontant aux premières décennies du XVIe siècle sont aujourd’hui devenus rarissimes, et qu’il s’agit d’une bibliothèque privée, dans un environnement politico-culturel à tous égards remarquable.
Bibliographie: Fabian Handbuch.
Merci à Mme Claire Madl pour ses éclaircissements sur une histoire… compliquée.

mardi 6 mars 2012

Plaidoyer pour la banalité: à propos du mobilier des bibliothèques

Les approches interdisciplinaires, notamment inspirées de l’anthropologie, sont aujourd’hui à la mode dans la recherche historique –et nous ne nous en plaindrons certes pas. La « civilisation matérielle » figurait déjà au titre du classique de Fernand Braudel (Civilisation matérielle, économie et capitalisme), dont le tome I, chapitre IV, s’intitule précisément: «Le superflu et l’ordinaire: l’habitat, le vêtement et la mode». Les mêmes thèmes ont été repris par Daniel Roche, qui leur a consacré non seulement une Histoire des choses banales qui se lit comme une histoire des consommations, mais aussi une histoire du vêtement (La Culture des apparences)... sans oublier nombre de travaux d’histoire du livre.
L’étude des pratiques et de l’«invention du quotidien» est en effet familière aux historiens du livre, surtout lorsqu’ils abordent le domaine de l’histoire de la lecture et des bibliothèques. Pourtant, un champ spécifique a trop souvent été négligé dans leurs approches, et encore plus en France: il s’agit du mobilier, et tout particulièrement du mobilier des bibliothèques. Henri-Jean Martin et Daniel Roche avaient inspiré à Paris dans les années 1980 un colloque sur les «Espaces du livre». La question de l’espace des bibliothèques et des collections de livres (privées ou institutionnelles), donc la question de leur mobilier, y avaient été abordées –mais les Actes en sont restés inédits, et il ne pouvait s’agir que d’un premier défrichement.
Services intérieurs à la Bibliothèque royale de Saxe au Palais Japonais de Dresde: détail d'une peinture du XIXe siècle (© SLUB Dresden)
Certes, le mobilier a aussi été envisagé par André Masson dans son travail sur Le Décor des bibliothèques, du Moyen Âge à la Révolution; certes il n’est pas totalement absent des volumes successifs de la classique Histoire des bibliothèques françaises. Mais il s’agit le plus souvent d’un thème marginal: l’étude des bibliothèques anciennes concerne avant tout les collections de livres, à travers la thématique des sujets, elle touche le cas échéant à l’idéologie (pourquoi constituer une bibliothèque?) ou encore à l’histoire des institutions, à celle des locaux ou des bâtiments, parfois aussi à l’histoire du personnel (les bibliothécaires, sujet d’un colloque de l’Enssib, dont les Actes sont disponibles sur Internet). Le mobilier n’y est évoqué qu’incidemment, quand il n’en est pas radicalement absent. Il est du reste aussi négligé dans le recueil des Actes du colloque de 2003 sur «La bibliothèque comme archive» (Bibliothek als Archiv).
On peut réfléchir à ce déficit, et le rapporter à un certain nombre de causes: le défaut de sources textuelles et de vestiges conservés, le manque d’intérêt scientifique réel au-delà du simple affichage, le fait aussi que ce type d’approche supposerait, comme pour l’histoire des techniques, de réunir des compétences qui sont souvent disjointes. Il s’agit certes d’histoire, mais aussi de techniques, de pratiques bibliothéconomiques, le cas échéant d’histoire de l’art, etc. –mais n’épiloguons pas. Soulignons plutôt que l’histoire du mobilier des bibliothèques devrait dépasser la simple description à laquelle elle est souvent réduite (le temps des pupitres, celui des salles avec des rayonnages muraux, celui des complexes architecturaux et de la spécialisation à l’œuvre dans les nouvelles bibliothèques du XIXe siècle, etc.), pour envisager une contextualisation par rapport à des phénomènes plus généraux.
Élément du mobilier ancien de la bibliothèque Raday, Budapest
La typologie du mobilier et de sa mise en œuvre s’articule évidemment d’abord avec les changements fondamentaux qui touchent l’économie du livre et des médias, qu’il s’agisse par exemple de l’évolution de la structure des pupitres médiévaux, ou de l’abandon de ceux-ci au profit des nouvelles salles de bibliothèques présentant des armoires ou des rayonnages muraux. De même, la spécialisation du mobilier que l’on observe depuis le XIXe siècle et plus encore aujourd'hui est liée, certes, à l’attention plus grande donnée aux conditions de conservation, mais aussi à la diversification des supports que les bibliothèques veulent ou doivent présenter (presse périodique à grand tirage, enregistrements audio ou vidéo, nouveaux médias). Ces données, pour évidentes et même triviales qu’elles soient, ne sont que très rarement prises en considération.
Au-delà de l’économie du livre, le mobilier s’analyse aussi en fonction d’autres catégories, dont nous signalerons deux plus particulièrement prégnantes. Il s’agit d’abord du paraître et de la distinction: le cadre de la bibliothèque peut être somptueux, notamment pour des raisons politiques, comme c’est le cas avec la grande salle (Prunksaal) de la Bibliothèque impériale de Vienne (Hofbibliothek), mais aussi avec la noiuvelle bibliothèque de l’université de Coïmbra.
Entrée de la bibliothèque de l'École des chartes, 2012
La seconde catégorie est celle de la rationalisation et de la spécialisation, et elle entraîne progressivement le développement de tout un mobilier, plus ou moins spécifique, destiné à la gestion de la bibliothèque: pensons aux échelles et escabeaux, aux bibliothèques tournantes (comme à Wolfenbüttel, où il s’agit de faciliter la confection du catalogue), aux aménagements des rayonnages, aux fichiers, aux meubles de toutes sortes, et à toutes les composantes d’une véritable archéologie du quotidien en bibliothèque.
Ces éléments sont parfois pour partie conservés, par exemple à la Bibliothèque nationale Széchényi de Budapest (où ils font l'objet d'une exposition dans le grand hall), mais ils sont très généralement détruits, le plus souvent sans même que l’on se préoccupe d’en garder une simple trace iconographique. Ils n’en intéressent pas moins très directement l’historien, et plus encore l’historien du livre, attentif à éclairer les configurations autour desquelles se sont développées l’économie, les pratiques et les représentations des livres et des collections de livres. Un mot encore: les outils aujourd'hui disponibles (à commencer par un simple blog) faciliteraient grandement la mise en place d'une enquête, même informelle, mais qui permettrait de recenser un certain nombre de pièces conservées -et nous ne doutons pas un instant qu'un simple inventaire de ce type nous fournirait déjà nombre de très précieuses informations.

Voir aussi pour une définition de la bibliothèque comme meuble (l'armoire des livres), puis comme local, puis comme interface entre une masse de données abstraites et un ensemble d'éléments matériels les mettant -ou non- à la disposition des utilisateurs.

samedi 3 mars 2012

Conférences d'histoire du livre

École pratique des hautes études,
IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre 

Lundi 5 mars 2012
 
14h-16h
Monde savant et ventes de bibliothèques
dans la France méridionale au XVIIIe siècle
par
Madame Emmanuelle Chapron,
maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille,
chargée de conférences à l’EPHE

La multiplication des ventes publiques de bibliothèques, en Provence et en Languedoc, dans les dernières décennies du XVIIIe siècle, met en lumière une triple tension : écart entre le profit attendu et la certitude de la disparition de ressources parfois cruciales dans l'économie intellectuelle de la région; limites des solidarités traditionnelles de la République des lettres, dans une économie enflammée par le marché bibliophilique; usages des catalogues de vente, dont l'accumulation, au-delà de leur usage premier, éclaire les modalités de constitution d'un capital bibliographique et la mise en scène d'une micro-société bibliophilique.

16h-18h
Histoire des bibliothèques : aménagements et mobilier,
du Moyen Âge à l’époque moderne
par
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d’études

San Domenico de Bologne, cliché FB, fév. 2012
Nota: La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. Pendant la fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2011-2012. 
 
Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg). Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand).
Calendrier des conférences(attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).