mercredi 28 septembre 2011

Un humaniste réformateur... et imprimeur

Au pied des Carpates, Brassov / Kronstadt (latin: Corona) tient un des passages les plus fréquentés à travers la montagne vers la Valachie, la mer Noire et Constantinople. Rien de surprenant à ce que la ville ait depuis le XIIe siècle été importante à la fois comme marché, comme étape, comme place forte contre les nomades et les Ottomans, et comme pôle culturel. Kronstadt est d’abord peuplée par les émigrants allemands, les Saxons de Transylvanie, et le visiteur qui la découvre aujourd’hui est en effet surpris par l’air de famille que le centre historique a avec une ville allemande ancienne (cliché 1: la place de l'Hôtel de ville).
Kronstadt passe à la Réforme au XVIe siècle, et l’église noire (Schwarze Kirche), au cœur de la ville, accueille le premier culte luthérien en 1542. Le moment est favorable, celui de l’éclatement du puissant royaume de Hongrie: la plaine du Danube est ottomane, les bribes du royaume indépendant sont à l’Ouest (autour de Presbourg), et la Transylvanie prend son autonomie en tant que principauté.
Le passage de Kronstadt à la Réforme est facilité par l’action d’un personnage hors du commun, Johann Honter (Johannes Honterus). Honter est né à Kronstadt à l’extrême fin du XVe siècle, et il se forme aux universités de Vienne et de Cracovie, avant de s’installer quelques temps à Bâle. C’est à Cracovie et à Bâle qu’il apprend la typographie et la gravure sur bois, et qu’il commence à publier, notamment une grammaire latine et surtout la première carte connue de Transylvanie. C’est aussi au cours de ce voyage qu’il découvre la Réforme.
Honter rentre à Kronstadt en 1533, avec le projet de favoriser l’implantation du luthéranisme, de développer les études humanistes et d’engager ainsi la ville et sa province dans un processus d’acculturation et de modernisation. Il fonde un collège humaniste, mais, surtout, il a rapporté du matériel typographique, et il obtient du Magistrat l’autorisation de créer un moulin à papier.
L’imprimerie fonctionne à partir de 1539, donnant notamment des manuels de piété et d’enseignement, ainsi que le Kirchenordnung (ordonnance) qui règle le fonctionnement de la nouvelle Église (luthérienne) des Saxons de Transylvanie (cliché 2). Un titre exceptionnel est celui de la Cosmographie de 1542, pour laquelle Honter grave lui-même treize cartes et qui sera largement rééditée dans l’Europe germanophone (cliché 3: la carte est celle de l'Europe du Sud-Est, et l'on reconnaît la Transylvanie au centre, région rehaussée en vert et encadrée par les Carpates). Tous ces titres sont de petits formats, mais d'une qualité d'exécution très remarquable.
Honter décède à Kronstadt en 1549. On ne peut qu’être frappé par l’ambition et par la cohérence du programme conçu et systéma- tiquement mis en œuvre par lui, programme dans lequel l’imprimé tient la place centrale et qui permet à Honter d’inscrire les marches de la Transylvanie dans le mouvement européen de l’humanisme réformé.
Le domicile de Honter est aujourd’hui conservé, le collège fonctionne toujours, tandis que les archives et la bibliothèque de l’Église (Honterusgemeinde) possèdent des séries archivistiques remontant à 1342, ainsi que plus de 2000 éditions imprimées antérieures au XIXe siècle – dont nombre de titres sortis des presses mêmes de Honter. Abrité contre l’Église noire, un monument commémoratif a été élevé en 1898, avec la statue du réformateur, tandis que la typographie est représentée sur l’une des faces du soubassement (cliché 4).

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