jeudi 19 juillet 2012

Anniversaire de Michel de Marolles

À l’approche du 22 juillet, nous allons, une fois n’est pas coutume, commémorer un anniversaire. La plupart des bibliographes et des historiens du livre connaissent en effet le nom de Michel de Marolles (1600-1684), dont la célèbre collection d’estampes constitue l’un des fonds principaux à l’origine du Cabinet des estampes de l’ancienne Bibliothèque royale. Mais moins nombreux sont probablement les spécialistes qui ont noté que, si Michel de Marolles a souvent été désigné comme l’abbé de Marolles, c’était en tant que supérieur de l’abbaye bénédictine de Villeloin, en Touraine.
Villeloin est habitée à l’époque gallo-romaine: le bourg possède des traces de villa, au lieu-dit Noir-Pied, près du confluent de l’Indrois et de la Tourmente. Le cartulaire de l’abbaye fait mention d’un lieu appelé Milium (donc peut-être une ancienne borne), tandis que, pour Pierre Audin, l’étymologie de Coulangé, à proximité immédiate, viendrait de columna, columniaco, par référence à une colonne gallo-romaine.
Mais nous sommes surtout, à Villeloin, dans la dynamique de la christianisation des campagnes au cours du premier millénaire de notre ère. Tours s’est imposée comme pôle majeur de la chrétienté en tant que ville de saint Martin († 397), lequel avait surtout travaillé à la christianisation des païens (les pagani, païens, alias paysans). Quatre siècles plus tard, Charlemagne a entrepris de réformer et de réorganiser l’Église: Ithier, abbé de Saint-Martin de Tours, achète Cormery après 770, et transforme par testament le prieuré de la Celle-Saint-Paul en abbaye (791). Le célèbre Alcuin (vers 735-804), lui aussi abbé de Saint-Martin de Tours (796), y installe en 799 vingt moines qui suivront la règle de saint Benoît.
Encore deux générations, avant que ne survienne un événement majeur: le 27 mai 850 en effet, deux personnages importants de la région, Mainardus et son frère Mainerius, consacrent une partie de leur patrimoine familial pour fonder, sur la rivière d’Indrois, la cella (monastère) de Villeloin, en tant que fille de Cormery. La basilique fait l’objet d’une dédicace en 859 par Hébrard, archevêque de Tours, en présence d’Audacher, abbé de Cormery, et de plus de soixante témoins. Enfin, en 965, Villeloin devient autonome par rapport à Cormery, notamment pour la désignation de son abbé.
Nous sommes donc devant une abbaye bénédictine dont la fondation se donne à comprendre en articulation avec le vaste mouvement de la renaissance carolingienne. Même si les éléments d’information sont rares, il existait évidemment à Villeloin une bibliothèque ancienne, probablement couplée avec un atelier de copistes (scriptorium). Quelques références mentionneront une bibliothèque à partir du XVIe siècle: en 1515, Jacques Le Roy, archevêque de Bourges et primat d’Aquitaine est élu abbé de Villeloin. C’est lui qui «fit faire l’escalier par lequel on monte à la bibliothèque que faict faire Monsieur l’abbé d’aprésent et en la petite chambrette du hault nommée le petit Paradis…».
La seconde moitié du XVIe siècle est difficile à Villeloin, par suite des troubles liés aux Guerres de religion, mais l’attention pour les livres est ici et là toujours mentionnée: en 1595, une source indique que « tous les livres de l’église furent reliez à neuf au deppans de mond. sieur abbé pour la somme de XXV escus ». Apparemment, il ne s’agit pas de la bibliothèque proprement dite, mais plus probablement des livres déposés dans l’église elle-même, en principe pour l’usage des services religieux.
À Villeloin: les armes de Michel de Marolles
Michel de Marolles naît le 22 juillet 1600 dans le petit fief homonyme que sa famille tient près de Genillé. Son père, de petite noblesse et sans grande fortune, est sans cesse absent, au service du roi ou en campagne militaire, de sorte que l’enfant est pratiquement élevé par sa mère. On le destine à l’Église, de manière à faciliter la carrière de son aîné: dès 1609, il reçoit de Henri IV le brevet de la «petite abbaye (…) appellée Baugerais», et il sera abbé de Villeloin à vingt-quatre ans. Dans l’immédiat, son éducation est prise en mains par un jeune ecclésiastique, que l’on fait venir «pour dire la messe au logis», puisque l'habitation est relativement éloignée de la paroisse. Les livres ne sont pas absents, que le jeune garçon découvre bien plus volontiers qu’il n’apprend le latin:
«[Mon précepteur me] rendit capable à dix ans d’entrer [en] cinquième: mais je me rendis bien plus savant dans les romans & dans quelqu’autres livres françois que nous avions, que dans les rudimens du latin. Il avoit chez [mon précepteur] un Homère en vers françois de la traduction de Salomon Certon (…), le grand Olympe & les Métamorphoses d’Ovide de la traduction de François Habert d’Issoudin, un Ronsard, un du Bartas, Robert Garnier, Plutarque en deux volumes de la traduction d’Amiot, les Essais de Michel de Montagne[sic], l’Histoire de France de du Haillan, les deux premiers livres d’Amadis de Gaule, les Œuvres de Grenade, & peu d’autres livres… » (Mémoires de Michel de Marolles, Amsterdam, 1750, t. I, p. 15-16: signalons au passage que ces Mémoires pourraient faire l'objet d'une étude de micro-anthropologie sociale, selon une problématique dont nous avons récemment dit l'intérêt).
Bref, une petite bibliothèque bien caractéristique, que celle que nous pouvons trouver dans un manoir de campagne dans les premières décennies du XVIIe siècle. Une recherche ciblée dans les fonds anciens de la région ne permettrait-elle pas d’identifier l’un ou l’autre de ces exemplaires?

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