lundi 30 juillet 2012

Le canard, la vache et le dessinateur

À quelques kilomètres de la vallée de l’Indrois, nous sommes à Faverolles, aux portes du Berry. Si un certain nombre de régions donnent l’image rêvée de ce que peut être la campagne française, le Berry trouve certainement sa place parmi elles. Cette ancienne province correspond pour partie au département de l’Indre, au nord duquel nous sommes dans un pays d’agréables moutonnements, avec des horizons variés, des villages nichés dans la verdure et des forêts ombreuses percées, parfois, par des étangs. Faverolles répond à cette manière de «cliché» (comme y répondra, à l'autre extrémité du département, le Ste-Sévère-s/Indre de Mauprat… et de Jour de fête).
Mais le village de Faverolles est aussi lié à une figure que chacun connaît sans la connaître. Il s’agit en effet du lieu où vécut un célèbre dessinateur de presse et auteur pour enfants de l’entre-deux-guerres, à savoir Benjamin Rabier, l’inventeur du célébrissime logo de «La Vache qui rit».
Né en 1864 à La Roche-s/Yon, Benjamin Rabier passe une partie de sa jeunesse à Paris, où il réussit à s’imposer comme dessinateur pour la presse périodique et pour l’édition. Mais on ne peut pas vivre de sa plume ni de son art, et il fera l’essentiel de sa carrière, jusqu’en 1910, comme fonctionnaire des halles, pour finir avec le grade de sous-inspecteur.
L’essentiel de sa vie se déroule pourtant «en marge», comme dessinateur et, à partir de 1897, comme auteur d’albums illustrés (Tintin Lutin) et de pièces de théâtre. Lié à l’Indre de par ses origines familiales, Benjamin Rabier achète en 1900 une maison dans le village de Lye, à quelques encablures du Cher, tandis que le succès progressivement assuré lui permet de faire construire en 1904 un hôtel à Paris.
Devenu un dessinateur reconnu, c’est donc lui qui crée la figure de «La vache qui rit», pour Léon Bel à Lons-le-Saunier, en 1924. Le modèle reste toujours d’actualité, même si la célèbre vache, bientôt centenaire, a été «relookée» à plusieurs reprises. Il nous fait au passage ressouvenir du rôle stratégique qui est celui des «travaux de villes» et autres étiquettes, sans grand prestige aux yeux des historiens du livre, mais essentiels dès lors qu’il s’agit d’équilibre financier des imprimeries typographiques.
Benjamin Rabier vient précisément d’entreprendre, l’année précédente (1923), la publication des albums du canard Gédéon, dont les aventures se déroulent dans un décor qui évoque fortement le monde rural du Berry septentrional. Gédéon a d’abord deux camarades, le lapin Roudoudou et le crocodile Alfred, mais il ne tarde pas à tenir seul la vedette. Dans un album de peu postérieur (1924), il participera même aux jeux olympiques…
Benjamin Rabier meurt en 1939 dans la propriété du Breuil, à l’écart du bourg, propriété achetée par son gendre et où il s’était retiré. Il est inhumé dans le cimetière du village.

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