vendredi 17 mars 2017

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études,
IVe section 
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 20 mars 2017
16h-18h
Réguler le média: contrefaçon, censure et privilège
dans le Saint-Empire, de la «première révolution du livre»
à la Réforme luthérienne (1455-1522),
par
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études

L’expansion rapide de la typographie en caractères mobiles dans les villes allemandes à partir de 1455 marque le temps d’une «révolution du livre» dans laquelle l’innovation se propage successivement sur tous les différents plans. Revenons un moment sur sa typologie, en rappelant l’antériorité de l’innovation de procédé, à laquelle succède l’innovation de produit. Mais il apparaît peu à peu évident que c’est une nouvelle branche d’activités qui se met en place dans son ensemble, et qui bouleverse en profondeur les modes de fonctionnement des sociétés occidentales: l’innovation concerne aussi les pratiques du travail intellectuel et de la lecture, de même que celles des nouveaux professionnels du livre.
La production en nombre croissant de documents imprimés de toutes sortes, livres proprement dits, pièces, plaquettes, images, etc., implique à moyen terme la mise en place de structures adaptées de diffusion: à côté des foires, des pratiques de démarchage et autres, les librairies de détail apparaissent peu à peu dans les premières décennies du XVIe siècle. Bien évidemment, les pratiques de lecture sont modifiées en profondeur par ces phénomènes très complexes.
Mention de privilège octroyé par la ville de Leipzig, 1518

Un domaine particulier doit encore être pris en considération, souvent négligés des historiens du livre, et qui est celui de la régulation: l’invention du nouveau média se fait d’abord dans une logique de complète liberté, mais, bientôt, le besoin se fait sentir, d’encadrer la production –et la diffusion– des imprimés. Les contrefaçons sont rapidement légions, qui permettent de re-produire à moindres frais d’éventuelles publications à succès (l’exemple du Narrenschiff, la Nef des fous, est à cet égard bien connu). En réaction, les professionnels sont attentifs à renforcer la protection de leurs investissements, en cherchant à obtenir des privilèges qui leur assurent l’exclusivité pour un titre ou pour un ensemble de titres dans une géographie donnée et pendant un délai plus ou moins long.
Si les auteurs sont surtout sensibles à une forme de droit moral (certains auteurs à succès ne veulent pas se voir attribuer des textes qui ne sont pas d’eux), les intérêts de l’Église et des pouvoirs politiques interviennent aussi. Les autorités religieuses, à commencer par la papauté, mais aussi les prélats (archevêques et évêques) et certaines universités, cherchent à empêcher la production et la diffusion de textes qu’elles estiment subversifs, mais, pour appliquer leurs décisions, elles doivent généralement faire appel aux pouvoirs séculiers. Ces derniers, de leur côté, sont soumis à des concurrences complexes, tandis que le contrôle des publications est de plus en plus perçu comme un élément de la puissance territoriale.
La conférence se penchera sur le cas particulier qui est celui du Saint-Empire et des pays germanophones, comme constituant autour de 1500 la géographie de l’imprimé par excellence (celle où l’invention est née, et celle où la production est alors la plus importante), mais aussi la géographie où apparaissent d’abord les phénomènes liés à la Réforme luthérienne et à son articulation avec la «publicité» –entendons, avec la médiatisation moderne.

Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (190 avenue de France, 75013 Paris, 1er étage).

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

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