dimanche 20 septembre 2015

Nationalisme, identité collective et littérature

Brant, Sebastian
Das Narrenschiff. Faksimile der Erstausgabe von 1494, mit einem Anhang enthaltend die Holzschnitte der folgenden Originalausgaben und solche der Locherschen Übersetzung und einem Nachwort von Frantz Schultz,
Straßburg, Verlag von Karl Trübner, 1913,
[2] p. bl., [IV-]327 p., [1] p. bl., LVI p.
(« Jahresgaben der Gesellschaft für Elsässische Literatur », 1).
Prix : 10 Mks, 15 Mks (ex. relié).
Réf. : ZfdPh, t. 45, 1913, p. 323 ; Zeitschr. f. die Gesch. des Oberrheins, t. 28, 1913, p. 732, etc.


La Guerre de 1870 et le Traité de Francfort se concluent par l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine du Nord, en tant que Reichsland, au nouvel Empire allemand. Strasbourg avait beaucoup souffert du bombardement pendant le siège de la ville: très vite, c’est-à-dire dès avant la fin de la guerre, il s’agit pour les Allemands de donner l’image d’une vie redevenue aussi normale que possible. Dans un second temps, Strasbourg sera dotée d’un certain nombre d’institutions établies selon le modèle allemand, et qui doivent faire de la ville un modèle de réussite sur les marches occidentales de l’Empire. Une troisième phase suivra, avec les bouleversements de l’urbanisme strasbourgeois et la construction de la «ville allemande», qui feront de la capitale du Reichsland une des métropoles de l’Allemagne moderne.
L’université allemande (Kaiser-Wilhelm Universität) occupe une place centrale parmi les institutions «refondées» par les nouvelles autorités –à côté de la «Bibliothèque provinciale et universitaire» (Kaiserliche Universitäts-und Landesbibliothek, abrégé KULB). Selon la pratique observée dans les autres grandes universités de l’Empire, l’organisation de ces structures s’appuiera sur une ou plusieurs librairies spécialisées: à Strasbourg, ce rôle est notamment tenu par la maison fondée en 1872 par Karl Ignaz Trübner (1846-1907), membre d’une famille originaire de Heidelberg, et surtout neveu du grand libraire londonien Johann Nikolaus Trübner. Ce dernier participe très activement à la reconstitution des fonds de la bibliothèque de Strasbourg détruite pendant le siège (24 août 1870), tandis que Karl Ignaz s’impose rapidement comme libraire d’assortiment, libraire d’ancien et éditeur spécialisé dans les publications scientifiques –il concentrera progressivement son activité sur ce dernier domaine. Parmi ses titres les plus célèbres, il faut citer l’annuaire Minerva, créé en 1890-1891 et qui est le premier annuaire international spécialisé du monde universitaire.

Marque éditoriale de Trübner
À la veille de la Guerre de 1914, et alors que le projet de la BUGRA [Internationale Aufstellung für Buchgewerbe und Graphik] doit consacrer le rôle de Leipzig comme pôle de l’édition et de la librairie mondiale, Trübner publie  le fac-similé d’un ouvrage particulièrement célèbre: il s’agit de la première édition du Narrenschiff (la Nef des fous), rédigée par un Strasbourgeois, Sébastien Brant, et donnée en allemand, à Bâle en 1494. Le reprint de 1913 vise une double fonction: d’une part, il s’agit d’un livre de bibliophilie, très soigneusement imprimé et sous un pastiche de reliure ancienne (le prix de vente de 10 ou de 15 marks selon que l’exemplaire est relié ou non montre d’ailleurs que l’on s’adresse à un public d’amateurs ayant quelques moyens). D’autre part, nous sommes devant un livre de référence: l’exemplaire du Narrenschiff conservé à Berlin est très soigneusement reproduit (l’éditeur a ajouté une pagination moderne), et il est suivi de la reproduction des illustrations nouvelles apparaissant dans les deux éditions allemandes postérieures données à Bâle par Johann Bergmann au XVe siècle, et dans les trois éditions de la traduction latine chez le même libraire. Enfin, le volume est complété par une étude de Franz Schultz (1877-1950), datée d’octobre 1912 («Nachwort. Das Narrenschiff und seine Holzschnitte»). L’auteur était professeur d’histoire de la littérature à Strasbourg (1910), puis à Fribourg/Br. (1919), Cologne et Francfort-s/Main (chaire de philologie allemande).
Nous sommes devant une opération hautement symbolique: publier sous la forme
la plus accomplie possible d’un «beau livre», sans pour autant négliger, bien au contraire, le contenu scientifique, un des monuments de l’histoire littéraire nationale, mais aussi de l’histoire de l’art (les gravures, dont certaines attribuées à Dürer) et de l’identité régionale alsacienne. L’édition est d’ailleurs donnée sous l’égide de la Gesellschaft für Elsässische Literatur (Sté de littérature alsacienne), fondée en 1911 à l’initiative du maire de Strasbourg, Rudolf Schwander, et du directeur de la KULB, Georg Wolfram (cf Bernard Vogler, Histoire culturelle de l’Alsace, Strasbourg, 1993, p. 325). La Société prend à sa charge un éventuel déficit de l’opération.
Quant à la maison Trübner, elle quittera Strasbourg en 1918, et sera reprise par la Librairie DeGruyter à Berlin l’année suivante...

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