samedi 14 septembre 2013

À Ottawa, une bibliothèque représentative

Il est une catégorie particulière de bibliothèques qui a joué un rôle important sur le plan de l’organisation politique, voire de la mise en place de ce que nous appellerions aujourd’hui les «services communs de documentation»: nous voulons parler des bibliothèques instituées dans le cadre de services administratifs bien précis.
Le livre est lié au pouvoir, et on sait bien que, déjà, la bibliothèque de Charles V au Louvre sert à une lecture de distraction ou de piété, mais surtout à l’illustration de la gloire royale, à la construction du pouvoir monarchique et à la documentation des familiers qui entourent le souverain. Dans un certain nombre de villes allemandes, les Magistrats (entendons, les administrateurs municipaux) instituent des bibliothèques spécialisées, comme à Nuremberg dès la seconde moitié du XIVe siècle. Certaines de ces bibliothèques évolueront progressivement vers le statut de bibliothèques publiques, une des plus célèbres et des plus importantes étant celle de Leipzig au XVIIIe siècle.
Bibliothèque du Parlement, Ottawa
À la même époque, la montée en puissance de la rationalisation bureaucratiques et l’organisation de ministères s’accompagnent de la mise en place de bibliothèques et autres centre de documentation plus ou moins développés, mais dont l'accès est généralement réservés aux membres de l’administration. La Bibliothèque du Congrès constitue d’abord une collection modeste, fondée à Washington lors du transfert de la capitale fédérale dans cette ville (1800): elle sera pratiquement détruite par les Anglais en 1814, mais s’imposera progressivement au XIXe siècle en tant que Bibliothèque nationale des États-Unis, et que l’une des plus riches collections du monde.
La situation du Canada est à la fois parallèle, mais profondément différente. Le Canada, appartenant toujours à la couronne britannique, est d’abord divisé en deux provinces, le Bas-Canada à l’Ouest, et le Haut-Canada, correspond à la poussée progressive de la colonisation vers les Grands Lacs. Ces deux provinces sont réunies en 1841, et la reine Victoria décide, en 1857, de fixer la capitale du dominion à leur frontière, sur la rivière Outaouais, affluent du Saint-Laurent: cette ville, elle aussi (comme Washington) pratiquement nouvelle, sera Ottawa.
La construction du bâtiment du Parlement prévoit une bibliothèque, laquelle est ouverte en 1876. Le programme architectural, dans la définition duquel le bibliothécaire Alpheus Todd a joué un rôle important, est remarquable par la combinaison de trois objectifs principaux:
Détail du mobilier: les fichiers
1) La Bibliothèque doit impressionner, elle sera élevé en style néo-gothique, avec une décoration particulièrement soignée, et l’utilisation de matériaux de très grande qualité (le parquet en donne un très bon exemple). Le programme inclut le mobilier, avec les tables de travail polygonales, les rayonnages en galeries superposées, les fichiers, etc.: l’ensemble est donc d’une très grande unité. D’une certaine manière, le modèle est celui d’une salle d’apparat (Pruncksaal) comme l’était celle de la Bibliothèque impériale élevée à Vienne au début du XVIIIe siècle (Hofbibliothek).
2) Les dispositions et les détails de l’aménagement sont chargés de symboles. La forme adoptée est celle d’un oval (on connaît un certain nombre d’autres exemples depuis le XVIIIe siècle), surmonté d’une coupole qui manifeste la connaissance universelle dispensatrice de lumière. La décoration illustre les différentes composantes de la colonie, tandis que la monumentale statue de la reine est placée au centre de la salle (encore une fois, le dispositif est le même à Vienne).
3) Enfin, la Bibliothèque doit être parfaitement fonctionnelle: on soulignera tout particulièrement le fait que le bibliothécaire a demandé, pour des raisons de sécurité, à ce qu’elle soit élevée à l’extérieur du bâtiment principal du Parlement, auquel elle est reliée par un couloir. Cette précaution se révélera particulièrement heureuse, puisque la Bibliothèque est en définitive la seule partie du bâtiment primitif à avoir été conservée, tout le reste ayant pratiquement été détruit lors d’un incendie catastrophique en 1916…
Détail du mobilier: les rayonnages
Ce modèle de bibliothèques attachées à une institution parlementaire se rencontre largement dans le monde. À Paris, la bibliothèque de la Chambre des députés et celle du Sénat sont également de véritables monuments, tandis que la bibliothèque du Parlement de Budapest est elle aussi intégrée dans un bâtiment dont l’inspiration «westminstérienne» est évidente, et qui fait un grand usage de l’architecture métallique. Mais d’autres bibliothèques spécialisées sont souvent méconnues, alors qu’elles conservent des fonds importants, et que leur programme architectural peut-être, lui aussi, de grande qualité: la Bibliothèque de l’Hôtel de Ville de Paris a été récemment restaurée et en constitue un très bel exemple. Un certain nombre d'entre elles sont à découvrir par le public le plus large notamment à l'occasion des journées du patrimoine... donc précisément aujourd'hui, ou demain (14 et 15 septembre)..

Note bibliographique: l'histoire des bibliothèques

 

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