vendredi 27 août 2010

À Pékin: topographie du « petit monde » du livre

La méconnaissance des idéogrammes rend bien difficile, à Pékin, une approche plus en profondeur du monde de l’écriture et du livre. Par ailleurs, les transformations les plus récentes ont complètement restructuré la ville, en substituant aux vieux quartiers et aux ruelles traditionnels un monde de buildings et d’avenues gigantesques, dont la plus longue dépasse les quarante kilomètres et qui comptent jusqu’à douze files pour les voitures...
Pour autant, la topographie urbaine laisse une petite place à la culture traditionnelle de la calligraphie, du dessin et de la peinture lorsque nous abordons la rue de Liliuchang, dite rue des antiquaires. L’atelier du pin et du bambou (Song Zhu Zai) ouvre en 1672, et propose les «quatre trésors du lettré» (autrement dit, papier et matériel pour écrire et pour peindre: pinceau, bâton d'encre, pierre à encre, papier), ainsi que des chefs d’œuvre de la calligraphie et de la peinture (dont bon nombre de pièces contemporaines). En 1896, c’est l’ouverture d’un atelier de xylographies polychromes, désormais sous la raison sociale de Rong Bao Zhai. L’entreprise est nationalisée en 1950 et, pour autant que l’on lise entre les lignes, elle est toujours aujourd’hui une entreprise d’État.
La façade superbe (cliché en haut) surprend par son amplitude, dans un environnement où la majorité des boutiques sont sensiblement plus petites. Le rez-de-chaussée abrite le magasin de papeterie et de fournitures spécialisées (pierres à encre, pinceaux, encres noires ou rouges, couleurs, etc.), tandis que l’on trouve au premier étage une galerie d’art, mais le tout dans une mise en scène quelque peu traditionnelle et où la couleur dominante reste bien grise (cf cliché). Les autres boutiques de la rue abritent un grand nombre de magasins d’«antiquités», dans lesquels on trouvera entre autres quantité de reliques de l’époque communiste. Sur cette affichette (cliché ci-dessous), on notera évidemment la présence du Petit livre rouge et l'arrière-plan des drapeaux rouges, mais aussi la mise sur le même plan du soldat et du plumitif qui, chacun avec ses armes (celui-ci, son poing, l'autre, son stylographe), s'emploient à abattre les ennemis de la révolution prolétarienne.
Pourtant, sous le porche de Rong Bao Zhai, une note historique en chinois et en anglais témoigne du souci nouveau de se réapproprier une histoire et une tradition culturelle longtemps ignorées. D'une manière générale d'ailleurs, si le temps est toujours, en Chine, à la démolition radicale et à la reconstruction à l'occidentale (buildings, etc.), on perçoit pourtant un souci nouveau quant à la préservation du patrimoine architectural, urbanistique et muséographique. Cette problématique est particulièrement complexe en Chine, pays qui a subi les excès de la Révolution culturelle de Mao et le cortège incroyable de destructions qui a accompagné celle-ci, mais pays qui se trouve toujours soumis aujourd'hui à des pressions considérables d'ordre dans le domaine de l'économie.

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