vendredi 14 décembre 2018

Vues de ville

Les vues de ville sont suffisamment fascinantes, à l’aube de l’époque moderne, pour autoriser que nous nous y arrêtions un instant. Nous laisserons de côté le thème des villes rêvées (la Cité de Dieu), tout comme celui des villes disparues (Sodome, et tellement d’autres). Depuis les années 1480, avec Bernhard v. Breydenbach et Hartmann Schedel, les vues de ville tendent à devenir une thématique spécifique de l’illustration des imprimés. Essayons-nous à en construire une typologie très sommaire, sur la base des célèbres Chroniques de 1493 (Liber chronicarum):
1) Les graveurs ayant travaillé pour Koberger et pour ses financiers à Nuremberg ont donné des images précises des villes qu’ils connaissaient, à commencer par Nuremberg, mais aussi Strasbourg, Bâle ou encore Bamberg, voire une ville plus éloignée, comme Lübeck. Dans le cas de Breydenbach (Pergerinatio in Terram Sanctam), les croquis ont été réalisés au fil du voyage: Breydenbach est accompagné dans son périple par le dessinateur et peintre Ehrard Reuwich, qui exécute les dessins d’après lesquels les gravures seront préparées, à Mayence après son retour. La célèbre vue de Venise constitue un très précieux document sur la topographie de la Sérénissime à l’époque où les voyageurs y ont séjourné. Nous désignerons ces représentations comme des représentations «immédiates», parce que prises sur le sujet.
2) Dans d’autres cas, la représentation relève d’une connaissance indirecte (par la tradition, par un texte, par un récit, etc.): quelques éléments connus s’insèrent dans un espace plus ou moins bien délimité, et caractérisent telle ou telle ville célèbre (Rome, Constantinople). Nous désignerons ces images comme constituant des représentations «médiatisées».
3) Enfin, dans d’autres cas encore, les gravures sont purement symboliques: c’est la ville en soi qui est représentée (et non pas une certaine ville), à travers des éléments caractéristiques de l’identité urbaine, comme les murailles (premier élément désignant la ville), la présence d’une forteresse, la silhouette d’un certain nombre d’églises et autres bâtiments religieux, etc. Le caractère symbolique de l’image fait que l’on réutilisera le cas échéant celle-ci pour représenter différentes villes, comme les Chroniques de 1493 en donnent nombre d’exemples.

Cette typologie initiale, pour incomplète qu’elle soit (dans la mesure notamment où le départ d’un genre à l’autre se révèle parfois difficile), présente pourtant l’avantage de poser, in fine, la question de savoir pourquoi les vues de villes s’imposent rapidement comme un genre spécifique de l’iconographie imprimée, et comment leur construction évolue, de la vue abstraite d’une ville indéfinie, à la vue coordonnée et rationalisée d’une certaine ville identifiable (éventuellement par le biais d'une légende: cf cliché), établie selon une certaine topographie et, à terme, représentée par le dessinateur et par le graveur selon une certaine échelle.

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